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mardi 31 décembre 2019

Memento Piggledy Pop 2019



Janvier : Peter Peter
PeterPeter



Février : Kidd
Kidd



Mars : The Loch Ness Mouse
LochNessMouse



Avril: The Proper Ornaments
ProperOrnaments



Mai : Ta Toy Boy
TaToyBoy



Juin : Divine Comedy
DivineComedy



Juillet : The Castillians
Castillians



Août : 27 Mars
27Mars



Septembre : Sans Chateaux
SansChateaux



Octobre : Nick Frater
NickFrater



Novembre : Mike Vass
MikeVass



Décembre : Ludovic Alarie
LudovicAlarie



mercredi 25 décembre 2019

Ludovic Alarie

Auteur-compositeur de Montréal, Ludovic Alarie signe son premier album portant son nom en 2014 suivi de L'appartement en 2017. Ses titres en français sont une immersion élégante dans l’indie-pop galbée de groove atmosphérique, tantôt boisée stylée DeMarco et tantôt electro à la façon MGMT. Ce qui charme franchement sont ses mots, métaphoriques ou dignes de chanson réaliste du XXème siècle, avec du mouvement dans son chant aérien qui se lie majestueusement aux thèmes mirifiques et romantiques.



Tandis que ces deux albums francophones marquent les esprits et séduisent un public de plus en plus large, gagnant des nominations et des récompenses au Canada, Ludovic Alarie pense déjà à son troisième album tout en mettant en place son propre label indépendant. Chouchou Records voit donc le jour et offre l’auto-production, le magnifique nouveau disque We're a dream nobody wrote down paru en mai 2019. Celui-ci compte des titres en français et en anglais, tous sublimes. Le petit bijou pop commence avec le groove chaleureux et duveteux de we're a dream nobody wrote down orné du timbre de voix en accompagnement d’Adèle Trottier-Rivard et la collaboration judicieuse de son ami de longue date et réalisateur, Warren Spicer. A l’équipe s’ajoute le grain de sel de Simone Pace, batteur du groupe new-yorkais Blonde Redhead. We don’t exist suit et accueille un joli mariage de guitare acoustique, rythmique et clavier atmosphérique délicat, finement dosé tout comme l’alliage du français et de l'anglais dans les paroles.



Les mots évoquent l’absence, l’oubli, le rêve et Je te laisse fermer les yeux au tempo enthousiaste et à la basse taquine joue du champ lexical des yeux, de la vue et de l’imagination. Ludovic n’en manque pas. Ses orchestrations d’avant-garde, fraiches et légères sont aussi contemporaines que pleines de nostalgie. Where have you gone joue de l’écho pour imager un départ avant le splendide Et tu reviendras, créant un va et vient dans les sujets et dans l’instrumentation fort sensuelle. Idem sur Nuit qui souligne ce thème de l’abandon et de la disparition via une rythmique en spirale hypnotique. L’écoute se poursuit avec l’instrumental garni de cordes chaleureuses Je te laisse fermer les yeux II qui enchaine avec finesse sur la mélodie suave de Les rivières veulent te prendre dans leurs bras où les guitares se font tendres et épidermiques. Night continue en interlude d’une minute avenante pour nous conduire galamment vers l’amène Je me demande où tu es et ses cuivres fantastiques, ses guitares éthérées, raffinées, pour une fin de disque somptueuse. La dernière partie secrète est à savourer en laissant la platine tourner. Ludovic Alarie concocte un sceptre de coton sensuel et musical vaporeux doté d’un charisme infini et convaincant. Je suis conquise.
LudovicAlarie



lundi 23 décembre 2019

Joyeux Noël !



27 Mars - Rovaniemi


Rivulets - this Christmas


Jeremy Waterman - Time of the Season


The Love language - White Christmas


The Decibels - Christmas wish


Don't call me ishmael - White Winter Hymnal


Jenny Owen Youngs - Maybe Next Year


The Lost Brothers - Seven Days before Christmas


Alec Duffy - Every Day is Christmas


samedi 21 décembre 2019

C Duncan


https://scontent-cdg2-1.xx.fbcdn.net/v/t1.0-9/p960x960/55641881_2170902759645811_6229471860912816128_o.jpg?_nc_cat=109&_nc_ohc=FmDiKOjxXV4AQkDurMn5touqGGg7iW3pkJZN7WMraqpbRzKTQ1ncmai8Q&_nc_ht=scontent-cdg2-1.xx&oh=dca6945f22c3841c74f73cfb955f6316&oe=5EA6728E 

C Duncan est le nom d'artiste de l'écossais Christopher Duncan. Agé de 27 ans, il signe un premier album en 2015 du joli nom d'Architect après le succès du single For qui parait en 2014. Le jeune musicien de Glasgow est nominé au Mercury Music Prize pour le meilleur album de l'année.
Né de l'union de ses parents musiciens d'orchestre classique, l'adolescent apprend à jouer de la guitare, de la batterie et de la basse avant de devenir étudiant au sein du Royal Conservatoire of Scotland. Les compositions de C Duncan sont concoctées avec imagination et talent liés au savoir-faire et à la réelle connaissance de la musique. Elles balaient et explorent divers styles comme la dream-pop, l'electro-pop avec une griffe mellow et romantique. (...) Imaginez Brian Wilson mixé à Sigur Ros ou à Radiohead pour donner un résultat de pop dansante et fleurie de choeurs angéliques amalgamés à des accords dreamy parfois organiques et alternatifs. “
CDuncanPiggledyPop2016



J’évoque donc C Duncan il y a presque quatre ans. Depuis The Midnight Sun est paru en 2016 et l’artiste écossais à l’oreille absolue et aux talents techniques alliés à une imagination fournie nous revient ce mois de mars 2019 nous délivrer le somptueux Health. L’album est mis en lumière par le producteur et membre du groupe Elbow Craig Potter, qui a peaufiné également les albums de Steve Mason, Editors et I am Kloot. Tandis que Christopher Duncan assure le piano, la basse et les guitares, Liam Chapman est à la batterie et Janina Duncan ajoute du violon alto. Le disque accueille aussi les musiciens du Hallé Orchestra et son Hallé Youth Choir, fameux orchestre de Manchester crée par Sir Charles Hallé en 1848.



Health lance la cavalerie rythmée de boules à facettes disco avec Talk Talk Talk et ses arrangements florissants, fort entrainants pour avancer dans une histoire sentimentale aux conversations prégnantes et stériles. Le tempo se fait plus moelleux et rétro sur Wrong Side of the Door effleurant l’inévitable rupture. Les harmonies forment comme une trame de film des années soixante ou de vieille comédie musicale, parfumées à la gomina, autant cousues d’or que le modernisme électronique comme sur Impossible et ses violons qui galopent dans les envolées de voix.



Puis He came From the Sun arrive comme une météorite mélodieuse qui subjugue de finesse et de verticalité. Le titre ne cesse de réveiller les sensations à chaque écoute. Ses mots colorés et spirituels sont déposés sur les partitions perlées de pop muant en missel musical avant que l’âme boogie de Holiday Home déménage les guitares et fasse danser sur les tables. Le chant cristallin et clair de C Duncan est un bonbon sonore qui glisse limpide sur les notes légères et aériennes. Puis Health entre dans le bal avec ses touches de piano qui aimantent et alimentent l’essence du texte profond et grave. Somebody Else’s Home continue logiquement dans le genre groovy mais aussi dans le sens philosophique poursuivant avec le jazzy formidable de Blasé qui coupe et tranche comme il se doit ‘If you don't like what I came here to say, Do me a favour and turn the other way’ sur des arrangements de cordes élégants et épiques.



Quand joue Reverie, deuxième petite bombe à mes oreilles, juste et majestueuse dans ses atours lyrique et sa construction panoramique, elle marie les instrumentations et de manière vibrante, les choeurs au grain de voix de C Duncan. Le rythme de Pulses & Rain fait rayonner l'art de C Duncan ; Mélange de classicisme et de pop-electro qui lance une course effrénée disco sur Stuck Here With You remémorant les leitmotivs du fief et de l’exil.

