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samedi 27 avril 2019

Talkboy

Les jeunes anglais de Leeds viennent de signer quatre titres, efficaces et accrocheurs, comme toute la presse spécialisée s'accorde à le dire. Talkboy : Calum Juniper et Katie Heap au chant, Jake Greenway à la batterie, Tim Malkin à la guitare, Tom Sargent à la basse et Charlotte Jones au clavier se produisent sur les scènes ce printemps et cet été dans tout le Royaume-Uni, présents sur les festivals et le Great Escape de Brighton le 9 mai prochain. Ils apparaissent en juillet 2018 avec le single Mother, suivi de Over & Under et Someone Else For You cet hiver 2019. La joyeuse équipe du Yorkshire continue son épopée avec le formidable Wasting Time paru le 20 avril 2019. Ils signent des titres rythmés, alternatifs, psychédéliques avec des riffs rocks ou des harmonies sixties, un ensemble bien sanglé, maitrisé, qui contient l'âme des grands groupes anglais qui ont dessiné l'histoire de la pop.



Mother est fourni en arrangements vintage, sur un tempo galopant et des voix entremêlées qui font rayonner les harmonies quand Over & under évoque les relations, amoureuse ou amicale, ses finalités parfois superficielles avec ses atours rock, son clavier vif, absorbant et ses riffs de guitares épiques. Someone Else For You poursuit dans la tonalité mordante, assurant une belle tension dans les cordes comme dans la batterie. La mélodie solidement dansante est colorée d'un fin psychédélisme, d'un schéma indie accentué par la voix de Katie qui éclabousse de sa belle énergie, accompagnée de Calum, aussi époustouflant à la guitare sur le tout nouveau Wasting Time. A découvrir absolument!
Talkboy



vendredi 26 avril 2019

Hafdis Huld

J'évoque le travail de Hafdis Huld il y a quatre ans sur Piggledy Pop : "Tout comme ses compatriotes Benni Hemm Hemm, l'artiste Hafdis Huld, nous offre un univers islandais à travers ses compositions qu'elle qualifie de 'cosy'(...) Dans cette atmosphère essentiellement acoustique, elle réussit à saupoudrer ses titres d'excentricité, de sourires et de fraicheur tout en revenant dans ses textes sur ses expériences passées. Née en 1979, elle intègre à 16 ans le milieu de la musique avec le groupe pop-electro GusGus. Quittant l'aventure en 1999 pour se consacrer à son projet solo, elle signe un premier album en 2006. Dirty Paper Cup, qui comporte 13 titres dont la cover du Velvet Underground Who Loves the Sun, est récompensé dans la foulée avec l'award islandais du meilleur album pop de l'année.



Hafdis part sur les routes européennes et américaines présenter son album. Présente sur les principaux festivals, Glastonbury, The Secret Garden Party (UK), Airwaves (Icelande), Hultsfred (Suède) (etc...) elle forme un groupe de musiciens qui l'accompagne sur scène : Sarah Croft, Alisdair Wright (son mari) et Steve Ling. Contrairement aux grosses cavaleries qui fabriquent du bruit, la troupe resplendit sur les plateaux devant des milliers de personnes avec seulement une guitare, un ukulele, un clavier, un banjo et un xylophone. Aimant faire des reprises de Lou Reed, Sam Brown avec Stop! et Creep de Radiohead, Hafdis Huld a un réel don pour la composition. Douée pour nous dévoiler son univers personnel avec pudeur et poésie, elle dissimule sa grande sensibilité et les évènements tristes de sa vie derrière un sens de l'humour croustillant et une espièglerie adorable. En 2009, elle signe son deuxième album Synchronised Swimmers, qui gagne un beau succès. Le thème du sport y est décrit avec beaucoup de drôlerie, comme dans Kongolo, qui signifie 'araignée' en islandais et parle d'Alain Robert, le grimpeur français qui escalade montagnes et buildings.
Le troisième volet Vögguvísur sort en 2012, année de naissance de sa fille. L'album est composé de berceuses, de mélodies pour les enfants. Puis Home, ce somptueux quatrième album voit le jour en 2014. Après des albums de pop bondissante aussi fantaisiste dans le textes que délicate et faussement naive, Hafdis nous propose un Home intime, avec un peu de tristesse, de nostalgie mêlées toujours à son caractère optimiste et rayonnant."



