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dimanche 4 mars 2018

Pigmy

Pigmy est l'alias de Vicente Maciá né en 1975, artiste maestro de la pop, qui apparait en 1997 à Barcelone avec son premier groupe Carrots. En 1998, il signe une reprise qui parait sur la compilation Unloved Again: Tribute to Forever Changes. Le musicien d'entrée de scène montre ses références. Le groupe enchaine sur 3 albums Saving Chocolate Coins en 1999, Sunshine en 2002 et All It Takes Is a Little Confidence! en 2004. Vicente, auteur-compositeur, chante, joue de la guitare, de la basse, guitare électrique, synthétiseur, orgue, harmonium et déjà, propose une haute dose de mélodies ensoleillées et galbées sunshine-pop sixties de grande qualité.



Vicente Maciá avec sa personnalité, son génie pour la composition et son talent de technicien apparait en solo sous le nom de Pigmy en 2005. Il signe l'album Miniaturas en 2007 suivi du gigantesque Hamsterdam en 2014 qui est pour mes oreilles et sur Piggledy Pop classé comme une oeuvre pop majeure. Il y a sur ce double album addictif, intemporel, du Kevin Ayers, Kinks, Fairport Convention, Syd Barrett, Beatles, des influences magnifiques sous la plume incroyable de Vicente qui offre des textes en granit catalan sur ses harmonies intransigeantes. Pigmy s'entoure d'une pléthore de musiciens en studio pour l'album concept, opéra-pop. Hamsterdam est une cathédrale, un temple pop. Du minimaliste, au style pop naif sixties, les arrangements deviennent seventies, comme une pièce montée mélodique illustrée par le titre qui ouvre le disque, Abriendo el retablo.

Hamsterdam narre les aventures de la souris Tomas qui se met en quête d'un environnement idéal dans la ville d'Hamsterdam. Le disque offre un plan détaillé de la cité à l'intérieur de la pochette, rendant hommage aux peintures espagnoles du XV et XVIème siècle. Hamsterdam est conçu par Vicente, arrangeur et maitre d'oeuvre puisqu'il joue guitare électrique et acoustique, basse, piano, clavecin, percussions, ukulélé, mandoline, harmonium. Sous couvert du personnage Tomas, Vicente concocte un album intime, qui nous parle de ses épreuves personnelles mais sans égocentrisme larmoyant ni dépressif, au contraire, avec une pudeur émouvante, joyeusement, en portant des particules positives.




Hamsterdam poursuit avec A.M qui s'ouvre sur le son pink floydien de la guitare électrique et des claviers tendus, stellaires qui rappellent l'ouverture Abriendo el retablo (ouvrir le retable) où Tomas la souris, né en février comme son auteur, lâche des soupirs qui se joignent poétiquement aux étoiles. Ces deux chansons magiques sont suivies de Pan y música (pain et musique), air pop minimaliste qui est arrangé simplement à l'image du petit personnage Tomas qui sent son coeur palpiter au rythme des notes, se découvre le don de transformer les âmes en musique alors qu'il doit traverser son adolescence seul parce que sa mère meurt, drame que connait également Vicente. Le hautbois swingue sur le grandiose Pastor et ses envolées de cordes, de cuivres, sur la voix absorbante et touchante de Vicente. Arrive la fabuleuse Cajas de música (boîte à musique) armée de choeurs, tambourins et mandoline pour annoncer le vitaminé Buscador de oro (chercheur d'or). Son clavecin revigorant, ses violons, ses altos et son cor pénétrants nous montrent un protagoniste qui peine à trouver son chemin dans la ville parsemée de déchets mais parvient toujours, enthousiaste, à tracer sa route, à échapper à ceux qui 'puisent le miel dans l'amertume'. La guitare et la basse s'allient princières sur Me enamoré de una perra (je suis tombé amoureux d'une chienne), plein de romantisme et d'arrangements de flûtes qui galopent sur les archets de violons, l'harmonium et la batterie passionnément entrainante. Puis on s'éprend du piano de No qui accompagne majestueux la flûte traversière, et une pléiade d'instruments pour nous mener aveuglément au coeur de la mélodie et fermer délicatement le premier volet d'Hamsterdam.



