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dimanche 27 janvier 2019

Michel Legrand

Michel Legrand n'est plus, il s'est éteint hier mais sa lumière reste. Les compositeurs de musiques de films et de comédies musicales français ne sont pas nombreux, je devrais dire n'étaient, parce qu'il emporte avec lui ce 26 janvier 2018, son destin romanesque certainement inégalé. Le musicien à la belle âme, à l'oeil rieur dirigeant un royaume de partitions dorées, me laisse cette triste semaine doublement orpheline.

Ascenseur pour l'échafaud, A bout de souffle, Le cave se rebiffe, Une femme est une femme, Cléo de 5 à 7, Les quatre cents coups, Bande à part...la nouvelle vague, Godard, Henri Verneuil, Marcel Carné... et un jeune compositeur pour mettre ces oeuvres en exergue dont le nom apparait de plus en plus souvent, Michel Legrand. Le timide jeune homme au sens insensé pour le swing, revisite, réinvente le jazz avec des contrepoints, brode autour du style pour y ajouter du romantisme bien français, et dirige de manière assurée et élégante son orchestre pour formuler une chanson. Magicien mélomane, maestro mélancolique, son goût pour les comédies musicales américaines marié à sa culture française agrémenté de son charme et de son instinct lyrique sophistiqué 'frenchy' lui seront vite enviés outre-atlantique.

Cyril Pansal

Michel nait dans le XXème arrondissement de Paris en 1932. Il grandit en lisant Aragon ou Blondin et en se réfugiant dans la musique très tôt parce que ses parents, séparés et peu enclins à la tendresse, ne lui offrent guère de chaleur. 1955 son aventure musicale commence avec le court métrage Visages de Paris signé François Reichenbach, suivront jusqu'en 1963 plus d'une vingtaine de films jusqu'à La Baie des anges et Les Parapluies de Cherbourg en 1964 qui lui vaudra une nomination aux oscars, année où il signe également la musique de Bande à part. Les succès s'enchainent alors avec Les Demoiselles de Rochefort en 1967 et il part en Californie décrocher un oscar pour L'Affaire Thomas Crown et sa mémorable chanson Les moulins de mon coeur. 1968 et 1969 il honore les bandes originales de L'Homme à la Buick (Grangier) et La Piscine (Deray). 1970, son nom s'impose dans le cinéma où il reçoit un deuxième oscar pour Un été 42 et son titre The Summer Knows qui sera interprété par Frank Sinatra, Sarah Vaughan, Andy Williams, Scott Walker, George Benson et Barbara Streisand que Michel Legrand connait bien pour lui avoir concocter le magnifique album Je m'appelle Barbra en 1965 et la comédie musicale Yentl en 1983, troisième oscar. Cette même année l'amène à griffer la bande son de Never Say Never Again, le James Bond avec Sean Connery qui marque sa carrière. Son oeuvre pour le cinéma comptabilise plus de deux cents musiques.

Cyril Pansal


Le pianiste de renommée internationale se produit avec des orchestres de Saint-Petersbourg à Montréal et composera de manière exaltée, compulsive pour une pleiade d'interprètes des musiques d'albums : Henri Salvador, Charles Aznavour, Frank Sinatra, Sarah Vaughan, Ella Fitzgerald, Claude Nougaro, Jessye Norman, Barbra Streisand, Nana Mouskouri, etc... 





Je vais simplement lister les trésors que j'aime pour rendre hommage à l'éternel compositeur et arrangeur, l'impatient, le joueur, l'exceptionnel chef d'orchestre, le pianiste au sourire mutin, le chanteur à la voix captivante et émouvante. Le créateur légendaire de la musique de Peau d'âne sera la voix chantée d'un jeune comédien nommé Michel Colucci qui y joue un garçon de ferme, première apparition à l'écran de Coluche.
Ce sont les fugues de Peau d'Ane que Michel Legrand qui vient d'obtenir son brevet de pilote en 1970, chantonne dans le cockpit, accompagné de son ami Jacques Demy, en faisant des piqués sur les tours du château de Chambord. Cette âme d'enfant, cet adulte dont l'enfance aura été selon ses mots 'fort grise', taquine, ébranle, percute, empoigne la musicalité, l'élégance et la poésie pour nous mettre en état de grâce. Notre timide et merveilleux Michel Legrand continuera d'exprimer ses émotions dans ses notes et ses mots parce que celui qui aimait tant s'amuser en composant est entré hier dans l'histoire de la musique.


