Translate

dimanche 14 octobre 2018

Halloween

Halloween n'est pas spécialement un rituel français, se fêtant principalement dans les pays anglo-saxons mais a pourtant sa légitimité dans l'hexagone. Halloween nait sur les îles anglo-celtes. Dans l’année celtique protohistorique, il y a quatre grandes fêtes, celle-ci célébrée en début d'automne est la première. Comme un nouvel an, elle marque la transition d'une année à l'autre. La fête de Samain, nom gaélique est placée sous l’autorité de la classe sacerdotale des druides est souvent mentionnée dans les récits épiques irlandais mais aussi en Gaule où les Celtes la fête pendant le mois de Novembre appelé le mois de Samonios. La fête religieuse dure trois jours, banquets, assemblées, les Gaels honorent ce changement d'année, symbole de l'ouverture vers l’Autre Monde, celui des dieux.

Ce sont les irlandais qui ont maintenu la tradition, les rites et la mythologie de la 'race irlandaise', décrite par la mère d'Oscar Wilde, Lady Jane Francesca Wilde, poétesse, écrivain, journaliste, militante de la cause nationale irlandaise qui publie Ancient legends, mystic charms, and superstitions of Ireland en 1887. Au milieu du XIXème siècle, la masse d'irlandais et d'écossais arrivés aux Etats-Unis introduit la tradition qui devient populaire au début du XXème siècle. Halloween permet alors de parler aux défunts, de chatouiller les âmes de l'au-delà, de partager des sucreries avec les fantômes, les sorcières et les vampires. Le terme paien qui est accolé à la fête d'Halloween est 'moderne'. Le paganisme nait au VIIème siècle, le terme péjoratif et ironique désigne le paysan (paganus) qui n'est pas chrétien et la fête sera dite païenne en l’an 610 par le Pape Boniface IV. Halloween est antérieur, la fête de Samain date de 500 avant J.C et les celtes qui formaient une société très homogène et cultivée, menaient une vie fort rythmée par la religion.

Les celtes de la Gaule fêtaient le Tri nox Samoni (les trois nuits de Samain) donc, chers Français, comme les cousins d'outre Manche, vous pouvez légitimement attraper les petites cuillères et creuser la citrouille sans peur du mauvais sort, allez duper les esprits malicieux, gobez 3kg de fraises tagada et si vous voulez voir une sorcière, mettez vos vêtements à l'envers, laissez pendre vos poches et marchez à reculons!

Alpha Whale - Dine With Satan

Warren Zevon - werewolves of london

Lily Fayol - Le fantôme écossais

Alialujah Choir - A House, A Home

Jeremy Messersmith - A Girl, a Boy, and a Graveyard

Aldo - Good Morning Pumpkin

Dead Man's Bones - Dead Hearts

mercredi 10 octobre 2018

Gentle Hen

Henning fait partie des artistes que j'admire et qui a désormais comme une place d'abonné sur Piggledy Pop. J'écris sur l'artiste dès 2012 et récemment pour son projet Gentle Hen : "Henning Ohlenbusch grandit dans le Massachussetts en prenant des cours de piano et de guitare. Plus tard à l’université sa personnalité artistique s’accentue et il étudie la musicologie tout en commençant à composer ses chansons. D’une mère danoise et d’un père allemand, ses influences culturelles et musicales sont vastes. Dès les années 90 il se produit seul avec sa guitare à des open-mic , dans les années 2000 constitue un groupe et forme School for the Dead, puis The Fawns, comptant quasiment les mêmes musiciens qui partent en tournée sur tout le territoire américain. Parallèlement, Henning Ohlenbusch joue de la basse sur scène pour d’autres musiciens comme Chris Collingwood des Fountains of Wayne ou encore Lloyd Cole. Il travaille en même temps en tant que producteur et arrangeur aux côtés de Bourgeois Heroes, de son ami Mark Mulcahy (auteur-compositeur à qui Thom Yorke, Frank Black, Vic Chesnutt, The National, Josh Rouse, Dinosaur Jr., Michael Stipe, Mercury Rev etc, rendent hommage sur la compilation de reprises de Mulcahy, Ciao My Morning Star (...) Rythmés, mélodiques, habillés de riffs de guitares, percussions, piano et choeurs enthousiastes, les textes réalistes, concis et plein d’humour de Henning deviennent sa griffe."
La suite est par là : HenningOhlenbuschPiggledyPop2012



