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dimanche 17 mars 2019

Le jeans

Il était une fois au XVIème siècle, en Italie, dans la république de Gênes, une toile de lin tissée avec de la laine, de couleur ocre et brune, qui servait à la fabrication des voiles pour les bateaux. Cette étoffe croisée vient de la futaine qui elle date en Europe du XIIème, sera utilisée dans la confection de certains vêtements d'extérieur au XIVème siècle. Dès le XVème siècle les étoffes génoises voyagent sur les routes maritimes jusqu'à Londres où le vocable 'Gênes' est prononcé 'Jeanes'. Puis certaines de ces étoffes seront acquises un peu plus tard par Henri VIII, et seront après sa mort inventoriées au nom de Jeane, faisant référence précise au lieu d'origine de fabrication. L'expression apparaît sur nombre de documents du commerce dès le XVIème siècle comme par exemple sur l'acte d'achat d'une propriété du Comte d'Oxford à l'italien Benedict Spinola dit 'merchant of Jeane' (marchand de Gênes).
Certains historiens s'accordent à dater le 'blue jean' dans la première moitié du XVIème grâce à la toile utilisée en 1538 par le peintre Teramo Piaggio pour son récit de la Passion du Christ sur toiles bleues en fibre de lin teintes à l'indigo. 



Elle sera par la suite fabriquée en France, notamment à Nîmes. Cette toile italienne à l'origine, devient la 'toile de Nîmes' ou sergé de Nîmes aux fils de coton croisés, qui voyage et arrive en Angleterre où on la nomme 'denim'. Ce n'est que bien plus tard, au XIXème que cette toile, alors nommée 'jean' en Europe depuis des siècles, fait une entrée outre-Atlantique, notamment via le commerce du bavarois Lévi Strauss en 1860 qui en fait venir du vieux continent jusqu'à San Francisco pour faire du vêtement.

J'écoutais hier un jeune et sympathique avocat, sensiblement de droite conservatrice, qui vantait une préservation de l'identité et de la culture française, face à l'américanisation de l'Europe en lui donnant comme exemple le port du jeans. Un petit désarroi m'a inspiré cette petite chronique.
Primo, parce que l'art de la mode, de la confection de tissus (Jouy, Mayenne, Nîmes) fait partie de notre culture et qu'il est plus classe de le connaitre. Secundo parce que les américains, sans leur manquer de respect, n'ont rien inventé du hamburger (allemand) au donut (français), de la voiture, du train (Angleterre) à l'aviation (France). Manger un burger en portant un jean ne tient pas du fantasme américain. Tertio, cette sensibilité au vêtement, matérielle et moderne, me fait sourire. L'habit ne fait pas le moine, comme la casquette NY ne fait pas le fiché S.