Un grand merci à mon complice dans les plus beaux 'méfaits' comme dans les pires 'bonnes actions', Cyril, pour les images collées et montées avec magie, pour ta présence dans ce billet hommage à Michel Legrand que nous aimons tant tous les deux.



















samedi 26 janvier 2019

Half Cousin

Half Cousin est un groupe de derrière les fagots, qui se conserve et prend de l'ampleur avec le temps. C'est sous l'impulsion des deux écossais Kevin Cormack, auteur-compositeur multi-instrumentiste et la complicité de l'ingénieur du son et multi-instrumentiste Jimmy Hogarth que nait le projet il y a 15 ans. Les deux amis sont des Orkney, les Orcades étant archipel subarctique de 67 iles situé au nord de l'Écosse à 16 km de la côte de Caithness, annexé par le royaume d'Ecosse au XIIIème siècle qui compte désormais 20 000 habitants.



C'est là, dans les iles Orkney, que les deux amis grandissent, apprennent la guitare à 10 ans et au lieu de télévision, font de la musique et se tiennent chaud en jouant Deep Purple et Iron Maiden dans un premier groupe qu'ils forment alors âgés de 16 ans. Puis ils partent faire des études à Glasgow où ils continuent de se produire dans les bars. Leur particularité est l'utilisation d'objets recyclés, boites en fer, sonnette de vélo, rythmique faite avec les pierres des côtes nord écossaises, mais aussi de la clarinette, de l'accordéon, de la guitare et du piano. Dans les mélopées des Half Cousin rôde l'âme de Syd Barrett, brodant des mélodies lyriques qui m'envoûtent, des textes poétiques chantés avec une grâce rock et pop divine, le tout arrangé de manière psychédélique et alternative fort intelligente. Cette finesse et leur inspiration sont remarquables sur la première production de cinq titres, l'EP German qui parait en 2004.



Peu étonnant de connaitre le parcours brillant et renommé des deux musiciens depuis à Londres, devenus producteurs dans leur studio londonien de Queens Park où ils signent des groupes qu'ils encadrent artistiquement et techniquement comme par exemple Sia, James Blunt, Suzanne Vega, KT Tunstall, Amy Winehouse etc.

Cette même année 2004, les deux Half Cousin nés en 1974 signent le premier album The Function Room, magnifique, intemporel, une pièce pop suprême. Tout l'album est somptueux. Il est inspiré d'un roman de Janet Frame. La romancière de Nouvelle-Zélande est une muse pour beaucoup d'artistes, laissant derrière elle 11 romans et cinq recueils de nouvelles, dont An Angel At My Table, adapté en 1990 au cinéma par Jane Campion. Grande poétesse, écrivain grandiose, Frame, inclassable, rebelle, connaitra le même sort que Lou Reed, internement dans un asile à la fin de son adolescence pendant huit ans et deux cents électrochocs, échappant in extremis à une lobotomie avant que le psychiatre qui la soignait pour schizophrénie soit déclaré incompétent. Elle se remettra à vivre grâce à la littérature, l'écriture et The Function Room est une ode à ce courage, blindé d'une instrumentation fine, délicate, de textes irisés, fragmentés, extraits de la plume de Kevin, piquante d'esprit et bordée de l'âme sensible écossaise. En 2007, suit le génial album Iodine grandement inspiré lui par les iles Orcades où plus que jamais, la voix de Cormack resplendit d'excellence sur des harmonies électroniques et folk traditionnelles. Absentee, remixée par le duo de Londres Fujiya & Miyagi, aussi poppeux que Jim's Crash Memory, est accompagné des tumultueux Big Chief, Police Torch, des expérimentaux Charity et Rat Pack Dad, des touchants Abide, Home Help et évidemment de Your Name. On peut également se délecter du mini album de 2012, Fantasy Belt, aussi succulent et marqué de l'empreinte folktronica. Une future réunion des Half Cousin serait un cadeau splendide et en y rêvant pour l'instant on peut choyer leurs deux albums d'une qualité qui passe le temps et les modes.
HalfCousin





jeudi 24 janvier 2019

Bart & The Bedazzled

Bart & The Bedazzled est l'ensemble que forment Bart Davenport, auteur-compositeur, guitariste, chanteur et ses musiciens, Jessica Espeleta à la basse, Wayne Faler à la guitare et Andres Renteria à la batterie. J'écris en 2013 sur le musicien californien qui fait rayonner l'indie-pop depuis le début du second millénaire.
"Ce brillant auteur-compositeur californien aurait pu écrire le Da Capo de Love dans une autre vie. La voix de Bart Davenport rayonne de sensualité sur ses compositions velvetiennes, folk, pop, bossa teintée de lounge. Prolifique, inspiré, ses débuts sont des bolides et il signe sur des chapeaux de roue 3 albums en 3 ans : son opus éponyme de 2002 signé sur le label Paris Caramel, le génial Game Preserve de 2003, album sucre d’orge pour l’été puis en 2005, Maroon Cocoon, grandiose, tous deux signés chez Antenna Farm Records. Cette collaboration permet de pérenniser le travail d’orfèvre de Bart avec l’excellent Palaces qui parait par la suite. Les mélodies qu’il griffe de sons influencés des Beatles, The Incredible String Band et Donovan, sont une tapisserie d’harmonies qui rendent hommage aux sixties et aux seventies.



