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dimanche 16 septembre 2018

Nick Frater

La fin d'année approche et même s'il y a encore trois mois pour gonfler les chroniques de coups de coeurs, Goodbye Kayfabe de Nick Frater entre dans la cour du top 10 des albums 2018 Piggledy Pop. L'artiste est fabuleux, multi-instrumentiste et producteur, de son studio à Croydon il concocte des bijoux pop qui font rayonner son assurance, son rôle et sa passion. Nick Frater aime la musique, la fabriquer et son plaisir s'entend. Inspiré par les années seventies et sixties, il sait solliciter nos frissons et notre envie de gigoter bêtement en rythme sur ses mélopées. Son univers spontané, son âme frénétique pop, son oreille absolue infaillible dotée d'une humilité rayonnante, le place sur mon chevet.
Les sept titres de Goodbye Kayfabe sont des trésors, dansants, remplis d'instruments qui se répondent intelligemment, riches d'harmonies et d'arrangements surprenants, mais logiques et façonnés avec finesse. La vague de notes pop déferle dès le début de Built to Last avec la folle équipée de guitares électriques qui se mêlent à la batterie, aux cymbales et aux cloches à l'airain exalté.



Le tempo rock accapare l'attention et les hanches quand joue les accords rayonnants de Paperchase, son clavier sixties au groove efficace, et son chant exact, extatique qui s'empare définitivement des émotions. Cette sensation se poursuit sur le juteux Fruit Punches, romantiquement vitaminé et tropical avec son air bossa . La mélopée chaloupée, pleine d'aménité pop, de clavecin taquin, est un régal sunshine paré de références que les amateurs du genre reconnaitront sans nul doute. Quand More Than This fait entrer les cuivres, le tempo enhardi et les guitares indie martelant les arpèges endiablés, les pieds et la tête coptent sans contrôle. La voix de Nick Frater se fait sensuelle et manoeuvre au carrousel de notes fantastiques sur Hold On, Caroline stylé seventies, offrant une ballade pailletée d'une orchestration condensée d'énergie funky. Remoaner (A Song For Europe) est une ode à l'Europe et rappelle la séparation de l'Angleterre avec le gouvernement de Bruxelles sur une cavalerie de guitares électriques rock'n roll et de paroles qui démasquent les opinions politiques de l'artiste. Puis le dernier titre vient adoucir l'ambiance avec son mellow somptueux, son piano tendre qui contre-balance finement entre la gauche et la droite, comme un métronome amoureux qui perd la tête et conclut l'album délicatement. L'enchanteur Goodbye Kayfabe est une collection de chansons pop exquises, un troisième album majeur de Nick Frater qui est un musicien brillant, membre insatiable, d'une compagnie de production, enregistrement et création appelée Great Sheiks qui regroupe d'autres noms fameux de l'indie pop, d'autres groupes dans lesquels il joue aussi.
NickFrater
GreatSheiks



samedi 15 septembre 2018

Adrian Whitehead

Adrian Whitehead, dès la première écoute ce sont des mélodies, du chant, des orchestrations qui forment un élégant mariage à l'évidence d'une grande sensibilité et d'un talent du même bois. L'album Nerd From The Suburbs parait en mars 2018 sur le label australien Popboomerang Records dont le choix de signatures est toujours constant en qualité. L'auteur-compositeur multi-instrumentiste de Melbourne est un enfant prodige de la composition, d'instrumentations fournies, fruitées et absorbantes. Adrian conte des histoires, charmantes ou sérieusement touchantes, utilisant sa voix magnétique et un choix d'instruments subtiles pour ces cartes postales sonores, où s'accordent piano, guitares, batterie et basse qu'il joue lui-même. Viennent d'autres musiciens en studio pour participer à l'album sur certains titres, Shane O’Mara à la guitare électrique et également à la production, Jacob Cole et Jethro Pickett aux guitares électriques, Tim Keegan et Jak Housden à la basse, Sam Young et Terepia Richmond à la batterie, Ellie Lamb au trombone, Amy Lowe au tuba et Joe Tobias à la trompette.



L'écriture de l'artiste est arrondie et son vocabulaire le rappelle d'ailleurs, avec du 'turning' 'circle' 'round' comme commence ce superbe album sur le premier titre Folie A Deux "I traded my life for a ride on a merry-go-round". D'emblée, on tient le bras d'Adrian et on le suit. La ballade solide est galbée, stylée, panachée de guitares folk et un chant somptueux amoureux . Puis le keepsake s'ouvre sur l'épique histoire d'Adam et Eve, Blaming The Snake, avec une instrumentation souriante qui utilise des sons d'antan pour une ambiance rétro, un tempo savoureux et des cuivres rutilants avant le grandiose Sigmund Freud. D'abord la guitare acoustique annonce l'ensemble de cuivres, kalimba, rythmiques diverses, basse, piano révolté et guitare électrique tendue pour un titre chrysalide de six minutes psychédéliques magiques qui illustrent un rêve. Tandis que Sigmund Freud offre un moment délicieux de rock psyché qui accroche entièrement l'attention, l'émotion saisit aux premières notes de piano de Shades Of Grey qui suit avec son texte, si juste et exact, écrit avec ses rondeurs délicates, son profil irisé fort troublant.