Care, tout en émotion et grâce avec le Hallé Youth Choir gagne refuge dans les coeurs. Ce titre d’une douceur infinie boucle une oeuvre majeure d’un grand musicien, qui croque son époque tout en la nourrissant de la musique du passé pour nous envoyer une carte postale musicale de rêve. Health cadeau passionnant, obligé dans ma discographie est classé en haut du chapeau Piggledy Pop.
CDuncan

La pochette est une peinture de David Hockney auquel C Duncan, également peintre, est sensible :  "Je souhaitais que l’œuvre ait une apparence « saine » : très légère, fraiche et naturelle. Pourtant, il y a un vide étrange dans ces peintures, ce qui est également audible dans la musique, qui est claire et aérienne en surface, et marqué par une noirceur plus nette en profondeur".



jeudi 19 décembre 2019

Pierre Daven-Keller

Le nouvel album Kino Music de Pierre Daven-Keller est exquis. Je suis une fidèle fan depuis des années, et je pense objectivement que l'auteur-compositeur français ne cesse de produire un travail époustouflant. Il a le don de la composition peaufinée, l'inspiration fleurie et pour couronner ce joli tout, l'endurance qui appelle le respect et l'admiration.

"Rares sont les artistes français qui savent écrire dans leur langue et cette scène nantaise a apporté beaucoup à la musique indépendante dans la fin du XXème siècle. Daven Keller écrit par exemple le titre 100% VIP de Katerine, dont il a arrangé l'album Robots Après Tout. En 1995, le musicien breton fait ses valises pour Paris, y retrouve Miossec pour qui il arrange l'album Le déménagement et Katerine avec qui il travaille sur l'album Les Créatures. Entrant sur le label Village Vert, avec une écriture exceptionnelle, Pierre signe son opus Ramdam en 1999 puis poursuit son oeuvre d'arrangeur pour Dominique A, l'amie de ce dernier Françoiz Breut et signe la bande originale enregistrée à Sofia avec le Bulgarian Symphonie Orchestra pour le film La Répétition, sélectionné au festival de Cannes en 2001. C'est en 2003 que Quelqu'un Quelque part parait, puis sort Réaction A en 2008 suivi de Reaction B qu'il écrit, compose, arrange et produit offrant une atmosphère plus électrique, disco-pop, funky, toujours efficace et superbement ficelée. Ce mois d'avril 2015 arrive le génial Réaction C qui mérite un zoom sur la trilogie". DavenKellerPiggledyPop2015



L'artiste, arrangeur pour Anna Karina qui vient de nous quitter, ajoute à ses productions de bandes originales celle de 2011, No Man's Land, film de Thierry Jousse. 2019, il dévoue son amour au 7ème art en signant le magnifique Kino Music. Dédié au cinéma par son titre, le disque entier est une ode à la musique cinématographique. La France a perdu Michel Legrand, mais avec Gondry et Tiersen, elle hérite d'une nouvelle 'nouvelle vague' de compositeurs de bandes originales de films. Pourvu qu'elle sache en reconnaitre la dimension.



L'album s'ouvre sur Champ Magnétique au piano champêtre sur la basse sensuelle et addictive. D'emblée, l'ambiance suave plante un décor de cinéma des années soixante à soixante-dix. Corniche Kennedy fait entrer le clavecin, l'ensemble à cordes magistral du Bulgarian Symphonie Orchestra et les cuivres caressants pour orner la mélodie galvanisante. Melancholia offre un tempo bossa magnifique, savamment arrangé par un maitre du rythme puisque Daven-Keller est le prince de la baguette et des caissons. Helena Noguerra vient donner de son grain de voix sur La fiancée de l'atome avant la flute guillerette et la guitare raffinée du musicien français Poppincourt sur Intermezzo Retro qui donne sacrément envie de danser.



Suit Dakota Jim qui avance son groove solide, habillé d'un tempo stylé, griffé du panache de son auteur qui continue de briller avec Jerk où les arrangements sixties et la présence de Claire Tillier au choeurs sont fort réussis. Daiquiri nous invite à siroter un air dans la veine Bacharach, au glockenspiel dandy, à la trompette et aux cymbales romantiques. Arielle Dombasles fait swinguer Salvaje Corazon comme une balade solaire aux amériques latines quand revient la pop juteuse avec Farfisa et sirupeuse avec Sirocco. Les évidentes influences de Morricone se glissent à l'oreille quand la voix cristalline saupoudre Tatoo Totem sur des arrangements rayonnants d'élégance.



La patte éminente Daven-Keller reprend la main sur Easy Tempo, morceau sublime éclairé de clavecin, de cornet et de la batterie pour conduire efficacement vers Cuore Selvaggio, chantée par Mareva Galanter et son sourire gracieux dans la voix. Kino Music, signé sur Kwaidan Records, label tenu par Marc Collin de Nouvelle Vague, montre derechef le talent coloré et réel du maestro nantais. Pierre Daven-Keller, alias DK, est exact et impressionnant, nécessaire dans le paysage musical français et à mes oreilles. Je classe Kino Music dans les meilleures productions de la décennie.
DavenKellerKinoMusic



mardi 17 décembre 2019

Tram Cops

Originaire de Melbourne, Tram Cops signe un premier album en 2016 du nom du groupe suivi en janvier 2018 du fabuleux Even in my dreams, garni de titres un peu lo-fi, rock, tumultueux d’instrumentations qui prêtent à danser sauvagement comme sur les morceaux Stolen Land ou Melbourne que je conseille. Impatient, fertile, l’auteur-compositeur Michael Vince Moin qui conduit Tram Cops signe le troisième volet Not Forever en novembre 2018. L’aventure prend forme, les mélodies montent en puissance, avec des tendances pop psychédélique sixties et seventies. Voici que l’australien se montre encore plus conquérant et brillant en octobre 2019 avec un véritable bonbon pop nommé California Way.



L’album est une météorite qui passe instantanément, spontanément, sans langueur ni ennui. C’est au contraire si divertissant et varié que les plages se succèdent avec délice. Le disque peut s’écouter le matin, ou le soir, en travaillant ou en bullant. Le bijou California Way ouvre ses ailes et des notes bondissantes et énergisantes. D’emblée la notion de mouvement, de voyage s’immisce dans les oreilles. L’instrumentation électronique rythmée et cadencée de Doors serpente légère avant la somptueuse mélodie de Love is all around, enveloppante. La voix chaleureuse de Michael qui parle d’anges s’allie à la perfection à l’ambiance spirituelle lumineuse portée par la guitare. K song enchaine pour un moment instrumental electro-pop abondant en tempo avant de surprendre de surcroît et d’attiser l’attention déjà acquise avec l’air moelleux de Happy as Can Be où les guitares resplendissent sur les ‘shalala’ sixties au tempérament ensoleillé.



Suit le grandiose Love is Real, envahissant par ses arrangements presque atmosphériques, d’une élégance infinie comme sur Hi qui poursuit sans pause avec une musicalité intimiste réussie. Le magnifique saxo sur Kerouac joué par Jaime Sacchero offre un moment sucré sur la guitare joviale habillée de l’esprit beatnik californien. Forever continue sur des harmonies de voix et de synthétiseurs hypnotiques. Tandis que le sentiment amoureux plane sur tout l’album, Flat Earth 102 termine l’écoute dans une ambiance intime et personnelle qui boucle en douceur California Way. Tram Cops contient du Big Star, un mélange de Ultimate Paintings et de Brian Wilson garni de l’inspiration épatante de Michael Vince Moin dont je suis fan et qui c’est évident continuera d’animer nos platines.
TramCops

vendredi 13 décembre 2019

Amber Arcades

Annelotte de Graaf adopte le joli pseudonyme Amber Arcades qu’elle utilise pour nommer son premier EP en 2013, suivi du succulent EP Patiently en 2015 que le label Heavenly Recordings remarque avant de lui proposer une signature pour l’album Fading Lines de 2016. La jeune auteur-compositeur d’Utrecht, Pays-Bas, montre alors un beau talent en jouant des harmonies pop folk, ornée de sa voix posée et décidée. Titulaire d’un master en droit, assure quelques scènes et revient avec nouvel EP Cannonball en 2017 sur lequel elle partage le duo savoureux Wouldn’t even Know avec le musicien anglais Bill Ryder-Jones . BillRyderJonesPiggledyPop2013