Bart Davenport commence la guitare à 8 ans et compose très tôt , travaille aux arrangements de cordes et des rythmiques pour ses albums et part à la conquête des scènes en solo au travers des Etats-Unis jusqu’en Europe. Esthète de la pop musique, compositeur et interprète, arrangeur et producteur de ses albums, il devient en bonus un parfait showman lors de ses concerts. Bart n’est pas un débutant car il brûle les planches depuis les années 90 tout d’abord au sein du groupe de San Francisco The Loved Ones où il joue de la guitare et chante, puis dans The Kinetics qu’il met en place avec son ami d’enfance Xan McCurdy, membre de Cake.
En 2000, tandis qu’il officie comme bassiste pour les Persephone’s Bees, il présente en simultané ses compositions lors de lives partagés avec d’autres amis, Eric Shea et Devendra Banhart. C’est alors qu’il entre en studio, enregistre ses premiers albums et repart sur les routes, recevant Peter Bjorn and John en Californie, allant jusqu’en Espagne et en Allemagne pour la première partie des Kings of Convenience. En 2006, ce Mozart de la pop à la voix suave de baryton qui rappelle Bert Jansch dont il est fan, intègre la formation The Honeycut en tant que chanteur et compositeur et signe l’opus The Day I Turned to Glass en 2006 qui remportera illico un franc succès. Les festivals et les médias internationaux accueillent la tournée des Honeycut ce qui pour autant ne détourne pas Bart Davenport de l’écriture en solo de Palaces signé en 2008.



L’artiste qui connait bien l’Europe sillonne l’Espagne où désormais un groupe de musiciens l’accompagne, les Biscuit, ainsi que l’Allemagne où il retrouve son deuxième label de Hambourg Tapete Records ( Lloyd Cole, Lacrosse, Nom de Guerre, Next Stop: Horizon etc). Il continue d’écrire sans relâche pour un autre projet nommé Incarnations en chantant et composant l’album With All Due Respect en 2011, puis toujours pour Honeycut, sortant un deuxième album en 2012, Comedians."

L'artiste s'offre l'album de reprises Searching for Bart Davenport en 2011 puis signe de sa patte pop en 2014 l'album grandiose Physical World. Depuis quatre ans, l'ami Davenport manquait fortement mais c'était pour mieux revenir au printemps 2018 avec son nouveau disque, fraichement iodé, vitaminé, solaire et amoureux, l'excellent Blue Motel. Comme de coutumes, on retrouve l'immarcescible et classieux son des eighties tant aimé par le groupe, typé Prefab Sprout.



Dès l'arrivée de Blue Motel aux oreilles, la rythmique attrape l'attention, le chant limpide et vif s'unit aux guitares pour une tocade ensoleillée pop suprême. La basse dansante et joyeuse marque le joli tempo avec la batterie et le clavier géré par Aaron M. Olson, autre larron de talent qui participe aux arrangements de l'album. D'emblée la palette de couleurs comme le titre l'indique, crée sur la mélodie énergique une vivacité supplémentaire, avec du bleu, du gris, du doré, sur le lever du soleil au coucher, en ayant froid ou chaud. La ballade dans l'hôtel est réussie. Suivant la même idée, le nostalgique Halloween By The Sea fait voguer sa ritournelle jouée à la guitare électrique à l'effet envoûtant et velouté avant le trépidant What's Your Secret (Cleo), véritable petite pierre précieuse pop au coeur du disque où l'auteur évoque celle qui l'inspire en y ajoutant du beat et de la sensualité via la partition ingénieuse de saxophone assuré par Billy McShane.



Suit le langoureux et mélodieux Life Under Water avant les arrangements généreusement groovy de The Amateurs et ses guitares qui brillent de mille feux pour décrire des amoureux amateurs, licencieux et bêtement malsains. Les cordes foisonnent, le don de mélodiste de Bart Davenport est éclatant sur Your Sorrow qui reprend le même thème de la perdition dans les bars pour noyer un manque de personnalité avec le clavier somptueux de Robin MacMillan ; Idem pour The House That Built Itself avec sa cavalcade de guitares pour tenir la tonalité ironique et acerbe. Les harmonies soyeuses et élaborées de notes synthétiques appuyées par les guitares de Time Machine For Two vont comme un gant à la métaphore spatio-temporelle d'un voyage amoureux malicieux . L'ambiance voluptueuse se poursuit avec la pause instrumentale de saxophone Single Life. Le panache pop revient fougueux sur Grownups qui déroule des accords de guitares savoureux, dansants, sur la voix de Davenport puissamment mélodieuse qui s'achemine sensuelle et intime dans Vampire pour terminer le disque en douceur et optimisme sur le mot 'future'. Blue Motel est beau, galbé de sonorités seventies ou eighties, arrangé avec brio, parsemé de la voix de Nedelle Torrisi (Asthmatic Kitty). Bart & The Bedazzled apportent une jolie force émotionnelle aux onze titres raffinés et sophistiqués que je range fidèlement dans le panthéon Piggledy Pop.
A ceux qui ne le connaisse pas encore, je conseille l'écoute de Maroon Cocoon de 2005, un album 'pop' phare dans ma discographie.
Bart&TheDazzled
BartDavenportPiggledyPop2013





