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dimanche 28 octobre 2018

Slowdive - Mojave 3

1989, Reading dans le Berkshire, voit se former le groupe mythique Slowdive. A l'initiative du groupe il y a Rachel Goswell et Neil Halstead. Rachel apprend à jouer à 7 ans de la guitare folk avec son père puis dans une école de musique où elle suit des cours de guitare classique avec un autre garçon de 10 ans, Neil . Ces deux amis grandissent, écoutent ensemble les Smiths, Cocteau Twins, le Velvet Underground, et les adolescents créent le groupe The Pumpkin Fairies en 1988 pour former un an plus tard Slowdive, le nom venant d'un single des Siouxsie and the Banshees qu'ils admirent. Ils sont accompagnés du bassiste Nick Chaplin, du guitariste Christian Savill et du batteur Simon Scott remplacé plus tard par Ian McCutcheon. Les anglais signent trois albums chez le label Creation Records, Just for a Day en 1991, Souvlaki en 1993, Pygmalion en 1995, qui décide de ne plus signer Slowdive en 1995.



Les musiciens ne rangent pas les instruments pour autant et saisissent l'occasion de cette rupture de contrat pour changer de nom. C'est sous l'alias Mojave 3 que les acolytes Goswell, Halstead, suivis de McCutcheon, rejoins par le guitariste Simon Rowe ex-membre des Chapterhouse ainsi que du pianiste et clavieriste Alan Forrester rebondissent et signent de 1995 à 2006 cinq albums fantastiques, Ask Me Tomorrow en 1995, Out Of Tune en 1998, le magistral Excuses for Travellers en 2000, l'émouvant Spoon and Rafter en 2003 et Puzzles Like You en 2006.
Si à l'époque la presse rock ne fait pas les yeux doux aux allures shoegazing de Slowdive parce qu'elle préfère creuser sa taupinière dans le grunge, depuis elle a bien changé d'avis. Désormais les meilleures plumes de la presse rock écrivent de l'auteur-compositeur Neil Halstead qu'il est "one of Britain's greatest songwriters".



Car le musicien non seulement brillant, est prolifique, inspiré et signe parallèlement au travail du groupe des albums en solo comme Sleeping on Roads en 2001 et son superbe Driving with Bert, puis quand le groupe se met en pause en 2008, Halstead enregistre le fabuleux album Oh! Mighty Engine, suivi en 2012 de Palindrome Hunches. C'est à ce moment que Mojave 3 revient de manière ponctuelle sur les scènes évoquant un album sans que le projet ne se concrétise.
En 2017, à la surprise générale, c'est sous l'ancien nom Slowdive que le phoenix réapparait avec un album grandiose, typé années 80 garni d'arrangements dream-pop. On retrouve avec joie la clique de moustachus d'il y a trente ans, Neil Halstead au chant, guitare et claviers, Christian Savill à la guitare, Nick Chaplin à la basse, Rachel Goswell au chant et Simon Scott à la batterie.



L'album Slowdive commence puissamment avec Slomo, ses mots 'Give me your love, it's a curious love, Give me your heart, it's a curious thing' sur 6 minutes 53 secondes de notes hypnotisantes et amoureuses qui annoncent la couleur, le profil artistique et cosmique des huit titres. Les guitares, brillantes et orgueilleuses, entrent en scène sur l'édifiant Star Roving qui distribue de l'énergie. La voix de Halstead ronde et posée transperce la mélodie, donne de l'impact et de l'effet aux harmonies percutantes. Les métaphores y sont acérées, lumineuses, coincées entre le temps, le secret, comme sur Don't know Why dont le relief mélodique agrémente des paroles imagées qui dessinent un règlement de compte sentimental. L'amertume est confirmée sur Sugar for the Pill, dont la mélodie offre une âme eighties palpable, soufflant un air dansant et déterminé. Everyone knows enchaine sur le thème de la séparation et de l'éloignement traité avec excellence via des harmonies de claviers et synthétiseurs vintage, de l'écho renforcé des deux voix célestes, contemplatives de Neil et de Rachel. La symbiose de l'instrumentation et du chant opère toujours avec le couple guitare-basse qui ondule élégamment sur No Longer Making Time, taillée dans la nostalgie et la sensualité. Le passé et la rupture sont affrontés avec du désir et de la douceur, persistants, entêtants sur Go Get It. Le style ambiant et expérimental navigue, progresse sur la mélodie pop cold et dream de Falling Ashes où piano, voix, guitare forment une alchimie sur huit minutes pendant lesquelles émane la délicatesse de l'auteur face à la séparation. Neil Halstead décrit son amour perdu avec beaucoup de beauté, de grâce et une fraiche émotion. Slowdive, l'album, est un magnifique flash-back sur l'oeuvre titanique du groupe Slowdive, gorgé d'âme et d'éternité.

