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mardi 29 octobre 2019

Nick Frater

Goodbye Kayfabe de Nick Frater entre dans la cour du top 10 des albums 2018 Piggledy Pop. L'artiste est fabuleux, multi-instrumentiste et producteur, de son studio à Croydon il concocte des bijoux pop qui font rayonner son assurance, son rôle et sa passion. Nick Frater aime la musique, la fabriquer et son plaisir s'entend. Inspiré par les années seventies et sixties, il sait solliciter nos frissons et notre envie de gigoter bêtement en rythme sur ses mélopées. Son univers spontané, son âme frénétique pop, son oreille absolue infaillible dotée d'une humilité rayonnante, le place sur mon chevet.
NickFraterPiggledyPop2018



J'écris sur le londonien à chacun de ses disques et le prochain Full Fathom Freight​-​Train sort le 1er Novembre 2019. Je le savoure depuis quelques jours et ses titres tournent en boucle tant ils sont mélodieux et harmonieux. Outre le fait d'être un artiste complet, il joue de la guitare, du piano, de la batterie, de la basse, du banjo, theremin, clavecin et accordéon, il chante et compose des airs sunshine pop à ravir, Nick Frater est un personnage. Son univers artistique s'approche du domaine de la fiction, du monde des super héros. A l'image des sixties, des fanzines, son tempérament confiant et lunaire inonde ses mélopées.



Full Fathom Freight​-​Train, fruit d'une année de travail d'écriture où Nick flamboie d'idées et d'inspiration ouvre les rideaux sur Sunshine After Rain, rock, psychédélique, qui soulève du sol dès les premières notes. Gonflé de voix, de rythmiques, les mots sont aériens et pleins d'enthousiasme. L'orgue glisse des notes délicieuses sur la batterie brulante, gaillarde aussi enflammée de sentiments sur Oh Now, Girl!, single beatlesien qui donne l'eau à la bouche. Les choeurs efficaces à la façon Beach Boys viennent saupoudrer la pépite pop de sucre énergisant. Quand Frater joue Your Latest Breakup Song, les harmonies poussent à danser et à chanter sur les rythmes sautillants.



Les paroles nous emmènent par leur jovialité et par leur charme à l'écoute du mellow sensuel de All Out At Sea et sa basse grandiose qui séduira les amateurs de Salako et des Pastels. Le psychédélisme luxuriant est une merveille sur les harmonies disco-pop de The Getaway, glorieusement dansant grâce à la participation éclatante du guitariste Mike Randle, une réussite dans le style 'Frater' que j'aime tant. Puis Paul Ryan est invité à chanter et jouer de la guitare sur Mermaid Street où là aussi l'ambiance maritime colle à la peau du tempo boogie, du trésor pop construit comme une péripétie psyché diablement rythmée. On bat la mesure dès l'introduction du DJ Jim Prell alias Wolfman, avec frénésie et de la tête au pied. Puis Holding On To You offre des arrangements aussi absorbants, fulgurants. Le clavier, la guitare électrique et le tambourin s'unissent et se mélangent avec finesse pour nous propulser dans les années soixante comme avec Strangers On The Bus où Nick est fantastique au chant, clavier, banjo auréolé des voix en chorale. L'instrumentation ensoleillée réchauffe sacrément les lobs d'oreille quand le duveteux What Does Good Look Like? tourne ses sillons romantiques. Arrive le fleuron du disque A Whole Lot Later, aux claviers langoureux et inspirés seventies guidés par le chant intense de Nick Frater qui signe un Full Fathom Freight​-​Train de génie, impossible à lâcher. Coup de coeur et coup de foudre Piggledy Pop 2019.
NickFrater

