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mercredi 29 avril 2020

Le Flegmatic

J'écris sur Le Flegmatic en février 2017 : "En 2013, le musicien du sud-ouest Thomas Boudineau, alias Le Flegmatic, entreprend son premier EP tout en jouant du trombone dans le groupe Hiddentracks. Avec quelques chansons en plus, le six titres se change en album de dix chansons au joli nom de Esprit de Conquête qui paraît en février 2015 suivi du tout récent Bouleversement majeur ce mois de février 2017.
L'auteur-compositeur est un électron libre ; Il voyage, saute d'un point à un autre, insaisissable et insatiable de littérature, de musique. Il dépose dans ses chansons un peu d'humour, un peu de pudeur poétique, un peu des paysages et des kilomètres parcourus. Virtuose de la dérision, il concocte des textes colorés et animés de sentiments, de thèmes allant de Peter Falk aux Pyrénées, du boucher à l'auto-école. Comme un guide, on le suit aussi parce que les mélodies enchantent et que sa voix nous cueille illico." LeFlegmaticPiggledyPop2017



En août 2019 revoici le ménestrel français qui offre Ruines nouvelles un album parfumé de campagne, de ville, de désarroi et d'espièglerie poétique qui dépeint une ambiance contemporaine à brûle pourpoint. Thomas nous décrit ainsi ce magnifique disque : 'La plupart des chansons de cet album me sont venues pendant la campagne électorale des présidentielles. Le climat était plutôt électrique. Enfin disons que les gens étaient un peu tendus. (...) Entre les lignes, Ruines Nouvelles est aussi un album sur les nouvelles formes d'inquisitions et d'injonctions plutôt contradictoires... « Quand on entend parler de pureté, les gens commencent à mourir » dit Salman Rushdie.'



Il écrit, joue de la guitare, clavier, harmonica et chante avec une voix somptueuse, habitée et mélodique, qui absorbe toute l'attention. Sa personnalité resplendit le long des titres, accompagnés par le guitariste Romain Nègre, le bassiste Julian Babou, le batteur Benjamin Richard et les choristes Céline Ribault et Marion Dinse.
L'espace d'un instant ouvre le bal avec la finesse du mot 'immobile' qui résonne infiniment donnant le coup de feu dans les starting-blocks. L'auteur-compositeur sait mener la danse, la nourrir de tempo pour la faire progresser toujours élégamment dans le sarcasme comme dans la rythmique. Mordant, soufflant le chaud et le froid, le mouvement donne du fouet sur A découvert qui déroule du folk entraînant et des sous-entendus subtils. La pudique plaidoirie poursuit, accélérant la rythmique sur l'autre rive où le paysage défile à la vitesse de la voiture du Flegmatic qui vient de passer son permis de conduire (judicieux par les temps qui courent!) : 'Comme je venais de passer le permis de conduire – jusque là je ne me transportais qu'en trains et autocars régionaux – , je me suis mis à rouler comme un fou à travers les Cévennes, à remonter des rivières jusqu'à leurs sources, le nez au vent, les albums du vieux Bob Dylan à fond dans ma bagnole.'



C'est une ville est à mes oreilles le bijou du disque, résumant les ressentis de beaucoup d'entre nous, ceux qui pèlerinent et se livrent à différentes villes. Elle est instrumentalisée avec brio, d'abord métallique et électrique, elle chemine vers du boisé chaleureux. Comme sur Camions, où les pins, les bois, les reliefs des Pyrénées nous invitent à découvrir sensuellement la terre de l'auteur en zigzagant sur les routes, entre les ruines nouvelles. La matière et la délicatesse des cordes pincées et tendues sur Citadelles est aussi veloutée que le grain de voix cristallin et l'harmonieux harmonica. Les humeurs stoïques et grinçantes rayonnent sur Trop chaud au blues et au rock langoureux avant Le radeau et son langage stratégique et astucieux pour une virée musicale poétique dans le sillon du grand Jean-Louis Murat. Le Flegmatic nous plonge pendant dix minutes dans d'autres temps, divers endroits, via des métaphores historiques et oniriques pour créer un titre terriblement émouvant qui nous conduit trop vite au dernier, Roses. Son message incisif délivré avec douceur et mots glaçants décrit un pays explosé, une politique fantoche, des identités et des villes bâillonnées dans des Ruines nouvelles, qui dans les mains de Le Flegmatic, sont magnifiques.
LeFlegmatic

