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lundi 29 juillet 2019

La Petite Reine

En 1817, le Baron allemand Karl von Drais von Sauerbronn invente un engin, cadre en bois qui relie deux roues, enfourché comme un cheval que l'on fait avancer en frappant le sol avec les pieds pour donner de l'élan. L'objet est souvent doté d'une tête de cheval à l'avant, sculptée dans le bois, d'où le nom anglais Hobby-horse. Drais vient présenter son appareil à Paris au jardin du Luxembourg en 1818. Le véhicule n'a pas un franc succès, ceux qui s'y essaient tombent comme des mouches, et malgré la moquerie ambiante, obtient un brevet en France et est appelé Vélocipède ou Draisienne. Même si c'est un écossais en 1839, Kirkpatrick Mac Millan qui est le premier à perfectionner la Draisienne en entraînant la roue arrière à l'aide de leviers pour équilibrer le vélocipède, c'est de nouveau à Paris, en 1865, qu'un grand pas est franchi avec le français Pierre Lallemand (drôlement nommé), améliorant la draisienne à l'aide d’une pédivelle fixée à la roue, qui deviendra la pédale. Il déposera son brevet adopté au états-unis en 1867, fait fortune et rentre en France où, à Paris, une première usine de fabrication ouvre et la mode part en flèche quand Napoléon III offre l'engin à son fils qui se fait appelé ironiquement Prince impérial Vélocipède IV.



La guerre de 1870 en France met un frein au développement de la draisienne utilisée essentiellement, donc, par la bourgeoisie. Par contre, en Angleterre, elle est très populaire! Arrive le Grand-Bi doté d'une roue avant haute de 1,30 m et d'une roue arrière de 0,30 m de diamètre seulement. D’abord en bois, il mute et devient un géant d’acier en augmentant la taille de la roue avant, où se trouvent les pédales, permettant une meilleure vitesse de déplacement et surtout une plus grande distance parcourue sur un coup de pédale. On arrivera à des roues de 3 mètres de diamètre ! Autant dire que les Grands-Bis, équipés de freins à patin à l'avant mais aucun frein à l'arrière, ultra instables, offraient des chutes spectaculaires.


En 1885, John Kemp Starley met sur le marché la Bicyclette de sûreté, beaucoup moins dangereuse que le Grand-Bi, avec un cadre en croix où les pédales sont installées et les deux roues de la même taille sont reliées par une chaine. Starley fait entrer le cyclisme dans 'l'age d'or'. Le Grand-Bi est détrôné par la bicyclette. 1988, John Boyd Dunlop, vétérinaire, améliore la roue en caoutchouc rempli d'air, suivi en 1891 par les Français André et Edouard Michelin qui séparent la chambre à air du pneu. Quant au côté 'savety', il était relatif. Le frein à rétropédalage, que l'on actionne en pédalant en arrière, très populaire au XXe siècle, pouvait vite faire oublier le caractère ludique de la machine mutante.



Au début, l'éclairage des cycles était constitué d'une bougie puis d’une lampe à huile montée à l'avant. Certains ont dû avoir chaud à la barbe. Dans le domaine 'pas rigolo' arrivera en 1893 une loi instaurant une taxe sur les vélos, de 10 francs par an. Une plaque métallique indique le nom du propriétaire et s'il s'est acquitté de l'impôt. L’impôt sur les vélocipèdes sera définitivement supprimé en 1959 par un arrêté de décembre 1958. En 1897, un chroniqueur de l'Auto-vélo, Edouard de Perrodil, émet l'idée d'un 'orchestre avertisseur' en guise d'avertisseur sonore. La question qui tarabuste le monde alors est, faut-il entendre l'avertisseur de manière constante ou intermittente. Une cloche? Un grelot? Une trompette? La question est l'objet d'un arrêté ministériel pour apaiser le mécontentement public.