2018, l’artiste néerlandaise signe son deuxième album European Heartbreak. Pour toute personne consciente de l’effet néfaste qu’apporte l’UE sur l’esprit européen qui, avant la création de cette ‘europe économique’, était vif et sain depuis des siècles, le disque est pour vous. Si vous aimez Love, Burt Bacharach, Belle and Sebastian, Pale Fountains, le disque est aussi pour vous. Simple Song ouvre le bal indie pop délicieux. Les claviers sixties de Manuel Van Den Berg s’alignent sur les guitares harmonieuses de Annelotte et les trompettes de Rob Quallich et Taylor Barnett, les trombones de Ben Culver et Nathaniel Lee, la basse de Megg Duffy, les violoncelles de Jason McComb et Schuyler Slack, les percussions de Pinson Chanselle et du grandiose Chris Cohen qui taquine la batterie comme un diable tout en assurant l’enregistrement en studio et sa production.
ChrisCohenPiggledyPop2015



Les harmonies de cordes dirigées par Trey Pollard et les notes somptueuses de piano jouées par Daniel Clarke apportent un romantisme serein aux mots qui évoquent le passé, le futur, la mémoire et la rupture sentimentale. Amber Arcades brille à l’édification de mélodies et conforte ce don avec Oh My Love (What Have We Done) où sa voix de velours invite à la suivre. L’orchestration fournie est suffisamment dosée et limpide pour sembler immédiate et spontanée comme sur Goodnight Europe. La musicienne y décrit la déception ‘Europe, I'm sorry, They boarded all your windows and your doors, Now it smells like death is coming up through the floors’ en précisant dans une entrevue “If you go back to the ‘60s, ‘70s, even the ‘80s, Holland was very liberal and invested in art and education and now it seems like we’ve gone the opposite way …”



Evoquant dans un titre précèdent la fuite en van pour la Suisse, le titre Alpine Town parle lui d’une ville au sud de la France. Le tempo suave et sensuel est un régal presque bossa avant le voltigeant et très pop I've Done The Best qui fait danser et sautiller bêtement sur l’air bondissant. Les arrangements fifties dressent les couettes et secouent les socquettes avant Self-Portrait In A Car At Night, sucré et intime, délicat par le chant en écho et la guitare accompagnée des violons. Antoine est une chanson de séparation, glamour mais claire, un titre magnifique de douceur. Puis Where Did You Go lance des guitares rock sur l’orgue psychédélique de génie quand Amber Arcades conclut avec le morceau en or d’une absolue beauté Baby, Eternity où elle déclare sa flamme avec classe “ It's like dancing in a club to your favorite song, And no one's around till the lights turn on”. Les arrangements et les harmonies de cordes font des ricochets élégants sur la basse magistrale de Cameron Rolston pour boucler l’écoute de ce European Heartbreak, album fantastique que je classe au top des productions pop et intemporelles.
AmberArcades



mardi 10 décembre 2019

Jeffrey Lewis

Jeffrey Lewis
est un musicien de Manhattan, un new-yorkais dans l'âme, un peu nerd, un peu punk, passionné de comics et dessinateur de talent. Né en 1975, ses références vont de Lou Reed à Alan Moore, nourries d'une réelle et belle culture du vinyle et d'arts picturaux de tous genres. L'auteur-compositeur aime la culture sixties psychédélique qu'il glisse dans ses chansons en y apportant sa touche personnelle, son caractère souriant et élégamment excentrique.
L'artiste est attachant par son univers coloré, comptant son niveau d'études universitaires qu'il peaufine jusqu'à la thèse de doctorat de littérature dont le sujet est Watchmen. Autant dire qu'Alan Moore est plus qu'un simple centre d'intérêt.



2000, le jeune musicien part passer deux ans à Austin pour se frotter à la scène indie-pop, jouant seul avec sa guitare et vendant ses bande-dessinées après ses concerts. 2001, avec son frère Jack Lewis qui co-écrit les chansons et assure la basse, il signe son premier disque The Last Time I Did Acid I Went Insane, suivi en 2003 de It's the Ones Who've Cracked That the Light Shines Through, en 2005 de City and Eastern Songs, en 2007 de 12 Crass Songs. En 2008 les deux frères partent en Europe pour une série de concerts, accompagnant d'autres artistes comme Devendra Banhart, Stephen Malkmus, Jarvis Cocker, Thurston Moore, etc. Jeffrey parallèlement signe un contrat avec le New-York Times qui publie ses dessins et ses bande-dessinées seront également sous presse en Angleterre dans The Guardian. En 2009 paraît l'album 'Em Are I, en 2011 Come On Boar et A Turn in the Dream-Songs, en 2013 Hey Hey It's...the Jeffrey Lewis & Peter Stampfel Band, 2014 Jeffrey Lewis & the Jrams, 2015 Manhattan, 2018 13 Fall Songs.



Jeffrey Lewis & The Voltage signe ce mois de novembre 2019 un disque formidable, plein d'énergie underground et de finesse dans ses thèmes. Bad Wiring contient 12 titres fabuleux. C'est le producteur Roger Moutenot (à la production des Yo La Tengo et de l'album de Lou Reed Magic and Loss) qui est aux manettes pour l'enregistrement. Le maestro psyché griffe ses textes avec des allusions à New-York, à la musique, aux arts et à l'amour. Avec quelques nuances punk et poétiques qui inévitablement remémore le Velvet Underground, l'esprit de Lewis est rayonnant d'optimisme. Le résultat à l'écoute de Bad Wiring est un bouquet d'enthousiasme mélodique et littéraire. L'album propulse des vitamines dans les oreilles dès les notes de Exactly What Nobody Wanted avec la guitare fleurie de Jeffrey Lewis, la batterie galopante de Brent Cole sur la basse bondissante de Mem Pahl. Le prolifique artiste orne ses mélopées de mots si fournis et expressifs qu'elles attrapent l'attention, séduite et absorbée. La rythmique continue ardente sur Except For the Fact that It Isn't où les voix actives insufflent du tempo supplémentaire.
La mélodie indie-pop de My Girlfriend Doesn't Worry est un délice d'humour à la façon d'un titre de Jonathan Richman sur une déclamation de cinq minutes rappelant le style Bob Dylan. Le clavier rayonne de notes délicates avant les que les cymbales énervées de Depression! Despair! s'alignent sur les guitares toutes aussi électrisées. Til Question Marks Are Told est un sucre d'orge indie qui égrène les moments du quotidien vécus dans la City via des métaphores littéraires puis le thème de la musique underground est merveilleusement mis en partition pop psychédélique dansante et bombée d'orgue sixties avec LPs, titre grandiose excellemment et intelligemment posé au milieu du disque.



Knucklehead/Happy Rain est un break instrumental ravissant qui offre un bruit de pluie et quelques notes jouées à la guitare. Le piano et les clap-hands de Take it For Granted proposent un court moment indie sur le grain de voix presque sarcastique de Jeffrey Lewis qui se fait plus offensif et musclé sur la basse géniale de In Certain Orders, régal bardé d’harmonies dynamiques fantastiques. Where is the Machine qui se rapporte au titre d’album déroule une instrumentation pétillante et douce à la fois où les mots chantés et parlés fondent sur la mélodie qui touche et donne des frissons avant que le tempo marqué et résolu vienne donner envie de danser et chanter avec les américains. L’esprit fin et drôle de Jeffrey Lewis est efficace pour accompagner les airs tous différents et variés et amener sans se rendre compte à la fin du disque. Le dernier titre agrémenté d’harmonica et d’orgue sixties, Not Supposed To Be Wise, est plein d’âme, de conseil amical qui conclut dans l’émotion et la classe. Piggledy Pop classe Bad Wiring dans les meilleurs disques 2019, en écoutant ce bijou de Jeffrey Lewis & the Voltage, sans compter.
JeffreyLewis

samedi 30 novembre 2019

Boy & Bear

Boy & Bear est un groupe formé à Sydney en 2009, qui compte dans ses rangs les deux guitaristes et chanteurs David Hosking et Killian Gavin, David Symes à la basse, Tim Hart à la batterie et Jonathan Hart à la la mandoline, banjo et claviers. Après trois albums qui ont chacun récolté un beau succès en Australie, aux Etats-Unis et sur le continent européen, Moonfire en 2011, Harlequin Dream en 2013, Limit of Love en 2015, les Boy & Bear fêtent leur 10 ans en septembre 2019 en signant le quatrième volet Suck on Light.