dimanche 26 avril 2020

Why Bonnie

Why Bonnie est un jeune groupe d'Austin au Texas, la Mecque du rock et de la pop depuis le début du deuxième millénaire. Toute la musique contemporaine se retrouve à Austin, pas à New-York ni à Los Angeles mais bien dans cette jolie ville au milieu des deux autres. Pleine de lacs, de parcs, avec son million d'habitants et ses 250 salles de concert, ses 2000 musiciens et centaines de magasins de musique, Austin est la capitale au monde de la musique. Autant dire que les Why Bonnie ont de la concurrence mais sont aussi au meilleur endroit au meilleur moment.



Leur pop est spontanée, rythmée, moderne, insolente d'énergie dans les arrangements et l'incarnation du groupe en la personne de Blair Howerton à l'écriture, au chant et à la guitare. Elle fait équipe à la composition avec ses acolytes, Kendall Powell au clavier, Mitchell Lamon à la batterie, Sam Houdek à la guitare et Chance Williams à la basse. Le premier disque de quatre titres In Water paraît en février 2018, suivi du cinq titres Nightgown en juin 2018 et du génial Voice Box ce 10 avril 2020. Le tout est enregistré par l'ingénieur du son Michael Landon, pas le papa chevelu de La Petite Maison dans la prairie, mais le propriétaire à la tignasse moins folklorique du fameux studio Estuary Recordings à Austin.

Voice Box est un mini album habillé d'émotions, d'humour et vibrant de mélodies. Le talent de Why Bonnie saute aux oreilles dès le premier morceau Bury me qui sobrement déroule son tempo aux allures twee, ses mots cinglants et beaux. Ce même message dévoilé courageusement, volontaire et touchant, continue sur Voice Box qui brille par ses harmonies et sa puissante interprétation.



Athlete contient la même rébellion et fibre rock avec ses paroles musclées et ses guitares électriques. La matière sonore plaira aux amateurs des Echobelly, Cranberries et Breeders. Suit le langoureux Jetplane qui est un régal harmonieux dont l'effet d'écho rend le chant aussi précieux que nostalgique avant No Caves où la voix de Blair Howerton est majestueuse, les guitares élancées et armées de fuzz à gogo réussissent un titre magistral. Comme pour l'opus In Water de 2018 qui rend hommage au grand frère de Blair décédé un an auparavant, l'univers du groupe est riche d'une transparence émouvante quant aux sentiments éprouvés, de la force émouvante qui en résulte et d'un brin d'humour imperturbable et résistant. La voix sur Voice Box des Why Bonnie à l'orée d'une belle carrière, se classe dans les plus belles découvertes 2020 Piggledy Pop.
WhyBonnie

mardi 21 avril 2020

The Greek Theatre

Quand The Greek Theatre originaire de Suède déroule ses mélopées mordorées, c'est toute une tapisserie de sonorités qui s'offre aux oreilles. Les Suédois composent des airs orchestrés somptueux aux allures psychédéliques seventies rappelant leurs références mélangées Syd Barrett, Nick Drake, Fairport Convention, Beach Boys, avec une dose de poésie médiévale dans les instrumentations et les paroles. Le groupe apparaît en 2013 avec le premier disque bien ficelé et lissé Lost At Sea, suivi en 2017 du fabuleux Broken Circle.