Le loisir du vélo devient un sport et en France, c'est en Normandie qu'eût lieu la première course cycliste officielle avec la Paris-Rouen dès 1869 puis Bordeaux-Paris et Paris-Brest-Paris en 1891, Liège-Bastogne-Liège en 1892, Paris-Roubaix en 1896 et le Tour de France en 1903. La bicyclette est devenue pour les hommes et pour les femmes un symbole de liberté et cet engouement, notamment celui des femmes pour le cyclisme est raconté par Émile Zola dans Paris en 1898. L'époque est à la large, longue et lourde robe à crinoline ne permettant la conduite qu'en amazone.


Voici donc un autre objet de mécontentement et surtout d'accidents ébouriffants. Une nouvelle toilette de promenade s'impose et après avoir testé le retrousse-jupe, c'est la jupe-culotte ou pantalon bouffant, qui seront appréciés. En 1896, on peut lire dans l'Echo de Paris " les jupe-culottes, demi-divisées pour bicyclettes de dames, impossibles à distinguer d'une jupe de ville...' ou encore en 1899 dans Le Sport universel illustré, 'La culotte est admise, ou plutôt elle est tolérée mais, c'est à la jupe ou à la jupe-culotte, costume lourd et peu propice aux grandes pédalées, que vont les faveurs de la masse'. En 1901, la jupe demi-cloche, s'arrêtant à la cheville fait son apparition dans La Mode illustrée ou encore la jupe-parapluie se découvre en 1908 dans Les Vrilles de la vigne de Colette.



En 1936, des milliers de cyclistes fleurissent sur les routes de France en tandem ou en triplette, traînant des remorques remplies de bagages. Cette année là, 8 millions de bicyclettes sont en circulation arborant sacoches en cuir ravissantes et gourdes multicolores, des pompes qui font pschiiiiit à devenir dingue, des porte-bagages délicieusement tape-culs mais qui offriront toujours les meilleurs honneurs à notre Petite-Reine tant aimée.
NB: Petite Reine vient de Wilhemine, reine à 10 ans, fille de Guillaume III des Pays-Bas quand elle prend ses fonctions en 1890 à la tête de l’Etat néerlandais. Elle a la particularité de ne se déplacer dans tout le royaume qu'à bicyclette, adorée par son peuple qui la surnomme 'la petite reine à bicyclette'.




Bourvil - A Bicyclette


Elvis Costello & Anne Sofie von Otter (cover Tom Waits) - Broken Bicycle


Engelbert Humperdinck - Les Bicyclettes de Belsize


BMX Bandits - Wheatus


Pink Floyd - Bike


Chemical Brothers - Velodrome

samedi 27 juillet 2019

Erik Arnaud

Erik Arnaud est un auteur-compositeur français qui apparait en 1998 avec le premier galop © 1998 Amerik puis en 2001 avec Comment Je Vis. Mes compliments ne sont certainement pas artificieux. Arnaud est parmi les compositeurs, une perle, une personnalité épique parce qu'il est intemporel, intensément inspiré, excellent guitariste et chanteur. L'album a vingt ans et à son écoute, il est impossible de le dater. Soit la pop française ne se renouvelle pas, soit Erik Arnaud a du génie anticipateur parce que son troisième disque paru en 2009, L'armure, il y a donc 10 ans, est particulièrement assorti à nos jours. Le musicien nous gâte en 2016 avec derechef, une merveille d'album appelé Golden homme. Je suis sensible à son univers parce que les mélodies y sont émaillées de notes pop indé efficaces et parce qu'il dépose dessus des textes en français superbement écrits. Sa belle voix joue au cabri, révoltée ou domptée, sur des arrangements qui serpentent entre la pop et le rock, toujours exacts dans le message destiné. Arnaud nous invite à plonger dans son monde de lyrisme brut et de guitares trépidantes avec une élégance rare et un beau grain de charisme.



