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dimanche 11 novembre 2018

Jack

The Jazz Age de Jack parait en 1998 enregistré entre le Pays de Galles et l'Angleterre. Comme il est toujours doux et bon de se souvenir, j'ouvre donc le tiroir 'disques du siècle dernier'. Je connais Jack depuis 2002 et je ne pense pas passer une seule année depuis sans les écouter au moins une fois.
C'est en 1992 que Jack voit le jour à Cardiff sous l'impulsion de Anthony Reynolds et de Matthew Scott. En 1993, les deux amis posent leurs valises à Londres. Anthony, auteur-compositeur, est féru de littérature, de la Beat Generation, de peinture, de cinéma, des Velvet Underground, fournissant ses chansons de références exquises.



Le premier galop des gallois parait en 1996, nommé justement Pioneer Soundtracks avec son single Kid Stardust dédié à Charles Bukowski. Puis parait le fameux The Jazz Age, peaufiné par l'ingénieur Darren Allison, producteur de Divine Comedy de 1990 à 2000.
Parallèlement, en 1997, Reynolds et Scott travailleront à un autre projet appelé Jacques dont l'opus How to make Love sera produit par Momus. Le titre Morning Light avec son profil Romeo et Juliet est mon préféré. Le deuxième September sound parait en 2000 produit par Rob Kirwan (U2), Bryan Mills (Divine Comedy) et dans l'équipe, Matthew Scott est là. En 2001 l'EP Romantic est enregistré l'hiver 2000 à Paris avec le Moscow Philharmonic Orchestra.
Anthony passe l'année 2001 à New-York pour travailler un nouvel album de Jack, offre la complicité de Dan Fante, le fils de John Fante, qui signe le titre The Emperor of new London sur ce troisième et dernier album, The End of the Way It's Always Been de 2002 sur le label Français, Les disques du crepuscule.



The Jazz Age est pour moi un album supérieur, qui passe les années avec une élégance désarmante. Arrangé de cordes, vêtu de mélodies incroyables, il envoûte par son atmosphère sensuelle voire érotique sous la couverture de métaphores poétiques et de références toutes plantureuses. Cet ôde au rock underground, à l'amour et aux artistes du XXème siècle commence sur un 3 o'clock in the morning dont les six minutes d'emblée subjuguent. L'ensemble de cordes, violons, violoncelle et le saxophone s'unissent sur les guitares de Matthew Scott, de Richard Adderley et le chant saisissant d'Anthony Reynolds. Pablo, dansant, rock garage, déroule sa rythmique musclée de clap-hands sur une histoire de tromperie et de double vie "your clothes are pronounced 'Versace' and not 'Verse-Ace'" quand suit le voltigeant My World Versus Your World, ses guitares tendues, son tempo explosif et son texte passionné, déclamé avec une énergie qui fait tourner la tête. Il y est question d'un peau à peau enflammé un samedi et le titre Saturday's Plan qui enchaine ne calme guère les sens. Nico's Children et le clavier vibrant de George Wright, ses accords langoureux et sombres qui correspondent à l'univers de l'artiste allemande, est plein d'émotions et de mots référents au duo Lou Reed/Nico "so sunny and dirty, together we'd never make it, straight out of here'.



Lolita Elle, surement un des titres qui me marque le plus en 2002 à la première écoute, arrive somptueux, follement enivrant d'amour, de jeunesse, de vitesse, d'érotisme, sur des mots inébriés de Vladimir Nabokov, des arrangements alternant entre douceur acoustique et étreinte symphonique. Dans la même veine romantique, on retrouve Cocteau, Picasso, Warhol, Nico, Fellini, Allen à Manhattan, sur le rock voltigeant de Cinematic qui parle autant de poésie, de cieux étoilés, que de plaisirs de chère, d'infinis plaisirs de chair. La gourmandise est relancée sur le rythme rock de Steamin', enivré de vin, de sensations, d'élans positionnés dans la mélodie toujours aussi génialement galbée par Scott, l'interprétation et les mots de Reynolds. L'effet redouble sur Love And Death In The Afternoon, image d'ébats amoureux brulants avec des harmonies de cordes, vigoureuses et montantes. Half Cut, Wholly Yours clôt l'album, rappelant son contenu, l'amour, le désir, le vin, les robes pas chères vite ôtées, les nuits blanches, les films, la spiritualité sur cinq minutes de notes enlevées, perçantes, qui terminent The Jazz Age monumental, déconseillé à ceux dont la libido est à sec. Anthony Reynolds est un artiste phare, dont la carrière est éblouissante, fleurie d'oeuvres majeures à fouiller absolument et à aller voir sur scène en ce moment avec Anthony Reynolds & the Understudies.
AnthonyReynolds
Pour les fans, ma chronique de 2016 : JackPiggledyPop2016