dimanche 27 octobre 2019

Faith Healer

Faith Healer est un groupe d'Alberta au Canada, la paire d'auteurs-compositeurs réunis qui après leurs expériences respectives en solo, se connaissant depuis des années, ont décidé de se retrouver. Renny Wilson et Jessica Jalbert composent chacun depuis 2012, s'allient dans un premier temps sous le pseudo Tee-Tahs qui mue en Faith Healer dès 2014. L'opus Cosmic Troubles de 2015 est d'une beauté pop cinglante où s'entendent les influences telles que Lou Reed, Mac De Marco et Scott Walker.
En 2017 suit le deuxième fabuleux album Try ;-). Les chansons écrites par Jessica restent une entière collaboration avec Renny, un véritable duo. Jessica grandit dans une ambiance spirituelle à la maison, d'un père français-canadien et d'une mère irlandaise, qui lui offrent une éducation catholique. Ses attentions positives, la cellule familiale à laquelle elle est attachée, ses observations du monde, des êtres humains qui l'entourent nourrissent son inspiration. Les deux musiciens côte à côte offrent une jolie collection de 9 titres d'indie-pop psychédélique et rock sur des paroles introspectives au ton mordant et panaché. Pour couronner ce travail mélodique efficace, le Polaris Music Prize édite un vinyle chaque année en guise de trophée où les groupes récompensés sont invités. Cette année 2019, Faith Healer gagne le prix et sur ce disque Polaris, concocte la reprise de When You Awake de The Band.



Au sujet de l'album Try ;-) c'est Waiting et son tempo de velours qui se charge de l'ouverture en donnant le ton d'une confession sur les sentiments de la musicienne. Le morceau enchaine directement sur le boulet de canon psychédélique Light of Loving. Les guitares progressent tendues, prêtes à dégainer un jet de notes électriques sur la batterie, extatique et hypnotique. Les arrangements et l'instrumentation grandioses du disque enregistré à Montréal, batterie, guitares, claviers, basse, sont totalement assurés par le duo Jessica et Renny. Might as Well suit avec un son instantané et brut impeccable sur la voix posée mais toute aussi spontanée de Jessica qui continue d'enchanter sur Sterling Silver. L'atmosphère synthétique est réussie ornée de voix voltigeantes dans un écho onirique à souhait. L'inspiration et l'originalité se glissent dans les arrangements comme dans la mélodie délicate Such A Gemini, petit tourbillon pop absorbant. Les titres s'emboitent différents et variés à la perfection sans pause sonore créant un ensemble terriblement bien sculpté et blindé de charme.



Il y a un esprit de confidence qui touche, un champ libre pour l'interprétation, faisant rayonner une limpidité et une légèreté sur l'ensemble des chansons. Try ;-) évoque la possibilité de l'échec inhérent à l'amour en gardant néanmoins la volonté d'essayer. Le tempo chaloupé et dansant poursuit sur 2nd Time garni de basse, piano et de guitare acoustique complices dans les harmonies soul et boogie. Faith Healer s'amuse dans la composition et l'interprétation, aussi intimiste dans les mots qu'extraverti sur les partitions, délivrant une ambiance équilibrée qui ne manque pas d'allure comme sur Sufferin' Creature. La rythmique y est engagée, ferme dans les paroles et dans les accords parfumés au Velvet Underground. Le disque délicieux s'achemine somptueusement vers la fin avec Best Saved 4 Last aux arrangements cosmiques et lumineux sur la voix de Jessica Jalbert à l'aura évidente. Try ;-) de Faith Healer, qui signifie 'guérisseur' est un album émotionnel et impressionnant classé dans les pépites intemporelles et essentielles de Piggledy Pop.
FaithHealer


