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vendredi 31 mai 2019

Barry Bays

Apparue l'an passé avec le single Dynamite, titre qui lui va comme un gant, la clique de Melbourne est composée de Jack Foy, d'Erik Scerba et de son auteur-compositeur chanteur Harry Hayes. Ces garçons qui ont de l'or au bout des doigts jouent dans d'autres groupes, avant de réunir et concentrer leurs talents respectifs en l'association Barry Bays. La légende raconte que Harry écrit et compose au fond du jardin, entre pioches, râteaux et brouettes. A l'écoute du deuxième single Water Your Plant, je ne me sèvre pas à y croire. Les artistes ajoutent ces deux titres au génial album Sheds qui sort en septembre 2018.



Spanakopita, morceau de 53 secondes ouvre l'album en désignant délicatement le leitmotiv des textes, la rupture sentimentale. C'est sur des accords de guitare doux et subtils, que la dulcinée concernée va en prendre pour son grade. Ce qui ne tarde pas à arriver avec Dynamite qui suit. Harry Hayes, multi-instrumentiste et producteur remplit les mélopées de sa veine psych-pop, en jonglant facilement avec les styles, montrant sa dextérité technique et son brio inné pour composer. Dedhed, fleuri d'une instrumentation riche et de voix en chorale entêtante, offre une pépite pop sculptée de cordes et de claviers, d'une rythmique sublime exécutée par Jack. La construction alternative se mue en air psychédélique hypnotique façon Syd Barrett, où le clavecin seventies repart en croisade rock sur White Shoez N' Tattooz. C'est alors que s'immiscent des harmonies géniales sixties, un groove explosif juste fait pour danser. Dans le sillage de ce tempo puissant, Barry Bays poursuit l'enchantement avec Water Your Plant.



Ironie et sarcasmes se retrouvent dans les métaphores du jardinage ou de la mer mais aussi dans l'instrumentation rythmée à la douce saveur groove. Les arrangements font des loopings délicieux sur les cordes de la basse, des guitares et sur la batterie souriante. Quand Active Apparition se glisse dans les oreilles, le même ton incisif prend la forme du marteau, sur une mélodie ascensionnelle, parsemée d'accords grandioses groovy et pop. La mélodie langoureuse bombarde des paroles aiguisées qui me donne envie de chanter à tue-tête : 'i’m still here, i’ll keep my distance, a sentence on myself since the judge hit the hammer, im ima ima ima ima...i’m fine where i stand cause i know my ground well, i’m fine in my hand cause i ain't bound to your spell'. Il arrose le tout avec un dernier morceau magistral de 11 minutes, Turn. Le titre avec ses notes mellow, sensuelles gagne un éclat psychédélique au fil des notes pour offrir un dernier chapitre monumental instrumental agrémenté de bruits d'océan, d'oiseaux. La production raffinée est époustouflante. L'ambiance galvanise, la symbiose des titres est parfaite, Sheds des Barry Bays est un chef d'oeuvre pop flamboyant qui me cueille et se place sur les étagères de Piggledy Pop, naturellement.
BarryBays

jeudi 30 mai 2019

Lydia Képinski

Lydia Képinski est un artiste de Montréal qui apparait avec un EP en 2016 orné de quatre titres déjà soignés et inspirés, pour revenir en avril 2018 avec un album de feu, nommé Premier Juin. Ce cadeau printanier est une météorite. Plus que singulier, il comprend une belle écriture de textes qui font mouche, des arrangements rock et pop alternatifs qui accrochent et la voix de Lydia dont l'interprétation est aussi belle que tranchante. Auteur-compositeur d'origine franco-polonaise elle apprend à jouer au piano enfant puis à la guitare adolescente, en étant touchée par de multiples formes d'art, littérature, cinéma qu'elle étudie en université. La colère et l'esprit révolté sont palpables dans les mots. Son talent est concrétisé sur les neufs titres, majestueux. Lydia se penche sur la période de l'adolescence, imaginée ou vécue, comptant ses expériences de deuil, de relations amoureuses destructrices et d'épreuves qu'elle surmonte et partage via son disque.



