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lundi 21 mai 2018

Anthony Rochester

J'évoque Anthony Rochester et son travail il y a 10 ans sur Piggledy Pop.
"Anthony Rochester nous vient d'Australie avec de la pop gentle, brillante et efficace dans sa besace. Il offre en 2001 Music for Listening & Relaxation. Sur cet album, Anthony assure seul le piano, guitare, violon, basse, batterie. Le tout est orné de tambourin, glockenspiel, flûte, claviers et choeurs. Des invités et amis ont participé à l'enregistrement. Parmi eux, sa famille, et le norvégien Christer Jensen de Micromars, l'écossais Matt Jones alias Norman De Plume des Hepburns. Il y a aussi Christoffer Schon de Remington Super 60. C'est d'ailleurs avec eux qu'il assurera la tournée internationale pour son second album sorti en 2005 Music for Librarians. Depuis 2006 Rochester se produit sur scène, voguant de la Scandinavie aux Etats-Unis, et depuis nous a concocté de nouvelles mélopées qui sortiront cette année (2008) sur un nouvel album Music for in the Spaceship."
AnthonyRochesterPiggledyPop2008



Suivront les albums Hot Hits '96 en 2010 et The Anthony Rochesters en 2012. Ce dernier ajoute un 's' au nom Rochester simplement parce qu'il s'agit d'un enregistrement live avec son groupe, au sein d'une église à Hobart chez lui, en Tasmanie, expliquant le titre Singing in the church et la vidéo de Keep your eyes on the prize filmée dans l'édifice. Nombre de musiciens de pop indépendante aiment le son et la spiritualité qui émanent des églises. Anthony est aussi un producteur accompli et travaille sur le nouvel album In the Mean Time d'avril 2018 du groupe suédois The Hepburns, nimbé et émaillé de son d'orgue d'église, de sunshine sixties dans la veine de Burt Bacharach.



Toutes ces activités de production et de mastering n'ont pas essoufflé Anthony Rochester qui pour notre plus grand plaisir revient ce mois de février 2018 avec son magnifique Anthony Rochester Sings For You, signé chez Jigsaw Records. L'album est un réel régal. L'ambiance et les thèmes poussent à danser et à chanter. Les titres évoquent la musique, la chanson, l'amour évidemment, le temps qui passe, bordés d'une bonne dose d'humour. L'auteur-compositeur dépose de l'esprit dans les mots et dans les notes pour offrir un disque de 9 titres printaniers, fleuris de rythmes bossa qui font groover les mélodies pop. Le bal commence avec la somptueuse et iodée Sing us a seaside song où les samples de cris de mouettes viennent valser sur la basse et la grosse caisse avant la cavalcade de guitares au tempo vigoureux de Parasep discothèque. La chanson voltige sur un thème qu'Anthony connait sur le bout des doigts, celui des laboratoires de recherche, de la psychologie, la microscopie doté d'harmonies sunshine-pop jouées par Michael Herbert à la harpe. La basse, la harpe, le tambourin, les guitares brillantes s'allient glorieusement à la partition de trompette bugle assurée par Tim Byrnes sur le tempo envoûtant de My dancing days are done.



Les flûtes soprano sortent leur grand jeu grâce à Michael sur la furieuse et délicieuse Burkholderia où Anthony siffle accompagné de la harpe nous entrainant dans un univers merveilleusement sixties. Helen Rochester vient prêter sa très belle voix sur A walk in the zoo ; L'ambiance intime et familiale poursuit avec Toronto song aux notes de flûte fabuleusement boogie. Les mots sont imagés, les couleurs courent le long des notes après l'écureuil dans la neige canadienne ou le chat Milo dans Cat Food. Le titre Emotional song #3, plus eighties avec ses claviers est très convaincant, suave et épidermique dans le son de la basse, de la guitare, du piano ascensionnel qui crée de l'élévation, inévitablement de l'émotion. Cet effet réussi produit continue sur le dernier titre de rigueur, Let's make love happen Peter Joseph Head qui a écrit les paroles, chante accompagné de Tim, rutilant à la trompette. Le style disco-pop clôt avec une classe infinie l'album sculpté dans des particules musicales positives où l'archer Rochester décoche une pluie de mélodies sunshine avec une dextérité qui nous manquait. Anthony Rochester émeut nos délicates oreilles avec ce superbe Anthony Rochester Sings For You, d'ores et déjà sur mon chevet, qui scande autant de mélodies pop authentiques et spirituelles qu'il comblera les fans et autres mélomanes.
AnthonyRochester

