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samedi 28 septembre 2019

Françoise

Je suis une fan absolue du goupe Françoise, conduit par Jacinthe Riopel, interprète de Montréal qui met son charisme au service de l'écriture des paroles, leur donnant vie sur les partitions ensoleillées. Toute la french pop sixties resplendit dans son répertoire. A chacune de ses signatures, je suis sous le charme et je l'écris en 2017 et en 2018.
" Les airs garage rock et pop sixties de Françoise rappellent Les Calamités ou encore 5 Gentlemen comme sur Danse avec moi où 'la robe à pois' fait surfer 'la veste à pois' dans une divine atmosphère aux effluves de Golf Drouot. L'écrin chic et sucré Amour d'été se termine inévitablement sur un délicieux Rose bonbon aux arrangements arrosés de pop sixties avec une basse splendide qui fait des embardées façon Sucette d'Annie de Gainsbourg. Françoise offre un album au parfum vintage yéyé, juke-box, radio-crochet pas évaporé du tout."
FrançoisePiggledyPop2017



"Du premier baiser est le nouvel EP de Françoise comprenant six chansons stylées et parfumées aux sixties qui fleurira le 20 avril prochain. Le bijou yéyé de Montréal est derechef concocté par Jacinthe et Marc-André aux commandes avec à bord les musiciens de Le Couleur. Jacinthe et Marc-André décrivent leur univers comme 'pop, français, ensoleillé, rétro, drôle et sucré' et aiment écouter Françoise Hardy, Gainsbourg, France Gall, Beatles, Kinks, Zombies."
FrançoisePiggledyPop2018

Cet été 2019, Jacinthe parée de son rose à lèvres, sa robe chasuble en tweed, ses bottes cuissardes blanches, son carré Courrèges sur les épaules, revient souffler des airs d'antan revus et corrigés avec brio. Françoise signe Fleur de Soleil contenant quatre titres magiques écrits et composés par Jacinthe, son mari et immense musicien Marc-André Beaudoin qui assure les guitares, la basse, les rythmiques, clavier et voix. Ils sont accompagnés par Steeven Chouinard à la batterie et Patrick Gosselin à la guitare sur Donne moi ta bouche. Le titre roucoule dynamique et garni d'arrangements pop-garage très dansants où les deux voix de Jacinthe et de Marc-André se répondent et se sourient dans les tonalités.



L'amour courtois et galant gagne en allure mods sur la reprise excellente Ces bottes sont faites pour marcher, musique de Lee Hazelwood, chantée à l'origine par Nancy Sinatra. La pépite qui ouvre le disque est un hymne pour les amoureux de la pop sixties. Françoise capte le titre avec beaucoup de grâce et d'énergie. Suit le somptueux Tu es impossible avec ses riffs chauffés à blanc, ses guitares vaillantes, à la façon garage rock des Count Five. Il déroule une mélodie follement accrocheuse avec son clavier psyché qui accoste le chant formidable de Jacinthe. Le disque a déjà du panache et de l'entrain quand débarque Harley Davidson, de Serge Gainsbourg, interprétée à sa genèse par Brigitte Bardot et honorée ici par Françoise avec goût, inspiration et un talent infini. Fleur de soleil est un bonbon, un glorieux bijou pop où Françoise brille de style en réadaptant des standards et nous comble de nouveautés : Au panthéon Piggledy Pop avec les autres dieux butineurs de pop psychédélique.
Françoise

vendredi 27 septembre 2019

The Roves

The Roves sont 'quatre garçons dans le vent' qui ont dans leur style musical un petit quelque chose des Beatles. Originaires du nord de Londres, les musiciens viennent de signer un album qui à mes oreilles est un bijou. Surprenant dans la forme, car il n'y a pas de grosse production huilée simulée mais des arrangements simples, bruts et spontanés, il est émouvant dans le fond parce qu'il rayonne de lyrisme et d'énergie.
All Those Freaks est signé en avril 2019, faisant suite à un premier LP de 2018 appelé Roves et une cassette audio de 2012 Down By The Parade . Pour officialiser cette fraiche sortie de disque, le groupe met l'eau à la bouche en mars en offrant le single Who’s Sleeping On The Throne. Ce choix de titre parmi les 12 morceaux n'est pas un hasard. Le brillant quartet est conduit par l'auteur-compositeur James Wing accompagné de son frère Tom Wing, de Luke Evans et Brendan Monahan.