L'atmosphère intime poursuit sur la guitare acoustique de First World Solutions avec son schéma doux, tout en retenue, qui néanmoins tire sur la bride avec des mots bruts pour illustrer une relation rompue. Dreams, fait office de virgule chorale à la façon Brian Wilson et Elliott Smith, deux figures qui semblent présentes dans les influences de l'australien. On pense aussi aux Beatles à l'écoute du fantastique Gilded Cage et son Moog, ses lignes de guitares, son chant lumineux, sa mélodie radieuse et volontaire pour combattre le mensonge et les 'faux semblants'. La pop alternative et psychédélique de Blank Page prend de la hauteur et continue de faire des looping entre le piano et les guitares pour boucler la boucle sur Nerd From The Suburbs, avec ses reflets britpop, son tempo merveilleux et ses mots qui reflètent l'esprit de l'album, porteur d'ondes positives. True South conclut avec grâce et panache sur une harmonie d'instruments, d'effets de voix, pour rappeler à la mémoire ce moment spécial partagé avec un père comme la lecture des étoiles "We don’t like to smile in photos, we don’t like to make mistakes, We’re just the same, I’ve got your nose I’ve got your name, You know we’re just the same". Nerd From The Suburbs est le miroir de l'humilité et de la lucidité, blindé de riches mélodies et de la merveilleuse voix d'Adrian Whitehead qui se frotte facilement aux cîmes Harry Nilsson et Randy Newman. Le récit intime, amoureux, philosophique, Nerd From The Suburbs et sa power-pop nourrie de seventies et de sixties, composé avec maturité, brio et excellence fait suite au premier album de 2008 One Small Stepping Man, une introduction à l'univers artistique d'Adrian Whitehead, que je conseille chaleureusement.
AdrianWhitehead





dimanche 9 septembre 2018

Teleman

Est paru ce 7 septembre 2018 le troisième album de Teleman, Family of Aliens. Groupe de Londres formé en 2012, il renait des cendres du fameux groupe Pete and the Pirates. La particularité de Teleman tient dans le talent d'écriture de Thomas Sanders, son interprétation fluide et gracieuse, du tempo dansant et énergique donnée par son frère au synthétiseur, Jonny Sanders, par Pete Cattermoul à la basse et Hiro Amamiya à la batterie.
Dès 2014, la sortie du premier album Breakfast est un phénomène et emmène le quartet sur les scènes d'Europe et des USA qu'ils partagent avec Franz Ferdinand, Suede, Metronomy, Maximo Park, Kaiser Chiefs et Belle and Sebastian. Pendant ce temps, ils ne lésinent ni ne lézardent, mais préparent le deuxième album Brilliant Sanity. L'album est éffectivement brillant autant que le premier, offrant sa touche personnelle, ce don pour dessiner des paroles métaphoriques, éloquentes, clinquantes qui fusionnent à la perfection avec la rythmique. Les sons qui émanent des instruments et de la voix sont abondants, tout comme les mots suggestifs. Leur indie pop est flamboyante, colorée, moderne dans l'instrumentation avec des paroles stylées rétro romantiques pour évoquer des thèmes actuels, sexualité, consommation, et aliénation qui vont de concert, mais aussi des sujets qui les animent comme le rock et l'amour avec des nuances érotiques plutôt charmantes.



Sur Family of Aliens, titre qui ouvre l'album du même nom, la fibre synth-pop qui semble dominer est finement dosée, laissant place à des lignes de guitares et une orchestration limpide qui donne un aspect spontané et simultané efficace. L'envie de danser saisit d'emblée bien que le titre dresse un portrait mordant de la situation actuelle utilisant le thème des aliens qui parviennent à être heureux dans le noir et le vide 'Is it ever enough without love, Without alcohol, dreams and other drugs, Everybody is shot through with worries, But it won’t be long, it can’t be long until the next time'. Puis le voltigeant Cactus avec ses effets électroniques fonctionne à merveille. Le rythme endiablé va comme un gant au thème du superficiel et nombriliste menant à la solitude. Song For A Seagull continue la valse de mélodies, de notes virevoltantes pour évoquer les effets de drogues stimulantes qui, quand la descente est amorcée, font aller dans le mur du ridicule.
Teleman, élégamment utilise l'image de la mouette qui vole, avec ses plumes blanches dans le haut ciel bleu mais qui ne rêve qu'en noir et blanc.



La pop voluptueuse prend son envol sur Between the Rain avec son piano lumineux et sa basse splendide, à l'unisson. Les éléments naturels, oiseaux, pluie, habillent un texte amère qui parle d'un coeur en plastique avant le somptueux et poétique Always Dreaming, langoureux, secret et intime. Le chant de Thomas Sanders resplendit sur le titre, devenant touchant au fil des mots étoilés d'émotions. La basse groovy de Submarine Life poursuit, en taquinant ses cordes et en ouvrant la marche à une suite d'instruments, claviers mutins, fantastique guitare acoustique, batterie rayonnante sur les effets de voix robotiques créant un cocktail sonore réussi. Twisted Heart poursuit ce tempo déchainé et magnifique appuyé par les guitares électriques pour imager un garçon qui se torture l'esprit parce qu'incompris mais qui devrait se moquer de ce monde au cerveau creux, à l'esprit gélatineux. Ce conseil est continué sur le subtil et mélodique Somebody's Island où la voix de Sanders convaincante s'élance aussi magique sur Sea of Wine, invitation métaphorique au voyage et à la perte de contrôle sur des partitions de piano grandioses. L'ambiance synth-pop eighties resurgit, ensoleillée et vitaminée sur Fun Destruction, en opposition aux mots qui dénoncent un mental étriqué qui ne tient ni poids ni pression. Le tempo electro dégaine des rythmes solides pour finir sur le génial Starlight qui résume l'ambiance cosmique, l'environnement spatial, l'excellence des compositions qui gravitent autour du disque. Teleman prend de l'altitude et propulse des titres qui accrochent, font rêver et collent des étoiles au coeur. L'année 2018 compte désormais dans son top 10 Piggledy Pop le captivant Family of Aliens de Teleman.
Teleman