dimanche 13 mai 2018

The Clay Hips

Il était une fois The Fairways, une belle et joyeuse troupe de San Francisco ornée des auteurs-compositeurs Brent Kenji (ex The Young Tradition) et Andrew Leavitt, guitariste, producteur, accompagnés du pianiste Keiko Kayamoto et du bassiste Jen Cohen (ex Aislers Set) . Le groupe propulse un single dès 1998, deux EP en 2000 dont un partagé avec les Aislers Set puis en 2001 un autre partagé avec Three Berry Icecream pour signer en 2004 un album pop jusqu'au bout des ongles, élégant et sculpté, au titre évocateur This is Farewell. Vous l'avez deviné, le groupe se sépare. Les deux maestro Kenji et Andrew quittent les Etats-Unis et partent vers deux différents pays européens. Mais les deux amis en contact continuent de composer et nous offrent en 2011 sous le pseudonyme Clay Hips l'EP Clay Hips et son titre I Won't Say qui superbe surprise, commence l'album Happily Ever After qui paraitra le 1er juin 2018.

Quelle joie de recevoir ce somptueux album des deux amis qui l'ont concocté de leurs bases, Kenji à Augsbourg et Andrew à Dublin. Pour les curieux, leurs aventures sont à retrouver dans mes billets de 2016 et 2018 sur les deux autres projets de Kenji Kitahama TheGoldenEaves et FriedrichSunlight



Les thème du départ, de la séparation rôdent langoureusement tout au long de Happily Ever After. Avec des personnalités curieuses, acharnées dans le travail, Kenji et Andrew ont ce besoin vital de rencontres, de mouvements, de résultats, de sensations qu'ils déposent harmonieusement dans leurs mots et leurs partitions. I Won't Say plane et glisse avec son profil expérimental riche de sonorités et de sens. Puis Failure arrive aux oreilles avec ses choeurs velvetiens délicieux et la voix de Kenji, ensoleillée, son texte d'une poésie vibrante. On plonge dans la nostalgie, le sujet de la fragilité du couple. Disappointed dans le même esprit du constat d'échec sentimental invite à danser avec son rythme qui s'envole grâce à la dextérité du batteur Marc Frank et à la présence magique de la chanteuse Beth Arzy (ex de Trembling Blue Stars, The Luxembourg Signal, Jetstream Pony et Aberdeen). The Mayfair Hotel poursuit dans la désillusion et la perfection mélodique dans le jeu des talentueux violoncelliste et violoniste Matthias Fahn et Philipp Müller.



Le tempo mélancolique est rondement mené avec le tambourin et l'effet slide de la guitare country avant de repartir au trot avec le boogie de Someone Who Wanders où la voix touchante de Kenji s'amuse sur la rythmique brillante de Mark. Le titre The Bridge (A Song for Augsburg) juxtapose la lumière à la nuit, passe d'une rive à l'autre pour imager le manque et l'éloignement "Eighty-two degrees in Fahrenheit, Drifting off to sleep in black and white, Look after my friends, But she doesn’t know the train is coming in, 'cause she doesn’t know a different track". Les arrangements de mandoline créent une atmosphère traditionnelle irlandaise et montrent l'étendue du talent d'Andrew à la composition. La notion du temps et du regret se mêlent à celles du retour et des retrouvailles, excellemment mis en musique, où la chaleur de la communion transpercent les notes. Violon et guitare font jaillir la mélodie de I Can’t Say It’s Love où instruments et voix s'amusent et jubilent sur la succession pop de 'kiss kiss' qui éveille l'envie de chanter et de danser. Andrew Leavitt et Kenji Kitahama coopèrent en symbiose pour libérer un Happily Ever After vif en indie-pop, ardent et précieux. L'amitié des Clay Hips aboutit à un album en mutation, qui pour la fan que je suis est le résultat évident d'une ascension épanouie, un des meilleurs albums 2018 que je chéris. Happily Ever After est digne d'une bande-son de film riche d'identités, de style, de mélodies pop et d'amitiés avec un doux parfum de 'Happy End'. Merci Clay Hips et Annika Records pour ce travail esthétique magnifique! Annika