Speaking for Jerry ouvre l'album avec un chant puissant de ménestrel psychédélique dans le sillage de Paul McCartney, sur des cordes scintillantes, juste assez tendues pour donner l'espoir qu'elles vont être lâchées sans tarder. Cela arrive aussitôt  sur Everybody's high, le rythme est donné. La mélodie galbée sixties accroche et fait danser. Les princes continuent avec King of Comedy qui narre une carrière ratée et le regret. James propose une interprétation écorchée, presque punk sur une mélodie mélancolique acoustique avant de relancer la machine pop qui groove ardemment sur Hey Little Man. La guitare électrique taquine joyeusement et à la perfection sur la batterie qui dégaine du tempérament. I'm So Happy poursuit dans le genre narratif. James, épaulé à l'écriture par Rhys Kempley, délivre des mots avec un charme incroyable old-school et vintage. L'enregistrement brut, rock alternatif, touche davantage l'épiderme par son intention authentique comme sur le fabuleux quasi autobiographique Jimmy Ashcloud dont l'écho au titre d'album est réussi. Les lignes de guitares alliées à la basse-batterie repartent en trombe sur Once A Prefect où les fantômes des Kinks, des Turtles et du bien vivant Jonathan Richman nous grignotent les oreilles. Now That You're Not Around, élégamment sixties, libère les hanches dans un gigotement fébrile, donne envie d'opiner la tête sur une allure névralgique avec les pieds déjà en lévitation. Essayez ce cocktail de mouvements en simultané et on en reparle.



La balade I Can't See Your Face Anymore avec ses harmonies soyeuses acoustiques, ses voix en chorale rappelle fortement les mélopées somptueuses des années soixante sans pour autant que cet effet soit recherché ou travaillé. Les notes jouées à la façon du siècle passé sont si subites et innées qu'elles portent à se demander si James Wing n'est pas le reflet lointain d'un autre monde, d'un autre temps. There Goes Your Baby est derechef entrainant, riche et mélodieux, impressionnant. Le titre rock'n'roll est si simple et impérissable à la façon de 'help' ou de 'Love me do' qu'il en devient immense. L'album atypique en guise d'immersion dans feu l'univers Parlophone conclut avec le somptueux Who's Sleeping On The Throne. Son profil psyché, délicatement introspectif fait mouche. L'éminente interprétation de James se conjugue au trois autres grands musiciens Tom, Luke et Brendan. Aucune anicroche n'apparait à l'horizon, le disque est homogène et solide. Délibérément décalés des lois d'enregistrement et mixage à la mode, The Roves mettent un coup de pied météorite dans l'industrie qui pourrait bien ramener les musicos sur le plancher des vaches. La prétention n'est pas au menu avec eux, mais la conviction, oui. Du haut de leurs arrangements humbles et inspirés, ils opèrent une estocade des plus efficaces parce qu'elle est assumée. All Those Freaks est sublimement magnétique et The Roves, classé dans le panthéon de Piggledy Pop.

TheRoves





mardi 24 septembre 2019

Popboomerang

Thomas Cook n'a rien à voir avec le capitaine James Cook de la Royal Navy qui n'a pas de descendants. Pourtant les deux ont en commun qu'ils ont pris le coup de bâton. L'un le prend cette semaine, l'autre se prend des triques volantes dans la tête en 1770 quand il prend possession, conquérant, de l'Australie au nom de l'Angleterre. Les aborigènes, pas d'accord du tout, le visent avec des instruments en bois courbés ressemblant à des épées en bois. C'est la naissance du boomerang.



Aujourd'hui à Melbourne existe un boomerang célèbre et passionnant, le label Popboomerang tenu par Scott Thurling depuis 2000. Voilà presque vingt ans que Scott se dévoue corps et âme à la musique indépendante pop et fait découvrir au monde entier des groupes fabuleux : The Steinbecks, The Killjoys, Summer Cats, Adrian Whitehead, Tim Reid, Charles Jenkins, The Bon Scotts etc. Prolifique, sans cesse affamé de nouveautés et généreux, en énergie, en temps, il se voue à leur promotion. Scott est un fan et un soldat pop. Pour marquer les dix ans du label et célébrer de manière festive ce long et enflammé labeur, Popboomerang offre ce 6 septembre 2019 un disque compilation de 40 titres. Tous les groupes avec qui Scott travaille depuis 20 ans sont regroupés sur cette pièce extraordinaire.



Je ne peux pas chroniquer en détail et revenir sur chacune des 40 chansons mais je vous conseille d'acquérir l'objet qui contient toute la splendeur pop de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande. L'artiste présent sur la compilation Danny McDonald décrit Scott : 'he’d managed to accumulate such an encyclopaedic knowledge and library of the genre at a pretty young age was and still is a bit of a mystery'. Ce fan absolu collectionne et chérit la musique pop actuelle à celle des années 80 à 2000. Cet éventail merveilleux et bien garni se retrouve sur la compilation Shake Yer Popboomerang Volume 3.