Comment je vis décrit son ressenti de jeune homme qui vit à la campagne, loin d'une épicentre culturel à la mode. Pas naif, il comprend à la perfection son caractère superficiel, sa sournoiserie politique, sexuelle, et nous dresse un keepsake de l'artiste à l'aube du deuxième millénaire. La lucidité fait des étincelles, froide et généreuse à la fois par la chaleur des accords comme sur Comment je vis qui ouvre le disque. Le regard de l'artiste peut être cru sur Devenir Folle et HLM, édifiant un témoignage contemporain sur des harmonies extraordinaires, des moments alternatifs rock qui donnent des frissons. Je vis à 50% et French musique continunte de monter un décors sans fard, sans illusions, avec toujours de l'idée, soutenue et brillante, dans l'orchestration et le montage des effets sonores. Synthétiseur et basse se promènent offensifs sur Best Of évoquant de nouveau la fausseté, la mauvaise foi de certains artistes stériles qui manient le copy-cat. ( ils sont répandus...)



Erik Arnaud continue de décrire le portrait de ces faux jetons sur Comme au cinéma, Fais Comme On T'A Dit et Le cirque où il dégomme sans égards sur des arrangements voltigeants. Jalousies poursuit sur le même registre avant Village, émouvant, à fleur de peau, montrant le talent de compositeur tant la musique se lie au texte, idem pour Mécaniques. Les mots d'Arnaud ne sont pas tempérés, ni son chant, et la douceur, le charme se glissent aussi entre les lignes. Il souffle le chaud et le froid dans la pépite l'armure où on goute au fer, à la terre, au feu quand il nous tient en alerte avec ses mélodies attirantes, électrisantes de sensualité. J'aime tout le disque, sans exception, un pièce majeure dans la pop française. Plus court et condensé Golden homme est un petit miracle d'intention que j'écoute en boucle. Les chansons sont fascinantes, aiguisées et tendres. Il est difficile d'être insensible aux compositions fascinantes d'Erik Arnaud, fan de Neil Young et de Jean-Louis Murat, et je le recommande absolument.
ErikArnaud





vendredi 26 juillet 2019

Bread Pilot

Bread Pilot est un réel coup de coeur. Le groupe de Seattle compose une pop mélodieuse, alternative, fleurie de quatre guitares et d'une batterie. L'équilibre des partitions sur le chant, donne une impression de limpidité harmonieuse. Apparus en 2011, c'est en 2015 que le premier album éponyme de huit chansons sort. Le titre Yoda Pop qui ouvre le disque révèle de meilleures augures. Seattle pour une petite piqûre de rappel, est une niche de noms somptueux, des signatures telles que Nirvana, Alice In Chains, Pearl Jam, Modest Mouse, The Postal Service, Death Cab for Cutie, Band of Horses, Math and Physics Club, Car Seat Headrest souvent regroupés sur le label local de renommée mondiale Sub Pop. Le son qui émane de la ville, rock, pop, psyché, grunge, est une référence pour le reste du territoire américain. Bread Pilot signent des mélopées inspirées faisant rayonner toutes ces influences, indirectes, car leur style personnel peu aussi être veiné des Beatles. Les mots claquent sur des instrumentations atmosphériques. Les astres et la mer sont le décor d'expériences amicales, familiales, toujours évoquées avec discrétion et une forme poétique. Le titre Seth accueille d'ailleurs Seth Delaney qui récite le poème The Opening of Eyes écrit par David Whyte.



L'album de cinq titres de 2015 What Do You Think That Bird? montre le talent pour l'instrumentation et l'écriture des américains. Le tempo groovy de Munkee, sa basse splendide, les guitares sautillantes, enrichis du chant voltigeant, s'amuse à faire des loopings sur les arrangements pop et dansants. City qui suit est tout aussi intelligemment orchestré, composé avec un violoncelle envoûtant marié aux arpèges de guitares estivales et romantiques. La ritournelle de Sleep Tight Scooby joue sur les effets de choeurs et les cordes en tension langoureuses qui sont magnifiées sur Why I Lie et ses effets de pistes étirées en sens inverse. Les cordes pincées et la voix intime vibrante construisent une mélodie mouvante fulgurante. Le mini album se termine en majesté avec un Spiderhand viscéral qui s'allonge sur cinq minutes exquises, acharnées de tendresse et de brio.