Après Dare to Dream Small qui parait en 2017, magnifique album tout en charme et délicatesse orné de mélodies jouées et composées à la guitare, la musicienne reste dans ce registre avec Variations, paru en février 2019. Ce superbe album reprend des titres que Hafdis Huld aime et qu'elle revisite à sa manière, souriante.. Comme souvent avec les reprises acoustiques qui laissent plus de place aux paroles sans les noyer dans une grosse production bourrine, l'auditeur fait davantage attention au sens de la chanson. Par cet exercice, l'artiste islandaise rend hommage aux auteurs, malheureusement trop souvent ignorés, en leur redonnant les galons mérités. Le disque s'ouvre sur une chanson de Dolly Parton, Bargain Store, qui perd son profil country mais gagne en tempérament grâce à la guitare acoustique et au chant cristallin. Elle est suivie de One Moment in Time écrite par Albert Hammond et John Bettis, ici la version met en valeur le texte de façon élégante. C'est idem pour I Want To Break Free, écrite par John Deacon le bassiste de Queen, aussi à l'origine de The Miracle ou encore Under Pressure.



Le petit bijou poursuit l'envoûtement avec Songs Of Love écrite et chantée par Neil Hannon. Le résultat réussi est un régal dans les arrangements de guitares, de ukulele, de batterie, de basse qui vont comme un gant au chant précieux et féerique. La beauté dans la réinterprétation continue avec You're The First, The Laast, My Everything écrite par Barry White, Peter Sterling Radcliffe, Tony Sepe qui devient ici une mélopée sautillante de fraicheur avant la grandiose Simply The Best, signée de Holly Knight, Michael Chapman, connue grâce à Tina Turner qui ici est déclinée et déclamée avec douceur et raffinement, redorant le profil amoureux des mots, tout comme avec The First Time Ever I Saw Your Face composée par Ewan MacColl qui poursuit dans le domaine sentimental de manière harmonieuse. Puis Here Comes The Rain Again écrite par Annie Lennox et David Stewart surprend par son tempo plus langoureux pour là encore offrir une reprise parfaite et innovante avant le sublime Slow Learner de Boo Hewerdine et Tom Littlefield à l'origine habillée de bluegrass et enveloppée ici de tendresse dans les violons, la guitare et la voix .



Hafdis Huld offre un tour de chant subtil et lumineux au Take My Breath Away de Giorgio Moroder et Tom Whitlock. L'esprit des années 80 est omniprésent pour une pincée de nostalgie mais aussi, et on s'en rend compte à posteriori, parce que les chansons étaient encore porteuses de mélodies et de sens ce qui me semble évident à l'écoute de What Is Love, datant de 1993 où la rupture avec le savoir-faire mélodique est notable. Enfin, You To Me Are Everything, titre disco fameux de l'année 76 interprété par les Real Thing, écrite par des faiseurs d'or funk, Ken Gold et Michael Denne, est revue ici avec volupté dans le ukulele de Hafdis qui termine en beauté via le texte drôlissime de The Swimming Song écrite par Loudon Wainwright III en 1973. Avec des choix variés et symboliques d'une génération qui a dansé sur ces titres au siècle dernier, Hafdis Huld apporte sa grâce sur Variations ornée de sa bonne humeur et de sa personnalité inondée de soleil et de sourires.
HafdisHuld
HafdisHuldPiggledyPop2015



lundi 22 avril 2019

The Proper Ornaments

Je parle du groupe la première fois ici en 2017 pour la sortie de leur album Foxhole : "Les londoniens sont très bien ancrés dans le style pop qui nous anime depuis des décennies. Ce cocktail magique et essentiel des The Proper Ornaments est blindé de mélodies, de voix lo-fi, d'instrumentations sans artifice analogique (...) Le premier single Recalling parait en 2010, feuillu, solide, fort saisissant avec ses distorsions dans les guitares et son chant (...) Novembre 2011, The Proper Ornaments recharge le fusil pour délivrer le somptueux EP Taking the Gamble out of Buying où guitares, basse et batterie sont affranchies, ornées de voix profanes qui honorent cette pop naïve raffinée.