1914-1918

Ysec Editions, chemin du Roy, Louviers, Normandie

Mon cher arrière-grand-père,
et Dieu sait comme vous étiez grand,

Autrefois vous vous êtes battus pour 'elle' à en perdre vos plumes et votre jambe.
Aujourd'hui, 'ils' sans identité, tel un coquillon vide, 'la gère'.
C'était il y a un siècle et en 2018, il y a toujours des morts.

A vous, Marie-Agnès.

Là-bas avec ceux qui souffrent de Guy Hallé, Paru en 1917.
'Ce petit livre (...) est un chef-d'œuvre, il faut le dire et le mot n'est pas trop fort (...) Comme document il est plus riche, malgré son extrême brièveté que maint autre volume plus prétentieux' . Jean Norton Cru






samedi 10 novembre 2018

The Catherines

Heiko Schneider est le forban pop derrière l'alias The Catherines. Le musicien de Hambourg, fan de la France, de notre Catherine Deneuve, Nouvelle Vague, Godard et digne héritier de l'indie pop C86 met en place ce joli projet en 2017. Avec le label espagnol Mondo Canapé Records, il fait paraitre ce printemps 2018 un premier album The Catherines plein d'âme pop, de références et de passion. Prolifique, inspiré, Heiko nous comble en signant des singles régulièrement depuis un an. De toute évidence, le processus de création n'est pas pour lui une souffrance, au contraire, il s'amuse. Ce plaisir s'entend dans les arrangements fleuris de notes de guitares gourmandes et rayonnantes. Depuis le mois de janvier 2017 et le sublime Your Light Shines Everywhere, Heiko chevauchant en croisade pop, produit un titre par mois en prenant soin du visuel, consacré à la french touche des sixties et signe ce mois de novembre 2018 The more we kept moving the farther away we got from us. Alternant entre son brut de guitares, efficace et pur, synthétiseurs poppy de pied en cape, il émane de ses compositions une mélancolie finement dosée sur des accords variés. Ces accords sont d'ailleurs sur le bandcamp de The Catherines, Heiko expliquant généreusement son travail d'orfèvre, ce qui le tient au corps au moment de son travail. Celui-ci consiste à rendre hommage à cette grande vague de groupes indépendants, des années 80 jusqu'à nos jours, et qui font désormais partie intégrante de notre culture musicale européenne commune.





C'est un régal de retrouver l'esprit des Smiths sur Is Your Bigmouth Girlfriend Really So Charming, de Primal Scream sur How come you think everybody likes you? celui des Field Mice sur Let’s Kiss Good Night In The Morning. Avec une Ibanez 12 cordes à l'épaule, empruntée à l'autre Heiko de Hambourg, Heiko Shulze, ou bien maltraitant avec grâce sa Fender Telecaster, sa Gretsch, sa Gibson, Heiko Schneider produit des chansons formidables et fouillées ; Nourri aux Byrds mais aussi aux biscuits Bahlsen dont on entend le craquement sous la dent sur le titre I was struggling with your magic biscuit tin, notre Heiko a de l'humour en bonus. Parfois sarcastique, mais souvent charmant, ce trait d'esprit transperce ses mélodies, ses arpèges et le choix de ses compagnies comme celle de Hanna ou de Sandra Ost pour les duos. Les titres sont habillés de cor, de trompette, de cloches parfois comme sur Sunshine Every time you say it's okay I know it is okay, aux guitares rutilantes et choeurs sixties fabuleux. The Catherines, fait maison dans les règles de l'art, sensible aux atours français, expert ès-indie, en délivrant un cocktail d'harmonies dansantes, émouvantes et souriantes à piocher à l'envi, entre chaleureusement dans le panthéon des artistes PiggledyPop.
TheCatherines



dimanche 4 novembre 2018

Distant Shore

J'écrivais au mois de mai dernier sur l'EP deux titres de Distant Shore "Découverte vombrissante, attachante, les deux chansons de Distant Shore sur l'EP April '18 qui paraissent il y a un mois sont splendides. L'auteur-compositeur Ben Siddall concocte seul ces deux titres, Former Life et A Quick Goodbye, assurant guitare, basse, rythmique, chant. 
L'ambiance que Ben crée redonne toute sa place à la brit-pop. La voix, la mélodie et les arrangements s'accordent et glissent naturellement, suivant le sillage de ses compatriotes Adam Ficek, Pete Doherty et Alex Turner. Il y a de la rêverie et du lyrisme dans l'écriture, de la musicalité, dotées de cet accent anglais charmant qui envahit avec aisance la mélodie. Le musicien du Yorkshire, qui enseigne la musique, travaille actuellement sur un autre EP qui paraitra bientôt et déjà se dessine l'album pour la fin de l'année 2018."