vendredi 25 octobre 2019

I Was A King

I Was A King est un groupe norvégien qui apparait sur les scènes locales en 2005. Le groupe d'Oslo signe le premier album Losing Something Good For Something Better en 2007, suivi de I Was A King en 2009, Old Friends en 2010, You Love It Here en 2012, Isle Of Yours en 2014 puis, après un hiatus de cinq années revient nous combler de powerpop ce printemps 2019 avec Slow Century. L'auteur-compositeur Frode Strømstad est la tête du projet véhiculant tout son charisme sur les partitions et au chant. Il s'entoure de pointures écossaises pour cette pépite de 12 titres : Norman Blake (Teenage Fanclub) à la production et de Paul Savage (Delgados) au mixing qui est également le producteur de Mogwai, Teenage Fanclub, Franz Ferdinand et Admiral Fallow, entre autres. Frode aime les collaborations artistiques comme avec Robyn Hitchcock, Danielson, Sufjan Stevens, Ben Crum des Great Lakes, Ole Johannes Åleskjær de The Loch Ness Mouse et Gary Olson des Ladybug Transistor. Il est secondé de manière permanente au sein de la formation de la chanteuse et guitariste Anne Lise Frøkedal, d'Ole Reidar Gudmestad à la guitare et claviers et du batteur Arne Kjelsrud Mathisen.



Slow Century a une singularité. Il est parfumé aux particules maritimes des côtes norvégiennes et au bonbon pop grâce à la présence de Norman Blake à la guitare, au clavier et au chant, Erlends Aasland à la cithare, Jad Fair à la guitare et toute une compagnie de lurons vikings qui tape joyeusement des mains. Le délice ouvre sur des lignes de guitares powerpop de Clouds. La mélodie vogue allégrement sur des rythmes bondissants et des mots fluides jusqu'à Bubble qui décrit une timidité charmante sur des harmonies alternant le jeu magique des guitares, de la basse et de l'éminente batterie. Celle-ci galope rutilante sur Shake qui offre une instrumentation psychédélique superbe. Les choeurs poppeux sont gonflés d'une énergie suggestive quand Tiny Dots emmène dans un épisode romantique évoquant une photographie qui rappelle le passé et dévoile l'avenir. Le tempo pop revient gaillard sur Hatchet qui règle des comptes tout en enchainant logiquement avec Tanker, ses voiliers et ses plages avant qu'arrive le fabuleux Slow Century, mélopée moelleuse, soyeuse et sa ritournelle sensuelle.



Les guitares puissantes de No Way Out jonglent sur les partitions sucrées et jangle avant un somptueux Folksong acoustique qui joue sur les méthodes de mixing avec génie. Le titre juteux et judicieux enchaine sur Egersound où la batterie lâche les chevaux dans un cocktail de notes pop fleuries pour honorer la musique, son enregistrement, la vie d'artistes au coeur de la production comme celle vécue par I Was A King qui écrit et enregistre cet album dans la ville de Egersund. L'électrique Run au panache court mais intense nous guide au pas de course vers la fin grandiose du disque où resplendit l'air de Lighthouse. L'interprétation de Frode Strømstad y est délicate, mêlée aux voix en chorale pour clore sur une jolie d'histoire d'amour éclairée à l'horizon par la lumière du phare. I Was A King délivre un magnifique Slow Century dont les couleurs et les atmosphères garnissent aisément le panthéon d'albums Piggledy Pop.
IWasAKing



samedi 19 octobre 2019

The Cure ‎– 40 Live (Curætion-25 + Anniversary)

Le coffret 'boite à trésors' est sorti hier le 18 octobre 2019. Si vous laissez fureter vos yeux sur Piggledy Pop c'est qu'inévitablement, vous faites partie des bipèdes aptes à déposer ce magnifique objet au pied du sapin de Noël. Il s'agit simplement d'un petit bonheur sonore et visuel de 9 heures regroupant 40 ans de carrière et les deux dernières époustouflantes performances scéniques du groupe The Cure en 2018. The Cure et leurs fans fêtent leurs pop noces d'émeraude et le bijou est multi-facettes : quatre éditions différentes, deux DVD ou deux Blu-Ray avec quatre cds, ou deux DVD ou deux Blu-Ray présentés avec un livre et les quatre cds. Les superlatifs manquent! Cette parution est gigantesque.