C'est un florilège de mélodies, de thèmes, d'artistes, d'instruments, un réel feu d'artifice pop. Le genre musical a le vent en poupe côté australien depuis les années 2000 et de façon retentissante, les wallabies battent le pavé et le tempo indie, raflant les succès et la vedette aux Etats-Unis et à l'Europe. Ces splendides pépites pop, impossible à départager, habillent la compilation complète d'individualités éclatantes de talent. Les titres nous emmènent en voiture, en bateau, en vespa mods, dans le soleil, le vent, sous la pluie ou à l'abri d'une salle de concert underground, pour ensuite faire un tour de Merry-Go-Round, se balader sur la plage, chez le fleuriste ou simplement danser pour cicatriser une peine de coeur. Les chansons toutes séduisantes tourbillonnent de rythmes et de voix, enchainent les ambiances si variées et colorées que je tire mon chapeau au grand maestro Scott Thurling pour son oeuvre magistrale et conséquente, sa victoire planétaire. Happy birthday Popboomerang et en avant pour une nouvelle décennie!

Popboomerang



dimanche 22 septembre 2019

Heula

 
'Heula, la marque normande qui cause des normands'.



C'est quoi un normand? 

Le normand est l'habitant de la Normandie qui parle le normand. Juqu'ichin cha simple. L'normaund l'est aussi. Elle est belle et riche cette langue, celle de nos aieux, de nos ancêtres et décerne une fierté certaine. L'ADN normand est beau aussi. Certains que l'identité régionale dérange prétendent que le normand (la langue) est un mélange de franc, de gaulois, romain, saxon, breton et d'anglais.

C'est tout?


  • A ceux-là, j'ai tendance à répondre : Heula! Ta goule ! j'vais t'catouiller d'un coud’trique sur ta caboche ! Les Normands viennent des vikings, conquérants, solides et puissants en guise d'armoires à glace (pas normande), ils ont une originalité, un caractère (trempé) et du génie (humble). 



Je vous invite à lire Éloge des Normands écrit en 1731 par l’abbé François de Rivière qui rappelle des faits : "Parmi tous les habitants de la terre, je n’en ai presque point trouvé qui méritassent plus de louanges que les Normands" ou l'écrivain du XVII siècle, Gabriel Du Moulin, qui note que le normand a "un esprit subtil et doué de prudence ".



 

Barbey d'Aurevilly en parle galamment dans "Une vieille maîtresse". "Vous verrez que je n'y parlerai pas normand du bout des lèvres, mais hardiment, sans bégaiement, comme un homme qui n'a pas désappris la langue du terroir dans les salons de Paris et qui parle, comme un descendant des pêcheurs, pirates "d'azur à deux barbets adossés et écaillés d'argent". J'ai déjà dit deux mots de ma vieille Normandie. La côte de la Manche est peinte à grands traits dans le second volume de Vellini, et les poissonniers y parlent comme des poissonniers véritables. Est-ce que Shakespeare, s'il avait été normand tout entier au lieu de l'être à moitié, aurait eu peur de notre patois ?..
Vous verrez quelle langue c'est, et quel patois !"




Les supporters du Stade Malherbe de Caen dans le Calvados s'époumonent à chanter le normand lors de matchs :
"Notre identité vient de Scandinavie
La force et le courage formèrent la Normandie
Rien ne pourra nous arrêter avec Thor à nos cotés
Nous sommes Normands, fiers et conquérants"



Il y a deux choses primordiales à savoir au sujet du normand. Premièrement, il aime ses 'pecnots', les respecte beaucoup, parce qu'il sait que les fermiers de ses hautes terres sont cultivés et érudits, véritables vecteurs des moeurs et des traditions. Deuxièmement, il a de l'humour. 

Oil! Le normand, protège son Mont-Saint-Michel, n'aime pas le beurre salé, abuse du trou normand, le nom de sa ville finit par 'ville', a peur de trouver une bombe quand il creuse dans son jardin, toise de loin le breton, dit 'à tantôt!, avoue n'avoir dans sa région que des vaches et des alcooliques, boit l'calva 'cul sec', tue ses chaussures 10 fois dans l'année à cause de la boue mais il aime la pluie et dit 'heula! Ouvre ton pépin!'.


Ce brin d'humour est vivace dans les traits de la marque Heula! Devenue l'emblème de la région, elle est déposée en 2006 par le caennais Jean-François Toudic, d'origine bretonne, devenu normand de coeur et d'âme, qui s'associe à son ami le brillant dessinateur Sylvain Guichard-Bichicchi.

L'aventure Heula prend un envol incroyable, séduisant les normands et franchissant les frontières de la Normandie. Heula se développe à la vitesse du vent. Tandis qu'elle connait un grand succès, le couperet tombe l'an dernier. Jean-François Toudic, 49 ans, meurt en Savoie avec un copain, emportés par une avalanche en mars 2018. Ses proches, ses quatre enfants, l'ensemble des fans de Heula sont choqués. Les orphelins de la fameuse petite crevette rose qui est la signature de l'inventeur dynamique, plein d'un humour décalé et brillant, sont nombreux.

