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vendredi 15 novembre 2019

Redd

Redd est l'alias d'un formidable musicien normand, Frederic Fugen, professeur de musique dans la vie et dans le haut du chapeau des musiciens français. Guitariste hors normes, il compose et écrit des mélopées rock et pop en y apportant son grain de voix exceptionnel. Ses références vont des Who aux Beatles et sa sensibilité britpop resplendit dans ses créations au son pop dont le spectre s'étend de la ballade au psychédélisme. Non débutant, il joue dans diverses formations. La musique est viscérale, familiale et partagée chez les Fugen puisque ses frères, Mathias et Gregory Fugen, multi-instrumentistes, jouent dans Joad, groupe de Rouen et dans la formation The Beatles' Artifact avec Frédéric.




Redd est un projet récent, avec le deux titres 1st Single paru en 2018 à son actif et en plein travail pour d'autres titres fabuleux que j'ai eu la primeur et l'honneur d'écouter. Professionnel au chant, guitares, basse, orgue hammond, piano, harmonica, Frédéric aussi inspiré que techniquement épatant, offre ce mois d'octobre 2019 le deuxième volet Songs for a Cloud entouré des musiciens Fabien Cousin à la basse, Mathias Fugen aux claviers et guitares, Pascal Geudin à la batterie, Baptiste Cottereau à la guitare. Le bijou de cinq titres ouvre sur le voltigeant The Devil's Inside et ses guitares aiguisées, ciselées pour s'attacher à la perfection au chant de Monsieur F. Le titre solide est blindé de groove, de notes dansantes, de cordes électriques magnifiques. Puis Song For A Cloud suit aussi galbé d'harmonies pop sixties dans les touches jouées à l'orgue que dans le chant qui fait du hula-hoop à la hauteur du format alternatif bondissant des partitions.


Dead-End Love enchaine musclé dans son tempo et dans ses mots amoureux. La qualité de la composition est évidente, presque déroutante de qualité avec les choeurs pétulants et les instruments rutilants. La pyrotechnie rock poursuit sur Face The Day et ses accords énergiques, son chant dynamique, son tempo qui marie basse, batterie et clap-hands fort réussi sur l'harmonica frondeur. Redd joue un rock'n roll flamboyant sur m.l.s.c.f.o.j. garni d'un blues épique qui séduira les amateurs de Lloyd Cole and the Commotions, Martin Carr, Beatles, Ride, George Harrison. Songs for a Cloud est un moment de rock malicieux et tonique que je recommande chaudement.
Redd

lundi 11 novembre 2019

Theatre Royal

Je suis sensible et attentive au travail de Theatre Royal qui ne cesse de produire une britpop de qualité. Inspirés et efficaces, les musiciens offriront le 22 novembre le Ep Incidental Friend que je savoure en boucle depuis plusieurs jours. Les quatre titres qui le constituent sont des bonbons pop, marqués par l'identité du groupe, ce qui me plait davantage. Il montre du tempérament dans la composition couronné d'une inspiration fertile, griffée et estampillée. De chanson en chanson, d'année en année, les notes jouées par les anglais sont royales et mon inclinaison se renforce.



Je présentais le groupe l'an passé ici : "Theatre Royal, originaire du Kent, différentes villes, différents châteaux, fait briller sa pop depuis 2009 avec à son actif quatre splendides albums From Rubble Rises en 2010, At The End Of A River, The Sea en 2012, We Don't Know Where We Are en 2014 et ...and then It fell out of my head en 2017, agrémentés de plusieurs EP et singles. Les quatre musiciens Oliver Burgess et Robbie Wilkinson qui se partagent la composition, le chant et les guitares, Brendan Esmonde est à la basse et Jon Gibbs à la batterie jouent une pop vive et dévorante dans la manière de l'interpréter au chant et dans l'instrumentation fièrement nourrie de britpop. Les influences vont du Velvet Underground, aux Beatles, The Pale Fountains, Blur, New Order et le quatuor retranscrit avec sa veine cette jolie sève artistique. La musique irradie d'harmonies, avec une belle immédiateté et spontanéité. Porteur de l'âme indiepop et armé de courage pour enregistrer la plupart du temps en direct par manque de budget, le résultat sonne frais et naturel, pas alambiqué ni prétentieux. Les titres en gagnent une belle énergie et une valeur certaine. Theatre Royal, constant, a en bonus, une pléiade de mélodies efficaces dans son escarcelle."
TheatreRoyalPiggledyPop2018



Le splendide Ep ouvre sur le titre Incidental Friend que je classe au top des chansons produites en 2019. Tout y sonne fabuleusement. L'harmonica sur la voix d'Oliver est du sucre d'orge et la guitare acoustique qui sillonne les harmonies sur le tempo de la batterie forme un ensemble miraculeux. Progressive, la mélodie poursuit son ascension sur les paroles au charme fou. La rythmique sacrément énergique dans les guitares, la basse, le chant et la batterie maintient l'envie de danser sur Turn From Sleep. La belle solidité dans les arrangements de Done is Done accompagne la voix d'une puissance élégante qui sculpte un titre aux allures traditionnelles et populaires fort entrainantes. L'enchantement continue sur le rock de September Comes et ses guitares machiavéliques garage-pop, son tambourin survolté, ses voix musclées. Theatre Royal signe un Ep de génie qui tient dans la lignée des Franz Ferdinand pour son profil spontané, vif et rebelle. Incidental Friend est classé dans le top 10 des EP 2019 sur Piggledy Pop, disponible dans 10 jours. A vos agendas!
TheatreRoyal

mercredi 6 novembre 2019

Scott Gagner

Je suis une grande admiratrice du travail de Scott Gagner et son nouvel album Hummingbird Heart paru en juin 2019 mérite toutes les attentions. La mienne est déjà affûtée depuis cinq ans.
2014 : 'Scott Gagner est un auteur-compositeur qui à San Francisco évolue depuis des années sur scène en gagnant une belle renommée et une estime des musiciens en les accompagnant à la batterie. Il se lance en solo en 2007 avec l'EP de 5 titres, Cartographer puis continue son aventure en 2011 signant l'opus Rhapsody in Blonde, rock, pop coloré et varié mariant le psychédélisme et la power sur des mélodies fabuleuses . En janvier 2014, le musicien opère un bien bel album plein de sensualité et de sucreries sonores nommé Rise & Shine.'
2018 : 'Je l'écoute depuis qu'il est paru en octobre 2017, Pins & Needles est un des meilleurs albums de l'année. Troisième album du californien Scott Gagner, il est orné de pop, de soul, de lignes de guitares rock et folk avec un tambourin et des choeurs sixties à empourprer les lobs d'oreille. Scott invite en studio des pointures au don ardent, Ken Stringfellow (The Posies, Big Star, R.E.M.), Michael Urbano (Todd Rundgren, Sheryl Crow, Paul Westerberg), Pete Thomas (Elvis Costello, Ron Sexsmith, Matthew Sweet) dont Tom Waits dit de lui qu'il est « l'un des meilleurs batteurs de rock encore en vie ».'
ScottGagnerPiggledyPop2014
ScottGagnerPiggledyPop2018





Pour ce magnifique Hummingbird Heart on retrouve dans le studio d'enregistrement l'ami Ken Stringfellow (The Posies, Big Star, R.E.M.) et le dernier venu Jesse Chandler (Midlake, Mercury Rev, John Grant). Scott se charge du chant, de la basse, batterie, guitare, piano, et claviers, Ken lui assure synthétiseur, guitare acoustique, tambourin, chant et Jesse des claviers et des cuivres. Avec eux, la clique est complétée par les mêmes fidèles musiciens : Jon Chi et Arnie Kim à la guitare électrique, Jason Slota à la rythmique, Mark Calderon à la basse et Omega Rae pour les choeurs. Le disque s'ouvre offensif et joyeux sur Bella, avec des guitares rock et une batterie pop à souhait pour une ode à sa fille de six ans qui inspire joliment papa Gagner.

La dansante Baby Gets What Baby Wants enchaine ciselée d'un tempo solide et panaché d'instruments pour décrire une diva exigeante avant le langoureux End of the Beginning arrangé de voix en écho pour évoquer le questionnement, leitmotiv du disque 'entire spectrum of the human experience'. Dans l'éventail d'expériences il y a le divorce comme sur Other People et la disparition d'un être aimé sur le mélodieux Weeping Willow.