dimanche 20 janvier 2019

Crepes

Qui n'aime pas les crêpes? Les français les aiment, suzette, chocolat, miel, confiture...au sucre mais aussi salées au sarrasin ou façon pancakes nord-américains avec du mapple syrup. Les premières galettes sont préparées en Bretagne au XIIIème siècle et la tradition culinaire a, depuis, voyager. Car il y a aussi les Crepes australiennes et j'en parle en 2016 quand parait leur premier EP Deaf Ambitions que j'estime être la meilleure découverte de 2015, suivi du cinq titres Cold Summers en 2016 puis en 2017 de l'album Channel Four.



"Originaires d'Australie, le groupe est conduit par son auteur-compositeur Tim Karmouche, au chant et à la guitare, accompagné par Nick Robbins à la batterie, son frère Pat Robbins à la basse, Jackson Dahlenburg aux claviers et Sam Cooper aux guitares. En 2009, Tim écoute une foule de groupes et inspiré, doué, se met à écrire des mélodies pop incroyablement belles et cintrées, dans la veine de Eels, The National, aux arrangements parfois psyché qui évoquent tantôt les MGMT tantôt Super Furry Animals. Après un premier groupe Hollow Everdaze, c'est la formation Crepes qui voit le jour en 2015 pour signer en avril le splendide EP Deaf Ambitions."
CrepesPiggledyPop2016



Le 23 octobre 2018, les Crepes font crépiter le nouvel album In Cahoots. L'album frôle les cimes de l'excellence avec ses mélodies pop psychédéliques subtiles et brillantes. La rythmique envoûte émanant des caisses de batterie et du synthétiseur, des guitares, de la basse et du chant calamistré. 'To be in cahoots' signifie être de mèche et cette pépite fait résonner une nouvelle fois l'entente parfaite qui règne au sein du groupe qui, après leurs journées d'enregistrement au studio Phaedra de Coburg, file piquer une tête dans la piscine du quartier pour se détendre, rire en écoutant les Kinks et Kevin Ayers. As You Go ouvre le bal avec un piano à queue en bonus dans l'orchestration dirigée par les producteurs talentueux John Lee et Zach Schneider à qui appartient le studio, multi-instrumentiste également membre de Totally Mild et Great Outdoors. Le groove du titre transporte, envahit, entête et fait opiner du chef fébrilement. Les guitares taquinent doucement les notes en offrant un délicieux moment de pickings de cordes et de tambourin légèrement excentriques. Puis la basse au taquet de Dark Demons annonce la couleur et sort l'artillerie des claviers pop psyché sixties et des guitares électrisées. Les effets chorale surfpop suivent les vibrations indie-rock de la voix de Tim Karmouche, impressionnante, qui tout en étant posée réussit à exalter.



Les pédales wah-wah sur High-time chantée par Sam Cooper offre un esprit soul à l'harmonie disco-pop seventies qui passe au rock plus noisy sur The Drag, saupoudré de synthétiseurs panachés de son eighties et d'une batterie qui a bu la potion magique. Après avoir resserrer les vis des cymbales, I Was A Kid déroule une mélodie pop savamment arrangée, idem avec Bicycle man qui suit, les deux se classant au top des titres de l'album. Comme chez leurs illustres pairs, The Lucksmiths ou Twerps, on y retrouve du charisme et de la délicatesse dans l'interprétation et dans les paroles. Le titre Life is Fast détend la mesure, offre une atmosphère mellow paradoxale et ironique sur des mots soulignant la vitesse et la précipitation des modes de vie contemporains. La ballade On My Own, intimiste, voluptueuse, reprend le thème des relations amicales ou amoureuses, sur les ondulations puissantes de la mélodie portées par la guitare. The World Ain't Too Far Away poursuit efficace et percutant montrant la dextérité et le talent infini de Karmouche. Les notes scintillent, les harmonies dans les voix font des loopings, la rythmique d'inspiration sixties sautille sur les touches de piano pour former un ensemble savamment pop. Le titre Grey Sea conclut avec les claviers atmosphériques, un texte nostalgique détenant un profil psyché façon Syd Barrett. In Cahoots est solide, d'une qualité sonore fournie de goût et de style, qui désormais place les Crepes dans la pile des dix meilleurs groupes indie-pop australiens.
Crepes