Slowdive
SlowdiveHandsAndArms



dimanche 21 octobre 2018

Max Raabe

Max Raabe est une star en Allemagne, en Russie, en Chine, aux USA et reste trop inconnu en France. Pourtant ce grand musicien à la voix de baryton, est un personnage. Sur scène depuis 1987, né en 1962, l'allemand mène sa carrière brillamment depuis, offrant à son public dont je fais partie, une variété d'albums. Impossible de s'ennuyer en sa compagnie. Il est drôle, élégant, talentueux et généreux. Hors des modes, hors du temps, son charme est consistant, intemporel et éternel. Sa passion est mise en exergue par son orchestre, nommé Palace Orchester, ses compagnons depuis des années avec qui il reprend des standards des années 1920, 1930, allemands, anglais, parfois italiens et français. L'artiste montre une oreille absolue en entonnant ces airs, ces paroles, avec un accent parfait. Discret, il partage sa place avec ses musiciens sur scène, ayant ce geste plein de panache, de classe, de se retirer légèrement quand ils jouent. En 1982, le jeune Max, 20 ans, part à Berlin étudier la musique classique et l'opéra, se produit dans des bars en chantant pour financer ses études. Avec une poignée d'amis étudiants, il crée le Palace Orchester en 1986. Leur première signature Kein Schwein ruft mich an est un réel succès dès la toute première performance en public au Berlin Theaterball. Max interprète ses titres avec un charisme unique, roulant les 'r' comme dans les années folles, et redorant le blason de la chanson dite 'démodée'.



Depuis trente ans, sa renommée nationale et internationale ne cesse de croitre et son style cabaret,  magnifique me touche et avec une vingtaine de disques, m'émeut davantage avec le temps. Le style de Max Raabe se rapproche de l'indie pop ces derniers temps même si ses créations étaient déjà sacrément ornées de pop orchestrale. Dans ses deux albums de 2001 et 2002, superhits et superhits 2, sa voix de baryton qui récolte un succès énorme en Allemagne et en Russie, vient se frotter à des tubes des années 70/80 comme Tainted Love, We Will Rock You, Sex Bomb, Oops... I Did It Again, Super Trooper, Mambo No. 5, Around the World etc. Je conseille d'écouter à la volée les albums incontournables comme Ich hör' so gern Musik de 1991, le très swinguant Bel Ami de 1995, Music, Maestro, Please de 1996, Charming Weill de 2001, Heute Nacht Oder Nie de 2008, Übers Meer de 2010, The Golden Age de 2013 et le dernier en date Der perfekte Moment... wird heut verpennt de 2017.

Les musiciens et amis de Max qui forment le coeur de l'orchestre sont Cecilia Crisafulli au violon, Sven Bährens à la clarinette, Johannes Ernst au saxophone, Rainer Fox à la clarinette et saxophone, Uli Hoffmeier à la guitare et banjo, Bernd Dieterich au tuba, Ian Wekwerth au piano, Vincent Riewe au tambour, Jörn Ranke au trombone, Michael Enders et Thomas Huder aux trompettes, Bernd Frank au saxophone, Fabio Duwentester aux percussions. Ils sont tous là pour Der perfekte Moment... wird heut verpennt composé et écrit par Max Raabe, qui fait aussi équipe avec ses amis qu'il appelle ses 'pop specialists' : Annette Humpe, Achim Hagemann, Peter Plate, Ulf Leo Sommer, Daniel Faust et Christopher Israel .