Aux commandes il y a un artiste qui plus le temps passe, se distingue et devient le parrain du milieu indie. James Hoare écrit sans anicroche des pépites pop, les interprète avec sa guitare et son grain de voix, nous mettant à genoux. Le génie de James resplendit dans d'autres projets qu'il mène d'une main de velours dans un gant de fer, Veronica Falls et Ultimate Painting (...) James est accompagné de Max Oscarnold du groupe Toy, autre maestro, qui écrit et compose tout en formant l'axe central du groupe. Avec eux, Daniel Nellis joue de la basse et Robert Syme assure la batterie, tels des dieux de la mythologie pop. 2014 annonce le premier album Wooden Head et ses 14 titres néo-psychédéliques fabuleux."
ProperOrnamentsPiggledyPop2017



The Proper Ornaments est de retour ce 5 avril 2019 avec un troisième album en or pop brute, plein d'espoir et de luminosité, Six Lenins. Apologies ouvre le bal avec ses harmonies seventies époustouflantes pour une déclaration intime ronde de clarté d'esprit, un regard dans le rétroviseur, un coup de plume sur le passé, un bilan cohérent et lucide. Le son produit est nimbé de pureté comme sur Crepuscular Child où les guitares s'alignent gaillardes sur le chant certain, doucement appuyé et entêtant, droit sorti du coffre fort de James Hoare tel un petit miracle pop. La batterie et la basse partent au galop pour accompagner des mots mystiques mais plein d'affront, qui reviennent sur Where Are You Now. Tandis que le trait est fait sur le passé, les claviers resplendissent sur Song For John Lennon, hommage délicat au musicien qui flotte généreusement au milieu de métaphores naturelles et saisonnières. Can't Even Choose Your Name est la chanson phare à mes oreilles, spirituelle et dans le questionnement, et qui de manière très fine, reprend les thèmes des deux précédentes.



Please Release Me, titre doré façon Kinks et La's, est solidement addictif avec ses arrangements sixties psychédéliques où brillent les guitares, le piano et les cymbales au tempo hypnotique et langoureux. Suit le fabuleux Bullet From A Gun avec sa mélodie printanière, le chant chaleureux, la guitare somptueuse, pour parler d'abus de produits destructeurs avant d'enchainer sur Six Lenins qui avance mordante et brillamment railleuse, énumérant une liste d'instruments de musique pour toucher une personne en particulier, éminemment détestée. La délicatesse romantique revient dans les cordes de guitares et la voix duveteuse de Old Street Station, une balade du brit-troubadour excellente et inspirée. Les guitares rock saturées terminent en force l'album avec In the Garden où une force céleste attire 'i guess i try to see what's on the other side...'. Six Lenins, signé chez nos amis de Tapete Records, peut sembler calme mais il est tumultueux, fort et affirmé dans ses harmonies, dans son message pour lequel The Proper Ornaments sont brillamment convaincants.
ProperOrnaments



Jessica Pratt

Auteur-compositeur, la musicienne californienne apprend à jouer de la guitare à 15 ans. Son frère et sa mère à la maison sont musiciens et elle est entourée d'instruments. Elle enregistre ses premières chansons dès ses 16 ans et signera à 25 ans en 2012, son premier album Jessica Pratt. Il sera suivi en 2015 de On Your Own Love Again puis le 8 février 2019 du grandiose Quiet Signs. Arrangé avec finesse, le disque offre des instrumentations de flûte, d'orgue et de piano ; La guitare, à la présence absolue, forme une pop orchestrale délicate aux particules tantôt classiques tantôt folk à la façon de Nico ou de Margo Guryan.