La couverture et la calligraphie sont peaufinées par une artiste espagnole que j'admire, Lupe Núñez chanteuse de Amor de Días, Pipas et The Clientele.
AmorDeDiasPiggledyPop2012
AmorDeDiasPiggledyPop2011



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vendredi 11 mai 2018

Distant Shore

Découverte vrombissante, attachante, les deux splendides chansons de Distant Shore sur l'EP April '18 paraissent sur le net il y a un mois . L'auteur-compositeur Ben Siddall concocte seul ces deux titres, Former Life et A Quick Goodbye, assurant guitare, basse, rythmique, chant et la production. Le mixing est parfait. Ben Siddall est un producteur affûté et averti et l'ambiance que Ben crée gagne toute sa place dans la grande brit-pop. La voix, la mélodie et les arrangements s'accordent et glissent naturellement comme chez ses compatriotes Adam Ficek, Pete Doherty ou encore Alex Turner. Il y a de la rêverie et du lyrisme dans l'écriture, de la musicalité perçante qui à l'évidence retient les chevaux, dotées de cet accent anglais charmant qui envahit avec aisance la mélodie. Le musicien du Yorkshire, qui enseigne la musique dans le privé, travaille actuellement sur un autre EP qui paraitra bientôt et déjà se dessine l'album pour la fin de l'année 2018. En attendant, je savoure la qualité pop du premier April '18, subtil, harmonieux et à certain égard, impressionnant pour un premier galop où Distant Shore se révèle éminemment prometteur. DistantShore

jeudi 10 mai 2018

The Occasional Flickers

The Occasional Flickers et leur album Sleep And The Time In Between sont un des coups de coeur Piggledy Pop, du genre à persister et à me tenir compagnie de manière constante. Ce magnifique album signé en 2017 se dévoile être au fil des écoutes encore meilleur . Ce qui émane des titres, c'est le style singulier , la personnalité inspirée de l'auteur-compositeur et chanteur Giorgos Bouras. Le style indie-pop plein de panache sixties et orchestré précieusement semble inné chez son auteur. Giorgos écrit son premier EP Rain Until Monday en 2003 à Athènes, sa ville. De façon twee, il enregistre en 2006 son opus Scattered Songs à la maison, dans la parfaite et puriste tradition bedroom-pop où le sens de la mélodie est primordial. Il est suivi du single When The Sky Looks So Gray en 2007. Avant de faire paraitre son deuxième album en 2011 Home Is A Four-Letter Word, Giorgos Bouras quitte la Grèce et part vivre en Ecosse, à Edimbourg, où le groupe Occasional Flickers s'agrandit avec Panayotis Baras à la batterie, Fraser Hughes à la basse et Robin Campbell Oliver à la guitare. Avec l'aide de musiciens locaux, l'album peut offrir une pléiade d'instruments et d'arrangements pour habiller les mélodies pop clairement dans le sillage des Camera Obscura, Belle and Sebastian, et Dexys Midnight Runners dont la chanson Occasional Flicker inspire ici le nom du groupe.



Se glissent donc dans les titres, des notes d'harmonium, de trompette, de sitar, orgue, harmonica, violon, Wurlitzer et un ensemble de cordes sur l'excellent A Young Explorer conduit par Nikos Nikolakopoulos. Les amateurs d'étoiles, de télescope, de destin nébuleux et d'aventures astrales seront aux anges avec ce titre croustillant. 2012 parait le trois titres déroutant et intemporel A Simple Song où Giorgos revisite avec sa belle et convaincante intention, le She Belongs to Me de Bob Dylan. 2013, le titre Capitalism Begins At Home apparait. Je suis séduite par son atmosphère pop alternative et sa silhouette garage pop galopante efficace.