En 2008, Henning signe de son propre nom un album en solo en assurant tous les instruments, un travail pas piqué des hannetons pour ce génial multi-instrumentiste. En même temps et de façon hautement prolifique, il continue avec ses autres groupes School For The Dead, Sitting Next To Brian, The Fawns, Bourgeois Heroes, Goldwater et Gentle Hen signant l'album Sneaking up on the Moon dont je parle ici en 2016 : "Etant fan depuis des années, quand j'ai reçu la semaine dernière ce nouvel album, j'étais en 'lévitation' déjà accrochée aux branches. Je le trouve meilleur d'écoute en écoute. Henning écrit depuis des années, a acquis une solide expérience de la scène et des studios et ayant une belle aisance dans la composition, il se permet de la saupoudrer d'un esprit amusé, radieux, délicatement mordant et adorablement sarcastique."
La suite est ici : GentleHenPiggledyPop2016

C'est avec Gentle Hen qu'Henning Ohlenbusch nous revient cette année et fera paraitre le 19 octobre prochain l'album Be Nice to Everyone dont j'aime l'ampleur musicale depuis quelques semaines. Avec ses amis musiciens, les mêmes camarades de studio et de scène depuis toujours, Max Germer à la basse, Brian Marchese à la batterie et aux percussions, Ken Maiuri aux guitares et claviers, Henning chante, joue de la guitare et du piano sur onze magiques titres qui donnent de l'entrain, du fuel, du sourire et de la sérénité. Henning est un artiste qui comme beaucoup crée de la musique pour son plaisir mais songe aussi au plaisir de l'auditeur "We dove into the songs like starving animals, giving in to the parts of our brains that thrive on creating and exploring and making sense of chaos. I’d written the eleven songs during this year of upheaval, there were no oldies being revisited. This was all new territory... The listener might not find specifics in the lyrics to justify the album title, but I’m hoping that the overall feel of the collection is human, friendly, introspective, and caring".



Le bonbon de Gentle Hen commence avec les guitares de We've Got the Goods, qui actionnent l'écoute illico. La voix posée et assurée d'Henning suit magnifique l'instrumentation du même bois. Composée de lignes pop fermes, la mélodie et ses cordes tendues, les mots mêlés de candeur et d'âpreté forme un titre convaincant. La rythmique se confirme sur la ballade She's Got it bad, où 'Jenny emulates a retro charm' écoute les Pixies avec la guitare électrique et la batterie qui se chahutent gaiement, faisant frémir l'épiderme de tout bon amateur de pop qui se respecte quand Knock Knock Knock l'agrippe plus franchement avec son allure rock'n roll. Virevoltant, entêtant, le titre fait gigoter sur la batterie et les claviers psychédéliques endiablés, typés border mods des sixties où Henning brille, inébranlable. Le clavier se fait facétieux sur les cordes de guitares scintillantes de This Could Only Happen to You, alternative et offrant une mélodie flamboyante. Puis A Few More Lifetimes offre un air gorgé de cordes voluptueuses et un texte poétique vibrant, très émouvant en ce milieu d'album.



Le tempo reprend enfiévré, mutin, pour un There's a World in the World et sa tonalité drôle, dans les arrangements de notes sautillantes et les paroles tonitruantes comme Henning sait si bien les concocter. Le rock audacieux et solide poursuit l'énergie ambiante sur Lean, Then Catch Your Fall en guise d'avertisseur à ceux qui croient leur pouvoir en expansion et risquent fort de vite goûter au schlague. La légèreté avec le brin d'esprit et d'humour habituel reprend sur le fabuleux They Know, They Know, où on zigzague entre les gammes, les accords euphoriques pendant deux minutes de bonheur pop. Les claviers, la batterie et les guitares donnent la charge sur le grandiose Ancient Bones où toutes les voix s'allient pour dessiner un titre puissant, frontal avant le délibéré offensif You Can't Take It Back, musclé de notes rock, de voix aiguisées, de claviers qui s'embrasent sur la voix d'Henning, qui en conclusion, énervée et mordante, donne l'estocade. Be Nice to Everyone contient de la fibre, du feu et des mélodies indie-pop variées qui fourmillent de rythmes, de musicalité et de sens ; Gentle Hen offre comme à son accoutumée de l'élévation et de l'émotion sur les onze titres radieux, à savourer dans quelques jours.
GentleHenPiggledyPop2016