Les titres balancent entre les thèmes et les ambiances rythmées ou duveteuses avec toujours des images de la nature, du paysage et des saisons. De ses expériences il y a son statut de père qui revient sur Hummingbird Heart et de mari avec le passionné You Can't Break a Broken Heart mais il y a aussi celui de musicien magnifiquement souligné sur Two Guitars, Bass, and Drums qui a mes oreilles est un bijou.

Breath est un bol d'air d'harmonies et de paroles oxygénées rappelant le feu qui aura ravagé la maison du musicien et causé un départ précipité. La vallée californienne est d'ailleurs mise en lumière sur la mélodie bluesy de Just a Boy où Scott plonge dans des souvenirs touchants. L'atmosphère nostalgique poursuit sur le tempo tendre et doux de When I Had the Chance avant la splendide reprise de Neil Young, Philadelphia et le dernier titre si éclatant d'harmonies. Put a Little Beauty termine le disque comme il a commencé, avec de l'espoir, de la lumière et du coeur que Scott Gagner ouvre en grand. Hummingbird Heart roucoule des notes pop scintillantes et des paroles d'une beauté musicale pleines d'intimité et de profondeur.
ScottGagner

mardi 5 novembre 2019

Doug Tuttle

La première chose à savoir au sujet de Doug Tuttle est que nous sommes en présence d'un guitariste grandiose. Ensuite, c'est un auteur et compositeur, multi-instrumentiste, arrangeur et producteur de petits airs pop psychédélique à couper le souffle. Ses arrangements sont déjà inspirés quand il apparait à Boston en 2007 pour former un duo avec une musicienne dont il se séparera. Le duo ne dure pas deux ans, l'idylle non plus mais c'est pour notre plus grand régal puisqu'il en sort en 2014 un premier album solo d'excellence de 11 titres nommé Doug Tuttle. Il y est question de rupture sentimentale pourtant à la Saint-Valentin 2016 parait le magnifique It Calls on Me, suivi en 2017 de Peace Potato au son extraordinaire que je conseille, plus pop que son opus, doré de psyché seventies. Tout en parcourant le territoire américain et nombre de scènes pendant l'année 2018, il compose un petit bijou très stylé indie-pop alternative et addictive : Dream Road sort ce mois de mai 2019.



Dream Road est un album somptueux. Il évoque évidemment le voyage, une route à tracer dans un mouvement favorable, non pas une fuite. Des pas en avant, Doug Tuttle en fait des géants, nous invitant dans ses balades qu'on accepte en sautillant. Dès les notes de guitare de I'll Throw It All Away, la grâce surgit avec une construction fine digne de George Harrison, Grandaddy, Elliott Smith, Big Star, Guided by Voices. Le charme continue d'opérer avec Twilight qui gonflé d'une ritournelle jouée avec délicatesse est aussi incrusté de regrets. Arrive le dansant et rythmé Long Day to Your Home qui trottine avec impatience sur sa guitare électrique fantastique et le tambourin magique. L'énergie de But Not for You passe des regrets à la rancune, les partitions langoureuses gagnent du terrain sur des paroles mordantes joliment interprétées. L'harmonie pop de Did You Need Someone poursuit l'enchantement avec ses notes de basse confiantes et bondissantes qui préparent à l'explosion de riffs de guitares sur Well I Guess, bonbon mélodique réussi où le tambourin revient taquiner la batterie.



In This World Alone poursuit l'effet spirale absorbante et Doug Tuttle montre un pouvoir certain pour l'écriture de pépites pop. L'ambiance est entrainante, la mélodie et les effets de voix sont engageants, comme sur le tempo juste et ciblé de Can You Feel It. L'auteur mélodiste séduit par son pragmatisme dans les mots et dans sa façon d'établir les refrains-couplets qui s'enchainent de manière limpide. Chaque titre tient d'un talent sans faille et notable sur All Alone, une pure merveille planante. La fin du disque arrive trop vite avec Fade qui attrape toute mon attention pour me convaincre et me séduire tant la mélopée est résolument pop et performante. Les amateurs de Badly Drawn Boy seront appâtés. Les arpèges de guitares, la batterie enthousiaste, le tambourin, le moog et la voix parfaite  sont sculptés d'une main de maitre et le travail élégant de Doug Tuttle, Dream Road, est simplement fabuleux.
DougTuttle

samedi 2 novembre 2019

Mike Vass

Mike Vass est un artiste écossais dont ses terres des Highlands peuvent être fières. Auteur, compositeur, arrangeur, producteur, enseignant la musique, il joue enfant du violon, puis de la guitare et du piano. Il se produit sur scène très tôt avec sa soeur jumelle Ali et remarqués illico, ils remportent le prix du meilleur espoir décerné par le Scots Trad Music Awards. En 2008, c'est l'envolée du multi-instrumentiste. Il intègre le quartet qui accompagne Malinky et sillonne les scènes internationales pendant cinq années au sein de la formation folk traditionnelle sans cesser d'écrire et de composer. Son opus, String Theory, au nom évocateur, parait en 2010. Il est suivi du travail à quatre mains avec Ali Vass de Waiting to Fly en 2011 où ils rendent un hommage vibrant à leur ville natale Naim aux confins des Highlands qui borde l'océan. 2012 le musicien signe DecemberWell et son titre Doors, époustouflant, écrit pour un quintet de cordes et ensemble de cornemuses, inspiré de l'oeuvre d'Aldous Huxley.



En 2013 Mike est hospitalisé pour une neuroborreliose (Lyme) qui nécessite un traitement lourd, avec des plongées dans le coma. Le marin est solide. Sorti, il s'embarque plusieurs mois sur un bateau, aimant naviguer depuis sa tendre enfance. In the wake of Neil Gunn parait en 2014 et déclenche une vague de récompenses par ses pairs. Les compositions renversantes de l'album retracent les écrits du romancier Neil Gunn, figure de proue du mouvement littéraire de la Renaissance Ecossaise. Le disque marie les instruments traditionnels et des partitions féériques, hautement mélodiques, qui arrivent comme des météorites à un moment où les sociétés musicales dominantes sont salement taries. Pour Mike Vass, le nerf de la guerre est le retour aux sources musicales et culturelles ; Les siennes, sont vives.



Il est prolifique. Inspiré, talentueux, il tient notre écoute en alerte et a le don de nous emmener au fil de ses créations instrumentales. Il embarque aussi avec lui d'autres artistes comme Mairi Campbell qui chante à ses côtés, donnant avec des paroles un nouveau souffle aux airs. Il prend à bord (au sens propre) son frère Martin pour partir à l'aventure sur 2500 mile entre l'Irlande, le Pays de Galles, l'Espagne et le Portugal. De cette expérience partie de la source, le Clyde, le maestro écossais enregistrera le fabuleux Notes from the boat en 2018, album où il invite une pléiade de compatriotes au chant ou parler. Ce bijou mélodieux trace le sillon à Save His Calm, album de cette année 2019 pour lequel Mike Vass non seulement, compose, joue et écrit des chansons impressionnantes de beauté mais aussi pour la première fois assure le chant. Quelle réussite ! Son grain de voix est splendide. Sa sensibilité de highlander resplendit le long des neuf pistes. Louis Abbot est à la batterie, Tom Gibbs à la clarinette et piano, Su-a Lee au violoncelle, Philip Cardwell à la trompette, Euan Burton à la basse et Fi Vass au chant offrent un panache jazzy au folk traditionnel. Les textes sont nourris de son vécu, de celui de ses proches et ornementés d'images poétiques, de termes lyriques qui dessinent un ensemble homogène délicieux.



L'album ouvre sur They Never Found Me, langoureux et sentimental qui entre les lignes, égrène les facettes de la personnalité de Vass et la maladie. Elle se découvre avec parcimonie, pudeur et retenue. La guitare de Done With Calling You, merveilleuse, fait place aux autres cordes et au chant, chaleureux et poignant. La grâce continue son chemin avec le mordant The Rainbow Of Your Last Days qui délivre un tempérament racé sous sa cape poétique, revêtue sur le compte à rebours plein de regrets de Just Enough To Let The Light In, mis en exergue par l'instrumentation délicate qui va comme un gant à l'aveu. Gates of Saints suit, touchante. La mélodie sablée, garnie de piano et de trompette, de la guitare acoustique absorbante, de la voix majestueuse de Mike accompagnée de celle Fi, évoque l'hôpital, sa rencontre avec un homme malade à qui il dédie son souvenir. L'étreinte de la mélancolie continue sur Clutching At Straws, décrivant l'amour d'un vieux couple, une histoire épistolaire aux allures d'un autre siècle comme sur Fly où le passé surgit, décrivant un amour courtois, valsant et aérien, sur des harmonies de piano à quatre temps.