Le deuxième disque s'ouvre sur la rythmique riche d'Hamsterdam qu'explore Tomas. La beauté et l'enchantement continuent avec la voix de Vicente divinement pop accompagnée de la trompette magistrale et gracieusement tumultueuse. Les tribulations courageuses du combatif souriceau sont époustouflantes et laisseront une trace dans la postérité. On le suit sur Martillo al dedo (marteau au doigt) où Tomas bien que forgé d'acier reste d'une douceur infinie sur les arpèges délicates et indéboulonnables. Vicente resplendit à la mandoline et à la guitare. Tomas amoureux emmène sa mie (la chienne) en voyage romantique dans une forêt au sud de la ville pour aller cueillir des champignons, escapade imagée par des arrangements fervents de vielle et cascade de cordes sur (le hibou) El búho . Le couple est confronté à des obstacles et des prédateurs mais Tomas n'en a cure 'tu veux être un serpent tu n'es qu'une ficelle' . Les arrangements immuablement pop rythment les orchestrations qui alternent et surprennent comme la dansante La rueda (la roue). Boogie, sunshine, les harmonies du piano et la basse vivace sont pleines de notes enjouées mettant en musique l'avancée, pas après pas, dans ce voyage mouvementé mais où la belle du souriceau est la 'Reine dans ce grand échiquier'.



Le clocher de l'église carillonne sur la mélodie psychédélique de El gato y el ratón (le chat et la souris), où l'orchestration somptueuse est garnie de vielle, de sitar, harpe, mandoline entremêlées sur le chant vigoureux de Vicente, son texte scintillant qui dit que même traqué, personne n'a jamais réussi à mettre le souriceau sous cloche. L'image de cette pugnacité continue avec Soldadito de plomo (soldat de plomb), son tempo solide, ses choeurs pétulants, ses percussions en cascade, son melotron exquis pour conclure sur la dignité imperturbable de notre petit Tomas fort de ses expériences qui le soir tombé dit '' pour repartir gonflé et heureux vers d'autres aventures. Le double album concept Hamsterdam se referme sur la mélodie merveilleusement élégante et douce de , où Vicente trouble avec sa voix pleine d'âme et de musicalité chantant 'pour trouver, d'abord, vous devez perdre' donnant inévitablement envie de reprendre le disque à son début.

Hamsterdam est fourni, rempli d'instruments qui servent des mélodies magiques, orné d'une histoire fantastique ronde de tendresse et de coeur. Les émotions circulent et voyagent au gré des aventures de Tomas qui cache les traits de Vicente Maciá et délivre un album concept intime mais aussi ouvert, transmettant à l'auditeur sa force et son espoir. Pièce incroyablement pop de 15 titres, Hamsterdam de Pigmy est un disque extraordinaire que je place forcément dans le panthéon des disques Piggledy Pop. Pigmyland apparait sur la carte de Piggledyland. 


(A ses côtés, pour orner ses partitions magiques on retrouve son éternel ami Angel None à la guitare, voix, harmonica. Les violonistes Jordi Montero, Asier Suberbiola, Ramsès Puente, Tania Mesa, Laura Gaya avec Felipe Escalada et Aroa García à l'alto. Aux violoncelles il y a Martín Meléndez et Cèlia Torres, Robert Castellanos à la contrebasse, Cari García au hautbois, Irene Sansalvadó et Jéssica Rizo à la flûte, Jaume Peña et Jorge Sanjuás à la trompette, Tito Suarez au trombone, María Puertas au tuba, Sergi Franch au saxophone, Esteban García, cor, piano, clavecin et orgue, Freddy Forner au piano, Enrique Forner et Pep Nula à la batterie et percussions, Nathan Vilafranca et Mikel Vázquez à la basse, Paco Loco à l'orgue Hammond, Xavi Pastor à l'orgue, Dani Artacho au vibraphone, Adrià Grandia à la vielle à roue et les voix d'Alondra Bentley, Eli Martín et de Mónica Escrig.)

En novembre 2015 Pigmy signe un single évidemment sublime Villancicos, fleuri de chansons aux allures médiévales qui parlent de la nature, des planètes du système solaire, de lavandières aux sons des tambourins, qui j'espère sera suivi d'un album bientôt.
Pigmy
PigmyHamsterdam