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mardi 10 décembre 2019

Jeffrey Lewis

Jeffrey Lewis est un musicien de Manhattan, un new-yorkais dans l'âme, un peu nerd, un peu punk, passionné de comics et dessinateur de talent. Né en 1975, ses références vont de Lou Reed à Alan Moore, nourries d'une réelle et belle culture du vinyle et d'arts picturaux de tous genres. L'auteur-compositeur aime la culture sixties psychédélique qu'il glisse dans ses chansons en y apportant sa touche personnelle, son caractère souriant et élégamment excentrique.
L'artiste est attachant par son univers coloré, comptant son niveau d'études universitaires qu'il peaufine jusqu'à la thèse de doctorat de littérature dont le sujet est Watchmen. Autant dire qu'Alan Moore est plus qu'un simple centre d'intérêt.



2000, le jeune musicien part passer deux ans à Austin pour se frotter à la scène indie-pop, jouant seul avec sa guitare et vendant ses bande-dessinées après ses concerts. 2001, avec son frère Jack Lewis qui co-écrit les chansons et assure la basse, il signe son premier disque The Last Time I Did Acid I Went Insane, suivi en 2003 de It's the Ones Who've Cracked That the Light Shines Through, en 2005 de City and Eastern Songs, en 2007 de 12 Crass Songs. En 2008 les deux frères partent en Europe pour une série de concerts, accompagnant d'autres artistes comme Devendra Banhart, Stephen Malkmus, Jarvis Cocker, Thurston Moore, etc. Jeffrey parallèlement signe un contrat avec le New-York Times qui publie ses dessins et ses bande-dessinées seront également sous presse en Angleterre dans The Guardian. En 2009 paraît l'album 'Em Are I, en 2011 Come On Boar et A Turn in the Dream-Songs, en 2013 Hey Hey It's...the Jeffrey Lewis & Peter Stampfel Band, 2014 Jeffrey Lewis & the Jrams, 2015 Manhattan, 2018 13 Fall Songs.



Jeffrey Lewis & The Voltage signe ce mois de novembre 2019 un disque formidable, plein d'énergie underground et de finesse dans ses thèmes. Bad Wiring contient 12 titres fabuleux. C'est le producteur Roger Moutenot (à la production des Yo La Tengo et de l'album de Lou Reed Magic and Loss) qui est aux manettes pour l'enregistrement. Le maestro psyché griffe ses textes avec des allusions à New-York, à la musique, aux arts et à l'amour. Avec quelques nuances punk et poétiques qui inévitablement remémore le Velvet Underground, l'esprit de Lewis est rayonnant d'optimisme. Le résultat à l'écoute de Bad Wiring est un bouquet d'enthousiasme mélodique et littéraire. L'album propulse des vitamines dans les oreilles dès les notes de Exactly What Nobody Wanted avec la guitare fleurie de Jeffrey Lewis, la batterie galopante de Brent Cole sur la basse bondissante de Mem Pahl. Le prolifique artiste orne ses mélopées de mots si fournis et expressifs qu'elles attrapent l'attention, séduite et absorbée. La rythmique continue ardente sur Except For the Fact that It Isn't où les voix actives insufflent du tempo supplémentaire.
La mélodie indie-pop de My Girlfriend Doesn't Worry est un délice d'humour à la façon d'un titre de Jonathan Richman sur une déclamation de cinq minutes rappelant le style Bob Dylan. Le clavier rayonne de notes délicates avant les que les cymbales énervées de Depression! Despair! s'alignent sur les guitares toutes aussi électrisées. Til Question Marks Are Told est un sucre d'orge indie qui égrène les moments du quotidien vécus dans la City via des métaphores littéraires puis le thème de la musique underground est merveilleusement mis en partition pop psychédélique dansante et bombée d'orgue sixties avec LPs, titre grandiose excellemment et intelligemment posé au milieu du disque.



Knucklehead/Happy Rain est un break instrumental ravissant qui offre un bruit de pluie et quelques notes jouées à la guitare. Le piano et les clap-hands de Take it For Granted proposent un court moment indie sur le grain de voix presque sarcastique de Jeffrey Lewis qui se fait plus offensif et musclé sur la basse géniale de In Certain Orders, régal bardé d’harmonies dynamiques fantastiques. Where is the Machine qui se rapporte au titre d’album déroule une instrumentation pétillante et douce à la fois où les mots chantés et parlés fondent sur la mélodie qui touche et donne des frissons avant que le tempo marqué et résolu vienne donner envie de danser et chanter avec les américains. L’esprit fin et drôle de Jeffrey Lewis est efficace pour accompagner les airs tous différents et variés et amener sans se rendre compte à la fin du disque. Le dernier titre agrémenté d’harmonica et d’orgue sixties, Not Supposed To Be Wise, est plein d’âme, de conseil amical qui conclut dans l’émotion et la classe. Piggledy Pop classe Bad Wiring dans les meilleurs disques 2019, en écoutant ce bijou de Jeffrey Lewis & the Voltage, sans compter.
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