Le bijou offre un premier concert enregistré au London’s Royal Festival Hall lors du Meltdown Festival organisé par Robert Smith lui-même. Ce live magique et impressionnant reprend dans l’ordre chronologique un titre des treize albums des anglais, enchainés par deux inédits et poursuit avec treize autres titres dans le sens inverse chronologique. Ce premier dvd ou blu-ray nommé From There To Here | From Here To There est une vague rock'n roll, un zoom en spirale de la carrière du groupe mythique. Le deuxième live est enregistré le 7 juillet 2018 à Londres, Anniversary: 1978-2018 Live In Hyde Park London et propose 1 heure et 35 minutes de rêve curesque avec ses 39 titres.



Les fameux musiciens de Crawley dans le Sussex, l'auteur-compositeur, chanteur, guitariste Robert Smith, le bassiste Simon Gallup, le batteur Jason Cooper, le clavieriste Roger O’Donnell, le guitariste Reeves Gabrels sont charismatiques. Le grand Bob chevauche depuis 1987 avec Simon et Roger. Jason arrive dans l'équipe aux cheveux hirsutes en 1995 et Reeves en 2012. Reeves Gabrels est guitariste de David Bowie de 1987 à 1999, il devient ami avec monsieur Smith en 1997 pendant le concert du 50e anniversaire de Bowie où The Cure est invité.
Robert Smith a 60 ans. Il brille constamment, il offre une infinité de chansons qui nous vont droit au coeur, comblées de nouveautés extraordinaires. Jetez-vous sur 40 Live – Curætion-25 + Anniversary. The Cure s'est frayé un chemin dans le rock alternatif il y a 40 ans et le retrace ici et aujourd'hui avec un talent immuable, toujours aussi ébouriffant et sans pareil.
TheCure



mardi 8 octobre 2019

Dropkick

Dropkick est un groupe formé en 2001 sur la côte Est de l'Ecosse par les deux frères Andrew et Alastair Taylor avec un ami d'enfance Ian Grier. En presque vingt ans, une quinzaine de disques, treize albums et des Eps, Dropkick a parcouru des styles allant du post-punk à aujourd'hui de la power-pop, influencée par les Byrds et Wilco. Les passages soutenus sur les radios anglo-saxonnes, leur présence sur de grandes scènes de festivals, agrémentent leur renommée et les artistes écossais restent inspirés, toujours exacts au rendez-vous. J'ai pu apprécier le talent de performance d'Andrew lors d'un concert privé cette année dans un appartement parisien et son charisme nous a tous hypnotiser. L'artiste a une présence impressionnante, de la technique, une voix magnifique, pour réussir à figer l'attention de l'audience et la faire voyager.



Tandis que se joue la coupe du monde de Rugby, Dropkick tape et marque avec la parution de Somewhere To Be cette rentrée 2019. Andrew écrit et compose, est au chant et guitare, Ian Grier au piano, synthétiseur et guitare, Mike Foy à la batterie et le dernier venu d'Edimbourg en 2018, Alan Shields à la basse, chant et guitare. Alan participe à l'album précèdent, Longwave, que je conseille ardemment aux amateurs des Teenage Fanclub. Cet album est plein de fraicheur panachée de lignes de guitares mélodieuses, inhérentes à la pop. Dropkick poursuit dans l'excellence avec Somewhere To Be, premier titre de l'album du même nom et je me dis que décidément, l'Ecosse...Ce n'est pas un pays, les archéologues pourront toujours creuser à la recherche du fossil pop, c'est bien là dans les highlands que se trouve le berceau de l'indie-pop!

Dès les premières notes, l'élégance se faufile entre les partitions et dans le chant. Les arrangements voluptueux sont déployés délicatement pour former un titre émouvant. Le terreau artistique est fertile, comme leur fief, thème cultivé dans les paroles comme sur la majestueuse What I Really Mean où Taylor se livre 'part of me lives in the past' et sans trébucher, trace un bilan pour se relever et continuer avec cette belle intransigeance et pugnacité lyrique.



