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lundi 30 mars 2020

Alpine Decline

Alpine Decline, duo sino-américain, fête ses dix ans de carrière avec à son actif dix magnifiques albums dont le dernier Return to Desolation Lake paru en 2018. Jonathan Zeitlin et Pauline Mu commencent leur aventure à Los Angeles avec un album éponyme en 2010 suivi la même année de Visualizations, puis 消失​/​Disappearance en 2011, Night Of The Long Knives en 2013, Go Big Shadow City en 2014, Life's A Gasp en 2015, Ink et l'album acoustique 原声现场 en 2016, Action Moves Away From The Center en 2017 avant cette pépite pop de dix titres éditée par le label chinois Maybe Mars de Beijing.



Return to Desolation Lake est doté d'une pop shoegaze, atmosphérique et alternative qui séduira les amateurs des Field Mice, Brighter, Red Sleeping Beauty, St-Christopher, Mercury Rev. Les mélopées tour à tour à la substance jangle et obscure, lyrique et vintage, subjuguent de qualité mélodique. Les notes électroniques aux allures rétro, le tempo d'une douceur primitive, le chant velouté de Jonathan créent une ambiance indiepop dès les premières notes exquises de Blameless. Leur signature hypnotique est pertinente, exécutée par les guitares qui se font garage-pop sur le dansant Dispatch from the Guest House.



L'éclectisme des arrangements de A Place Where I Can Thrive émane de la vie et de l'expérience de l'auteur-compositeur. Jonathan, nait dans l'Ohio, vit à Los Angeles avant de partir vivre en Chine tout en signant ses premiers disques sur Laitbac, un label français. Pour lui il n'y a pas de séparation entre les deux mondes, juste le langage, divisé entre la Chine et l’Amérique, il conçoit ses paroles de manière fort poétique espérant que chacun y perçoive sa réalité, ses expériences, ses angoisses, ses bonheurs, ses peurs, ses colères et ses amours.

A l'écoute du fondant et émouvant Lies to Protect You, Alpine Decline réussit à capter les émotions : "And I write to you in this corrupted language, and I will wait for you beyond these broken lines, beyond these hollow times. And I'll weave your likeness into holy visions, your name in poetry, your voice in the breeze through dream fields. But I'm not telling any lies to protect you."



Le langoureux I Still Believe in You poursuit dans la luminosité et l'optimisme "How do I save myself? How do I get back to health? And do I believe in miracles?...When the fever comes down, you will still be around. I still believe in you…" quand Float a Balloon dégaine les cordes électriques et les claviers aiguisés offrant une tension mécanique réussie. Après l'instant cold-wave, Diamond Cutter et sa rythmique synthétique, sa voix réfléchissant multiples échos est un petit bijou addictif.  Peace in the Present Tense, aux arrangements et à l'orchestration de cuivres mêlés à la basse, dessine une ambiance progressive profonde et frissonnante.



La virevoltante Chained to the Mast qui évoque la fuite éperdue d'un élément piégé et égaré dans une masse amène vers la fin du disque. L'énergique Through the Floor termine avec le tempo psyché et brillant de Pauline à la batterie et les images d'étoiles, de feu, d'exil dans un endroit caché où il fait bon vivre.

Le stylé pop underground Return to Desolation Lake d'Alpine Decline balance entre le triste et le joyeux armé d'une musicalité vibrante et du talent infini de guitariste et de compositeur de Jonathan, impressionnant et charismatique. En 2014, Decline Alpine participe à la compilation française État des Lieux de Plaisir de France avec son titre vrombissant Personnal History . A vos casques !
AlpineDecline



samedi 28 mars 2020

Scott Mannion

Scott Mannion est un auteur compositeur originaire de Nouvelle Zélande, co-fondateur avec son ami Jonathan Bree du label Lil'chief Records en 2002. Ce label grandiose compte dans son gotha les albums des deux fondateurs et accueille Lawrence Arabia, The Ruby Suns,The Brunettes, Princess Chelsea, Dog & Wolf et The Tokey Tones.
Scott déménage en 2013 pour partir en Espagne où il vit toujours aujourd'hui, dans un petit village médiéval niché dans les montagnes non loin de Valence. Il s'autorise une pause professionnelle mais pour travailler sa musique et écrire ces dix magnifiques titres qui ornent Loving Echoes paru en juin 2019. Le disque absolument peaufiné et harmonieux est un bijou pop. Évoquant sa rupture sentimentale laissée derrière lui en se fiançant à la peintre greco-americaine Julie Karpodini, Loving Echoes est fourni d'arrangements et d'ambiances romantiques splendides.



Tandis que son ami peintre Ben Lustenhouwer offre la couverture du disque, se joignent à Scott pour l'enregistrement Ryan McPhun des Ruby Suns, à la co-production et à l'écriture de quatre des dix titres, Clara Viñals aux choeurs, toute sa tribu d'amis du label : Alistair Deverick, Emily Zuch, Chelsea Nikkel (Princess Chelsea), Clara Bosch, James Milne (Lawrence Arabia), Jonathan Bree, Kari Hammond, Hayden Eastmond Mein, Li-Ming Hu et sa nouvelle clique espagnole : Adrián González Cortés, Amparo Díaz Soriano, Ezequiel Lázaro Alcaide, Inmaculada García Soriano, Lara Despaigne Zacarés, Laura Agustí González, Sergio Sánchez Lacalle.
JonathanBreePiggledyPop2018
LawrenceArabiaPiggledyPop2020
JonathanBreePiggledyPop2014

Depuis son aventure d'Auckland avec The Tokey Tones et deux albums, se sont écoulées seize années avant ce retour magistral. Mais quand le perfectionniste lâche enfin son travail, serein et abouti, c'est beau à pleurer. Smoke ouvre les volets sur les notes lumineuses de Scott au piano, glockenspiel et guitares, accompagné de Jonathan à la basse, de Li-Ming au clavecin. La voix envoûtante si pleine de musicalité et d'âme poursuit la séduction sur Be Your Mine et sa rythmique voluptueuse dans les caisses, la basse et les effets féeriques d'écho accentués par l'accompagnement des voix de Chelsea et James.



Scott troque le Hammond et le Yamaha pour le son merveilleux de ses guitares acoustiques et les touches sensuelles du Simmons, de l'omnichord et du Wurlitzer pour fleurir sa déclaration d'amour pénétrée et décidée, Do It for You. La cavalcade de mélodies pop psychédéliques et groovy continue avec l'excellente Not Exactly Deep, son tempo alternatif et sa brillante instrumentation fournie de saxophone, violons et violoncelles.
Le talent de guitariste saute aux oreilles sur Juniper Tree au chant délicat et aux pistes majestueuses dans leurs loopings, zigzaguant entre les cordes orchestrées. L'ambiance rétro sixties saupoudrée ajoute au profil nostalgique superbement dessiné sur les partitions quand le Roland de Ryan sur Somebody else's Dream et la maestria de Scott sur You Are the Substance That I Can't Live Without viennent chatouiller la platine de sonorités atmosphériques.



Scott Mannion brille de mille feux sur We should never Forget qui éparpille les morceaux de son coeur brisé dans l'instrumentation alternant avec le joli son du cor et son chant éminent. Puis Your Kinda Love déroule une mélodie sunshine pop délicieuse et positive. Les cuivres chaleureux, le tempo dansant, les glissades d'archets se marient parfaitement au duo Mannion-Viñals. 9 Years termine l'écoute avec la finesse et l'exigence de Scott Mannion comme on tourne précieusement la dernière page d'un roman. Me faisant fondre, je classe cet entêtant testament sentimental et musical Loving Echoes dans le panthéon 2019 de Piggledy Pop.
ScottMannion

jeudi 26 mars 2020

Jim Basnight

Jim Basnight tient une place d’envergure depuis plus de quarante ans dans le rock'n Roll. Avec sa personnalité attachante, son tempérament de lion, son énergie power pop, americana et pop psychédélique, la star des scènes underground signe le brillant Not Changing en mai 2019. Son univers inspiré des références Lou Reed, Bowie, Beatles, Beach Boys, Kinks, est aussi blindé de son expérience personnelle passée au sein du groupe Moberlys actif dans les années 80, pionnier du style power-pop. Puis il crée les groupes The Rockinghams, The Jim Basnight Band et The Jim Basnight Thing. L'américain de Seattle loin d’être un débutant maintient sa constante et fringante ardeur qui dynamise et réveille.





