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vendredi 27 septembre 2019

The Roves

The Roves sont 'quatre garçons dans le vent' qui ont dans leur style musical un petit quelque chose des Beatles. Originaires du nord de Londres, les musiciens viennent de signer un album qui à mes oreilles est un bijou. Surprenant dans la forme, car il n'y a pas de grosse production huilée simulée mais des arrangements simples, bruts et spontanés, il est émouvant dans le fond parce qu'il rayonne de lyrisme et d'énergie.
All Those Freaks est signé en avril 2019, faisant suite à un premier LP de 2018 appelé Roves et une cassette audio de 2012 Down By The Parade . Pour officialiser cette fraiche sortie de disque, le groupe met l'eau à la bouche en mars en offrant le single Who’s Sleeping On The Throne. Ce choix de titre parmi les 12 morceaux n'est pas un hasard. Le brillant quartet est conduit par l'auteur-compositeur James Wing accompagné de son frère Tom Wing, de Luke Evans et Brendan Monahan.



Speaking for Jerry ouvre l'album avec un chant puissant de ménestrel psychédélique dans le sillage de Paul McCartney, sur des cordes scintillantes, juste assez tendues pour donner l'espoir qu'elles vont être lâchées sans tarder. Cela arrive aussitôt  sur Everybody's high, le rythme est donné. La mélodie galbée sixties accroche et fait danser. Les princes continuent avec King of Comedy qui narre une carrière ratée et le regret. James propose une interprétation écorchée, presque punk sur une mélodie mélancolique acoustique avant de relancer la machine pop qui groove ardemment sur Hey Little Man. La guitare électrique taquine joyeusement et à la perfection sur la batterie qui dégaine du tempérament. I'm So Happy poursuit dans le genre narratif. James, épaulé à l'écriture par Rhys Kempley, délivre des mots avec un charme incroyable old-school et vintage. L'enregistrement brut, rock alternatif, touche davantage l'épiderme par son intention authentique comme sur le fabuleux quasi autobiographique Jimmy Ashcloud dont l'écho au titre d'album est réussi. Les lignes de guitares alliées à la basse-batterie repartent en trombe sur Once A Prefect où les fantômes des Kinks, des Turtles et du bien vivant Jonathan Richman nous grignotent les oreilles. Now That You're Not Around, élégamment sixties, libère les hanches dans un gigotement fébrile, donne envie d'opiner la tête sur une allure névralgique avec les pieds déjà en lévitation. Essayez ce cocktail de mouvements en simultané et on en reparle.



La balade I Can't See Your Face Anymore avec ses harmonies soyeuses acoustiques, ses voix en chorale rappelle fortement les mélopées somptueuses des années soixante sans pour autant que cet effet soit recherché ou travaillé. Les notes jouées à la façon du siècle passé sont si subites et innées qu'elles portent à se demander si James Wing n'est pas le reflet lointain d'un autre monde, d'un autre temps. There Goes Your Baby est derechef entrainant, riche et mélodieux, impressionnant. Le titre rock'n'roll est si simple et impérissable à la façon de 'help' ou de 'Love me do' qu'il en devient immense. L'album atypique en guise d'immersion dans feu l'univers Parlophone conclut avec le somptueux Who's Sleeping On The Throne. Son profil psyché, délicatement introspectif fait mouche. L'éminente interprétation de James se conjugue au trois autres grands musiciens Tom, Luke et Brendan. Aucune anicroche n'apparait à l'horizon, le disque est homogène et solide. Délibérément décalés des lois d'enregistrement et mixage à la mode, The Roves mettent un coup de pied météorite dans l'industrie qui pourrait bien ramener les musicos sur le plancher des vaches. La prétention n'est pas au menu avec eux, mais la conviction, oui. Du haut de leurs arrangements humbles et inspirés, ils opèrent une estocade des plus efficaces parce qu'elle est assumée. All Those Freaks est sublimement magnétique et The Roves, classé dans le panthéon de Piggledy Pop.

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