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dimanche 15 avril 2018

Butcher Boy

Butcher Boy est un groupe que j'adore depuis des années et quand son leader, John Hunt, signe un album, un EP ou bien entreprend une action, c'est réussi. Tout ce qu'il touche se transforme en or. Le premier album Profit In Your Poetry parait en 2007. Butcher Boy fait ses bagages pour une tournée au Royaume-Uni et concocte entre-temps l'EP The Eighteenth Emergency. Le second album ne tarde pas et React or Die sort en 2009. Entre temps, 2008, arrive la fermeture du Club que tient John à Glasgow. Depuis une décennie John Hunt gère le sublime National Pop League où se déroulent des concerts mythiques dans une ambiance pop old-school, ornée de fanzines et vinyles rares. Le NPL accueillera ses habitués pour danser sur les Smiths dans la bonne humeur et la délicatesse indie-pop des larmes et des sourires avec sur scène les Pastels, Franz Ferdinand, Belle & Sebastian, Camera Obscura, Teenage Fanclub et bien d'autres. John est donc un combattant pop de l'ombre et de la lumière.



Butcher Boy, guitariste magicien, auteur-compositeur interprète signe le formidable Helping Hands en 2011 accompagné de Findlay MacKinnon à la batterie, Fraser Ford et Basil Pieroni aux guitares et mandoline, Robert Spark à la basse, Aoife Magee à l'alto, Cat Robertson au violon, Alison Eales à l'accordéon et au piano, Maya Burman-Roy au violoncelle et Anna Miles au chant.

Butcher Boy est de retour en 2017 avec l'EP Bad Things Happen When It’s Quiet. Regard dans le rétroviseur avec mon billet de 2010 : "Mandoline, trompette, cornet, flûte, guitares, violoncelle s’exécutent remarquablement sur des airs pop dignes de Joe Meek, Belle and Sebastian ou Tindersticks. Le jongleur de mélodies avoue dans une interview que ses disques favoris sont signés des Smiths, Aislers Set, Dexys Midnight Runners, Go Betweens et Love Story de Lloyd Cole, marottes musicales loin de déprécier le personnage."
ButcherBoyPiggledyPop2010



Butcher Boy se penche sur l'Histoire pour concocter ses trois chansons chamber-pop de Bad Things Happen When It’s Quiet, s'inspirant de faits passés mis en lumière par son art de la composition. Les arrangements de cordes, la basse et les guitares sur le clavier psyché scintillent sur November 1947, Storm Warning in Effect. Le chant voluptueux inonde la mélopée, avec la rythmique appliquée et riche qui personnifie le thème de la tempête infernale cet hiver 47. John est un amateur de littérature et fondu de sa culture écossaise, il s'en nourrit pour la partager dans ses textes. John Hunt : 'Lyrically though I’d say there is a more pronounced influence… a lot of my favourite writers are Scottish, people like Edwin Morgan and Don Paterson, and I admire the way they can invoke an implicit Scottishness without it being offensive or cloying. Those writers, and the film maker Bill Douglas, resonate with me a great deal more than much in the way of Scottish music'. Puis July 1950, The Captain is the Whale demeure délicieusement ancré dans l'ancien temps. Le clavecin cristallin et la guitare galopent joviaux et tumultueux pour décrire cette folle odyssée vers le Cape Cod National Seashore, ces automnes et hivers après guerre, histoire commune partagée avec la Normandie et Terre-Nova. Le voyage se poursuit, lyrique, épique avec November 1951, Bad Things Happen When It’s Quiet. Le quartet se lie magnifique aux voix de sirènes et à celle de John, puissante, élégante, pour former une histoire sur trois volets harmonieux et sublimes. Les arrangements sont spectaculaires, le tempo héroïque avec la chorale mariée aux instruments, forme comme une troupe résistante radieuse. La conquête des émotions est réussie.
Butcher Boy s'est produit en public en avril dernier pour une soirée unique aux Govanhill Baths, à Glasgow, un endroit superbe qui date de l'époque victorienne dont les bains sont fermés depuis 2001 sur décision de la mairie. Depuis, l'endroit vit grâce à des expositions, lectures de poésie, films, des concerts dont les bénéfices vont à un Trust qui avec cet argent, investit dans la restauration de la splendide piscine qui rouvrira cette année pour fêter son 100ème anniversaire.
ButcherBoy