Der perfekte Moment est un album kaléidoscope, commençant avec Guten Tag, Liebes Glück habillé de pop délicate jouée à la guitare accompagnée d'un scintillant carillon sur le chant joyeux de Max Raabe 'Heute ist ein guter Tag um glücklich zu sein, Steht das Glück vor der Tür, dann lass ich es rein'. Gonflé d'un air printanier et clément, c'est le départ enchanteur de la balade pop Der Perfekte Moment ...Wird Heut Verpennt et les voix en chorale sublimes de Annette et Inga Humpe. Le banjo frissonnant laisse place aux cuivres qui soufflent une brise pop sur Fahrrad Fahr'n garni de choeurs joviaux tenus par la clique Jörn Ranke, Michael Enders et Rainer Fox. L'esprit rieur dans les arrangements et les mots se répand sur Ich Bin Dein Mann, puis continue avec une orchestration rutilante et ascensionnelle sur Ich Sing Am Liebsten, Wenn Der Mond Scheint. L'émotion gagne sur l'instrumentation classique, follement lyrique de Willst Du Bei Mir Bleiben écrite des mains de Max Raabe et de Christoph Israel. La pop revient sur les cordes de la guitare douce, la basse souriante, du banjo taquin et des trompettes vives qui font voltiger Ich Geh Durch Den Park An Einem Donnerstag. La mélodie cristalline de Hohl est portée par les cordes et les cuivres alliés à des sifflements d'oiseaux chatoyants. Le jazzy Du Bist Viel Zu Schön Für Einen Mann Allein joue des notes lumineuses sur la voix de Max brodée d'or qui fleurit la mélodie éclatante de Heut Bring Ich Mich Um où les envolées d'instruments à cordes alternent avec les cuivres. Le brio des musiciens  Daniel Faust, Max Raabe, Peter Plate et Ulf Leo Sommer y est étendu. L'envie de danser est saisissante sur l'accordéon et les trompettes glorieuses du cocasse Côte D'Azur, clin d'oeil délicieux à la France qui est suivi avec galanterie de Liebling, plein de tendresse et de pudeur pour cette fin d'album.




Max Raabe avec Der perfekte Moment... wird heut verpennt resplendit de charmantes manières rétro et écrit, chante des airs raffinés qui séduisent mon penchant assumé pour l'ancien et le traditionnel. Il fait rayonner le passé à travers son univers musical. Loin de la nostalgie ou du regret, il montre simplement que le passé est essentiel pour comprendre la musique. Ambassadeur de la ville de Berlin dont il reçoit la médaille de l'ordre du mérite, Max garde ses distances, son humour, aime ses costumes queue de pie, ses cravates, ses noeuds papillons et s'inspire de son père, de son grand-père qui dit-il avaient un décalage et une drôlerie incomparables sous leurs habits du dimanche. Rarement au volant de sa coccinelle bleu ciel quand il va à la campagne le weekend, Max ne se déplace qu'en vélo, été comme hiver, sa roue de secours sur le dos. Il signe au printemps 2018 un joli Fahrrad fahr´n qui évoque sa bicyclette des années 50 qu'il chérit et ce fabuleux single de bon aloi a sa place naturelle dans le panthéon PiggledyPop. Es ist schon offensichtlich!
MaxRaabe



samedi 20 octobre 2018

French Pop Dream

J'écrit sur ce génial projet qui m'est particulier et cher en juin 2015 "Estival et souriant, le projet French Pop Dream est sunshine pop. Produit par Jamie West, l'équipe est franco-anglaise avec Myriam Gasser à l'accordéon et au piano. L'année 2014 offre l'apparition du titre The First Day of Summer sur un film français de Gilles de Caevel, puis 2015 propose le single léger et mélodieux Now Would Be a Good Time, soigné par le batteur Daniel Said, et les guitaristes Michael Wood et Bernard Butler."



De nouveau, je ressors un billet sur le groupe yéyé d'outre Manche en décembre 2015. "En 2013, le musicien Duncan Steer, membre du groupe Pastel Collision, vit dans le même quartier qu'Anne à Londres et c'est de cette rencontre entre voisins passionnés de pop que naitra Eurostar, the Musical. Duncan compose et écrit les mélodies sixties inspiré par les chanteuses de l'époque comme Françoise Hardy et dit que le thème de ses chansons parle des "people in Europe moving from country to country, looking to see if life will be different for them" (...) 2014 le somptueux single Now Would Be a Good Time continue son immersion dans l'atmosphère sixties d' A bout de souffle ou de la clique du Drugstore et du Palladium.
Le duo Duncan et Anne est venu passer une semaine à Paris fin octobre 2015 pour travailler des enregistrements de voix au studio de la Seine (qui a vu passer entre autres Françoise Hardy et Jarvis Cooker) pour le génial Silver Bells (Christmas Time in the City), titre de Bing Crosby de 1951. L'équipe franco-anglaise a fait un travail d'orfèvre délicieusement rétro qui fleure bon la cannelle du candy accroché au sapin. Les arrangements de Duncan, la voix d'Anne, se marient à merveille pour refléter l'esprit chaleureux et scintillant des fêtes de fin d'année et offrir un Silver Bells incontournable cette année dans vos enceintes."