Cette année 2019 annonce le single magnifique Yale où les Bread Pilot sont rayonnants. Guitares, basse et batterie forment une mélopée terriblement bien brodée. L'ambiance alterne et avance sur le texte habillé d'émotion qui touche comme celui de Seeing the Elephant, dont la construction et la voix provoquent des frissons donnant le sentiment d'ouvrir un coffre à trésors. En espérant de nouvelles chansons bientôt, le single Yale m'accompagne et me semble à chaque écoute encore plus réussi et abouti.
BreadPilot

jeudi 25 juillet 2019

The Castillians


The Castillians est un groupe anglais convaincant et éminemment lardé! Le groupe nait à Birmingham en 2010, se produisant sur des scènes underground. Leur style rock garage enflamme le public, explose les amplis et les musiciens signent le premier album Show Your Teeth en 2011. Le trio, Bobby Chapell, Dan Finnemore et Matthew Smyth, revient en 2016 avec le magique You & Me, au panache garage-pop toujours aussi énervé et électrisé avec cette fois-ci, plus d'arrangements surf rock. L'album grandiose offre la présence de Lucern Raze au piano, à l'orgue et aux percussions et de Erik Ernsäter au saxophone. Avec eux, les mystérieux Black Mekon, duo annexe qui avec les Castillians, Copter et Sex Beet forment le collectif Coldrice, fameux à Birmingham. Les deux frères Black Mekon qui ne quittent jamais leurs masques 'loup' s'attèlent ici à la production et arrivent bientôt sur scène avec leur nouvel album garage punk Nostalgia prévu le 16 août prochain.



Tandis que l'opus Show Your Teeth contient déjà des titres qui titillent l'épiderme avec des guitares aiguisées, un chant post-punk audacieux, comme sur I Won't Be There, Bobby Don't Smoke, Be My Light ou les neuf minutes de Diamonds Ain't A Girls Best Friend, You & Me remet les Castillians en selle, plus rebelles et amoureux que jamais. Dès les premières notes tendues de Hang Me Out, l'attention est captée et avalée. La batterie brule les peaux des caisses pour s'aligner au chant de Matthew puissant d'énergie et trituré, écorché suppliant sa 'baby' de ne pas le 'larguer' derechef. Hey Hey dégaine les guitares, décharge une rythmique explosive et des cymbales délurées pour enchainer sans souffler sur le rock de You & Me où la flamme et les sentiments sont déclarés sans manières. Ce qui légitime le Bad Boy qui suit, et son tempo qui fracasse les fûts sur une mélodie hargneuse avant le blues endiablé de Come What MayMatthew Smyth fait une prouesse vocale. Finalement sa 'baby' s'est fait la malle.



A mes oreilles, la perle du disque est Piggy in the Middle (qui signifie colin-maillard) parce que gorgée de sonorités mods psychédéliques façon Count Five et leur Psychotic Reaction. Affublés de leur Coat Tails, les anglais libèrent des arrangements trouble-fête menant une sacrée cavalcade de notes. Comme de dignes mods, le goût du vêtement en impose, british oblige, et I Left My Tassle Jacket in San Luis Obispo déroule une mélodie fantastique où là aussi, les voix pétillent. Les harmonies presque moelleuses sont trompeuses surtout quand arrive le boogie rock'n roll de Midnight Ride qui lâche un rythme gaillard permettant de comprendre que la jolie 'baby' est de retour. Ce qui se confirme sur Still In Love With You et ses envolées de cordes, gonflées et vigoureuses, accompagnées d'un tempo absorbant. La fibre sixties résonne pour finir en beauté avec la ferveur de I'll Come Running où les choeurs tirent l'essence même des mods. The Castillians imposent leurs passions, leur griffe et une esthétique rock garage de circonstance pour ventiler les oreilles en ce période estivale. You & Me est déjà presque épuisé, reste une vingtaine de disques seulement. A suivre bientôt avec les Black Mekon!
Castillians
BlackMekon



mardi 23 juillet 2019

Kevin Morby

L'américain de Kansas City, Kevin Morby, signe le double album splendide Oh My God, où trône sa foi et son rapport à Dieu. Clair comme de l'eau de roche, cette volonté d'écrire et de composer sur un sujet qui le touche, contrariant la doxa anticléricale, s'apparente en 2019 à une belle attitude rock'n roll. L'idée de ce petit chef d'oeuvre lumineux lui vient en 2016 en chantant Beautiful Strangers, titre évoquant les attentats du Bataclan à Paris. Kevin Morby, la trentaine, connait notre pays et sa capitale pour y avoir offert de nombreux concerts en promotion de ses quatre albums concoctés en à peine cinq ans. Son style folk-rock, sa plume rebelle, sa foi vivante qui sillonnent ses albums depuis 2014 sont des pilules pop énergisantes.



