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samedi 30 juin 2018

Linus of Hollywood

Linus Of Hollywood est le nom de plume de Kevin Dotson . Son univers musical pop est huppé et panaché. Actif depuis 1995, l'artiste est toujours aussi inspiré et frais dans sa création de chansons en signant l'album Cabin Life ce mois de mars 2018. Son style sunshine est bien ancré dans ses productions. Le multi-instrumentiste, producteur, est né en 1973 et a grandi en Floride où il apprend à jouer de la guitare, du piano, de la basse et de la batterie. Entreprenant, il crée adolescent son premier groupe et file à vingt ans en direction de Hollywood où il fait ses armes au sein du groupe Size 14. Son titre Claire Danes Poster est un succès et Kevin s'envole en solo sous le monitor Linus of Hollywood, nom qui lui vient de son amour pour Snoopy & les Peanuts et son personnage Linus Van Pelt. Sa musique fleure bon le soleil de la côte ouest et l'air plus cristallin de la montagne californienne de Lake Arrowhead où il aime s'exiler. A son inspiration solaire, s'ajoute son admiration pour Margo Guryan avec qui il travaille. Il collabore et produit d'autres projets, d'autres groupes, Bowling For Soup, The Smashing Pumpkins, The Charlatans par exemple.



C'est en 1999 que parait son opus Your Favorite Record qu'il signe à la maison, créant son propre label, son studio, appelé Franklin Castle Recordings. J'aime beaucoup cet album qui avec ses vingt ans d'existence n'a pas pris une ride. Margo vient jouer du piano, offrant deux de ses titres Sunday Morning et Shine en guise de reprises. La qualité des arrangements de cordes est magnifique, faisant voltiger des bulles chamber pop, sunshine et orchestral dans la digne lignée des Beach Boys.
Linus of Hollywood enchaine dès 2001 avec Let Yourself Be Happy, Triangle en 2006, Reheat & Serve en 2008, Something Good en 2014 et ce sublime dernier Cabin Life.
Les titres varient du rock, à la bossa en passant par le classique et la pop minimaliste grâce à des instrumentations denses et lumineuses qui nous traversent et nous soulèvent. L'artiste, prophète pop, inonde son album de poésie contemplative pour l'endroit qui l'inspire et d'amour pour sa famille, ses enfants et ses amis. Kevin Dotson y joue tous les instruments sauf la batterie, assurée par Reade Pryor, violon et alto par Kiara Perico et le violoncelle par Peggy Baldwin. Cabin Life ouvre le bal avec élégance sur les éléments naturels, l'essentiel se retrouve dans le chant des oiseaux, le son de la guitare et la voix de Linus, toujours aussi énergique et mélodieuse.



Le thème de At All traite d'une séparation amère pour l'amoureux déçu sur un rythme malgré tout entrainant où dominent les guitares et la batterie. Même si le petit coeur fragile de Linus est en lambeau, il semble regonflé sur Wasted où le tempo entérine l'ambiance dansante et estivale. Les accords de guitare acoustique et classique flirtent sur les violons, éclatants de charme, ainsi que sur le Moog langoureux de I can't Sleep. Puis les oreilles sont saisies par la superbe de Summer On Your Shoulders, bossa et ensoleillée, véhémente et optimiste dans les mots et dans la beauté des arrangements. Un souffle de sensualité parvient à l'écoute du piano mutin, de la flûte bondissante de Green Valley Lake, bijou pop enfiévré et enivrant avant de faire baisser la température avec le sucré Snow Day. Le profil de la ballade, orchestrée avec les instruments à cordes, est coloré, ouvrant sur un ciel mélodique ardoisé ou bleuté mais jamais voilé. La finesse d'esprit de l'auteur américain, autant dans l'action que dans la sensibilité, remplit toutes les harmonies rock de Won't Let It Get Me Down qui sautillent et virevoltent joyeusement. Le même air vitaminé et rythmé entre sur Until You Said Goodbye qui évoque les regrets, les sentiments déclenchés par l'absence comme sur It Was You. Les violons planent et les guitares scintillent sur la mélodie qui radoube délicatement l'émotion pour clore Cabin Life. Si Linus of Hollywood commence sa discographie avec Your Favorite Record, l'âme pop habille toujours ses titres aujourd'hui avec ses paroles et entre les lignes, le thème délectable de la musique qui lui donnent des ailes.

