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dimanche 6 mai 2018

Paul Heaton & Jacqui Abbott

Paul Heaton est pour moi, un artiste patriarcal dans l'indie-pop, une des figures qui a éveillé mon intérêt pour la pop, comme c'est le cas pour beaucoup de ma génération. L'auteur-compositeur interprète anglais originaire du Yorkshire se fait connaitre avec son premier groupe The Housemartins suivi de The Beautiful South. Les Housemartins apparaissent en 1985 avec le single Flag Day, Paul a alors 23 ans. Comme leurs contemporains, les musiciens signent des mélopées brit-pop ensoleillées et sarcastiques, mêlant politique et religion, dans la veine C86, y ajoutant de l'esprit fleur bleue et des vidéos croustillantes d'humour 'so' britannique. Le groupe devient vite populaire. Chacun ayant des projets, ils se séparent un temps et Paul Heaton avec son compère Dave Hemingway, forment The Beautiful South dès 1988. Les deux autres, Norman Cook se propulse aussi au top des charts avec son travail de producteur et son projet Fat Boy Slim et Stan Cullimore, devenu journaliste, garde une activité musicale en produisant The Farm .





The Beautiful South compte dans ses rangs Dave Hemingway au chant et piano, Paul Heaton à la composition, chant et guitare, Sean Welch à la basse, Dave Rotheray à la guitare, Dave Stead à la batterie. Il connait un beau succès dans les années 90 puis se sépare en 2007, Paul poursuit l'écriture en solo déjà commencée en 2001 avec l'album Fat Chance . Comme d'antan, on peut retrouver les thèmes du christianisme, du socialisme, du hooliganisme qui font partie intégrante de l'artiste. En cavalier seul il signe en 2008 le deuxième album The Cross Eyed Rambler, suivi de Acid Country en 2010, Paul Heaton Presents The 8th en 2012. C'est alors qu'il retrouve une ancienne amie du groupe Jacqui Abbott qui chantera dans The Beautiful South de 1994 à 2000. Jacqui revient pour accompagner Paul sur le cinquième album de 2014 What Have We Become? et restera jusqu'à aujourd'hui pour Wisdom, Laughter and Lines de 2015 et le grandiose, magnifique Crooked Calypso de 2017.



Ce dernier est écrit en Hollande où Paul se retire pour le composer, allié au guitariste Jonny Lexus, au bassiste Chris Wise, au batteur Pete Marshall, également à la mandoline. Il y a aussi Stephen Large au piano, melodica et accordéon. C'est Sean Welch, l'ancien bassiste et désormais photographe qui signe la pochette de l'album, produit par John Owen Williams, l'ingénieur du son et talentueux producteur des Housemartins mais aussi des Waterboys, The Cure, Loudon Wainwright et agent de Tom Petty, The Who, The Rubettes etc en 1974. Paul Heaton signe un Crooked Calypso qui le reflète, brillant d'humour, de critiques sarcastiques sur la société, avec des arrangements pop, soul motown, délicieusement mods, fleuri de 12 titres chaleureusement rythmés. Le jeune homme Paul Heaton, accueillant et généreux derrière le zinc de son pub The King's Arms depuis des années, né en 1962, pioche dans son carnet intime pour écrire et n'a absolument rien perdu de sa superbe en matière d'inspiration et d'interprétation.



Avec les guitares, basse, batterie et piano, il y a une myriade d'instruments : violons, alto, violoncelle, trombone, trompette, cor, saxophone et tuba. Crooked Calypso commence avec le boogie enflammé de I gotta Praise qui évoque avec humour sa relation à dieu, au football, à l'amour et au rock'n roll. Les arrangements solidement rock et pop ouvrent le bal et illico, on plonge dans l'univers au toupet éclatant de monsieur Heaton. He Wants To poursuit dans l'esprit avec l'entrée des cordes pour galber le titre de notes disco, sacrément dansantes. La voix somptueuse de Paul arrive sur If I May et me fait complétement fondre quand il entonne 'if i may i'll fall in love with you'. La mélodie est pastorale, d'une élégance folle et romantique à souhait pour continuer sur She Got the Garden qui parle du moment où Jacqui et Paul se revoient après plus de dix sans contact et décident timidement de se réunir pour un nouvel album. Paul décrit leur amitié, leur travail commun artistique, comme un jardin où une vieille bicyclette prend la rouille et relevant les manches ensemble, sur un tempo frais, rythmé de clap-hands, lignes de guitares pop et de trompette, débroussaillent les herbes envahissantes pour le rafraichir.



La soul funky et disco de People like Us, vient accompagner un texte qui évoque les niveaux sociaux déséquilibrés sur la métaphore du football. Dans ces ambiances variées et colorées, on embarque sur le ferry pour l'Irlande avec l'hommage à l'île verte Blackwater Banks et sa mélodie touchante ornée d'instruments traditionnels, ses mots "It was Oonagh and Anne in Kilkenny, It was Seamus and Patrick in Cork, It was Callum in Limerick, Aoefe in Galway, And the folk of this island, for sure". Puis le rock entrainant, profilé country et piano-bar groovy de The Lord is a white con tient un tempo fougueux et énergique avant la sunshine-pop de Silence Is, avec sa basse boogie ardente. Les orchestrations de cordes et la grosse caisse militaire lancent la mélodie de Love Makes You Happy, savoureux, évoquant l'amour et le bonheur loin d'un surplus matériel superficiel avant le vitaminé The Fat Man, au piano jazzy et blindé de drôlerie. Your Bit of Stuff encore plus mordant est tendu, orchestré façon mods et garage pop, avec sa mélodie bouillante de notes avant le sublime He Can't Marry Her, au style sixties de Harry Nilsson, Lee Hazlewood et Glen Campbell, qui termine l'album terriblement engageant et attachant. Paul Heaton concocte une version de Crooked Calypso 16 titres sur le CD+DVD Live At Scarborough Open Air Theatre, concert où l'artiste reprend Rotterdam, Build, Old Red Eyes Is Back, Happy Hour, Perfect 10... un tour de chant mémorable que je conseille vraiment. Il est évident que Crooked Calypso de Paul Heaton et Jacqui Abbott est rangé au panthéon des disques Piggledy Pop.

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