samedi 1 septembre 2018

Champagne Brunel

La famille Brunel est propriétaire à Jouy-les-Reims. Les vendanges 2018 sont commencées. Les rois du sécateur récoltent les fruits de leur labeur pour nous concocter le meilleur Champagne français que je connaisse, le Champagne Brunel. C'est mon avis et celui de nombreux autres, des connaisseurs et amateurs, tous s'accordent pour dire que le 'Brunel' est exceptionnel. Depuis une dizaine d'années, Jean-François Brunel reprend le flambeau de ses parents avec l'aide précieuse de son épouse, l'adorable Sophie. Heureux parents, la lignée est assurée par leurs jeunes pousses, désormais familiarisés à l'art de la taille, du liage, du palissage et de la récolte. Situé sur la petite montagne de Reims, leur terroir est classé en grand cru de Champagne. Sur les vertes pentes de la montagne, des parcelles se bousculent joyeusement et de ce promontoire ancestral, cette terre de France fait surgir de ses racines profondes chaque année en septembre un éminent trio de cépages : du Pinot Meunier, Pinot Noir et Chardonnay. Ces lieux enveloppés de grâce, Jean-François et Sophie y tiennent ardemment et mettent du coeur à l'ouvrage comme le faisaient les grand-parents de Jean-François puis ses parents et sa soeur Clothilde avec qui ils se partagent les hectares. Le travail familial n'est pas uniquement sur le papier, l'ambiance familiale y est douce, simple et très chaleureuse...musicale aussi!



Jean-François est organiste et pianiste, il joue dans un groupe de pop. Sophie grande cavalière est aussi férue de pop, de blues, capable de danser comme personne et de groover dans ses bottes au coeur des ceps. Tous les deux sont chevronnés de musique allant du rock au classique, des comédies musicales à la French Touch. Ils affectionnent la famille, le travail, les arts, et leur Champagne contient tout cet amour. Le Champagne Brunel est divin parce par sa couleur dorée et par son parfum envoûtant qui soulève et emmène illico au sein des coteaux ensoleillés. Ses bulles et son arôme sont fins et élancés, en harmonie, et donnent envie de sourire, de chanter. Le déguster est un vrai bonheur, simple et réel, qui inspire le respect. Il donne aussi envie de saluer l'ampleur de leur travail et des sacrifices tout au long de l'année pour arriver à ce résultat, incomparable. 

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération. Mais quand on partage ce magique moment des vendanges, sur le pont dès 6 heures du matin, le croissant trempé dans le verre de champagne à 10 heures du matin pour une pause, c'est royal. On se sent alors chanceux d'avoir sous les yeux émus, ces lignes historiques de vignes, majestueuses et infinies.
Pour commander l'élixir Champagne Brunel, superbement étiqueté, et se faire livrer à la maison ou sans frais de port, chez les dépositaires, à Paris, en Normandie, à Dijon, à Rennes, et autres, c'est par ici : ChampagneBrunel



lundi 27 août 2018

Eoin Dolan


Je présente Eoin Dolan l'an passé sur Piggledy Pop : "Eoin apparait avec le majestueux EP Placid Ocean en 2014. Suivi de singles qui annoncent le second EP Something Good, solide et entêtant (...) En 2016, l'album Eoin Dolan arrive avec ses 9 titres somptueux, qui proposent aussi une ballade romantique iodée qui part des côtes irlandaises et largue les amarres en compagnie d'Ocean Girl pour aboutir à Spain. Les singles suivent avec Rockefeller Christmas Address et I can make you hurt at will en 2016, One Girl et Good human being en 2017 (...) le 22 septembre 2017 est paru le sublime album Ubique. Eoin Dolan signe les 11 titres, chante, joue guitare et claviers, Conor Deasy est à la guitare et aux voix, James Casserly à la batterie et Adam Sheeran à la basse (...) Eoin Dolan est un perfectionniste dans ses orchestrations, excelle dans la production pop kaléidoscope gratifiée d'une écriture élaborée."



Ce 23 juillet 2018, il nous offre l'EP somptueux Superior Fiction. Une armée de claviers et de guitares conduits par Eoin également au chant, suivie par ses fidèles compagnons, Adam Sheeran à la basse, James Casserly aux percussions et à la batterie et Conor Deasy au chant et à la guitare. L'épopée psychédélique commence sur un Roman Voice et son orgue de bon ton qui rappelle l'ambiance romane mêlée à une ambiance pop sixties, sur les mots sublimement chantés qui titillent intensément sur deux minutes et deux références, la mémoire et la culture artistique. Ici comme sur ses autres albums, les thèmes du son, de la chanson et de la littérature sont récurrents dans l'univers de l'auteur-compositeur irlandais. Le tempo des guitares et de la basse groove sur Superior Fiction qui déroule une mélodie pop sautillante et souriante. Elle parle pourtant d'un sujet sérieux comme la façon dont on réceptionne une information, en faisant un tri soigneux, voire en s'aveuglant, se dédouanant de la réalité gênante qui entacherait notre petit confort, préférant dans la facile lâcheté.