L'assurance et la détermination éclaboussent As I've Grown Older par le choix des mots et dans les arrangements tempétueux de la batterie et des cuivres qui réveillent d'un sommeil prolongé, subi. La joli combativité est de mise dans le dernier titre Walk With Me And Meet My Children qui souligne la douleur de perdre un frère en étant encore très jeune avec sa vie à construire devant soi et ce manque irréparable permanent . Mike Vass sait nous cueillir, nous prendre par la main pour traverser ses histoires et ses mélodies à la texture boisée et iodée d'une douceur infinie. Puisqu'il jette l'ancre, a décidé de vivre sur son bateau, quelque part dans le nord de l'Ecosse, ses ressources n'ont donc pas fini d'être explorées. Ce 22 octobre 2019, il nous le montre avec son nouveau single plein d'agrément, Farewell Sweet Harmony. Mike Vass a accroché toute mon attention, je classe Save His Calm dans les dix meilleurs disques 2019. A vos casques moussaillons et longue vie à l'Ecosse!
MikeVass



mardi 29 octobre 2019

Nick Frater

Goodbye Kayfabe de Nick Frater entre dans la cour du top 10 des albums 2018 Piggledy Pop. L'artiste est fabuleux, multi-instrumentiste et producteur, de son studio à Croydon il concocte des bijoux pop qui font rayonner son assurance, son rôle et sa passion. Nick Frater aime la musique, la fabriquer et son plaisir s'entend. Inspiré par les années seventies et sixties, il sait solliciter nos frissons et notre envie de gigoter bêtement en rythme sur ses mélopées. Son univers spontané, son âme frénétique pop, son oreille absolue infaillible dotée d'une humilité rayonnante, le place sur mon chevet.
NickFraterPiggledyPop2018



J'écris sur le londonien à chacun de ses disques et le prochain Full Fathom Freight​-​Train sort le 1er Novembre 2019. Je le savoure depuis quelques jours et ses titres tournent en boucle tant ils sont mélodieux et harmonieux. Outre le fait d'être un artiste complet, il joue de la guitare, du piano, de la batterie, de la basse, du banjo, theremin, clavecin et accordéon, il chante et compose des airs sunshine pop à ravir, Nick Frater est un personnage. Son univers artistique s'approche du domaine de la fiction, du monde des super héros. A l'image des sixties, des fanzines, son tempérament confiant et lunaire inonde ses mélopées.



Full Fathom Freight​-​Train, fruit d'une année de travail d'écriture où Nick flamboie d'idées et d'inspiration ouvre les rideaux sur Sunshine After Rain, rock, psychédélique, qui soulève du sol dès les premières notes. Gonflé de voix, de rythmiques, les mots sont aériens et pleins d'enthousiasme. L'orgue glisse des notes délicieuses sur la batterie brulante, gaillarde aussi enflammée de sentiments sur Oh Now, Girl!, single beatlesien qui donne l'eau à la bouche. Les choeurs efficaces à la façon Beach Boys viennent saupoudrer la pépite pop de sucre énergisant. Quand Frater joue Your Latest Breakup Song, les harmonies poussent à danser et à chanter sur les rythmes sautillants.



Les paroles nous emmènent par leur jovialité et par leur charme à l'écoute du mellow sensuel de All Out At Sea et sa basse grandiose qui séduira les amateurs de Salako et des Pastels. Le psychédélisme luxuriant est une merveille sur les harmonies disco-pop de The Getaway, glorieusement dansant grâce à la participation éclatante du guitariste Mike Randle, une réussite dans le style 'Frater' que j'aime tant. Puis Paul Ryan est invité à chanter et jouer de la guitare sur Mermaid Street où là aussi l'ambiance maritime colle à la peau du tempo boogie, du trésor pop construit comme une péripétie psyché diablement rythmée. On bat la mesure dès l'introduction du DJ Jim Prell alias Wolfman, avec frénésie et de la tête au pied. Puis Holding On To You offre des arrangements aussi absorbants, fulgurants. Le clavier, la guitare électrique et le tambourin s'unissent et se mélangent avec finesse pour nous propulser dans les années soixante comme avec Strangers On The Bus où Nick est fantastique au chant, clavier, banjo auréolé des voix en chorale. L'instrumentation ensoleillée réchauffe sacrément les lobs d'oreille quand le duveteux What Does Good Look Like? tourne ses sillons romantiques. Arrive le fleuron du disque A Whole Lot Later, aux claviers langoureux et inspirés seventies guidés par le chant intense de Nick Frater qui signe un Full Fathom Freight​-​Train de génie, impossible à lâcher. Coup de coeur et coup de foudre Piggledy Pop 2019.
NickFrater

dimanche 27 octobre 2019

Faith Healer

Faith Healer est un groupe d'Alberta au Canada, la paire d'auteurs-compositeurs réunis qui après leurs expériences respectives en solo, se connaissant depuis des années, ont décidé de se retrouver. Renny Wilson et Jessica Jalbert composent chacun depuis 2012, s'allient dans un premier temps sous le pseudo Tee-Tahs qui mue en Faith Healer dès 2014. L'opus Cosmic Troubles de 2015 est d'une beauté pop cinglante où s'entendent les influences telles que Lou Reed, Mac De Marco et Scott Walker.
En 2017 suit le deuxième fabuleux album Try ;-). Les chansons écrites par Jessica restent une entière collaboration avec Renny, un véritable duo. Jessica grandit dans une ambiance spirituelle à la maison, d'un père français-canadien et d'une mère irlandaise, qui lui offrent une éducation catholique. Ses attentions positives, la cellule familiale à laquelle elle est attachée, ses observations du monde, des êtres humains qui l'entourent nourrissent son inspiration. Les deux musiciens côte à côte offrent une jolie collection de 9 titres d'indie-pop psychédélique et rock sur des paroles introspectives au ton mordant et panaché. Pour couronner ce travail mélodique efficace, le Polaris Music Prize édite un vinyle chaque année en guise de trophée où les groupes récompensés sont invités. Cette année 2019, Faith Healer gagne le prix et sur ce disque Polaris, concocte la reprise de When You Awake de The Band.



Au sujet de l'album Try ;-) c'est Waiting et son tempo de velours qui se charge de l'ouverture en donnant le ton d'une confession sur les sentiments de la musicienne. Le morceau enchaine directement sur le boulet de canon psychédélique Light of Loving. Les guitares progressent tendues, prêtes à dégainer un jet de notes électriques sur la batterie, extatique et hypnotique. Les arrangements et l'instrumentation grandioses du disque enregistré à Montréal, batterie, guitares, claviers, basse, sont totalement assurés par le duo Jessica et Renny. Might as Well suit avec un son instantané et brut impeccable sur la voix posée mais toute aussi spontanée de Jessica qui continue d'enchanter sur Sterling Silver. L'atmosphère synthétique est réussie ornée de voix voltigeantes dans un écho onirique à souhait. L'inspiration et l'originalité se glissent dans les arrangements comme dans la mélodie délicate Such A Gemini, petit tourbillon pop absorbant. Les titres s'emboitent différents et variés à la perfection sans pause sonore créant un ensemble terriblement bien sculpté et blindé de charme.



