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dimanche 9 décembre 2018

Vive La Rose

Vive La Rose, (rien à voir avec François Mitterrand ni Guy Béart) est le très joli nom de groupe choisi par son auteur-compositeur, l'écossais David Luximon-Herbert suite à une histoire romantique qui lui appartient. Né à Edimbourg, il déménage récemment à Londres où il joue dans diverses formations et c'est avec Don't Move, Don't Speak qu'il signe son premier travail personnel en 2014. Il concocte deux singles depuis qui figurent sur le somptueux For She Who Hangs The Moon paru en octobre 2018.



Forgé de mélodies intimistes, les histoires déroulent comme des diapositives dans l'obscurité qui se dévoilent délicatement à la lueur du projecteur. Il est arrangé avec les cuivres de Terry Edwards et les cordes de Colin Elliot & The Up North Orchestra (Richard Hawley, Slow Club), sans grandiloquence mais beaucoup de retenue et de simplicité, le style moderato préserve les harmonies et surtout le grain de voix de David, impressionnant. Elaboré en studio avec l'aide précieuse du bassiste John Parker, Rod Spark à l'orgue, Nicky Francis (Mono Club) à la batterie et co-produit avec Oliver Betts (The Duke Spirit), c'est David qui peaufine l'instrumentation teintée de son délicieux chant.
Evoquant la vie, ses travers, ses beautés, l'amour, le regret, les textes intimes peuvent faire écho à chacun. Le satellite de l'album est l'histoire d'un couple qui quitte son confort pour partir à l'aventure, avec peur et courage, pour ne pas regretter un jour de n'avoir oser l'inconnu. Il y a des émotions brutes dans les chansons, portées soit d'une mélodie acoustique comme sur le premier titre Night Terrors, soit d'arrangements classiques avec un ensemble de cordes comme sur le suivant, Rio Grande.



Les envies de mouvement et les harmonies ondulantes constituent l'artiste qui aime à se retrouver et se replier en ermite dans les montagnes écossaises. Spiritualité et imagination se marient pour offrir, en guise d'antienne, la lumière, comme sur le grandiose Before We Lose The Light, puis Of A Fire On The Moon. Les métaphores extraites de la nature, les loups, les étoiles, le ciel, la mer, les lacs s'apposant aux parties du corps, aux yeux, hanches, mains, oreilles sur l'orchestration cristalline et finement pop folk sont d'une sanité sonore somptueuse. L'ambiance romantique et amoureuse de Interior Rules est amplifiée sur la magnifique Given Time, iodée et agrémentée de trompette. Les violons et le piano de Lungs accompagnent un texte triste quand The Watchmaker à la suite contient une dose d'optimisme, de spiritualité et de philosophie qui tend à l'humilité. La ballade Schiehallion marque le retour à ses terres, sur une mélodie éclairée de clap-hands, de choeurs et d'un tempo tamisé mais décidé et assuré . Idem sur Sirocco avec ses guitares en écho et la voix élevée pour coller au thème du vent qui souffle mais qui, quelque soit son sens, reste de l'air. D'une plénitude ineffable, douce et sage, l'écoute se termine sur le touchant My Shadow, brillant d'arpèges qui s'emparent de l'attention, ornés de la voix de David, si belle qu'elle transforme Vive La Rose en véritable bouquet d'émotions.
ViveLaRose



jeudi 6 décembre 2018

Surf Curse

Surf Curse, duo pop du Nevada composé de Nick Rattigan et de Jacob Rubeck, apparait en 2013 avec un premier album de dix titres. Buds est plein d'enthousiasme punk, twee et de fraicheur rock. La même année, avec une production et un mastering plus huilés et aboutis, sort l'EP Sad Boys qui ne laisse pourtant pas trace de tristesse ni de sécheresse artistique. En janvier 2017, les deux américains offrent le magnifique Nothing Yet, solide, galbé et un tantinet entêtant. Même si ce n'est pas du son punk à proprement parlé, celui qui fait pousser la crête et les épingles dans la couenne, l'énergie lobotomisante des guitares énervées et du chant obstiné est, comme je le décris au détour des chroniques du style, idéale pour un pogo de mécréant agacé et nourri au petit lait des Toy Dolls. Les mots saccadés, répétés, accrochent et illico, la batterie révoltée façon 'mods' sur le schéma brut sans couplet/refrain de Christine F, cueille et séduit.



Nés en 1992, les deux musiciens Nick, journaliste, auteur-compositeur, chanteur, guitariste et batteur et Jacob guitariste au style surf brillant, griffent légitimement le titre Doom Generation où l'alliance héroïque guitare et batterie fait bondir et danser. Leur son singulier tient dans le tempo tendu, presque indigné sur les lignes de guitares ensoleillées voire désinvoltes. Le style californien de The Strange and the Kind est réussi, assez pour nous rappeler l'excellence de The Smell qu'ils admirent, les citant dans le titre de Buds, The Smell Saved My Life. Le rythme s'envole sur un texte qui évoque le film Dazed and Confused de John Hughes, évoquant les jours, les années qui passent et d'une métamorphose, d'un changement non désiré, comme sur It Followed Me. Les thèmes parlent de questionnement, de perdition et de transition mais s'enchainent pourtant majestueux, liés par la rythmique mutine et la guitare souriante comme sur l'ardent Cronenberg et Sleeping où les mots décrivent un état langoureux, à la limite du léthargique sur une mélodie twee-pop frénétique. Cette discordance entre le texte et les arrangements forme la singularité de Surf Curse qui marque l'attention et convainc. Nostalgia et All is Lost évoquent un ancien amour, une noyade sentimentale mais à leur écoute, la peine de coeur deviendrait presque amusante et délicieuse tellement la paire dynamique guitare-batterie tambourine et sautille. Falling Apart arrive en fin de disque, surprenante et captivante. Elle est posée et sa lenteur dans le metronome façonne une sorte de gravité, de décision comme celle du départ. Nothing Yet est comme une courte résurgence avant un renouveau, faisant écho à l'envol de Nick Rattigan parti s'installer et vivre à New-York où serein et moins égaré, il déploie ses ailes sous le nom de groupe Current Joys en livrant en mars 2018 le tout nouvel album, significatif, A Different Age. De l'ouest californien à la côte est, l'auteur-compositeur Nick Rattigan met le feu aux poudres pop, absolument à suivre.
SurfCurse
CurrentJoys