LinusOfHollywood





dimanche 24 juin 2018

Sam Evian

Sam Evian ne bulle pas. Après son fabuleux Premium de l'an passé, l'artiste originaire de Caroline du Nord mais intégré de façon heureuse à Brooklyn depuis des années, fait resplendir ses guitares, ses cuivres et ses tambours depuis le 1er juin 2018 sur You, Forever. Le disque est magnifique, une ode à l'amour, langoureux, intime et élégant. A son écoute et sous les harmonies cristallines ajustées par Sam, on fond de plaisir. Le thème de l'amour vogue gracieux sur un autre thème fort et omniprésent, celui du mouvement, du départ, de l'exil avec son bithume à consentir, tout comme sa propre conscience. Sam Evian : "This is you, forever: deal with yourself". "It’s about accepting that you are responsible, that you are in charge of your actions. Everything that happens to you is because of you; no matter what happens, go there and learn from it".
C'est sur la route en tournée pour partager Premium que Sam écrit et compose ce sublime You, Forever où son ami Chris Cohen, déjà présent sur le précèdent, revient chahuter nos oreilles avec son talent immuable au service des arrangements .



Memento : mes billets sur Sam Evian et Chris Cohen :
SamEvianPiggledyPop2017
ChrisCohenPiggledyPop2015

"Avec sa pochette aux couleurs eighties, son tempo funky, son saxo boogie, sa voix seventies, ses riffs de guitares sixties, l'album Premium de Sam Evian se boit comme du petit lait. Efficace, il donne envie de danser et de rester en sa compagnie. Paru en septembre 2016, son auteur-compositeur new-yorkais fait résonner dans ses chansons toute l'âme de la big Apple. Auparavant dans une autre formation, pas né de la dernière pluie, Sam Owens,  sort désormais l'artillerie en solo, enregistre ce bijou à Brooklyn et signe des arrangements griffés de nostalgie, jouant avec des harmonies incroyables dans la voix, pétillante et limpide, déjà brillants dans les singles Cherry Tree en janvier 2016 et Sleep Easy en juin dernier."

Dès l'ouverture de IDGAF, son champ lexical routier en guise de métaphore pour l'insomnie, la ballade lumineuse que l'auteur écrit lors d'une nuit blanche, commence savamment. La promenade continue sur Where did you go, où batterie, basse, tambourin et le délicieux clavier sont en osmose avec le chant de Sam qui susurre à l'oreille de manière troublante. La guitare électrique lance des missiles, riffs alliés à la batterie, au clap-hands énergique et au saxophone déluré, énervé, sur la psyché Health Machine. Le titre parle de l'état de fatigue des musiciens lors des tournées, brulant physique et mental en dormant sur la route, se nourrissant sur le pouce pour trouver le soir venu un sursaut de santé sur scène. Anybody suit, évoquant un exil provoqué par un mal-être dans un pays  'This land has no sympathy, No one to help you fight''And I have a heart to give, And hands to make it fight, And now I'm out here on my own'.