Bad Things Happen When It’s Quiet est enregistré l'hiver 2017 à Glasgow avec son ami de longue date l'ingénieur, arrangeur, multi-instrumentiste Brian McNeill qui peaufine les chansons de John mais aussi nombre d'autres artistes. Brian McNeill est lui aussi un compositeur que je conseille notamment pour ses albums The Baltic Tae Byzantium paru en 2009 et Back O'The North Wind de 1991. L'album The Baltic Tae Byzantium célèbre les connexions celtiques. Il accompagne un film et des histoires individuelles qui relatent les expériences des personnalités connues ou pas. Elles forment selon son auteur, un tout, l'histoire, la culture et l'identité écossaise qui je le rappelle est intimement liée à la nôtre. Ses chansons et vidéos montrent à quel point le statut de Reine de France à impacté la vie tragique de Mary Queen of Scots, combien la foi de John Knox s'est élevée au sein des congrégations anglaises à Genève et Franfort, ce qui a conduit le Général Tam Dalyell à servir le Tzar Alexis Ier de Russie, ce qu'a vécu Clementina Walkinshaw en suivant Bonny Prince Charlie dans son exil en Flandres, qui fut la jeune fille autrichienne qui changea la vie de James Hunt, le père de Brian, à la fin de la seconde guerre mondiale. Comme l'épopée des Jacobites qui intègre notre histoire nationale, comme l'éternelle Auld Alliance, soulignée de très belle manière, la musique de Brian McNeill et de son ancien, éminent groupe Battlefield Band, mérite une attention particulière. Butcher Boy et Brian McNeill gagnent la mienne, toute.





samedi 14 avril 2018

Scrabbel

C'est sûr, le Scrabble 'is not a tough sport for tough guys'. C'est un jeu qui demande de la concentration et de l'anticipation, pas de speed, ni stéroïdes, et c'est heureux. Le Scrabble fête ses 70 ans cette année et une partie avec Scrabbel dans les oreilles est de mise.

Les Scrabbel ne sont pas pressés comme des citrons, aucune amertume mais de la maturation pour délivrer un EP qui sort en novembre 2017 après presque dix ans d'absence. C'est une disparition à mettre en guillemets puisque l'auteur-compositeur Dan Lee est aussi actif dans d'autres formations et hobbies. Claviériste des Aislers Set depuis 2003 conduis par la grande et très estimée Amy Lindon, Dan Lee est aussi le créateur de deux albums grandioses. Dan forme Scrabbel en 2000 et signe l'opus Scrabble en 2001, puis il part en tournée avec les Aislers Set. Pendant ce temps il écrit et pense à ses propres chansons qui seront signées sur le splendide album 1909 en 2005, enregistré avec une clique d'amis talentueux, la violoncelliste Helen Jo, Alicia Vanden Heuval des Aislers, et Gary Olson des Ladybug Transistor. L'année suivante, Scrabbel contient sa formation fixe de musiciens comprenant Chris Cline, Stanley Lam, Helen Jo et Aya Nakamura qui en 2008 verra la signature de Emily, I. S'ensuit une longue période sans Scrabbel qui revient cet hiver pour mon plus grand plaisir. Dan Lee, à mes oreilles et à mes yeux, fait partie des figures de l'indie pop et avec ses compositions de qualité se classent au même rang que celles des Jim Ruiz, Shebrews, Birdie, Lovejoy, Brighter, Blueboy etc.



Je parle ici de Scrabbel en 2011 : " Une multitude d’instruments orne les fabuleux morceaux, guitares, claviers, tambourins, xylophone, cor, kazoo, orgue Hammond, violon, violoncelle. Les harmonies raviront les lecteurs de Piggledy Pop. Scrabbel propose une pop indépendante griffée lounge, twee, sixties, alternative dans la pure tradition pop indie. Les textes doux et sucrés sont amenés par la voix de Dan Lee, sensuelle et épicée, qui se glisse absolument dans la lignée de Burt Bacharach, Gary Olson, Pelle Carlberg".
ScrabbelPiggledyPop2011

Dan Lee est fort influencé par les sixties, écoutant et aimant les Beatles, Love, T-Rex et les Kinks. Ses chansons sont pensées, finement arrangées twee avec un peu de brit-pop sucrée pour un ensemble solidement orchestré. Le romantisme habille les textes et les cordes les enveloppent avec des harmonies parfois bossa, psyché ou progressif et alternatif façon Yo La Tengo. Sa sensibilité et son style sillonnent ses mélopées et Dan qui joue de la guitare, basse, orgue, batterie, percussions, xylophone, et clarinette peut rendre une flûte disco pop ou un clavecin mellow comme personne d'autre ne sait le faire. Ses deux titres All Night et Summer's End mettent l'eau à la bouche et j'espère surtout qu'ils remettent Scrabbel en selle!
Scrabbel



