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jeudi 12 septembre 2019

Sylvain Tesson : Notre-Dame de Paris, Ô Reine de Douleur

15 avril 2019, jamais dans l'histoire de la chrétienté la Semaine Sainte n'aura été autant douloureusement touchée. La cathédrale Notre-Dame de Paris est en feu. Le monde entier a froid.

La France chrétienne subit des attaques depuis plusieurs années et de façon crescendo, les églises sont vandalisées depuis le début de l'année 2019. Un tourbillon de profanations a lieu partout dans le pays et dans le monde. C'est un acharnement : assassinats de prêtres, agressions, enlèvement d'ecclésiastiques, attentats, vols, vandalisme, incendies. L'église Saint-Sulpice de Paris brûle le 18 mars 2019 avant le drame de Notre-Dame. Ce déferlement de haine en devient choquant, excessivement violent et le silence médiatique qui entoure ces exactions l'est aussi. Il y une suite grave et une augmentation de meurtres, d'attaques d'humains et de monuments. Pourquoi le taire et se rendre complice de ces atrocités?



Au 15 avril 2019, des milliers de chrétiens dans le monde sont persécutés, exécutés, des milliers d'églises subissent pillages, incendies criminels et actes de vandalisme. Et après? Cela continue...le dimanche de Pâques, au Sri Lanka, trois églises et hôtels attaqués lors de huit attaques d'islamistes, 258 morts dont 45 enfants. La liste s'alourdit quand le dimanche 29 avril 2019 au Burkina Faso, un attentat islamiste dans une église fait cinq morts, puis encore au même endroit, le 12 mai 2019, une vingtaine de terroristes tirent sur les fidèles pendant la messe, six morts dont un prêtre. La liste s'allonge, s'accentue et la christianophobie déferle dangereusement.
Christianophobie

Valeurs Actuelles, lance une alerte le 12 novembre 2018,  avec son article "Montée de la christianophobie" : "En effet, n’en déplaise à certains, les exactions perpétrées à l’encontre des chrétiens sont aussi graves que celles perpétrées à l’encontre des juifs ou encore des musulmans. Les Français, quelles que soient leurs croyances, ont en effet le droit de savoir que toutes les semaines, sur notre territoire, des édifices chrétiens subissent des pillages, des incendies criminels ou des actes de vandalisme et qu’un bon nombre de chrétiens se font, du fait de leur religion, régulièrement injuriés et maltraités."
ValeursActuelles

Comme l'écrit Pascal 'le propre de la puissance, c'est de protéger'. La France ne protège plus ses enfants catholiques, la France ne protège plus son patrimoine, la France ne protège plus sa culture, sa sève, la France ne protège plus son Histoire. La France n'a aucun pouvoir donc plus de chef.



Sylvain Tesson, écrivain, explorateur français né le 26 avril 1972 à Paris, signe ce mois de mai 2019 Notre-Dame de Paris, Ô Reine de Douleur. Parce qu'elle est là, près de lui, elle vibre sur les quais, dans son oeil, à portée de main. Elle lui a envoyé des messages, elle l'a sauvé d'un mauvais pas. Il a depuis, un lien viscéral avec 'elle'. Le livre est un hommage et une ode à la cathédrale catholique du XIIème siècle, plus grand édifice au monde alors, et à son parvis où se trouve la plaque de bronze avec, en son centre, une rose des vents, point zéro d'où partent toutes les routes de France, le centre névralgique du pays, son coeur. Le rapport de Tesson à Notre-Dame est quotidien, épidermique. Il vit à côté, la touche, l'agrippe le soir venu dans ses escapades ascensionnelles. L'ouvrage se décline en trois parties, de 1990 à 2000 quand le jeune écrivain escalade ses parois, en Août 2015 quand il chute d'un toit et miracle, encore vivant mais très abimé, physiquement, moralement, se raccroche à la vie en se soignant auprès de ses tours, puis 2019, son émoi, son effroi.