Dans les semaines qui suivent mon billet, Distant Shore fait paraître un nouveau single. Ben Siddall qui est arrangeur et producteur pour d'autres formations depuis des années a eu raison de se lancer en solo. A l'écoute de Moving Up North, il exprime tout son potentiel et son savoir-faire pop. Inspiré par son propre déménagement d'il y a quelques mois, l'amoureux de la nature déploie ses ailes dans ses harmonies aériennes, crée du mouvement en douceur pour se fondre avec joliesse au thème. Les oiseaux, la mer sont ses domaines de prédilection et il les photographie aussi brillamment qu'il les glisse poétiquement dans ses chansons. Sa richesse mélodique étend son territoire, son agilité à la guitare explore les espaces sonores. Distant Shore fait partie de mon top 10 2018 Piggledy Pop.
DistantShore

samedi 3 novembre 2018

The Vapour Trails

The Vapour Trails est un groupe d'Aberdeen, nouvellement entré dans la sphère indie-pop, avec des compositions jangle-pop efficaces et solides qui sont nourries de leurs influences toutes aussi belles que variées, Johnny Marr, Aztec Camera, Belle and Sebastian, Velvet Underground, Guided By Voices, Wilco et des groupes dont ils s'offrent des reprises savoureuses comme les Teenage Fanclub, House of Love, Byrds, Crosby & Nash ou encore les Beatles. La troupe écossaise est Kev Robertson, leader à la guitare et chant, son fils de 16 ans Scott Robertson et Nicholas Mackie tous les deux guitaristes, Andy Crossan à la basse et Kenny Munro à la batterie.



Ce qui est singulier et remarquable chez The Vapour Trails, c'est l'impressionnante dextérité et le sens inné de la mélodie accrocheuse. Pour ma part, ce qui au prime abord a absorbé mes oreilles c'est le tambourin, dodu, audacieux, la clé pour le rythme déjà vivace et redoutable tenu par les guitares. L'instrument utilisé avec savoir-faire peut être très noble, devenu nécessaire pour le Velvet Underground, Brian Johnstown Massacre, Love et bien d'autres. C'est un régal de le retrouver grâce aux Vapour Trails et de s'en délecter pendant plus d'une heure sur la page soundcloud du groupe. Kev décrit ses arrangements un peu lofi et rétro ; J'ajouterais par les envolées de guitares rock et pop, une base psychédélique douce et harmonieuse. Sans avoir fait paraître d'album, ce qui n'est pas fondamental à l'heure du streaming, les titres comme Sonic Wave et l'ensemble de guitares au son organique, dynamique, met le feu à mes écouteurs quand The Inner Truth fait resplendir une mélodie jangle raffinée et esthétique qui fait danser, dodeliner du chef et accessoirement bouger le popotin. Variées, les harmonies aériennes et entraînantes, se marient aux textes colorés de poésie comme Shatter the Sky et ses choeurs, ses cordes de guitares en unité qui électrisent et emballent immédiatement. Les Vapour Trails titillent l'esprit soul avec une basse qui groove et des riffs qui font bloc sur Hear You Know pour poursuivre dans la texture pop excellente de On A Nearby Bay. Les amateurs de Lloyd Cole aimeront la continuité de la traditionnelle britpop chez The Vapour Trails, surtout quand Kev convoque l'artillerie lourde du psychédélisme, du rock garage avec inventivité et inspiration sur To You
Vapour Trail est aussi le titre d'une chanson du groupe mythique Ride, dont je pense Kev Robertson appréciera le lien. TheVapourTrails



Summer Salt

Summer Salt est comme son nom le susurre plein de soleil et de sel. Le groupe du Texas joue une sunshine pop stylée sixties et bossa iodée, enrobée d'humour et fort prometteuse. Ce groupe est grandiose, talentueux et je pense que nous entendrons parler de Matt Terry, l'auteur-compositeur guitariste et chanteur, dans les années à venir. Le trio d'Austin, Phil Baier, Matt Terry, Eugene Chung, la vingtaine, propose un éventail de chansons depuis 2014 et signe ce mois de septembre 2018 l'album solide et impressionnant, Happy Camper. Complétement désarmée face au choix d'une chanson, ce qui ne m'arrive que rarement à l'écoute des disques, trouvant souvent la cerise sur la galette, cet album contient du début à la fin des pépites sublimes. Chacun des titres a son atout, son charme et mérite une attention particulière.