Le noyau créé à l'origine par Sven Fröberg, auteur-compositeur qui crée son studio, joue guitare, mandoline, basse, ukulélé et son compère lui aussi auteur-compositeur et interprète Fredrik Persson, qui joue guitare, basse, orgue, ne tarde pas à être rejoins par d'autres fantastiques musiciens. Andreas Ralsgård, à la flûte, saxophone et clarinette, Andreas Sjögren est à la batterie et saxophone sur l'opus et Tomas Eriksson aussi batteur sur le dernier album, Mathias Danielsson à la guitare, Lisa Isaksson à la flûte, harpe et choeurs.

Ce mois de janvier 2020, The Greek Theatre revient avec le troisième disque magnifique When Seasons Change. Aux amateurs de pop suédoise, Peter Bjorn and John, Club 8, Pelle Carlsberg, Jens Lekman, The Eggstone et consorts, je vous préviens de suite, ce nouvel album des Greek Theatre est sacrément addictif, bien plus viral qu'une chauve-souris chinoise qui s'accroche à votre tignasse pour vous enrhumer.



Dès l'attaque délicieuse et Twin Marks avec son ensemble de violons sur la petite flûte traversière psychédélique, on pressent un voyage musical solide et coloré. Lawrence of Laurel Canyon débarque, avec sa basse, batterie et ses guitares pour un air cadencé et sautillant à souhait. Les cordes deviennent plus électriques et les synthétiseurs kaléidoscopiques sur The Post Factual Jam quand la mélodie de Old Jawbone, pastorale, qui évoque Robin des bois, enveloppe de son orchestration mystérieuse ornée d'instruments traditionnels magistraux. Les voix délicates et élégantes ajoutent à la préciosité de la composition, comme sur le lumineux, expérimental et cosmique Bible Black Mare de huit minutes.



Open Window entrouvre ses partitions pop baroque sur une ambiance lyrique et aérienne où volètent en harmonie instruments à vent et cuivres. Puis le tempo monte finement sur The Streets You Hold où les guitares scintillent et poursuivent la conquête de notre attention, définitivement aspirée par l'écho psyché de l'instrumental The Caboose. Le bijou alternatif sculpté seventies A Different Place démontre le talent infini des musiciens, leur art maîtrisé dans l'interprétation et leur inspiration cristallisés sur six minutes envoûtantes. Le mouvement souligné dans le thème est omniprésent dans les reliefs, les arrangements alternatifs superbes et l'électricité joyeuses dans les cordes. Le voyage se termine sur un bel horizon avec le grandiose Sail Away (part two), coup d'oeil dans le rétroviseur du premier album de 2013. Le profil maritime du concept est cher à The Greek Theatre qui concocte un When Seasons Change riche de paysages musicaux, de saisons et décors variés, classé dans les pépites intemporelles de Piggledy Pop.
theGreekTheatre

samedi 18 avril 2020

Carwyn Ellis & Rio 18

Le gallois a sa place réservée sur Piggledy Pop et comme de coutume, il revient en 2019 avec une pièce maîtresse de son répertoire, l'album brulant de bossa enregistré à cheval entre le Brésil et le Pays-de-galles : Joia! signé Carwyn Ellis & Rio 18
Chronique Piggledy Pop de 2017: "Je suis une fan absolue de Colorama conduit par Carwyn Ellis et de son projet parallèle Bendith. A chaque réception d'album, je suis mordue. Le gallois travaille depuis un an sur Some Things Just Take Time, magnifique nouvel album qui paraitra vendredi prochain, le 1er septembre 2017."