La guitare electro-acoustique d'Apple est somptueuse sur la voix de Sam en clair-obscur simplement majestueuse. Dans la foulée, l'ambiance délicate et douce continue avec la sautillante Country qui serpente sur la route, fraiche et libre sous un ciel anonyme mais toujours bleu. Les harmonies langoureuses font le point sur Next to You où l'auteur mélancolique se sent déraciné 'I'll never have words to explain what is going on, Guns are pointed at everyone, But together we're better off'. Le départ nécessaire pour une renaissance, souligné sur Summer Day est déposé sur des partitions de guitares captivantes et des notes de claviers brillantes qui me rappellent autant Paul Simon qu'Elliott Smith et Jon Brion. Les dualités du jour/nuit et de la station/action prennent un autre tournant funky sur Now I Feel It complétant la brochette de compositions panoramiques. Créatif et inspiré, Sam Evian largue les amarres et les guitares scintillent, pleines de musicalité et d'électricité sur You, Forever. Puis les balais viennent se frotter à la peau sur Katie's Rhodes, soyeux et capiteux, pour une fin d'album où la symbolique 'dark dark night', fait ritournelle, émouvante. Sam Evian, musicien magicien, signe un album à écouter jour et nuit, verticalement et horizontalement. L'artiste qui n'est pas du genre 'rond de serviette' sait tempérer sa nostalgie de l'éloignement en concoctant des mélodies soyeuses et accrocheuses pour accompagner sa belle odyssée mélodique. You, Forever, enregistré au Figure 8 Recording et produit par Samuel Griffin Owens lui-même, est en tous sens, une pérégrination, une rêverie musicale à explorer.
SamEvian





dimanche 17 juin 2018

Adam Ficek

De nouveau je risque fort de ne pas être objective au sujet d'Adam Ficek que j'admire depuis des années. Je parle de lui et de son alias Roses Kings Castles ici en 2008. L'artiste offre ce mois de mars 2018 un EP marquant, efficace, blindé de finesse et d'harmonies. Grignoté depuis sa sortie plus qu'à son tour, Adam Ficek EP1, est délicieux à chaque écoute. L'anglais n'est pas seulement une 'rock star', il est diplômé d'un Masters degree du London College of Music et continue, à côté de ses activités artistiques à se munir de diplômes, étant récemment devenu psychothérapeute. 


"From my work as both a musician and a therapist, I think the most impactful resource we all have is connection. To be able to connect deeply and authentically with another, to feel truly heard, is the most potent thing we have."



RosesKingsCastlesPiggledyPop2008
"Voilà un très joli projet d'Adam Ficek alias Roses Kings Castles, batteur des Babyshambles depuis 2005. Sa renommée n'est plus à faire, il enseigne la batterie dans différentes écoles mais est aussi un brillant pianiste et guitariste, la guitare étant l'instrument de prédilection depuis son adolescence. Ficek écrit des chansons et décide d'enregistrer ses démos de manière "old-school", en acoustique. C'est un choix. Il ne veut pas faire comme tout le monde et fonctionne avec une boite postale pour l'achat de ses disques. Puriste dans l'âme, il compose un style de musique pastorale entre le genre pop des Belle & Sebastian et le genre quixotic-pop de Syd Barrett, les musiciens qui l'influencent le plus, avec les Housemartins et les Smiths.
Quand on écoute ses titres, on comprend tout de la pop. Adam Ficek n'a guère besoin de moyens sophistiqués pour rendre des mélodies jouées à la guitare scotchantes. Elles vous reviennent en tête comme des boomerangs et collent l'envie de les fredonner en boucle. En plus des maracas, du piano, des arpèges pincées et grattées de sa guitare, sa voix vient se poser délicatement et avec beaucoup de justesse."



Adam Ficek forme avec ses acolytes Patrick Walden et Pete Doherty les Babyshambles et connait un succès fulgurant dès 2005. Avec Patrick, Adam fait ses premières armes avec un autre groupe nommé The White Sport qui offre l'album Songs the postman can whistle en 2004 puis c'est l'aventure Babyshambles et le grandiose Down in Albion de 2005 qui commence. Continuellement, même pendant les tournées, il écrit ses propres chansons qu'il ne tarde pas à offrir au public sous le pseudonyme Kings Roses Castles dès 2008 avec l'album Roses Kings Castles (The Sycamore club). Suivra un chapelet de signatures, toutes aussi somptueuses les unes que les autres : Apples & Engines Ep en 2009, Suburban Timebomb, Roses Kings Cassettes en 2010, l'album British Plastic en 2011, B​-​Sides & Demos en 2014 et enfin Adam Ficek EP1 pour lequel l'artiste reprend son patronyme.