L'attention est captivée illico à l'ouverture de Quiet Signs, un court instrumental presque énigmatique et mystérieux. Le ton est donné et la voix juvénile, angélique de Jessica éclatante de douceur fait une entrée remarquable sur As The World Turns. Les arpèges de guitare font frissonner tant les ondulations sont persistantes, en accord avec son chant nuancé et galbé. Fare Thee Well déroule un tapis de mots en guise de roses sur la guitare acoustique, évoquant les saisons, les oiseaux et la mer, avec une précision harmonique impressionnante et une flûte traversière accompagnée de l'harmonium au tact charismatique. Les instruments intelligemment dosés se répondent raffinés, se croisent aimables, avec des tonalités boisées et essentielles sur Here My Love pour parler d'un ancien amour et des souvenirs, de la mémoire tenace. Puis l'ambiance légèrement bossa de Poly Blue continue de charmer avec les habituels la-di-da-da-da de la formidable interprète qui habille ses compositions de sa voix panachée.



Les silences sont discrets mais obligent l'écoute du mariage guitare-voix. On plonge dans la fragilité poétique des mots comme sur This Time Around, dans sa vulnérabilité comme dans sa force pour combattre, sa spiritualité qui lui donne envie de pleurer 'This time around has it gone so grey, That my faith can't hold out? Haven't you heard there's a somber wind, Gets my head away now'. Les anges présents prennent forme dans Crossing avec l'écho merveilleux des voix qui parlent de chanter, du pouvoir d'une chanson, d'une voix et de ceux qui cherchent à la faire taire. La mélodie extrêmement efficace montre toute la complexité de l'art de la composition, poursuivant judicieusement sur le même thème avec Silent Song. Jessica Pratt capture nos oreilles en sautillant sur les accords et offrant des rythmes langoureux dans ses cordes de guitares ou dans sa voix subtilement élastique. Aeroplane, dernière plage, arrive avec son tambourin magique pour un titre voltigeant, magnifiquement aérien, aux contours d'une simplicité désarmante qui fait prendre de la hauteur et gagner de la perspective, de l'espérance. Quiet Signs de Jessica Pratt a du coeur. Classé dans les meilleurs albums Piggledy Pop 2019, il est à savourer absolument.
JessicaPratt



dimanche 21 avril 2019

Marker Starling

Marker Starling est le nom d'artiste de l'auteur-compositeur interprète canadien Chris Cummings qui auparavant signait ses disques sous le pseudo Mantler, dont le premier de 2000 Doin' It All, suivi de Sadisfaction en 2002, Landau en 2004, Monody en 2010. C'est en 2013 que Cummings décide changer de nom et apparait désormais en tant que Marker Starling. Rosy Maze parait en 2015 et la reconnaissance doublée d'admiration de ses pairs ne cesse d'accroitre. Le second album I'm Willing sort en 2016, puis Anchors and Ampersands en 2017 suivi en janvier 2019 du magnifique Trust An Amateur. Cummings s'entoure de ses amis et collabore à nombre de projets avec d'autres musiciens comme Junior Boys, Von Spar ou encore Laetitia Sadier (Stereolab) avec qui il partage un duo sur l'album I'm Willing, enregistré à Paris.



Chris Cumming fait ses armes au piano de 7 à 20 ans avant d'entrer à l'école de production de films de Toronto, autre corde à son arc qui lui vaut d'être souvent invité dans les festivals de films comme celui du Toronto Underground Cinema où il offre un concert en 2012 aux côtés du groupe Yo La Tengo. Ses compositions sont riches de notes de piano, de Wurlitzer, stylées pop sixties, ornées de groove et de bossa nova, d'une douceur et d'une élégance infinies qui plairont aux amateurs des Beach Boys, Sergio Mendes, Brent Cash etc.