Le 25 septembre 2018 parait un nouvel EP de quatre titres, dont deux sont en français. Les deux titres en anglais commencent la carte postale iodée et musicale. D'abord Who Cares What the Stars Are Called? que la BBC qualifie de 'Wonderfully evocative' offre une mélodie festive ornée de guitares qui jouent du velours, de balais de batterie rétro à souhait et d'un accordéon galbé à la française pour apporter un soupçon de sensualité. Celui-là même revient jouer des notes qui font résonner l'âme de Montmartre ou de Ménilmontant pour flirter avec le piano et la somptueuse guitare electro-acoustique sur I Need More Music in My Life. Puis une histoire de plage avec ses bruitages de bord de mer sonne joliment nostalgique avant la pop joviale sixties du Theme from L'amour or Less qui conclue le temps d'une minute vintage l'EP plein de charme Who Cares What the Stars Are Called?
Duncan Steer comme Philippe Auclair alias Louis Philippe, est journaliste au dehors de la scène et n'appréhende pas seulement la musique comme un hobby mais la vit depuis les années 80 et tel un maestro de la pop, la transforme en matériel, en poésie, pour titiller notre imagination. L'artiste anglais met son talent et son expérience au service de la pop française et c'est un honneur de compter French Pop Dream dans le panthéon des groupes PiggledyPop.
FrenchPopDream



mercredi 17 octobre 2018

Good Morning

Good Morning est un groupe de Melbourne qui offre une pop dense, aussi feutrée que solide. Liam Parsons et Stefan Blair font paraitre le 26 mars 2018 leur premier album Prize//Reward constitué de 10 titres qu'ils jouaient depuis l'année 2016, ornés du saxophone de Glenn Blair, le père de Stefan. Les australiens apparaissent en 2014 avec un 'grand' EP nommé Shawcross fleuri de 7 titres. Il est suivi des EP A Vessel / Radiovoice en en mai 2015, de On The Street / You en juillet 2015, du 6 titres Glory en janvier 2016, de Step Aside / Oppsie en novembre 2016. Toutes ces chansons réunies et agrémentées d'inédits paraissent le 7 juillet 2017 sur un magnifique vinyle de 13 titres. Enfin, ce printemps 2018 l'album Prize//Reward que je découvre fraichement accroche mon attention, me séduit. Je ne suis pas seule puisqu'il récolte déjà un beau succès dans le monde entier.



Quand on tend l'oreille au Plant Matta qui ouvre le disque, titre singulier d'une minute coloré de sonorités pop sublimes qui émanent d'une guitare, d'une flûte et du micro vintage fifties, elle se dresse guillerette. La basse et le piano mutins apportent de la soul délicate qui va comme un gant à son titre For a Little While, où le saxophone amplifie l'effet à mi-chemin avec ses notes taquines . L'ambiance se dessine intime. Le délice de subtilité, d'humour discret, de sensualité palpable s'entendent, tout comme leur perfectionnisme à l'enregistrement. Plus que des compositeurs esthètes, les deux compères complices, font de l'exploration de sons, de la recherche musicale en studio. La multiplicité de pistes et d'accords forme comme une peinture flamande une richesse mélancolique mais animée en création, vive et nerveuse en inspiration. Good Morning offre un condensé de contradictions, où l'énergie des arrangements se marie à la sensibilité des mélodies comme sur le sautillant Just A Man. Les reliefs de balance de After You nous emmènent dans l'exploration de sons et dans l'enregistrement réfléchi comme une partie d'échecs en devient fulgurante. Mirror Freak et sa tonalité lancinante à la Velvet Underground obtient un résultat rock'n roll, avec ses guitares et sa basse qui jaillissent, joliment tumultueuses sur des mots au sens ambigüe et caché qui tempêtent un message crypté. L'objectif est idem sur le symbolique Escalator qui parle d'une attaque de panique dans un centre commercial puis laisse place au romantisme écorché et sublime de Who's To Blame. $10 poursuit avec ses guitares galbées farniente psychédélique qui plaira aux amateurs de Mac De Marco et dans le même esprit décomplexé suit Whine Time avec sa légèreté dans les mots, son inconscience sulfureuse sur un tempo voluptueux et un chant souple. Look around boucle l'écoute sur la résonance du piano façon Lennon et la voix déstabilisante de fragilité, émouvante. Il y a chez Good Morning une force dans la composition qui fait pour chaque titre de Prize // Reward une mélodie unique, de qualité, qui emmène dans son histoire. L'album est un ovni qui voyage habilement sur la platine et les arrangements oniriques, vertigineux des Good Morning, joyeux drilles qui n'aiment comme hobby que le Queensball, qui reviennent récemment d'une grande tournée au Japon, donnent simplement envie de se laisser envelopper de leurs harmonies.
GoodMorning