dimanche 2 décembre 2018

Gary Olson

Quand des personnalités pop de New-York et de Augsbourg s'unissent, cela donne une splendeur. Le label allemand Kleine Untergrund Schallplatten dont je parle souvent pour ses signatures affûtées compte depuis quelques jours la présence de Gary Olson. J'admire le brio et la constance de Gary Olson depuis 20 ans. Pour beaucoup de musiciens, de groupes, il est une référence, un phare, dans le domaine de la production et de la création. Il fait partie des artistes que j'aime le plus dans le milieu pop indépendant et j'évoque mon intérêt pour son groupe, Ladybug Transistor ici dès les premières chroniques de 2008, puis en 2011 et en 2012 :
"Groupe de Brooklyn, les Ladybug Transistor voient le jour en 1995, grâce à Gary Olson son auteur et chanteur. Jeune, Gary découvrait la musique sur sa radio en forme de coccinelle, Ladybug Transistor avait donc un destin tout tracé... Gary enregistre ses albums chez lui dans sa maison Marlborough Farms à New-York. Le nom de la maison de campagne-studio d'enregistrement sera le nom de son premier album en 1995."
TheLadybugTransistorPiggledyPop2008



"Parti de quelques démos bricolées dans la maison familiale du leader en 1996, Marlborough Farms, également le nom du premier album, Ladybug Transistor main dans la main avec le groupe Essex Green, ne cesse de grandir. Le groupe de Brooklyn est composé au départ de Jeff Baron, ainsi que de Kyle Forester, guitariste et clavier (qui joue dans les Crystal Stilts depuis 2003), Julia Rydholm qui est bassiste et violoniste, le batteur San Fadyl douloureusement disparu en 2007, et Ben Crum également guitariste et leader des Great Lakes. La joyeuse équipée pop baroque des Ladybug Transistor a changé et compte désormais le trio Gary, Julia, Kyle."
"Gary Olson, également producteur (Kevin Ayers), ne cesse de se faire un nom dans le milieu indie-pop. En griffant Clutching Stems de son style délicat et sophistiqué, en fournissant les morceaux de clarinette, de trompette, tambourin, flûte, claviers et guitares électriques, le multi-instrumentiste Gary Olson se place dans la lignée des grands compositeurs de chamber pop ; Il s’entoure d’amis comme sur le divin Life Less True qui boucle l’album avec la présence de Darren Hanlon, Monnone Alone ( Lucksmiths) et Sheahan Drive ( Architecture in Helsinki).
TheLadybugTransistorPiggledyPop2011
TheLadybugTransistorPiggledyPop2012
TheLochNessMousePiggledyPop2018



2018, tandis que l'américain ne cesse de travailler, produisant une pléiade de groupes, de projets, de la Suède, à l'Australie en passant par les USA et l'Allemagne, très demandé mais disponible, il concocte enfin des chansons de sa griffe, aussi belles et impressionnantes.
Après presque vingt ans de carrière, jamais il ne parait blasé. Au contraire, avec un appétit vorace pour la composition, il ajoute de nouvelles cordes à son arc délivrant deux joyaux pop ce 22 novembre 2018 en collaboration avec Ole Johannes Åleskjær et son frère Jørn Åleskjær du groupe The Loch Ness Mouse. All Points North comme l'indique le titre nous emmène sur la route mais aussi dans une intimité charmante et délicate. Le chant cristallin fusionne à la perfection avec la guitare et la basse comme grattant une allumette avant que batterie et trompette enflamment le tempo. Les violons viennent se frotter aux arrangements et forment une osmose indie ravissante. La mélodie dansante offre des sillons dorés aux oreilles. Le thème du voyage en voiture au tracé voluptueux fait sur la carte caressée la nuit sous les lumières ocres de la route est en harmonie avec l'avancée des instruments. Les yeux fermés, la mélodie forme un train de rythmes et de notes. Puis The Old Twin couronnée de vivacité, zigzague, forgée dans une veine indie-pop endiablée et donne envie de chanter les 'tadadata' poppeux à l'unisson sur les guitares scintillantes et sautillantes des deux frères norvégiens. Des quatre coins cardinaux de la ville, le métro roule jusqu'au cornet de la trompette, rappelant joyeusement celui des Pale Fountains.
Gary Olson aligne deux merveilles, deux chansons lumineuses qui serpentent et font crépiter la platine. L'artiste crée du mouvement, fait briller les instruments et ses cordes vocales aux partitions colorées, sont un véritable palais vénitien plein d'âme et de musicalité. En son nom propre, le double titre The Old Twin entre bien sûr dans le panthéon Piggledy Pop.

TheLadybugTransistor
KleinUntergrundSchallplatten