L'instrumentation magnifique surf et psych-pop dans le sillage des Beach Boys, The Coral, et l'esprit critique dans les paroles toujours justes et blindées de panache façon Kinks s'allient au délicieux sarcasme. L'imagination et l'inspiration d'Eoin, nourries par ses lectures comme celles de Philip K.Dick dessine une âme avant-gardiste et Brose poursuit dans l'anticipation, mariant les éléments naturels, terrestres, cosmiques, l'histoire et les découvertes, les expéditions. Il réussit à donner une fort belle ampleur à la musique, de l'élasticité dans les harmonies et dans le chant. Cette impression de perspective est accentuée par l'écho accolé à Lunar Drift, sensuel via ses lignes de basses en rondeur, ses deux guitares électriques en apesanteur, et fondant avec sa mélodie modelée dans le granit Syd Barrett, figure admirée par Eoin Dolan. Superior Fiction est à l'image de son créateur, précurseur, harmonieux, imaginatif, figuratif dans l'interprétation et on se régale de l'essence d'Eoin Dolan, musicien au talent inné et impressionnant.

EoinDolan
EoinDolanPiggledyPop2017

vendredi 24 août 2018

Caper Clowns

Sacre bleu! J'aime Caper Clowns! Sous ce joli blason se cache une joyeuse troupe de musiciens d'Odense au Danemark qui travaille actuellement à son deuxième disque, A Salty Taste To The Lake. J'ai la chance de pouvoir l'écouter en amont et je m'en délecte. Il sortira le 5 octobre 2018. A ce jour, deux singles issus de l'album sont parus et le troisième, Paper Trail, est en chemin, prévu pour le 28 septembre. Le groupe signe son premier album The Buca Bus en 2016. Au Danemark c'est un succès, et depuis que les singles du prochain disque passent sur les ondes danoises et internationales leur renommée grandit de plus belle. Piggledy Pop est là pour en parler et suis honorée de le faire car les Caper Clowns sont d'enthousiasmants ambassadeurs de pop de bon aloi. Avec quelques 300 concerts à leur actif, ils sont invités à nombre de festivals depuis 2010. Autant dire qu'user leurs semelles sur les scènes ne modifie en rien leur motivation, leur dynamisme et inspiration. Rick Kingo, Peter Højgaard, Christian Højgaard, et Henrik Krogh rendent un bien bel hommage à la France qu'ils aiment et la dépeignent avec drôlerie et courtoisie sur le single Sacré Bleu. La rythmique dansante et intense suit des harmonies de guitares pop rafraichissantes et vivifiantes, sur le thème de l'emblématique France, avec ses clichés racés qui nous vont bien. La chanson ferait presque rougir de fierté et d'orgueil!



La promenade sur A Salty Taste To The Lake commence élégamment avec The Way I Dream. Blindée de poésie positive, elle gonfle les coeurs, souffle un air scandinave solide et une mélodie pop lumineuse ornée de la magie de Lone Kingo à la flûte. Avec ses harmonies splendides, la musicalité se trouve à la croisée des Beatles et de Crowded House, mariant la brit-pop à l'indie pop folk. Leur style reste joliment scandinave laissant filtrer sur les partitions l'âme lumineuse nordique d'Hans Christian Andersen mêlée à la tradition musicale étendard du couple royal, le prince Henrik et la reine Margrethe, passion chèrement cultivée par les danois. L'envie de taper du pied ne nous quitte pas quand l'odyssée poursuit avec Lifeline, si rock et conquérante qu'on imagine les hussards de la garde faire le tour du Groenland à cloche-pied, entrainés par le tempo effréné. L'énergique batteur Søren Daugaard Jensen fait voltiger ses baguettes et les guitares électriques forment gaillardes, une 'line' exaltante de notes. La guitare acoustique se fait duveteuse sur Kissing Daylight avec son chant amoureux, intime, où le narrateur amoureux, la nuit, raconte à sa dulcinée une histoire 'de dragons chassés par les rois'. La ballade langoureuse brille et s'éveille sur les couleurs matinales, menée par les guitares, la basse et le bodhrán délicat de David Needham, avant d'accélérer la cavalcade pop avec Second to None qui fait mouche évoquant la prétention de quelqu'un qui descend vite de son piédestal. Le fantastique Sacre Bleu arrive, frais et tellement rempli de fleurs, tellement pavé de bonnes intentions à l'égard des français qu'on ne peut qu'adouber les Caper Clowns.



L'aventure rythmée, furieusement dansante, continue d'enchanter avec Pretty & Underwear qui fait entrer un piano taquin et coquin sur la batterie virevoltante de Alexander Storm alias Skipper. L'atmosphère joviale se ressent aussi dans le travail des musiciens qui tour à tour, composent et chantent. Puis Loops, magistrale, magnifiquement écrite zigzague entre romantisme et philosophie avec une instrumentation en spirale qui avale l'attention. Paper Trail gambade sur une rythmique offerte par Soren où les guitares alliées aux voix en chorale déroule du bonheur pour enchainer sur l'irish bouzouki, la guitare acoustique, l'harmonium de What If, nostalgique et émouvant. La mémoire et la mélodie se donnent la main sur le titre sentimental qui en devient poignant. Puis le tempo revient ambitieux fortifié par le piano qui martèle l'air de Me For A Friend, coudoyant les guitares et le chant qui grimpent les côtes sans manquer d'oxygène en guise de règlement de compte amoureux. A tête ouverte, les mots aussi charnels que poétiques, voltigent sur As Long As She Is Around Me, chanson savoureuse pour terminer ce somptueux et onctueux album. Pour l'esprit sympathique qui émane des Caper Clowns, plein d'entrain, qui travaillent en famille à tous les étages du projet, doublé de leur qualité de musiciens et d'auteurs-compositeurs, A Salty Taste To The Lake rejoint les autres disques du panthéon Piggledy Pop.
CaperClowns



jeudi 23 août 2018

Grasscourt

Signés chez Lost Map, l'excellent label écossais basé sur l'Isle Of Eigg, tenu d'une main de maître par Johnny Lynch et qui concentre des artistes de haute qualité comme Randolph's Leap, Martha Ffion, Firestations, Alabaster Deplume, Savage Mansion, Monoganon, Seamus Fogarty, Kid Canaveral (King Creosote) etc, Grasscourt rejoint cette liste prestigieuse.