Bichicchi continue Heula pour son ami, pour la famille et toute la sympathique équipe qui y travaille. La richesse du patrimoine normand mérite que cette entreprise et les dessins Heula soient toujours aussi vivants et croustillants. Quand le breton arrive en Normandie, l'accent le fait rire et il ne tarde pas à être inspiré de moquerie, mélangée à un tendre attachement pour la région et ses indigènes. La marque refait le portrait du normand avec tant d'humour et de justesse que le peuple du nord s'y reconnait et avec auto-dérision mêlée à une dose de pragmatisme, consomme Heula avidement.




Aujourd'hui, chaque foyer de Normandie compte soit un bol, un tee-shirt, un magnet sur le frigidaire, une carte postale coincée dans un livre, un porte-clé ou encore une boite de caramels ou de sablés (au beurre). Nos voisins et cousins bretons veulent notre beurre, notre Mont-Saint-Michel et nos sablés ! Dans le fond, nous les aimons bien et leur serons éternellement reconnaissants de nous offrir Heula.
Heula









samedi 21 septembre 2019

Sans Chateaux

J'écris sur Sans Chateaux en novembre 2015 : "Sans Châteaux est le projet magnifique d'Austin Patrick Moore, un artiste irlandais qui me confie aujourd'hui son sublime single A wilting lilt, A Comma Hangs dont c'est la sortie officielle ce jour, jeudi 19 novembre. (...) L'Ep est fleuri de notes chatoyantes, d'un chant aussi coloré que les façades des maisons de Cork, de mélodies solides comme des forteresses, de rythmes aussi envoûtants que le whiskey, d'une orchestration aussi romantique que les collines recouvertes de rhododendrons, de troncs recouverts de mousse et de bruyère. Sans Châteaux nous offre un A wilting lilt, A Comma Hangs au jeu de guitare magique, au violoncelle élancé et libre... J'ai l'honneur et la chance d'avoir l'album Aspendale entre les mains avant sa parution et ce sera, croyez-moi, avec ce talent éblouissant dans le sillage de Sufjan Stevens et de Magnetic Fields, un des meilleurs disques de l'année 2016. "
SansChateauxPiggledyPop2015



Ce 13 septembre 2019 est paru le nouvel album de Sans Chateaux Ephemeral Heights. Quand ce disque est arrivé entre mes mains puis très vite dans mes oreilles, j'ai été littéralement transportée. Le disque est un festival de cordes, un feu d'artifice de mélodies, un rayon de soleil littéraire. Au delà de la poésie partie intégrante de l'univers d'Austin, le ménéstrel est aussi un voyageur au long-cours. Le maestro multi-instrumentiste est polyglotte, globe-trotter, enseignant. Il a peaufiné une 'international development' à Science-pop en France avant de partir enseigner un an au Cambodge, avec des pauses dans son fief irlandais. Le musicien compose et écrit où qu'il se trouve, rempli de l'air qu'il respire, nourri des gens qu'il rencontre et qu'il nous présente via ses métaphores somptueuses. Comme tout bon navigateur de contrées lointaines, il se repère le nez en l'air, grâce aux étoiles. Les constellations le ramènent toujours à bon port et Ephemeral Heights est son carnet de bord. Les instrumentations lumineuses comptent des arpèges élégantes de guitares, violoncelle et violon, piano et cuivres, portées d'une âme médiévale, classique et traditionnelle. La notion de retour aux sources se retrouve toujours dans les compositions de Sans Chateaux qui, plus il voyage, plus il ancre ses racines.



Rewards Now and Hereafter ouvre le disque en prenant de la hauteur sur les notes de cordes pincées, charnelles. Son chant avec une apesanteur exquise voltige sur les touches panaché du piano. La lumière intense des mots s'allie à une description du quotidien comme le repassage d'un tee-shirt ou plus loin, l'ouverture d'une boite de conserve avec une cuillère. L'eau, la plage, le vent sur les toits, dessinent le temps qui passe et l'éloignement géographique comme sur Weak Joy et Messengers. La rythmique est donnée par le frottement des ballets sur les caisses et les voix chorales créent un mouvement, une ascension. L'artiste est en osmose avec les éléments de la nature. L'intensité mélodique poursuit avec la voix magnifique d'Austin sur Ode to Early Moments où l'intimité devient précieuse tant les archets dansent entre les mains expertes et tant l'essence dans les harmonies inonde l'écoute. Rereading est mené langoureusement par la guitare et la batterie de manière excellente. Tout l'art de la composition est maitrisé par Austin qui ne délaisse aucun détail sonore pour sculpter des morceaux d'orfèvre et nous hypnotiser. Le fabuleux Ludwig Leichhardt in Fairfield là aussi fourmille de notes au pouvoir expressif et on vogue sur la mélodie sphérique, douce et rebondie.