J'aime Adam Ficek EP1 parce que l'anglais y concocte des mélodies acoustiques riches de rythmes et de sens. Les paroles de Black Eye sont accompagnées d'une guitare pailletée de cordes pincées et tapées comme il se doit, poursuivant le thème. Ce premier mouvement acoustique excellemment tendu et résolu est suivi du magnifique French Pull, fourni de notes subtiles, dont le pragmatisme, la lucidité, la froideur détachée et la sensibilité chaleureuse donnent froid dans le dos. Le splendide Interlude de presque deux minutes qui suit déploie fleurs et couronnes de délicatesse et d'inspiration. Jigsaw continue clairement guerrier, offre un duo guitare-voix qui monte la garde et ressuscite notre esprit véhément. Me fait entrer les claviers et tambourin sur la mélodie pop dansante et entrainante. Adam Ficek chante avec sa belle énergie et grâce sur tous les titres qui rivalisent d'invention, de sujets passionnés et de saveurs pour conclure avec élégance sur celui de l'amour. Sun décline une mélodie fascinante, un chant tempéré mais puissant orné d'une rythmique boisée qui scelle cette collection de 6 titres et mon avis sur le talent d'auteur-compositeur, inné et absolu, d'Adam Ficek. Adam Ficek EP1 est un régal mélodique qui mêle réalité et rêve, le coeur à l'espoir. AdamFicek



samedi 16 juin 2018

Mobvibe

Les quatre musiciens de Londres Mobvibe font résonner dans les salles de concerts de la capitale anglaise, mais aussi à Théssalonique où sont leurs racines, leur passion pour les sixties. Chris Roditis au chant, guitare électrique et synthétiseurs, George Cassadrian au chant et guitare acoustique, George Katsanos à la basse, Panos Kofou à la batterie apparaissent en 2010 avec le single Take A Look Around suivi du génial What A Day en 2012 et de Desire en 2013. Le groupe signe le 28 mai 2018 le premier album de quatre titres The NuSixties Invasion Part 1 dont Desire, revu et corrigé, qui grattouille la platine vinyle avec son tempo galopin.





Puis 20th Century Girl suit, avec son parfum d'été, ses rythmes endiablés sous leurs meilleurs aspects traditionnels sixties sauce Beatles. Mobvibe a le bon goût d'augmenter le plaisir en enregistrant de nouveau Chelsea. Une succession de sonorités électroniques et rock progressent le long du titre jusqu'au magique Take A Look Around, avec sa patine lumineuse et chaude. Depuis la version originale, Mobvibe y parsème des samples décomplexés et à la hauteur des attentes suscitées. Les anglais ne se glorifient pas que du passé et revisitent de manière moderne et aboutie des titres que je ne connaissais qu'en version acoustique. Si vous suivez le beau Nusixties Invasion de façon linéaire, le coup de soleil aux oreilles est incontournable. Mobvibe



samedi 9 juin 2018

Jonathan Bree

Pour ses nombreux fans dont je fais partie, l'événement est de taille. Jonathan Bree fait paraitre ce 8 juin 2018 son troisième album nommé Sleepwalking. Les cordes que l'artiste néo-zélandais tend sur son arc sont en nylon, en fer et en or. Ses talents multi-facettes font de lui une pierre précieuse de la pop. Fondateur du label Lil'chief Records, le troubadour compose des mélodies pop qu'il arrange et produit avec dextérité. Sa signature réside dans son univers musical plein d'âme et d'identité, inquiétant, psychédélique et soyeux à frémir.