Mon écoute est je l'avoue sabrée et perturbée par l'envie de danser sur les mélopées. Les chansons sont galbées, offrent du relief dessiné par l'instrumentation fine et distinguée. Le tempo agit subtilement pour enchanter et machinalement faire bouger de la tête aux pieds. L'évasion, principalement ce que les amateurs de musique recherchent, est assurée sur cette tuerie pop Happy Camper des Summer Salt, sorte de grosse cerise qui est à mes oreilles le meilleur album de l'année 2018. Cette magnifique pièce séduira les amateurs de pop de tous poils, de tout âge, en toutes saisons et par anticipation, plaira longtemps.

Heart and My Car, amoureux et drôle, ouvre le bal. D'emblée, le décor est planté, les palmiers dansent, le sable chaud voltige et les chapeaux de paille valsent. La dulcinée a quitté le protagoniste de l'histoire qui par la même occasion a perdu sa voiture dans laquelle certains voyages sensuels ont fait grimpé le kilométrage. Matt Perry use de métaphores qui feraient rougir n'importe quel garagiste polyglotte. Le boogie langoureux dans les guitares et les 'hoohoo' des choeurs façon Beach Boys sont truculents. La volupté dans le grain de voix de Perry ajoute du sel aux arrangements réussis et panachés de Revvin' My CJ-7 qui parle de musique (vous l'aurez compris) et d'un musicien qui y trouve du réconfort quand il en a besoin, stressé dans son quotidien à la 'american pie'. Tandis que le style bossa et surf pop subjugue et envoûte sur la rythmique exotique blindée d'ultra violets, Speaking Sonar devient brulant et érotique sur les thèmes de l'océan où deux dauphins dansent dans les fonds marins en goûtant au plaisir du 'sonar'. L'épiderme vibre et frissonne sur l'épicé Rockin' my Paw, souriant, sautillant et ficelé avec une écriture imagée qui classe Matt Perry au rang des auteurs compositeurs du bois de Paul Simon et Jonathan Richman.



On continue de gigoter sur le flux vif des lignes de guitares, épaulé par la batterie et les voix énergiquement élégantes de Candy Wrappers. Discrètement, au hasard des titres, glisse le lexique de la musique 'electric guitar', 'Dancing as the records spin round' 'harmony rebel', comme celui des bonbons, 'candy', 'bubblegum', du mouvement 'run' 'swim' 'drive' 'dance' 'ride' 'climb up' et du soleil comme sur le lumineux Oh Dear. Le chant des cigales commence le délicieux Seventeen, au mellow sucré de guitares surf fifties qui forment des vagues mélodiques vintage époustouflantes. L'âge symbolique de dix-sept ans est un sujet classique dans l'indie-pop et ce titre se hisse facilement dans la liste marquant une maturité présente sur le titre Life Ain't The Same qui suit. L'instrumentation tropicale enchante et la séduction opère sans relâche jusqu'au formidable Swingin' For the Fences où Perry brille au chant sur les caisses de batterie rutilantes. Happy Camper et son profil effectivement heureux s'avance vers la fin du disque avec le fertile Lovesick et ses guitares rétro modelées california dreamin', et le chapelet familial 'My uncle tells me, To join a rock-n-roll band And write a little song' sur un tempo bee-bop et des voix en chorale au groovy rockabilly extrêmement bien menés. Enfin le langoureux et touchant Fast Furious and Wonderful qui réunit tous les éléments, mélodie, brio de l'interprétation, thème du temps, du mouvement, de la maturité déclinés de manière fort jolie. L'album ballade, en mouvement perpétuel, se termine sur Happy Camper, au romantisme fondu au tourbillon des moteurs, du soleil, du camping dans la nature et de la musique. A savourer absolument.
SummerSalt