Grasscourt, duo composé de Tom Percival, également auteur et illustrateur de livres pour enfants, et de Matthew Lacey qui apparait au sein du groupe de Bristol, OLO Worms, signe l'EP Come Alive/ Stones Upon My Chest ce mois de juin 2018. Evidemment l'éminent Steve Lamacq les remarque et diffuse Come Alive dans son émission sur la BBC. Les deux musiciens ont enregistré deux titres magiques. Ils jouent eux-mêmes tous les instruments et pour les concerts, ils invitent Anneliesa, épouse de Matthew, pour assurer le synthétiseur. Car Grasscourt a une besace garnie de chansons à jouer comme Connect, Go Again et Begin to Change, à déguster sur leur soundcloud.



Ce qui attire mon oreille au prime abord c'est le style alternatif de l'instrumentation, doté d'un doigt de psychédélisme et d'une goutte d'humour. Ensuite, l'attention portée par le tempo dynamique plonge dans les mots. Leur sens, saupoudré d'un trait d'esprit, est mordant, musclé, déterminé. La dichotomie me séduit. Elle est maligne. Elle est clinquante entre les deux titres, l'un évoque la vie, l'autre la mort. La sensation de ramification se glisse aussi dans leurs personnalités qui rayonnent dans les notes, l'humour so british, sophistiqué qui tend parfois vers le sarcasme et la noirceur. Le chaud-froid souffle sur les deux morceaux où les mélodies merveilles indie pop se font écho et se relayent. Come Alive, rebondit et s'envole à la hauteur des mélopées de Of Montreal, Neutral Milk Hotel, XTC, et Gorky's Zygotic Mynci. Les instruments vibrent et vivent, tambourinent et craquent les amplis sous les tapes rythmées et offensives. Les deux Grasscourt montrent leur agilité pour jongler avec les harmonies, tout comme sur Stones Upon My Chest qui avance dans le sillon rock trip-hop des Beta Band. Le titre charme, par ses guitares, ses claviers, ses voix essentielles en mouvement qui donnent chair à l'orchestration synth-pop. J'ai hâte de découvrir la suite, surement pleine d'énergie, d'inspiration et d'ardeur musicale.

GrasscourtLostMap
RandolphsLeapPiggledyPop2012
MarthaFfionPiggledyPop2015



Isle of Eigg

mercredi 15 août 2018

Jean-Charles Foucrier - La stratégie de la déstruction

Le Transportation Plan est mis en lumière par l'historien Jean-Charles Foucrier dans son livre La stratégie de la déstruction - Bombardements alliés en France, 1944. Il est paru chez l'éditeur Vendémiaire en décembre 2016 à la suite de la soutenance de thèse de doctorat de son auteur en novembre 2015. Comme décrit au dos de l'ouvrage, "ses recherches portent sur la stratégie militaire, la propagande, l'opinion publique et l'historiographie des bombardements aériens sur la France durant la Seconde Guerre mondiale."
"Le scientifique britannique Solly Zuckerman a en effet, depuis 1940, conçu un vaste plan d'attaques aériennes dont le système ferroviaire français est la cible privilégiée : gare de triage, centres de maintenance, centres de stockage du matériel roulant...Il s'agit de paralyser les mouvements de l'ennemi en prévision du Débarquement."



Ce 'vaste plan' se nomme Transportation Plan. Il est mis en place par Solly Zuckerman, éminent biologiste, expert ès-endocrinologie et physiologie de la reproduction chez les primates. Reconnu et admiré, respecté, il publie en 1932 son premier livre La vie sexuelle et sociale des singes, puis un autre en 1933 sur le même domaine avant de partir un an à Yale poursuivre ses recherches. Cela ne laisse pas présager au prime abord de le retrouver dès 1939 au sommet de la hiérarchie du commandement allié. Il rentre donc à Oxford en 1934 pour enseigner et sera professeur d'université jusqu'en 1939. Avant son séjour aux Etats-Unis il avait crée un club qu'il renouvelle à son retour sur l'île. Ce club de gentlemen 'politisés' s'appelle The Tots and Quots et compte dans ses membres des scientifiques, économistes et autres universitaires. Parmi eux, une figure notable dans la genèse du Transportation Plan : Frederick Lindemann surnommé 'prof', futur Lord, vicomte Cherwell qui deviendra un proche conseiller de Churchill
1938, suite aux accords de Munich, Zuckerman et Bernal, un ami scientifique, rédigent un memorandum qui souligne le rôle de la recherche scientifique vers la production de guerre, la défense contre les attaques aériennes et l'aide aux victimes des bombardements. Ces pages sont publiées et le livre Science in War parait en 1940. D'abord anonyme et confidentiel, ce petit livre édité chez Penguin, amorce l'idée du Transportation Plan.