Il y a dans ses paroles une jolie hargne et de la vitalité qui montrent qu'elle a rebondi, souhaitant que cette énergie passe à ceux qui en ont besoin. Sa plume se frotte à la langue de Molière pour l'instant car le marché français lui tient à coeur. Ecrire dans sa langue maternelle apporte un aspect naturel et franc à son message. Au côté de son complice Blaise Borboën Léonard à la réalisation, le travail fini est envahissant, gorgé d'émotions comme sur le titre Les routes indolores qui ouvre l'album. La basse fait une entrée grave mais grisante, scandant la rythmique sur la voix magnifique de l'artiste qui dresse un constat de désarroi, utilisant ses termes favoris, le feu, la mer, les nombres et le vent. Le tempo de Premier Juin galope sur des arrangements dansants electro-pop jusqu'à l'ambiance épique de 360 jours avec des harmonies de cordes fantastiquement exécutées par Blaise. L'écriture de Lydia poétique est splendide, forme des saynètes de vie, pleine de sensations.



Maia, et son tempo rock, auréolée de ténacité et d'adversité, évoque la mort de son père et l'abandon d'une amie d'enfance avant les grandioses Beaumont et Les balançoires qui subjuguent par l'excellence lyrique glissée dans les mots et la voix qui les propulse, forte et fébrile à la fois. Sur la mélamine déploie une vivacité dans les notes de claviers et le chant qui bondit, surgit et frappe le rythme avec sensualité quand Pie-IX vient conclure l'écoute et transporter dans une grâce glaciale et noire. L'ensemble de l'album touche par ses mélodies résolues, ses mots à la force d'âme certaine et surtout, par la voix de Lydia Képinski, remplie d'ardeur et de résistance. Premier juin est un bijou pop qui, les critiques sont toutes d'accord, promet une suite artistique solide et de caractère!
LydiaKepinski

dimanche 19 mai 2019

Ta Toy Boy

Ta Toy Boy, groupe grec, fait partie de ces petites tueries pop que j'écoute depuis la sortie de This Town en février 2018 sans avoir encore utilisé ma plume pour l'évoquer. Le projet est conduit par deux musiciens prolifiques et actifs : George Begas, également aux manettes des groupes electro pop Liebe et Five Star Hotel, et d'Elias Smilos qui crée le projet Mary’s flower Superhead. Au sein de Ta Toy Boy, George est auteur-compositeur, assure le chant, les claviers et Elias est aux guitares et choeurs. Influencés par la scène d'avant-garde anglo-saxonne de Creation Records mais aussi par l'indie pop du mouvement C86, ils offrent des mélodies qui mêlent synthétiseur et guitares typées années 80 saupoudrées de funk et de soul. Leur dernier album offre pêle-mêle des ambiances pop nostalgiques, dynamiques, atmosphériques, néo-disco comme sur les deux instrumentaux Aphrodite In Venus qui enflamme mes petites oreilles d'helléniste et Fresh Kiss qui ouvre savamment l'album. Avec l'escadron de rythmes dans les esgourdes, mon imagination nourrie de l'Iliade et de l'Odyssée n'a besoin que de peu pour dessiner des muses et harpies trottinant en poppeuses délurées.



Le tempo galbé et éminemment dansant ne freine point sur This Town où les deux compères sont rutilants. George illumine les notes au clavier et Elias remplit la mélodie d'énergie en tendant ses cordes de guitare, radieuses et absorbantes sur Day Night Tomorrow. Le titre, typique du style indie, propose des paroles qui font voyager dans l'espace et le temps. La poésie est de mise sur Fields of summer qui reprend le thème de la chaleur et de la campagne pour des jeux amoureux champêtres sur une rythmique qui alterne et déboutonne élégamment les arrangements entêtants. Puis le captivant Beautiful in Furs accélère le tempo, monte en allure et en harmonies pour décrire une rupture sentimentale. La même rupture est soulignée de manière plus sombre sur Blue Blood où les paroles ravivent froidement la mémoire sur un air magnétique quand la vivacité plus frontale et pop psyché de Sunday Afternoon, où George botte le train au couple, annonce clairement que la séparation est bienvenue.



A l'écoute du dernier Lost in The Light, je sauterais bien sur le Mont Olympe pour des pas de danse effrontés en chantant "where is the light, i can see nothing into this world, if there is something, let’s dance the night, lost in the sound, this is the time, you’re lost and found". Ta Toy Boy nous emmène dans le passé, pour une nuit sensuelle et passionnée, sur ces harmonies titanesques et ce mélange majestueux de sonorités rappelant Orchestral Manoeuvre in The Dark, Pulp, Morrissey, The Jesus and Mary Chain pour clore This Town classé directement, Grèce oblige, dans le panthéon des disques Piggledy Pop. Ce 9 avril dernier, le fabuleux duo nous concocte le nouveau single Goodbye qui je l'espère vraiment n'est pas un chant du cygne mais bien annonciateur d'un nouvel album.