dimanche 28 octobre 2018

Slowdive - Mojave 3

1989, Reading dans le Berkshire, voit se former le groupe mythique Slowdive. A l'initiative du groupe il y a Rachel Goswell et Neil Halstead. Rachel apprend à jouer à 7 ans de la guitare folk avec son père puis dans une école de musique où elle suit des cours de guitare classique avec un autre garçon de 10 ans, Neil . Ces deux amis grandissent, écoutent ensemble les Smiths, Cocteau Twins, le Velvet Underground, et les adolescents créent le groupe The Pumpkin Fairies en 1988 pour former un an plus tard Slowdive, le nom venant d'un single des Siouxsie and the Banshees qu'ils admirent. Ils sont accompagnés du bassiste Nick Chaplin, du guitariste Christian Savill et du batteur Simon Scott remplacé plus tard par Ian McCutcheon. Les anglais signent trois albums chez le label Creation Records, Just for a Day en 1991, Souvlaki en 1993, Pygmalion en 1995, qui décide de ne plus signer Slowdive en 1995.



Les musiciens ne rangent pas les instruments pour autant et saisissent l'occasion de cette rupture de contrat pour changer de nom. C'est sous l'alias Mojave 3 que les acolytes Goswell, Halstead, suivis de McCutcheon, rejoins par le guitariste Simon Rowe ex-membre des Chapterhouse ainsi que du pianiste et clavieriste Alan Forrester rebondissent et signent de 1995 à 2006 cinq albums fantastiques, Ask Me Tomorrow en 1995, Out Of Tune en 1998, le magistral Excuses for Travellers en 2000, l'émouvant Spoon and Rafter en 2003 et Puzzles Like You en 2006.
Si à l'époque la presse rock ne fait pas les yeux doux aux allures shoegazing de Slowdive parce qu'elle préfère creuser sa taupinière dans le grunge, depuis elle a bien changé d'avis. Désormais les meilleures plumes de la presse rock écrivent de l'auteur-compositeur Neil Halstead qu'il est "one of Britain's greatest songwriters".



Car le musicien non seulement brillant, est prolifique, inspiré et signe parallèlement au travail du groupe des albums en solo comme Sleeping on Roads en 2001 et son superbe Driving with Bert, puis quand le groupe se met en pause en 2008, Halstead enregistre le fabuleux album Oh! Mighty Engine, suivi en 2012 de Palindrome Hunches. C'est à ce moment que Mojave 3 revient de manière ponctuelle sur les scènes évoquant un album sans que le projet ne se concrétise.
En 2017, à la surprise générale, c'est sous l'ancien nom Slowdive que le phoenix réapparait avec un album grandiose, typé années 80 garni d'arrangements dream-pop. On retrouve avec joie la clique de moustachus d'il y a trente ans, Neil Halstead au chant, guitare et claviers, Christian Savill à la guitare, Nick Chaplin à la basse, Rachel Goswell au chant et Simon Scott à la batterie.



L'album Slowdive commence puissamment avec Slomo, ses mots 'Give me your love, it's a curious love, Give me your heart, it's a curious thing' sur 6 minutes 53 secondes de notes hypnotisantes et amoureuses qui annoncent la couleur, le profil artistique et cosmique des huit titres. Les guitares, brillantes et orgueilleuses, entrent en scène sur l'édifiant Star Roving qui distribue de l'énergie. La voix de Halstead ronde et posée transperce la mélodie, donne de l'impact et de l'effet aux harmonies percutantes. Les métaphores y sont acérées, lumineuses, coincées entre le temps, le secret, comme sur Don't know Why dont le relief mélodique agrémente des paroles imagées qui dessinent un règlement de compte sentimental. L'amertume est confirmée sur Sugar for the Pill, dont la mélodie offre une âme eighties palpable, soufflant un air dansant et déterminé. Everyone knows enchaine sur le thème de la séparation et de l'éloignement traité avec excellence via des harmonies de claviers et synthétiseurs vintage, de l'écho renforcé des deux voix célestes, contemplatives de Neil et de Rachel. La symbiose de l'instrumentation et du chant opère toujours avec le couple guitare-basse qui ondule élégamment sur No Longer Making Time, taillée dans la nostalgie et la sensualité. Le passé et la rupture sont affrontés avec du désir et de la douceur, persistants, entêtants sur Go Get It. Le style ambiant et expérimental navigue, progresse sur la mélodie pop cold et dream de Falling Ashes où piano, voix, guitare forment une alchimie sur huit minutes pendant lesquelles émane la délicatesse de l'auteur face à la séparation. Neil Halstead décrit son amour perdu avec beaucoup de beauté, de grâce et une fraiche émotion. Slowdive, l'album, est un magnifique flash-back sur l'oeuvre titanique du groupe Slowdive, gorgé d'âme et d'éternité.