Zuckerman veut s'impliquer. Bernal travaille alors au Ministry of Home Security. Ensemble ils étudient les effets des bombardements sur primates et tandis que l'Angleterre subit les attaques de la Luftwaffe cette année 1940, le rapport de Zuckerman et de Bernal intéresse les grandes instances de l'armée britannique. Leur ami du club, Lord Cherwell, plaide auprès de Churchill pour poursuivre l'étude de Zuckerman en lui communiquant une minute du rapport sur les impacts des bombardements sur les civils et les constructions.



Alors que Molotov scelle avec Churchill l'alliance anglo-russe, en 1942, un accord suit avec les Etats-Unis. Roosevelt veut attaquer au plus vite. En Angleterre, le Bomber Command avec Harris aux commandes et des milliers d'avions bombardiers sont prêts. Cette même année, Eisenhower est élu commandant en chef des forces américaines en Europe (SHAEF) qui devra préparer l'Overlord.  Eisenhower à la tête du SHAEF doit compter sur le répondant d'autres 'fortes' têtes comme celle du général de Gaulle, celle de Montgomery et celle de l'adjoint d'Eisenhower, Tedder, qui deviendra un solide ami du baron Solly Zuckerman. Celui-ci soutiendra contre vents et marées le Transportation Plan auquel il s'attèle dès 1942 en étudiant les bombardements sur la Sicile en 43 et de ses observations, trace les grandes lignes du Plan dressé afin d'augmenter les chances de réussite du Débarquement sur les plages de Normandie le 6 juin 1944. Pour assurer le bon déroulement d'Overlord, Zuckerman établit qu'il faut paralyser le système ferroviaire français, affaiblir la mobilité de l'armée allemande par opérations aériennes de bombardements.



Le Transportation Plan ne rencontrera pas que des transports de joie. Zuckerman doit s'armer de patience, essuiera quelques revers de ses détracteurs et ils sont nombreux, maréchaux et généraux, certains sont au SHAEF, à la direction des opérations du Bomber Command, au Committee of Four, au MEW, à l'EOU, au Joint Technical Warfare Committee ou au Joint Intelligence Committee. Zuckerman doit redoubler d'efforts pour convaincre après des nuits de délibérations et de polémiques, souvent stériles, organisées par Churchill réunissant ce 'monde' susceptible et ambitieux qui se repose sur des analyses et expertises inexactes ou trafiquées. Des missions de bombardement autres, en parallèle , comme les road-blocks sont menées, par l'AEAF et son commandant Leigh-Mallory. Les pour-parlers s'éternisent autour de la précaution officielle : la limitation du nombre de victimes. Mais officieusement, il est bien question de politique. Car depuis 1942, le Bomber Command de la RAF (royal air force) et l'US Air Force ne travaillent pas de concert mais sont en compétition. Dans cet esprit, ils procèdent à l'Area Bombing, un bombardement peu délicat souvent à l'aveuglette, sans précision. Celui sur Hambourg fera 40 000 victimes civiles. Le Transportation Plan doit effectuer des prédictions du total de victimes et Zuckerman sera celui aussi que l'on désignera pour vérifier et recenser le nombre de victimes l'été 44.

Finalement, Roosevelt tranche après des semaines de querelles, justement nommée par Jean-Charles Foucrier 'La guerre des Lords'. Le Transportation Plan commence bel et bien au printemps 1944, le 6 mars, trois mois jour pour jour avant le Jour J. L'opération est de désintégrer le système ferroviaire français, et pendant un mois et demie, le plan cible les hangars de locomotives, les gares de triage (reléguées au second plan, seule erreur évidente de Zuckerman), les voies de communication et ateliers de réparations, 80 centres ferroviaires soit 71 000 tonnes de bombes larguées. Il y a 20 000 morts normands en un mois et demie, 156 000 soldats alliés victimes des combats en Normandie, 4560 pertes de l'aviation alliée, 60 000 victimes françaises, Nantes, Rouen, Boulogne, le Havre, Saint-Etienne, Caen, Lisieux, allonge la triste liste de 12 000 à 15 000 tués ajoutés aux normands. Le terrible chiffre de morts chez les aviateurs, sur 125 000 membres d’équipage du Bomber Command on dénombre 55 000 morts côté anglais et 30 000 tués côté américain.



La lecture de la Stratégie de la destruction est passionnante. Jean-Charles Foucrier avec son travail fouillé et impressionnant permet aux non-initiés comme je le suis de comprendre en plongeant dans la logique militaire d'une part et d'autre part, l'ambiance de l'époque, particulière. De son état de gestation à sa structure et sa mise en oeuvre, son enjeu et ses résultats, le Transportation Plan fait froid dans le dos parce qu'il noue l'humanité et la psychopathie. Décortiqué et expliqué par l'historien qui compose ses écrits de références, d'annexes, de photographies, de graphiques, ce plan nous cueille par ces deux facettes, l'absence absolue d'empathie et l'enjeu de la Libération. Ce balancement de sentiments ou pas nous absorbe. Les attaques aériennes anglo-américaines aux objectifs stratégiques ou économiques ne laissent pas de marbre.