L'écriture se marie à l'oeil de l'auteur aimanté par les couleurs du paysages pour se métamorphoser en mélodie envoûtante.  Ephemeral Heights invite à la rêverie sur les hautes cordes de la guitare accompagnées du chant patient et satiné. Les violoncelles de House of Karl nous convient à partager les états d'âme de l'artiste exilé présentés et joués avec altesse comme sur Series of Short Lives où la guitare se fait corpulente et généreuse. Le tempo alternatif bombé est donné par le talentueux Dan Walsh. Austin qui brille à la guitare, au piano et au chant est entouré aussi d'Annie Blake à la basse et contrebasse et de Bríd Dwyer au violon, tous époustouflants sur le dernier Above a Shoe Store Furled the Sails. La chanson qui boucle ce diamant est à l'image du talent infini d'Austin Moore . Ses qualités extraordinaires de musicien sont saupoudrées d'un don pour l'écriture intelligente, montrant un Sans Chateaux accompli dans son art. Même si j'ai la chance de connaitre le sens de l'humour et la vivacité d'esprit attachante d'Austin, je reste toujours objective quand j'entends des trésors astraux pleins de magnétisme. Les textes décrivant le réel sur des musiques d'une beauté irréelle méritent une attention particulière et font qu'Ephemeral Heights, attendu ardemment depuis deux ans, est classé meilleur album 2019 sur Piggledy Pop .
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jeudi 12 septembre 2019

Sylvain Tesson : Notre-Dame de Paris, Ô Reine de Douleur

15 avril 2019, jamais dans l'histoire de la chrétienté la Semaine Sainte n'aura été autant douloureusement touchée. La cathédrale Notre-Dame de Paris est en feu. Le monde entier a froid.

La France chrétienne subit des attaques depuis plusieurs années et de façon crescendo, les églises sont vandalisées depuis le début de l'année 2019. Un tourbillon de profanations a lieu partout dans le pays et dans le monde. C'est un acharnement : assassinats de prêtres, agressions, enlèvement d'ecclésiastiques, attentats, vols, vandalisme, incendies. L'église Saint-Sulpice de Paris brûle le 18 mars 2019 avant le drame de Notre-Dame. Ce déferlement de haine en devient choquant, excessivement violent et le silence médiatique qui entoure ces exactions l'est aussi. Il y une suite grave et une augmentation de meurtres, d'attaques d'humains et de monuments. Pourquoi le taire et se rendre complice de ces atrocités?



Au 15 avril 2019, des milliers de chrétiens dans le monde sont persécutés, exécutés, des milliers d'églises subissent pillages, incendies criminels et actes de vandalisme. Et après? Cela continue...le dimanche de Pâques, au Sri Lanka, trois églises et hôtels attaqués lors de huit attaques d'islamistes, 258 morts dont 45 enfants. La liste s'alourdit quand le dimanche 29 avril 2019 au Burkina Faso, un attentat islamiste dans une église fait cinq morts, puis encore au même endroit, le 12 mai 2019, une vingtaine de terroristes tirent sur les fidèles pendant la messe, six morts dont un prêtre. La liste s'allonge, s'accentue et la christianophobie déferle dangereusement.
Christianophobie

Valeurs Actuelles, lance une alerte le 12 novembre 2018,  avec son article "Montée de la christianophobie" : "En effet, n’en déplaise à certains, les exactions perpétrées à l’encontre des chrétiens sont aussi graves que celles perpétrées à l’encontre des juifs ou encore des musulmans. Les Français, quelles que soient leurs croyances, ont en effet le droit de savoir que toutes les semaines, sur notre territoire, des édifices chrétiens subissent des pillages, des incendies criminels ou des actes de vandalisme et qu’un bon nombre de chrétiens se font, du fait de leur religion, régulièrement injuriés et maltraités."
ValeursActuelles

Comme l'écrit Pascal 'le propre de la puissance, c'est de protéger'. La France ne protège plus ses enfants catholiques, la France ne protège plus son patrimoine, la France ne protège plus sa culture, sa sève, la France ne protège plus son Histoire. La France n'a aucun pouvoir donc plus de chef.