Suck on Light est l’album du miracle. L’auteur-compositeur du groupe Hosking a dû se battre ces trois dernières années avec de graves problèmes de santé qui annonçaient la fin de l’aventure musicale. Pourtant, Boy & Bear gagne dès 2011 le ARIA Music Awards (Australian Recording Industry Association). Derechef en 2013 le quintet est nominé trois fois pour le meilleur groupe de l’année, le meilleur album et la meilleure production. En 2015, ils raflent le prix Golden pour avoir vendu le troisième album Limit of Love à 35000 exemplaires. Le courage et la ténacité de l’artiste le mènent en 2018 en studio d’enregistrement pour peaufiner Suck on Light, pur dans l’orchestration, sensible dans ses paroles et à mes oreilles, le plus bel album des Boy & Bear.


Ce bijou aux allures pop baroque, inspiré des sonorités sixties et seventies, parfois arrangé avec un ensemble de cordes, commence avec le justement titré Work of Art. Le style groovy du piano est solidement chaloupé, orné d’envolées de guitares électroniques et de la voix de Hosking magnifique, comme sur le puissant Suck on Light où le chant absorbe l’attention. La rythmique riche accompagne les violons pour marquer le balancement entre le froid et la chaleur, la nuit et la lumière, image de son recouvrement. Puis Bird of Paradise s’avance grandiose avec la batterie magistrale, les guitares et les voix en chorale qui enveloppent un texte spirituel fort émouvant. L’instrumentation pop de Telescope habillée d’une rythmique de sioux, d’une basse décoiffante, fera sautiller, danser et chanter les amateurs d’indie-pop “It's a challenge though, But I'm convinced there's a second key, Cos through the telescope, I saw Simon and Peter and John on the hill.


Dry Eyes enchaîne avec ses arpèges et ses notes cristallines pour offrir un titre gracieux, annoté de questionnement quant à la religion au moment crucial de la maladie avant Long Long Way, atmosphérique et élancé avec ses harmonies inspirées et alternatives réussies. Le thème de la distance est soutenu par les effets d’écho, les cordes tendues et la basse élastique fantastique. Avec son thème délicat, Off My Head flamboie et fait crépiter les rythmes, qui se font langoureux sur Bad People et somptueusement offensifs sur Hold Your Nerve qui trace un bilan lucide et touchant. La structure synthétique et rock surgit sur Rocking Horse qui tend à opiner du chef fébrilement sur les mots qui parlent du pouvoir de l’amour, de danse et de clarté garnie du jeu de la guitare électrique lumineuse. L’intime BCS revient sur la maladie offrant une instrumentation délicate et un grain de voix à l’aura hypnotique avant que le disque se ferme sur les six minutes impériales de Vesuvius. Boy & Bear signe un Suck on Light plein de mélodies, de musicalité et d’émotions. Le chant de David Hosking avait manqué et l’attente valait son pesant d’or. Piggledy Pop est fan!
Boy&Bear

vendredi 29 novembre 2019

Milk Records

En cette fin novembre 2019, parait la compilation aux saveurs pop sucrées et lactées, Milk on Milk. C'est le label australien Milk Records qui a la brillante idée de réunir ses artistes une fois par an à l'approche de Noël. Ce label de Melbourne est créé en 2012 par les deux musiciennes de renom Jen Cloher et Courtney Barnett. Jen est auteur-compositeur, joue avec son groupe Jen Cloher and the Endless Sea de 2006 à 2010 et Courtney est plus que jamais en activité sur les scènes internationales gagnant un succès fou de jour en jour : CourtneyBarnettPiggledyPop2017

Je vous invite à vous régaler de chaque compilation annuelle, à compter de celle de décembre 2012, Milk! Records 2012 avec des artistes incroyables qui les colorent : Kieran Ryan (Kid Sam), Fraser A. Gorman, The Finks, Hollie Fullbrook (Tiny Ruins) dont je parle en 2015 dans mon billet sur Bic Runga, Royston Vasie, East Brunswick All Girls Choir, Hachiku, Jade Imagine, Hand Habits, Evelyn Ida Morris, Loose Tooth, Dyson Stringer Cloher, Jen Cloher et Courtney Barnett elles-mêmes.



Tandis que le groupe The Finks fait paraitre aujourd'hui le 29 novembre 2019 le magnifique disque Affections que je recommande comme cadeau original à offrir puisque son format est en cassette audio et en série limitée à 100, numéroté à la main, je reviens sur la compilation Milk on Milk, toute aussi précieuse. Elle a la particularité de délivrer des titres chantés et honorés par les autres groupes du label. Elle ouvre sur Tell Her She's Dreamin' des Jade Imagine, chanté ici par Tiny Ruins qui on peut le dire utilise un lexique qui dégaine et flingue. La mélodie indie, alternative, est somptueusement érigée, ornée de rythmiques efficaces qui mettent en valeur la voix de Hollie Fullbrook, fulgurante d'inspiration. Les Tiny Ruins nous offrent en septembre 2019 l'album grandiose Olympic Girls Solo, lui aussi à déposer sans hésiter au pied du sapin. Puis la débonnaire punk si talentueuse Courtney Barnett nous saisit les oreilles avec son jeu de guitare, son tambourin, sa basse gratinés sur Keep On prêté par Loose Tooth et dont Lou Reed aurait surement été mordu.



La surprenante Anika Ostendorf alias Hachiku garnit la compilation en reprenant Body Language de The Finks. La jeune musicienne de 25 ans qui a déjà signé trois EP dont le dernier Shark Attack ce 1er novembre 2019 est bien en route pour d'autres belles productions. Jen Cloher & the String Quartet arrive avec le magique The Body Appears de la patte d'Evelyn Ida Morris qui donne sacrément des frissons tant le titre est voluptueux, boisé, mélodieux et interprété avec finesse. Vient voltiger le DOG FM des East Brunswick All Girls Choir, titre assuré au chant par Sarah Farquharson et par Olivier Mestitz, l'auteur-compositeur et chanteur de The Finks qui pour ce morceau est à la batterie.



Puis Jade Imagine reprend Dream Wave de Tiny Ruins avec une classe et une grâce infinies avant le génial Nameless, Faceless de Courtney Barnett, revu par Evelyn Ida Morris qui lui apporte une note de douceur fort réussie. East Brunswick All Girls Choir revisite le Polar Bears du premier EP d'Hachiku avec un panache rock'n roll grandiose avant que Loose Tooth revienne sur Name in Lights signé de Jen Cloher pour l'orner de style indie blindé de charme. Les artistes du label australien sont inspirés, resplendissants de personnalité et de charisme. Milk on Milk est, vous le comprenez, un clin d'oeil à Bob Dylan tout en laissant voguer l'esprit du Velvet Underground et dessinant un ensemble d'une beauté rock, pop indie, de toute beauté.
MilkRecords



jeudi 21 novembre 2019

The Minders

J'écris ici sur The Minders en 2012 "Valeur sûre du label américain Elephant 6 qui compte nombre de groupes excellents comme les Essex Green, Ladybug Transistor, Of Montreal, Apples in Stereo, Neutral Milk Hotel etc..., The Minders apparaissent en 1996 en signant main dans la main avec Robert Schneider fondateur du label Elephant 6 et leader des Apples in Stereo, le Ep Paper Plane. Mais la route des concerts commence réellement pour eux en 1998 avec l’album Hooray for Tuesday qui sera un succès marquant dans l’indie-pop.