Il dit "Je suis fasciné par les églises et les cathédrales. Les vitraux, les peintures et l’imagerie qui s’en dégagent sont superbes. Mais je les apprécie de la même façon que quelqu’un aimant les peintures sur la conquête de l’ouest." Son attrait pour la bible l'inspire diablement, l'investit et lui fait composer ce grandiose Oh My God, paru le 25 avril 2019, dix jours après le violent incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Guitariste et pianiste, il souhaite donner un profil musical de cathédrale à son disque et s'entoure d'une chorale, écrit des partitions d'orgue, viennent se joindre à l'ensemble des chanteurs et un orchestre de chambre. Les musiciens sont Mary Lattimore à la harpe, Jared Samuels à l'orgue (Goastt, Okkervil River, Shins, Martha Wainwright, Yoko Ono, Joan As Police Woman), Stuart Bogie et Cochemea Gastelum aux saxophones et flûtes, Elvis Perkins au synthétiseur, Dave Smoota au trombone, Jon Shaw à la basse (Cass McCombs), Nick Kinsey à la batterie et Sam Cohen à la guitare, à la batterie et à la production. C'est une très fine et talentueuse équipe qui occupe le studio d'enregistrement et toutes les pistes du double album. Christopher Good monte à bord du vaisseau pop pour confectionner les vidéos attenantes.




La sacrée belle pièce ouvre sur le piano chaleureux, aux touches légères et sautillantes de Oh My God qui avec les voix en élévation met doucement dans l'ambiance avant que s'avancent le clap-hands, la flûte, le saxophone de No Halo qui évoque le regret de Morby de ne pas avoir grandi avec une éducation religieuse. Son ouverture tardive à la religion est d'autant plus renforcée comme il le dit lui-même, sans avoir été formaté dès son plus jeune âge, sa spiritualité est discernée, ressentie et volontaire comme le montre le balancement du texte de Nothing Sacred. Les guitares électriques de OMG Rock And Roll débarquent énervées, résolument dynamiques comme un chant liturgique révolté pour une croisade contre l'ennemi. Puis Seven Devils, sublime, dégaine une mélodie en mouvement, jouée au piano, basse et cuivres dessinant la métaphore du train qui roule avant que le claquement de doigts lance une guitare électrique décidée et impitoyable.



La ballade folk Hail Mary, alternative, est porteuse d'espoir, de luminosité dans le chant est comme Piss River, un titre qui me grignote parce qu'arrangé avec finesse, orchestré en ascension, révolté et amoureux, égrenant avec équilibre des questions et leurs réponses. Idem pour le parallèle entre la vie et la mort sur Savannah et son clavier solennel pour un hommage émouvant. Storm (Beneath The Weather) qui suit est un sample d'orage avant le cynique Congratulations, appuyé par une batterie agacée suivi du sulfureux I Want To Be Clean où la protagoniste se liquéfie. Suit la soul et le blues de Sing A Glad Song, petite prouesse musicale fournie des éléments chéris par Kevin Morby comme 'weather', 'chest', ses peines, ses joies, à genoux avec la tête pleine de voix, sur son chant qui claque et conforte. Le jazzy instrumental Ballad Of Faye fait place au dernier titre O Behold, humble, aérien,  avec la batterie brillante d'obédience, le clavier d'Elvis Perkins dont la mère a été tuée dans les avions le 11 septembre à New-York, réanimant inévitablement les émotions. Kevin Morby griffe un puissant Oh My God de son immense talent de compositeur orné d'âme et de personnalité.
KevinMorby