TaToyBoy

Blue Jeans

Originaire du Michigan, Tim Sendra est l'auteur-compositeur de Blue Jeans, projet qu'il mène avec son épouse Heather Phares à la basse et David Serra à la batterie. Après Songs are Easy de 2016, le trio talentueux vient de signer un second album ce 17 mai 2019 nommé Adult Hits, produit par l'excellent Fred Thomas (cf Piggledy Pop). Le groupe loin d'être débutant est une fine fleur de la pop indépendante. Actifs depuis les années 90, Tim et son frère Scott, décédé en 2017, ont constamment offert des chansons magnifiques dans le sillage du label Sarah Records avec leur projet Veronica Lake. A la suite de la disparition de Scott, Tim et Fred ont décidé de compiler des titres hommage sur l'album Critically Acclaimed.
FredThomas



Adult Hits est paru il y a deux jours sur Loch Alpine label créé par les deux frères Sendra mais aussi sur le label de Fred Thomas, Life Like, pour un format cassette et sur un autre superbe label de Madrid, Bobo Integral, tenu par le louable francophile Gonzalo Marcos, pour un format vinyle. L'ensemble du disque, quelque soit son format est malicieux et somptueux. Chaque titre est unique, enregistré dans des dispositions singulières, rugueuses, à la façon underground des Archies bordée par l'âme de T-Rex, ce qui offre une série de pépites panachées de rock et de britpop, indépendantes les unes des autres.

Adult Hits ouvre sur Goodbye Forever au son saturé troublant et au tempo mené par les guitares et batterie alliées qui déchargent une belle électricité, la même qui entraine sur We Hate the Summer. Le ton sarcastique marié aux lignes de guitares musclées pulvérise le mythe de la pop fragile et précieuse. Baby, You Can't Fake It délivre des instrumentations équilibrées qui brodent une mélodie gracieuse, amoureuse, suivie de la rythmique brillante et entêtante de Ricola Horns, enorgueillie par la guitare électrique. Le joli style rétro de Jenny, Am I Fading, nous plonge dans une ambiance sautillante et estivale quand Golden Goals, dans la même veine psychédélique et bubble arrive sur la platine tel un rayon de soleil.



Les amateurs de textes mordants sur des mélodies stylées tweepop naive à souhait seront aux premières loges à l'écoute de Apology Rejected où le chant et les arrangements garage sont éblouissants. It's All Happening est éclatante de charme et, à mes oreilles, le trésor pop de l'album. La voix de Tim suivie de celle d'Heather, créent une harmonie sincère sur la basse qui titille la mélodie, princière. Friends & Lovers comme dans la plupart des paroles de Blue Jeans, évoque les fans de pop et les musiciens avec casques sur leurs têtes, ceux qui font de la musique et des disques, honorés par Tim Sendra qui termine en chantant 'I love them all'. Cela tombe bien, parce que nous aussi nous l'aimons ! Adult Hits est gorgé de titres virevoltants, dansants et émouvants, à classer aux côtés des Go-Between et The Lucksmiths.
BlueJeans

dimanche 12 mai 2019

Young & Sick

Young & Sick est l'alias de l'artiste Nick van Hofwegen, originaire des Pays-Bas. Ayant fait ses armes en école de design à Londres, il y rencontre en 2011 Mark de Foster the People qui lui propose de s'occuper d'une pochette d'album, proposition suivie de celle des Maroon 5 entre autres. Puis, il part aux Etats-Unis pour y enregistrer ses premières chansons. En 2013 paraissent les singles, House of Spirits et le grandiose Heartache Fetish, suivis du premier album Young & Sick. Le jeune artiste dessinateur travaille aussi à des collaborations musicales diverses, écrit et produit d'autres groupes tel que The Velvet Teen qui vient participer à l'EP paru en 2018 nommé Ojai. Sa biographie parle d'une invitation d'Obama à la Maison Blanche, mais j'y prête autant d'attention que vous en prêtez au fait que j'ai rencontré Bill Clinton. On s'en tamponne.