Avec l’âme des Beatles dans les cordes, des Beach Boys dans les voix et les notes ensoleillées, Martyn Leaper qui est à l'origine du groupe avec Tammy Ealom qui formera plus tard Dressy Bessy, est un auteur-compositeur de grand talent. Il écrit ses chansons en sachant leur donner tous les bons attributs en tant qu’ingénieur et producteur de studio. Le groupe en perpétuelle mutation, quitte Denver pour Portland et enregistre Golden Street en 2001; Suit The Future's Always Perfect en 2004 puis It's a Bright Guilty World en 2006. Ces trois albums géniaux sont construits avec préciosité et les arrangements sunshine-pop, orchestral-pop aboutis et lumineux sont époustouflants. The Minders sont devenus des références dans le domaine pour beaucoup les groupes émergents depuis 2000. En 2011, ils nous offrent une compilation d’inédits, Cul-De-Sacs and Dead Ends et réitèrent en mars 2012 avec Cul-De-Sacs and Dead Ends vol 2. "
MindersPiggledyPop2012



2013, parait le fabuleux titre It's Gonna Break Out! qui ouvrira le quatrième album studio à venir en 2016 Into the River. The Minders frappent fort dès les premières notes du disque avec des arrangements pop finement orchestrés de violons, de basse et de joyeux sifflements qui donnent d'emblée sacrément envie de danser. Le travail de production est dirigé par l'ingénieur Lawrence Crane, également producteur d' Elliott Smith, M.Ward, Go- Betweens, entre autres, qui offre son savoir-faire au groupe, l'auteur compositeur, guitariste et chanteur Martyn Leaper, le bassiste Alex Arrowsmith, le guitariste Jeff Lehman, la batteuse Karen Page et le pianiste Joe Kincher. Natalie suit en déroulant du rythme, de la mélodie, du charisme dans le chant et en insufflant une belle dose d'énergie dans les 'hoo hoo hoo' en chorale. L'orchestration de cordes symphonique est joyeuse, hautement cordiale sur Heart of the Heartaches couronnée d'un accompagnement de cuivres rutilants et du piano boogie qui apporte une touche de pop sixties.



Le grain de voix rieur de Martyn va comme un gant à l'ambiance festive, comme sur Summer Song au tempo soutenu et absorbant. Les mots ensoleillés et colorés se marient magnifiquement aux violons et à la basse trottinante avant le piano gracieux d'Into the River ; 3 minutes de douceur spirituelle intense et cristalline. Puis le rythme s'envole grandiose sur les claviers psyché de I Know Where D.B Cooper Lives alliés à la guitare griffée garage fifties malicieuse pour laisser place à la fantastique Needle Doll et ses guitares électriques panachés de clap-hands. La pop de génie resurgit sur Terry, bondissant et solide, au style alternatif et mordant à la manière des Smiths avant Jubilee et ses harmonies de guitare ornées de la brillante batterie. Karen est aussi épatante avec ses baguettes qu'au chant sur Into the River Pt en duo avec Martyn. Le dernier somptueux titre I Hope I Don't Let You Down convoque tout le talent des Minders qui reviennent pour notre plus grand plaisir ce mois de juin 2019 avec le single Let's Go Driving que je classe dans le top 10 des titres 2019 sur Piggledy Pop tant il contient toute l'excellence du groupe qui compte dans mes favoris depuis vingt ans.
Minders



vendredi 15 novembre 2019

Redd

Redd est l'alias d'un formidable musicien normand, Frederic Fugen, professeur de musique dans la vie et dans le haut du chapeau des musiciens français. Guitariste hors normes, il compose et écrit des mélopées rock et pop en y apportant son grain de voix exceptionnel. Ses références vont des Who aux Beatles et sa sensibilité britpop resplendit dans ses créations au son pop dont le spectre s'étend de la ballade au psychédélisme. Non débutant, il joue dans diverses formations. La musique est viscérale, familiale et partagée chez les Fugen puisque ses frères, Mathias et Gregory Fugen, multi-instrumentistes, jouent dans Joad, groupe de Rouen et dans la formation The Beatles' Artifact avec Frédéric.




Redd est un projet récent, avec le deux titres 1st Single paru en 2018 à son actif et en plein travail pour d'autres titres fabuleux que j'ai eu la primeur et l'honneur d'écouter. Professionnel au chant, guitares, basse, orgue hammond, piano, harmonica, Frédéric aussi inspiré que techniquement épatant, offre ce mois d'octobre 2019 le deuxième volet Songs for a Cloud entouré des musiciens Fabien Cousin à la basse, Mathias Fugen aux claviers et guitares, Pascal Geudin à la batterie, Baptiste Cottereau à la guitare. Le bijou de cinq titres ouvre sur le voltigeant The Devil's Inside et ses guitares aiguisées, ciselées pour s'attacher à la perfection au chant de Monsieur F. Le titre solide est blindé de groove, de notes dansantes, de cordes électriques magnifiques. Puis Song For A Cloud suit aussi galbé d'harmonies pop sixties dans les touches jouées à l'orgue que dans le chant qui fait du hula-hoop à la hauteur du format alternatif bondissant des partitions.


Dead-End Love enchaine musclé dans son tempo et dans ses mots amoureux. La qualité de la composition est évidente, presque déroutante de qualité avec les choeurs pétulants et les instruments rutilants. La pyrotechnie rock poursuit sur Face The Day et ses accords énergiques, son chant dynamique, son tempo qui marie basse, batterie et clap-hands fort réussi sur l'harmonica frondeur. Redd joue un rock'n roll flamboyant sur m.l.s.c.f.o.j. garni d'un blues épique qui séduira les amateurs de Lloyd Cole and the Commotions, Martin Carr, Beatles, Ride, George Harrison. Songs for a Cloud est un moment de rock malicieux et tonique que je recommande chaudement.
Redd

lundi 11 novembre 2019

Theatre Royal

Je suis sensible et attentive au travail de Theatre Royal qui ne cesse de produire une britpop de qualité. Inspirés et efficaces, les musiciens offriront le 22 novembre le Ep Incidental Friend que je savoure en boucle depuis plusieurs jours. Les quatre titres qui le constituent sont des bonbons pop, marqués par l'identité du groupe, ce qui me plait davantage. Il montre du tempérament dans la composition couronné d'une inspiration fertile, griffée et estampillée. De chanson en chanson, d'année en année, les notes jouées par les anglais sont royales et mon inclinaison se renforce.



Je présentais le groupe l'an passé ici : "Theatre Royal, originaire du Kent, différentes villes, différents châteaux, fait briller sa pop depuis 2009 avec à son actif quatre splendides albums From Rubble Rises en 2010, At The End Of A River, The Sea en 2012, We Don't Know Where We Are en 2014 et ...and then It fell out of my head en 2017, agrémentés de plusieurs EP et singles. Les quatre musiciens Oliver Burgess et Robbie Wilkinson qui se partagent la composition, le chant et les guitares, Brendan Esmonde est à la basse et Jon Gibbs à la batterie jouent une pop vive et dévorante dans la manière de l'interpréter au chant et dans l'instrumentation fièrement nourrie de britpop. Les influences vont du Velvet Underground, aux Beatles, The Pale Fountains, Blur, New Order et le quatuor retranscrit avec sa veine cette jolie sève artistique. La musique irradie d'harmonies, avec une belle immédiateté et spontanéité. Porteur de l'âme indiepop et armé de courage pour enregistrer la plupart du temps en direct par manque de budget, le résultat sonne frais et naturel, pas alambiqué ni prétentieux. Les titres en gagnent une belle énergie et une valeur certaine. Theatre Royal, constant, a en bonus, une pléiade de mélodies efficaces dans son escarcelle."
TheatreRoyalPiggledyPop2018