Les mélopées de Jim sont des bonbons rock et garage sans prétention moralisatrice ou politique, jouées pour créer des sensations, jouées avec un plaisir qui s'entend et se savoure. Not Changing offre une cascade de guitares assurées en grande partie par Jim. A ses côtés il y a le guitariste Bruce Hazen, la bassiste Garey Shelton, Steve Aliment aux choeurs et le batteur Dave Warburton.
Pour les amoureux des Sex Pistols, Jam ou Psychopaths, le groupe mythique des Morbelys déjà éternel poursuit son aventure avec Jim Basnight. Ce bijou, réel cadeau, ouvre sur les guitares scintillantes de Code to live By, entraînantes et colorées du thème de la liberté qui attrape et s'empare illico de l'attention.



Le tempo langoureux de Not Changing nous emmène dans l'histoire de la musique, celle de Jim qui depuis 1977 fréquente toutes les scènes de renom américaines et qui n'échangerait sa vie rock'n Roll pour rien au monde. Le tempo fait monter la température sur Big-Bang avant la magnifique Avenue of the Star aux accents T-Rex. Puis Making Love for a Living déclenche la rythmique endiablée avec la voix rebelle de Jim qui brille à la guitare.
Suicide Evening qui suit est un bijou émouvant et absorbant par ses arrangements et ses mots interprétés avec élégance avant le petit chef d'oeuvre Best Lover in the World et son rock brut, garni de cordes électriques flamboyantes. Le rock de Jim, imagé, lucide, spontané est efficace sur son magnifique hommage à son compatriote Kurt Cobain.



Nos oreilles s'empourprent goulûment sur la déclaration amoureuse Never Get Lost et se consument totalement sur Second Street, où les révérences et les tabous sont superflus. Les guitares et la batterie s'en donnent à coeur joie dans le style plus boogie sur Saturday Dreams qui ravira les amateurs des Stones. You Never cease to amaze continue de flirter et de charmer avec ses accords grisants et cadencés avant la pop joviale de Having fun. Percussions et lignes de guitares battent le fer brûlant et offrent un moment pailleté de rock sur Living The Way I Want qui termine Not Changing. L’artiste ne décroche pas de sa passion, avec raison. Ses mélodies enthousiastes, son élan et son inspiration panachée montrent son talent intemporel, gravé dans l'histoire du rock. L'éternel Jim Basnight qui à dix-neuf ans partage la scène avec les Ramones à New-York en mars 1977 en est un beau symbol. JimBasnight



lundi 23 mars 2020

Yenkee

Graham Cooney alias Yenkee apparaît en janvier 2018 avec le single cinglant et cintré Are You Alright. Teinté de groove, le style électro-pop y est savamment saupoudré d'instruments qui offre une impression de modernité habillée de références et de professionnalisme. L'artiste irlandais originaire de Cork est entouré d'Eoin Conway aux claviers, de Meg Cronin au saxophone, Luke O' Neill à la guitare. Yenkee poursuit sa composition soul et funky la même année avec le double titres Lander et Freedom. Le chant mélodique de Graham ajoute à la qualité de la production, faisant des loopings rafraîchissants entre les mots ciselés et élégamment inspirés.


Septembre 2019, le fulgurant Cannibal Tree de quatre titres paraît. Le talent de Yenkee se confirme et se savoure. Les jeux de cordes, de rythmiques ondulent sur la basse de Cannibal Tree. Les arrangements pop délicieux sont virevoltants et dansants. Les notes de synthétiseur de Nathanael Laffan, les cymbales offertes par Fergal Hennessy sur Would You Rather sont fructueuses. La mélopée écrite et interprétée par Graham est d'une classe dance, pop psyché dotée de la cornemuse de Liam Costello qui séduit par son âme celte.



La romantique Pearl offre une interprétation de velours accompagnée du superbe saxophone de Muireann Joyce-Hearne et d'une guitare majestueuse. Eoin vient apporter sa touche cristalline aux claviers quand la rythmique chaleureuse et distinguée inonde le lumineux Maybe, ode à la patience mise délicatement en écho par le chant de sirène d'Aibhín O' Neill et le jeu de guitare admirable. Enfin le musicien continue ce parcours avec charisme et brio en signant le magnifique single Lucy ce mois de février 2020. Il est garni de lucidité et d'une instrumentation éloquente, convaincante quant à la qualité du répertoire de Yenkee que je glisse dans le panthéon 2020 de Piggledy Pop. Yenkee

dimanche 22 mars 2020

Ducks Unlimited

Fans de Morrissey et des Go-Betweens, le duo de Toronto Ducks Unlimited compose une succulente jangle pop dans le sillage des groupes indie des années 80. Tom Mcgreevy et Evan Lewis viennent de signer un album quatre titres sophistiqué et soigné sur le fabuleux label de Madrid Bobo Integral. Les deux excellents musiciens ne font pas de canards sur le disque Get Bleak paru en novembre 2019 qui ouvre sur un tempo galopant et des guitares enflammées.



Le titre nommé Get Bleak est un petit message amical à ceux qui déménagent, quittant un endroit pour un autre en pensant que l'herbe est plus verte ailleurs et finalement sont déçus de leur choix.
Sans faire de vague l'enchantement poursuit son immersion sur le chant délicieux de Tom le long de Glaming Spears. Les notes sucrées et trempées de Annie Forever iraient comme un gant à une bande-son d'un Woody Allen tant il prête à sourire et à balancer les hanches sur le rythme voluptueux. Les cordes savamment titillées de l'Epiphone, et des Fender Jazzmaster et Mustang reprennent la cavalcade légèrement duveteuse sur Anhedonia qui rappelle les références du groupe comme les Verlaines, Orange Juice et Close Lobsters. La fin des quatre titres survient en un claquement d'ailes avec l'envie de chanter en choeur 'if you’re ever in the mood to disassociate baby, give me a call'. Aujourd'hui le duo annonce un album à venir avec en bonus du son de Telecaster, ce qui présage des mélodies sacrément galbées et épiques à se mettre dans le bec bientôt. DucksUnlimited

samedi 21 mars 2020

Layne Greene

Je présente ici Layne il y a trois ans : "Il y a chez Layne Greene une douce ambiance pop-folk orchestrale qui m'évoque un peu les univers artistiques des Kings of Convenience, Sufjan Stevens, Josh Ritter, Paul Simon tant il nous invite au voyage, à la contemplation au travers des saisons. Le Moog, les guitares et la flûte se mêlent au tempo ajusté par Dale Murray à la batterie également producteur. Avec Layne qui compose, chante, joue du clavier et de la guitare, il y a Alex Lank à la rythmique et au clavier, le guitariste Bryan MacDonald, Fleur Mainville à la flûte et aux choeurs Devon Greene, Adam Johnson et Christina Martin. Cette belle équipe d'excellents musiciens se réunit avec Layne Greene à New Glasgow en Nova Scotia au printemps 2015 pour l'enregistrement de l'opus Everywhere Around Here."

"Keepsake de chansons en guise de panoramique pop, l'ambiance dans les villes locales, les couleurs du paysage, l'imagination fertile de ses habitants sorte de chercheurs d'or à la mémoire vive sont déclinées. Le bois des guitares est omniprésent apportant une touche de chaleur brute à l'album. La guitare electro-acoustique y est royale, les voix parfaitement accordées pour offrir un résultat à l'âme aventurière, mêlant la notion de courage des canadiens de la région maritime et rurale à la poésie qu'inspire ces gigantesques paysages aux climats musclés…"
LayneGreenePiggledyPop2017



Layne Greene nous revient en octobre 2019 avec l'album en or Resolutions. Assurant composition, la guitare et le chant, il est avec ses fidèles amis Bryan MacDonald à la guitare, Alex Lank à la batterie, Dale Murray aux différentes guitares et choeurs où est toujours présente Christina Martin, et accueille le nouveau venu à la basse Andrew MacInnis.