A l'image de la reprise des Fleetwood Mac, le travail de production de Young & Sick est absolument brillant. Le musicien perfectionniste glisse dans ses textes le thème de l'éloignement, du manque de son fief et des êtres aimés. A croire qu'un chagrin l'a éloigné de sa Hollande, cette peine ne cessant de l'inspirer. Ce leitmotiv n'enlève rien au tempo enjoué, dansant, les mélodies mêlant de la pop funky, disco, agrémentée de véritables instruments. L'EP No Static de 2018 offre même une version symphonique d'un titre avec le formidable travail de mastering de John Greenham. Le chant limpide de Nick van Hofwegen coule de source sur les arrangements cristallins, opérés avec finesse. Ce mois d'avril 2019, il signe le nouvel EP It's a Storm, comprenant des titres magnifiquement rythmés avec Jet Black Heart, Queen of the Valley, No Good et Bitter End. Ce 3 mai 2019, il revient avec le single Size of Relief, petit chef d'oeuvre pop dégainé de son oreille absolue et qui montre l'immensité de son talent de producteur, de compositeur, de guitariste. Sur ce tempo qui conjugue des cimes d'harmonies et de samples lâchés au galop, l'âme néerlandaise poétique et nostalgique qui surgit au détour d'une note finit de me charmer, d'accentuer l'envie de danser. Concerts à suivre !
Young&Sick




lundi 6 mai 2019

Métro Verlaine

Métro Verlaine est un groupe normand, originaire d'Evreux, qui signe il y a un an l'album sublime nommé Cut-Up. C'est sous l'impulsion d'Axel Desgrouas, l'auteur-compositeur du groupe et de Raphaelle Fromage au chant que germe l'idée du disque en 2013. Les deux amis, fans des Happy Mondays, Wire, Joy Division, Sex Pistols, Cure, des français Etienne Daho et Daniel Darc, recrutent d'autres musiciens pour la scène et l'enregistrement. L'équipe se forme avec Romain Rioult à la basse, l'américain Charlie Rowell à la guitare, à la réalisation, aux arrangements et le parisien Geoffroy Bon (Joe) à la batterie. Leur passion pour la musique post-punk est partagée, créant au sein de la troupe un esprit plus rock'n roll que jamais, écorché, énervé, à la dynamique entrainante. Cette énergie propulsée dans les mélodies, le chant, les mots et les arrangements fait mouche. Quand en bonus on est normand, l'écoute de Métro Verlaine est du petit lait. On absorbe sans fard et sans ambiguïté le sens des textes et l'ambiance qui sonne naturellement à nos oreilles. Le tempo de viking punk qui parle d'aller 'crever à Manchester, j'ai juste à traverser la mer', souligne à quel point nos  cultures anglo-normandes sont liées, historiquement, géographiquement et musicalement.



Polaroid annonce d'emblée l'allure de la rythmique qui s'avance gaillarde sur la guitare garage sixties et la note poétique posée dans les couleurs, dans le désenchantement à fleur de peau. Le chant parfait de Raphaelle sur Manchester tape la mesure et accentue l'esprit de rébellion avec beaucoup de classe et de féminité. La guitare frappe ses cordes sur la voix d'Axel en écho marquant derechef la rythmique et allant comme un gant de fer à la langue française maitrisée, efficace pour donner des frissons. Axel, aussi féru de littérature que de la musique des années 70 et du son anglais des années 80, le nom Métro Verlaine rappelant Paul Verlaine et Tom Verlaine de Television (et du métro qui sent la pisse dit-il) retranscrit ses références dans les compositions avec charisme. Cette manière sauvage et brute de lancer des flèches avec les mots, les accords de basse et de guitare dégainés sur La Vague, forme la signature du groupe, garage punk pop et french! Ballade sauvage nous emmène sur les rives de la coldwave gravée d'un texte sensuel, nocturne, et d'arrangements langoureux qui font durer le plaisir avant que la tignasse se réveille à l'écoute de Crash! aussi délicieusement violent qu'un Joy Division.