Pendant ses jeunes années, il la monte, la côtoie intimement, découvre ses lignes, ses pleins et ses vides. Il accède par ses flancs dans le secret des nuits blanches et de ses tours, à son sommet. Il y passe des nuits à attendre le lever du soleil et ses premiers jets de lumière sur Paris. D'un défi physique, plein de l'inconscience juvénile, Tesson s'éprend du monument religieux. Le lien physique devient spirituel, il est touché chaque nuit, pénétré par la grâce de la splendide cathédrale qui se dévoile à lui, centimètre par centimètre. Elle lui offre ses courbes, ses pierres humides parfumées des siècles passés où il passe des heures, assis, attendant le matin en y lisant Péguy. "Nous grimpions parce que c'était beau." Inlassablement, pendant des années, Sylvain Tesson a gravi à mains nues ses tours, longé ses corniches, humé sa 'forêt' (nom de la charpente en chêne), empoigné sa flèche "geyser de sève minérale" sur laquelle il éprouvait à la force du vent la tension architectonique. Jamais, il n'a dégradé, abîmé, manqué de respect à sa belle. Au contraire. "Alors venaient les questions sur les royaumes que nous visitions", parce que les cathédrales qui recouvraient l'Europe dès la maitrise de la technique gothique "n'avaient pas été destinées au regard des hommes mais sculptées par un compagnon pour la beauté du geste ou par amour de Dieu".

L'auteur aime Péguy, les fidèles lecteurs de Tesson dont je fais partie, le savent. Il aime Bernanos, Barbey d'Aurevilly aussi et cela s'entend, chante, le long du récit qui nous mène en 2015.



Du toit de Notre-Dame de Paris et d'autres hauteurs nationales, le prince de l'équilibre chute. Août 2014, Sylvain Tesson frôle la mort et c'est au sol, complétement cabossé, qu'il retourne sur le parvis de sa belle pour puiser dans sa grâce, pour remonter la pente. Sa longue rééducation se passera dans ses murs, en son sein, sous son oeil protecteur. L'auteur refusant les salles de sport pour sa recouvrance et préfère à la kinésithérapie se prendre en main lui-même en attaquant chaque jour, chaque marche des tours de la cathédrale. Le travail est ardu, lent et soutenu. Le courageux écrivain quarantenaire s'aide d'une force séculaire mystérieuse qui l'envahit. "Il m'a fallu un accident pour prendre soin de ce dont je disposais par-devers moi". Tesson revient à sa belle, la considère et au travers de cette fréquentation quotidienne, recouvre son souffle, ses muscles, reconstruit sa machine. Son coeur se remet à battre à l'unisson des 450 marches de la tour sud, et pendant des mois, Tesson redresse son corps en même temps qu'il retrouve ce lien viscéral tissé avec 'elle'. "Je le montais vers le ciel pour le fortifier". "Mon rendez-vous avec les tours de Notre-Dame était le signe que la journée se passerait bien".


De ces caresses lentes, ces essoufflements, Tesson touche la pierre et s'enivre dans l'effort de la solidité des pierres du XIIème siècle. Après la chambre d'hôpital où il est alité pendant des mois, branché, il revit en pleine lumière, redécouvre les couleurs du ciel et les profils de la capitale, jonchés d'innombrables flèches d'églises. "Les flèches de la France chrétienne, elles étaient encore debout". Il est libre au chevet de Notre-Dame, il aime le tintement des cloches, leurs averses de métal, comme les statues de l'édifice, ravagées, mutilées pendant la Révolution. Lors d'une conférence sur le Moyen-Age, Michel Zink dit "les statues ont été vandalisées par des hommes qui faisaient ce que les islamistes de daech font aujourd'hui."



15 avril 2019. Elle est en feu. Elle s'effondre!
Sylvain Tesson adresse son dernier poignant témoignage dans le chapitre Ô Reine de Douleur. Sa compagne, son amie, est touchée. Notre-Dame est notre point d'ancrage à tous, catholiques ou non, notre source de lumière et de chaleur. Elle est salvatrice pour l'écrivain et pour nous tous. Symbole de notre civilisation, le bilan dressé par Sylvain Tesson nous concerne et j'espère que Notre-Dame de Paris, Ô Reine de Douleur sera traduit dans multiples langues. L'effroi nous saisit ce 15 avril 2019. Le vaisseau de pierre transformé en brasier géant, son écrin saccagé par les flammes et sa flèche... "Nous nous demandions ce qu'un parisien du XIIIème siècle pensait de ce vaisseau de pierre surnageant plus haut que tout autre édifice. Sans doute devait-il trouver le monument accordé à son époque. La nôtre jamais n'élèvera un monument pour l'âme. Tout juste peut-elle convoquer ses techniciens pour s'occuper des décombres". "La laïcité, elle, est plus triste. Elle refuse toute autre chose qu'elle-même."


