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dimanche 15 juillet 2018

Nungesser et Coli

A 5h du matin, le 8 mai 1927, les deux aviateurs Nungesser et Coli décollent du Bourget à bord de l'Oiseau Blanc pour New-York. Le 9 mai, les deux pionniers de l'aviation disparaissent. Volatilisés.

Charles Eugène Jules Marie Nungesser est né le 15 mars 1892 à Paris (Xème). Il grandit à Valenciennes où il vit avec sa mère, fait l'Ecole des Arts et Métiers de Valenciennes, part à l'âge de 15 ans pour l'Amérique du sud où à la manière de la Beat Generation de Kerouac mais avec un demi-siècle d'avance, il vivote de petits métiers comme boxeur, cow-boy et pilote de course automobile. Le jeune homme est doué pour le dessin, la mécanique, l'équitation, il est agile, débrouillard et passionné. L'aviation est en train de naître et il veut devenir pilote.
Charles Nungesser est déjà un personnage.



1913, il rentre en France...ou plus exactement il est rappelé en France. Il est incorporé au 2ème régiment de hussards grâce à son habilité équestre et très vite, commence ses exploits. La guerre n'est pas encore commencée qu'il est envoyé en territoire ennemi pour une reconnaissance. A un passage à niveau, il piège une automobile mors et abat ses occupants, 4 officiers allemands, avant de subtiliser le véhicule dans lequel se trouvent les plans de l’Etat Major ennemi, et rapporte le tout à son quartier général.
Tandis que le Baron Rouge sévit outre-Rhin, la France peut compter sur son Hussard de la Mors surnommé ainsi par son Général qui lui offrira d'ailleurs la fameuse voiture et l'intégration à Dunkerque de l'escadrille VB 106. 1915, après avoir abattu un biplace allemand, il intègre l'escadrille de chasse N 65 basée à Nancy.



Charles Nungesser devient un des plus brillants pilotes de l'armée de France, avec ses missions accomplies, réussies en combat aérien, l''as des as' malgré son manque de discipline, est classé 3ème meilleur pilote français de la Première Guerre mondiale après René Fonck et Georges Guynemer. Ses sanctions sont vite levées par ses faits d'armes. Ses exploits lors de la bataille de Verdun lui valent de pouvoir peindre sa propre insigne 'coeur noir couronné d'une tête de mort surmontée d’un cercueil et deux chandeliers' sur son Nieuport 17 pour la Somme. En 1918 Nungesser comptabilise 43 victoires, une belle liste de décorations : La Légion d’honneur, La Médaille militaire, La Croix de Guerre avec vingt-huit palmes et deux étoiles, La Military Cross (Royaume-Uni), L’Ordre de Léopold et la Croix de guerre 1914-1918 (Belgique), La Distinguished Service Cross (États-Unis), mais aussi une multitude de blessures.


Né en 1881 d'une famille de marins corses, François Coli intègre l'École nationale de la Marine marchande. 1905, à 24 ans, il fait du cabotage en Amérique du Sud, entre le Chili et l’Argentine, il obtient son brevet supérieur de capitaine au long cours avant d'être lui aussi...rappelé en France.

Arrivé dans l’Infanterie mais inapte au combat à cause de deux blessures, il demande sa mutation dans l’aviation en 1916. Il obtient son brevet de pilote en quatre mois et rejoint l'escadrille n°62, surnommée l'escadrille des Coqs dont il aura le commandement dès 1917. En juin, son avion s'écrase, il est blessé et sera le 14 juillet nommé chevalier de la Légion d'honneur. Le général Pétain remettra à l'unité la fourragère aux couleurs de la Croix de guerre 1914-1918. François Coli repart au feu, abat 19 avions ennemis en 63 combats jusqu'à 1918 où un autre crash lui vaudra de perdre un oeil. Malgré tout, il continue de voler, de se battre jusqu'à la fin de la guerre où il sera nommé capitaine d’escadrille, décoré de la Croix de guerre et officier de la Légion d'honneur.
1919, il bat le record de distance en ligne droite et effectue la double traversée de la Méditerranée avec son copilote Roget. Après guerre, le temps de l'aviation est aux records aériens, aux exploits glorieux.