L'hiver 2017, The Occasional Flickers revient avec le fabuleux Sleep And The Time In Between et l'album prend de plus en plus de signification et de présence au fur et à mesure de son passage. Le groupe a la délicatesse de l'ouvrir sur A Simple Song où Bouras et Campbell Oliver subjuguent aux guitares comme sur Myself qui est resplendissant par sa musicalité, sa griffe pop montée en chantilly grâce à ses guitares offensives, sa batterie, ses trompettes et saxophone rutilants menées par Ailig Hunter, Tom Irvine et Laurie Irvine. Panayotis Baras est un magnifique prestidigitateur avec ses baguettes, gérant le tempo allié aux guitares sautillantes et à l'orgue de A Sparrow. La rythmique pop mods ne désarme pas sur Half Know où la voix de Giorgos échappée d'une lyre, carillonne énergique et chaleureuse. Most of the Time arrive avec son profil Velvet Underground pour un moment mélodique magique qui tape la mesure et prend de l'ampleur au fil des notes et des mots admirablement touchants.



Les images qui inondent l'écriture sont poétiques, naives, amoureuses, comme sur le titre phare Sleep And The Time In Between, au relief pop joyeux et enthousiaste. Puis le piano et l'orgue se marient lumineux à la guitare de Bouras sur l'instrumental 9/5 Meadowbank Avenue Blues avant le langoureux harmonica de Before You Break A Mirror, sa saveur, ses couleurs, ses reflets mélodieux déposés dans les deux voix mêlées de Giorgos Bouras et de Ola Rek qui se répondent . Le génial single Visions Of Geraldine mène vers la fin d'album avec son style country vintage printanier et impétueux avant Winter Waltz, de toute beauté, pour conclure sur une note bucolique au coin du feu grâce au brio de Sergios Voudris à l'orgue et au piano droit qui dégaine sa mécanique à baïonnettes, suivi par tous les instruments en cascade pour se fondre en un corps mélodique. Sleep And The Time In Between des Occasional Flickers, enregistré dans une église au sud de Glasgow, fait partie pour moi de ces albums tendres et pertinents qui accompagnent et font vibrer des années, sur le chevet Piggledy Pop.
OccasionalFlickers



dimanche 6 mai 2018

Paul Heaton & Jacqui Abbott

Paul Heaton est pour moi, un artiste patriarcal dans l'indie-pop, une des figures qui a éveillé mon intérêt pour la pop, comme c'est le cas pour beaucoup de ma génération. L'auteur-compositeur interprète anglais originaire du Yorkshire se fait connaitre avec son premier groupe The Housemartins suivi de The Beautiful South. Les Housemartins apparaissent en 1985 avec le single Flag Day, Paul a alors 23 ans. Comme leurs contemporains, les musiciens signent des mélopées brit-pop ensoleillées et sarcastiques, mêlant politique et religion, dans la veine C86, y ajoutant de l'esprit fleur bleue et des vidéos croustillantes d'humour 'so' britannique. Le groupe devient vite populaire. Chacun ayant des projets, ils se séparent un temps et Paul Heaton avec son compère Dave Hemingway, forment The Beautiful South dès 1988. Les deux autres, Norman Cook se propulse aussi au top des charts avec son travail de producteur et son projet Fat Boy Slim et Stan Cullimore, devenu journaliste, garde une activité musicale en produisant The Farm .





The Beautiful South compte dans ses rangs Dave Hemingway au chant et piano, Paul Heaton à la composition, chant et guitare, Sean Welch à la basse, Dave Rotheray à la guitare, Dave Stead à la batterie. Il connait un beau succès dans les années 90 puis se sépare en 2007, Paul poursuit l'écriture en solo déjà commencée en 2001 avec l'album Fat Chance . Comme d'antan, on peut retrouver les thèmes du christianisme, du socialisme, du hooliganisme qui font partie intégrante de l'artiste. En cavalier seul il signe en 2008 le deuxième album The Cross Eyed Rambler, suivi de Acid Country en 2010, Paul Heaton Presents The 8th en 2012. C'est alors qu'il retrouve une ancienne amie du groupe Jacqui Abbott qui chantera dans The Beautiful South de 1994 à 2000. Jacqui revient pour accompagner Paul sur le cinquième album de 2014 What Have We Become? et restera jusqu'à aujourd'hui pour Wisdom, Laughter and Lines de 2015 et le grandiose, magnifique Crooked Calypso de 2017.