Le bijou se présente pop folk avec 22 Blue qui ouvre les notes de guitares splendides et leurs effets d'écho en symbiose avec le thème du temps, de l'année qui passe avant le rock rythmé de Resolutions et sa batterie, ses guitares électriques, ses violons voltigeants. Le chant de Layne contient autant de tempérament que l'orchestration même sur Words, plus voluptueux dans son style mélodique mais déterminé dans son message. La ballade Ghosts est une beauté musicale qui zigzague entre les saisons et les distances, évoquant l'absence avec une belle énergie.



Edge of Town parle de doutes et de décisions à prendre, mis en valeur par un tempo crescendo, des voix en chorale formant une ambiance positive, comme sur le superbe Where We Are qui reprend brillamment les thèmes de la disparition, du temps qui passe et de la sagesse des mots qui aide à l'acceptation. Les orchestrations folk sont limpides et finement brodées invitant au fur à mesure à savourer leur homogénéité agréable. Quel régal de retrouver une nouvelle version de August 31 qui à mes oreilles est un petit bijou indie pop remarquable. Inflation et sa lucidité dans le ton, dans les arrangements et dans l'interprétation marque une jolie délicatesse comme Driving Song qui renchérit de rythmes, de sons vitaminés, en guise de réveil et de renaissance. Le disque offre un Working Man superbe pour boucler l'ensemble des titres, un tableau sociétal fort bien dressé et qui peut être conseillé comme une prescription médicale aux dubitatifs. Layne Greene est porteur de magnifiques mélodies, habillées de son talent de compositeur solide à la voix majestueuse. Resolutions, lumineux, porte bien son nom.
LayneGreene

vendredi 20 mars 2020

The Unthanks

The Unthanks est un ensemble vocal formé par les soeurs Rachel et Becky Unthank jointes par Niopha Keegan. Ce magnifique projet se consacre à des chansons folk, a capella ou orchestrées. Rachel diplômée de l'Université de Glasgow en histoire et sa soeur en histoire de l'art à Manchester sont originaires du Northumbria, nord-est de l'Angleterre, d'un père qui joue et chante dans un ensemble de chants traditionnels et une mère membre de chorale. Les deux soeurs aux voix cristallines sont d'excellentes musiciennes, jouent du violoncelle, de la cithare, Niopha qui les accompagne au chant joue de la trompette et de la flûte. Dans la troupe il y a Belinda O'Hooley au piano, Jackie Oates au violon, l'époux de Rachel, Adrian McNally, producteur, au piano, clavecin, céleste, percussions avec son ami d'enfance Chris Price à la guitare, basse, ukulélé et contrebasse.



Salués par la critique, leur premier disque de 2004 Cruel Sister est remarqué comme le second de 2007, The Bairns, nominé aux BBC folk awards et au Mercury Price. 2009 paraît Here's the Tender Coming, décrit par The Guardian comme meilleur disque de l'année. Suivront en 2011 Last, les enregistrements live The Songs of Robert Wyatt and Antony & The Johnsons et The Unthanks with Brighouse and Rastrick Brass Band, l'album studio de 2012 Songs from the Shipyards, et des collaborations comme celle avec Nick Hornby sur le titre the Ruler. 2015 paraît Mount the Air puis le coffret anniversaire des dix ans du groupe Memory Box and Archive Treasures 2005–2015.



2017 montre une volonté de rendre hommage à des personnalités de l'histoire et de la musique. The Unthanks se plongent dans le répertoire de la mère de Nick Drake, Molly Drake, grande compositrice qui nous a légué quelques enregistrements datant des années 50. Les deux disques The Songs and Poems of Molly Drake sont de toute beauté. The Unthanks revisitent ces petits chefs-d'oeuvre de brillante et émouvante manière.

NickDrakePiggledyPop2017

En 2019, une trilogie extraordinaire appelée Lines suit. Elle comprend l'hommage aux trois navires de pêche qui ont sombré en mer du Nord, tragédie survenue en 1968, des poèmes écrits pendant la Première Guerre Mondiale et les recueils de poésie d'Emily Brontë. The Unthanks au parcours prolifique et hors du commun signent ce mois de mars 2020 l'album Live And Unaccompanied, objet fabuleux comptant des enregistrements en direct des trois voix harmonieuses et impressionnantes. Leur univers plein de mélodies, de douceur, empreint d'histoire et de traditions, peaufiné d'intelligence et de sensibilité, nous fait oublier les affres de la musique contemporaine distribués par les médias actuels, avec des faux instruments, des fausses voix et des faux musiciens mais des vraies petites cervelles à grosses bagouzes. The Unthanks résistent depuis quinze années à cette déferlante abrutissante avec un charisme fou et un talent admirable, un travail feutré, intemporel et gracieux.
TheUnthanks



mercredi 4 mars 2020

Lawrence Arabia

J'évoque les débuts de l'artiste néo-zélandais ici en 2010 puis en 2012 : "Il y a des rencontres magiques, bénies des dieux, comme celle avec Lawrence Arabia alias James Milne, qui vous hydratent de bien-être dans une traversée du désert. James Milne est le nouveau Jonathan Richman, un disciple des Beach Boys qui propose après un opus éponyme génial en 2006, son deuxième album en janvier 2010, joliment nommé Chant Darling. Même s'il a quelque chose d'un digne héritier de Brian Wilson, ce James là aurait plus en commun avec le premier ministre tasmanien Sir James Milne Wislon (1812-1880). Avec son port de tête indétrônable et son style sophistiqué, second degré, Lawrence Arabia n'est pas né de la dernière pluie. Membre des Ruby Suns, de Okkervil River, de The Brunettes, il se produit sur scène également avec Feist et d'autres talibans de la pop."



"Ce troubadour Tasmanien sort un talisman truculent en Juillet 2012, étonnant, surprenant qui s’écoute en boucle et se savoure davantage au fur et à mesure des écoutes. Désormais expatrié en Angleterre, Lawrence Arabia enregistre The Sparrow à Londres. Il est rejoint par Elroy Finn, frère réputé de Liam Finn pour son don de percussionniste et son talent de batteur ainsi que de Connan Mockasin auteur-compositeur anglais, ingénieur du son et bassiste. Derechef, Lawrence Arabia écrit des mélodies pop psychédéliques incroyables pour The Sparrow."
LawrenceArabiaPiggledyPop2012
LawrenceArabiaPiggledyPop2010



Depuis 2012, il a collaboré à de nombreux autres projets comme ceux de Jonathan Bree, Ruby Suns, Tiny Ruins, Van Dyke Parks, la co-écriture avec Bic Runga, la production de l'album Forever Dolphin Love signé de Connan Mockasin et la participation au disque de Neil Finn de Crowded House, Out Of Silence. 2016 sort son troisième magnifique disque puis le quatrième en mars 2019 nommé Lawrence Arabia’s Singles Club compilant un ensemble de titres variés en styles, panachés de pop psychédélique, de rock garage, de chamber-pop ou de rock glam seventies.

Ce keepsake mélodique s'ouvre sur une guitare, une basse, des violons, un piano aux allures old-school délicieuses pour offrir un Solitary Guys à l'esprit Jules et Jim de Truffaut. Everything's Minimal accueille Hollie Fullbrook du groupe Tiny Ruins pour accompagner James dans un duo gracieux, aux mots langoureux "Everything's minimal (white on white), We’re indivisible, We are one in our house".