Il y a un esprit de confidence qui touche, un champ libre pour l'interprétation, faisant rayonner une limpidité et une légèreté sur l'ensemble des chansons. Try ;-) évoque la possibilité de l'échec inhérent à l'amour en gardant néanmoins la volonté d'essayer. Le tempo chaloupé et dansant poursuit sur 2nd Time garni de basse, piano et de guitare acoustique complices dans les harmonies soul et boogie. Faith Healer s'amuse dans la composition et l'interprétation, aussi intimiste dans les mots qu'extraverti sur les partitions, délivrant une ambiance équilibrée qui ne manque pas d'allure comme sur Sufferin' Creature. La rythmique y est engagée, ferme dans les paroles et dans les accords parfumés au Velvet Underground. Le disque délicieux s'achemine somptueusement vers la fin avec Best Saved 4 Last aux arrangements cosmiques et lumineux sur la voix de Jessica Jalbert à l'aura évidente. Try ;-) de Faith Healer, qui signifie 'guérisseur' est un album émotionnel et impressionnant classé dans les pépites intemporelles et essentielles de Piggledy Pop.
FaithHealer


vendredi 25 octobre 2019

I Was A King

I Was A King est un groupe norvégien qui apparait sur les scènes locales en 2005. Le groupe d'Oslo signe le premier album Losing Something Good For Something Better en 2007, suivi de I Was A King en 2009, Old Friends en 2010, You Love It Here en 2012, Isle Of Yours en 2014 puis, après un hiatus de cinq années revient nous combler de powerpop ce printemps 2019 avec Slow Century. L'auteur-compositeur Frode Strømstad est la tête du projet véhiculant tout son charisme sur les partitions et au chant. Il s'entoure de pointures écossaises pour cette pépite de 12 titres : Norman Blake (Teenage Fanclub) à la production et de Paul Savage (Delgados) au mixing qui est également le producteur de Mogwai, Teenage Fanclub, Franz Ferdinand et Admiral Fallow, entre autres. Frode aime les collaborations artistiques comme avec Robyn Hitchcock, Danielson, Sufjan Stevens, Ben Crum des Great Lakes, Ole Johannes Åleskjær de The Loch Ness Mouse et Gary Olson des Ladybug Transistor. Il est secondé de manière permanente au sein de la formation de la chanteuse et guitariste Anne Lise Frøkedal, d'Ole Reidar Gudmestad à la guitare et claviers et du batteur Arne Kjelsrud Mathisen.



Slow Century a une singularité. Il est parfumé aux particules maritimes des côtes norvégiennes et au bonbon pop grâce à la présence de Norman Blake à la guitare, au clavier et au chant, Erlends Aasland à la cithare, Jad Fair à la guitare et toute une compagnie de lurons vikings qui tape joyeusement des mains. Le délice ouvre sur des lignes de guitares powerpop de Clouds. La mélodie vogue allégrement sur des rythmes bondissants et des mots fluides jusqu'à Bubble qui décrit une timidité charmante sur des harmonies alternant le jeu magique des guitares, de la basse et de l'éminente batterie. Celle-ci galope rutilante sur Shake qui offre une instrumentation psychédélique superbe. Les choeurs poppeux sont gonflés d'une énergie suggestive quand Tiny Dots emmène dans un épisode romantique évoquant une photographie qui rappelle le passé et dévoile l'avenir. Le tempo pop revient gaillard sur Hatchet qui règle des comptes tout en enchainant logiquement avec Tanker, ses voiliers et ses plages avant qu'arrive le fabuleux Slow Century, mélopée moelleuse, soyeuse et sa ritournelle sensuelle.



Les guitares puissantes de No Way Out jonglent sur les partitions sucrées et jangle avant un somptueux Folksong acoustique qui joue sur les méthodes de mixing avec génie. Le titre juteux et judicieux enchaine sur Egersound où la batterie lâche les chevaux dans un cocktail de notes pop fleuries pour honorer la musique, son enregistrement, la vie d'artistes au coeur de la production comme celle vécue par I Was A King qui écrit et enregistre cet album dans la ville de Egersund. L'électrique Run au panache court mais intense nous guide au pas de course vers la fin grandiose du disque où resplendit l'air de Lighthouse. L'interprétation de Frode Strømstad y est délicate, mêlée aux voix en chorale pour clore sur une jolie d'histoire d'amour éclairée à l'horizon par la lumière du phare. I Was A King délivre un magnifique Slow Century dont les couleurs et les atmosphères garnissent aisément le panthéon d'albums Piggledy Pop.
IWasAKing



samedi 19 octobre 2019

The Cure ‎– 40 Live (Curætion-25 + Anniversary)

Le coffret 'boite à trésors' est sorti hier le 18 octobre 2019. Si vous laissez fureter vos yeux sur Piggledy Pop c'est qu'inévitablement, vous faites partie des bipèdes aptes à déposer ce magnifique objet au pied du sapin de Noël. Il s'agit simplement d'un petit bonheur sonore et visuel de 9 heures regroupant 40 ans de carrière et les deux dernières époustouflantes performances scéniques du groupe The Cure en 2018. The Cure et leurs fans fêtent leurs pop noces d'émeraude et le bijou est multi-facettes : quatre éditions différentes, deux DVD ou deux Blu-Ray avec quatre cds, ou deux DVD ou deux Blu-Ray présentés avec un livre et les quatre cds. Les superlatifs manquent! Cette parution est gigantesque.



Le bijou offre un premier concert enregistré au London’s Royal Festival Hall lors du Meltdown Festival organisé par Robert Smith lui-même. Ce live magique et impressionnant reprend dans l’ordre chronologique un titre des treize albums des anglais, enchainés par deux inédits et poursuit avec treize autres titres dans le sens inverse chronologique. Ce premier dvd ou blu-ray nommé From There To Here | From Here To There est une vague rock'n roll, un zoom en spirale de la carrière du groupe mythique. Le deuxième live est enregistré le 7 juillet 2018 à Londres, Anniversary: 1978-2018 Live In Hyde Park London et propose 1 heure et 35 minutes de rêve curesque avec ses 39 titres.



Les fameux musiciens de Crawley dans le Sussex, l'auteur-compositeur, chanteur, guitariste Robert Smith, le bassiste Simon Gallup, le batteur Jason Cooper, le clavieriste Roger O’Donnell, le guitariste Reeves Gabrels sont charismatiques. Le grand Bob chevauche depuis 1987 avec Simon et Roger. Jason arrive dans l'équipe aux cheveux hirsutes en 1995 et Reeves en 2012. Reeves Gabrels est guitariste de David Bowie de 1987 à 1999, il devient ami avec monsieur Smith en 1997 pendant le concert du 50e anniversaire de Bowie où The Cure est invité.
Robert Smith a 60 ans. Il brille constamment, il offre une infinité de chansons qui nous vont droit au coeur, comblées de nouveautés extraordinaires. Jetez-vous sur 40 Live – Curætion-25 + Anniversary. The Cure s'est frayé un chemin dans le rock alternatif il y a 40 ans et le retrace ici et aujourd'hui avec un talent immuable, toujours aussi ébouriffant et sans pareil.
TheCure



mardi 8 octobre 2019

Dropkick

Dropkick est un groupe formé en 2001 sur la côte Est de l'Ecosse par les deux frères Andrew et Alastair Taylor avec un ami d'enfance Ian Grier. En presque vingt ans, une quinzaine de disques, treize albums et des Eps, Dropkick a parcouru des styles allant du post-punk à aujourd'hui de la power-pop, influencée par les Byrds et Wilco. Les passages soutenus sur les radios anglo-saxonnes, leur présence sur de grandes scènes de festivals, agrémentent leur renommée et les artistes écossais restent inspirés, toujours exacts au rendez-vous. J'ai pu apprécier le talent de performance d'Andrew lors d'un concert privé cette année dans un appartement parisien et son charisme nous a tous hypnotiser. L'artiste a une présence impressionnante, de la technique, une voix magnifique, pour réussir à figer l'attention de l'audience et la faire voyager.



Tandis que se joue la coupe du monde de Rugby, Dropkick tape et marque avec la parution de Somewhere To Be cette rentrée 2019. Andrew écrit et compose, est au chant et guitare, Ian Grier au piano, synthétiseur et guitare, Mike Foy à la batterie et le dernier venu d'Edimbourg en 2018, Alan Shields à la basse, chant et guitare. Alan participe à l'album précèdent, Longwave, que je conseille ardemment aux amateurs des Teenage Fanclub. Cet album est plein de fraicheur panachée de lignes de guitares mélodieuses, inhérentes à la pop. Dropkick poursuit dans l'excellence avec Somewhere To Be, premier titre de l'album du même nom et je me dis que décidément, l'Ecosse...Ce n'est pas un pays, les archéologues pourront toujours creuser à la recherche du fossil pop, c'est bien là dans les highlands que se trouve le berceau de l'indie-pop!