Charles Nungesseur et François Coli s'associent au constructeur Levasseur qui conçoit le biplan l'Oiseau Blanc, doté d'un fuselage marin pour amerrir sur l'Hudson. Le défi est de traverser l'Atlantique. Il y a des témoignages en Normandie, en Irlande et à Terre Neuve d'habitants qui voient l'Oiseau Blanc en vol. La foule réunie à New-York pour accueillir Nungesser-Coli ne verra jamais les aviateurs atterrir.

Bernard Decré, qui est le créateur du Tour de France à la voile, aidé par des mécènes, décide via son association L'Oiseau Blanc d'enquêter sur la 'disparition' des aviateurs. Entêté, le français veut prouver que la gloire de cette première traversée revient légitimement à la France et petit à petit, récupère des éléments aux archives nationales de Washington signalant que les deux ailes de l'avion ont été retrouvées à 300 km de New York et 800 km de Saint-Pierre-et-Miquelon. Jusqu'alors l'enquête aidée par la NASA et la US Air Force donnait des résultats peu convaincants, certains témoins parlaient de l'avion écrasé dans la Manche, d'autres dans le Maine. Dans les années 80, l'enquête conclue que l'Oiseau Blanc s'est écrasé sur l'île de Saint-Pierre-et-Miquelon, où Bernard Decré se rend en 2010 . Il y découvre que l'avion ne s'est pas écrasé mais que Nungesser et Coli ont été victimes de tirs. Les ailes de l'Oiseau Blanc sont criblées de balles. A l'époque, la colonie française est une plaque tournante pour le trafic d'alcool, utilisée par la mafia notamment qui contourne la prohibition américaine. L'Oiseau Blanc a été abattu. Douze jours plus tard, le 21 mai 1927, Lindberg fait la même traversée dans le sens inverse et restera pendant neuf décennies celui qui réussit l'exploit.



Cette nuit du 8 mai 1927 dans le hangar militaire du 34e régiment d'aviation du Bourget, Nungesser et Coli, gentlemen séducteurs, reçoivent de leur médecin une piqûre de caféine, dose de cheval, pour tenir éveillés. L'ambiance est à la fête quand ils revêtent leurs combinaisons en cuir doublée de soie, l'un avec un peigne dans sa poche, l'autre avec son bandeau sur l'oeil. Les deux baroudeurs sont entourés d'amis, de la famille et d'admirateurs quand ils montent à bord du biplan orné d'une tête de mort sur les flancs. Le lieutenant Nungesser est connu à Paris. Il accueille le tout-Paris souvent dans son hôtel particulier sur les Champs-Elysées qu'il descend quotidiennement dans sa Rolls Royce. Le bouche-à-oreille circule cette nuit là et tous les noceurs viennent finir leur nuit blanche dans ce hangar du Bourget où sont présents Maurice Chevalier et Mistinguett, le boxeur Georges Carpentier, l'auteur Tristan Bernard et des politiques comme Edouard Daladier. Le duo d'aventuriers y déboule, cigarette aux lèvres et fend la foule à bord d'une torpedo décapotable. Nunge, surnommé le corsaire, a l'oeil rieur mais ému, cache sa peur avec son éternel humour "Si les Américains nous demandent notre passeport, je fais demi-tour!"

 
Bernard Decré raconte : "Un petit monsieur de la vénérable maison parisienne Prunier leur remet une boîte de caviar Malossol et les invite à la déguster au pied de la statue de la Liberté". Certains lancent des roses, on se bouscule pour des autographes, avant que les deux héros des années folles, installés à bord, font décoller les cinq tonnes de l'Oiseau Blanc qui file à l'horizon pour toujours.