Puis le somptueux One Unique Creature, sensuel et passionné, enveloppe par ses envolées de violons et par son harmonieuse guitare sur un texte plein d'images corporelles tranchantes, à la hauteur des sentiments avoués. La furie et la rage qui y sont évoquées continuent de percer l'écoute sur le tumultueux rock de A Little Hate, bondissant et énergisant. Le délicieux tempo de la basse sur Everybody Wants Something ravit par ses opposés sombres et lumineux donnant sacrément envie de se trémousser sur le chant formidable de James. L'orchestration réussie et solide poursuit avec la garage pop Cecily qui propulse les rythmes, tend les cordes et dégaine des mots toujours aussi enflammés avant que le boogie seventies de Meaningless Words arrose la mélopée suave et sentimentale de cuivres voluptueux. Quand la batterie de People Are Alright entre cinglante, sur la voix sarcastique et si éloquente de James, le clavecin hypnotique, on fond à retrouver le style Lawrence Arabia, plein de son esprit révolté acéré.


Vidéo featuring les Flight of Conchords, voir ma toute première chronique sur Piggledy Pop!

La douceur de la bossa et les effets wah-wah vont comme un gant aux paroles de A Walk Into The Suburbs chantées avec une élégance de dandy avant le splendide instrumental (Contagious Dream Heals The World). La pépite Oppositional Democracy, ornée de l'excellente et inquiétante basse, d'un texte chargé de métaphores animales qui accentuent le caractère bestial, démontre le talent d'auteur-compositeur de James. Le dernier titre Just Sleep (Your Shame Will Keep) et son accordéon offre une envergure désuète et foudroie par ses mots tendrement moqueurs, ses arrangements orchestrés avec une haute et colorée intelligence. Je classe bien sûr Lawrence Arabia's Singles Club dans les meilleurs disques produits l'an dernier parce que j'admire le travail flamboyant du musicien, son audace stylée, d'avant-garde et simplement brillamment mélodieuse.
LawrenceArabia

vendredi 28 février 2020

Saratoga


Saratoga est un duo constitué de Michel-Olivier Gasse et Chantal Archambault, auteurs compositeurs interprètes de Québec. Ensemble, ils détricotent les mots, jonglent et jouent avec eux à la façon espiègle des frères Goncourt, leur ajoutant une saveur d'antan. La rythmique est apportée uniquement dans le chant, la guitare, la contrebasse, la flûte, la harpe et le piano, offrant un savoureux et charmant ton suranné de mélopées de troubadours, exalté par les mots poétiques et la manière romantique de les chanter.



Comparable à l'univers artistique des Américains Innocence Mission et des Russes Malish Kuma, Saratoga est un travail à quatre mains et à deux voix en osmose. Le domaine amoureux mis en exergue y est dessiné avec l'exquis emploi de métaphores du corps, de la nature et du temps qui passe. L'ambiance est à la passion et à l'insouciance que procure la force des sentiments, la complicité dans un couple uni. Sur des arrangements langoureux, calmes et posés, l'excentricité et l'amusement glissés dans les paroles déposent le sourire sur les lèvres.
Après un premier EP en 2015, on peut accueillir l'album Fleur en 2016. Le titre Les vieux dimanches de 2018 présage le sublime Ceci est une espèce aimée paru ce mois de novembre 2019.



Le rideau s'ouvre sur Espèce I, court instrumental qui nous plonge dans un bain de torpeur acoustique où la contrebasse, la guitare et le violon batifolent dans les bulles. Le décor est magnifiquement planté quand suit Morceaux, le corps s'y découvre sur les parcelles d'instrumentations. Michel Olivier au chant et contrebasse lié à Chantal au chant, guitare et piano, sont accompagnés de Fany Fresard au violon, Marilène Provencher-Leduc et Aleks Schürmer à la flûte, Guillaume Bourque à la guitare, au piano et Éveline Grégoire-Rousseau à la harpe qui étincelle sur Passer l'âge. Les cordes vibrent et sont taquinées, effleurées sur Existe-toi, effeuillage littéraire où les plumes d'Antoine Corriveau et de Luc De Larochelière qui participent aux textes font briller les mots comme sur L'embellie.



Les frissons s'accrochent au fur et à mesure d'Un sentiment de vieux dimanche déclamé avec délicatesse par Michel-Olivier sur un fond sonore de vieil électrophone. Le paysage se fait printanier sur le piano et la guitare de Amour de passage où l'amour gagne les distances et se fait lancinant et aérien sur la harpe de Le code et la manière. Espèce II interlude coloré de bruits familiers précède Grand Accord qui continue l'enchantement romantique évoquant des pôles aimantés, deux êtres qui ont une histoire à géométrie variable mais malgré tout, sont toujours attirés, sur des harmonies de piano et de flûtes majestueuses. Beauté, Beauté joue une mélodie élégante, ornementée de voix qui ondulent entre les notes féeriques, créant un titre sucré et doux. La fin du disque est sublime avec le duo  qui parle du fruit de leur amour, leur Petite Paix pour clore sur une note de vive sérénité qui règne sur Ceci est une espèce aimée, excellent et précieux.
Saratoga



mardi 25 février 2020

Erland Cooper

Gawain Erland Cooper est un auteur-compositeur multi-instrumentiste écossais et désormais producteur au sein de son propre studio d'enregistrement. Il est originaire des îles Orkney, en français les Orcades, un archipel subarctique de 67 îles situé au nord de l'Écosse, annexé par le royaume d'Ecosse au XIIIème siècle qui compte désormais 20 000 habitants.



Erland est actif depuis des années sur la scène indiepop, tête pensante de deux groupes : The Magnetic North, avec lequel il compose deux magnifiques disques dont le concept est l'histoire de la population des îles Orkney et le second, Erland and the Carnival, avec qui il signe cinq superbes albums. Son fief est omniprésent dans son inspiration, sans cesse nourrie de son pedigree mais aussi des autres habitants, de la nature et des légendes. Pour conduire le projet Magnetic North, Erland s'entoure de Hannah Peel, fabuleuse artiste irlandaise, qui chante, joue du piano, du violon et du trombone et de l'anglais Simon Tong qui est guitariste et claviériste au sein de the Verve, Gorillaz, Blur et The Good the Bad and the Queen.



Au mitan de sa vie londonienne nécessaire pour développer l'activité de son studio Phases Records, Erland se sent envahi de claustrophobie en ville et se met à composer en 2018 le disque Solan Goose. Cet album plein d'oxygène, premier travail en solo, est issu de sa mémoire d'enfant, des paysages où il grandit, des bruits qui l'habitent comme ceux fort riches de l'écosystème de l'archipel. Il décline une série de mélodies dédiées aux oiseaux, qu'il nomme chacune avec les noms des amis à plumes de ses iles : solan goose (gannet ou fou de bassan), shalder (oystercatcher ou huîtrier), tammie norie (puffin ou macareux moine) et cattie-face (short-eared owl ou chouette à oreille courte, chouette écossaise typique de l'île d'Arran).



L'ambiance, l'univers naturel et étendu de Orkney explose majestueusement dans les arrangements et les orchestrations. Le musicien prolifique poursuit son entreprise de création en 2019 en signant le deuxième bijou Sule Skerry. Dans la même veine traditionnelle, la même perspective de transmission, il fait resplendir les trésors passés et présents de la vie locale cette fois-ci aérienne et maritime. Ses études de musique classique, son goût pour le folklore du pays, sa personnalité artistique et ses connaissances technologiques à la pointe, sont savamment liés dans Sule Skerry qui absorbe tous les sens et invite à l'évasion. Ce travail instrumental charmant et rafraîchissant, comme les productions antérieures de Gawain Erland Cooper, grand sculpteur de son, sont à découvrir absolument. En bonus, le titre Birth of a Nation de Erland & the Carnival, qui compte le grand Paul Weller à la guitare.
ErlandCooper






jeudi 20 février 2020

Jeremy Dutcher

Le Wolastoq est un dialecte qui signifie beau fleuve dans la langue du peuple Malécite, peuple autochtone d’Amérique du nord, au Canada ( au Nouveau-Brunswick et au Québec). Les Malécites existent depuis des siècles, connus par nos navigateurs européens seulement depuis le XVIIème siècle. Ils vivaient dans les plaines, longeant le fleuve Saint-Jean qui forme un arc de cercle au travers des montagnes Notre-Dame.