Notre-Dame de Paris recueille Sylvain Tesson depuis trente années, dans ses boyaux, dans son coeur, le délivre de ses souffrances, le guerit jour après jour jusqu'à ce lundi soir d'avril 2019 où il souffre, viscéralement. "Et si l'effondrement de la flèche était la suite logique de ce que nous faisons subir à l'Histoire?" Notre Reine est toujours là, la vierge Marie veille sur les catholiques, les chrétiens et le reste du monde. Le fruit de la vente de Notre-Dame de Paris, Ô Reine de Douleur est entièrement reversé à la Fondation du Patrimoine. Achetez le et soyons vigilants à notre tour, regardons, veillons sur les trésors que l'histoire nous a légués, notre Bien-Commun.

Sylvain Tesson, Notre-Dame de Paris Ô Reine de Douleur. Editions Equateurs. 7 euros.
(Imprimé avec le soutien de l'Imprimerie Floch à Mayenne.)

mercredi 11 septembre 2019

Alex Cornish

Alex Cornish est un artiste originaire du Dunbar en Ecosse. L'auteur-compositeur qui vit à Edimbourg allie avec grâce son inspiration, ses qualités techniques et musicales avec son pedigree écossais, fort et intrépide. Il apparait en 2008 signant l'opus Until the Traffic Stops qui d'emblée se fait remarquer par son répertoire harmonieux et lyrique. Pour une première escapade, il nous emmène dans des contrées aux contours symphoniques, imposant son style charmant et efficace. Il assure des instrumentations lui-même pour la guitare, le piano, la basse, le violon et l'orgue et arrange le tout d'un orchestre à cordes et de cor, trombone et trompette. Ses chansons s'y prêtent à merveille, aucune prétention ne sort de son écriture mais bel et bien une poésie et une passion pour la composition. L'artiste en bonus offre un chant somptueux qui sur des titres comme The Kings of Heart, Until The Traffic Stops ou encore Scotland The Brave, donnent des frissons.



Après une tournée fleurie pendant l'année 2009 et une renommée grandissante, nombre de diffusions sur les ondes, l'écossais se retire dans les Highlands pour peaufiner son deuxième album Call Back qui parait en 2010. Là aussi, le musicien brille par l'esthétisme apporté aux chansons, ornées d'instrumentations magnifiques, où il glisse au passage un hommage touchant sur Like John Lennon Said. Son aventure se poursuit avec des sessions live à la demande de télévisions et de radios, pendant lesquelles notamment il reprend de manière émouvante le Brothers in Arms de Dire Straits, avant de travailler à son troisième disque No Shore qui sort en 2011. L'artiste part derechef sur les routes pour partager les tournées de Starsailor, Tom McRae, Kathryn Williams qu'il accompagne au piano. Son parcours passe par le Royal Albert Hall à Londres et un enregistrement live sur BBC2 avec Idlewild, avant d'offrir son quatrième volet en 2015 Beyond the Serenade.



L'ambiance de Beyond the Serenade dépasse en effet l'idée de berceuse ou de sérénade avec comme thème permanent la renaissance, l'éveil et l'espoir de l'aube. Le disque m'évoque le Crépuscule du matin de Charles Baudelaire. Cette notion de l'aurore grelottante, du réveil vaporeux évoquée dans le poème qui me vient à l'esprit, est une jolie ritournelle dans les paroles de I'll never Learn, Downstream, How I'm Meant to Be et Footnote on the Page qui ouvre l'écoute. Plein de couleurs, de personnages, les textes nous content des histoires et nous invitent à laisser aller notre imagination. Le mouvement dans les mots, les instruments, galope et mène le tempo. Les ensembles de cordes voltigent au-dessus des toits ou dans les arbres, comme sur The Pine and the Birch, armé de sa batterie et de ses cuivres. Le piano accompagné de l'accordéon propose une mélodie scintillante sur Again and again, où la pluie sur le clocher de l'église qui sonne en devient lumineuse, réfléchissant un retour aux sources. Le souffle amoureux s'immisce aussi entre les lignes romantiques de Give me Time, rock, panaché et électrisé de sentiments avant le grandiose Nothing in Return et sa basse majestueuse. Le chant magique d'Alex Cornish griffe un disque d'une perfection exquise tant sur les mélodies, les mots, l'interprétation et la présence de musiciens talentueux à ses côtés comme Luke Bullen, Angus Lyons, Neill MacColl et Bevis Hungate. Orchestrale, flamboyante et immaculée, la pop d'Alex Cornish transporte et représente la quantité de travail de l'auteur, les heures dédiées à la création du coffret mélodique de douze titres admirables et d'une identité fort élégante.
AlexCornish