Le splendide Ep ouvre sur le titre Incidental Friend que je classe au top des chansons produites en 2019. Tout y sonne fabuleusement. L'harmonica sur la voix d'Oliver est du sucre d'orge et la guitare acoustique qui sillonne les harmonies sur le tempo de la batterie forme un ensemble miraculeux. Progressive, la mélodie poursuit son ascension sur les paroles au charme fou. La rythmique sacrément énergique dans les guitares, la basse, le chant et la batterie maintient l'envie de danser sur Turn From Sleep. La belle solidité dans les arrangements de Done is Done accompagne la voix d'une puissance élégante qui sculpte un titre aux allures traditionnelles et populaires fort entrainantes. L'enchantement continue sur le rock de September Comes et ses guitares machiavéliques garage-pop, son tambourin survolté, ses voix musclées. Theatre Royal signe un Ep de génie qui tient dans la lignée des Franz Ferdinand pour son profil spontané, vif et rebelle. Incidental Friend est classé dans le top 10 des EP 2019 sur Piggledy Pop, disponible dans 10 jours. A vos agendas!
TheatreRoyal

mercredi 6 novembre 2019

Scott Gagner

Je suis une grande admiratrice du travail de Scott Gagner et son nouvel album Hummingbird Heart paru en juin 2019 mérite toutes les attentions. La mienne est déjà affûtée depuis cinq ans.
2014 : 'Scott Gagner est un auteur-compositeur qui à San Francisco évolue depuis des années sur scène en gagnant une belle renommée et une estime des musiciens en les accompagnant à la batterie. Il se lance en solo en 2007 avec l'EP de 5 titres, Cartographer puis continue son aventure en 2011 signant l'opus Rhapsody in Blonde, rock, pop coloré et varié mariant le psychédélisme et la power sur des mélodies fabuleuses . En janvier 2014, le musicien opère un bien bel album plein de sensualité et de sucreries sonores nommé Rise & Shine.'
2018 : 'Je l'écoute depuis qu'il est paru en octobre 2017, Pins & Needles est un des meilleurs albums de l'année. Troisième album du californien Scott Gagner, il est orné de pop, de soul, de lignes de guitares rock et folk avec un tambourin et des choeurs sixties à empourprer les lobs d'oreille. Scott invite en studio des pointures au don ardent, Ken Stringfellow (The Posies, Big Star, R.E.M.), Michael Urbano (Todd Rundgren, Sheryl Crow, Paul Westerberg), Pete Thomas (Elvis Costello, Ron Sexsmith, Matthew Sweet) dont Tom Waits dit de lui qu'il est « l'un des meilleurs batteurs de rock encore en vie ».'
ScottGagnerPiggledyPop2014
ScottGagnerPiggledyPop2018





Pour ce magnifique Hummingbird Heart on retrouve dans le studio d'enregistrement l'ami Ken Stringfellow (The Posies, Big Star, R.E.M.) et le dernier venu Jesse Chandler (Midlake, Mercury Rev, John Grant). Scott se charge du chant, de la basse, batterie, guitare, piano, et claviers, Ken lui assure synthétiseur, guitare acoustique, tambourin, chant et Jesse des claviers et des cuivres. Avec eux, la clique est complétée par les mêmes fidèles musiciens : Jon Chi et Arnie Kim à la guitare électrique, Jason Slota à la rythmique, Mark Calderon à la basse et Omega Rae pour les choeurs. Le disque s'ouvre offensif et joyeux sur Bella, avec des guitares rock et une batterie pop à souhait pour une ode à sa fille de six ans qui inspire joliment papa Gagner.

La dansante Baby Gets What Baby Wants enchaine ciselée d'un tempo solide et panaché d'instruments pour décrire une diva exigeante avant le langoureux End of the Beginning arrangé de voix en écho pour évoquer le questionnement, leitmotiv du disque 'entire spectrum of the human experience'. Dans l'éventail d'expériences il y a le divorce comme sur Other People et la disparition d'un être aimé sur le mélodieux Weeping Willow.



Les titres balancent entre les thèmes et les ambiances rythmées ou duveteuses avec toujours des images de la nature, du paysage et des saisons. De ses expériences il y a son statut de père qui revient sur Hummingbird Heart et de mari avec le passionné You Can't Break a Broken Heart mais il y a aussi celui de musicien magnifiquement souligné sur Two Guitars, Bass, and Drums qui a mes oreilles est un bijou.

Breath est un bol d'air d'harmonies et de paroles oxygénées rappelant le feu qui aura ravagé la maison du musicien et causé un départ précipité. La vallée californienne est d'ailleurs mise en lumière sur la mélodie bluesy de Just a Boy où Scott plonge dans des souvenirs touchants. L'atmosphère nostalgique poursuit sur le tempo tendre et doux de When I Had the Chance avant la splendide reprise de Neil Young, Philadelphia et le dernier titre si éclatant d'harmonies. Put a Little Beauty termine le disque comme il a commencé, avec de l'espoir, de la lumière et du coeur que Scott Gagner ouvre en grand. Hummingbird Heart roucoule des notes pop scintillantes et des paroles d'une beauté musicale pleines d'intimité et de profondeur.
ScottGagner

mardi 5 novembre 2019

Doug Tuttle

La première chose à savoir au sujet de Doug Tuttle est que nous sommes en présence d'un guitariste grandiose. Ensuite, c'est un auteur et compositeur, multi-instrumentiste, arrangeur et producteur de petits airs pop psychédélique à couper le souffle. Ses arrangements sont déjà inspirés quand il apparait à Boston en 2007 pour former un duo avec une musicienne dont il se séparera. Le duo ne dure pas deux ans, l'idylle non plus mais c'est pour notre plus grand régal puisqu'il en sort en 2014 un premier album solo d'excellence de 11 titres nommé Doug Tuttle. Il y est question de rupture sentimentale pourtant à la Saint-Valentin 2016 parait le magnifique It Calls on Me, suivi en 2017 de Peace Potato au son extraordinaire que je conseille, plus pop que son opus, doré de psyché seventies. Tout en parcourant le territoire américain et nombre de scènes pendant l'année 2018, il compose un petit bijou très stylé indie-pop alternative et addictive : Dream Road sort ce mois de mai 2019.



Dream Road est un album somptueux. Il évoque évidemment le voyage, une route à tracer dans un mouvement favorable, non pas une fuite. Des pas en avant, Doug Tuttle en fait des géants, nous invitant dans ses balades qu'on accepte en sautillant. Dès les notes de guitare de I'll Throw It All Away, la grâce surgit avec une construction fine digne de George Harrison, Grandaddy, Elliott Smith, Big Star, Guided by Voices. Le charme continue d'opérer avec Twilight qui gonflé d'une ritournelle jouée avec délicatesse est aussi incrusté de regrets. Arrive le dansant et rythmé Long Day to Your Home qui trottine avec impatience sur sa guitare électrique fantastique et le tambourin magique. L'énergie de But Not for You passe des regrets à la rancune, les partitions langoureuses gagnent du terrain sur des paroles mordantes joliment interprétées. L'harmonie pop de Did You Need Someone poursuit l'enchantement avec ses notes de basse confiantes et bondissantes qui préparent à l'explosion de riffs de guitares sur Well I Guess, bonbon mélodique réussi où le tambourin revient taquiner la batterie.