L'analyse et l'étude de Jean-Charles Foucrier apporte au récit une logique et un raisonnement applicable à toute époque. Le Transportation Plan destiné à bombarder la France dévoile l'impunité d'Eisenhower qui fait face à l'intransigeance et l'opiniâtreté du général de Gaulle qui démonte l'AMGOT sous l'oeil cruel et rieur de Churchill. Le Transportation Plan, dans les mois qui suivent la Libération de la France, sera appliqué à Allemagne, avec un nombre de morts civils inhumain et in fine, deviendra une zone d'occupation américaine. Du 13 au 15 Février 1945, les alliés bombardent Dresde en Allemagne, 3900 tonnes de bombes larguées, bilan humain 25 000 morts.







L'utilité et la nécessité du Transportation Plan sont décrits avec une grande qualité et ingéniosité par Jean-Charles Foucrier qui invite à la réflexion. Selon le suédois Niklas Zetterling, les alliés avaient 'surestimé la capacité de renforcement adverse' au moment où commence le Transportation Plan et d'après son étude minutieuse, démontre que les chiffres étaient 'extrêmement éloignés de la réalité'. Le polonais Mierzejewski quant à lui conforte l'efficacité du plan. Zuckerman lui-même un demi-siècle plus tard, cherchera 'une preuve nette de l'efficacité du Transportation Plan'.

L'étude du plan, de la stratégie des anglo-américains laisse entrevoir en toile de fond l'action de l'Ultra et ses révélations sur la faiblesse des armées allemandes avant et après l'Overlord, jamais prises en compte par les alliés, qui feront fi de la Résistance française et l'action du général de Gaulle, méticuleusement et systématiquement tenus à l'écart. Avec ses nuances fines coupées de délicieux secrets, de la délivrance de vérités, de témoignages surprenants et émouvants, Jean-Charles Foucrier mentionne sans concession ce qu'était le dessein du plan. La lecture de La stratégie de la déstruction - Bombardements alliés en France, 1944 est absorbante, captivante et éclatante.
LaStrategiedelaDestruction-BombardementsAlliésenFrance1944





mardi 14 août 2018

Dent May

Je parle de l'artiste en 2009 : "je me délecte du titre de Dent May, God loves you Michael Chang. Il est issu du délicieux album The good feeling music of dent may & his magnificent ukulélé sorti en Février 2009. L’ambiance qui règne dans cette chanson est prompt au style du tennisman et démontre que Dent May est un artiste ovni craboté d’un extra-terrestre de la pop, apparu un jour de 2008 sur les berges du Mississippi". "L’artiste a surement du sang de Tom Sawyer dans les veines. Sa personnalité pousserait volontiers les premiers de classe à faire l’école buissonnière (...) Subtilement comique, charismatique, il se distingue par le ukulélé, comme cité dans le titre d’album. Un peu crooner, roi de l’auto-dérision, il chante comme un équilibriste sur son vibrato et ses cordes vocales des années 50, un collier de fleur hawaien autour du cou. Il y a chez lui le swing et la sensibilité de Serge Gainsbourg et de Lee Hazelwood, ses deux références.



Peu étonnant de lire dans sa biographie qu’il a étudié à la NYU Film School. Chacun de ses titres forme une sorte de court-métrage avec des paroles très imagées qui se lient à la musique habillées de cordes et de cor (...) Dent May est un romantique loufoque et charmant doté d’un talent phénoménal de composition et d’interprétation."

DentMayPiggledyPop2009

Le gentleman pop, dandy sous tous rapports, déménage en 2011 d'oxford dans le Mississippi pour poser ses bagages en Californie. C'est à Los Angeles que Dent May signe le single Fun la même année, puis l'album amoureux Do Things en 2012, sunshine, disco, saccharine pop, toujours blindé d'humour et d'harmonies sixties ciselées. Suit en 2013 l'autre pièce majeure Warm Blanket, composée et interprétée par le multi-instrumentiste américain. En 2016, le missile pop Face Down In The Gutter Of Your Love parait et montre un Dent May haut en couleurs, se donnant dans la composition, l'instrumentation et le chant.



Il y a un an, le sublime Across the Multiverse parait comprenant tout le talent rayonnant de l'artiste. La veine de Harry Nilsson et de Brian Wilson, ajoutée à l'esprit drôle, aux paroles imagées et aux harmonies de cordes et de cuivres est un pur moment de grâce pop. Avec ses titres dignes de coups de projecteur sur ce que l'inconscient du bipède à tendance à enfouir par manque de lucidité et surtout de courage, je savoure cette franchise et spontanéité davantage. L'entrée de l'antique grand piano sur Hello Cruel World comme introduction me semble brillamment choisi. Le tempo funky accompagne des paroles sarcastiques évoquant les écrans de télévision, de cinéma et le reflet surnaturel qui caresse l'égo. Puis la basse et la guitare alliées aux violons et aux trompettes jouent une Across the multiverse sensuelle et vitaminée ornée de la voix de Frankie Cosmos, chanteuse dont le nom inspire manifestement l'auteur-compositeur qui joue de la métaphore 'Light years away from your planet Out here alone I was stranded, Beyond space and time, Your cosmic devotion materialized'. Le mouvement et la rythmique de Dream 4 Me sautille gaiment sur le thème de l'amour irradiant la guitare d'un funky détonnant ; Idem pour le groove de Take Me To Heaven aux gammes chaleureuses et croustillantes.