dimanche 8 avril 2018

Stuart Kidd - You & I

Je suis totalement fan de Stuart Kidd alias Dr Cosmo's Tape Lab que les amateurs d'indie-pop connaissent très bien, je connais d'autres férus et aficionados de Stuart. Le travail de Kidd est brillant et mémorable. Je vous invite à découvrir son univers riche de chansons toutes sublimes sur mes différents billets :
"Originaire de Glasgow, le ménestrel est professeur de musique dans la vie, maestro pop sur la scène. Multi- instrumentiste, il commence à bruler les planches au sein des BMX Bandits en jouant de la guitare, mandoline, batterie, glockenspiel, percussion, flûte et en chantant aux côtés de Duglas T Stewart qui dit "Stuart Kidd seems to play with more Scottish groups today than possibly any other musician". "Stuart Kidd est à mes yeux un des meilleurs musiciens écossais de l'indie-pop et la compétition est de haut niveau". "...un garçon génial multi-instrumentiste qui assure la batterie pour Euros Childs, crée le groupe The Wellgreen aux côtés de son ami Marco Rea, avec qui il joue également dans le projet solo de Stevie Jackson. Toute la troupe de copains, avec Roy Moller, aussi talentueux les uns que les autres, ont monté le label Barne Society, basé à Glasgow, que je conseille."

KiddPiggledyPop2014
KiddPiggledyPop2015
KiddPiggledyPop2018

Autres projets avec Stuart :
TheWellgreenPiggledyPop
StevieJacksonPiggledyPop
RoyMollerPiggledyPop
EurosChildsPiggledyPop



Le 6 avril 2018 parait le nouvel album You & I orné dix titres, une bande son signée de Stuart Kidd qui accompagne le livre You & I écrit par Michael Stephen Clark. Michael est un auteur, chroniqueur et journaliste musical qui offre sa plume pour des biographies, des sujets variés, s'occupe du programme du Scottish National Jazz Orchestra. Il rédige le site historique des fondateurs de Harley-Davidson d'origine écossaise, fonde la plateforme 1320Radio où il anime son émission de radio qui balaie tous les genres musicaux écossais et offre des articles sur les animaux et leur préservation, autre passion qui l'anime. Il travaille pour le Reader’s Digest, corrige et édite des articles sur la Nature et on lui compte depuis les années 90 nombre de nouvelles, d'histoire où l'auteur aime alerter sur le dysfonctionnement de l'humain dans l'environnement.

Michael est un fin limier de musique rock, pop indépendante et allie ses centres d'intérêt en contactant Stuart Kidd pour ce projet qui me tient à coeur. You & I est une histoire qui me touche parce qu'elle est poétique, mélodieuse et surtout, évoque l'amitié, la camaraderie personnifiées par Joe and Alfie, un garçon et son chien. L'histoire montre un exemple de ténacité et de courage face à la détresse et à la peur. Les deux intrépides personnages partent ensemble à la découverte de l'inconnu, à l'aventure, et rencontrent sur leur chemin d'autres protagonistes toujours accompagnés de leur chien. Le meilleur ami de l'homme. Joe rencontre grâce à Alfie d'autres chiens et leurs propriétaires, aux profils et caractères variés. Au fur et mesure de l'escapade, le jeune Joe se rend compte que la nuit et le froid arrivent. Ils pourraient se retrouver vite en danger. Le conte prend forme quand apparait la notion de camaraderie, le besoin d'amitiés, face à l'adversité, quand surgit le pire.



You & I est un conte magnifique. Stu Kidd apporte son talent, son lyrisme et son expérience personnelle. Michael dans son processus de création et d'écriture a d'abord été séduit par la chanson de Stu Alfie issue de l'EP Notes de 2012 qui parle de son fidèle compagnon, titre dédié à son propre chien, Alfie. Touché par la chanson, Michael a illico trouvé le sujet de son histoire qui parle de ce doux et fidèle compagnon. C'est ce titre Alfie qui ouvre l'album décrivant la complicité qui peut être infiniment belle entre un bipède et un quatre pattes. Je souhaite à chacun de la vivre. Quand Stu chante 'You and I can make it' sur le tempo de la basse, du clavier galopant et aérien, on entre dans l'histoire d'un pas assuré. La fibre pop psychédélique de l'artiste a ce panache à la Harry Nilsson qui me charme sans cesse. La simplicité se mêle au génie, montrant une intelligence sans faille. L'instrumentation est fleurie, surprenante comme sur Question où la voix de Stu sensationnelle sur la guitare électrique rythme l'aventure des deux compagnons 'let me ask you a question, who is your best friend, in the whole wild world, take your time, think about it' ; Ce petit chef d'oeuvre nous laisse une porte ouverte sur la question de la responsabilité et comment chacun l'entreprend. Les couleurs surgissent belles et soyeuses dans le vert de l'herbe où les notes de guitares sautillent sur A First Time For Everything, d'une fraicheur immense. Cette impression kaléidoscope se poursuit sur Neighbourhood, zoomant sur ce qui entoure Joe et créant une ambiance fourmillante de personnages, arrangée avec un tempo entêtant et efficace.