Dès les premières notes, l'élégance se faufile entre les partitions et dans le chant. Les arrangements voluptueux sont déployés délicatement pour former un titre émouvant. Le terreau artistique est fertile, comme leur fief, thème cultivé dans les paroles comme sur la majestueuse What I Really Mean où Taylor se livre 'part of me lives in the past' et sans trébucher, trace un bilan pour se relever et continuer avec cette belle intransigeance et pugnacité lyrique.



Le piano et les guitares s'allient brillamment sur le tempo engageant de Make A Difference qui relate une rupture sentimentale sur une pluie de slides country. Have to try est une courte mélopée qui déploie une myriade de voix sur la guitare boisée qui poursuit sur Growing Older Than You gorgée de sensations sur des arpèges et des rythmiques cadencées qui relancent le clavier langoureusement psychédélique. Le répertoire du ménestrel est mélancolique, mais pas linéaire. Il réussit avec une honnêteté brute à arrondir ses mots et ses harmonies, trancher avec courtoisie sur More Of The Same utilisant la nature et le paysage coloré comme décor. Les rythmiques dans l'instrumentation raffinée et les voix à l'unisson en crescendo s'approchent d'un battement de coeur quand Be Ok effeuille des accords de guitares subtiles pour produire une merveille pop.



Is It Something I Said? égrène les sonorités folk avec la contribution de Iain Sloan à la guitare offrant un écho à Big Star. Dropkick a un don pour composer des pépites à la fois langoureuses et énergiques, associant sensualité et une orchestration boisée et franche qui fait mouche. Arrive le grandiose In/Out et son avancée alternative addictive, une perle pop comme Andrew Taylor sait concocter à la manière de ses amis écossais The Wellgreen avec qui il partage la scène. Somewhere To Be s'achève sur le splendide New Chapter où la voix danse légère et lumineuse sur la guitare intime, confidentielle, qui annonce pourtant une prompte suite de nouvelles chansons en 2020.
Dropkick

dimanche 6 octobre 2019

Vetchinsky Settings

Vetchinsky Settings est le nouveau projet de James Hackett et Mark Tranmer qui signent ce mois d'avril 2019 un premier single nommé Anymore. Ces deux artistes de Glasgow ne sont pas des débutants, que nenni! Les deux auteurs-compositeurs sont même des noms gravés dans le marbre, fleurons de l'indie-pop écossaise. James Hackett est le meneur de The Orchids formé en 1985 et signé chez Sarah Records. Je vous invite à vous procurer la compilation Who Needs Tomorrow... parue en september 2017, belle rétrospective comprenant vingt célèbres titres du groupe avec un disque bonus de raretés pour fêter le 30ème anniversaire du groupe. Hackett participe également cette année à une autre fabuleuse compilation qui compte une liste incroyable d'artistes indépendants, Big Gold Dreams - A Story of Scottish Independent Music 1977-1989.
The Orchids sont sur Piggledy Pop, évidemment : TheOrchidsPiggledyPop2014

Mark Tranmer conduit depuis 1999 le fabuleux duo The Montgolfier Brothers et le projet GNAC en ayant auparavant mené St. Christopher dès 1984, signé chez Sarah Records. Il nous comble également de mélodies vibrantes depuis plus de trente ans.



James et Mark réunis forment un noyau prolifique et inspiré qui a connu l'ère des cafés-concert, des cassettes audio et vinyles puis l'apparition du cd et du digital, du mp3 tout-venant, et signe Anymore en avril 2019 comprenant 3 titres au cachet perceptible. L'objet est magnifique, tout blanc, un vinyle épais comme de la porcelaine avec des gravures dorées signées Timothy O'Donnell qui démontre un goût aigu pour l'esthétique jusqu'en bout de la chaine. En la matière, leur album Underneath The Stars, Still Waiting à paraitre ce 25 octobre 2019 est prometteur. Pour mettre l'eau à la bouche, Vetchinsky Settings propose deux titres en écoute avant cette sortie. Accidental Beauty et Passenger. Alex Vetchinsky est un grand réalisateur anglais du début du XXème siècle, figure du romantisme en noir et blanc. Mark qui aime le cinéma et donne un profil cinématographique à ses chansons compose avec James des mélopées nostalgiques, cristallines, qui font resplendir cet art mêlé à la notion de voyage, de distance développant le manque et le désir. Les chansons gainées, sculptées à deux mains et interprétées avec charisme sont auréolées de douceur et de majesté. Voici une précieuse invitation à la beauté et aux émotions tendue par Vetchinsky Settings, à saisir absolument.
VetchinskySettings



vendredi 4 octobre 2019

Arborist

Alors que nous apprenons la disparition de Kim Shattuck, qui a remplacé un temps la bassiste Kim Deal au sein de Pixies, cette dernière participe avec sympathie au premier single d'Arborist en mai 2015. Le duo signe un titre magnifique qui saisit et fait frissonner tant il est mélodieux et gracieux. Kim Deal n'a surement pas hésité une seule seconde à l'écoute de ce bijou pour accepter l'invitation du musicien irlandais. Arborist est le pseudonyme de Mark McCambridge, originaire de Belfast, auteur-compositeur impressionnant de talent. Les critiques rock de la plus grande presse en la matière manque de termes élogieux : "magnificent", "stunningly beautiful debut", "sonic equivalent of a painter’s brush", "impressive", "wonderfully realised on debut". Les compliments pleuvent et comme j'imagine que la pluie ne fait pas peur à Arborist, je me joins à la clique pour y ajouter mes épithètes.



Arborist fleurit son aventure en janvier 2016 avec le sublime A Man of My Age. La chanson trace un bilan sur l'existence encore courte d'un jeune homme mais qui déjà se sent confronté au danger et à la mort. Le sujet est amené sur une ritournelle enlevée et rythmée ornée d'un beau panache dans l'instrumentation, guitares, piano, cuivres, batterie et le violon superbe de Luke Bannon. Ce titre apparait sur le fabuleux premier album Home Burial en novembre 2016.
Mark McCambridge signe un disque grandiose, montrant son goût pour la littérature, la poésie, nous contant des scenari émouvants sur chacun des titres. Il fourmille de mélodies inspirées et attirantes, arrangées avec finesse et un don inoui pour l'écriture de textes qui embarquent et garnissent généreusement l'imagination.



A Crow ouvre l'objet, vibrant. Il émane de la mélodie et du chant une lumière aveuglante au coeur de la nuit, le décor est planté, l'attention absorbée. On suit donc l'éclaireur Arborist dans son Dark Stream, au tempo pop chaloupé et lumineux. La voix et la guitare de Mark se marient à merveille au thème mirifique et aux arpèges bondissantes de guitares, aux notes joyeuses du piano de Richard Hill, de la basse de James Heaney, de l'autre guitare rutilante de Jonny Ashe, de la trompette de Richard Crawford et du cor de Tom Kane.
La batterie est judicieuse, dosée de manière élégante, hautement maitrisée par Ben McAuley qui est aussi le producteur et ami d'enfance, accueillant Arborist dans son studio d'enregistrement Start Together. Suit A Man Of My Age avant le somptueux I Heard Him Leaving qui nous cueille dès les premières notes de guitare et la tonalité puissante du grain de voix qui dessine l'histoire d'une séparation sentimentale qui finit très mal. Malgré le profil dramatique, l'instrumentation sautillante est agrémentée du violon de Bernadette Morris comme pour Rules of the Burial, portée par la guitare de Colly McClean. Dans ce titre clin d'oeil à l'auteur Cormac McCarthy, les harmonies du piano voguent sur les envolées de cordes et le tempo des balais frottés sur les caisses accordés à l'émouvante trompette de Linley Hamilton, musicienne de Van Morrison, maintiennent l'effet de mouvement.