Du haut de ses cinquante ans, l'artiste brille de simplicité et de lucidité. Son univers intimiste est intentionnel. Parce qu'il dépose sa voix cristalline, chaleureuse sur ses notes sucrées de clavier aux allures brésiliennes comme un peintre colore sa toile avec ses pointes de soie et ses couteaux, le résultat peut sonner aussi mélancolique qu'ensoleillé. Il évoque de manière brillante, toujours humble, sa vie de musicien avec ses amis et sa vie de père comme sur Silver Morn qui ouvre le disque. Les partitions de Marker Starling offrent des particules pop typées également seventies, voltigeant sur la boite à rythmes et sur ses savoureux sarcasmes qui glissent légers sur les voix chorales angéliques comme sur Three Cheers / Stony et sur le somptueux Fly Away. Fort émouvant, le titre est dédié à son ami Dennis Frey, acteur et chanteur mort en 2012 avec qui il l'avait composé en 1998.



La délicatesse et les métaphores poétiques sont habillées d'une jolie âme créatrice comme sur Ancestor qui donne un caractère sobre, factuel, comme le souhaitait son auteur lors de l'enregistrement à Berlin avec la complicité du producteur Guy Sternberg. Cummings décrit le titre Mistaken I.D / Crosstown Bulletin comme un reportage 'it’s like a little news bulletin observed from a bicycle rider going across town'. La mélodie et les mots mordants de Trust An Amateur emmène dans le monde sournois et du coup, peu pérenne, du business de la musique. Le chant nacré de Cummings est admirable et à propos pour décrire ce milieu sans pour autant être touché ni concerné, conservant ses distances. Hold No Desire / Leavetaking / Mass Market Paperback suivent pour sept minutes de rêves, de zigzags sentimentaux dans le temps et les époques mais aussi dans la construction alternative fournie de décors, d'ambiances. Sa voix si belle avance majestueuse, enchainant les trois morceaux et Lost Rooms qui boucle gracieusement et finement l'écoute. Ce merveilleux album solo Trust An Amateur de Marker Starling est plus que jamais intime, équilibriste, garni d'émotions brutes, sans artifices, donc très touchant surtout quand on connait l'esprit plein de drôlerie de Chris Cummings, dont toute la discographie est dorlotée par Piggledy Pop.
MarkerStarling



dimanche 14 avril 2019

Saltwater Sun

Saltwater Sun est un groupe de Reading qui comprend cinq musiciens. Dan Kingham l'auteur-compositeur, chanteur et guitariste, Joel Neale guitariste et ingénieur son, Ben Chandler à la batterie et percussions, Robert Carter à la basse et la chanteuse Jennifer Stearnes se connaissent depuis l'enfance, et ont une expérience solide de la scène . Le travail de création est commun, Dan apporte une mélodie, des accords et partitions puis chacun du groupe y apporte sa pierre en matière d'arrangements et Jennifer écrit les paroles. Ils apparaissent en 2015 avec leur premier single Habit On My mind suivi du EP Wild en 2016. En 2018, le groupe signe des mélopées qui accroche illico mon attention. Rock alternatif en béton, les sonorités britpop postpunk inondent les mélodies laissant penser que le club des cinq a été nourri au biberon avec les Blur,  Who, Arctic Monkeys, Cardigans, Black Sabbath, et aussi The National, David Bowie qu'ils aiment ou encore Echobelly offrant un mélange pop des années 80 et années 90.



Les titres Now or Never, Making Eyes, The Wire, Hot Mess seront suivis par les titres récents de 2019 Blood, Trying et The Great Deceiver sorti il y a six jours. Produits par les Saltwater Sun et leur compatriote James Bragg  alias Gengahr, les chansons sont dansantes, rythmées, superbement jouées.
"Apathy vs. rage, A symptom of our age, Been living out our days, Observers not the actors" : Le texte de Wire est aussi musclé que ses harmonies de guitares, ses mots clinquants sur le tempo vitaminé de la batterie. Rob brille à la basse, essentielle et élancée. Tandis que Trying évoque les effets secondaires de produits toxiques qui peuvent dissoudre une relation, terminant sur une note positive, les guitares offensives et la batterie combattante de Blood accompagne un texte qui parle de la mort du père de Jen il y a dix ans, également sans complainte. La sensiblerie ne rôde pas chez les Saltwater Sun qui transforment toute expérience en arme et en atout.
Leur vitalité et leur belle réaction s'entend dans The Great Deceiver aux guitares magiques, à la basse et batterie révoltées exquises sur la voix de Jennifer que j'adore tellement elle resplendit de charisme. Son grain de voix, singulier, habille les lignes de guitares, orne la rythmique élégamment avec ses particules punk et sensuelles à la fois. Saltwater Sun offre une signature qui se classe sur le podium 2019 de Piggledy Pop, parce que addictive et explosive façon puzzle pop.
SaltwaterSun