Le livre est en format e-book avec les chansons de Stuart en écoute au fil du récit comme pour The Polka Dot Girls qui évoque les deux vilaines filles que rencontre Joe. Le titre montre joliment le style narratif de Stu et l'ampleur de son don pour la composition de chansons délicates, à plusieurs octaves, qui accrochent immédiatement. Eyeball arrive comme une bombe pop excentrique et perfectionniste dont l'air dansant, de haute-voltige, va comme un gant au personnage jongleur nommé Eyeball. La batterie endiablée sur le clavier taquin de Waldo parle du toutou un peu fou Waldo que son maitre ne parvient pas à tenir. Les tribulations de tout ce petit monde à travers la ville de Glasgow sont habillées du style psyché sixties remarquable, de la voix de Stu qui me fait fondre sur Shapes And Shadows. Chaque instrument trouve sa place de manière fantastique et équilibrée entre les mains du magicien multi-instrumentiste Kidd . Idem sur le titre Where Are You? qui à mes oreilles, est la pièce maitresse de l'album. Fantasmagorique, gorgée de douceur, avec un rythme qui démarre sur les chapeaux de roue, la mélodie animée de guitares obsessives fonctionne à merveille pour accompagner la peur de perdre un être cher, et partir à sa quête de façon acharnée et obstinée. Le dernier titre You And I en chorale décrit bien, via la pléiade de voix, la force de l'amitié. Les harmonies happent les oreilles avec sa ritournelle sertie d'un alliage de guitares, de basse, batterie et claviers où règnent toute la fantaisie et le brio de Stuart Kidd. You & I suscite du plaisir, de l'émotion. Michael Stephen Clark étend son talent à l'illustration du livre qu'il peint lui-même. Ses mots, enchevêtrés et réunis avec les mélodies et les géniales créations de Stuart Kidd forment un You & I digne d'un voyage pop au sens noble du terme. You & I est classé dans le panthéon des disques chéris par Piggledy Pop.
You&I



Michael Stephen Clark : "Alfie’ immediately conjured up images in my mind of companionship, fellowship and being ‘out in the world’ with your best buddy. I felt it had been a long time since we had a story about a wee boy and his dog with lots of picaresque antagonists, quirky humour, and some songs to listen to as you read.
Stu’s music references much of the most memorable pop melody of the last thirty years, and a lot of whic was, I would argue, character-led. You need only think of Eleanor Rigby, Polythene Pam, or just about anything by Ray Davies to see that I’m right!
Stu is more than a torch-bearer though. His songs have great empathy, a quality that I fear is sadly lacking in what passes for contemporary pop in the 21st Century."

samedi 7 avril 2018

Shannon & The Clams

Shannon & The Clams sont de Californie et véhiculent leur univers musical pop psychédélique post-punk efficacement depuis 2009 avec leur opus I Wanna Go Home. Le deuxième album suit en 2011 Sleep Talk suivi de Dreams in the Rat House en 2013 et le formidable Gone By The Dawn produit par Sonny Smith (Sonny and the Sunsets) en 2015. SonnySmithPiggledyPop2009

La jolie constance du quartet d'Oakland, Shannon Shaw à la basse et chant, Cody Blanchard à la guitare et chant, Nate Mahan à la batterie et Will Sprott au piano et claviers, nous délivre le cinquième grandiose album Onion ce mois de février 2018. Leur style est feutré de doo-wop et de pop stylée surf, mods, avec une tendance rockabilly, toujours dansant, finement mixé, supra vitaminé. Pour couronner de solides influences et un savoir-faire technique brillant, les musiciens ont de l'inspiration et de l'humour. Onion, produit et poli par Dan Auerbach (Black Keys) est un album pourtant écrit dans une ambiance sérieuse et solennelle puisqu'il est composé pendant les tristes événements qui se produisent à Oakland l'an passé, l'incendie de la salle de concerts Ghost Ship en décembre 2016 où 36 personnes perdent la vie. Le groupe y a joué souvent et compte des amis parmi les victimes. L'album leur est dédicacé.