Winston Churchill : "Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur"



L'association L'Oiseau Blanc de Bernard Decré est ce mois de juin 2018 sur le point de finir son enquête, avec l'aide étroite et vigilante du PDG du groupe Safran et du petit-fils de Lindberg, Erik Lindberg, mais a encore besoin d'aide financière. Des morceaux d’ailes ont été remontés par les US Coast Guards, et il doit faire une dernière recherche sous marine près de Portland Maine où le fuselage et sans doute le bloc moteur pourraient être. Bernard Decré : "On peut dire aujourd’hui qu’il est clair que les acteurs de la prohibition furent les vrais responsables de la 'disparition' de l’Oiseau Blanc, et que Nungesser et Coli ont bien traversé les premiers l’Atlantique d’est en ouest les 8 et 9 mai 1927".
OiseauBlanc



En France, ils ont été aperçus la dernière fois à Etretat où un monument est élevé à la mémoire des aviateurs, détruit en 1942 par l'armée d'occupation allemande. En 1963, Charles de Gaulle y fera bâtir un nouveau monument haut de 24 mètres, à sa place d'origine.
Je rends hommage par cette chronique au jeune pilote le lieutenant Alexandre Arnaud, du 3e Régiment d’Hélicoptères de Combat (RHC) d’Étain mort aux commandes de son hélicoptère Gazelle en Côte d’Ivoire, le 10 juillet 2018. 

dimanche 8 juillet 2018

Essex Green

Je suis fan des Essex Green : Jeff Baron, Sasha Bell et Chris Ziter. Depuis les débuts, j'en ai parlé moult fois sur d'autres sites de musique où je prêtais ma plume et les ai diffusé aussi à foison dans mon émission de radio. J'en parle ici naturellement en 2011. Les Essex Green m'animent. Cela ne s'explique pas, c'est l'effet magique que produit la musique. EssexGreenPiggledyPop2011


Le groupe de New-York était sorti des radars depuis de longues années, depuis Cannibal Sea de 2006. Il avait fait paraitre trois albums auparavant, Everything Is Green et The Essex Green en 1999, à tomber par terre, et The Long Goodbye en 2003, à se rouler par terre, tant qu'on y est mais avec la crainte secrète que le titre soit significatif. Les aficionados connaissent les excellents projets antérieurs à Essex Green comme Guppy Boy de Jeff Baron et Saturnine monté avec sa soeur Jennifer Baron. Jennifer a eu la gentillesse de répondre à mes questions sur Piggledy Pop il y a cinq ans au sujet de son projet Garment District : JenniferBaronInterviewPiggledyPop2013



Les Essex Green ont leur style, leur âme et sont des créateurs de chansons pop mélodieuses, alternatives, tout en liant des accords soit psyché sixties soit folk. Leur panache tient du feu contemporain qui les habite, des références musicales, classiques, sixties et seventies qu'ils tiennent parfaitement du bout des doigts pour les remodeler en mélopées délicates ou effrontées, très actuelles.
Comme nous l'avions deviné, The Long Goodbye et Cannibal Sea annonçaient effectivement un long Au revoir qui s'étirera sur douze années. Ce 29 juin 2018, Essex Green revient avec un Hardly Electronic pour nous combler de joie. Son titre, toutefois, nous guide sur une piste comme le groupe le fait toujours. Matures, sereins, dans la même veine musicale énergique et dansante, les thèmes creusent les sillons du bilan, du constat avec la fibre élégante et poétique qui les personnifie.



Dès les premières notes de Sloane Ranger les oreilles frétillent auréolées des guitares de Chris Ziter et de Jeff Baron alliées à l'orgue de Sacha Bell, le mélange essentiel, si particulier aux Essex Green. Le tambourin et la télécaster brillent de mille feux et les voix en chorale qui accompagnent le chant somptueux et vitaminé de Chris, galopent joyeusement pour imager un départ vers une belle aventure. Puis Sacha prend les rênes sur 710 à l'instrumentation fleurie de son grain de voix singulier, du claphands et de sunshine-pop. Les amateurs de pop ne s'y tromperont pas et reconnaitront les premières notes de basse sur Don't Leave It in Our Hands, dont l'oeil flirte avec un certain Cannonball des Breeders. Plus offensif, le titre au tempo rock et énervé tranche dans son instrumentation et dans son texte. Le merveilleux alternatif In the Key of Me offre une section de cuivres, une orchestration profilée rétro sixties superbe, façon Harry Nilsson et Burt Bacharach. Modern Rain vient mettre sur la table des arrangements électriques qui nous ramènent au nom de l'album, idem pour Slanted by Six en plage 11. Délicieusement typée Beatles, la mélodie conduite par les violons seventies et les distorsions de guitares est mariée à un texte métaphorique merveilleusement incisif. Catatonic avec la fraicheur féminine de Sacha offre de jolies paroles quotidiennes avant d'enchainer sur le sublime Patsy Desmond qui laisse filtrer un message touchant et avec lequel on prend de la hauteur. Les cieux y sont déchirés, l'air d'acier est allégé par l'alchimie mélancolique des mots, le jeu de guitare divin de Jeff et le chant de Chris, duo irrésistible.