samedi 13 avril 2019

Golden Daze

Golden Daze formé en 2013 est un duo américain originaire de Los Angeles constitué de Ben Schwab et de Jacob Loeb. Pour d'emblée tenter d'aiguiller sur le genre de leur univers pop, je citerais comme noms Ultimate Painting, Jon Brion, The Clientele et comme adjectif élégant, intime, sucré et éthéré. Le premier album Golden Daze parait en 2016 suivi ce mois de février 2019 du génial Simpatico, cousu d'or harmonique et mélodique. Leurs deux voix à l'unisson touchent, leurs guitares mariées à la basse et la batterie, marquent un tempo chaleureux qui met dans le mille. Le mélange est somptueux, homogène et fichtrement limpide à l'oreille. L'album déploie ses mélopées de manière brillante, voire astrale. Les cordes de violons et la peau du tambourin s'invitent parfois, discrètement pour effleurer les arpèges de guitares et le chant cristallin montrant que les deux artistes sont doués pour non seulement la création mais aussi l'instrumentation et l'interprétation. Quand ce cocktail est réussi, il reste sur la platine une petite tuerie pop.



Ce qui m'a séduite à la première écoute, c'est la basse qui swingue, qui offre de l'ampleur aux guitares et se promène sur tout le disque en le portant avec gaillardise à bout de chevalet. Les mélopées s'ouvrent sur Blue Bell qui sonne le glas de la délicatesse et du temps qui passe, plantant un décor doré de notes romantiques et de voix duveteuses. Amber enchaine sans blanc maintenant cette sensation de matière avec ses métaphores saisonnières impeccables. La chanson remplit l'attention dès l'arrivée de la basse grandiose pour évoquer une relation vibrante dont Flowers crée une continuité forte et efficace. Le titre au groove subtil se fait plus insistant et persistant sur une ritournelle en guise de bouquet de fleurs, puis sentimentale sur Took a Fall où la distance amplifie l'amitié ou la fraternité. Les images physiques, géographiques, en mouvement se font langoureuses sur Lynard Bassman avec sa mélodie pleine de fulgurance et ses arrangements enrichis de cordes. Wayward Tide avance majestueux sur ses accords et arpèges de guitares fins où l'on entend tout le travail de sculpteurs de Ben et de Jacob, idem pour l'excellent Within qui croise divinement l'art de la composition à celui de l'interprétation.



Sentimental Mind et son tempo indie solide poursuit l'ambiance ballades pop soyeuses, qui avancent en s'encastrant et se répondant parfaitement faisant perdre la notion du temps quand Drift sautillante, rythmée par le tambourin et les cymbales ajoute à l'intelligence et à la musicalité une sacrée dose d'optimisme. Arrive ce qui est à mes oreilles la perle du disque, la formidable Where You Wanna Be. Simpatico, chanson qui offre le titre de l'album est, pour terminer l'écoute, la chanson phare, par son sens et sa construction. Folk, lo-fi, indie pop alternative, tous les éléments sont là et bien malaxés pour créer un titre brillant. Le travail effectué sur les deux voix reflètent la complicité de Ben Schwab et de Jacob Loeb, ce qui est voulu et recherché. Le résultat élégant est atypique parce qu'il est rare de pouvoir savourer une telle pépite pop écrite à quatre mains traitant du thème de l'amitié. Golden Daze signe un Simpatico beau, musclé d'harmonies, lumineux de fraternité et équilibré de sentiments positifs. Je le conseille fermement.
GoldenDaze



samedi 6 avril 2019

Marius Ziska

Marius Ziska, auteur-compositeur des Iles Féroé, petit paradis autonome au royaume du Danemark, situé entre l'Écosse, la Norvège et l'Islande, où les indigènes aiment la nature, le rugby, la musique, mais pas trop les perturbateurs, signe son premier album Recreation en 2012 et son second en 2015, nommé Home/Heim. Son univers artistique est notable parce que riche de mélodies, brillant de technicité, joliment inspiré par l'amour de sa famille et de son territoire, orné de sa voix qui contient de la grâce et du charisme.