dimanche 14 octobre 2018

Halloween

Halloween n'est pas spécialement un rituel français, se fêtant principalement dans les pays anglo-saxons mais a pourtant sa légitimité dans l'hexagone. Halloween nait sur les îles anglo-celtes. Dans l’année celtique protohistorique, il y a quatre grandes fêtes, celle-ci célébrée en début d'automne est la première. Comme un nouvel an, elle marque la transition d'une année à l'autre. La fête de Samain, nom gaélique est placée sous l’autorité de la classe sacerdotale des druides est souvent mentionnée dans les récits épiques irlandais mais aussi en Gaule où les Celtes la fête pendant le mois de Novembre appelé le mois de Samonios. La fête religieuse dure trois jours, banquets, assemblées, les Gaels honorent ce changement d'année, symbole de l'ouverture vers l’Autre Monde, celui des dieux.

Ce sont les irlandais qui ont maintenu la tradition, les rites et la mythologie de la 'race irlandaise', décrite par la mère d'Oscar Wilde, Lady Jane Francesca Wilde, poétesse, écrivain, journaliste, militante de la cause nationale irlandaise qui publie Ancient legends, mystic charms, and superstitions of Ireland en 1887. Au milieu du XIXème siècle, la masse d'irlandais et d'écossais arrivés aux Etats-Unis introduit la tradition qui devient populaire au début du XXème siècle. Halloween permet alors de parler aux défunts, de chatouiller les âmes de l'au-delà, de partager des sucreries avec les fantômes, les sorcières et les vampires. Le terme paien qui est accolé à la fête d'Halloween est 'moderne'. Le paganisme nait au VIIème siècle, le terme péjoratif et ironique désigne le paysan (paganus) qui n'est pas chrétien et la fête sera dite païenne en l’an 610 par le Pape Boniface IV. Halloween est antérieur, la fête de Samain date de 500 avant J.C et les celtes qui formaient une société très homogène et cultivée, menaient une vie fort rythmée par la religion.

Les celtes de la Gaule fêtaient le Tri nox Samoni (les trois nuits de Samain) donc, chers Français, comme les cousins d'outre Manche, vous pouvez légitimement attraper les petites cuillères et creuser la citrouille sans peur du mauvais sort, allez duper les esprits malicieux, gobez 3kg de fraises tagada et si vous voulez voir une sorcière, mettez vos vêtements à l'envers, laissez pendre vos poches et marchez à reculons!

Alpha Whale - Dine With Satan

Warren Zevon - werewolves of london

Lily Fayol - Le fantôme écossais

Alialujah Choir - A House, A Home

Jeremy Messersmith - A Girl, a Boy, and a Graveyard

Aldo - Good Morning Pumpkin

Dead Man's Bones - Dead Hearts

mercredi 10 octobre 2018

Gentle Hen

Henning fait partie des artistes que j'admire et qui a désormais comme une place d'abonné sur Piggledy Pop. J'écris sur l'artiste dès 2012 et récemment pour son projet Gentle Hen : "Henning Ohlenbusch grandit dans le Massachussetts en prenant des cours de piano et de guitare. Plus tard à l’université sa personnalité artistique s’accentue et il étudie la musicologie tout en commençant à composer ses chansons. D’une mère danoise et d’un père allemand, ses influences culturelles et musicales sont vastes. Dès les années 90 il se produit seul avec sa guitare à des open-mic , dans les années 2000 constitue un groupe et forme School for the Dead, puis The Fawns, comptant quasiment les mêmes musiciens qui partent en tournée sur tout le territoire américain. Parallèlement, Henning Ohlenbusch joue de la basse sur scène pour d’autres musiciens comme Chris Collingwood des Fountains of Wayne ou encore Lloyd Cole. Il travaille en même temps en tant que producteur et arrangeur aux côtés de Bourgeois Heroes, de son ami Mark Mulcahy (auteur-compositeur à qui Thom Yorke, Frank Black, Vic Chesnutt, The National, Josh Rouse, Dinosaur Jr., Michael Stipe, Mercury Rev etc, rendent hommage sur la compilation de reprises de Mulcahy, Ciao My Morning Star (...) Rythmés, mélodiques, habillés de riffs de guitares, percussions, piano et choeurs enthousiastes, les textes réalistes, concis et plein d’humour de Henning deviennent sa griffe."
La suite est par là : HenningOhlenbuschPiggledyPop2012