L'âme de cowboys des Essex Green revient au galop sur la country Bye Bye Crow. Le titre ponctue l'écoute avec une virée dans la verte et mystique dame nature, tout comme Waikiki qui nous berce de son atmosphère maritime ensoleillée. Banjo et basse se mêlent sur le génial January Says pour dessiner une ballade toute en nuances, composée d'harmonies vocales volcaniques tout en destituant la fameuse 'January' de ses fonctions d'enjôleuse. Derechef, on repart au rythme de la batterie qui canonne vivace sur l'orgue et la trompette et sur les deux voix de Sacha et Chris pour mener la troupe sur les rails pop. Another Story semble guider vers la fin de l'album lentement, avec un texte âpre et une histoire privée mais qui laisse vite la place à un magnifique Bristol Sky, avec pour finir, une mélodie, une véritable douceur dans la voix qui mérite et enveloppe l'attention. Avec son univers musical énigmatique, Hardly Electronic des Essex Green nous ramène avec ses envolées de voix vaporeuses, elfiques et ses arrangements de guitares poignants, à une tendre fusion entre le passé et le futur, à l'union des pôles du mysticisme et de la poésie .
EssexGreen

samedi 7 juillet 2018

North Atlantic Explorers

North Atlantic Explorers est un des projets pop contemporains qui me tient le plus à coeur. Conduit par l'auteur-compositeur canadien Glenn D’Cruze, les chansons sont pour ses premiers albums essentiellement inspirées par ses racines familiales britanniques, la mer, le voyage. Sa noblesse d'âme est fournie de sa passion pour la musique. Le magicien multi-instrumentiste qui aspire systématiquement mon attention et la chavire revient cet automne avec un album. Il nous annonce ce mois de juin 2018 la nouvelle en présentant un de ses titres The Sky Ain’t Ever Been So Blue.



Je présente North Atlantic Explorers sur Piggledy Pop en 2015 : NorthAtlanticExplorersPiggledyPop2015

"Glenn D’Cruze de Vancouver est un artiste multiple, auteur-compositeur et multi-instrumentiste qui commence par faire ses armes en accompagnant d'autres groupes à la batterie. Cette première expérience l'a emmené sur les routes où les tournées, festivals, américains et européens étaient partagés avec Neil Young, The Velvet Underground, Lemonheads, Sonic Youth etc. Puis quittant un temps la batterie, il s'est mis à écrire des chansons à la guitare et l'idée du travail en solo à germé. Perfectionniste, il décide de se lancer dans la création en ayant en tête un objet élaboré et réfléchi. North Atlantic Explorers, le nom qu'il choisit comme alias ne tient pas du hasard. Il est passionné de cartes géographiques, subjugué par l'Atlantique, l'Arctique, la magie de sa froideur et de ses brumes où son père a fait toute sa carrière en mer au sein de la British Merchant Navy. A ses côtés, il y a son ami co-producteur Jonathan Anderson qui peaufine le travail de composition signé à 100% par Glenn D'Cruze qui seul à bord, part pour l'aventure en 2005 avec l'opus de 15 titres Skylines.



En Octobre 2014, North Atlantic Explorers signe un album concept magistral, surement la meilleure production et inspiration de l'année nommé My Father Was A Sailor. Comme son nom l'indique, le disque rend hommage au père de Glenn, William D'Cruze qui est tragiquement décédé quand l'album était en cours de création. L'album a donc connu un déroulement non prévu, modifié en son coeur, il présente des chansons écrites avant et celles tristement conçues après ce départ qui évoquent la mer, la vie de son père et sa "seconde vie" de manière poétique. Evidemment, les chansons sont poignantes et fort touchantes. Sur le plan de la composition, My Father Was A Sailor est un petit chef d'oeuvre pop orchestré avec des instruments à vent, à cordes, toujours co-produit avec Jonathan Anderson, enregistré avec une chorale de 14 personnes, et Glenn lui-même y assure les guitares, batterie, piano et basse. C'est à l'écoute de Yo La Tengo que le capitaine Glenn est pris de l'envie d'écrire sa propre musique et ce fan de Wilco, Hayden, Sufjan Stevens, Lloyd Cole, Teenage Fanclub, Josh Rouse, Burt Bacharach, Mark Kozelek, Amor de Días, Belle & Sebastian ne peut que kidnapper mes oreilles. Les mélodies royales de My Father Was A Sailor sont agrémentées de textes lus par son ami écossais Stuart David du groupe Belle & Sebastian et de la reprise magnifique South signée des Pipas. "