Au début du XVIIIème siècle, les français ont déjà colonisé ces vallées et l’entente entre les deux camps est cordiale, même amicale. L’harmonie est telle que les Malécites s’allient aux français dans la guerre d’oppression menée par les anglais pour prendre possession des territoires français. Les malécites gardent aujourd’hui en mémoire cette amitié avec la France et n’oublient pas cette guerre menait par les anglais qui ont massacré et exterminé leur peuple. Après le traité de paix signé en 1725, les Malécites ne cesseront d’être chassés et tués par les britanniques et ce, malgré aussi le traité de Londres en 1794 qui leur octroie le droit de circuler en Amérique du nord. Jusqu’au départ des anglais vers 1870 par le rachat de ces terres du Québec français, les Malécites sont une tribu libre mais affaiblie, meurtrie d’acculturation, presque éradiquée. Ils étaient 1000 en 1800 et sont aujourd’hui 5000. Parmi eux, il y a un musicien, pianiste et chanteur ténor du nom de Jérémy Dutcher qui signe en 2018 un album hommage à ses ancêtres, sur lequel il travaille pendant cinq ans, à plonger dans ses racines, à puiser dans tout son être la belle inspiration qu’il offre en signant Wolastoqiyik Lintuwakonawa chanté dans cette langue nationale .



A la première écoute, sans même comprendre les paroles, j’étais absorbée par la musique somptueuse qui accompagne le chant puissant et émouvant. Depuis aimablement le label Valéo Arts et l’équipe de Guillaume Decouflet m’ont transmis l’explication des textes de Jeremy Dutcher. Etrange de s’apercevoir qu’avec le bandeau sur les yeux, mon ressenti n’était pas si loin du sens réel . La musique est un langage, comme la maniait Chopin ‘Je ne cherche qu'à exprimer l'âme et le coeur de l'Homme’.

Wolastoqiyik Lintuwakonawa est un recueil de mélodies enivrantes, loin du désir de victimisation (à la mode en ce moment), il est lumineux. Le disque est un relai de la culture Wolastoq mais aussi un livre ouvert des traditions malécites . Il est beau, touchant, plein de paysages, de fêtes et de tendresse. Le décor est planté avec Mehcinut qui est une très ancienne chanson transmise de génération en génération sur laquelle on entend la voix de Jim Paul, ancêtre respecté. La chanson garnie de métaphores poétiques avec l’image de la graine de blé qui se transforme en plante évoque l’histoire du cycle de la vie.



Aux côtés de Jeremy Dutcher magnifique au piano, il y a Sierra Noble à la flûte, Ian Gibbons et Justin Wright au violoncelle, Brandon Valdivia aux percussions, la soprano Teiya Kasahara, Devon Bate aux effets électroniques, Kate Maloney et Taylor Miltz au violon, Lucas Blekeberg à l’alto et Alex K.S. à la contrebasse. L’équipe est époustouflante, les arrangements cristallins et saupoudrés avec majesté comme sur Essuwonike, ils galopent gaillards pour s’envoler sur la voix envoutante et charismatique de Jeremy. La chanson qui commence par un mot en français parle de l’entente entre êtres humains, de l’accueil fait à l’étranger qui arrive sur une terre en partageant et lui  expliquant la culture locale, Essuwonike signifiant ‘parlons ensemble’ ou ‘échangeons’. Eqpaha, littéralement ‘ile sauvage’ est un endroit prisé, cher aux Malécites, où se déroule chaque année un festival dédié à la tradition du peuple indien. Le titre chaleureux est animé par la voix de Nutakehkimet qui est une professeur de Jeremy.



L’enchantement poursuit avec le frissonnant Ultestakon qui est une berceuse ancestrale transmise par les parents de Jeremy qui l'entendaient eux-mêmes chantée par leur grand-mère. Jeremy l’orchestre avec du piano, des cordes vibrantes et une rythmique fabuleuse qui il y a des lustres, était faites de bout de bois remplis de grains de blé secoués. L’émotion continue avec un très vieil enregistrement de chant, 'kotuwossomikhal, déniché dans les archives, ici délivré intact et éminemment absorbant. Il faut dire que c’est une ‘chanson à boire’.
Sakomawit agrémenté de violons et d’un piano fantastiques sur la voix princière est un chant traditionnel entonné pour l’accueil d’un nouveau chef dans une communauté, lors de la cérémonie de sa prise de pouvoirs et de responsabilités. Il est suivi de Oqiton qui signifie 'canoë', magnifique chanson qui narre la vie des ancêtres sur ce beau fleuve, source de vie pour eux qui y buvaient, s’y nourrissaient en pêchant et vivaient sur ses rivages. La chanson est comme une prière qui honore la relation sacrée qu’avaient ses aïeux avec cette belle Wolastoq. Alors que l’ambiance prête à imaginer le feu, les plumes, les mustangs courant sur les plaines, Nipuwoltin, chanson de mariage, nous emporte dans un esprit de fêtes et donne envie de danser sur la mélodie fabuleuse et ses rythmiques joviales.



Suit Pomok naka Poktoinskwes pleine de spiritualité, d’incantations, chant traditionnel des pêcheurs et divinités de l’eau implorées pour soigner d’une maladie ici campée par la voix de Teiya. Le disque s’achemine avec élégance vers la fin avec un chant d’accueil populaire chez les Malécites, Qonute, que Jeremy revisite avec des contours électroniques et rend sublime par son chant limpide, d’une puissance incroyable, tant elle vogue et se faufile grandiose sur les cîmes. La fondante et poétique Koselwintuwakon est une chanson d’amour interprétée avec du coeur et de la tête, donnant l’impression que désormais Jeremy Dutcher est légitimement devenu le chef de la communauté. Son travail titanesque de recherches dans les archives, d’échanges avec ses parents, d’écriture de mélodies et arrangements sont salués l’an passé par les professionnels de la musique au Canada qui lui ont remis le prestigieux prix Polaris.

Mais par dessus tout, j’admire son courage. Il reprend des airs traditionnels qui ont des siècles, les chantent dans leur langue d'origine et il délivre, ténor de formation, toute son âme et ses tripes à un public non averti pour clamer sa nation. Sa prise de risque est très honorable et vaut son pesant d’or en qualité artistique. C’est aussi émouvant d’y entendre des mots en français parsemés discrètement, hommage qui invite à avoir une pensée pour ces ancêtres français morts à leurs côtés. Je l’écoute en boucle et ne m’en détache pas, le classant dans le top 10 des meilleurs albums sur Piggledy Pop.
JeremyDutcher



vendredi 14 février 2020

Saint-Valentin L'Amour à la française


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Minuit - Goût du sel


Stefie Shock - L'amour dans le désert


Yvon Chateigner - Rien dans les mains


Doriand - Dans ta playlist


Benoît Bourgeois - L'essentiel


Marie Modiano + Peter von Poehl - L'amour à rebours


Yann Destal - Je t'aime


Voyou - Les humains


Vincent Delerm - Pardon les sentiments


Philippe Katherine - Stone avec toi


Laurent Lamarca - Kleptomane


O Olivier Marguerite - Mon écho


Fugu - L'Allemagne


Charlotte Rampling - God save l'amour


mardi 11 février 2020

Kyle Forester

Kyle Forester est un auteur-compositeur new-yorkais, multi-instrumentiste, apparu sur la scène indiepop dans les années 2000. Depuis 2006, il est en parallèle guitariste dans les groupes Ladybug Transistor, O/R/F, People et Crystal Stilts tout en accompagnant ponctuellement d'autres artistes dont Pale Lights et Simon Love. Prolifique, incroyablement doué à la guitare, à la basse et au piano, il aborde un travail de composition et d’interprétation en solo dès 2009 en composant la musique du film Breaking Upwards, puis en signant Forester Sings Stein, un disque en collaboration avec le journaliste et critique culinaire Joshua David Stein
Son premier formidable album Kyle Forester en 2016 montre l’étendue de son talent. Il sculpte des titres splendides en les enregistrant dans le studio de son ami Gary Olson des Ladybug Transistor à Marlborough Farms. C’est aussi là que Kyle et Gary travaillent de concert sur l’album de Nick Garrie en 2017 The Moon And The Village.
GaryOlson
SimonLove
PaleLights



Ce 21 février 2020 paraîtra l’excellent deuxième album Hearts in Gardens. Kyle Forester signe un sublime disque doté de sonorités pop psychédéliques mais aussi de son style propre, comptant des arrangements variés et colorés à l’image de la pochette signée Jay Pluck. Le chant mélodieux, les mots judicieux, la présence charismatique du musicien plane sur la platine offrant un agréable mariage de sensibilité, de fantaisie et de pragmatisme. Les mélodies sont finement cousues de lignes de guitares, de basse, de rythmiques sur des claviers resplendissants et la voix envoûtante de cocasserie et de romantisme.