dimanche 13 janvier 2019

The Bascinets

Les Bassinets sont au XIVeme et XVeme siècle des casques en fer à visière, dérivés du grand heaume et protègent toute la tête. Les Bascinets, Nick Wellman, Nick Shew, Tristan Huygen, Trevor Joellenbeck, sont des troubadours pop qui font tourner la tête. Originaires de Columbus, ils se rencontrent au lycée en 2014, forment un groupe et signent un premier EP en 2016. Dans la foulée, ils enregistrent leur album Always Want to Be Your Friend en 2017 et depuis, continuent l'aventure avec 3 EPs parus en 2018 dont 378 Vol. 2 garni de cinq titres en septembre dernier. Leurs influences sont The Smiths, The Cure, The Fall, The Beatles, The Velvet Underground, Television et ils définissent leur musique comme de la pop jangly, post-punky guitar power et indie rock en s'appropriant par exemple Yo La Tengo, via la reprise de Cherry Chapstick. Elliott Smith et John Lennon sont nommés dans la chanson La La La, au même titre que Jean-Paul Sartre, Kierkegaard et Nietzsche.



En savourant Always Want to Be Your Friend, qui évoque les relations humaines, l'amitié, je découvre le talent inné de Nick Wellman pour l'écriture et la composition. Habité, enflammé, ayant cherché à se procurer un véritable bassinet avant de nommer son groupe ainsi, le jeune musicien fait rayonner dans ses mélopées une belle maturité. Ses arrangements sont subtils, fleuris, spontanés et ses mots clinquants, efficaces, jouant avec une palette de couleurs, avec du Royal blue et du blanc comme sur Glass Boy en ouverture d'album. Les guitares festives nous emmènent sur les routes quand le tempo de Marble Step marqué de l'empreinte de Lloyd Cole et Bob Dylan, déroule des notes structurées et enveloppées de poésie. Inspiré, Wellman donne de la substance littéraire et ses accords pop dévalent les partitions, les guitares et la basse battent la campagne sur la batterie chevaleresque de Over the Sidewalk. Sa voix contient une énergie formidable, pleine de mobilité faisant des volte-face mutines. Elle donne du relief comme de l'ampleur à Some Time on My Own, qui dépeint une amitié fragile tout en donnant une merveilleuse envie de battre la mesure.



Cet effet se poursuit sur le jubilatoire et jangle Corporate Pop qui parle d'une rencontre intimidante avec des notes enjouées pleines d'une intensité pop qui ne désarme pas jusqu'au texte badin de Organ Song, voluptueux d'esprit et de drôlerie sur une mélodie alternative grandiose et des voix espiègles. Puis l'indie pop s'offre vive, fulgurante et conquérante sur Scissor Things aux cordes élancées et aussi tendues sur Ooh Song aux contours doux mais pourtant abandonnés au sang froid 'I'm breaking up and changing my ways'. Les clins d'oeil souriants habillent Lalala, chanson passionnante, analysant le coeur humain avec délicatesse et une désinvolture simulée. Lorenzo Always continue d'hautement me plaire puisque Nick Wellman glisse deux phrases en français, avec un accent charmant et des harmonies denses, ornées de clavier psyché, basse, guitares, batterie endiablées et d'un chant triomphant. Always Want to Be Your Friend est à mes oreilles une pièce majeure dans les production indie-pop, pertinente et sémillante ; The Bascinets est un coup de coeur que j'écoute en boucle et qui se faufile aisément dans le panthéon des disques Piggledy Pop.
TheBascinets





samedi 12 janvier 2019

Chris Price

J'aime Chris Price parce qu'il compose une pop fleurie, sans cesse en évolution, rebondissante. Suite à son formidable album Stop Talking et son attendrissant 'toutou' en couverture d'album, l'artiste américain, producteur, auteur-compositeur, revient en mars 2018 avec le grandiose Dalmatian. Album kaléidoscope, balayant des airs pop habillés de sonorités sixties et seventies, l'intégrité et l'intention s'y savourent. Le musicien, qui de manière originale, joue de la guitare à plat sur ses genoux, s'applique à nous offrir des mélopées simples ou orchestrales, émouvantes et dansantes. Toutes ont en commun sur Dalmatian d'être de qualité et grandement mélodiques.