Ce dernier est écrit en Hollande où Paul se retire pour le composer, allié au guitariste Jonny Lexus, au bassiste Chris Wise, au batteur Pete Marshall, également à la mandoline. Il y a aussi Stephen Large au piano, melodica et accordéon. C'est Sean Welch, l'ancien bassiste et désormais photographe qui signe la pochette de l'album, produit par John Owen Williams, l'ingénieur du son et talentueux producteur des Housemartins mais aussi des Waterboys, The Cure, Loudon Wainwright et agent de Tom Petty, The Who, The Rubettes etc en 1974. Paul Heaton signe un Crooked Calypso qui le reflète, brillant d'humour, de critiques sarcastiques sur la société, avec des arrangements pop, soul motown, délicieusement mods, fleuri de 12 titres chaleureusement rythmés. Le jeune homme Paul Heaton, accueillant et généreux derrière le zinc de son pub The King's Arms depuis des années, né en 1962, pioche dans son carnet intime pour écrire et n'a absolument rien perdu de sa superbe en matière d'inspiration et d'interprétation.



Avec les guitares, basse, batterie et piano, il y a une myriade d'instruments : violons, alto, violoncelle, trombone, trompette, cor, saxophone et tuba. Crooked Calypso commence avec le boogie enflammé de I gotta Praise qui évoque avec humour sa relation à dieu, au football, à l'amour et au rock'n roll. Les arrangements solidement rock et pop ouvrent le bal et illico, on plonge dans l'univers au toupet éclatant de monsieur Heaton. He Wants To poursuit dans l'esprit avec l'entrée des cordes pour galber le titre de notes disco, sacrément dansantes. La voix somptueuse de Paul arrive sur If I May et me fait complétement fondre quand il entonne 'if i may i'll fall in love with you'. La mélodie est pastorale, d'une élégance folle et romantique à souhait pour continuer sur She Got the Garden qui parle du moment où Jacqui et Paul se revoient après plus de dix sans contact et décident timidement de se réunir pour un nouvel album. Paul décrit leur amitié, leur travail commun artistique, comme un jardin où une vieille bicyclette prend la rouille et relevant les manches ensemble, sur un tempo frais, rythmé de clap-hands, lignes de guitares pop et de trompette, débroussaillent les herbes envahissantes pour le rafraichir.



La soul funky et disco de People like Us, vient accompagner un texte qui évoque les niveaux sociaux déséquilibrés sur la métaphore du football. Dans ces ambiances variées et colorées, on embarque sur le ferry pour l'Irlande avec l'hommage à l'île verte Blackwater Banks et sa mélodie touchante ornée d'instruments traditionnels, ses mots "It was Oonagh and Anne in Kilkenny, It was Seamus and Patrick in Cork, It was Callum in Limerick, Aoefe in Galway, And the folk of this island, for sure". Puis le rock entrainant, profilé country et piano-bar groovy de The Lord is a white con tient un tempo fougueux et énergique avant la sunshine-pop de Silence Is, avec sa basse boogie ardente. Les orchestrations de cordes et la grosse caisse militaire lancent la mélodie de Love Makes You Happy, savoureux, évoquant l'amour et le bonheur loin d'un surplus matériel superficiel avant le vitaminé The Fat Man, au piano jazzy et blindé de drôlerie. Your Bit of Stuff encore plus mordant est tendu, orchestré façon mods et garage pop, avec sa mélodie bouillante de notes avant le sublime He Can't Marry Her, au style sixties de Harry Nilsson, Lee Hazlewood et Glen Campbell, qui termine l'album terriblement engageant et attachant. Paul Heaton concocte une version de Crooked Calypso 16 titres sur le CD+DVD Live At Scarborough Open Air Theatre, concert où l'artiste reprend Rotterdam, Build, Old Red Eyes Is Back, Happy Hour, Perfect 10... un tour de chant mémorable que je conseille vraiment. Il est évident que Crooked Calypso de Paul Heaton et Jacqui Abbott est rangé au panthéon des disques Piggledy Pop.