dimanche 7 octobre 2018

Theatre Royal

Theatre Royal, originaire du Kent, différentes villes, différents châteaux, fait briller sa pop depuis 2009 avec à son actif quatre splendides albums From rubble rises​.​.​. en 2010, At The End Of A River, The Sea​.​.​. en 2012, We Don't Know Where We Are en 2014 et .​.​.​and then it fell out of my head en 2017, agrémentés de plusieurs EP et singles. Les quatre musiciens Oliver Burgess et Robbie Wilkinson qui se partagent la composition, le chant et les guitares, Brendan Esmonde est à la basse et Jon Gibbs à la batterie jouent une pop vive et dévorante dans la manière de l'interpréter au chant et dans l'instrumentation fièrement nourrie de britpop. Les influences vont du Velvet Underground, aux Beatles, The Pale Fountains, Blur et New Order et le quatuor retranscrit avec sa veine cette jolie sève artistique. La musique irradie d'harmonies, avec une belle immédiateté et spontanéité. Porteur de l'âme indiepop et armé de courage pour enregistrer la plupart du temps en direct par manque de budget, le résultat sonne frais et naturel, pas alambiqué ni prétentieux. Les titres en gagnent une belle énergie et une valeur certaine. Theatre Royal, constant, a en bonus, une pléaide de mélodies efficaces dans son escarcelle.



Depuis sont parus les EPs Locked Together on the Lines / All I Need All fall en septembre 2017 puis Forward / Better say goodbye cet été 2018. J'avoue qu'à l'écoute de l'album .​.​.​and then it fell out of my head, mon attention était happée. Cette année, on m'y plongeant de temps en temps, leurs mélopées me semblent encore meilleures à chaque écoute, ce qui leur confère un point en commun avec les grands noms qui les influencent ; L'art de savoir écrire une chanson qui passe la frontière du temps et des modes.

.​.​.​and then it fell out of my head s'ouvre sur Port Bou et ses lignes gaillardes de guitares vertigineuses avec la voix qui se marie au tempo dansant. La mélodie offre des nuances et des contrastes qui s'entendent aussi dans les paroles. La rythmique hardie s'allie à l'harmonica vitaminé sur What has become of me? qui est un air indiepop de deux minutes parfait, intemporel et attachant. Il y est question d'amour, tout comme sur Locked Together On The Lines où le chant, guitares et batterie invincibles façonnent des harmonies qui envoûtent en symbiose avec le thème plein d'émotion et de conviction. Theatre Royal chatouille et titille nos oreilles parce qu'il y a dans ses arrangements du glorieux Television Personnalities, Primal Scream, Paul Weller, Byrds, Beatles, Echo & The Bunnymen. Les mélodies galopent, condensées, cadencées et traversent le disque comme des épopées pop.



Cette impression tient toujours sur Is that for you? avec ses violons rock, ses guitares dandy et souriantes, ses 'ho ho ho' en chorale qui remplissent l'espace comme les deux voix qui se répondent sur le sublime poppeux Borrowed Pen. Les thèmes du ciel, du passé, de la mémoire se font souvent écho dans les paroles et sont l'essence du titre Teardrop où même si la mélodie s'adonne au langoureux, la tonalité reste tranchante sur des accords de guitares enrichis de basse, de violon et d'une performance vocale. Le mouvement reprend les rênes et la batterie incisive relance la machinerie britpop sur Tune Out où les guitares forment un arsenal et offrent une belle émulation avant la ballade sucrée sublime Where The Land Meets The Sky. L'electro-acoustique et la basse trottinent et sautillent sur les arrangement renforcés par les 'pa pa pa' des choeurs. C'est le tour je pense de mes deux titres préférés, Will somebody please write me a song? avec sa structure entrainante, alternant de trompette qui met les oreilles en fête et de guitares brillantes qui poussent à se dandiner suivie de la puissante And then it fell out of my head... portée par le chant d'Oliver et de Robbie débordant d'enthousiasme. Le titre est garni de texture musicale, variée, riche, résolument rock et pop . Les métaphores du ciel, de l'eau prennent leur envol dans le bouquet final Staring Into The Void où le questionnement, le doute, la transparence des idées et des actes en leitmotiv rappellent l'humilité et l'intelligence des auteurs-compositeurs. Theatre Royal transporte dans ses harmonies pop fulgurantes de qualité et .​.​.​and then it fell out of my head est un album au son clair qui fait simplement honneur au genre indie-pop, gagnant sa place dans la discographie Piggledy Pop.
TheatreRoyal





Reverse Play : C86 re(dis)covered

Je parle d' Estella Rosa et de son blog au printemps dernier dans mon billet sur le projet Nah... "Nah... est un duo jangle-dream-pop constitué de Sebastian Voss, auteur-compositeur et guitariste allemand et de la chanteuse néerlandaise Estella Rosa, également chroniqueuse sur son blog d'indie-pop Fadeawayradiate." Le blog devenu label propose depuis le 26 aout 2018 une superbe compilation qui est disponible sur une très belle cassette audio pailletée transparente pleine de glamour. Comme le format, le contenu est un hommage plein de l'âme et de l'esprit indie pop de la grande époque C86. Pour les non-initiés, C86 était à l'origine le nom de la cassette compilation que publiait NME de façon hebdomadaire dans l'année 1986. S'y retrouvent pêle-mêle des reprises de House of Love, BMX Bandits, Primal Scream etc assurées par des groupes actuels qui irriguent avec brio de leur sang neuf des classiques twee. Estella Rosa, alliée à Dane Di Piero, réussissent un joli tour de force et de goût avec une certaine passion pour promouvoir les musiciens et distribuer de l'énergie délicate comme des pétales pop au gré du vent.
Nah...PiggledyPop2018