Le piano et les guitares s'allient brillamment sur le tempo engageant de Make A Difference qui relate une rupture sentimentale sur une pluie de slides country. Have to try est une courte mélopée qui déploie une myriade de voix sur la guitare boisée qui poursuit sur Growing Older Than You gorgée de sensations sur des arpèges et des rythmiques cadencées qui relancent le clavier langoureusement psychédélique. Le répertoire du ménestrel est mélancolique, mais pas linéaire. Il réussit avec une honnêteté brute à arrondir ses mots et ses harmonies, trancher avec courtoisie sur More Of The Same utilisant la nature et le paysage coloré comme décor. Les rythmiques dans l'instrumentation raffinée et les voix à l'unisson en crescendo s'approchent d'un battement de coeur quand Be Ok effeuille des accords de guitares subtiles pour produire une merveille pop.



Is It Something I Said? égrène les sonorités folk avec la contribution de Iain Sloan à la guitare offrant un écho à Big Star. Dropkick a un don pour composer des pépites à la fois langoureuses et énergiques, associant sensualité et une orchestration boisée et franche qui fait mouche. Arrive le grandiose In/Out et son avancée alternative addictive, une perle pop comme Andrew Taylor sait concocter à la manière de ses amis écossais The Wellgreen avec qui il partage la scène. Somewhere To Be s'achève sur le splendide New Chapter où la voix danse légère et lumineuse sur la guitare intime, confidentielle, qui annonce pourtant une prompte suite de nouvelles chansons en 2020.
Dropkick

dimanche 6 octobre 2019

Vetchinsky Settings

Vetchinsky Settings est le nouveau projet de James Hackett et Mark Tranmer qui signent ce mois d'avril 2019 un premier single nommé Anymore. Ces deux artistes de Glasgow ne sont pas des débutants, que nenni! Les deux auteurs-compositeurs sont même des noms gravés dans le marbre, fleurons de l'indie-pop écossaise. James Hackett est le meneur de The Orchids formé en 1985 et signé chez Sarah Records. Je vous invite à vous procurer la compilation Who Needs Tomorrow... parue en september 2017, belle rétrospective comprenant vingt célèbres titres du groupe avec un disque bonus de raretés pour fêter le 30ème anniversaire du groupe. Hackett participe également cette année à une autre fabuleuse compilation qui compte une liste incroyable d'artistes indépendants, Big Gold Dreams - A Story of Scottish Independent Music 1977-1989.
The Orchids sont sur Piggledy Pop, évidemment : TheOrchidsPiggledyPop2014

Mark Tranmer conduit depuis 1999 le fabuleux duo The Montgolfier Brothers et le projet GNAC en ayant auparavant mené St. Christopher dès 1984, signé chez Sarah Records. Il nous comble également de mélodies vibrantes depuis plus de trente ans.



James et Mark réunis forment un noyau prolifique et inspiré qui a connu l'ère des cafés-concert, des cassettes audio et vinyles puis l'apparition du cd et du digital, du mp3 tout-venant, et signe Anymore en avril 2019 comprenant 3 titres au cachet perceptible. L'objet est magnifique, tout blanc, un vinyle épais comme de la porcelaine avec des gravures dorées signées Timothy O'Donnell qui démontre un goût aigu pour l'esthétique jusqu'en bout de la chaine. En la matière, leur album Underneath The Stars, Still Waiting à paraitre ce 25 octobre 2019 est prometteur. Pour mettre l'eau à la bouche, Vetchinsky Settings propose deux titres en écoute avant cette sortie. Accidental Beauty et Passenger. Alex Vetchinsky est un grand réalisateur anglais du début du XXème siècle, figure du romantisme en noir et blanc. Mark qui aime le cinéma et donne un profil cinématographique à ses chansons compose avec James des mélopées nostalgiques, cristallines, qui font resplendir cet art mêlé à la notion de voyage, de distance développant le manque et le désir. Les chansons gainées, sculptées à deux mains et interprétées avec charisme sont auréolées de douceur et de majesté. Voici une précieuse invitation à la beauté et aux émotions tendue par Vetchinsky Settings, à saisir absolument.
VetchinskySettings