En 2008, Henning signe de son propre nom un album en solo en assurant tous les instruments, un travail pas piqué des hannetons pour ce génial multi-instrumentiste. En même temps et de façon hautement prolifique, il continue avec ses autres groupes School For The Dead, Sitting Next To Brian, The Fawns, Bourgeois Heroes, Goldwater et Gentle Hen signant l'album Sneaking up on the Moon dont je parle ici en 2016 : "Etant fan depuis des années, quand j'ai reçu la semaine dernière ce nouvel album, j'étais en 'lévitation' déjà accrochée aux branches. Je le trouve meilleur d'écoute en écoute. Henning écrit depuis des années, a acquis une solide expérience de la scène et des studios et ayant une belle aisance dans la composition, il se permet de la saupoudrer d'un esprit amusé, radieux, délicatement mordant et adorablement sarcastique."
La suite est ici : GentleHenPiggledyPop2016

C'est avec Gentle Hen qu'Henning Ohlenbusch nous revient cette année et fera paraitre le 19 octobre prochain l'album Be Nice to Everyone dont j'aime l'ampleur musicale depuis quelques semaines. Avec ses amis musiciens, les mêmes camarades de studio et de scène depuis toujours, Max Germer à la basse, Brian Marchese à la batterie et aux percussions, Ken Maiuri aux guitares et claviers, Henning chante, joue de la guitare et du piano sur onze magiques titres qui donnent de l'entrain, du fuel, du sourire et de la sérénité. Henning est un artiste qui comme beaucoup crée de la musique pour son plaisir mais songe aussi au plaisir de l'auditeur "We dove into the songs like starving animals, giving in to the parts of our brains that thrive on creating and exploring and making sense of chaos. I’d written the eleven songs during this year of upheaval, there were no oldies being revisited. This was all new territory... The listener might not find specifics in the lyrics to justify the album title, but I’m hoping that the overall feel of the collection is human, friendly, introspective, and caring".



Le bonbon de Gentle Hen commence avec les guitares de We've Got the Goods, qui actionnent l'écoute illico. La voix posée et assurée d'Henning suit magnifique l'instrumentation du même bois. Composée de lignes pop fermes, la mélodie et ses cordes tendues, les mots mêlés de candeur et d'âpreté forme un titre convaincant. La rythmique se confirme sur la ballade She's Got it bad, où 'Jenny emulates a retro charm' écoute les Pixies avec la guitare électrique et la batterie qui se chahutent gaiement, faisant frémir l'épiderme de tout bon amateur de pop qui se respecte quand Knock Knock Knock l'agrippe plus franchement avec son allure rock'n roll. Virevoltant, entêtant, le titre fait gigoter sur la batterie et les claviers psychédéliques endiablés, typés border mods des sixties où Henning brille, inébranlable. Le clavier se fait facétieux sur les cordes de guitares scintillantes de This Could Only Happen to You, alternative et offrant une mélodie flamboyante. Puis A Few More Lifetimes offre un air gorgé de cordes voluptueuses et un texte poétique vibrant, très émouvant en ce milieu d'album.



Le tempo reprend enfiévré, mutin, pour un There's a World in the World et sa tonalité drôle, dans les arrangements de notes sautillantes et les paroles tonitruantes comme Henning sait si bien les concocter. Le rock audacieux et solide poursuit l'énergie ambiante sur Lean, Then Catch Your Fall en guise d'avertisseur à ceux qui croient leur pouvoir en expansion et risquent fort de vite goûter au schlague. La légèreté avec le brin d'esprit et d'humour habituel reprend sur le fabuleux They Know, They Know, où on zigzague entre les gammes, les accords euphoriques pendant deux minutes de bonheur pop. Les claviers, la batterie et les guitares donnent la charge sur le grandiose Ancient Bones où toutes les voix s'allient pour dessiner un titre puissant, frontal avant le délibéré offensif You Can't Take It Back, musclé de notes rock, de voix aiguisées, de claviers qui s'embrasent sur la voix d'Henning, qui en conclusion, énervée et mordante, donne l'estocade. Be Nice to Everyone contient de la fibre, du feu et des mélodies indie-pop variées qui fourmillent de rythmes, de musicalité et de sens ; Gentle Hen offre comme à son accoutumée de l'élévation et de l'émotion sur les onze titres radieux, à savourer dans quelques jours.
GentleHenPiggledyPop2016



