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dimanche 18 mars 2018

Wednesday Campanella

Bricolage électronique alternatif haut de gamme, avec du piano, de la veine garage J-pop, des violons, j'accroche vraiment au style . Une fois n'est pas coutûme et dans ce cas ci, il n'est pas besoin de prendre des pilules, se mettre en transe, pour l'apprécier. Wednesday Campanella est un groupe japonais qui offre un univers kaléidoscope drôle en proposant de la légèreté autant sonore que visuelle. Remède qui va aider à patienter en attendant la coupe du monde de rugby 2019 au Japon.
Wednesday Campanella nait en 2011 de la volonté de Dir.F, leader du label Tsubasa Records qui souhaite mettre en place un projet musical avec le producteur de musique electro-pop Hidefumi Kenmochi. Le musicien, producteur, compositeur, s'occupe des arrangements et écrit essentiellement sur des personnages, des événements historiques. Ils rencontrent KOM I en 2012 et Wednesday Campanella est très vite à l'oeuvre avec un premier mini-album en 2013 Crawl to Saka Agari suivi par Rashomon puis Cinema Jack en 2014. Cette même année parait le quatrième mini-album Watashi wo Onigashima ni Tsuretette qui annonce l'EP Triathlon de 2015. En 2016 le groupe est invité au festival américain SXSW et profite de cette occasion pour lancer l'album UMA.



Les thèmes vont de Marie-Antoinette à Superman en passant par Jeanne d'Arc, Napoleon et Genghis Khan et l'interprète Kom I y ajoute sa belle humeur. Son rythme et son sourire accompagnent ses shows sur scène parodiant des situations aux allures de karaoké ou d'hommage à Audrey Hepburn.
Les instrumentations électroniques sont mariées à des arrangements de piano, de flûte et de voix offrant un style pop japonais et tropical magnétique, extrêmement dansant. L'univers de Wednesday Campanella est en bonus habillé d'humour, ce qui laisse une belle impression d'humilité et de décalage. L'album Superman sort le 8 février 2017 et dès les premières notes de Sakamoto Ryoma, l'envie de danser saisit. Le sujet est d'ores et déjà enivrant puisque Sakamoto est un héro pour les japonais, célébré et fêté, ce chef mythique guerrier de la fin du XIXeme siècle, as du sabre, bataille pour rendre le pouvoir à l'empereur en chassant les étrangers, les barbares. La mélopée est festive, la rythmique entrainante comme celle de Ikkyu-San qui évoque le personnage d'une bande dessinée nationale, un garçon qui s'entraine pour devenir moine. La basse funky réussit un beau tour de force sur la voix énergique de Kom I qui oscille entre la douceur et la fermeté. Puis Genghis Khan semble surgir de ses montagnes sauvages avec les instruments traditionnels mongols mélangés avec dextérité au piano et au synthétiseur. Les arrangements toujours finement alternatifs sont formidablement orchestrés et rendent l'écoute addictive. L'histoire et la tradition mongoles sont de nouveau judicieusement honorées sur le morceau Melos sorti en mai dernier. Fort d'une vidéo comprenant 100 enfants mongols, 100 magnifiques chevaux, Wednesday Campanella avec son titre participe à l'élaboration du Japan Derby main dans la main avec le JRA (Japan Racing Association), avec au passage, un élégant clin d'oeil à la Mongolie du XIIIème siècle.



L'album poursuit avec son tempo virevoltant et Chaplin, qui au prime abord ne me séduisait pas et me semble plus précieux et abouti à chaque écoute. Son mysticisme me laisse imaginer les français Air ou Phoenix déguisés en pokémon, idée qui finit de me transformer en une fan samourai décidée comme les membres du club WedCamp. Suit Audrey qui retrace sur une mélodie dancepop la filmographie d'Hepburn. De manière surprenante, toujours décalée, apposant des univers qui s'entrechoquent, l'instrumentation est aux antipodes du thème souligné. Kamehameha the Great cocktail de sonorités rafraichissantes, où Kom I avance princière avec son chant aérien et vitaminé, parle d'un souverain hawaien et nous donne envie de gigoter, de jouer au lasso armé d'un lei (collier de fleurs hawaïen). La performance du chant est belle sur Zeami, solidement rythmé par les violons et le piano pour parler de l'auteur de noh évoquant le voyage, le rêve, sur un tempo excité et envoûtant. L'alternance d'instruments, de rythmes et de tonalités de voix sont brillantes et efficaces sur Ame-no-Uzume, emblème du shitoïsme. L'ensemble est mis en exergue par Kenmochi, qui se révèle un compositeur hors norme d'electro-pop. Superman est si bien brodé et bricolé, contenant de la dance, de la samba, du funk, de la pop garage, et surtout de l'âme japonaise grandiose qu'il sonne immédiat mais aussi savoureux à reprendre pour le mastiquer dans tous les sens. Wednesday Campanella est un projet inclassable et attention aux oreilles fragiles, c'est un piège captivant auquel Piggledy Pop prête déjà allégeance.
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