90210 et son tempo croonant évoque l'adaptation de Dent May fraichement arrivé en Californie, qui se rend à une soirée 'caviar, champagne, piscine, palmiers et chirurgie esthétique' avec ses vêtements bon-marché et son bon esprit. La rythmique vitaminée, l'instrumentation de cuivres et de claviers electro-pop de Face Down In The Gutter Of Your Love pousse, avec son enthousiaste thème de l'adultère, à danser. Puis le boogie mélodieux de A Little Bit Goes A Long Way offre une mélopée superbement construite pour parler de l'amour à distance, porté par des images d'espace et de temps. Les guitares et basse scintillent majestueuses sur le titre plein du chant somptueux de Dent May qui enchaine sur un Don't let Them grandiose, arrangé de piano, violons et guitares et les thèmes leitmotiv de la galaxie, des étoiles et de la lumière, qui siéent à merveille aux instrumentations. L'esprit piquant et excentrique reprend du service sur I'm Gonna Live Forever Until I'm Dead, ou l'humour et humilité intraséques au personnage swinguent et virevoltent via les claviers, donnant une fibre joliment distinguée et charismatique à contrario des soirées chloroformées et plastifiées "I'm doing all that I can, Just me and my guitar and a little piano, I've got a new song, Won't you sing along?"

Cette différence, cette distance semble préservée par le musicien authentique qui termine sur le poétique et cadencé Distance To The Moon, en écho au premier titre de l'album Hello Cruel World. "The atmosphere can be an awful place I spread my wings until they make me burn and break, This hopeless planet don't got much for me no more", "And so I'll build a great big ladder up to you, my love, And I will climb and climb and climb until I hold you in my arms, Yet I keep on falling back to Earth"

Dent May signe un album qui balance entre l'amour éperdu et le désarroi, le chaud et le froid, sur une trame cosmique comme pour échapper à la réalité qui à son sens est délétère. L'esprit taquin et réjouissant qui cache des angoisses habille ses harmonies avec brio. La finesse resplendit dans les accords travaillés, les mots imagés et l'interprétation émouvante. Le constant et brillant Dent May offre un Across the Multiverse affirmé et solide ; Une pure merveille.
DentMay



samedi 11 août 2018

Video Age

Leur son marqué et typé, leur style rétro eighties moqueur des Daft Punk et consorts forment un cocktail de délices. Depuis 2016 et l'album opus Living Alone, Video Age offre des chansons électro-pop addictives qui surfent légères et dansantes sur de véritables mélodies. Les deux compères américains Ross Farbe et Ray Micarelli expérimentent leurs synthétiseurs avec magie pour offrir un résultat vintage qui rappelle le doux son du vinyle, feutré et velours, bien que les instruments soient synthétiques. Les titres au tempo diablement prononcé s'enchainent avec un panache notable, une vivacité estivale grâce à l'instrumentation, au chant magnifique qui donne du cachet et aux textes, fripons, malins et efficaces. Avec les deux Video Age, maestro de retrosynthpop qui assurent toute l'instrumentation et la composition, il y a sur certains titres la présence de Duncan Troast aux synthétiseurs, Nick Corson à la basse et Jordan Odom à la guitare. Les harmonies funky, disco, sont cultivées, intelligemment dosées. Les paroles sont savoureuses d'esprit drôle et mordant dans lesquelles on se réfugie avec joie.



Cette âme artistique finement proposée sur l'album Pop Therapy sorti le 15 juin 2018 chez InflatedRecords s'étend et s'entend sur chaque morceau. On se laisse porter dès les premières notes de Lover Surreal, souriantes et anachroniques. Le plongeon dans les eighties est immédiat avec les claviers lounge et si on tend l'oreille, on entend même une flûte soprano. Les dès de l'humour sont jetés sur ce single fulgurant qui est suivi de l'autre bijou pop du même gabarit, Pop Therapy. L'ombre des Daft Punk vient planer pour une élégante moquerie qui tend le sourire jusqu'aux oreilles. Les claviers sont délicatement imprégnés d'une voix robotisée, de funk parodique et paradisiaque. La taquinerie qui se mélange à l'hommage se poursuit sur Days to Remember avec sa basse et ses guitares fantastiques. Le style vintage est exploité dans les paroles, et l'effet est accentué par le génial wah compressé des synthétiseurs. La soul entre en piste, voltigeante, fustigeant un downtempo sensuel sur le sentimental Hold On (I Was Wrong). Car de l'amour, il en est fort question dans ces superbes mélopées de Video Age, mettant du boogie suranné sur l'instrumental User Patterns qui ouvre un chemin romantique et old-school au magnifique Paris to the Moon.



Tandis que la synth-pop funky est à son avènement, la virée rythmée et sucrée continue, insufflant un No Tomorrow à l'esthétique époustouflante. Les claviers et la guitare gambadent joyeusement. Les douces vibrations et sensations poursuivent sur Echo Chamber grâce au tempo percutant et aux effets de voix absorbants. La saveur et l'originalité des Video Age est dans l'utilisation modérée et harmonieuse des claviers, soutenus par la basse et la guitare. Cette fine instrumentation rehausse l'écrin synth-pop de soul sur Scenic Highway. Puis le romantique, terriblement séduisant Is It Her? nous rappelle la naissance de la basse Fender, du Moog Clavinet, et surtout de la funkadelic dérivée du jazz-funk, née à la Nouvelle-Orléans, berceau des Video Age.
Cette rythmique extensible et modulable à volonté se retrouve sur le dernier titre Dare to Dream, clin d'oeil rieur avec la voix façonnée robot pour un ultime et subtil moment de groove. La recherche de style dans le son, le chic dans la composition nostalgique donnent un ensemble de titres raffinés, follement attirants. Pop Therapy de Video Age en guise de thérapie soigne bel et bien mes petites oreilles et me plait tant qu'il se hisse facilement dans le panthéon de Piggledy Pop. A suivre...
VideoAge