Slowdive
SlowdiveHandsAndArms



dimanche 21 octobre 2018

Max Raabe

Max Raabe est une star en Allemagne, en Russie, en Chine, aux USA et reste trop inconnu en France. Pourtant ce grand musicien à la voix de baryton, est un personnage. Sur scène depuis 1987, né en 1962, l'allemand mène sa carrière brillamment depuis, offrant à son public dont je fais partie, une variété d'albums. Impossible de s'ennuyer en sa compagnie. Il est drôle, élégant, talentueux et généreux. Hors des modes, hors du temps, son charme est consistant, intemporel et éternel. Sa passion est mise en exergue par son orchestre, nommé Palace Orchester, ses compagnons depuis des années avec qui il reprend des standards des années 1920, 1930, allemands, anglais, parfois italiens et français. L'artiste montre une oreille absolue en entonnant ces airs, ces paroles, avec un accent parfait. Discret, il partage sa place avec ses musiciens sur scène, ayant ce geste plein de panache, de classe, de se retirer légèrement quand ils jouent. En 1982, le jeune Max, 20 ans, part à Berlin étudier la musique classique et l'opéra, se produit dans des bars en chantant pour financer ses études. Avec une poignée d'amis étudiants, il crée le Palace Orchester en 1986. Leur première signature Kein Schwein ruft mich an est un réel succès dès la toute première performance en public au Berlin Theaterball. Max interprète ses titres avec un charisme unique, roulant les 'r' comme dans les années folles, et redorant le blason de la chanson dite 'démodée'.



Depuis trente ans, sa renommée nationale et internationale ne cesse de croitre et son style cabaret,  magnifique me touche et avec une vingtaine de disques, m'émeut davantage avec le temps. Le style de Max Raabe se rapproche de l'indie pop ces derniers temps même si ses créations étaient déjà sacrément ornées de pop orchestrale. Dans ses deux albums de 2001 et 2002, superhits et superhits 2, sa voix de baryton qui récolte un succès énorme en Allemagne et en Russie, vient se frotter à des tubes des années 70/80 comme Tainted Love, We Will Rock You, Sex Bomb, Oops... I Did It Again, Super Trooper, Mambo No. 5, Around the World etc. Je conseille d'écouter à la volée les albums incontournables comme Ich hör' so gern Musik de 1991, le très swinguant Bel Ami de 1995, Music, Maestro, Please de 1996, Charming Weill de 2001, Heute Nacht Oder Nie de 2008, Übers Meer de 2010, The Golden Age de 2013 et le dernier en date Der perfekte Moment... wird heut verpennt de 2017.

Les musiciens et amis de Max qui forment le coeur de l'orchestre sont Cecilia Crisafulli au violon, Sven Bährens à la clarinette, Johannes Ernst au saxophone, Rainer Fox à la clarinette et saxophone, Uli Hoffmeier à la guitare et banjo, Bernd Dieterich au tuba, Ian Wekwerth au piano, Vincent Riewe au tambour, Jörn Ranke au trombone, Michael Enders et Thomas Huder aux trompettes, Bernd Frank au saxophone, Fabio Duwentester aux percussions. Ils sont tous là pour Der perfekte Moment... wird heut verpennt composé et écrit par Max Raabe, qui fait aussi équipe avec ses amis qu'il appelle ses 'pop specialists' : Annette Humpe, Achim Hagemann, Peter Plate, Ulf Leo Sommer, Daniel Faust et Christopher Israel .