Même si on perçoit cet hommage émouvant dans les titres Backstreets, Don't Close Your Eyes et Strange Wind, les Shannon & The Clams produisent malgré tout un album qui leur ressemble positif et constructif y mêlant les notions de sentiments, de fête, de danse et de musique. The Boy envahit la platine dès que le diamant se frotte aux sillons. L'âme de Buddy Holly apparait dans le jeu de guitare fifties et la voix de Cody quand celle de Joe Meek apparait dans le jeu de Will au Korg endiablé. It's Gonna Go Away livre une mélodie ultra dansante, fantastiquement véloce. Les guitares ciselées, les baguettes de la batterie gaillardes, fort denses, montrent toute l'expertise de la production. Le chant de Cody contient une énergie spontanée et nous embarque, somptueux et touchant, sur Backstreets entonnant 'where do we go when there's no place to run'. Les guitares y scintillent, comme sur If You Could Know où c'est au tour de Shannon de vêtir le titre de sa voix rocambolesque, pleine de soul et d'harmonies. Les myriades de rythmes font opiner nerveusement du chef, les reliefs ensoleillés de l'instrumentation subjuguent. Puis les UV viennent nous faire fondre sur la mélopée I Never Wanted Love où l'orgue se déchaine sur la voix rockabilly de Cody qui détrône la mèche huilée façon Jailhouse Rock d'Elvis Presley. Onion et son ambiance underground psychédélique offre un beat mods déjanté, et les hanches ont juste envie de se déchainer comme sur un Count Five, Small Faces, Action ou Reaction.



La voix de Shannon rejoint à la perfection la guitare de Cody sur le sublime Did You Love Me, titre le plus calme de l'album mais fort et puissant en distorsions de guitares, en échos dans le chant, en notes de Moog remplies de blues. L'interprétation continue d'envoûter sur le tumultueux et énervé Love Strike où clavier, orgue, batterie, basse et guitare deviennent joyeusement frénétiques comme sur I Leave Again, intense de vitalité. Le style vintage revient sur Tryin' aux trémolos explosant de notes panachées avant Tell Me When You Leave, fifties, power-pop élegant et old-school, avec Shannon et Cody menant un duo de grand talent. Shannon & The Clams sculptent leur propre style, retro, avec leur interprétation délicieusement punk et révoltée comme sur Strange Wind qui accroche l'attention et la décoche. L'hommage aux amis perdus continue sur le dernier titre Don't Close Your Eyes où la voix de Shannon et le texte émouvant font frissonner. L'américaine décrit son sentiment dans un article 'Everyone around us was hurting so bad and not really knowing what to do with their pain'(...)'That was how I was dealing with my own grief and fear, was to try and come up with a way to make other people feel good'. Shannon & The Clams signent un Onion fortifiant qui ne fait pas pleurer dans les chaumières mais apporte bien de l'enthousiasme et de l'entrain. A déguster absolument!
Shannon&TheClams



The Loch Ness Mouse

The Loch Ness Mouse est un groupe mené par un maestro de la pop norvégien Ole Johannes Åleskjær. Loin d'être débutant, Ole est un actif sur la scène indie depuis plus de 18 ans et cette année, il signe son cinquième album éponyme The Loch Ness Mouse, véritable keepsake musical qui marque notre époque, dessinant l'actualité avec poésie et des mélodies galbées, sculptées pour danser. Ole compose des airs alternatifs, pop, rock d'abord dans un premier groupe formé en 1992 avec son frère Jørn Åleskjær et dès 1999 sous le nom The Loch Ness Mouse avec Christina Høgetveit qui l'accompagne magnifiquement au chant, ils signent l'album Flair for Darjeeling, suivi en 2002 de Key West, en 2004 Cargo-An Introduction To The Loch Ness Mouse puis New Graffiti en 2009. Jørn signe en 2014 un bien bel album vinyle à découvrir, I´m So Glad I Spent This Day With You, produit par Ole, sur lequel il invite des amis en duo comme Gary Olson des Ladybug Transistor et les musiciens de I Was A King. Jørn offre ce mois de juin 2017 la très belle reprise du titre Shouldn't Have To Be Like That de Fra Lippo Lippi qui plaira inévitablement aux amateurs des années 80.
JørnÅleskjær



Après presque une décennie, pour The Loch Ness Mouse, Ole s'entoure d'une équipe d'artistes talentueux et brillants comme Sondre Lerche à la guitare et chant, Anne Lise Frøkedal de I Was A King à la guitare et chant, de l'auteur-compositeur Magnus Hængsle, Nick Terry au mixage (qui travaille avec Primal Scream et The Libertines), Emil Nikolaisen présent depuis les débuts, aux arrangements de cordes, auteur-compositeur, ingénieur et producteur fameux connu pour ses groupes Serena-Maneesh, Royal, Extol et musicien de Todd Rundgren.
Les influences sont typées pop eighties et seventies dans le sillage de Prefab Sprout, Style Council, Aztec Camera, Talk Talk et de la scène C-86 qu'il aime. Dès l'amorce de l'album partagée avec Anne Lise sur Warm Circuitry, la qualité des harmonies saisit et la justesse du chant séduit. On plonge dans le passé grâce au texte avec cette impression d'un flash-back appuyée par les arrangements disco-pop resplendissants. Les mots se balancent et voguent sur les thèmes de la musique et l'amour, sur fond d'optimisme, les jolis leitmotiv de l'album que l'on retrouve sur le magnifique jazzy Restore my Ears accueillant le grand Sondre Lerche. Le piano et ses métaphores y sont honorés, mis en beauté par l'ensemble lumineux d'instruments à cordes . Puis Bamboo (Love Is Not Cool) avec Magnus Hængsle arrive, sautillant et joyeux, pour évoquer la Chine que The Loch Ness Mouse connait bien pour y avoir offert de multiples concerts.