The Sky Ain't Ever Been So Blue me retourne à chaque écoute et je ne les compte plus. Harmonium, tambourin, cymbales, trompettes, chorale et voix de Glenn sur un tempo estival et une mélodie frétillante forment le cocktail North Atlantic Explorers que j'aime tant. Le titre donne sacrément envie de découvrir l'album à venir et en attendant, je ne saurais que trop vous recommander l'écoute du grandiose Skylines de 2005 sur lequel apparait la reprise, qui gagne toutes mes amitiés, de la chanson de Lloyd Cole I Will Not Leave You Alone et de My Father Was A Sailor, le double projet de 2014 et 2015. J'ai le privilège d'avoir ces beaux objets qui de surcroît comblent et troublent par leur caractère foisonnant et leurs orchestrations prégnantes ; Légitimement dans le panthéon Piggledy Pop.
NorthAtlanticExplorers



dimanche 1 juillet 2018

Paul McCartney

Sir Paul McCartney frappe encore et frappe fort. Qu'il soit éternel, personne n'en doute. Mais son dix-septième album Egypt Station dont la sortie officielle est annoncée pour le 7 septembre prochain dévoile un McCartney encore plus jeune, offensif, avec une voix fabuleuse et une inspiration sans faille. C'est un évènement en soit car le musicien n'avait pas fait paraitre de chansons originales depuis 2013. L'attente fébrile ou décidée, valait amplement le coup.

Depuis le 20 juin 2018, le public peut savourer deux singles qui je pense vont passer sur les ondes tout l'été. Le rythmé Come On to Me qui sous sa cape métaphorique romantique, contient un message sublimement ficelé et I Don't Know, plus blasé mais du même bois et terriblement émouvant. Egypt Station dont le nom est issu d'une peinture de McCartney datant de 1988 est enregistré entre Londres, Los Angeles et le Sussex, produit par Greg Kurstin et Ryan Tedder pour un titre. Comprenant 16 titres dont deux instrumentaux, le disque se déroule comme un film, chaque piste représentant une station, un endroit peint des sentiments qu'il inspire. Paul McCartney: "I liked the words 'Egypt Station.' It reminded me of the 'album' albums we used to make... 'Egypt Station' starts off at the station on the first song and then each song is like a different station. So it gave us some idea to base all the songs around that. I think of it as a dream location that the music emanates from."



Ce qui affleure de l'écoute c'est le style des arrangements qui se rapprochent le plus de ceux des Beatles . McCartney avoue que de travailler sur le disque anniversaire des 50 ans de Sgt Pepper en même temps qu'il enregistrait Egypt Station a fortement influencé sur les harmonies de piano. Les ambiances sont variées, allant de Happy With You, joué en acoustique avec l'admirable et solaire Linda qui revient à l'esprit, ou Despite Repeated Warnings dont les 7 minutes font pleuvoir des notes éloquentes qui nous ramènent à la mémoire le magnifique A Day In The Life. Cette atmosphère de voyage au long cours et la pléthore de lieux qui forment les chansons sont à l'image de la toile originale de McCartney et son train sous la pyramide qui s'engouffre dans un tunnel. La surprise est de taille, le mystique et le mystérieux font équipe sur Egypt Station qui plaira à une large et diverse audience. Avec cet album incroyablement beau et l'ardeur intarissable de Macca lors de son concert surprise le 9 juin dernier au Liverpool’s Philharmonic Pub, le prestigieux et souverain fab'four annonce d'ores et déjà des concerts en juillet à noter sur les cartons.
PaulMcCartney