JonathanBreePiggledyPop2014

"J'écoute Jonathan Bree depuis des années. Ce que j'aime chez l'artiste c'est sa personnalité qui rayonne dans sa musique, ses paroles et sa voix. Peu pliable, son tempérament intègre me séduit. Originaire d'Auckland, il découvre jeune le milieu de la pop indépendante grâce à son cousin Mark Lyons membre du groupe The Nudie Suits. Il crée dès 1998 son premier groupe The Brunettes avec Heather Mansfield qui assure le chant. L'EP Mars loves Venus sort cette même année, puis en 2002 avec son ami musicien Scott Mannion, Jonathan Bree crée le désormais fameux label Lil'Chief Records que j'évoque souvent sur Piggledy Pop. (...) Jonathan continue de créer, de jouer en offrant l'EP Boyracer en 2003 et signe dans le même temps l'excellent album Songbook de The Nudie Suits. En 2004, le label enchaine les signatures dont les californiens de The Ruby Suns exilés à Auckland. Lil'Chief compte dès 2005 une communauté de musiciens notables (...) Edmund Cake, Lawrence Arabia, Little Pictures, The Eversons, Princess Chelsea (autre projet de Jonathan) etc.
Jonathan parallèlement à son label poursuit son écriture et la composition, attaché au style sixties des Beatles, des Beach Boys et surtout à celui de Jonathan Richman dont il est fan depuis qu'il a 10 ans via Modern Lovers. Avec The Brunettes qui accueille dès 2004 Ryan McPhun des Ruby Suns, il signera 9 albums en une décennie."



Avec ce nouveau rendez-vous Sleepwalking, Jonathan ne fait pas de quartier et dégaine des compositions fleuries de basse, son instrument de prédilection, de guitare et de claviers. Brûlants et intenses en sonorités, les arrangements de Jonathan Bree aux commandes sont purement excellents. Les cordes font flotter une tension, son chant profond, invincible perturbe et trouble dès l'ouverture de Sleepwalking. Outre l'utilisation souveraine de la basse, Jonathan manie si bien le thème de la sensualité qu'il crée un alliage musique-voix efficace. Les voix font des loopings troublants sur Boombox Serenade avec son orgue, son tempo langoureux qui de manière alternative nous mène dans un état latent. Cet effet ne dure pas, le titre stoppe brutalement et judicieusement pour enchainer sur la rythmique offensive de You're So Cool. Jonathan fait sa cour, et à ce stade, pose ses jalons en passant à la vitesse supérieure. La voix suprême déclame avec volupté et intimité un texte outrageusement séduisant où l'assaillant est pris dans les mailles du filet de la dame: "I play the devoted butler, Morning coffees by the bed, While all hard fought endeavours, Bring in diminished returns, You're so cool, it's true, You're my kind of girl, Keep you 'till the end". Tandis que la cour assidue fait ricochet sur la servitude et la dévotion, la belle vient répondre sur le charnel Say You Love Me Too avec la présence de Clara Viñals au chant.
Puis le fondant et impressionnant Characters vient accrocher et aspirer l'esprit. Sa construction d'abord pop orchestrale prend la forme de confession amoureuse émouvante, sur des écho de voix divins et la basse, toujours et encore, qui finit d'engloutir l'attention.



Roller Disco poursuit dans la subtilité et la furieuse force mélodique. Les harmonies dans les guitares électriques et les percussions sont véloces et voraces, continuant de perturber les sens sur Valentine et son violon taquin voire funky. En plongeant dans le contexte aussi spirituel que tangible, on passe du rêve au charnel avec la mélodie envoûtante de Static qui précède la tumultueuse Plucking Petals où  Princess Chelsea fait une apparition. Les voix lointaines fantasmagoriques, les guitares en reverb chevaleresques, nous ramènent au titre d'album Sleepwalking avec à son collier des perles mélodiques avant-gardistes singulières. Cette sensation se poursuit sur les cuivres délectables de Coke où là aussi le lexique de gentlemen et de perte de sens, orné de la voix de Jonathan qui croone et vibre, est en symbiose avec l'éloquence des arrangements. Le feu ne s'éteint pas avec le titre qui clôt l'album, Fuck It, aux allures synth-pop cold-wave surprenantes mais bien senties. Jonathan Bree a le don de balancer entre l'ancien et le moderne, mettant en valeur l'orchestration des cordes, des claviers, de batterie typée années 50 et de sa voix magique pour un ensemble qui sonne réel, une acoustique non hybride ni modulée. Le résultat stylé, plein d'âme pop, est une réussite, qui touche et me donne envie de défendre le bastion Jonathan Bree avec ardeur.
En 2014 son premier album solo The Primrose Path est 'album de l'année' sur Piggledy Pop ; Mon point de vue ne change pas et je classe Sleepwalking meilleur album 2018 tant la qualité de l'écriture et de l'exécution est précieuse et rare.
JonathanBree