Le disque somptueux s’ouvre, sans hasard, sur Know What You're Doing qui confirme la ferveur et la passion que met Kyle dans la musique. La basse marque le tempo avec la batterie discrète pour enlacer les mots délicats mais déterminés. Marigold enchaîne logiquement quant au thème, celui du courage nécessaire pour la prise de décision et surtout la force que cela demande après de l’assumer. Les guitares et les claviers s’embrassent sur le swing élancé de Strange Vision qui continue d’enchanter et de charmer avant que Hearts and Gardens dégaine ses notes sautillantes sur le chant de Kyle souriant et entraînant. Turn Of The Century poursuit cette grâce pop et l'envie de danser, sur les cuivres de Sam Kulik qui transporte en apesanteur sur les guitares alternatives et subtiles. La rythmique repart au galop avec ses lignes de cordes et de claviers électriques et énergiques, presque Sonic Youthiennes, délivrant un Another Day virevoltant.



Puis Up Their Sleeve évoque des idées et des pensées dissimulées dans des écrits, délicatement accompagné d’une mélodie réussie et émouvante comme celle de l’interlude psyché dévorant et hypnotisant qui précède Lily. Ce titre au tempo chaleureux et spontané adresse une pléiade de questions à Lily tout en délivrant une orchestration pop harmonieuse et malicieuse. Le son des synthétiseurs allié à la harpe magique de Mary Lattimore sur On The Way Down est un océan de notes cristallines qui font corps avec le relief mélodique de l’ensemble du disque. La fin de l'écoute plonge dans un écho lointain qui s’enfuit dans les profondeurs. Tout au long du disque, l’instrumentation est en mouvement, chaleureuse et distinguée, bondissante, montrant l’inspiration variée et riche de l’artiste. Hearts in Gardens est un petit chef d’oeuvre d’une force mélodique évidente ornée de l’interprétation prodigieuse de Kyle Forester, classé au panthéon des disques Piggledy Pop et savouré, usé, surchauffé par le nombre d'écoutes.

KyleForester


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dimanche 9 février 2020

Radio Dept.

Radio Dept. nait en 1995 en Suède sous l’impulsion de Johan Duncanson, auteur-compositeur, chanteur, guitariste et pianiste, qui forme les contours du groupe réellement en 1998, s’alliant à Martin Carlberg à la guitare et au clavier, Per Blomgren à la batterie et Lisa Carlberg à la basse et au piano. En 2002, ils sont chez deux labels Rex Records et Labrador, pour signer les deux EPs Annie Laurie et Against the Tide. Le succès est fulgurant. Dans l’année qui suit, les suédois offrent le premier enregistrement studio Lesser Matters.

Tandis que les titres Pulling Our Weight, Keen on Boys et I Don't Like It Like This apparaissent en 2006 sur la bande-son du film de Sophia Coppola, Marie-Antoinette, les musiciens s’attèlent déjà au deuxième album Pet Grief, plus shoegaze et electropop, la bassiste et le batteur ayant quitté le groupe. Duncanson et Carlberg peaufinent à quatre mains Clinging to a Scheme en 2010, avec la participation de Daniel Tjäder aux claviers et du batteur Blomgren qui joue sur un titre.



Le quatrième magnifique album Running Out of Love mettra un peu de temps pour paraître à cause d’une sombre bataille de droits et d’entente avec le label Labrador. Le disque évoque la vie actuelle en Suède, l’ambiance qui règne et le ressenti du groupe. Les quatre singles Occupied, Swedish Guns, We Got Game et Teach me to Forget annoncent par ricochets pendant l’année 2016 le disque à venir. Malgré le rififi fait par le label, le groupe avec son travail récolte de belles récompenses, désormais reconnu par les fans, la presse et les professionnels comme un des meilleurs groupes de musique indépendante au monde.



Si vous tendez l’oreille, vous découvrirez derrière les partitions de claviers toujours impeccables et un chant posé, un message à contre courant de la vague dominante et une âme rock’n roll. Radio Dept. toujours inspiré depuis 25 ans, continue son avancée mélodique avec la signature du titre The Absence of Birds ce 7 février 2020. Duncanson et Carlberg nous concoctent un album à venir, orchestré et fleuri d’une pop alternative que l’on pourra découvrir sur scène lors de la tournée qui commencera au printemps sur le continent américain. A vos ardoises.
RadioDept



jeudi 6 février 2020

SivarT

Toronto dans l’Ontario est devenue un centre névralgique culturel avec la musique, le théâtre et le cinéma, toujours présente dans le classement mondial des villes où règne la meilleure qualité de vie. Pour vous donner une échelle, elle compte comme Paris 2 500 000 d’habitants mais avec 4 300 habitants au Km2 contre 20 700 à Paris. Côté musique, c’est un centre important de production et de concerts, d’où viennent Neil Young, Crystal Castles, The Bycicles, Holiday Crowd, The Elwins et SivarT.

SivarT est Travis Dane Stokl, batteur depuis des années du groupe Elwins. Travis décide en 2016 de tenter l’aventure en solo. Il a quelques chansons dans sa besace, joue en plus de la batterie, de la guitare, du banjo, du piano et de la basse. L’oreille affûtée, inspiré, il signe un premier disque nommé .



Ce premier galop est incroyable, un petit chef d’oeuvre sunshine pop à tendance bubblegum dont Brian Wilson pourrait être friand ainsi que le héros de Travis, Sean O’Hagan des The High Llamas. Ses chansons sont des bonbons, croquants ou fondants, orchestrées avec idée et originalité. Alternatives, elles fluctuent, oscillent entre arpèges, diapasons, rythmes et font voltiger les mélodies sur les instruments et son chant sublime.

Un an plus tard, SivarT signe le titre Sweet Scent tout en préparant son album pour l’été 2019 et savamment nommé Drummer Have Songs. Là encore, le disque est un coffre à trésors, d’une qualité de composition et d’interprétation supérieure. Le capitaine Travis embarque avec lui sur le navire son ami Derek Hoffman avec qui il écrit et compose. Derek est aux percussions, clarinette, piano et aux guitares. Sont aussi à bord, Matthew Sweeney (chanteur et guitariste des Elwins) au piano sur un titre et aux percussions sur un autre, Francesco Figliomeni sur un titre à la guitare électrique et l’ensemble de cordes et cuivres dirigé par Clay White: Jillian Sauerteig au violoncelle, Sarah Weibe et Andrew Chung aux violons, Emily Steinwall à la flûte, Quentin K au basson et Jeff LaRochelle à la clarinette.



Comme ses pairs et ses références, SivarT pose ses jalons intelligents dans ses mélopées, déclinant sa curiosité et ses désirs d’explorations musicales. Maestro du tempo, l’artiste démontre son talent sur Me About You qui voltige dans les rythmes, distribués par les instruments mais aussi par le chant accrocheur. Même si la ritournelle efficace semble spontanée, c’est pourtant une des premières chansons écrites, qui hantait le musicien depuis des années sans trop savoir comment la mettre en forme. Le résultat est formidablement réussi et ouvre le disque qui ne cesse de subjuguer quand suit Field Trip, confiant et offrant du rock électrisé indiepop. Loyal to the Bone poursuit, avec ses caisses de batterie qui résonnent et prennent de la hauteur sur un texte romantique destiné à une partenaire particulière quand Tilikum forme un régal mélodique où Matthew excelle au piano accompagnant Travis et Derek, tous deux aux guitares, stimulants.