lundi 15 juillet 2019

I Saved Latin - Tribute to Wes Anderson


Le réalisateur américain Wes Anderson nous fait planer sur un nuage pop à chaque fois que sort un de ses films. Comme son dernier de 2018 Isle of Dogs, les fameux The Darjeeling Limited, The Grand Budapest Hotel, Moonrise Kingdom, La Vie aquatique, La Famille Tenenbaum, Fantastic Mr Fox (FantasticMrFoxPiggledyPop2010) ou encore ses court-métrages comme Hôtel Chevalier tourné à Paris. Ses origines suédoise et norvégienne sont présentes dans son attrait pour la brit-pop au style et aux racines bien ancrés dans le vieux continent. L'artiste est sacrément amateur de pop et fleurit ses long-métrages d'un esthétisme peaufiné, élégant, visuel et sonore. L'âme de la pop underground nourrit ses images, ses acteurs et la compilation I Saved Latin de 2014, intemporelle, se doit d'apparaitre sur Piggledy Pop dont l'esprit est ex aequo.
Dans la jolie collection de films, le prochain évoque l'aventure de journalistes américains correspondants à Paris The French Dispatch tourné cette année à Angoulême, prévu dans les salles  en 2020.






La compilation I saved Latin compte 26 reprises dont les originaux garnissent la filmographie de Wes Anderson depuis 1996. Elle ouvre les rideaux, légère, sur un premier disque avec le groupe du Missouri Someone Still Loves You Boris Yeltsin et son Margaret Yang's Theme. Il est suivi de Saint Motel, groupe de Los Angeles qui joue le titre de 1966 A Quick One While He’s Away écrit par Pete Townshend. La promenade continue avec le délicieux These Days de Jackson Browne repris par Matt Pond, le génial Let Her Dance de Robert Fuller honoré par les new-yorkais Freelance Whales et Tomo Nakayama s'offre le I Am Waiting titre des Rolling Stones. Arrive le vibrant William Fitzsimmons qui revisite The Wind de Cat Stevens, le talent émouvant de Juliana Hatfield qui s'approprie Needle In the Hay d'Elliott Smith suivi des excellents Generationals et Making Time des Creations. L'envoûtante et amoureuse The Way I Feel Inside des Zombies est interprétée avec brio par Phox avant l'excellent This Time Tomorrow des Kinks assaisonné par les Telekinesis pour enchainer dans la famille Davies avec Dave, et le titre Strangers remodelé par Escondido.



Le second disque est tout aussi fleuri de sonorités indie-pop, rock et sunshine ouvrant le bal avec le sensuel Alone Again Or de Love revu soigneusement par Sara Lov avant le rock enveloppé des violons des Solvents qui revisitent Nothing In This World Can Stop Me Worrin' Bout That Girl des Kinks et la fraicheur du duo féminin Tea Cozies pour une reconversion de Here Comes My Baby signé de Cat Stevens. Puis Kristin Hersh assure de son talent l'interprétation de Fly, titre de Nick Drake, moment de délicatesse poursuivi par Margot & the Nuclear So and So's chantant Ziggy Stardust de David Bowie. Les Elk City sont de retour pour la reprise du titre des Rolling Stones Play with Fire avant le fabuleux Stephanie Says de Lou Reed joué et chanté par Tele Novella.



Le régal continue avec l'âme de John Lennon et son Oh Yoko remis au goût du jour par The Ghost In You. Dans le sillage de notes magiques, Trespassers William offre sa voix de velours pour cristaliser le Fairest of the Seasons originellement écrit par Jackson Browne et Greg Copeland. Puis les guitares rock reviennent via Tomten qui reprend la chanson 30 Century Man de Scott Engel alias Scott Walker. Je conseille au passage le film documentaire sur Scott Walker qui porte le nom de la chanson, filmé par David Bowie et sorti en 2006. Le rock'n roll fait des envolées sur la reprise de Mike Watt & The Secondmen et le musclé Street Fighting Man des Rolling Stones. Puis Santah interprète Five Years de David Bowie (quand on parle du loup), pour inviter Françoise Hardy et Le Temps De L'Amour revu par Marianne Dissard et d'enchainer avec les airs sixties des Tele Novella qui agrémentent Let Her Dance de Bobby Fuller et Joy Zipper, le Ooh La La des Faces. Cette relecture indie est réussie et cohérente, une panoplie séduisante de mélodies qui attise l'envie de revoir les films du grand Anderson.
ISavedLatin