In This World Alone poursuit l'effet spirale absorbante et Doug Tuttle montre un pouvoir certain pour l'écriture de pépites pop. L'ambiance est entrainante, la mélodie et les effets de voix sont engageants, comme sur le tempo juste et ciblé de Can You Feel It. L'auteur mélodiste séduit par son pragmatisme dans les mots et dans sa façon d'établir les refrains-couplets qui s'enchainent de manière limpide. Chaque titre tient d'un talent sans faille et notable sur All Alone, une pure merveille planante. La fin du disque arrive trop vite avec Fade qui attrape toute mon attention pour me convaincre et me séduire tant la mélopée est résolument pop et performante. Les amateurs de Badly Drawn Boy seront appâtés. Les arpèges de guitares, la batterie enthousiaste, le tambourin, le moog et la voix parfaite  sont sculptés d'une main de maitre et le travail élégant de Doug Tuttle, Dream Road, est simplement fabuleux.
DougTuttle

samedi 2 novembre 2019

Mike Vass

Mike Vass est un artiste écossais dont ses terres des Highlands peuvent être fières. Auteur, compositeur, arrangeur, producteur, enseignant la musique, il joue enfant du violon, puis de la guitare et du piano. Il se produit sur scène très tôt avec sa soeur jumelle Ali et remarqués illico, ils remportent le prix du meilleur espoir décerné par le Scots Trad Music Awards. En 2008, c'est l'envolée du multi-instrumentiste. Il intègre le quartet qui accompagne Malinky et sillonne les scènes internationales pendant cinq années au sein de la formation folk traditionnelle sans cesser d'écrire et de composer. Son opus, String Theory, au nom évocateur, parait en 2010. Il est suivi du travail à quatre mains avec Ali Vass de Waiting to Fly en 2011 où ils rendent un hommage vibrant à leur ville natale Nairn aux confins des Highlands qui borde l'océan. 2012 le musicien signe DecemberWell et son titre Doors, époustouflant, écrit pour un quintet de cordes et ensemble de cornemuses, inspiré de l'oeuvre d'Aldous Huxley.



En 2013 Mike est hospitalisé pour une neuroborreliose (Lyme) qui nécessite un traitement lourd, avec des plongées dans le coma. Le marin est solide. Sorti, il s'embarque plusieurs mois sur un bateau, aimant naviguer depuis sa tendre enfance. In the wake of Neil Gunn parait en 2014 et déclenche une vague de récompenses par ses pairs. Les compositions renversantes de l'album retracent les écrits du romancier Neil Gunn, figure de proue du mouvement littéraire de la Renaissance Ecossaise. Le disque marie les instruments traditionnels et des partitions féériques, hautement mélodiques, qui arrivent comme des météorites à un moment où les sociétés musicales dominantes sont salement taries. Pour Mike Vass, le nerf de la guerre est le retour aux sources musicales et culturelles ; Les siennes, sont vives.



Il est prolifique. Inspiré, talentueux, il tient notre écoute en alerte et a le don de nous emmener au fil de ses créations instrumentales. Il embarque aussi avec lui d'autres artistes comme Mairi Campbell qui chante à ses côtés, donnant avec des paroles un nouveau souffle aux airs. Il prend à bord (au sens propre) son frère Martin pour partir à l'aventure sur 2500 mile entre l'Irlande, le Pays de Galles, l'Espagne et le Portugal. De cette expérience partie de la source, le Clyde, le maestro écossais enregistrera le fabuleux Notes from the boat en 2018, album où il invite une pléiade de compatriotes au chant ou parler. Ce bijou mélodieux trace le sillon à Save His Calm, album de cette année 2019 pour lequel Mike Vass non seulement, compose, joue et écrit des chansons impressionnantes de beauté mais aussi pour la première fois assure le chant. Quelle réussite ! Son grain de voix est splendide. Sa sensibilité de highlander resplendit le long des neuf pistes. Louis Abbot est à la batterie, Tom Gibbs à la clarinette et piano, Su-a Lee au violoncelle, Philip Cardwell à la trompette, Euan Burton à la basse et Fi Vass au chant offrent un panache jazzy au folk traditionnel. Les textes sont nourris de son vécu, de celui de ses proches et ornementés d'images poétiques, de termes lyriques qui dessinent un ensemble homogène délicieux.



L'album ouvre sur They Never Found Me, langoureux et sentimental qui entre les lignes, égrène les facettes de la personnalité de Vass et la maladie. Elle se découvre avec parcimonie, pudeur et retenue. La guitare de Done With Calling You, merveilleuse, fait place aux autres cordes et au chant, chaleureux et poignant. La grâce continue son chemin avec le mordant The Rainbow Of Your Last Days qui délivre un tempérament racé sous sa cape poétique, revêtue sur le compte à rebours plein de regrets de Just Enough To Let The Light In, mis en exergue par l'instrumentation délicate qui va comme un gant à l'aveu. Gates of Saints suit, touchante. La mélodie sablée, garnie de piano et de trompette, de la guitare acoustique absorbante, de la voix majestueuse de Mike accompagnée de celle Fi, évoque l'hôpital, sa rencontre avec un homme malade à qui il dédie son souvenir. L'étreinte de la mélancolie continue sur Clutching At Straws, décrivant l'amour d'un vieux couple, une histoire épistolaire aux allures d'un autre siècle comme sur Fly où le passé surgit, décrivant un amour courtois, valsant et aérien, sur des harmonies de piano à quatre temps.



L'assurance et la détermination éclaboussent As I've Grown Older par le choix des mots et dans les arrangements tempétueux de la batterie et des cuivres qui réveillent d'un sommeil prolongé, subi. La joli combativité est de mise dans le dernier titre Walk With Me And Meet My Children qui souligne la douleur de perdre un frère en étant encore très jeune avec sa vie à construire devant soi et ce manque irréparable permanent . Mike Vass sait nous cueillir, nous prendre par la main pour traverser ses histoires et ses mélodies à la texture boisée et iodée d'une douceur infinie. Puisqu'il jette l'ancre, a décidé de vivre sur son bateau, quelque part dans le nord de l'Ecosse, ses ressources n'ont donc pas fini d'être explorées. Ce 22 octobre 2019, il nous le montre avec son nouveau single plein d'agrément, Farewell Sweet Harmony. Mike Vass a accroché toute mon attention, je classe Save His Calm dans les dix meilleurs disques 2019. A vos casques moussaillons et longue vie à l'Ecosse!
MikeVass



mardi 29 octobre 2019

Nick Frater

Goodbye Kayfabe de Nick Frater entre dans la cour du top 10 des albums 2018 Piggledy Pop. L'artiste est fabuleux, multi-instrumentiste et producteur, de son studio à Croydon il concocte des bijoux pop qui font rayonner son assurance, son rôle et sa passion. Nick Frater aime la musique, la fabriquer et son plaisir s'entend. Inspiré par les années seventies et sixties, il sait solliciter nos frissons et notre envie de gigoter bêtement en rythme sur ses mélopées. Son univers spontané, son âme frénétique pop, son oreille absolue infaillible dotée d'une humilité rayonnante, le place sur mon chevet.
NickFraterPiggledyPop2018



J'écris sur le londonien à chacun de ses disques et le prochain Full Fathom Freight​-​Train sort le 1er Novembre 2019. Je le savoure depuis quelques jours et ses titres tournent en boucle tant ils sont mélodieux et harmonieux. Outre le fait d'être un artiste complet, il joue de la guitare, du piano, de la batterie, de la basse, du banjo, theremin, clavecin et accordéon, il chante et compose des airs sunshine pop à ravir, Nick Frater est un personnage. Son univers artistique s'approche du domaine de la fiction, du monde des super héros. A l'image des sixties, des fanzines, son tempérament confiant et lunaire inonde ses mélopées.



Full Fathom Freight​-​Train, fruit d'une année de travail d'écriture où Nick flamboie d'idées et d'inspiration ouvre les rideaux sur Sunshine After Rain, rock, psychédélique, qui soulève du sol dès les premières notes. Gonflé de voix, de rythmiques, les mots sont aériens et pleins d'enthousiasme. L'orgue glisse des notes délicieuses sur la batterie brulante, gaillarde aussi enflammée de sentiments sur Oh Now, Girl!, single beatlesien qui donne l'eau à la bouche. Les choeurs efficaces à la façon Beach Boys viennent saupoudrer la pépite pop de sucre énergisant. Quand Frater joue Your Latest Breakup Song, les harmonies poussent à danser et à chanter sur les rythmes sautillants.