Dans cette avancée, le duo chaleureux de Arborist avec Ellen Turley resplendit à la lueur duveteuse de la lune sur le langoureux The Force Of Her WillRichard Hill quitte son piano pour ennoblir sa clarinette. Après Twisted Arrow qui ne manque pourtant pas sa cible, l'enchantement continue avec Incalculable Things, sa grosse caisse gaillarde, le gazouillant du glockenspiel, le violoncelle de Zarah Fleming, la guitare de Jonny et le chant conquérant. 
Paris, une carte postale, une histoire d'amour, une guitare enflammée et The Broken Light fait trembler, si émouvant quand Mark chante 'it's not the city that leads me to you'. Le roulement de tambour sur le piano romantique de Master, son solo de guitare électrique écorché vif dessine une intimité couronnée d'un nom, un nom secret et impénétrable. Le dernier morceau est un poème de Pablo Neruda, A Fisherman, qui se glisse au bout du microsillon à la perfection pour boucler Home Burial, un joyau mélodique avec sa pochette dessinée par Peter Strain, que je classe au top des disques chroniqués sur Piggledy Pop.
Depuis, Arborist qui parle très bien français pour avoir vécu quelques temps dans le sud de la France, continue son chemin et son chef d'oeuvre en signant à Noël dernier trois chansons bonus qui complètent Home Burial et qui font, à l'image de l'arborist, vraiment monter aux branches.
Arborist



jeudi 3 octobre 2019

Seazoo

Je chronique Seazoo en 2016 : " le profil indie-pop doté d'un esprit bon-enfant se dessine clairement. En signant les premiers EP de 2013 enregistrés home-made, Ken et Dog Hotel, (...) les Seazoo gagnent immédiatement l'attention des médias." "Seazoo, Ben Trow à la guitare, composition et au chant, Llinos Griffiths au clavier et au chant, Steffan Owens à la batterie et au chant, Dan West à la guitare et Mike Smith à la basse, invités à partager un live par Mark Riley, jouent sur les scènes du Pays de Galles et d'Angleterre." 
Le single de décembre 2014 Happily Taking Advice From An Imaginary Sergeant Eddie Stone Late December est suivi en 2015 par le 5 titres Car Deborah, puis en 2016 de l'EP Jumbo.
SeazooPiggledyPop2016



Ce mois d'août 2019, le groupe gallois nous comble du single grandiose Throw it up. Il fait suite à son excellent premier album Trunks qui mérite une attention particulière. A l'écoute de l'album mieux vaut être bien chaussé car il y a du rythme et du groove pour danser. Hello Stranger ouvre le bal, armé d'une belle et gaillarde guitare électrique qui galope sur la batterie. Ben au chant brille de mille éclats posant sa voix sur la mélodie jangle et ses lignes de guitares rock à la manière de Super Furry Animals, Yo La Tengo et Grandaddy. Les claviers psychédéliques entrent en scène sur le délicieux St Hilary Sings et son texte qui chahute au point de rendre les dents de la dame assez friables quand l'électrique Dig, avec sa basse survoltée et décidée, dégaine des harmonies pop qui entrent en tête et n'en sortent plus. L'allure vivace continue avec Shoreline acidulé et musclé où le chant fait du trampoline sur les voltiges du synthétiseur avant le somptueux Cyril dont les partitions élastiques et souples fort colorées mettent les sens en alerte.



Comme de coutume, Seazoo délivre une panoplie de textes narratifs lesquels nous emmènent dans des histoires d'amour ou d'aventures en liant aux mots des cascades de notes pop astucieuses. La spontanéité rafraichissante des deux voix de Ben et Llinos alliées sur Roy's World fait effet de cocktail vitaminé qui invite à entrer dans le monde conquérant et solide de Roy. Puis la tension persiste, magnifique, grâce à la saturation effrontée des guitares de Skulls pour évoquer une attirance regrettable. La batterie accroche les oreilles au plafond, invincible, et finit par les faire vaciller sur The Belly in My Brain là aussi de formule énergisante. Ben y avoue avoir peur sans vraiment convaincre d'une éventuelle fragilité car son style littéraire décalé et imagé est digne d'un Psycho Killer des Talking Heads, effet maintenu sur E is for Excellent à l'esprit indie-pop hypnotisant et efficace. Le disque se termine avec Bad Day at the Polythene Plant sans manquer de rappeler son titre Trunks qui signifie 'troncs' sur un air alternatif inspiré et merveilleux. Seazoo offre un Trunks chaloupé, animé d'une myriade d'instrumentations qui fleurissent les titres d'une power-pop de rêve. Le Pays de Galle et sa ruche de groupes Gorky's Zygotic Mynci, Colorama et son maestro Carwyn Ellis, Los Campesinos!, Martin Carr, Super Furry Animals, the Automatic etc, tient un talent doré en comptant dans ses rangs Seazoo.
Seazoo





samedi 28 septembre 2019

Françoise

Je suis une fan absolue du goupe Françoise, conduit par Jacinthe Riopel, interprète de Montréal qui met son charisme au service de l'écriture des paroles, leur donnant vie sur les partitions ensoleillées. Toute la french pop sixties resplendit dans son répertoire. A chacune de ses signatures, je suis sous le charme et je l'écris en 2017 et en 2018.
" Les airs garage rock et pop sixties de Françoise rappellent Les Calamités ou encore 5 Gentlemen comme sur Danse avec moi où 'la robe à pois' fait surfer 'la veste à pois' dans une divine atmosphère aux effluves de Golf Drouot. L'écrin chic et sucré Amour d'été se termine inévitablement sur un délicieux Rose bonbon aux arrangements arrosés de pop sixties avec une basse splendide qui fait des embardées façon Sucette d'Annie de Gainsbourg. Françoise offre un album au parfum vintage yéyé, juke-box, radio-crochet pas évaporé du tout."
FrançoisePiggledyPop2017



"Du premier baiser est le nouvel EP de Françoise comprenant six chansons stylées et parfumées aux sixties qui fleurira le 20 avril prochain. Le bijou yéyé de Montréal est derechef concocté par Jacinthe et Marc-André aux commandes avec à bord les musiciens de Le Couleur. Jacinthe et Marc-André décrivent leur univers comme 'pop, français, ensoleillé, rétro, drôle et sucré' et aiment écouter Françoise Hardy, Gainsbourg, France Gall, Beatles, Kinks, Zombies."
FrançoisePiggledyPop2018

Cet été 2019, Jacinthe parée de son rose à lèvres, sa robe chasuble en tweed, ses bottes cuissardes blanches, son carré Courrèges sur les épaules, revient souffler des airs d'antan revus et corrigés avec brio. Françoise signe Fleur de Soleil contenant quatre titres magiques écrits et composés par Jacinthe, son mari et immense musicien Marc-André Beaudoin qui assure les guitares, la basse, les rythmiques, clavier et voix. Ils sont accompagnés par Steeven Chouinard à la batterie et Patrick Gosselin à la guitare sur Donne moi ta bouche. Le titre roucoule dynamique et garni d'arrangements pop-garage très dansants où les deux voix de Jacinthe et de Marc-André se répondent et se sourient dans les tonalités.



L'amour courtois et galant gagne en allure mods sur la reprise excellente Ces bottes sont faites pour marcher, musique de Lee Hazelwood, chantée à l'origine par Nancy Sinatra. La pépite qui ouvre le disque est un hymne pour les amoureux de la pop sixties. Françoise capte le titre avec beaucoup de grâce et d'énergie. Suit le somptueux Tu es impossible avec ses riffs chauffés à blanc, ses guitares vaillantes, à la façon garage rock des Count Five. Il déroule une mélodie follement accrocheuse avec son clavier psyché qui accoste le chant formidable de Jacinthe. Le disque a déjà du panache et de l'entrain quand débarque Harley Davidson, de Serge Gainsbourg, interprétée à sa genèse par Brigitte Bardot et honorée ici par Françoise avec goût, inspiration et un talent infini. Fleur de soleil est un bonbon, un glorieux bijou pop où Françoise brille de style en réadaptant des standards et nous comble de nouveautés : Au panthéon Piggledy Pop avec les autres dieux butineurs de pop psychédélique.
Françoise

vendredi 27 septembre 2019

The Roves

The Roves sont 'quatre garçons dans le vent' qui ont dans leur style musical un petit quelque chose des Beatles. Originaires du nord de Londres, les musiciens viennent de signer un album qui à mes oreilles est un bijou. Surprenant dans la forme, car il n'y a pas de grosse production huilée simulée mais des arrangements simples, bruts et spontanés, il est émouvant dans le fond parce qu'il rayonne de lyrisme et d'énergie.
All Those Freaks est signé en avril 2019, faisant suite à un premier LP de 2018 appelé Roves et une cassette audio de 2012 Down By The Parade . Pour officialiser cette fraiche sortie de disque, le groupe met l'eau à la bouche en mars en offrant le single Who’s Sleeping On The Throne. Ce choix de titre parmi les 12 morceaux n'est pas un hasard. Le brillant quartet est conduit par l'auteur-compositeur James Wing accompagné de son frère Tom Wing, de Luke Evans et Brendan Monahan.