Basse, batterie, clavier et guitares repartent au galop, ébouriffent l'épiderme en nous comblant d'un Tequila Sunrise aux harmonies pures et nettes correspondant au vrai son underground. La poésie de Raimbaud, le romantisme de guerrier... agrémenté d'un esprit 'sans peur ni reproche', d'obstination et de nuit, noire ou blanche, continuent avec Richard Hell. Le titre magnifique est à mes ouies emblématique du talent d'Axel ; Celui d'électriser nos nerfs, de rendre euphorique ou à l'inverse, d'aiguiser la colère comme avec Hate. Dieu sait qu'en France en ce moment tout est fait pour entretenir notre ire. La rutilante Codeine offre la voix génialement pop d'Axel glissée sur celle de Raphaelle qui mitraille pour renforcer l'effet inquiétant et immédiat. Crocodile boucle Cut-Up avec ses métaphores d'une belle violence nocturne, fil conducteur de l'album au crocs habiles qu'on ne lâche que quand le diamant de la platine fume. Amis poppeux, vous pouvez noter dans vos agendas le passage de Métro Verlaine sur le podium gratuit de l'Armada 2019 à Rouen, le 13 juin prochain, également la parution du premier roman d'Axel Desgrouas, Ballade Sauvage, aux Éditions des Véliplanchistes.
MetroVerlaine



Figaro

Figaro est un trio franco-américain qui signe en 2014 le génial album Copake, unique à ce jour et nécessaire à une discographie de bon ton. Luca Buccellati, Christopher Brandes et Jean Archibald Denis offrent neuf titres grandioses, un ensemble d'une qualité pop époustouflante. Depuis, le new-yorkais Luca travaille dans son studio à la production, l'écriture et arrangements pour d'autres artistes, le français Jean Archibald continue l'aventure en France sous le nom de Superjava et Christopher Brandes, rencontré avec ses deux compères sur les bancs de Berklee College of Music, a reprit une vie professionnelle classique. Le nom Figaro rappelle ici le chat de Pinocchio qui se promène à Copake Falls, région arborée de New-York.



En 2013, le groupe sort en single Queen Mary et le placera à l'ouverture du disque. Ses allures sixties et seventies brillantes attirent illico l'attention, avant de subjuguer par l'efficacité de la mélodie et de la production. Le trio né à Brooklyn maitrise nettement le son et les harmonies quand la basse fait sonner ses cordes donnant une belle cadence funky psychédélique. Les voix alliées, accordées, apportent une puissance pop gorgée d'une énergie souriante.
Le tempo alternatif de Summer House est idéal pour danser surtout quand Figaro entonne 'we can move our bodies to the music' 'the way we move together keeps me wishing'. L'idée de connexion corporelle maintient l'envie de bouger en rythme et atteint son apogée sur Moving Slowly aux riffs de guitare électrique entêtants et à la mélodie alternée qui souffle le chaud et le froid. Nantucket au style ska-pop avec son profil Beatles continue de subjuguer et la spirale réjouissante poursuit avec Brain Operator fourni de sarcasmes délicats sur une instrumentation folk psyché qui va comme un gant au thème, inspiré et réussi. Countryside arrive aux oreilles, mirifique et décalé, offrant des harmonies de voix succulentes, des arpèges de guitares scintillants et sautillants sur une batterie percutante.



Les entités contraires s'aimantent, les mots en opposition au style des mélodies forment un tout pop juteux et judicieux comme sur Northern Winds avec son texte acerbe, accompagné d'un air léger, voire comique à la façon des Kinks et des Monkees. Fly away est peut-être la chanson la plus proche du premier degré, touchante, parce que pleine de tendresse, de poésie et de sensibilité dans les arrangements. L'humour décalé revient sur le dernier titre Korean Monk groovy et virevoltant qui n'abat pas le masque et ne desserre pas les dents pour autant. Enervés, musclés, le clavier, les guitares et voix saturées conduisent un titre magnifiquement rythmé et addictif. Je reste sidérée à l'écoute de Copake, d'une qualité infinie, peaufiné, réfléchi et brodé avec un panache épatant. Je classe Copake de Figaro dans les classiques essentiels à la collection Piggledy Pop.
Figaro

Dernière production de Luca Buccellati en date, le groupe anglais Colouring et leur album Bn.