vendredi 4 octobre 2019

Arborist

Alors que nous apprenons la disparition de Kim Shattuck, qui a remplacé un temps la bassiste Kim Deal au sein de Pixies, cette dernière participe avec sympathie au premier single d'Arborist en mai 2015. Le duo signe un titre magnifique qui saisit et fait frissonner tant il est mélodieux et gracieux. Kim Deal n'a surement pas hésité une seule seconde à l'écoute de ce bijou pour accepter l'invitation du musicien irlandais. Arborist est le pseudonyme de Mark McCambridge, originaire de Belfast, auteur-compositeur impressionnant de talent. Les critiques rock de la plus grande presse en la matière manque de termes élogieux : "magnificent", "stunningly beautiful debut", "sonic equivalent of a painter’s brush", "impressive", "wonderfully realised on debut". Les compliments pleuvent et comme j'imagine que la pluie ne fait pas peur à Arborist, je me joins à la clique pour y ajouter mes épithètes.



Arborist fleurit son aventure en janvier 2016 avec le sublime A Man of My Age. La chanson trace un bilan sur l'existence encore courte d'un jeune homme mais qui déjà se sent confronté au danger et à la mort. Le sujet est amené sur une ritournelle enlevée et rythmée ornée d'un beau panache dans l'instrumentation, guitares, piano, cuivres, batterie et le violon superbe de Luke Bannon. Ce titre apparait sur le fabuleux premier album Home Burial en novembre 2016.
Mark McCambridge signe un disque grandiose, montrant son goût pour la littérature, la poésie, nous contant des scenari émouvants sur chacun des titres. Il fourmille de mélodies inspirées et attirantes, arrangées avec finesse et un don inoui pour l'écriture de textes qui embarquent et garnissent généreusement l'imagination.



A Crow ouvre l'objet, vibrant. Il émane de la mélodie et du chant une lumière aveuglante au coeur de la nuit, le décor est planté, l'attention absorbée. On suit donc l'éclaireur Arborist dans son Dark Stream, au tempo pop chaloupé et lumineux. La voix et la guitare de Mark se marient à merveille au thème mirifique et aux arpèges bondissantes de guitares, aux notes joyeuses du piano de Richard Hill, de la basse de James Heaney, de l'autre guitare rutilante de Jonny Ashe, de la trompette de Richard Crawford et du cor de Tom Kane.
La batterie est judicieuse, dosée de manière élégante, hautement maitrisée par Ben McAuley qui est aussi le producteur et ami d'enfance, accueillant Arborist dans son studio d'enregistrement Start Together. Suit A Man Of My Age avant le somptueux I Heard Him Leaving qui nous cueille dès les premières notes de guitare et la tonalité puissante du grain de voix qui dessine l'histoire d'une séparation sentimentale qui finit très mal. Malgré le profil dramatique, l'instrumentation sautillante est agrémentée du violon de Bernadette Morris comme pour Rules of the Burial, portée par la guitare de Colly McClean. Dans ce titre clin d'oeil à l'auteur Cormac McCarthy, les harmonies du piano voguent sur les envolées de cordes et le tempo des balais frottés sur les caisses accordés à l'émouvante trompette de Linley Hamilton, musicienne de Van Morrison, maintiennent l'effet de mouvement.



Dans cette avancée, le duo chaleureux de Arborist avec Ellen Turley resplendit à la lueur duveteuse de la lune sur le langoureux The Force Of Her WillRichard Hill quitte son piano pour ennoblir sa clarinette. Après Twisted Arrow qui ne manque pourtant pas sa cible, l'enchantement continue avec Incalculable Things, sa grosse caisse gaillarde, le gazouillant du glockenspiel, le violoncelle de Zarah Fleming, la guitare de Jonny et le chant conquérant. 
Paris, une carte postale, une histoire d'amour, une guitare enflammée et The Broken Light fait trembler, si émouvant quand Mark chante 'it's not the city that leads me to you'. Le roulement de tambour sur le piano romantique de Master, son solo de guitare électrique écorché vif dessine une intimité couronnée d'un nom, un nom secret et impénétrable. Le dernier morceau est un poème de Pablo Neruda, A Fisherman, qui se glisse au bout du microsillon à la perfection pour boucler Home Burial, un joyau mélodique avec sa pochette dessinée par Peter Strain, que je classe au top des disques chroniqués sur Piggledy Pop.
Depuis, Arborist qui parle très bien français pour avoir vécu quelques temps dans le sud de la France, continue son chemin et son chef d'oeuvre en signant à Noël dernier trois chansons bonus qui complètent Home Burial et qui font, à l'image de l'arborist, vraiment monter aux branches.
Arborist