Der perfekte Moment est un album kaléidoscope, commençant avec Guten Tag, Liebes Glück habillé de pop délicate jouée à la guitare accompagnée d'un scintillant carillon sur le chant joyeux de Max Raabe 'Heute ist ein guter Tag um glücklich zu sein, Steht das Glück vor der Tür, dann lass ich es rein'. Gonflé d'un air printanier et clément, c'est le départ enchanteur de la balade pop Der Perfekte Moment ...Wird Heut Verpennt et les voix en chorale sublimes de Annette et Inga Humpe. Le banjo frissonnant laisse place aux cuivres qui soufflent une brise pop sur Fahrrad Fahr'n garni de choeurs joviaux tenus par la clique Jörn Ranke, Michael Enders et Rainer Fox. L'esprit rieur dans les arrangements et les mots se répand sur Ich Bin Dein Mann, puis continue avec une orchestration rutilante et ascensionnelle sur Ich Sing Am Liebsten, Wenn Der Mond Scheint. L'émotion gagne sur l'instrumentation classique, follement lyrique de Willst Du Bei Mir Bleiben écrite des mains de Max Raabe et de Christoph Israel. La pop revient sur les cordes de la guitare douce, la basse souriante, du banjo taquin et des trompettes vives qui font voltiger Ich Geh Durch Den Park An Einem Donnerstag. La mélodie cristalline de Hohl est portée par les cordes et les cuivres alliés à des sifflements d'oiseaux chatoyants. Le jazzy Du Bist Viel Zu Schön Für Einen Mann Allein joue des notes lumineuses sur la voix de Max brodée d'or qui fleurit la mélodie éclatante de Heut Bring Ich Mich Um où les envolées d'instruments à cordes alternent avec les cuivres. Le brio des musiciens  Daniel Faust, Max Raabe, Peter Plate et Ulf Leo Sommer y est étendu. L'envie de danser est saisissante sur l'accordéon et les trompettes glorieuses du cocasse Côte D'Azur, clin d'oeil délicieux à la France qui est suivi avec galanterie de Liebling, plein de tendresse et de pudeur pour cette fin d'album.




Max Raabe avec Der perfekte Moment... wird heut verpennt resplendit de charmantes manières rétro et écrit, chante des airs raffinés qui séduisent mon penchant assumé pour l'ancien et le traditionnel. Il fait rayonner le passé à travers son univers musical. Loin de la nostalgie ou du regret, il montre simplement que le passé est essentiel pour comprendre la musique. Ambassadeur de la ville de Berlin dont il reçoit la médaille de l'ordre du mérite, Max garde ses distances, son humour, aime ses costumes queue de pie, ses cravates, ses noeuds papillons et s'inspire de son père, de son grand-père qui dit-il avaient un décalage et une drôlerie incomparables sous leurs habits du dimanche. Rarement au volant de sa coccinelle bleu ciel quand il va à la campagne le weekend, Max ne se déplace qu'en vélo, été comme hiver, sa roue de secours sur le dos. Il signe au printemps 2018 un joli Fahrrad fahr´n qui évoque sa bicyclette des années 50 qu'il chérit et ce fabuleux single de bon aloi a sa place naturelle dans le panthéon PiggledyPop. Es ist schon offensichtlich!
MaxRaabe



samedi 20 octobre 2018

French Pop Dream

J'écrit sur ce génial projet qui m'est particulier et cher en juin 2015 "Estival et souriant, le projet French Pop Dream est sunshine pop. Produit par Jamie West, l'équipe est franco-anglaise avec Myriam Gasser à l'accordéon et au piano. L'année 2014 offre l'apparition du titre The First Day of Summer sur un film français de Gilles de Caevel, puis 2015 propose le single léger et mélodieux Now Would Be a Good Time, soigné par le batteur Daniel Said, et les guitaristes Michael Wood et Bernard Butler."



De nouveau, je ressors un billet sur le groupe yéyé d'outre Manche en décembre 2015. "En 2013, le musicien Duncan Steer, membre du groupe Pastel Collision, vit dans le même quartier qu'Anne à Londres et c'est de cette rencontre entre voisins passionnés de pop que naitra Eurostar, the Musical. Duncan compose et écrit les mélodies sixties inspiré par les chanteuses de l'époque comme Françoise Hardy et dit que le thème de ses chansons parle des "people in Europe moving from country to country, looking to see if life will be different for them" (...) 2014 le somptueux single Now Would Be a Good Time continue son immersion dans l'atmosphère sixties d' A bout de souffle ou de la clique du Drugstore et du Palladium.
Le duo Duncan et Anne est venu passer une semaine à Paris fin octobre 2015 pour travailler des enregistrements de voix au studio de la Seine (qui a vu passer entre autres Françoise Hardy et Jarvis Cooker) pour le génial Silver Bells (Christmas Time in the City), titre de Bing Crosby de 1951. L'équipe franco-anglaise a fait un travail d'orfèvre délicieusement rétro qui fleure bon la cannelle du candy accroché au sapin. Les arrangements de Duncan, la voix d'Anne, se marient à merveille pour refléter l'esprit chaleureux et scintillant des fêtes de fin d'année et offrir un Silver Bells incontournable cette année dans vos enceintes."