mercredi 1 mai 2019

Anaïs Kerhoas - Les Tisanes d'Anaïs

Le film-documentaire Anaïs s'en va en guerre de Marion Gervais retrace le parcours du combattant d'Anaïs, 25 ans, pour démarrer son exploitation en Bretagne, de plantes et fleurs destinées à devenir tisanes. Le reportage datant de 2014, la jeune femme a depuis réussi son entreprise qui est sur les rails, non sans mérite. Certaines critiques du film, en général dithyrambiques, parlent de son chemin de croix pour s'installer et commencer à obtenir le fruit de son travail comme 'une leçon de vie'. Je dirais cinq ans plus tard, en se référant à l'assistanat actuel, l'ataraxie et la flemmardise ambiante, que c'est une 'leçon' tout court. Anaïs Kerhoas donne une leçon de courage, de valeurs, d'esthétisme, d'adversité, d'honnêteté, symbolisant son dessein, sa passion, artisanale et noble.



Qui aujourd'hui travaille 12 heures par jour, à se faire des ampoules, des entorses, des angoisses à ne dormir que 4 heures par nuit en gagnant 300 euros par mois parce que passionné, acharné, le regard sur un objectif? Anaïs rencontre certes des difficultés. Elles viendront de l'administration française, de EDF, des profs et conseillers ligués pour décourager la jeune femme, lui refusant des autorisations sous des prétextes ambigus, en la jugeant sur des critères physiques, 'trop jolie pour travailler au champ', ou en consultant des parisiens pour un conseil communication, affables mais improductifs.



Le film nous montre excellemment à quel point les citadins versus régionaux, les actifs versus administration, ne vivent plus du tout dans le même monde. Cela se passe en France mais la fissure devient faille aussi dans beaucoup d'autres pays. Il y a les assistés des villes, dans l'amusement et le nombrilisme (vacances, baby-foot au bureau quand ils daignent y aller, smartphone etc) et il y a les résistants face à la déliquescence, ceux qui bougent et créent, donnent de leur personne et rayonnent par leurs actions. Anaïs Kerhoas est de ces derniers. Force de caractère avec sa sensibilité, force physique avec sa taille menue, elle réussit ce qu'elle entreprend avec une volonté de fer et qui à bout de souffle, parfois aux larmes, se relève encore plus grandie. Le résultat, ce sont ses plantes, ses hectares, ses tisanes ; Et il est beau, bon et sain. Avec ses ongles rodés par la terre, loin de la préoccupation du reflet de son vernis à ongles sur son téléphone, la jeune femme chevaleresque met toute son énergie pour faire pousser sa reine-des-prés, son basilic cannelle, guimauve, bourrache, verveine citronnée, camomille romaine... Elle les cueille délicatement, les taille fleur par fleur avec son oeil fatigué et cerné qui ne lâche aucun détail.



Ce travail précis et minutieux porte ses fruits. En étendant son domaine et en persistant dans le temps, Anaïs désormais commercialise ses tisanes dans le monde entier. Sa force pour bâtir et son endurance, son goût de la liberté et sa perspicacité se retrouvent dans ses tisanes entièrement concoctées à la main: l'Espiègle, la Funambule, la Rêveuse, l'Amoureuse, la Délicate, l'Elégante, la Gourmande, la Féerique etc...

"Je trouve simplement magique de partir d'une graine, et d'arriver à une jolie récompense, parfumée, savoureuse, et pleine de bienfaits. J'aime l'idée de prendre soin de ses petits trésors, de la pépinière jusqu'à leur consommation. L'idée du réconfort qu'elles peuvent nous apporter. (...) j'ai semé, bouturé, fertilisé, planté, désherbé, récolté, trié, et conditionné mes plantes. Je vous propose maintenant de les découvrir... En espérant qu'elles vous apporteront autant de bonheur que j'en ai eu à leur donner vie..." Anaïs Kerhoas
"Anaïs s'en va en guerre" DVD aux Editions Montparnasse.
LesTisanesdAnais



PS : A l'aube des élections, amis européens, je vous invite à signer la pétition suivante pour aider à mettre la pression sur la Commission européenne qui continue d'autoriser la commercialisation et utilisation de flupyradifurone, et de valider l'utilisation du thiaclopride et du sulfoxaflor, ravageurs, tueurs des abeilles et autres insectes pollinisateurs, essentiels et vitaux! Ce léchage de bottes des lobbys est insupportable, d'ailleurs dénoncé par la Royal Society et la EFSA qui ne cessent d'alerter sur la haute toxicité avec preuves scientifiques à l'appui. Il est nécessaire d'ajouter votre signature! Pollinis