"Le Pays de Galles regorge de précieux artistes et Colorama, de Cardiff, y dépose sa pierre pop psychédélique depuis 2008 avec un premier album Cookie Zoo. (...) Entouré sur scène et en studio d'une brillante bande de musiciens, Colorama marque les esprits des poppeux dès cet opus trouvant un public de plus en plus solide au fil des concerts comme celui de Glastonbury en juin 2009 quand son meilleur ami et bassiste avec qui il fonde le groupe, David Fletcher, meurt. Un deuxième album suit en septembre 2009 ; Magic Lantern Show offre des titres en anglais et en gallois, dont Dere Mewn devenu depuis un hymne contemporain pour les gallois. "
Colorama2016
Bendith2017
Colorama2017



Joia! ouvre avec le sautillant et jovial Unman où le tempo glisse dans la voix charismatique de Carwyn, des guitares et des rythmiques caliente avant de lancer la cavalcade de cordes de guitares bossa sur Tywydd Hufen Iâ (le temps pour une crème glacée). La samba resplendit avec l'entrée des caixa, capoeira, claves, flûtes et peaux tendues des caisses sur le texte ensoleillé qui invite à une après-midi sur la plage maquillée de rires d'enfants sous un ciel bleu garni de mouettes.



Dant Melys (dent sucrée) et sa batterie assurée par Domenico Lancelotti, sa rythmique tropicale par André Siquiera, sa basse exotique par Kassin et la fournaises de guitares par Carwyn Ellis, est une mélodie pop typée sixties excellente, fondante comme une crème chantilly dont le profil gourmand et sensuel prête à rougir. L'enchantement poursuit avec Duwies Y Dre et son tempo groovy du synthétiseur et du piano joués par l'auteur-compositeur gallois toujours aussi magnifique chantant dans sa langue natale, accompagné Shawn Lee pour la rythmique et les 'hooo hoooo hooo' chantés à la façon de Marcia Griffiths sur son Feel like Jumping.



Cette touchante déclaration d'amour est suivie par la superbe Gwên (sourire) pleine aussi de poésie et de sentiments, un bijou vif et coloré par la grâce de Carwyn à la harpe, les notes joviales, le tempo étourdissant et le fabuleux Damian Hand à la flûte. Puis Olion (vestiges) entraîne par sa rythmique sacrément dansante et panachée quand Ymosodwyr Anweledig dénonce les anonymes qui attaquent et se défoulent via internet et leurs écrans, les hargneux faciles, sur une orchestration époustouflante.



La guitare et le vibraphone habillent l'air duveteux de Hen Beth Cas qui évoque un voleur à la tire qui rôde et traîne sans pour autant que cela intéresse les autorités qui le laissent courir. Undiú, superbe instrumental orné des choeurs de Nina Miranda conduit vers le dernier titre Diolch Amdani (merci pour cela), monumental et émouvant par ses sons, ses rythmes et les mots interprétés par Carwyn Ellis & Rio 18 qui signe un Joia! sculpté et somptueux. Au sommet de son art, le musicien mêle avec brio le gallois aux instrumentations brésiliennes pour former un mélange efficace qui se place dans le panthéon des disques Piggledy Pop, comme son single paru il y a trois jours Cherry Blossom Promenade, un bijou mélodique qui promet une suite fournie et flamboyante en 2020!
CarwynEllis&Rio18

vendredi 10 avril 2020

Avery Leigh’s Night Palace

Avery Leigh’s Night Palace ( Avery Leigh Draut ) est activement à travailler sur son premier album à paraitre bientôt . L'artiste originaire d'Athens (USA) vit à Brooklyn et se consacre ces trois dernières années à l'écriture et la composition de ce bijou de tempérament et musicalement aquilin. A ses côtés, ce sont mis au travail deux ingénieurs du son et producteurs de caractère eux aussi : Drew Vandenberg (Toro Y Moi, Kishi Bashi) et Andy LeMaster (Conor Oberst, of Montreal), ainsi que ses musiciens et compagnons de scène Dillon McCabe à la guitare et synthétiseur, William Kissane à la batterie et Zack Milster à la basse.
Déjà en 2018, le single Night Shade et son allure surf-pop nous apporte un sacré indice sur la qualité de sa volonté et de sa griffe artistique. Le titre paraît sur la compilation Summer Singles comptant dix titres interprétés par une belle brochette de noms et mise en place par le producteur et musicien Jesse Mangum (Elf Power).