Les paroles nous emmènent par leur jovialité et par leur charme à l'écoute du mellow sensuel de All Out At Sea et sa basse grandiose qui séduira les amateurs de Salako et des Pastels. Le psychédélisme luxuriant est une merveille sur les harmonies disco-pop de The Getaway, glorieusement dansant grâce à la participation éclatante du guitariste Mike Randle, une réussite dans le style 'Frater' que j'aime tant. Puis Paul Ryan est invité à chanter et jouer de la guitare sur Mermaid Street où là aussi l'ambiance maritime colle à la peau du tempo boogie, du trésor pop construit comme une péripétie psyché diablement rythmée. On bat la mesure dès l'introduction du DJ Jim Prell alias Wolfman, avec frénésie et de la tête au pied. Puis Holding On To You offre des arrangements aussi absorbants, fulgurants. Le clavier, la guitare électrique et le tambourin s'unissent et se mélangent avec finesse pour nous propulser dans les années soixante comme avec Strangers On The Bus où Nick est fantastique au chant, clavier, banjo auréolé des voix en chorale. L'instrumentation ensoleillée réchauffe sacrément les lobs d'oreille quand le duveteux What Does Good Look Like? tourne ses sillons romantiques. Arrive le fleuron du disque A Whole Lot Later, aux claviers langoureux et inspirés seventies guidés par le chant intense de Nick Frater qui signe un Full Fathom Freight​-​Train de génie, impossible à lâcher. Coup de coeur et coup de foudre Piggledy Pop 2019.
NickFrater

dimanche 27 octobre 2019

Faith Healer

Faith Healer est un groupe d'Alberta au Canada, la paire d'auteurs-compositeurs réunis qui après leurs expériences respectives en solo, se connaissant depuis des années, ont décidé de se retrouver. Renny Wilson et Jessica Jalbert composent chacun depuis 2012, s'allient dans un premier temps sous le pseudo Tee-Tahs qui mue en Faith Healer dès 2014. L'opus Cosmic Troubles de 2015 est d'une beauté pop cinglante où s'entendent les influences telles que Lou Reed, Mac De Marco et Scott Walker.
En 2017 suit le deuxième fabuleux album Try ;-). Les chansons écrites par Jessica restent une entière collaboration avec Renny, un véritable duo. Jessica grandit dans une ambiance spirituelle à la maison, d'un père français-canadien et d'une mère irlandaise, qui lui offrent une éducation catholique. Ses attentions positives, la cellule familiale à laquelle elle est attachée, ses observations du monde, des êtres humains qui l'entourent nourrissent son inspiration. Les deux musiciens côte à côte offrent une jolie collection de 9 titres d'indie-pop psychédélique et rock sur des paroles introspectives au ton mordant et panaché. Pour couronner ce travail mélodique efficace, le Polaris Music Prize édite un vinyle chaque année en guise de trophée où les groupes récompensés sont invités. Cette année 2019, Faith Healer gagne le prix et sur ce disque Polaris, concocte la reprise de When You Awake de The Band.



Au sujet de l'album Try ;-) c'est Waiting et son tempo de velours qui se charge de l'ouverture en donnant le ton d'une confession sur les sentiments de la musicienne. Le morceau enchaine directement sur le boulet de canon psychédélique Light of Loving. Les guitares progressent tendues, prêtes à dégainer un jet de notes électriques sur la batterie, extatique et hypnotique. Les arrangements et l'instrumentation grandioses du disque enregistré à Montréal, batterie, guitares, claviers, basse, sont totalement assurés par le duo Jessica et Renny. Might as Well suit avec un son instantané et brut impeccable sur la voix posée mais toute aussi spontanée de Jessica qui continue d'enchanter sur Sterling Silver. L'atmosphère synthétique est réussie ornée de voix voltigeantes dans un écho onirique à souhait. L'inspiration et l'originalité se glissent dans les arrangements comme dans la mélodie délicate Such A Gemini, petit tourbillon pop absorbant. Les titres s'emboitent différents et variés à la perfection sans pause sonore créant un ensemble terriblement bien sculpté et blindé de charme.



Il y a un esprit de confidence qui touche, un champ libre pour l'interprétation, faisant rayonner une limpidité et une légèreté sur l'ensemble des chansons. Try ;-) évoque la possibilité de l'échec inhérent à l'amour en gardant néanmoins la volonté d'essayer. Le tempo chaloupé et dansant poursuit sur 2nd Time garni de basse, piano et de guitare acoustique complices dans les harmonies soul et boogie. Faith Healer s'amuse dans la composition et l'interprétation, aussi intimiste dans les mots qu'extraverti sur les partitions, délivrant une ambiance équilibrée qui ne manque pas d'allure comme sur Sufferin' Creature. La rythmique y est engagée, ferme dans les paroles et dans les accords parfumés au Velvet Underground. Le disque délicieux s'achemine somptueusement vers la fin avec Best Saved 4 Last aux arrangements cosmiques et lumineux sur la voix de Jessica Jalbert à l'aura évidente. Try ;-) de Faith Healer, qui signifie 'guérisseur' est un album émotionnel et impressionnant classé dans les pépites intemporelles et essentielles de Piggledy Pop.
FaithHealer


vendredi 25 octobre 2019

I Was A King

I Was A King est un groupe norvégien qui apparait sur les scènes locales en 2005. Le groupe d'Oslo signe le premier album Losing Something Good For Something Better en 2007, suivi de I Was A King en 2009, Old Friends en 2010, You Love It Here en 2012, Isle Of Yours en 2014 puis, après un hiatus de cinq années revient nous combler de powerpop ce printemps 2019 avec Slow Century. L'auteur-compositeur Frode Strømstad est la tête du projet véhiculant tout son charisme sur les partitions et au chant. Il s'entoure de pointures écossaises pour cette pépite de 12 titres : Norman Blake (Teenage Fanclub) à la production et de Paul Savage (Delgados) au mixing qui est également le producteur de Mogwai, Teenage Fanclub, Franz Ferdinand et Admiral Fallow, entre autres. Frode aime les collaborations artistiques comme avec Robyn Hitchcock, Danielson, Sufjan Stevens, Ben Crum des Great Lakes, Ole Johannes Åleskjær de The Loch Ness Mouse et Gary Olson des Ladybug Transistor. Il est secondé de manière permanente au sein de la formation de la chanteuse et guitariste Anne Lise Frøkedal, d'Ole Reidar Gudmestad à la guitare et claviers et du batteur Arne Kjelsrud Mathisen.



Slow Century a une singularité. Il est parfumé aux particules maritimes des côtes norvégiennes et au bonbon pop grâce à la présence de Norman Blake à la guitare, au clavier et au chant, Erlends Aasland à la cithare, Jad Fair à la guitare et toute une compagnie de lurons vikings qui tape joyeusement des mains. Le délice ouvre sur des lignes de guitares powerpop de Clouds. La mélodie vogue allégrement sur des rythmes bondissants et des mots fluides jusqu'à Bubble qui décrit une timidité charmante sur des harmonies alternant le jeu magique des guitares, de la basse et de l'éminente batterie. Celle-ci galope rutilante sur Shake qui offre une instrumentation psychédélique superbe. Les choeurs poppeux sont gonflés d'une énergie suggestive quand Tiny Dots emmène dans un épisode romantique évoquant une photographie qui rappelle le passé et dévoile l'avenir. Le tempo pop revient gaillard sur Hatchet qui règle des comptes tout en enchainant logiquement avec Tanker, ses voiliers et ses plages avant qu'arrive le fabuleux Slow Century, mélopée moelleuse, soyeuse et sa ritournelle sensuelle.



Les guitares puissantes de No Way Out jonglent sur les partitions sucrées et jangle avant un somptueux Folksong acoustique qui joue sur les méthodes de mixing avec génie. Le titre juteux et judicieux enchaine sur Egersound où la batterie lâche les chevaux dans un cocktail de notes pop fleuries pour honorer la musique, son enregistrement, la vie d'artistes au coeur de la production comme celle vécue par I Was A King qui écrit et enregistre cet album dans la ville de Egersund. L'électrique Run au panache court mais intense nous guide au pas de course vers la fin grandiose du disque où resplendit l'air de Lighthouse. L'interprétation de Frode Strømstad y est délicate, mêlée aux voix en chorale pour clore sur une jolie d'histoire d'amour éclairée à l'horizon par la lumière du phare. I Was A King délivre un magnifique Slow Century dont les couleurs et les atmosphères garnissent aisément le panthéon d'albums Piggledy Pop.
IWasAKing