Lachlan Denton

L'auteur-compositeur Lachlan Denton et son frère Zachary Denton déménagent de Wagga Wagga à Melbourne en 2012 et intègrent le groupe d'indie-pop The Ocean Party. Celui-ci gagne un succès fulgurant et signe huit albums détonants jusqu'en 2018 quand Zachary meurt subitement d'un avc à l'âge de 24 ans. Le jeune artiste, batteur, chanteur, également ingénieur et arrangeur, qui forme le projet Ciggie Witch en 2014, parallèlement à Ocean Party, laisse un grand vide. Cette année, le groupe sort l'album The Oddfellows’ Hall qui contient deux titres signés par Zachary décrits comme "two of Zac’s most beautiful songs to date in Home and Rain On Tin". 
Son frère Lachlan lui écrit et dédicace l'album A Brother qui sort aujourd'hui 15 juillet 2019.

Zachary/ Chant, Composition


Ecrit et composé dans les mois après la disparition de Zachary, le disque contient l'émotion vive éprouvée par la famille, la difficulté à poursuivre parmi les autres qui ne connaissent pas cette épreuve. Les neuf titres rendent hommage à la complicité entre frères, explorent et décrivent la peine, l'absence. Les mélodies sont si belles qu'elles ravivent la blessure de ceux chez qui la cicatrice est gravée et toucheront aussi les autres, inévitablement. Lachlan, accompagné par les musiciens amis de Ocean Party ne s'étend pas, ses chansons dignes et élégantes, ne tendent pas à s'apitoyer. A brother est un partage, dessine le 'nous' endeuillé sur des partitions poignantes et dépeint gracieusement la chère intimité de la fratrie, de la famille. Autour de Lachlan Denton, à la composition, chant, guitare et batterie, il y a les talentueux amis Liam Halliwell à la basse, Ambrin Hasnain au clavier, Anila Hasnain à la basse, Rose Kean et Dainis Lacey aux guitares.

Calf ouvre sur la guitare electro-acoustique délicate et la notion de naissance 'i don't remember the day you were born but it changed my life all the same', offrant un morceau cristallin et noble où la voix de Lachlan fait résonner la présence de Zachary jusqu'au magnifique This Christmas, ballade qui décrit sur le tempo de la batterie et de la basse ce moment de l'année, la tradition familiale où la mémoire des êtres chers est ranimée.



Puis c'est l'appréhension du futur sans l'être aimé A brother . Lachlan implore 'you got to carry me' tout en rappelant que lui aussi digne, porte le sang de son frère et se doit de tenir. Do It All Again est sur l'accordéon et la guitare une déclaration dans laquelle Lachlan dit l'avoir aimé chaque jour et qu'il ne changerait rien des rires et des joyeux moments partagés. La batterie menée par Lachlan qui prend les baguettes de son frère battent comme un coeur sur l'excellent et entrainant The Time We Had, marquant l'exercice difficile d'écrire et chanter seul quand cette passion est vécue à deux depuis l'enfance : "The time we had is worth more than anything, Far greater than its length, And for that it’s you I thank". La voix de Lachlan nous apostrophe sur Watching My Back qui évoque le conciliabule de la création musicale à quatre mains, au tempo plein d'espoir quant au regard bienveillant de Zachary, où qu'il soit. La clarté des harmonies subjugue sur Last Year, titre cristallin avec deux pistes de guitares en parallèle qui zigzaguent et se rejoignent comme une escorte perpétuelle. Take It As It Comes joue un air sublime au clavier orné du timbre de voix intime qui égraine les étapes du chagrin et établit avec sagesse l'acceptation de cet état. Sachant la tragédie entrée dans son quotidien, Taking Care et son rythme sautillant rassure et annonce qu'il prendra soin de la famille. Lachlan termine avec Spat Out, chanson écrite par son frère sous l'alias Hobby Farm, éminemment émouvant quand Lachlan chante les mots 'please don't cry, i'll be your eye, you know i love you' écrits et composés par Zachary pour son disque solo Braeside paru en 2015.