Les notes cristallines de Going Home qui ouvre délicatement ce deuxième disque font immédiatement voyager. Les mots somptueux sur les cordes élégamment titillées sont une invitation à découvrir ce pays magique, cet havre de grâce et de chaleur, discret et secret. 'The greeting clouds and naked hills are calling. Stones feel soft, hard rain is falling. The colours of home sets us all in motion, carried by the winds across the ocean...' Le disque qui contient des titres en anglais et en féroien est suivi en juin 2018 par le grandiose Portur, troisième volet entièrement en langue natale et locale. Le langage du gentilé est un mélange de danois et d'islandais, fort lyrique, il sonne musicalement et résonne magnifiquement. L'archipel qui ne compte qu'à peine 50 000 habitants est un vivier d'artistes, un endroit qui inspire les musiciens comme Gudrid Hansdottir ou Teitur et qui offre tous les étés le G! Festival pour ses milliers de festivaliers qui viennent de toute l'Europe.
GFestival



Marius Ziska est influencé enfant par son père avec qui il écoute beaucoup de vinyles et qui lui offre une batterie quand il a 9 ans, puis une basse, une guitare. Il formera son premier groupe au collège. Jouant sur scène désormais et arpentant les routes européennes (ce mois d'avril en Allemagne avec des dates quotidiennes), Marius Ziska a sans cesse besoin de rentrer aux iles, où il se ressource et puise son inspiration pour ses futures compositions. Portur qui est 100% féroien dévoile pour la première fois l'homme artiste grâce à sa langue maternelle qui permet d'ouvrir des portes plus personnelles, d'évoquer des sujets solides qui de manière immarcescible, sont plus émouvants qu'en anglais. La pépite pop Portur démarre sur la rythmique envoûtante et dansante de Silvurlín où claviers, batterie, basse galopent sur le chant somptueux qui évoque une mystérieuse et impénétrable Silvurlín décrite avec des métaphores de chevaux indomptables et de fleurs sauvages. Les textes aussi colorés qu'une palette de peintre et poétiques sont ornés d'arrangements finement brodés comme sur Góðvarin Mynd qui décrit le sentiment de bien-être sur ses terres, loin du cynisme et de la violence urbaine.



L'ambiance sereine poursuit excellemment avec le tempo pop sautillant de Til Kærleikan, duo formé avec les compatriotes des Féroé Guðrun & Bartal, génial groupe pop constitué de Guðrun Pætursdóttir Haberg et de Bartal Augustinussen. Suit le très touchant Longsul, sa batterie vibrante, offensive, qui fait marcher au pas sur les violons et les claviers mariés sur la voix combattante de Marius qui 'né dans l'ancien temps' demande et supplie 'Do you hear me now, call on you'. Les cuivres et cordes forment un alliage sacré sur le tempo synth-pop de Dansa í Náttini, alternative, en ascension, pleine de sonorités pop lumineuses qui parlent du profil noir et sombre du monde contemporain versus son monde plein d'espérances et de beautés, idem sur Flóttin qui suit avec sa douceur harmonique et lyrique. Le tempo reprend du service avec la batterie et le chant martelé de Vald qui signifie 'pouvoir' soulignant la petitesse des businessmen, sortes de coquilles vides à l'esprit rase-mottes. Portur vogue noblement vers la conclusion où Ongin Er Orsøk, arrangé intelligemment est interprété avec une splendeur raffinée. Marius Ziska signe un album de huit titres attachants, ronds d'espoir, aussi forts de poésie que d'idées fertiles pour les harmonies. Un plaisir mélodique certain et sans fin!
MariusZiska