PaulHeatonJacquiAbbott





samedi 5 mai 2018

Fitness Forever

Fitness Forever n'est pas une chronique pour les complexés enrubannés de bouées d'amour mais pour ceux qui aiment la sunshine disco-pop bien huilée et très classe. Originaires de Naples, les italiens se regroupent autour de leur passion pour Brian Wilson, les Beatles et Burt Bacharach dès 2006. A l'initiative et sous l'impulsion artistique de Carlos Valderrama, la fabuleuse bande compte Paster , "Big Tony" Strawberry au et Scialdone pour signer le premier album en 2009 Personal Train. Suivront les deux EP Mondo Fitness et Con Fitness Forever En La Playa emmenant les musiciens sur les scènes des festivals, avant le deuxième album en 2013 Cosmos qui comme son précédent est orné d'arrangements de cordes formidables et de mélopées parfumées au groove, au funk seventies à sortir les boules disco des placards.



Signés chez le grandiose label espagnol Elefant Records, le compositeur, arrangeur, multi-instrumentiste Carlos Valderrama est inspiré par les artistes comme Caza Azul, Gonzales, Toro Y Moi et d'autres comme High Llamas, Cinerama, XTC, Syd Barrett, Talking Heads, Le Mans etc. Auparavant, Carlos faisait partie des Preachers, groupe pop psychédélique comme Valderrama 5, plus rock, suivi des indie-pop The Goonies et Sea Dweller au profil Shoegaze. Toutes ces formations montrent toutes ses facultés et capacités à évoluer dans différents styles.

Entre temps, la troupe s'est étoffée : Carlos Valderrama aux claviers, synthétiseurs et chant, Luigi Scialdone à la guitare et basse, Andrea De Fazio à la batterie, Francesca Diletta Iavarone à la flûte, Massimo Imperatore à la guitare, Roberto Porzio aux claviers et la chanteuse Nicoletta Battelli. Pour enregistrer le dernier album génial de 2017 Tonight, Fitness Forever invite des amis au chant, Vincent Mougel dans le premier titre, Paulita Demaiz pour le deuxième morceau et pour la huitième chanson, Joachim Polack, Juliette Pearl Davis et Anna Jean (Juniore).
L'album ouvre sur le tempo endiablé du français Vincent (Kidsaredead) qui vient apporter sa voix groovy et élégante au titre Tonight pour évoquer la fête, le vin et french touch oblige, l'amour. Puis c'est au tour de Paulita Demaiz d'entrer sur la piste de danse. L'espagnole assurait sa présence dans une autre signature connue d'Elefant Records, Papa Topo, et vient ici mener le tempo avec sa voix aérienne et furieusement rythmée sur le titre Dance Boys et ses violons, sa basse et ses claviers funky.



Evidemment, les langues se mélangent, l'anglais, l'espagnol, le français et l'italien cohabitent fort bien. La variété du langage prend forme également avec des personnages d'ailleurs comme Canadian Ranger, festif, dansant et plein de panache. L'ambiance cosmique disco propulse dans les années seventies et les riffs de basse font venir en tête les Bee-Gees, Chic, Barry White et Abba. Le clap-hands vient renforcer ce regard dans le rétroviseur sur Andrè qui contient toujours ces envolées de cordes pour habiller le tempo boogie. L'instrumental Port Ghalib précède le savoureux Baby Love plus typé eighties, ritournelle ponctuée de peu de paroles, répétées en boucle, ce qui donne un effet hypnotique efficace. Cosa Mi Hai Detto vient offrir un moment délicat et harmonieux, chanté en italien, avec sa mélodie sensuelle et séduisante qui croone scandaleusement sur les violons et le saxophone. L'Arbre Magique interprété par Anna, un véritable bijou pop blindé de sunshine-pop, fait sourire rappelant avec espièglerie le thème du fitness. C'est pourtant une pièce musicale sucrée qu'on peut écouter de façon boulimique. Carlo termine l'album avec douceur et romantisme grâce aux voix majestueuses et aux arrangements réussis de cordes. Fitness Forever distille dans les harmonies scintillantes de l'addictif Tonight un air vintage et propose avec talent une relecture savante du style disco-pop.
ElefantRecords