Le 25 septembre 2018 parait un nouvel EP de quatre titres, dont deux sont en français. Les deux titres en anglais commencent la carte postale iodée et musicale. D'abord Who Cares What the Stars Are Called? que la BBC qualifie de 'Wonderfully evocative' offre une mélodie festive ornée de guitares qui jouent du velours, de balais de batterie rétro à souhait et d'un accordéon galbé à la française pour apporter un soupçon de sensualité. Celui-là même revient jouer des notes qui font résonner l'âme de Montmartre ou de Ménilmontant pour flirter avec le piano et la somptueuse guitare electro-acoustique sur I Need More Music in My Life. Puis une histoire de plage avec ses bruitages de bord de mer sonne joliment nostalgique avant la pop joviale sixties du Theme from L'amour or Less qui conclue le temps d'une minute vintage l'EP plein de charme Who Cares What the Stars Are Called?
Duncan Steer comme Philippe Auclair alias Louis Philippe, est journaliste au dehors de la scène et n'appréhende pas seulement la musique comme un hobby mais la vit depuis les années 80 et tel un maestro de la pop, la transforme en matériel, en poésie, pour titiller notre imagination. L'artiste anglais met son talent et son expérience au service de la pop française et c'est un honneur de compter French Pop Dream dans le panthéon des groupes PiggledyPop.
FrenchPopDream



mercredi 17 octobre 2018

Good Morning

Good Morning est un groupe de Melbourne qui offre une pop dense, aussi feutrée que solide. Liam Parsons et Stefan Blair font paraitre le 26 mars 2018 leur premier album Prize//Reward constitué de 10 titres qu'ils jouaient depuis l'année 2016, ornés du saxophone de Glenn Blair, le père de Stefan. Les australiens apparaissent en 2014 avec un 'grand' EP nommé Shawcross fleuri de 7 titres. Il est suivi des EP A Vessel / Radiovoice en en mai 2015, de On The Street / You en juillet 2015, du 6 titres Glory en janvier 2016, de Step Aside / Oppsie en novembre 2016. Toutes ces chansons réunies et agrémentées d'inédits paraissent le 7 juillet 2017 sur un magnifique vinyle de 13 titres. Enfin, ce printemps 2018 l'album Prize//Reward que je découvre fraichement accroche mon attention, me séduit. Je ne suis pas seule puisqu'il récolte déjà un beau succès dans le monde entier.



Quand on tend l'oreille au Plant Matta qui ouvre le disque, titre singulier d'une minute coloré de sonorités pop sublimes qui émanent d'une guitare, d'une flûte et du micro vintage fifties, elle se dresse guillerette. La basse et le piano mutins apportent de la soul délicate qui va comme un gant à son titre For a Little While, où le saxophone amplifie l'effet à mi-chemin avec ses notes taquines . L'ambiance se dessine intime. Le délice de subtilité, d'humour discret, de sensualité palpable s'entendent, tout comme leur perfectionnisme à l'enregistrement. Plus que des compositeurs esthètes, les deux compères complices, font de l'exploration de sons, de la recherche musicale en studio. La multiplicité de pistes et d'accords forme comme une peinture flamande une richesse mélancolique mais animée en création, vive et nerveuse en inspiration. Good Morning offre un condensé de contradictions, où l'énergie des arrangements se marie à la sensibilité des mélodies comme sur le sautillant Just A Man. Les reliefs de balance de After You nous emmènent dans l'exploration de sons et dans l'enregistrement réfléchi comme une partie d'échecs en devient fulgurante. Mirror Freak et sa tonalité lancinante à la Velvet Underground obtient un résultat rock'n roll, avec ses guitares et sa basse qui jaillissent, joliment tumultueuses sur des mots au sens ambigüe et caché qui tempêtent un message crypté. L'objectif est idem sur le symbolique Escalator qui parle d'une attaque de panique dans un centre commercial puis laisse place au romantisme écorché et sublime de Who's To Blame. $10 poursuit avec ses guitares galbées farniente psychédélique qui plaira aux amateurs de Mac De Marco et dans le même esprit décomplexé suit Whine Time avec sa légèreté dans les mots, son inconscience sulfureuse sur un tempo voluptueux et un chant souple. Look around boucle l'écoute sur la résonance du piano façon Lennon et la voix déstabilisante de fragilité, émouvante. Il y a chez Good Morning une force dans la composition qui fait pour chaque titre de Prize // Reward une mélodie unique, de qualité, qui emmène dans son histoire. L'album est un ovni qui voyage habilement sur la platine et les arrangements oniriques, vertigineux des Good Morning, joyeux drilles qui n'aiment comme hobby que le Queensball, qui reviennent récemment d'une grande tournée au Japon, donnent simplement envie de se laisser envelopper de leurs harmonies.
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