Speaking for Jerry ouvre l'album avec un chant puissant de ménestrel psychédélique dans le sillage de Paul McCartney, sur des cordes scintillantes, juste assez tendues pour donner l'espoir qu'elles vont être lâchées sans tarder. Cela arrive aussitôt  sur Everybody's high, le rythme est donné. La mélodie galbée sixties accroche et fait danser. Les princes continuent avec King of Comedy qui narre une carrière ratée et le regret. James propose une interprétation écorchée, presque punk sur une mélodie mélancolique acoustique avant de relancer la machine pop qui groove ardemment sur Hey Little Man. La guitare électrique taquine joyeusement et à la perfection sur la batterie qui dégaine du tempérament. I'm So Happy poursuit dans le genre narratif. James, épaulé à l'écriture par Rhys Kempley, délivre des mots avec un charme incroyable old-school et vintage. L'enregistrement brut, rock alternatif, touche davantage l'épiderme par son intention authentique comme sur le fabuleux quasi autobiographique Jimmy Ashcloud dont l'écho au titre d'album est réussi. Les lignes de guitares alliées à la basse-batterie repartent en trombe sur Once A Prefect où les fantômes des Kinks, des Turtles et du bien vivant Jonathan Richman nous grignotent les oreilles. Now That You're Not Around, élégamment sixties, libère les hanches dans un gigotement fébrile, donne envie d'opiner la tête sur une allure névralgique avec les pieds déjà en lévitation. Essayez ce cocktail de mouvements en simultané et on en reparle.



La balade I Can't See Your Face Anymore avec ses harmonies soyeuses acoustiques, ses voix en chorale rappelle fortement les mélopées somptueuses des années soixante sans pour autant que cet effet soit recherché ou travaillé. Les notes jouées à la façon du siècle passé sont si subites et innées qu'elles portent à se demander si James Wing n'est pas le reflet lointain d'un autre monde, d'un autre temps. There Goes Your Baby est derechef entrainant, riche et mélodieux, impressionnant. Le titre rock'n'roll est si simple et impérissable à la façon de 'help' ou de 'Love me do' qu'il en devient immense. L'album atypique en guise d'immersion dans feu l'univers Parlophone conclut avec le somptueux Who's Sleeping On The Throne. Son profil psyché, délicatement introspectif fait mouche. L'éminente interprétation de James se conjugue au trois autres grands musiciens Tom, Luke et Brendan. Aucune anicroche n'apparait à l'horizon, le disque est homogène et solide. Délibérément décalés des lois d'enregistrement et mixage à la mode, The Roves mettent un coup de pied météorite dans l'industrie qui pourrait bien ramener les musicos sur le plancher des vaches. La prétention n'est pas au menu avec eux, mais la conviction, oui. Du haut de leurs arrangements humbles et inspirés, ils opèrent une estocade des plus efficaces parce qu'elle est assumée. All Those Freaks est sublimement magnétique et The Roves, classé dans le panthéon de Piggledy Pop.

TheRoves





mardi 24 septembre 2019

Popboomerang

Thomas Cook n'a rien à voir avec le capitaine James Cook de la Royal Navy qui n'a pas de descendants. Pourtant les deux ont en commun qu'ils ont pris le coup de bâton. L'un le prend cette semaine, l'autre se prend des triques volantes dans la tête en 1770 quand il prend possession, conquérant, de l'Australie au nom de l'Angleterre. Les aborigènes, pas d'accord du tout, le visent avec des instruments en bois courbés ressemblant à des épées en bois. C'est la naissance du boomerang.



Aujourd'hui à Melbourne existe un boomerang célèbre et passionnant, le label Popboomerang tenu par Scott Thurling depuis 2000. Voilà presque vingt ans que Scott se dévoue corps et âme à la musique indépendante pop et fait découvrir au monde entier des groupes fabuleux : The Steinbecks, The Killjoys, Summer Cats, Adrian Whitehead, Tim Reid, Charles Jenkins, The Bon Scotts etc. Prolifique, sans cesse affamé de nouveautés et généreux, en énergie, en temps, il se voue à leur promotion. Scott est un fan et un soldat pop. Pour marquer les dix ans du label et célébrer de manière festive ce long et enflammé labeur, Popboomerang offre ce 6 septembre 2019 un disque compilation de 40 titres. Tous les groupes avec qui Scott travaille depuis 20 ans sont regroupés sur cette pièce extraordinaire.



Je ne peux pas chroniquer en détail et revenir sur chacune des 40 chansons mais je vous conseille d'acquérir l'objet qui contient toute la splendeur pop de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande. L'artiste présent sur la compilation Danny McDonald décrit Scott : 'he’d managed to accumulate such an encyclopaedic knowledge and library of the genre at a pretty young age was and still is a bit of a mystery'. Ce fan absolu collectionne et chérit la musique pop actuelle à celle des années 80 à 2000. Cet éventail merveilleux et bien garni se retrouve sur la compilation Shake Yer Popboomerang Volume 3.



C'est un florilège de mélodies, de thèmes, d'artistes, d'instruments, un réel feu d'artifice pop. Le genre musical a le vent en poupe côté australien depuis les années 2000 et de façon retentissante, les wallabies battent le pavé et le tempo indie, raflant les succès et la vedette aux Etats-Unis et à l'Europe. Ces splendides pépites pop, impossible à départager, habillent la compilation complète d'individualités éclatantes de talent. Les titres nous emmènent en voiture, en bateau, en vespa mods, dans le soleil, le vent, sous la pluie ou à l'abri d'une salle de concert underground, pour ensuite faire un tour de Merry-Go-Round, se balader sur la plage, chez le fleuriste ou simplement danser pour cicatriser une peine de coeur. Les chansons toutes séduisantes tourbillonnent de rythmes et de voix, enchainent les ambiances si variées et colorées que je tire mon chapeau au grand maestro Scott Thurling pour son oeuvre magistrale et conséquente, sa victoire planétaire. Happy birthday Popboomerang et en avant pour une nouvelle décennie!

Popboomerang



dimanche 22 septembre 2019

Heula

 
'Heula, la marque normande qui cause des normands'.



C'est quoi un normand? 

Le normand est l'habitant de la Normandie qui parle le normand. Juqu'ichin cha simple. L'normaund l'est aussi. Elle est belle et riche cette langue, celle de nos aieux, de nos ancêtres et décerne une fierté certaine. L'ADN normand est beau aussi. Certains que l'identité régionale dérange prétendent que le normand (la langue) est un mélange de franc, de gaulois, romain, saxon, breton et d'anglais.

C'est tout?


  • A ceux-là, j'ai tendance à répondre : Heula! Ta goule ! j'vais t'catouiller d'un coud’trique sur ta caboche ! Les Normands viennent des vikings, conquérants, solides et puissants en guise d'armoires à glace (pas normande), ils ont une originalité, un caractère (trempé) et du génie (humble). 



Je vous invite à lire Éloge des Normands écrit en 1731 par l’abbé François de Rivière qui rappelle des faits : "Parmi tous les habitants de la terre, je n’en ai presque point trouvé qui méritassent plus de louanges que les Normands" ou l'écrivain du XVII siècle, Gabriel Du Moulin, qui note que le normand a "un esprit subtil et doué de prudence ".



 

Barbey d'Aurevilly en parle galamment dans "Une vieille maîtresse". "Vous verrez que je n'y parlerai pas normand du bout des lèvres, mais hardiment, sans bégaiement, comme un homme qui n'a pas désappris la langue du terroir dans les salons de Paris et qui parle, comme un descendant des pêcheurs, pirates "d'azur à deux barbets adossés et écaillés d'argent". J'ai déjà dit deux mots de ma vieille Normandie. La côte de la Manche est peinte à grands traits dans le second volume de Vellini, et les poissonniers y parlent comme des poissonniers véritables. Est-ce que Shakespeare, s'il avait été normand tout entier au lieu de l'être à moitié, aurait eu peur de notre patois ?..
Vous verrez quelle langue c'est, et quel patois !"