Pour ne pas faire de jaloux, on fait un saut de puce pour atterrir au Japon avec la vertigineuse ballade The Cherry Blossom in Japan qui s'immisce dans les oreilles, envahit et titille l'épiderme. Comme il est de coutume en Norvège, les duos habillent les titres à l'image de la générosité et l'esprit d'équipe de Ole, qui délie une mélodie somptueuse, une voix de velours sur Simple Song For a Bookstore. Puis le tempo reprend allègre sur Pretend It's Not So et ses mots pleins de lumière, ses cuivres et ses 'papapa' éblouissants chantés en chorale. La rythmique langoureuse ornée de guitares pastorales ennivre sur A Different Life qui parle des prémices musicaux d'un artiste en herbe pour enchainer sur le tempétueux et dynamique Rain Checks. Batterie et guitare électrique s'allient et façonnent un morceau aux contours seventies magiques. Puis on vibre à l'écoute des quelques secondes de Write To Me Anything avant Epoxy, sensuel, dont la délicatesse joyeuse des harmonies et l'agencement alternatif de la mélodie éveillent. Pourtant le fabuleux disque touche déjà à sa fin, avec Tristessa, feu d'artifice mélodique qui crée une émotion particulière et finit de combler avec ses notes de violons et de guitares entêtantes, au schéma pop imparable et splendide. The Loch Ness Mouse est un album réussi et abouti, à la veine scottish dotée de l'âme norvégienne de la brillante famille d'auteurs-compositeurs Åleskjær qui forcément fait son nid au chaud, chouchouté dans la discographie de Piggledy Pop.
TheLochNessMouse



Jørn Åleskjær - Cover Shouldn't Have To Be Like That

mercredi 4 avril 2018

Tutankamon

Tutankamon est un groupe scandinave à côté duquel je suis passée en 2009 quand il signe l'album du même nom, réellement bon à écouter presque dix ans plus tard. Un retour en arrière s'impose. Derrière ce nom de groupe, projet unique, il y n'y a pas de chameaux mais la réunion de vikings et des guitares. Les musiciens qui forment Tutankamon sont les renommés Adam Olenius de Shout Out Louds, Peter Morén de Peter Bjorn and John, Daniel Värjö de The Concretes et Niklas Korssell de New Rose. Peter et Niklas se connaissent depuis le début des années 2000 en jouant dans le groupe The Plan, respectivement à la batterie et à la basse. Peter connait aussi très bien le groupe The Concretes depuis 2002 quand Victoria leur chanteuse vient participer en duo au titre Young Folks pour les Peter Bjorn and John. J'évoque mon intérêt pour la pop suédoise dans un billet sur le Festival ÅÄÖ qui avait lieu à Paris depuis 2009 et a cessé d'exister en décembre 2015.
FestivalAAOPiggledyPop2009
PeterMorenPiggledyPop2008



Les quatre suédois talentueux, prolifiques, se retrouvent de belle manière en studio pour enregistrer dix titres solides, efficaces, se partagent la composition et l'écriture. L'album est donc fourni d'âme rock'n roll, montre un visage pop à profiles multiples et remplit les oreilles pour les faire hautement frétiller. La finesse de l'écriture entre sur la platine avec Starting to Appreciate qui fait décoller les guitares divinement dynamiques. Peter Morèn dégaine les mots avec toujours autant d'élégance, quand la clique d'amis, de chorale, avec un brio digne des Beatles, entonne 'i'm starting to appreciate all the things i already have'. La batterie, la basse et les clap-hands ne désarment pas la rythmique en acier brut quand parvient le titre grandiose Have You Ever Been In Love signé et chanté par Adam Olenius. Les trois minutes sont un délice pop musclé et finement joué par l'équipe. L'esprit de groupe ne quitte pas le drakkar à l'écoute de It's Not Over, écrit et interprété par Adam avec toujours ses fidèles compagnons aux guitares et aux choeurs. Paroles et arrangements guerriers, positifs, parcourent l'échine pour donner une sacrée envie de danser, comme sur le génial Three Of Us. Les harmonies de guitares se croisent, s'emmêlent, et se fondent à la perfection au style notable de Peter Morèn.