dimanche 7 octobre 2018

Theatre Royal

Theatre Royal, originaire du Kent, différentes villes, différents châteaux, fait briller sa pop depuis 2009 avec à son actif quatre splendides albums From rubble rises​.​.​. en 2010, At The End Of A River, The Sea​.​.​. en 2012, We Don't Know Where We Are en 2014 et .​.​.​and then it fell out of my head en 2017, agrémentés de plusieurs EP et singles. Les quatre musiciens Oliver Burgess et Robbie Wilkinson qui se partagent la composition, le chant et les guitares, Brendan Esmonde est à la basse et Jon Gibbs à la batterie jouent une pop vive et dévorante dans la manière de l'interpréter au chant et dans l'instrumentation fièrement nourrie de britpop. Les influences vont du Velvet Underground, aux Beatles, The Pale Fountains, Blur et New Order et le quatuor retranscrit avec sa veine cette jolie sève artistique. La musique irradie d'harmonies, avec une belle immédiateté et spontanéité. Porteur de l'âme indiepop et armé de courage pour enregistrer la plupart du temps en direct par manque de budget, le résultat sonne frais et naturel, pas alambiqué ni prétentieux. Les titres en gagnent une belle énergie et une valeur certaine. Theatre Royal, constant, a en bonus, une pléaide de mélodies efficaces dans son escarcelle.



Depuis sont parus les EPs Locked Together on the Lines / All I Need All fall en septembre 2017 puis Forward / Better say goodbye cet été 2018. J'avoue qu'à l'écoute de l'album .​.​.​and then it fell out of my head, mon attention était happée. Cette année, on m'y plongeant de temps en temps, leurs mélopées me semblent encore meilleures à chaque écoute, ce qui leur confère un point en commun avec les grands noms qui les influencent ; L'art de savoir écrire une chanson qui passe la frontière du temps et des modes.

.​.​.​and then it fell out of my head s'ouvre sur Port Bou et ses lignes gaillardes de guitares vertigineuses avec la voix qui se marie au tempo dansant. La mélodie offre des nuances et des contrastes qui s'entendent aussi dans les paroles. La rythmique hardie s'allie à l'harmonica vitaminé sur What has become of me? qui est un air indiepop de deux minutes parfait, intemporel et attachant. Il y est question d'amour, tout comme sur Locked Together On The Lines où le chant, guitares et batterie invincibles façonnent des harmonies qui envoûtent en symbiose avec le thème plein d'émotion et de conviction. Theatre Royal chatouille et titille nos oreilles parce qu'il y a dans ses arrangements du glorieux Television Personnalities, Primal Scream, Paul Weller, Byrds, Beatles, Echo & The Bunnymen. Les mélodies galopent, condensées, cadencées et traversent le disque comme des épopées pop.



Cette impression tient toujours sur Is that for you? avec ses violons rock, ses guitares dandy et souriantes, ses 'ho ho ho' en chorale qui remplissent l'espace comme les deux voix qui se répondent sur le sublime poppeux Borrowed Pen. Les thèmes du ciel, du passé, de la mémoire se font souvent écho dans les paroles et sont l'essence du titre Teardrop où même si la mélodie s'adonne au langoureux, la tonalité reste tranchante sur des accords de guitares enrichis de basse, de violon et d'une performance vocale. Le mouvement reprend les rênes et la batterie incisive relance la machinerie britpop sur Tune Out où les guitares forment un arsenal et offrent une belle émulation avant la ballade sucrée sublime Where The Land Meets The Sky. L'electro-acoustique et la basse trottinent et sautillent sur les arrangement renforcés par les 'pa pa pa' des choeurs. C'est le tour je pense de mes deux titres préférés, Will somebody please write me a song? avec sa structure entrainante, alternant de trompette qui met les oreilles en fête et de guitares brillantes qui poussent à se dandiner suivie de la puissante And then it fell out of my head... portée par le chant d'Oliver et de Robbie débordant d'enthousiasme. Le titre est garni de texture musicale, variée, riche, résolument rock et pop . Les métaphores du ciel, de l'eau prennent leur envol dans le bouquet final Staring Into The Void où le questionnement, le doute, la transparence des idées et des actes en leitmotiv rappellent l'humilité et l'intelligence des auteurs-compositeurs. Theatre Royal transporte dans ses harmonies pop fulgurantes de qualité et .​.​.​and then it fell out of my head est un album au son clair qui fait simplement honneur au genre indie-pop, gagnant sa place dans la discographie Piggledy Pop.
TheatreRoyal





Reverse Play : C86 re(dis)covered

Je parle d' Estella Rosa et de son blog au printemps dernier dans mon billet sur le projet Nah... "Nah... est un duo jangle-dream-pop constitué de Sebastian Voss, auteur-compositeur et guitariste allemand et de la chanteuse néerlandaise Estella Rosa, également chroniqueuse sur son blog d'indie-pop Fadeawayradiate." Le blog devenu label propose depuis le 26 aout 2018 une superbe compilation qui est disponible sur une très belle cassette audio pailletée transparente pleine de glamour. Comme le format, le contenu est un hommage plein de l'âme et de l'esprit indie pop de la grande époque C86. Pour les non-initiés, C86 était à l'origine le nom de la cassette compilation que publiait NME de façon hebdomadaire dans l'année 1986. S'y retrouvent pêle-mêle des reprises de House of Love, BMX Bandits, Primal Scream etc assurées par des groupes actuels qui irriguent avec brio de leur sang neuf des classiques twee. Estella Rosa, alliée à Dane Di Piero, réussissent un joli tour de force et de goût avec une certaine passion pour promouvoir les musiciens et distribuer de l'énergie délicate comme des pétales pop au gré du vent.
Nah...PiggledyPop2018