dimanche 8 septembre 2019

Thalasso


Quand deux étoiles se percutent, extraordinairement différentes, il se crée soit un choc soit une fusion. Houellebecq et Depardieu forment un duo hors normes de par leurs apparences, leurs parcours, leurs personnalités dans le film Thalasso sorti dans les salles ce 21 août 2019. La paire y est grandiose. Avec en commun une sensibilité vivace, un humour certain et une poésie sans fioritures, leurs charismes peuvent déconcerter ou déranger. Ils m'enchantent. Filmé sur la splendide côte normande et la station balnéaire de Cabourg, Thalasso est un bain de jouvence.
Je suis une admiratrice convaincue des deux. Je n'ai pas vu la totalité des films dans lesquels joue Gérard Depardieu. J'ai par contre lu l'ensemble de l'oeuvre de Michel Houellebecq qui est un auteur absolu. J'aime plonger dans son univers fabuleusement poétique ou philosophique et me laisser titiller par sa plume diaboliquement romanesque, d'une drôlerie infinie . Contrairement à certains critiques littéraires, je ne trouve l'auteur ni pessimiste, ni vulgaire. Il est l'inverse à mon avis, plein d'entrain et de classe. Le défaut de ces critiques et je les en plains, c'est leur manière nombriliste de s'identifier aux protagonistes des romans qu'ils lisent.



Thalasso colle comme un soin de boue aux esprits tumultueux et coquins des deux acteurs. Le réalisateur, Guillaume Nicloux, offre une sorte de suite au téléfilm L'Enlèvement de Michel Houellebecq de 2014, celui-ci jouant son propre rôle, a disparu de la circulation tandis qu'il déambule dans son quartier, visite des églises, rencontre une amie, parle musique, décrivant sa vie de juré du Prix 30 millions d'amis. Ses kidnappeurs, joués par Luc Schwarz, Mathieu Nicourt, Maxime Lefrançois déjà présents dans ce premier volet sont de retour dans Thalasso. Le kidnapping, qui se termine bien, est selon la thèse de Houellebecq, orchestré par les services secrets de François Hollande à la suite de la parution de La Carte et le Territoire. Outre l'humour décalé de Guillaume Nicloux qui est aussi romancier et scénariste, il y a dans son domaine artistique une variété de thèmes explorés, féeriques, historiques. Comptons Faut pas rire du bonheur, La Religieuse (adaptation du livre de Diderot), Les Enfants volants, Le Poulpe- pour l’attendrir, faut taper dessus, Le Concile de Pierre et trois films avec Gérard Depardieu après Les Confins du monde, Valley of Love et The End, conte poétique tourné en 2016. Nicloux filme d'une manière singulière, inspirée, ludique et immédiat. Ici les personnalités publiques de l'écrivain et de l'acteur sont mêlées à une belle fibre romanesque, mise en valeur par les excellentes interprétations des protagonistes. Houellebecq, sacré comédien, complète le jeu fantastique de Depardieu.



Thalasso traite de sujets sous-jacents comme la quête de l'identité, la disparition, les étiquettes et de manière philosophique, mettant de côté la présence de Sylvester Stallone qui rôde dans Cabourg, un questionnement surnaturel à propos de Dieu et de la mort. Avec délicatesse et décalage, le comique reste roi. La liberté de ton, qui fait rire aux larmes, est un magnifique bol d'air iodé, passionnant et culte. Les critiques du septième art s'accordent 'Enthousiasmant au sens étymologique de "transport divin"', 'Une comédie déjantée', 'un film virtuose qui, avec du vrai-faux, réussit un jouissif faux-vrai film', 'Cette « Thalasso » fait carrément du bien !', 'L’écrivain vit une cure mouvementée, que Guillaume Nicloux met en scène avec tendresse et espièglerie', 'une raison pour se précipiter dans cette "Thalasso"', 'un film barré, une ode gourmande et malicieuse à l'hédonisme', 'numéro d’anarchie et de trivialité souvent jubilatoire, entre survivalisme éthylique et délicieuses envolées mystiques'. Au cinéma actuellement, et pas sur Netflix, alors allez-y!