Puis Daniel Värjö allié à Peter offre un somptueux New Band in Town, dont le langoureux harmonica habille le titre de volupté. Le morceau, émouvant, parle des instruments, de la mandoline au tambourin et les fait respirer majestueusement, suivi de la batterie royale qui marque l'album d'une énergie généreuse et contagieuse. Les notes de guitares rock s'envolent vitaminées, pour faire bouger les hanches sur Are You Sure où les artistes clament joyeusement 'are you ready for the competition, are you sure?' sur un ton taquin et une mélodie pop griffée par Adam. Quand We Can't Have This Undone délivre des arpèges suprêmement beaux signés de Daniel qui subjugue par son chant d'une force troublante et réchauffe les coeurs. Daniel continue d'empourprer les oreilles armé de sa guitare aux côtés de Peter sur All the Things qui fuse avec une vivacité lyrique nous laissant imaginer un Dexy's Midnight Runners jouant avec le Velvet Underground. Quand l'ambiance pop furibonde de Oh Oh Oh Oh arrive aux oreilles c'est la confirmation que les suédois se sont éminemment amusés en studio. Enrubanné de cet esprit frais et de cette belle humeur, on ne peut que sautiller gaiement sur la mélodie. The Grown-up termine sur une note moelleuse, groovy et lyrique, dans l'échange et le partage de musicalité, de mots chaleureux à l'image de tout ce magique Tutankamon .



lundi 2 avril 2018

Mitchell Johnson

Je suis fan de Mitchell Adam Johnson depuis des années. Le jeune musicien commence en 2006 mettant en place avec son compère Ryan Ruff Smith le groupe Spencer McGillicutty. Depuis, je ne cesse d'être impressionnée par son travail en solo débuté officiellement en 2014 avec un premier EP Half Moon Lane. Mitchell se dessine de plus en plus comme l'étoile montante de la sunshine pop dans le sillage de Paul Williams et de Jimmy Webb. L'artiste américain revient avec une petite bombe pop en mars 2018 nommée Marigold que je classe dores-et-déjà dans les meilleurs productions 2018 sur Piggledy Pop. Les harmonies fourmillent à perdre la tête, les arrangements sont sophistiqués, sensuels, pleins de flûte, de clavecin, de cordes produits, cela s'entend, avec plaisir et amusement. Rien n'est prétentieux chez Mitchell et ce côté terrien, lucide et humble n'aveugle non seulement pas son jugement dans la création mais le fait rayonner. En plus de l'écriture, de la production, il chante et joue de la guitare acoustique, électrique, classique, du piano, de l'orgue, mellotron et du clavecin.



Au sujet de Half Moon Lane, j'écris en 2015 : "La pochette fort belle, et romantique est à l'image des quatre titres pleins de charme. Les mots et les arrangements pop baroque transportent dans une rêverie d'une autre époque et le chant somptueux de Mitchell conforte dans cette sensation. Mitchell qui joue de la guitare acoustique, du piano et mellotron compose des mélodies fleuries d'orchestrations très inspirées. Pour ce faire, à ses côtés il y a le fidèle et magique Tylor Tholl qui assure guitare électrique, basse, piano, orgue, clavecin, melodica, batterie, guitare classique, Korg, glockenspiel, accordéon, shaker, maracas, tambourin, cymbales, cloches, harpe, carillon etc.."
MitchellJohnsonPiggledyPop2015



Autour de lui, pour le chef d'oeuvre Marigold, on retrouve son ami Tyler Tholl qui assure batterie, tambourin, basse, cymbales, cloches, guitares acoustique et électrique, banjo, orgue, vibraphone, synthétiseur et instruments comme l'ocarina, marimba et flûte irlandaise. Il y a aussi le brillant Andy Thompson au violon, accordéon, flûte, basse, guitares, claviers, tambourin et rythmique. Ils sont accompagnés de Nick Syman au trombone, Dan Lawonn au violoncelle, et la participation sur certains titres des amis fidèles Brian Tighe, Paul Hilton aux guitares et Kara Laudon au chant.

La magie opère dès les notes de piano de Through A Mood Indigo dont le texte est signé par Mitchell et Ryan. Les violons et le violoncelle viennent frotter leurs archets avec une délicatesse folle sur le clavecin précieux et le grandiose trombone. Le lyrisme resplendit d'emblée et émeut, inévitablement. Le style indie pop entre en scène façon Jon Brion avec le succulent Keeping Secrets qui ne quitte pas mon esprit depuis qu'il y a niché ses harmonies. La mélodie alternative est un édifice pop fantastique dont le thème intime et discret ne se déshabille pas, pas encore. Le rythme prend de l'ampleur, de la texture sur At Another Stop qui embarque sur la piste de danse comme tout type de pistes. Le tempo emmené par le claphands, le coffre de la guitare acoustique qui se dandine sur la basse magnifique créent une chanson vive et souriante. La douceur touchante des cordes de guitare de Paul Hilton, du piano, sur As we Lie se mélangent à la voix émouvante de Mitchell qui touche secrètement et assurément . Le thème amoureux est chanté avec une élégance romantique séduisante et décidée comme sur Losing Sleep où le gentleman épris rêve d'allonger le temps avec l'élue de son coeur .