Sylvain Tesson, écrivain, explorateur français né le 26 avril 1972 à Paris, signe ce mois de mai 2019 Notre-Dame de Paris, Ô Reine de Douleur. Parce qu'elle est là, près de lui, elle vibre sur les quais, dans son oeil, à portée de main. Elle lui a envoyé des messages, elle l'a sauvé d'un mauvais pas. Il a depuis, un lien viscéral avec 'elle'. Le livre est un hommage et une ode à la cathédrale catholique du XIIème siècle, plus grand édifice au monde alors, et à son parvis où se trouve la plaque de bronze avec, en son centre, une rose des vents, point zéro d'où partent toutes les routes de France, le centre névralgique du pays, son coeur. Le rapport de Tesson à Notre-Dame est quotidien, épidermique. Il vit à côté, la touche, l'agrippe le soir venu dans ses escapades ascensionnelles. L'ouvrage se décline en trois parties, de 1990 à 2000 quand le jeune écrivain escalade ses parois, en Août 2015 quand il chute d'un toit et miracle, encore vivant mais très abimé, physiquement, moralement, se raccroche à la vie en se soignant auprès de ses tours, puis 2019, son émoi, son effroi.



Pendant ses jeunes années, il la monte, la côtoie intimement, découvre ses lignes, ses pleins et ses vides. Il accède par ses flancs dans le secret des nuits blanches et de ses tours, à son sommet. Il y passe des nuits à attendre le lever du soleil et ses premiers jets de lumière sur Paris. D'un défi physique, plein de l'inconscience juvénile, Tesson s'éprend du monument religieux. Le lien physique devient spirituel, il est touché chaque nuit, pénétré par la grâce de la splendide cathédrale qui se dévoile à lui, centimètre par centimètre. Elle lui offre ses courbes, ses pierres humides parfumées des siècles passés où il passe des heures, assis, attendant le matin en y lisant Péguy. "Nous grimpions parce que c'était beau." Inlassablement, pendant des années, Sylvain Tesson a gravi à mains nues ses tours, longé ses corniches, humé sa 'forêt' (nom de la charpente en chêne), empoigné sa flèche "geyser de sève minérale" sur laquelle il éprouvait à la force du vent la tension architectonique. Jamais, il n'a dégradé, abîmé, manqué de respect à sa belle. Au contraire. "Alors venaient les questions sur les royaumes que nous visitions", parce que les cathédrales qui recouvraient l'Europe dès la maitrise de la technique gothique "n'avaient pas été destinées au regard des hommes mais sculptées par un compagnon pour la beauté du geste ou par amour de Dieu".

L'auteur aime Péguy, les fidèles lecteurs de Tesson dont je fais partie, le savent. Il aime Bernanos, Barbey d'Aurevilly aussi et cela s'entend, chante, le long du récit qui nous mène en 2015.



Du toit de Notre-Dame de Paris et d'autres hauteurs nationales, le prince de l'équilibre chute. Août 2014, Sylvain Tesson frôle la mort et c'est au sol, complétement cabossé, qu'il retourne sur le parvis de sa belle pour puiser dans sa grâce, pour remonter la pente. Sa longue rééducation se passera dans ses murs, en son sein, sous son oeil protecteur. L'auteur refusant les salles de sport pour sa recouvrance et préfère à la kinésithérapie se prendre en main lui-même en attaquant chaque jour, chaque marche des tours de la cathédrale. Le travail est ardu, lent et soutenu. Le courageux écrivain quarantenaire s'aide d'une force séculaire mystérieuse qui l'envahit. "Il m'a fallu un accident pour prendre soin de ce dont je disposais par-devers moi". Tesson revient à sa belle, la considère et au travers de cette fréquentation quotidienne, recouvre son souffle, ses muscles, reconstruit sa machine. Son coeur se remet à battre à l'unisson des 450 marches de la tour sud, et pendant des mois, Tesson redresse son corps en même temps qu'il retrouve ce lien viscéral tissé avec 'elle'. "Je le montais vers le ciel pour le fortifier". "Mon rendez-vous avec les tours de Notre-Dame était le signe que la journée se passerait bien".


De ces caresses lentes, ces essoufflements, Tesson touche la pierre et s'enivre dans l'effort de la solidité des pierres du XIIème siècle. Après la chambre d'hôpital où il est alité pendant des mois, branché, il revit en pleine lumière, redécouvre les couleurs du ciel et les profils de la capitale, jonchés d'innombrables flèches d'églises. "Les flèches de la France chrétienne, elles étaient encore debout". Il est libre au chevet de Notre-Dame, il aime le tintement des cloches, leurs averses de métal, comme les statues de l'édifice, ravagées, mutilées pendant la Révolution. Lors d'une conférence sur le Moyen-Age, Michel Zink dit "les statues ont été vandalisées par des hommes qui faisaient ce que les islamistes de daech font aujourd'hui."