Chris Price Perez né en Floride en 1984, étudie la musique et la met en pratique avec un premier groupe Dreaming in Stereo . Son père Rudy Perez a été un grand compositeur de pop, qui a reçu grammy award en tant que producteur. Sous le toit des Perez, il fleure bon la musique. En 2005 quand Chris part en solo avec ses chansons en poche, ses frères Michael and Corey l'accompagnent dans l'aventure. Les trois frères forment le groupe Price. Ils feront un album en 2008 qui ne sera jamais enregistré pour cause de dysfonctionnement du label. Multi-instrumentiste, Chris Price semble droit venu de la lignée Gilbert O'Sullivan, Carpenters ou Jon Brion. En 2010 et 2011 avec le guitariste Taylor Locke, ils enregistrent deux albums, Grain & Grape et Marathon. Price décide d'enregistrer avec un micro et un quatre-pistes un nouvel album en 2012, avec ses fidèles amis qui le suivent, Taylor, son frère Mikael et d'autres, pour signer Homesick. Producteur et fédérateur, Chris Price aime travailler en équipe, peaufiner les partitions en studio et être actif, prolifique. Entre 2011 et aujourd'hui Price produit une vingtaine d'album pour d'autres artistes dont ceux de Emitt Rhodes, Low ou Roger Joseph Manning, Jr. du groupe Jellyfish.



En 2017 et 2018 le musicien se consacre à ses compositions personnelles mises de côté depuis Homesick et griffe de sa patte inspirée pop et rock Stop Talking, suivi de Dalmatian où il est entouré de sa clique amicale, naturellement. Les deux albums se correspondent puisque le deuxième comprend les titres enregistrés et mixés en même temps que le premier. Le prodige est aussi brillant au piano langoureux qu'aux arrangements rock'n roll. Les guitares saturées, les effets de voix depth superposées, la batterie épique du mordant Sick Boy font place à la limpidité de Fever Dream en ascension, légère et cristalline, qui enchaine sur les électriques Roller Coaster et Breakfast Cruise. L'amour est le sujet principal de monsieur Price qui semble avoir trouvé sa muse.



The Dream Is Over (But We're Just Waking Up) offre un boogie réussi sur le chant aligné et majestueux de Chris Price et de Taylor Locke, qui se clôt sur le discret aboiement du dalmatien..retour du toutou... avant la pop rythmée de Discount Love, galbée pour danser et dresser les oreilles. L'envie de se trémousser ne part pas à l'écoute du psychédélique et baroque I Won't Be Loved. Puis le somptueux Peculiar Lake Superior avec ses flûtes, ses claviers, son chant en chorale et son instrumentation alternative, est un titre solide comme le délicieux Uncle John qui inévitablement nous rappelle les Beatles et les Kinks avec sa cavalcade de voix, de cordes et son crescendo pop irrésistible. Tout en émotion et délicatesse, dans le sillage de Bacharach, I'll Follow Her Anywhere reflète tout l'amour d'un père pour sa fille avant la musicalité expérimentale de The Angels of Buena Vista ornée de piano et de mandoline pour terminer en souriant l'album superbe Dalmatian.
ChrisPrice

dimanche 6 janvier 2019

Robert Forster

En 1976, se rencontrent deux étudiants de l'université de Queens à Brisbane. Tous les deux suivent des cours de théâtre, leurs vinyles des Ramones et de Jonathan Richman sous le bras. Robert Forster et Grant McLennan, deux musiciens et auteurs, lient une belle amitié qui se nommera The Go-Betweens dès 1977. Très vite le groupe s'impose et devient phare dans le milieu du rock et de la pop. Ils débarquent en Europe à 20 ans, contacté par le label Postcard de Glasgow qui les fait jouer à Edimbourg avec Orange Juice. Il y aura une suite de singles en 1978 et 1979, comptant la présence du guitariste Peter Milton Walsh qui ne tarde pas à créer son propre groupe The Apartments. Le duo devenu trio avec la batteuse Lindy, fiancée de Robert, signe six albums au cours des années 80 fourmillant de références littéraires et cinématographiques parce que les deux artistes se nourrissent d'Hemingway, Genet, Joyce, Charlie Chaplin, Camus, Sartre, Godard et la Nouvelle Vague, Marcel Proust etc.



De 1982 à 1988 paraitront Send Me a Lullaby, Before Hollywood, Spring Hill Fair, Liberty Belle and the Black Diamond Express, Tallulah et 16 Lovers Lane. Pour ces deux derniers albums, la chanteuse et violoniste Amanda Brown intègre la joyeuse troupe. Il y a un long hiatus de 1989 à 2000, année où les deux artistes complices reviennent en studio pour signer The Friends of Rachel Worth, suivi en 2003 de Bright Yellow Bright Orange et Oceans Apart en 2005 qui remporte une récompense à l'ARIA Music Awards. En 2005, Forster féru de livres et d'écriture depuis ses études universitaire en littérature et histoire de France du XVIII ème siècle, est invité à rédiger des articles pour le magazine australien The Monthly. Ses chroniques plaisent tant qu'il recevra un Pascall Prize un an plus tard. Cette même année 2006, alors qu'avec Grant ils travaillent à leur dixième album, celui-ci meurt d'une crise cardiaque. Les deux amis fans de Bob Dylan et de Lou Reed séparés, Forster décide de terminer l'ouvrage avec leur huit chansons déjà écrites et en ajoute une, de sa griffe, The Evangelist, également titre de l'album qui parait en 2008.