Suit dans le même ton et la même ambiance Reveries qui est à mes oreilles un réel bijou intemporel dans la veine de ceux griffés d'Harry Nilsson avec son piano, vibraphone vibrant et sa basse envoûtante. Les arrangements pivotent, roulent et glissent pour dessiner une atmosphère dorée, sentimentale sur Close Enough pour mettre en musique deux coeurs aimantés malgré une distance et le temps qui les séparent. La production des harmonies de Grasshopper est lumineuse, ensoleillée par le tour de chant brulant de Mitchell. L'essence et la matière sensuelle déroulent les partitions de Don't try, une déclaration d'anamour, une rupture, aux contours psychédéliques d'une beauté inouie. Tourniquet Love vient clore l'album avec, présente sur l'ensemble des chansons, la métaphore du manège, du carrousel de mots langoureux, de peaux effleurées, de cordes sensibles pincées et frottées. Mitchell Johnson triomphe par sa voix renversante, ses titres vraiment sublimes au parfum d'éternité et en signant Marigold, il embrasse des grands noms comme Paul McCartney, Brian Wilson et Elliott Smith.
MitchellJohnson



Françoise

J'écris sur Françoise il y a un an, presque jour pour jour : "Tout droit arrivées de Montréal, les premières notes de l'album nommé Amour d'été font resplendir de la douceur yéyé et de la joie de vivre d'antan. 
Françoise est un joli projet qui réunit Marc-André Beaudoin et Jacinthe Riopel, rencontrés lors d'un karaoke, mais oui ! Fans des sixties et de Françoise Hardy, ils se partagent les tâches, duo oblige, depuis leur premier groupe Corail Parc. Marc-André qui jouait également dans Palais, Balmoral et Rose Fargo, se charge de la composition, joue de la basse et de l'orgue quand Jacinthe écrit les textes et les chante. Le couple s'entoure des musiciens du groupe Le Couleur, Patrick Gosselin aux guitares, Steeven Chouinard aux percussions et à la batterie, Félix Dyotte et Laurence Giroux- Do dans les choeurs."

Du premier baiser est le nouvel EP de Françoise comprenant six chansons stylées et parfumées aux sixties qui fleurira le 20 avril prochain. Le bijou yéyé de Montréal est derechef concocté par Jacinthe et Marc-André aux commandes avec à bord les musiciens de Le Couleur . Maritza Bossé-Pelchat de Lisbonne Télégramme vient compléter l'équipage au chant. Jacinthe et Marc-André décrivent leur univers comme 'pop, français, ensoleillé, rétro, drôle et sucré' et aiment écouter Françoise Hardy, Gainsbourg, France Gall, Beatles, Kinks, Zombies.



Le tempo des violons, la rythmique endiablée commencent leur chevauchée yéyé dès l'amorce du bondissant Redis-moi que tu m’aimes. Les arrangements subtiles sur la voix rayonnante de Jacinthe nous rappellent illico les savoureuses mélopées d'antan conduites par Brigitte Bardot, Annie Philippe, Stella ou encore Marie-France. C'est une belle invitation à un voyage dans le passé, quand on secouait les couettes, faisait danser les socquettes devant les Prisunic, l'âme dolente, tentant timidement l'aventure sentimentale du "main dans la main". La mélodie virevoltante habillée de cuivres crée une rétrospective, savamment amplifiée par les mots rétro et old-school. Le souvenir, la mémoire, l'oubli, le rêve, le coeur et la danse prennent forment sur Fais moi danser. Le titre de qualité, au rythme déterminé évoque le flirt avec une allure fort élégante. La myriade d'instruments qui vient orner Jardin fait voltiger le titre au charme vivant et enthousiasmant. La basse grandiose poursuit son galop sur J'ai fini de pleurer où guitare et batterie brillent de mille feux. Le texte et la guitare aux accents vahinés se marient sur le chaud et mélodieux Une île au paradis qui fleure le sable et la pop. Les claviers splendides et le chant soyeux de Fleur bleue poursuivent le voyage dans le temps avec son caractère fougueusement ingénu et spontané. Le croustillant et excellent EP Du premier Baiser de Françoise réhabilite le genre french-pop sixties avec classe et une talentueuse constance.
Françoise