dimanche 3 juin 2018

Mikah Wilson

Multi-instrumentiste californien, Mikah Wilson compose de la pop sunshine qui plaira aux amateurs des Beach Boys. Il signe son premier single Sweet Jules en juillet 2017 et ses allures old-school sixties éditées sur cassette audio sont un bijou pop qui fleure le ciel bleu et le sable chaud. Digne d'un regard dans le rétroviseur, il contient aussi de la perspective ; Wilson revient ce mois de mars 2018 avec le fantastique Sunshine Grooves qu'il arrange et produit avec l'aide de Brent Randall, alias Gentle Brent, arrangeur et compositeur fameux. J'en parle dans mon billet sur Laura Peek and The Winning Hearts en 2008. Brent Randall signe trois albums magnifiques dont We Were Strangers In Paddington Green en 2009 produit par Jason MacIsaac des Heavy Blinkers.



Chris Wilson, son frère, fait paraitre en 2015 l'album de 10 titres Christopher Playground gorgé de mélodies sucrées sur lequel Mikah Wilson joue et fait les arrangements, méticuleusement fournis de clarinette, violon, violoncelle, trombone et de saxophone. La même instrumentation brille sur Sweet Jules et Look at the Way, garnis de tambourin, de piano et de guitares rutilantes. La voix de Mikah Wilson est somptueuse et mixée avec dextérité pour un effet chorale formidablement réussi. Toujours inspiré, le musicien ne désarme pas et sort ses cartouches bubble et power-pop en présentant Sunshine Grooves ce printemps, juteux plein de cordes et de cuivres. La sonorité souriante et psychédélique est pourtant extraite d'un travail d'orfèvre sérieux. Mikah Wilson, passionné, peaufine ses pépites du début à la fin de la chaine de production, scellant le tout de sa voix chaleureuse et cristalline que j'espère retrouver sous forme d'album bientôt.
MikahWilson



samedi 2 juin 2018

SAMT

SAMT est un duo composé de Minki Mumu au chant et batterie (membre du groupe pop Cry Baby) et de Stefan Geissler, au chant, qui vivent respectivement à Vienne et en Haute-Autriche. D'abord réunis en duo pour être DJ les deux amis se lancent dans la production.

Ils signent ce mois de mai 2018 un premier EP I wü Di/Geh schleich Di chez l'excellent label bavarois Kleine Untergrund Schallplatten (FriedrichSunlight, GoldenEaves, BVs, Zimt, LuxembourgSignal, PaleLights, Botschaft, Endlich Blüte etc.



Les deux artistes SAMT fondent dans leur pop punk fournie d'une âme synth-pop des années 80, des paroles issues du dialecte alémanique bavarois. Le titre I wü Di, petite pépite provocatrice et amoureuse, attire immédiatement. Les claviers tranchants s'allient au chant fort à propos et à la rythmique frénétique pour déclamer 'Don’t be so coy, I am alone and you are alone, Don’t be so coy, I can’t control myself when I see you, I want you so much I can’t take it anymore.' Quant à la face B, Geh schleich Di, le message est moins romantique mais reste fort direct et divinement aiguisé. La langue locale enrichit le style austro-pop musclé, aussi limpide que l'air de ses pics. Littéralement, la traduction allemande est proche de Please Leave Now, mais la connotation est plus incisive dans la montagne autrichienne, correspondant davantage à la formule littéraire 'va te faire foutre', en plus clair, 'go fuck off'. Piggledy Pop, sensible à ce style, accueille avec joie ces deux talents brillants SAMT à suivre absolument. Mordue par leur pop au profil rock, j'attends avec hâte la suite déconcertante et éloquente, sans aucun doute. Les deux musiciens ont participé à un concert hommage à Kurt Cobain en mars dernier, remodelant avec talent Where did you sleep last night. Sans rougir ni se prendre les pieds dans la difficulté de la reprise, a contrario SAMT tape dans le mille et au meilleur escient.
SAMT