Sur ce prochain album d'Avery l'electro-pop céleste et dansante marque le profil des mélopées, soutenues d'un ensemble d'instruments à vent et à cordes comprenant de la harpe. Diplômée de chant classique, l'américaine fait ses armes avec The Pittsburgh Symphony Orchestra ou en accompagnant au chant d'autres musiciens comme Andrew Bird et Kishi Bashi.

The Zombies (Cover)

La musicienne qui était connue depuis 2014 sous l'alias Wanda sur la scène d'Athens, haut lieu de l'indie-pop, signe ce 10 mars 2020 le single Into the Wake, Mystified. Ce mélange d'arrangements pop alternatifs au son new-yorkais dotés d'une fibre intimiste m'évoque la modernité dans les harmonies de Darwin Deez et le moment où ce météorite est sorti de nulle part il y a dix ans. Le titre prometteur composé par Avery Leigh Draut qui joue au clavier et à la clarinette autant qu'elle fait rayonner son magnifique timbre de voix soprano est un réel coup de coeur Piggledy Pop. AveryLeighDraut

mardi 7 avril 2020

M G Boulter et Samantha Whates

M G Boulter est un auteur compositeur originaire de la côte du Sussex qui aime traiter du thème maritime dans ses mélopées folk. Professionnel depuis des années, jouant avec Blue Rose Code, Emily Portman’s Coracle Band et The Lucky Strikes il accompagne sur scène les groupes américains Simone Felice Group et The Duke and the King. Il met sur sillons son travail solo d'écriture dès 2013. Son premier disque The Water Or The Wave séduit et son second With Wolves the Lamb Will Die est salué par la critique, nommé 'Best Folk Albums of 2016’ par le Daily Telegraph.



Cette année 2013 est aussi marquée par sa rencontre avec Samantha Whates. Leur amitié et leurs affinités artistiques nourrissent un premier duo qui a quatre mains signe un EP au parfum nautique The Boatswain’s Manual. Paru en 2014, le disque est une ode à la mer que connaît bien Samantha qui grandit à Montrose sur la côte Est de l' Ecosse. Les deux artistes font rayonner leur sensibilité, leurs souvenirs d'enfance, de pieds nus dans les coquillages, libérant harmonieusement leur joie de vivre sur partitions.

Samantha Whates est une musicienne prolifique, guitariste, flûtiste, elle compose et chante depuis des années, signant en premier lieu un EP en 2015 avec James McArthur & The Head Gardeners, suivi de son travail solo magnifique en 2016 Dark Nights Make For Brighter Days, puis récemment en novembre 2019, le petit chef d'oeuvre Waiting Rooms fleuri d'une folk orchestrale vertigineuse, comprenant piano, guitares, luthe, violoncelle, clarinette, percussions, harmonica et violons . SamanthaWhates




Les deux amis M G Boulter et Samantha Whates se retrouvent une nouvelle fois pour nous offrir le splendide EP How to Read ce 6 mars 2020. Cette fois, le thème de leur inspiration est une passion qu'ils partagent, les livres. Leur amour de la littérature est décrit avec humilité et élégance, proposant une ambiance duvetée de librairie pour décrire des personnages et le quotidien au fil des pages tournées.



Samantha et Matthew trouvent le temps l'an passé de se rencontrer dans un café de Southend on Sea pour poser les mots et accorder les notes. Le cinq titres prend forme dans les embruns et How to Read, Agatha Christie, I Love the Library, Holden Caulfield & the Likes, My Life in Seven Bookshops sont des délices musicaux pour les amateurs de bouquins mais aussi pour les amoureux d'arrangements délicats et fins. Avec le brio du multi-instrumentiste Douglas Whates à la production, How to Read de M G Boulter et Samantha Whates est à mes yeux une perle précieuse acoustique que je mets illico dans le panthéon 2020 de Piggledy Pop. MGboulter