Ce bijou de compilation Reverse Play : C86 re(dis)covered s'ouvre sur le Emma's House des Field Mice honoré par un groupe que j'aime beaucoup, The Catherines crée par Heiko Schneider, auteur-compositeur amoureux de l'indie-pop, des Smiths et de la french Nouvelle Vague nommant son projet ainsi en hommage à Catherine Deneuve. Le titre revisité est beau, restitue l'esprit des Field Mice par l'instrumentation tout en lui donnant du peps. Puis le duo américain Whimsical reprend avec talent le Crash de The Primitives, déjà paru sur leur compilation hommage Brought to Light Volume 2. Quant aux formidables londoniens The Death of Pop et leur reprise décomplexée Kill Kill Kill Kill de McCarthy, leur travail somptueux sonne à mes oreilles et me parle, y ajoutant leur propre style et beaucoup de talent. The Arctic Flow explorent un If You Need Someone des Field Mice proche de l'original, pour de manière aimable apprécier l'influence vivace des cultes Mice avant d'enchainer sur un Nothing To Be Done des Pastels revu par Pia Fraus, excellent groupe d'Estonie qui compose une dream-pop fleurissante et percutante depuis 1998. La nostalgie dansante et lumineuse continue avec les anglais Softer Still qui reprennent I Don't Think It Matters de Brighter dans les règles de l'art C86 avant le fabuleux The Center of my Little World d'Another Sunny Day revisité par le californien Sun Kin qui saupoudre la reprise de notes sunshine et groovy. Les UV apportent encore du feu sacré grâce aux néerlandais Okama Flannel Boy jouant un Groovy Good Luck Friend des BMX Bandits avec un tempo bossa allouant à la fibre écossaise originelle un contour tropical savoureux. Le groupe anglais Dayflower donne une allure libre et magnifique au jangle Pristine Christine des Sea Urchins ; L'exercice de la reprise ici est une réussite et on admire le titre sous toutes ses formes.



Puis c'est au tour symbolique de nos amis Nah... où Estella apporte sa pierre aux atours précieux formant avec Sebastian Voss (Alles Gute zum Geburtstag Herr Von Stisass!) un tout unique. Ensemble ils parviennent à donner au As Years Go By de Friends de la matière pop allègre et brillante. Le disque poursuit avec la reprise de Destroy The Heart des House of Love, sublimement arrangé par les américains de Virginie Distant Creatures qui restituent le décor twee avec un son de guitares lo-fi typique. Des cordes de guitares tendues, il en pleut des majestueuses sur Unfair Kinda Fame des Pastels revu par Lancaster qui nous convie sur cinq minutes à redécouvrir la chanson en l'assaisonnant d'une basse vibrante, d'écho, de cor et de violon. La compilation s'achemine vers la fin avec l'endiablé et groovy Dalliance des Wedding Present signé ici de Sebastian Voss et son projet parallèle The Fisherman and His Soul. Sebastian transforme le titre avec des guitares et des claviers divins ornés de son chant harmonieux, admirable. Enfin, se découvre aussi la force du magicien multi-instrumentiste Gregory James alias The Skating Party qui reprend Hello Rain des Softies avec une inspiration fertile offrant au morceau beaucoup de musicalité et d'aura. Le londonien Ed Ling s'offre Velocity Girl des Primal Scream pour un final en délicatesse, habillé de cordes pincées, de touches de piano caressées et d'une voix à la respiration tangible des plus charmantes.



Reverse Play: C86 re​(​dis​)​covered est un retour dans le passé réussi, solide, jonché d'exploits d'artistes qui rendent un bien bel hommage à cette génération C86 regrettée. Les groupes ont cherché à marquer de leur propre style des chansons sacrées, presque intouchables et le défi est relevé avec aisance. On se laisse bercer par le flot de notes pop, engloutir par les arrangements qui bourdonnent et touchent. Estella Rosa et ses aspirations pop, sa générosité, met en avant ce bouquet de jeunes groupes, qui forment une belle couronne que nous vous invitons main dans la main avec Piggledy Pop à découvrir. ReversePlayC86Rediscovered