En attendant le 7 septembre, les lecteurs de Piggledy Pop peuvent apprécier le travail du fiston James McCartney par ici : JamesMcCartneyPiggledyPop





Daniel Carlson

Daniel Carlson fait partie des musiciens auxquels je suis particulièrement attachée. Son univers musical est orné de différentes influences. La première est certainement la pop sixties, celle de Burt Bucharach, des Beatles et des Beach Boys mais aussi celle de The Aluminum Group, Kahimi Karie, Phoenix etc. Son âme d'artiste est aussi nourrie par les endroits où il vit avec son épouse qui est peintre. Le couple vit six mois à New-York, le reste de l'année à Amsterdam où il a aménagé un studio mixte, pour la musique et la peinture. Je parle de son travail il y a quatre ans : DanielCarlsonPiggledyPop2014



"Daniel Carlson est un auteur-compositeur, multi-instrumentiste également arrangeur qui pourrait bien être le fils spirituel de John Lennon, McCartney ou Brian Wilson. Ce natif de Chicago où il grandit, part s'installer à New-York dès les années 90 (...) Ses titres pop, sunshine, psychédéliques, se dévoilent en 2001 avec un premier EP Somnar, puis en 2004, Now, tous deux enregistrés avec les amis qu'on retrouve dix ans plus tard toujours à ses côtés, les producteurs Ken Sluitter et Chris Bruce aussi guitariste, l'ingénieur et pianiste Mark Greenberg qui travaille avec Real Estate, Low, Wilco, Andrew Bird , et le multi-instrumentiste Jonny Polonsky, proche collaborateur et ami de Franck Black, Donovan, Johnny Cash, Neil Diamond. Daniel Carlson enfant, est entouré de bons disques à la maison, sa mère qui une grande amatrice de musique, l'inscrira à des cours de batterie. Il découvre tôt les Beatles et les Mamas & the Papas. Adolescent, laissant la batterie, il passe à la guitare, la basse et un peu le clavier, puis découvre les Carpenters, Burt Bacharach ce qui déclenche une fascination et une passion pour la pop orchestrée et arrangée. Depuis, Daniel qui se replonge dans l'écoute des Beatles, XTC, High Llamas, Stereolab, The Divine Comedy, compose lui-même de la chamber pop stylée sixties, ornée de mellotron, de moog, de cor et trompettes avec des arrangements riches aussi de son seventies. "



Faisant suite au délicieux Me You You Me de 2014, le dernier album de Daniel, Not a Drawing, est un véritable bijou pop qui évoque l'art pictural, la musique et le voyage comme sur le fabuleux Cloudy People. Ce titre est à mes oreilles de l'or pop brut qui m'a animée ces mois derniers. Daniel crée un essaim musical atmosphérique harmonieux en déposant délicatement du Moog et de la flûte. Les instruments flottent sur son chant vaste et noble. Quand arrive I see You There, on est déjà en apesanteur et l'auteur-compositeur qui se dépense à poursuivre le moindre détail et qui a voulu un album homogène obtient ce résultat à la perfection. Home, concocté avec autant de méticulosité, poursuit cette notion de mouvement grâce aux claviers, piano, tambourin et aux mots qui oscillent entre le présent, le passé, la distance parcourue jusqu'au 'home'. Puis All in Display sans transition, avec ses arrangements cosmiques, l'écho dans la voix, offre une splendeur éthérée psychédélique et une production sophistiquée rappelant l'ambiance du Dark Side of the Moon de Pink Floyd. L'hommage à New-York, à ses habitants, sur Just Like Nothing a une signification particulière pour Daniel et devient éminemment touchante. De manière logique, l'âme de la Big Apple vient survoler le génial Problems où guitare, piano brillent de mille feux sur le chant étincelant de l'américain. Le sublime Everybody's Dump About You qui reprend les thèmes du temps, de l'espace, offre une synthpop aérienne presque minimaliste qui devient opulente tellement son allure est distinguée. On repart sur la route sunshine-pop en zigzagant sur la basse, la guitare électrique et le Moog magique du dernier titre Farther, Faster, Safer. Jusqu'aux dernières notes, ultime moment solennel de plus de 7 minutes, l'addiction persiste et on voudrait que l'exploration mélodique de Not A Drawing continue. Stellaire.

DanielCarlson