lundi 6 avril 2020

Lisbonne Telegramme

Lisbonne Télégramme est un groupe de Montréal conduit par les deux auteurs-compositeurs Maritza Bossé-Pelchat et François Dufault. Leur univers mélancolique, impulsé par la poésie de Maritza est somptueux et voluptueux. Les sentiments, l'adversité, les souvenirs se mêlent sur les arrangements grandioses aux allures cinématographiques. Apparu en 2015 avec le premier disque Miroir d'Automne, suivi des singles Oublie et Les Accidents en 2018 puis l'album Hors Circuits en 2019, Lisbonne Télégramme ponctue son parcours artistique du splendide EP La ville s'endort ce mois d'avril 2020.



L'atmosphère lyrique et nostalgique, dans une veine croisée du répertoire de Autour de Lucie et le velours de Mazzy Star, scintille dans l'ombre grâce aux arrangements lumineux de François et la voix stellaire de Maritza. Une pléiade d'instruments vient nourrir l'orchestration cristalline et distinguée. Les amis du label Sale Cabot se joignent à ce travail soigné et inspiré, Martin Farmer, Éric RathéDavid Thiboutot, Antoine Corriveau, Catherine Leduc, Marc Chartrain, Patrick Gosselin (Le Couleur) et Jacinthe Riopel (Françoise). FrancoisePiggledyPop2018

Maritza est originaire de L'Ancienne-Lorette, ce berceau français au sein de Québec. Elle y chante enfant dans une chorale, puis se met à la basse et à la guitare et plus tard, intégrant l'école de journalisme, en 2003 signe l'album indie-pop Comment j'feel, accompagne diverses formations comme par exemple Band Joe du batteur José Major qui joue avec Jérôme Minière et Marie-Pierre Arthur. 2012, elle impose son travail d'auteur-compositeur, alliée à José sur un EP de cinq titres magnifique orné d'instruments à vent et à cordes, signé Maritza. Le thème de la séparation et de l'amour est décliné d'élégante et pudique manière inspiré de son enfance, Maritza d'origine Dominicaine ayant été adoptée. Le flou et le doute transpercent ses textes et ce qui touche est son parcours du combattant qu'elle réussit en glissant entre les lignes, de manière innée, des notes folk ensoleillées.



François Dufault est une pépite dans le milieu indie-pop. Grâce à lui, à son talent de musicien arrangeur et à son esprit fédérateur, depuis qu'il crée le label Sale Cabot en 2004, la musique indépendante canadienne a un tapis de roses devant elle. François dans le privé diplômé de commerce, consultant en finances, leadership et communications et assure pendant une décennie l'écriture, composition et production pour son groupe The Blue Seeds. Le style subtil et narratif de François fait resplendir sa curiosité et sa générosité artistique. Guitariste talentueux, il ne manque pas d'idées pour orner ses chansons d'histoires mais aussi d'arrangements alternatifs, atmosphériques, fleuris d'ambiances dignes de bandes-son de cinéma.



Les deux artistes bien ancrés dans leurs univers respectifs se complètent sous le nom de Lisbonne Télégramme invitent à les visiter avec délicatesse et brio. J'ai un grand coup de coeur pour La ville s'endort et l'instrumental Galaxie parus il y a quelques jours. Enregistrés en 2014, ils sont remaniés et remasterisés par Francois ce printemps 2020 comptant Martin Farmer à la batterie, Éric Rathé aux guitares et aux synthétiseurs, Maritza au chant, sans oublier la patte Pachiderme Design pour l'attirante pochette du disque en la personne de Marc-André Beaudoin, dessinateur et musicien, fondateur du groupe Françoise. LisbonneTelegramme

jeudi 2 avril 2020

Rodrigo Amarante

Rodrigo Amarante de Castro Neves est un musicien et auteur-compositeur brésilien né à Rio de Janeiro. En 1997, il met en place la formation de rock indiepop Los Hermanos et signera quatre albums : Los Hermanos en 1999, Bloco do Eu Sozinho en 2001, Ventura en 2003 et 4 en 2005. En parallèle il est actif au sein d'un big band nommé Orquestra Imperialle et du groupe Little Joy que Rodrigo fonde avec Binki Shapiro et Fabrizio Moretti (batteur des Strokes) pour signer le disque flamboyant de rock alternatif indépendant Little Joy en 2008.