jeudi 3 octobre 2019

Seazoo

Je chronique Seazoo en 2016 : " le profil indie-pop doté d'un esprit bon-enfant se dessine clairement. En signant les premiers EP de 2013 enregistrés home-made, Ken et Dog Hotel, (...) les Seazoo gagnent immédiatement l'attention des médias." "Seazoo, Ben Trow à la guitare, composition et au chant, Llinos Griffiths au clavier et au chant, Steffan Owens à la batterie et au chant, Dan West à la guitare et Mike Smith à la basse, invités à partager un live par Mark Riley, jouent sur les scènes du Pays de Galles et d'Angleterre." 
Le single de décembre 2014 Happily Taking Advice From An Imaginary Sergeant Eddie Stone Late December est suivi en 2015 par le 5 titres Car Deborah, puis en 2016 de l'EP Jumbo.
SeazooPiggledyPop2016



Ce mois d'août 2019, le groupe gallois nous comble du single grandiose Throw it up. Il fait suite à son excellent premier album Trunks qui mérite une attention particulière. A l'écoute de l'album mieux vaut être bien chaussé car il y a du rythme et du groove pour danser. Hello Stranger ouvre le bal, armé d'une belle et gaillarde guitare électrique qui galope sur la batterie. Ben au chant brille de mille éclats posant sa voix sur la mélodie jangle et ses lignes de guitares rock à la manière de Super Furry Animals, Yo La Tengo et Grandaddy. Les claviers psychédéliques entrent en scène sur le délicieux St Hilary Sings et son texte qui chahute au point de rendre les dents de la dame assez friables quand l'électrique Dig, avec sa basse survoltée et décidée, dégaine des harmonies pop qui entrent en tête et n'en sortent plus. L'allure vivace continue avec Shoreline acidulé et musclé où le chant fait du trampoline sur les voltiges du synthétiseur avant le somptueux Cyril dont les partitions élastiques et souples fort colorées mettent les sens en alerte.



Comme de coutume, Seazoo délivre une panoplie de textes narratifs lesquels nous emmènent dans des histoires d'amour ou d'aventures en liant aux mots des cascades de notes pop astucieuses. La spontanéité rafraichissante des deux voix de Ben et Llinos alliées sur Roy's World fait effet de cocktail vitaminé qui invite à entrer dans le monde conquérant et solide de Roy. Puis la tension persiste, magnifique, grâce à la saturation effrontée des guitares de Skulls pour évoquer une attirance regrettable. La batterie accroche les oreilles au plafond, invincible, et finit par les faire vaciller sur The Belly in My Brain là aussi de formule énergisante. Ben y avoue avoir peur sans vraiment convaincre d'une éventuelle fragilité car son style littéraire décalé et imagé est digne d'un Psycho Killer des Talking Heads, effet maintenu sur E is for Excellent à l'esprit indie-pop hypnotisant et efficace. Le disque se termine avec Bad Day at the Polythene Plant sans manquer de rappeler son titre Trunks qui signifie 'troncs' sur un air alternatif inspiré et merveilleux. Seazoo offre un Trunks chaloupé, animé d'une myriade d'instrumentations qui fleurissent les titres d'une power-pop de rêve. Le Pays de Galle et sa ruche de groupes Gorky's Zygotic Mynci, Colorama et son maestro Carwyn Ellis, Los Campesinos!, Martin Carr, Super Furry Animals, the Automatic etc, tient un talent doré en comptant dans ses rangs Seazoo.
Seazoo