I’m Jumping nous fait sillonner les routes et pique-niquer sous le soleil de la côte Ouest avec un enthousiasme amusant dans les mots et les guitares rutilantes qui se dandinent aussi joviales sur Hand-held Horror, clin d’oeil aux films du genre. La courte et magnifique Tempting Delays et ses particules psychédéliques minimalistes rappelle avec malice Syd Barrett. La délicatesse dans les changements de gammes de Shadows In The Shade ranime le style de Kevin Ayers pour sa forme courtoise ficelée baroque ornée de castagnettes, de kalimba et de banjo. La dynamique Jade Queen, arrangée et orchestrée avec dextérité est suivie de Hospital, alternative, arrosée de notes énergiques et d’une instrumentation finement excentrique. Song For Victoria, véritable petite merveille orchestrée ranime l’âme des Kinks avant le somptueux final, quintessence de la pop, On A Hill We Will. Ce dernier titre et l’ensemble du disque respire cette qualité de vie torontoise offrant un équilibre entre la culture et la nature où le musicien SivarT plante son étendard de batteur compositeur conquérant. Drummer Have Songs est à déposer dans toute discographie de bon goût et surement classé dans le panthéon des disques Piggledy Pop.
SivarT



mercredi 5 février 2020

Pony Del Sol

Artiste suisse originaire de Fribourg, Gael Kyriakidis grandit dans une famille soudée, influencée par son grand-père grec pianiste. Avec son frère, elle monte un premier projet profilé electro-pop nommé Beaumont puis, au retour d’un an de résidence à la cité des arts de Paris, elle oublie vite la grisaille en créant en 2013 un nouvel univers coloré, onirique et poétique qu’elle appelle Pony del Sol et signe un premier disque du même nom.

Avec à son actif des musiques de films (Dimanche, Le Rose et le Vert, Réveil sur Mars), les chansons de Gael content des histoires et nous emmènent par la main et les oreilles dans un monde merveilleux. Les personnages et décors, rois, reines, animaux, forêts, villages aux clochers d’églises, se côtoient de manière épique. Le lyrisme de Pony del Sol est émouvant, imagé, métaphorique, et distingue entre les lignes une méfiance face à un monde qui peut se faire ennemi. Août 2019, parait l’ep de six titres, Sauvagerie.



Les arrangements électroniques sont ornés de basse, de guitare, d’une rythmique fondante, dansante et de la voix magnifique. Emanent des mots et du chant une personnalité teintée de sensualité et d’adversité aiguisée et une féminité sensible mais dotée d’une ferme combativité .

Sauvagerie séduit dès les premières notes. Les arbres menteurs déploie son synthétiseur qui ouvre le rideau sur la voix cristalline décrivant la fragilité de deux âmes soeurs au coeur d’une ville hostile en feu. L’histoire poursuit sur le thème du secret et du déguisement avec Ville Magnifique où le tempo s’avance offrant des lignes de batterie et de basse sur la guitare électro-acoustique envoûtante jouée par Gael qui entonne avec une élégance touchante "il y a des fleurs cachées sous la misère loin des paroles non tenues de ses rois" .



Ma maison suit, intime et précieux, évoquant une évasion par le rêve sur une orchestration atmosphérique, des voix en écho avant la fabuleuse Caresse, ses samples d’orage, son piano mélancolique et intense. La caresse y est amère et dangereuse "le temps troué partout, neutraliser son visage, elle prendra nos âmes nos bijoux, les rêves, les peurs mais n’aura jamais mon coeur". L’ambiance nocturne sur Le Fantôme, offrant la présence de loups et d’éclairs sur les cordes délicatement pincées de la guitare continue l’exploration et la contemplation de la nature . Pleine d’un héritage artistique où la littérature côtoie la musique, Pony del Sol sème des petits cailloux sur L’amour argent qui déroule une mélodie pop lumineuse pour régler ses comptes avec classe. Le titre dansant à l’image du disque ennoblit la langue française que Gael manie et chante avec beaucoup de grâce. Tel un roman avec son héroïne, Sauvagerie nous invite à suivre ses aventures, ses amours, ses regrets et en filigrane, son honorable pudeur. L’auteur-compositeur brille en glissant les impulsions de son coeur sur partitions et en mettant de l’ardeur dans les mots et sa voix.
PonyDelSol

mercredi 29 janvier 2020

Car Seat Headrest

Will Toledo alias Car Seat Headrest a gagné sa place dans les oreilles de Piggledy Pop dès ses débuts. Depuis le projet suit son chemin jalonné de succès, de concerts et d’une belle renommée. Toledo est charismatique. Il auto-produit ses disques, chante, compose et tient une présence phénoménale sur scène. Que l’on aime le style ou pas, il est notable et admirable par ses qualités de guitariste loin au-dessus de la moyenne et son style enfiévré, passionné dans ses compositions alternatives comme dans son interprétation qui relève du nerf et des sens enflammés.
Son univers rock et pop est enregistré par ses soins à la maison. Ses premières chansons lofi sont partagées sur un site d'écoute pendant ses années de lycée en Virginie. Il déménage à Seattle avec bille en tête la création de son groupe. Apparaissent à ses côtés en 2010 Ethan Ives à la guitare, Seth Dalby à la basse et Andrew Katz à la batterie. Will à la guitare et derrière le micro a, tel un poisson dans l’eau et un lion en cage, une similitude avec Black Francis des Pixies. Le feu pop-rock l'anime.



Son énergie inonde ses mélopées, son chant resplendit et ses thèmes sont joliment rebelles et accrocheurs. L’album de 2015 Teens of style est remarqué. Le groupe ne tarde pas à signer le deuxième Teens of Denial en 2016 qui est suivi, le fer étant encore chaud, par Twin Fantasy en 2018. Depuis quelques semaines le groupe nous dorlote avec l’album live Commit Yourself Completely qui propose des titres de différents concerts offerts entre Cardiff, Portland, Londres et Amiens.

Le disque s’ouvre sur Cosmic Hero qui règle des comptes avec une hargne rock’n roll fabuleuse sur dix minutes lors d’un concert au Pays de Galles. Les arrangements sont brillants. Les musiciens s’amusent avec des synthétiseurs, peaufinent un effet atmosphérique l'ornant de bois et de métal émanant des guitares et batterie, majestueuses. Le tempo s’enorgueillit sur Fill in The Blank où les riffs de guitares remplissent l’air d’électricité. Toujours sous tension Drugs With Friends rappelle l’ambiance de l’université et les chandelles brulées par les deux bouts. C’est devant un public français que Bodys vient donner de l’énergie vrombissante avec ses harmonies dansantes sidérantes quand Cute Things, offert en Angleterre, taquine les wah wah sans ambage sur les notes de basse révoltées et sur la voix de plus en plus puissante.



Puis Drunk Drivers interprété à Londres, accompagné du chant en chorale du public est surement le titre qui a fait connaitre les Car Seat Headrest parce qu’il fait référence au nom du groupe et parce qu’il symbolise l’écriture mélancolique et élégamment agressive de Toledo. Il évoque ici l’état mental inconscient ‘en roue libre’ d’après rupture sentimentale. A ce stade du disque l’ambiance montée d’un cran poursuit l’escalade sonore. Destroyed By Hippie Powers est exécuté avec un panache alternatif rock à Portland où les amplificateurs devaient bien chauffer. La prestance impressionnante et la maitrise technique continuent à Washington avec Ivy, titre à l'origine de Frank Ocean. L'exercice de la reprise est apprécié par l'Américain qui rend souvent hommage à des artistes qu'il admire comme David Bowie, Sufjan Stevens ou Radiohead, entre autres. Beach Life in Death vient conclure en délivrant treize minutes de grâce vigoureuse, de caractère déterminé et une interprétation exceptionnelle. Commit Yourself Completely des Car Seat Headrest enregistré avec les réactions du public ajoute un aspect instinctif et une chaleur irrésistible à l’ensemble déjà bouillonnant de rythmes, de mélodies et du pouvoir artistique de maestro Toledo.
carseatheadrest



lundi 27 janvier 2020

The Vapour Trails

Je présente ici en 2018 un de mes groupes chéris parce que leur énergie est sincère, leur inspiration vraie, leur talent pour composer des mélodies pop dans la lignée de leurs compatriotes et voisins écossais est inné.