15 avril 2019. Elle est en feu. Elle s'effondre!
Sylvain Tesson adresse son dernier poignant témoignage dans le chapitre Ô Reine de Douleur. Sa compagne, son amie, est touchée. Notre-Dame est notre point d'ancrage à tous, catholiques ou non, notre source de lumière et de chaleur. Elle est salvatrice pour l'écrivain et pour nous tous. Symbole de notre civilisation, le bilan dressé par Sylvain Tesson nous concerne et j'espère que Notre-Dame de Paris, Ô Reine de Douleur sera traduit dans multiples langues. L'effroi nous saisit ce 15 avril 2019. Le vaisseau de pierre transformé en brasier géant, son écrin saccagé par les flammes et sa flèche... "Nous nous demandions ce qu'un parisien du XIIIème siècle pensait de ce vaisseau de pierre surnageant plus haut que tout autre édifice. Sans doute devait-il trouver le monument accordé à son époque. La nôtre jamais n'élèvera un monument pour l'âme. Tout juste peut-elle convoquer ses techniciens pour s'occuper des décombres". "La laïcité, elle, est plus triste. Elle refuse toute autre chose qu'elle-même."


Notre-Dame de Paris recueille Sylvain Tesson depuis trente années, dans ses boyaux, dans son coeur, le délivre de ses souffrances, le guerit jour après jour jusqu'à ce lundi soir d'avril 2019 où il souffre, viscéralement. "Et si l'effondrement de la flèche était la suite logique de ce que nous faisons subir à l'Histoire?" Notre Reine est toujours là, la vierge Marie veille sur les catholiques, les chrétiens et le reste du monde. Le fruit de la vente de Notre-Dame de Paris, Ô Reine de Douleur est entièrement reversé à la Fondation du Patrimoine. Achetez le et soyons vigilants à notre tour, regardons, veillons sur les trésors que l'histoire nous a légués, notre Bien-Commun.

Sylvain Tesson, Notre-Dame de Paris Ô Reine de Douleur. Editions Equateurs. 7 euros.
(Imprimé avec le soutien de l'Imprimerie Floch à Mayenne.)

mercredi 11 septembre 2019

Alex Cornish

Alex Cornish est un artiste originaire du Dunbar en Ecosse. L'auteur-compositeur qui vit à Edimbourg allie avec grâce son inspiration, ses qualités techniques et musicales avec son pedigree écossais, fort et intrépide. Il apparait en 2008 signant l'opus Until the Traffic Stops qui d'emblée se fait remarquer par son répertoire harmonieux et lyrique. Pour une première escapade, il nous emmène dans des contrées aux contours symphoniques, imposant son style charmant et efficace. Il assure des instrumentations lui-même pour la guitare, le piano, la basse, le violon et l'orgue et arrange le tout d'un orchestre à cordes et de cor, trombone et trompette. Ses chansons s'y prêtent à merveille, aucune prétention ne sort de son écriture mais bel et bien une poésie et une passion pour la composition. L'artiste en bonus offre un chant somptueux qui sur des titres comme The Kings of Heart, Until The Traffic Stops ou encore Scotland The Brave, donnent des frissons.



Après une tournée fleurie pendant l'année 2009 et une renommée grandissante, nombre de diffusions sur les ondes, l'écossais se retire dans les Highlands pour peaufiner son deuxième album Call Back qui parait en 2010. Là aussi, le musicien brille par l'esthétisme apporté aux chansons, ornées d'instrumentations magnifiques, où il glisse au passage un hommage touchant sur Like John Lennon Said. Son aventure se poursuit avec des sessions live à la demande de télévisions et de radios, pendant lesquelles notamment il reprend de manière émouvante le Brothers in Arms de Dire Straits, avant de travailler à son troisième disque No Shore qui sort en 2011. L'artiste part derechef sur les routes pour partager les tournées de Starsailor, Tom McRae, Kathryn Williams qu'il accompagne au piano. Son parcours passe par le Royal Albert Hall à Londres et un enregistrement live sur BBC2 avec Idlewild, avant d'offrir son quatrième volet en 2015 Beyond the Serenade.



L'ambiance de Beyond the Serenade dépasse en effet l'idée de berceuse ou de sérénade avec comme thème permanent la renaissance, l'éveil et l'espoir de l'aube. Le disque m'évoque le Crépuscule du matin de Charles Baudelaire. Cette notion de l'aurore grelottante, du réveil vaporeux évoquée dans le poème qui me vient à l'esprit, est une jolie ritournelle dans les paroles de I'll never Learn, Downstream, How I'm Meant to Be et Footnote on the Page qui ouvre l'écoute. Plein de couleurs, de personnages, les textes nous content des histoires et nous invitent à laisser aller notre imagination. Le mouvement dans les mots, les instruments, galope et mène le tempo. Les ensembles de cordes voltigent au-dessus des toits ou dans les arbres, comme sur The Pine and the Birch, armé de sa batterie et de ses cuivres. Le piano accompagné de l'accordéon propose une mélodie scintillante sur Again and again, où la pluie sur le clocher de l'église qui sonne en devient lumineuse, réfléchissant un retour aux sources. Le souffle amoureux s'immisce aussi entre les lignes romantiques de Give me Time, rock, panaché et électrisé de sentiments avant le grandiose Nothing in Return et sa basse majestueuse. Le chant magique d'Alex Cornish griffe un disque d'une perfection exquise tant sur les mélodies, les mots, l'interprétation et la présence de musiciens talentueux à ses côtés comme Luke Bullen, Angus Lyons, Neill MacColl et Bevis Hungate. Orchestrale, flamboyante et immaculée, la pop d'Alex Cornish transporte et représente la quantité de travail de l'auteur, les heures dédiées à la création du coffret mélodique de douze titres admirables et d'une identité fort élégante.
AlexCornish