Amarante signe son premier album solo, Cavalo en mai 2014 et ce disque est un magnifique objet, plein de son pedigree, de sa personnalité et de son brio artistique. Panoramique de ses talents musicaux, on y trouve une ambiance bossa, brésilienne, rock, pop, et même des mots en français très émouvants sur le titre mon nom.
Cavalo, 'cheval' n'est certes pas une nouveauté mais parce qu'il est intemporel, il me touche et entre dans le top du chapeau des disques Piggledy Pop. Le thème de l'expatriation, de la séparation de sa terre natale est omniprésent dans les mots, l'exil y est dessiné élégamment en portugais, anglais, français et quelques lignes en japonais sur le titre Cavalo.



Le chef d'oeuvre solaire enregistré à cheval entre Los Angeles où vit le musicien et Rio où il a ses racines, s'ouvre sur les notes brésiliennes de Nada em vão avec sa guitare et ses mots délicats chantés par Rodrigo accompagné de Moretti aux choeurs. Puis le tempo s'élance énergiquement sur Hourglass, pépite sculptée pop psychédélique. Fleuri d'une instrumentation grandiose, les deux compères Moretti et Rodrigo Barba (batteur des Los Hermanos) sont aux commandes pour les rythmiques enjouées et caliente du titre.



Arrive Mon nom, émouvant, écrit en français pour évoquer l'exil et le sentiment de déracinement inexpugnable. La poésie lyrique mélodieuse et les images botaniques éloquentes offertes en acoustique en deviennent ardentes.
"Je suis l'étranger, Et ça peut se voir, Je ne parle pas Tout à fait comme toi, Je viens de la plate-bande où les aubergines se violacent dès l'aube, Elles sont comme moi, Toutes terrifiées Nous avons été repiqués sans nos racines. Depuis, nos radicaux sont tout mous, Tout ses fruits touchent le sol..."



Suit le magnifique et torride Irène avec ses cordes de guitare frottées et le timbre de voix de Rodrigo qui tangue et chaloupe, langoureux. Le tumultueux et dansant Maná vient derechef coller un furieux coup de soleil aux oreilles avec sa cavalcade de rythmiques brésiliennes. Moretti à la batterie fait équipe avec Noah Georgeson aux synthétiseurs avant le troublant grand piano en écho de la majestueuse et métaphorique Fall Asleep. L'élégance et la sophistication de The Ribbon ne ralentit pas l'allure, nous invitant à un voyage médiéval, courtois et épique, d'un chevalier qui quitte son noble père pour suivre et protéger une femme 'queen of hearts' escortée et guidée par ses anges. La basse magnifique de Todd Dahlhoff et les suaves rythmiques de Barba accompagnent les cuivres fondants de O Cometa et les voix cristallines comme sur l'éminent titre phare Cavalo.



I'm Ready rappelle avec une jolie instrumentation mélancolique la notion de courage et de gestes insensés que cela peut précipiter, notamment avec la perte de repères. La foi et la spiritualité ne quitte pas le voyageur qui se voue au rosaire avec une classe infinie sur le dernier titre Tardei qui offre la présence aux choeurs de Adam Green, Devendra Banhart, Fabrizio Moretti, Josiah Steinbrick et Kristen Wiig. Le navigateur pose pied sur une terre où il fait une rencontre, hisse son drapeau pour ne plus en partir et termine sur une note empreinte de beauté. Cavalo est un keepsake d'histoires qui passent les continents et visitent des temps anciens, garni de mélodies splendides et d'une interprétation époustouflante de son conteur Rodrigo Amarante. A savourer avec les premiers rayons de soleil partout et à toute heure. RodrigoAmarante