mardi 1 mai 2018

1er Mai

Le premier mai, autrement appelé Mayday ou Labour Day, est un jour spécial dans le calendrier grégorien depuis la fin du XIXème siècle. Dès 1890, la journée du 1er mai est autorisée aux travailleurs pour manifester (réduction du temps de travail) . A l'époque la moyenne du temps de travail étant de 10 heures par jour, les organisations syndicales demandent à passer à 8 heures. Le 1er mai devient officiellement dans nombre de pays la journée de la fête du travail dès les années 1920.





La tradition du muguet le premier jour du mois de mai, à ne pas s'y méprendre, est royale. C'est à la Renaissance que Charles IX le distribue comme porte-bonheur en clamant 'Qu’il en soit fait ainsi chaque année'. En 1793, pour rompre avec cette tradition, le calendrier Fabre d’Églantine remplace le muguet par l'églantine rouge. Ce Fabre d’Églantine, révolutionnaire et ami de Danton qui vote la mort sans appel de Louis XVI en 1793 sera lui-même guillotiné un an plus tard par ses acolytes. C'est le maréchal Pétain avec son ministre du travail, le syndicaliste et secrétaire général adjoint de la CGT René Belin, qui instaure en 1941 le muguet comme fleur symbolique pour célébrer 'la Fête du Travail et de la Concorde sociale'. Le brin de muguet autrement appelé Lys des vallées est offert le 1er mai et la tradition 100% française date de 1560. La fleur porte-bonheur promène de nombreux symboles comme celui des larmes de la vierge Marie au pied de la croix chez les chrétiens, ou encore comme la fleur qui chasse les mauvais esprits chez les celtes. Le 1er mai 1900 lors d'une grande fête de couturiers français au bois de Chaville, ils offrent du muguet à leurs petites mains. Depuis, le geste est resté et Dior a même adopté la fleur comme emblème de sa marque.



Cette 'journée du travailleur' remonte à 1886 du côté de Chicago avec le scandale du Haymarket Square. Ce jour là, 4 mai, les manifestants en grève demandent une baisse des heures de travail. Un mouvement ouvrier nommé Noble and Holy Order of the Knights of Labor (les Chevaliers du travail) voit le jour en 1869 avec près de 200 000 adhérents. Il devient une résistance tellement importante qu'il rencontre une forte opposition, juridique, économique, politique, qui engendrera la répression. Le mouvement ouvrier est surtout conduit par le journal allemand Arbeiter Zeitung qui parait à Chicago et qui appelle à la grève. Le massacre du Haymarket se passe le soir après une journée de manifestation sans heurts, quand les 15 000 manifestants et policiers se dispersent. Il est 22h quand une bombe explose, tuant sept agents de police. Aussitôt, les anarchistes sont pointés du doigt. Les autorités cherchent à les stigmatiser et réussissent. Un procès suit l'arrestation de huit hommes dont les rédacteurs du journal, les allemands Auguste Spies, Michel Schwab, Louis Lingg, Adolphe Fischer, Georges Engel, l'anglais Samuel Fielden et les américains Oscar Neebe et Albert Parsons, accusés des meurtres de Haymarket et condamnés à mort. De grands industriels pourront assister à la pendaison sur carton d'invitation. On apprend en 1893 par le nouveau gouverneur de l'Illinois, John Altgeld, que le responsable du massacre, celui qui avait commandité l'attentat n'était autre que le chef de la police de Chicago lui-même. L'opération avait été orchestrée dans le but de légitimer la répression qui allait suivre. Le scandale atteindra toutes les grandes capitales et l'écrivain dramaturge irlandais Bernard Shaw écrira " Si le monde doit absolument pendre huit de ses habitants, il serait bon qu'il s'agisse des huit juges de la Cour suprême de l'Illinois". C'est à la suite de cet événement que partout dans le monde l'idée du 1er mai comme journée des travailleurs prend forme. Elle sera établie en France en 1920, jour chômé et payé en 1946.