The Vapour Trails est un groupe d'Aberdeen, nouvellement entré dans la sphère indie-pop, avec des compositions jangle-pop efficaces et solides qui sont nourries de leurs influences toutes aussi belles que variées, Johnny Marr, Aztec Camera, Belle and Sebastian, Velvet Underground, Guided By Voices, Wilco et des groupes dont ils s'offrent des reprises savoureuses comme les Teenage Fanclub, House of Love, Byrds, Crosby & Nash ou encore les Beatles. La troupe écossaise est Kev Robertson, leader à la guitare et chant, son fils de 16 ans Scott Robertson et Nicholas Mackie tous les deux guitaristes, Andy Crossan à la basse et Kenny Munro à la batterie.”




Jusqu’ici The Vapour Trails dévoilait son univers musical régulièrement, titre par titre. Depuis quelques mois, les fantastiques musiciens nous offrent le condensé avec des nouveautés sur le splendide album See You in the Next World.
Il commence avec Sonic Wave qui d’emblée accroche l’attention avec ses guitares et ses rythmiques joviales. Le tempo de On a Nearby Bay se fait conquérant, avance avec la basse et la batterie sur le chant charismatique de Kevin . La texture psychédélique et alternative est impressionnante. Suit The Inner Truth et ses harmonies de guitare parfaites. Kevin Robertson a le don pour construire des chansons qui touchent en peaufinant des arrangements de cordes stylés et stables. Drag it Around arrive sur la platine et c’est un petit miracle musical qui fait son effet, une belle union de voix-guitares absolument efficace. Je définissais Shatter the Sky ainsi “les harmonies aériennes et entraînantes se marient aux textes colorés de poésie” avec “ses cordes de guitares en unité qui électrisent et emballent immédiatement”. Ce titre est une météorite pop aussi puissante que l’ Eye in the sky de leurs voisins de Glasgow, le groupe Alan Parsons Project. Le charme continue avec le tempo engagé de Gently Swaying où là les fans de l’autre voisin de Glasgow, Lloyd Cole seront aux noces. Idem pour l’entêtant Indian Reserve qui avec son harmonica persuasif, sa rythmique enflammée, prête vraiment à danser autour du feu.



L’envie de gigoter sauvagement ne s’évapore pas à l’écoute de la formidable You, with Love cousue d’harmonies qui me rappellent la génial Hooray for Tuesday des Minders, ayant la même grâce indie-pop intemporelle. The One That Got Away qui suit est un régal dans son allure acoustique qui offre un moment de délicatesse avant que le tempo de Gospeed It revienne illuminer l’écoute et convaincre par ses lignes de guitares musclées. La mélodie alternative de Written in the Breeze dégaine des notes aussi vives et belles avant le feu d’artifice final, See You in the Next World, gonflé de psychédélisme et de guitares rocks explosives montrant à quel point les Vapour Trails brillent de mille feux! Dignes héritiers pop des Primal Scream de Glasgow, la ‘fête des voisins’ dans ce coeur vibrant rock’n roll d’Ecosse doit être enfiévrée : Orange juice apporte les cacahuètes, les Beta Band la salade de riz, Jimmy Somerville les chips, Belle & Sebastian le saucisson, AC/DC la salade de fruits, Kidd et King Creosote se chargent des bières. The Vapour Trails signent un See You in the Next World que je classe dorénavant dans le top 10 des disques 2020 sur Piggledy Pop. A vos casques!
VapourTrails
VapourTrailsPiggledyPop2018



samedi 25 janvier 2020

Tahiti 80

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Tahiti 80, groupe rouennais, est pour le ministère de la culture un des meilleurs groupes français exportés à l’étranger. Jusqu’en 2000 c’était même le meilleur en lice avec Patricia Kaas. Donc on leur doit une fière chandelle. Une autre chandelle se profile quand le groupe réussit à faire oublier les feu emblèmes de la capitale normande : Little Bob et Laurent Fabius. Il était temps de rafraîchir l’écurie.. A l'instar d'être des stars ayant vendu des millions de disques en Asie, Europe et aux Etats-Unis, le groupe est aussi actif dans le milieu de la création et de la production de disques. L’honneur de la pop française est sauf en grande partie grâce à Tahiti 80 qui après le Brexit offrirait presque la perspective d'un Normanxit.



Depuis 1993, les quatre normands, Xavier Boyer à la composition, guitare, clavier et chant, Médéric Gontier à la guitare et chant, Pedro Resende à la basse et Raphaël Léger à la batterie (arrivé dans le groupe en 2006 à la suite de Sylvain Lemarchand actif depuis 1995) signent huit albums. Parallèlement Xavier Boyer travaille sur son projet solo nommé Axe Riverboy.

Ce mois d’octobre 2019 paraît le neuvième disque studio des Tahiti 80, Fear of an acoustic Planet. Constants, passionnés et maîtrisant une pop teintée de soul et d’arrangements sunshine, orchestrés avec tempérament et esthétisme, les musiciens offrent cette fois-ci un album compilant d’anciens titres en version acoustique. De manière limpide et variée, les orchestrations modérées sur la voix magnifique de Xavier finissent par rendre les mélopées dansantes et entrainantes.
Pour les fans dont je fais partie, c’est un régal de redécouvrir ces chansons écoutées en boucle depuis des années sous un nouveau jour. Cette restauration et cette exploration stylistique montrent à quel point les mélodies sont solides et efficaces, intemporelles. L’accent anglais de Xavier est parfait, il l’a toujours été. L'influence de la culture anglo-saxonne est omniprésente dans les vertes contrées de Haute-Normandie où l’Angleterre est à un battement de cil.



Ce sublime album parfumé de nostalgie est un travail d’enregistrement excellent. Fait à Rouen, il nous transporte dans le temps sans cesser de nous donner envie de chanter comme sur 1000 Times de 2007 qui reprend ici du galon avec un joli son de batterie, de guitare et de basse fleuries d'un chant de velours. Le ton séduisant, les paroles optimistes, les harmonies colorées, sont la griffe de Xavier Boyer qui depuis 25 ans partage cet enthousiasme. Easy de 2011 grandiose précède Heartbeat de 2000 qui accueille un piano délicat sur le trio guitare-basse-batterie.



Le délice sucré enchaine sur la basse soul, les rythmiques bien ciblées et le glockenspiel savoureux de Big Day de 2005. Matter of Time qui accueille Mehdi Zannad (Fugu) pour les voix est bondissante. Les arrangements des choeurs amènent encore plus de panache et d’énergie élégante sur le thème intime du couple qui manque de temps pour se retrouver. Something About You Girl de 2005 relance une cavalcade de sons boisés de la guitare 12 cordes et Made First de 2000 déroule un tapis de notes bossa rutilantes aux mains de Pedro qui est impressionnant à la basse. Tune It de 2009 poursuit la promenade sur un tempo sixties délivré par les voix et la guitare électro-acoustique avant la spontanéité de Seven Seas de 2014, courtisant nos oreilles sans lever l'ancre de la subtilité. Le cristallin Better Days will come de 2004 joue sa mélodie ensoleillée sur la rythmique de Raphaël pleine de jovialité pour continuer à émouvoir avec la magnifique version de Hurts qui offre la participation aux voix d'Helen Ferguson et de Julien Pras. La pépite acoustique se termine sur Open Book de 2002, revisité avec un savoir-faire sunshine-beat, style intrinsèque des brillants Tahiti 80 qui peaufinent un Fear Of An Acoustic Planet raffiné et inspiré.
Tahiti80