Quand les Go-Betweens s'arrêtent en 1989, Robert Forster, aussi dingue du Velvet Underground, Emmy Lou Harris, Carpenters, que de Montesquieu, Rousseau et des poètes anglais, continue de composer des chansons et signera en solo des albums magnifiques. Il quitte l'Australie pour s'installer en Bavière avec son épouse Karin Bäumler dès 1990 et c'est à Berlin qu'il enregistre Danger in the Past. Ce superbe premier album en son nom offre une pochette clin d'oeil à James Joyce. Forster se fait photographier dans la même posture que l'écrivain et poète irlandais posant avec sa guitare sur un cliché. Suit en 1993 Calling from a Country Phone, enregistré à Brisbane avec la collaboration de Glenn Thompson à la batterie et en 1994 l'album de reprises I Had a New York Girlfriend. En 1996 il repart à Londres et y retrouve son ami des Orange Juice, l'écossais Edwyn Collins, pour peaufiner ensemble Warm Nights. Forster fera une pause pour se consacrer à l'écriture de nouvelles et d'un roman avant de retrouver en 2000 son ami McLennan pour relancer The Go-Betweens, signer les trois fabuleux albums jusqu'au drame de 2006.



2015, sort l'album qui m'émerveille, Songs to Play. La très belle nouvelle est que Robert Forster a enregistré cet été 2018 à Berlin avec le même producteur qu'en 1990, Victor Van Vugt, un nouveau bijou qui paraitra en mars 2019 chez les amis allemands Tapete Records. J'aime Songs to Play, enregistré à la maison dans les montagnes avoisinantes de Brisbane. A mes oreilles, il contient l'âme des Go-Betweens, des références musicales et littéraires comme Robert sait si bien nous régaler, des mélodies poppeuses intemporelles et des arrangements souriants. On entend l'inspiration à la création et le plaisir à enregistrer, à jouer. La galette en or commence avec la guitare électrique bondissante de Learn to burn jouée par Louis Forster, son fils. La relève est assurée et bien assurée. Karin, sa femme, est également présente au violon. Le clan Forster est lié sur tout l'album et ils emmènent avec eux des artistes talentueux, le bassiste et pianiste Luke McDonald, le batteur qui brille à toute la rythmique Matthew Peile et le guitariste, clavieriste, Scott Bromiley. Robert Forster avait produit dans le passé Luke et Scott pour leur excellent groupe The John Steel Singers, et pour ce grandiose Song to Play, les musiciens reviennent accompagner leur ami et leur attachant mentor dandy.

Grant&I, livre de 2017

Dans cette ambiance joyeuse de travail et d'amusement, Let Me Imagine You continue la cavalcade d'harmonies, avec des envolées de picking. La mélodie s'aligne au thème ironique du manque d'élégance et de romantisme des moyens de communication actuels bourrés de selfies qui brident l'imagination. Suit le fantastique Songwriters On The Run où Forster en duo avec Karin, ranime l'esprit de Grant en narrant l'histoire de deux inséparables amis qui font les quatre-cent coups, évadés de prison, chargés d'une seule mission, celle de jouer leurs chansons. L'optimisme rayonne dans les partitions et les accords. L'atmosphère chaleureuse qui émane des chansons et qui séduit mon oreille, vient du son volontairement analogique, brut et humain, ne voulant pas de numérique, pas de compresseur ni de convertisseur. Le titre amoureux de And I Knew glisse majestueux avec son clavier mutin, ses cloches et son glockenspiel taquins pour consacrer la magie de ses trente années de bonheur auprès de son épouse.



Les guitares tendues reviennent en première ligne sur A Poet Walks, où la plume de Forster est passionnée et rock'n roll sur des arrangements alternatifs qui plairont aux amateurs de Love et Luke Haines. L'envie de danser saisit quand les cordes pincées de I'm So Happy For You sont alliées au clavier psyché et mods, au violon énervé et à la batterie, la basse resplendissantes. La bossa nova de Love Is Where It Is et ses 'papapa' sensuels sont sixties, rappelant la sophistication et la classe de This is Beaumont. Lou Reed est omniprésent dans les arpèges de guitares, le style enlevé et poétique du chant et des mots choisis. Turn On The Rain rend évident le talent inné de Forster pour composer de l'indiepop, un don divin pour aller à l'essentiel, et toucher. Ses sarcasmes, son ironie sont truculents sur I Love Myself And I Always Have qui recoiffe les nombrilistes et dont la basse me chavire, se promenant comme une reine reliée à la guitare. L'album s'achève en douceur avec Disaster in Motion, un tempo envoûtant pour un titre bilan de six minutes, pleines de la voix somptueuse de Robert Forster qui contient des particules de punk, de poète dandy. Songs to Play est un album garni de pop, dans le fond, dans les formes, dans son message, sa mission et pour moi, un album qui surplombe aisément les autres. Il est difficile de choisir un titre, tout l'album est beau. A l'écoute de Robert Forster, on entend Nick Cave, Lou Reed, Bob Dylan. Song to Play est classé dans le panthéon des disques Piggledy Pop.
RobertForster