Nota Bene : Quand le 1er mai tombe un jour du weekend au Royaume-Uni, contrairement à la France où le jour est perdu, les anglo-saxons reportent avec élégance leur May Day à un jour de semaine. Les brit' syndicats seraient-ils plus 'clever'?


Peter Von Poehl dont je conseille le sublime album May Day sorti en 2009. PeterVonPoehlPiggledyPop2011



Bonny Doon

Ce premier disque de Bonny Doon est pour moi une des plus belles découvertes de l'année 2018. Véritable petit joyau constitué de dix titres, l'atmosphère indie-pop y est tendue, magnifiquement absorbante. De manière homogène les quatre musiciens de Detroit se complètent et se marient à la perfection pour porter non seulement le chant somptueux mais aussi les textes, polis pour résonner et former des ritournelles accrocheuses. L'album Longwave, premier galop de qualité, m'accompagne depuis des semaines sans jamais me lasser. Sorti le 23 mars 2018, il fait du quatuor américain un sacré beau et bon groupe. Aux amateurs des feu Ultimate Painting, vous trouverez votre compte. Il y a aussi toute une ribambelle de sonorités communes avec I am Kloot, Wilco, Alex Chilton, Red House Painters.



Les deux auteurs-compositeurs Bill Lennox et Bobby Colombo guitaristes et interprètes font équipe avec le bassiste Joshua Brooks et le batteur Jake Kmiecik . De l'or semble tomber de leurs mains quand ils commencent à jouer les premières notes de Longwave qui ouvre le bal. Leur style est aussi moelleux que croustillant, sacrément hypnotisant. Les guitares et le chant transforment le morceau de 5 minutes en petite bombe lo-fi monumentale et intemporelle. Peu étonnant de découvrir que les quatre musiciens se sont retirés quelques jours dans les bois au nord du Michigan près de Mystic Lake dans une maison changée en studio d'enregistrement. La douceur de l'ambiance boisée, la sérénité et la maturité qui émanent de A Lotta Things séduisent et restent en tête une certaine lurette. Avec I am Here (I am Alive), vous n'y couperez pas, l'effet est le même, garanti . Son tempo déroutant nous emmène sillonner des kilomètres et nous fait serpenter dans les partitions folk et pop des guitares, basse et batterie à l'unisson. Le titre semble évident tellement il réussit à muer ses métaphores poétiques pleines de lumière et de sensations en mélodie.



Puis comme si les débuts sublimes ne suffisaient pas, Take Me Away poursuit dans le panache mélodique. Comme frappé au coin du bon sens le mouvant Where Do You Go enchaine un peu twee,  intime avec un son 'quatre pistes de brocante', charmant et émouvant, allant comme un gant au thème du fantasme. Quand Saved délivre son rythme puissant, ses guitares qui se répondent, son refrain entêtant 'are you believer, are you a believer or not', on fond littéralement dans les harmonies qui ont de la conviction et une fervente énergie. De fine manière, le titre suivant se nomme logiquement Saw a Light. Les guitares et cymbales resplendissent et Bonny Doon offre encore des riffs incroyables, solides et parfaits. Comme des loups affamés d'amour sous la pleine lune, les américains sortent l'artillerie claviers essentiels et juteux avec une interprétation qui croone et swingue. Try To Be suit avec sa rythmique dansante, ses sarcasmes fleuris et sa guitare électrique qui dégaine une belle saveur. L'ambiance intime revient avec le succulent Part of Me . Le titre écrit avec brio, joué et offert avec talent forme une chanson estocade, qui touche et marque. Walkdown termine dans la sensualité instrumentale home-made, où guitare et caisse claire se croisent dans un tempo descendant, formidable pour terminer l'album. Longwave des Bonny Doon est un voyage musical mystérieux où la poésie se déploie, les notes aériennes et la subtilité musicale gagnent leur place dans le panthéon des disques Piggledy Pop.
BonnyDoon