Les supporters du Stade Malherbe de Caen dans le Calvados s'époumonent à chanter le normand lors de matchs :
"Notre identité vient de Scandinavie
La force et le courage formèrent la Normandie
Rien ne pourra nous arrêter avec Thor à nos cotés
Nous sommes Normands, fiers et conquérants"



Il y a deux choses primordiales à savoir au sujet du normand. Premièrement, il aime ses 'pecnots', les respecte beaucoup, parce qu'il sait que les fermiers de ses hautes terres sont cultivés et érudits, véritables vecteurs des moeurs et des traditions. Deuxièmement, il a de l'humour. 

Oil! Le normand, protège son Mont-Saint-Michel, n'aime pas le beurre salé, abuse du trou normand, le nom de sa ville finit par 'ville', a peur de trouver une bombe quand il creuse dans son jardin, toise de loin le breton, dit 'à tantôt!, avoue n'avoir dans sa région que des vaches et des alcooliques, boit l'calva 'cul sec', tue ses chaussures 10 fois dans l'année à cause de la boue mais il aime la pluie et dit 'heula! Ouvre ton pépin!'.


Ce brin d'humour est vivace dans les traits de la marque Heula! Devenue l'emblème de la région, elle est déposée en 2006 par le caennais Jean-François Toudic, d'origine bretonne, devenu normand de coeur et d'âme, qui s'associe à son ami le brillant dessinateur Sylvain Guichard-Bichicchi.

L'aventure Heula prend un envol incroyable, séduisant les normands et franchissant les frontières de la Normandie. Heula se développe à la vitesse du vent. Tandis qu'elle connait un grand succès, le couperet tombe l'an dernier. Jean-François Toudic, 49 ans, meurt en Savoie avec un copain, emportés par une avalanche en mars 2018. Ses proches, ses quatre enfants, l'ensemble des fans de Heula sont choqués. Les orphelins de la fameuse petite crevette rose qui est la signature de l'inventeur dynamique, plein d'un humour décalé et brillant, sont nombreux.

Bichicchi continue Heula pour son ami, pour la famille et toute la sympathique équipe qui y travaille. La richesse du patrimoine normand mérite que cette entreprise et les dessins Heula soient toujours aussi vivants et croustillants. Quand le breton arrive en Normandie, l'accent le fait rire et il ne tarde pas à être inspiré de moquerie, mélangée à un tendre attachement pour la région et ses indigènes. La marque refait le portrait du normand avec tant d'humour et de justesse que le peuple du nord s'y reconnait et avec auto-dérision mêlée à une dose de pragmatisme, consomme Heula avidement.




Aujourd'hui, chaque foyer de Normandie compte soit un bol, un tee-shirt, un magnet sur le frigidaire, une carte postale coincée dans un livre, un porte-clé ou encore une boite de caramels ou de sablés (au beurre). Nos voisins et cousins bretons veulent notre beurre, notre Mont-Saint-Michel et nos sablés ! Dans le fond, nous les aimons bien et leur serons éternellement reconnaissants de nous offrir Heula.
Heula









samedi 21 septembre 2019

Sans Chateaux

J'écris sur Sans Chateaux en novembre 2015 : "Sans Châteaux est le projet magnifique d'Austin Patrick Moore, un artiste irlandais qui me confie aujourd'hui son sublime single A wilting lilt, A Comma Hangs dont c'est la sortie officielle ce jour, jeudi 19 novembre. (...) L'Ep est fleuri de notes chatoyantes, d'un chant aussi coloré que les façades des maisons de Cork, de mélodies solides comme des forteresses, de rythmes aussi envoûtants que le whiskey, d'une orchestration aussi romantique que les collines recouvertes de rhododendrons, de troncs recouverts de mousse et de bruyère. Sans Châteaux nous offre un A wilting lilt, A Comma Hangs au jeu de guitare magique, au violoncelle élancé et libre... J'ai l'honneur et la chance d'avoir l'album Aspendale entre les mains avant sa parution et ce sera, croyez-moi, avec ce talent éblouissant dans le sillage de Sufjan Stevens et de Magnetic Fields, un des meilleurs disques de l'année 2016. "
SansChateauxPiggledyPop2015



Ce 13 septembre 2019 est paru le nouvel album de Sans Chateaux Ephemeral Heights. Quand ce disque est arrivé entre mes mains puis très vite dans mes oreilles, j'ai été littéralement transportée. Le disque est un festival de cordes, un feu d'artifice de mélodies, un rayon de soleil littéraire. Au delà de la poésie partie intégrante de l'univers d'Austin, le ménéstrel est aussi un voyageur au long-cours. Le maestro multi-instrumentiste est polyglotte, globe-trotter, enseignant. Il a peaufiné une 'international development' à Science-pop en France avant de partir enseigner un an au Cambodge, avec des pauses dans son fief irlandais. Le musicien compose et écrit où qu'il se trouve, rempli de l'air qu'il respire, nourri des gens qu'il rencontre et qu'il nous présente via ses métaphores somptueuses. Comme tout bon navigateur de contrées lointaines, il se repère le nez en l'air, grâce aux étoiles. Les constellations le ramènent toujours à bon port et Ephemeral Heights est son carnet de bord. Les instrumentations lumineuses comptent des arpèges élégantes de guitares, violoncelle et violon, piano et cuivres, portées d'une âme médiévale, classique et traditionnelle. La notion de retour aux sources se retrouve toujours dans les compositions de Sans Chateaux qui, plus il voyage, plus il ancre ses racines.



Rewards Now and Hereafter ouvre le disque en prenant de la hauteur sur les notes de cordes pincées, charnelles. Son chant avec une apesanteur exquise voltige sur les touches panaché du piano. La lumière intense des mots s'allie à une description du quotidien comme le repassage d'un tee-shirt ou plus loin, l'ouverture d'une boite de conserve avec une cuillère. L'eau, la plage, le vent sur les toits, dessinent le temps qui passe et l'éloignement géographique comme sur Weak Joy et Messengers. La rythmique est donnée par le frottement des ballets sur les caisses et les voix chorales créent un mouvement, une ascension. L'artiste est en osmose avec les éléments de la nature. L'intensité mélodique poursuit avec la voix magnifique d'Austin sur Ode to Early Moments où l'intimité devient précieuse tant les archets dansent entre les mains expertes et tant l'essence dans les harmonies inonde l'écoute. Rereading est mené langoureusement par la guitare et la batterie de manière excellente. Tout l'art de la composition est maitrisé par Austin qui ne délaisse aucun détail sonore pour sculpter des morceaux d'orfèvre et nous hypnotiser. Le fabuleux Ludwig Leichhardt in Fairfield là aussi fourmille de notes au pouvoir expressif et on vogue sur la mélodie sphérique, douce et rebondie.



L'écriture se marie à l'oeil de l'auteur aimanté par les couleurs du paysages pour se métamorphoser en mélodie envoûtante.  Ephemeral Heights invite à la rêverie sur les hautes cordes de la guitare accompagnées du chant patient et satiné. Les violoncelles de House of Karl nous convient à partager les états d'âme de l'artiste exilé présentés et joués avec altesse comme sur Series of Short Lives où la guitare se fait corpulente et généreuse. Le tempo alternatif bombé est donné par le talentueux Dan Walsh. Austin qui brille à la guitare, au piano et au chant est entouré aussi d'Annie Blake à la basse et contrebasse et de Bríd Dwyer au violon, tous époustouflants sur le dernier Above a Shoe Store Furled the Sails. La chanson qui boucle ce diamant est à l'image du talent infini d'Austin Moore . Ses qualités extraordinaires de musicien sont saupoudrées d'un don pour l'écriture intelligente, montrant un Sans Chateaux accompli dans son art. Même si j'ai la chance de connaitre le sens de l'humour et la vivacité d'esprit attachante d'Austin, je reste toujours objective quand j'entends des trésors astraux pleins de magnétisme. Les textes décrivant le réel sur des musiques d'une beauté irréelle méritent une attention particulière et font qu'Ephemeral Heights, attendu ardemment depuis deux ans, est classé meilleur album 2019 sur Piggledy Pop .
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