Ce bijou de compilation Reverse Play : C86 re(dis)covered s'ouvre sur le Emma's House des Field Mice honoré par un groupe que j'aime beaucoup, The Catherines crée par Heiko Schneider, auteur-compositeur amoureux de l'indie-pop, des Smiths et de la french Nouvelle Vague nommant son projet ainsi en hommage à Catherine Deneuve. Le titre revisité est beau, restitue l'esprit des Field Mice par l'instrumentation tout en lui donnant du peps. Puis le duo américain Whimsical reprend avec talent le Crash de The Primitives, déjà paru sur leur compilation hommage Brought to Light Volume 2. Quant aux formidables londoniens The Death of Pop et leur reprise décomplexée Kill Kill Kill Kill de McCarthy, leur travail somptueux sonne à mes oreilles et me parle, y ajoutant leur propre style et beaucoup de talent. The Arctic Flow explorent un If You Need Someone des Field Mice proche de l'original, pour de manière aimable apprécier l'influence vivace des cultes Mice avant d'enchainer sur un Nothing To Be Done des Pastels revu par Pia Fraus, excellent groupe d'Estonie qui compose une dream-pop fleurissante et percutante depuis 1998. La nostalgie dansante et lumineuse continue avec les anglais Softer Still qui reprennent I Don't Think It Matters de Brighter dans les règles de l'art C86 avant le fabuleux The Center of my Little World d'Another Sunny Day revisité par le californien Sun Kin qui saupoudre la reprise de notes sunshine et groovy. Les UV apportent encore du feu sacré grâce aux néerlandais Okama Flannel Boy jouant un Groovy Good Luck Friend des BMX Bandits avec un tempo bossa allouant à la fibre écossaise originelle un contour tropical savoureux. Le groupe anglais Dayflower donne une allure libre et magnifique au jangle Pristine Christine des Sea Urchins ; L'exercice de la reprise ici est une réussite et on admire le titre sous toutes ses formes.



Puis c'est au tour symbolique de nos amis Nah... où Estella apporte sa pierre aux atours précieux formant avec Sebastian Voss (Alles Gute zum Geburtstag Herr Von Stisass!) un tout unique. Ensemble ils parviennent à donner au As Years Go By de Friends de la matière pop allègre et brillante. Le disque poursuit avec la reprise de Destroy The Heart des House of Love, sublimement arrangé par les américains de Virginie Distant Creatures qui restituent le décor twee avec un son de guitares lo-fi typique. Des cordes de guitares tendues, il en pleut des majestueuses sur Unfair Kinda Fame des Pastels revu par Lancaster qui nous convie sur cinq minutes à redécouvrir la chanson en l'assaisonnant d'une basse vibrante, d'écho, de cor et de violon. La compilation s'achemine vers la fin avec l'endiablé et groovy Dalliance des Wedding Present signé ici de Sebastian Voss et son projet parallèle The Fisherman and His Soul. Sebastian transforme le titre avec des guitares et des claviers divins ornés de son chant harmonieux, admirable. Enfin, se découvre aussi la force du magicien multi-instrumentiste Gregory James alias The Skating Party qui reprend Hello Rain des Softies avec une inspiration fertile offrant au morceau beaucoup de musicalité et d'aura. Le londonien Ed Ling s'offre Velocity Girl des Primal Scream pour un final en délicatesse, habillé de cordes pincées, de touches de piano caressées et d'une voix à la respiration tangible des plus charmantes.



Reverse Play: C86 re​(​dis​)​covered est un retour dans le passé réussi, solide, jonché d'exploits d'artistes qui rendent un bien bel hommage à cette génération C86 regrettée. Les groupes ont cherché à marquer de leur propre style des chansons sacrées, presque intouchables et le défi est relevé avec aisance. On se laisse bercer par le flot de notes pop, engloutir par les arrangements qui bourdonnent et touchent. Estella Rosa et ses aspirations pop, sa générosité, met en avant ce bouquet de jeunes groupes, qui forment une belle couronne que nous vous invitons main dans la main avec Piggledy Pop à découvrir. ReversePlayC86Rediscovered