dimanche 8 septembre 2019

Thalasso


Quand deux étoiles se percutent, extraordinairement différentes, il se crée soit un choc soit une fusion. Houellebecq et Depardieu forment un duo hors normes de par leurs apparences, leurs parcours, leurs personnalités dans le film Thalasso sorti dans les salles ce 21 août 2019. La paire y est grandiose. Avec en commun une sensibilité vivace, un humour certain et une poésie sans fioritures, leurs charismes peuvent déconcerter ou déranger. Ils m'enchantent. Filmé sur la splendide côte normande et la station balnéaire de Cabourg, Thalasso est un bain de jouvence.
Je suis une admiratrice convaincue des deux. Je n'ai pas vu la totalité des films dans lesquels joue Gérard Depardieu. J'ai par contre lu l'ensemble de l'oeuvre de Michel Houellebecq qui est un auteur absolu. J'aime plonger dans son univers fabuleusement poétique ou philosophique et me laisser titiller par sa plume diaboliquement romanesque, d'une drôlerie infinie . Contrairement à certains critiques littéraires, je ne trouve l'auteur ni pessimiste, ni vulgaire. Il est l'inverse à mon avis, plein d'entrain et de classe. Le défaut de ces critiques et je les en plains, c'est leur manière nombriliste de s'identifier aux protagonistes des romans qu'ils lisent.



Thalasso colle comme un soin de boue aux esprits tumultueux et coquins des deux acteurs. Le réalisateur, Guillaume Nicloux, offre une sorte de suite au téléfilm L'Enlèvement de Michel Houellebecq de 2014, celui-ci jouant son propre rôle, a disparu de la circulation tandis qu'il déambule dans son quartier, visite des églises, rencontre une amie, parle musique, décrivant sa vie de juré du Prix 30 millions d'amis. Ses kidnappeurs, joués par Luc Schwarz, Mathieu Nicourt, Maxime Lefrançois déjà présents dans ce premier volet sont de retour dans Thalasso. Le kidnapping, qui se termine bien, est selon la thèse de Houellebecq, orchestré par les services secrets de François Hollande à la suite de la parution de La Carte et le Territoire. Outre l'humour décalé de Guillaume Nicloux qui est aussi romancier et scénariste, il y a dans son domaine artistique une variété de thèmes explorés, féeriques, historiques. Comptons Faut pas rire du bonheur, La Religieuse (adaptation du livre de Diderot), Les Enfants volants, Le Poulpe- pour l’attendrir, faut taper dessus, Le Concile de Pierre et trois films avec Gérard Depardieu après Les Confins du monde, Valley of Love et The End, conte poétique tourné en 2016. Nicloux filme d'une manière singulière, inspirée, ludique et immédiat. Ici les personnalités publiques de l'écrivain et de l'acteur sont mêlées à une belle fibre romanesque, mise en valeur par les excellentes interprétations des protagonistes. Houellebecq, sacré comédien, complète le jeu fantastique de Depardieu.



Thalasso traite de sujets sous-jacents comme la quête de l'identité, la disparition, les étiquettes et de manière philosophique, mettant de côté la présence de Sylvester Stallone qui rôde dans Cabourg, un questionnement surnaturel à propos de Dieu et de la mort. Avec délicatesse et décalage, le comique reste roi. La liberté de ton, qui fait rire aux larmes, est un magnifique bol d'air iodé, passionnant et culte. Les critiques du septième art s'accordent 'Enthousiasmant au sens étymologique de "transport divin"', 'Une comédie déjantée', 'un film virtuose qui, avec du vrai-faux, réussit un jouissif faux-vrai film', 'Cette « Thalasso » fait carrément du bien !', 'L’écrivain vit une cure mouvementée, que Guillaume Nicloux met en scène avec tendresse et espièglerie', 'une raison pour se précipiter dans cette "Thalasso"', 'un film barré, une ode gourmande et malicieuse à l'hédonisme', 'numéro d’anarchie et de trivialité souvent jubilatoire, entre survivalisme éthylique et délicieuses envolées mystiques'. Au cinéma actuellement, et pas sur Netflix, alors allez-y!