A Brother est un hommage magnifique, Lachlan signe un album exploit entièrement dédié à son frère, ce qui à ma connaissance n'existe d'aucune autre manière dans les productions indie-pop. La difficulté est d'autant plus honorable qu'en plus de l'amour sanguin, de la complicité fraternelle, la passion de la musique liait les deux garçons dans l'absolu. A Brother de Lachlan Denton & Studio Magic est rempli de mélodies somptueuses, d'harmonies affectives qui font vivre l'âme de Zachary non pas dans la douleur mais de manière lumineuse. Il tourne une page en continuant courageusement. Amenuisant le bruit du choc, de la fatalité, comme un souffle de tendresse permanente, une douce mesure du temps, A brother est un album d'amour fraternel vibrant. Merci à Gonzalo du fabuleux label Bobo Integral pour son travail précieux qui fait rayonner A Brother de l'Australie, via l'Espagne jusqu'en France, aidant à passer le syndrome de Stendahl à l'écoute de la merveille. 
Je conseille chaleureusement l'album Two Months In Ben Woolley's Room que signe Lachlan Denton en juin 2018, disque que j'écoute en boucle depuis un an.
LachlanDenton



dimanche 14 juillet 2019

Generationals

Edward (Ted) Joyner et Grant Widmer forment le duo Generationals en Louisiane en 2008, signant le premier excellent album Con Law. Il sera suivi en 2011 de Actor-Caster puis en 2013 de Heza et dans l'élan en 2014, Alix. Les quatre sont vraiment épatants. Imbibées de jangle-pop, garage et soul, les mélodies sautillantes et dansantes de Generationals sont tout simplement efficaces, accrocheuses, à l'image de leur débutant single de 2009 When They Fight, They Fight.



Après un hiatus de cinq ans, les Generationals nous offriront le 19 juillet 2019 un somptueux Reader As Detective, encore chaud sorti des matrices. Comme le précédent, l'ambiance synth-pop bat son plein avec des claviers bouillonnants qui inondent la platine d'harmonies eighties. Les mélopées dynamiques évoquent pourtant des thèmes plus graves, intimes, comme le single Breaking Your Silence paru ce mois de juin. Les deux musiciens sont avant tout guitaristes et de géniaux interprètes au panache convaincant. Quand ils reprennent le Making Time des Creations, leur brio s'affiche au faîte de la pop.



Les deux amis qui composent des pépites savamment rythmées depuis leurs premières mélopées signées quand ils ont 15 ans, gagnent en maturité de son, arrangements et en expérience scénique. Aimant les Spoon et les Shins, leur style évolue et varie en fonction des disques gardant une base stable d'harmonies ensoleillées dans les voix et dans les guitares. Comme le fabuleux Breaking your Silence, l'autre single I Turned My Back on the Written Word du 7 juillet dernier met l'eau à la bouche et les oreilles en état de frétillement. Les deux musiciens expérimentent en studio de nouvelles palettes. Le résultat au tempo enfiévré fonctionne et délivre une belle énergie.



Gatekeeper, troisième single qui maintient l'envie irrésistible de danser est griffé, alternatif, ascensionnel en tempo et puissant en groove. Comme à l'accoutumée, les paroles épluchent les sentiments, les paysages, les villes mais cette fois-ci le thème éclot d'une rupture. Les notes voltigent performantes pour former des titres tenaces validant leur talent et fleurissant leur parcours qui les mène sur les routes américaines tout l'été pour des concerts quotidiens. Il faut bien que leur label serve à quelque chose parce qu'en matière de communication presse, il est piteux. Generationals, eux, sont stables en inspiration, persistants en travail exécuté main dans la main avec le brillant producteur Richard Swift. Idéal pour l'été!

Generationals