mardi 1 janvier 2019

Peter Peter

Il y a des musiciens qui jouent de la musique et il y a ceux qui la font, la crée. Peter Peter fait partie des musiciens créateurs qui ajoutent à leurs ouvrages des paroles exquises et en français. Alors sans ambages, je fonds. Singulier et original, les pieds et la tête bien ancrés dans son époque, l'artiste du Québec, Peter Roy, signe des mélopées dansantes et chaloupées sur des textes inspirés, offrant des références littéraires et des métaphores poétiques. Il apparait en 2011 avec l'album Peter Peter, pop et rock, qui annonce dans la foulée le deuxième somptueux disque de 2012 Une version améliorée de la tristesse. Orfèvre, il construit ses titres avec de la guitare, des synthétiseurs et des mots clinquants, perçants qui le font connaitre jusqu'à Paris où il vient s'installer en 2014 pour y écrire son troisième bijou, Noir Eden paru en février 2017.



Noir Eden est enregistré entre Paris et Montréal. A peine a-t-il pris sa plume et sa guitare pour composer l'album, emménagé dans la capitale, que Charlie Hebdo, Paris, la France, sont frappés par l'horreur et le seront à répétition dans les mois suivants. "Cela s’est imbriqué à l’intérieur de moi. Je n’ai pas tenté d’en écrire une chanson. J’ai un peu de difficulté avec tout ce qui est chanson engagée directe. Je préfère une approche métaphorique ou fantasmagorique. Autrement j’ai l’impression que l’on se sert de quelque chose, qu’on l’instrumentalise. Pour en revenir aux événements, cela a accentué mon anxiété. A cette époque-là, c’est devenu chronique. Je ne sortais déjà pas beaucoup mais dès que j’étais dehors, je pensais aux dangers éventuels dans le métro, au cinéma… Quand je faisais l’album, du côté de Montrouge, j’ai parfois eu l’impression de voir les premiers signes de l’apocalypse. Ces événements ont influencé ma psyché. C’est pour cela que Noir Eden est en réalité un album d’anxiété. Dans la chanson Allégresse, grandement inspirée par l’écriture automatique, j’y fais allusion."

L'épopée sonore commence avec Bien Réel, construit comme une cathédrale pop, influencé par le doute et les peurs. Contrairement à ceux qui détiennent 'la vérité', Peter Peter reste humble et nous transmet généreusement sa lucidité et sa sensibilité avec sincérité. Sur Damien, l'ambiance métallique et électronique prend des formes humaines offertes dans les cordes de guitares, de piano et le chant sublime. Le travail de Peter, enfermé dans son 30m2, sans sortir, avec une discipline de fer quotidienne pour se consacrer à sa musique, donne un résultat grandiose.



Les 30 secondes de Fantôme de nuit précède Nosferatu au tempo alternatif, dynamique et plein de vitalité amoureuse comme sur le fabuleux Loving Game qui dans son sarcasme bien senti au sujet des 'rencontres faciles' est lumineux 'Dis moi, ai-je raison ou tort, à la folie, d'encore tout espérer'. Puis, un court miaulement de chat qui rappelle la pochette du disque laisse entrer la rythmique enjouée de Vénus où les métaphores évoquent les tragédies parisiennes. Le style narratif qui habille l'album, intime et spirituel, devient brulant et brillant sur Noir Eden. Les arrangements mélodieux avancent, majestueux et vigilants. Les notes jaillissent électroniques, argentées, pour former des spirales en rafales comme sur Allégresse dont le style anxieux contrarie l'ensemble, le bouscule et le bascule délicieusement. Little Shangri-La avec sa structure orchestrale vive est continuée par la verticalité mélodieuse de No Man's Land qui parle de murs, de l'encadrement d'un repaire confirmant le profil de Noir Eden comme l'appelle Peter Peter : un 'album d'appartement'. Puis le musicien s'offre un moment de nostalgie avec la pierre précieuse Orchidée. La guitare acoustique, le piano, le champ doré lexical de Peter qui nous effleure de tous ses sens, lancent la flèche Pâle cristal bleu qui perce l'épiderme par son ampleur mélodique. Noir Eden est un conte, réel et vécu dans lequel Peter Peter, éminemment émouvant, montre un talent d'auteur-compositeur interprète inoui, étant un des rares artistes francophones aujourd'hui habilité à faire fleurir de la poésie sur une piste de danse.
PeterPeter