Oum Shatt

Jonas Poppe est un maestro de l'underground berlinois qui ventile des mélodies pop garage, electro, psyché jouant avec le tempo, jonglant entre les beats extasiés et le son de clavecin baroque des temps anciens. Compositeur et arrangeur de musiques de films, son palmarès depuis 2001 est impressionnant. L'aventure musicale commence au début des années 2000 avec Kissogram, projet délicieusement varié en styles qu'il crée avec son compère Sebastian Dassé. Ils sont accompagnés du batteur Joe Dilworth (batteur de Stereolab et Cat Power). Après des EP géniaux comme I'm Absolute en 2002 et Forsaken People Come To Me en 2003, Kissogram signe en 2004 The Secret Life de Captain Ferber, suivi en 2007 de Nothing Sire! et de Rubber and Meat en 2009. Les deux amis en rejoignent d'autres ponctuellement en 2001 pour enregistrer un EP sous le pseudo Sitcom Warriors où l'esprit amusé 'borderline' se déploie dans une ambiance garage mods ponctuée d'arrangements électroniques qui à l'époque séduisent notre ami John Peel.




Jonas Poppe continue avec le nouvel alias Oum Shatt pour lequel il compose, arrange et mixe tout en créant son propre label. Apparait en 2013 le premier EP Power To The Women Of The Morning Shift / Madame O. Plus que jamais, sa passion pour le cinéma envahit les titres. L'artiste allemand tricote des textes polychromes et modèle des ambiances très différentes selon les thèmes comme s'il mettait en écheveau des scènes de film. 2016, Oum Shatt signe le magnifique Gold To Straw. Jonas est un musicien habité et généreux qui refuse clairement de faire de la 'RealPolitik', n'aimant pas utiliser le support pop pour éditer une morale, préférant parler d'amour. J'adhère à son point de vue et me régale d'autant plus à son écoute. Les arrangements parfois cold, solidement pop surprennent et chaque piste se fend d'un renouveau perpétuel, d'un souffle d'air frais, à l'image de l'inspiration étendue de Jonas ; L'enivrant Silent Girl respire toute l'atmosphère sensuelle de Godard et son emblématique Nouvelle Vague, façonné de la main de fer et de velours d' Oum Shatt où plume, notes lumineuses et grain de voix envoûtant transforment le titre en petit trésor.

Jonas chante, assure guitare, piano et claviers, accompagné de Hannes Lehman, Chris Imler, Jörg Wolshina à l'enregistrement. Les mélopées immédiates sont accrocheuses, dansantes, étourdissantes de candeur et plairont aux amateurs des Franz Ferdinand ou de Jonathan Bree. Jonas se désempêtre avec classe des oripeaux DJ electro berlinois en composant des chansons sculptées et diablement mélodieuses. Agé d'une quarantaine d'années, l'artiste nous comble de son expérience de la scène, des studios d'enregistrement, doté d'une oreille absolue et de son inclinaison pour la littérature et le cinéma. Les arrangements sont habillés de percussions, du son brut et boisé des guitares qui s'harmonise à la densité des paroles et de la musique à fleur de peau. Oum Shatt dont je suis fan signe un Power to the Women of the Morning Shift élégant, éthéré, à l'identité stylée, dont l'efficacité fait résonner les notes éblouissantes et soutenues.
OumShatt