Translate

dimanche 25 mars 2018

Friedrich Sunlight

Friedrich Sunlight est le tout récent projet de Kenji Kitahama. Kenji est un des auteurs compositeurs actuels de pop indépendante à marquer sur vos tablettes. Le californien est très actif dans le monde indie et met en place diverses formations dès 1998 avec Skypark quand il apparait sous le nom Brent pour un premier EP chez Matinee Recordings. Puis il adopte le nom Brent Kenji pour son duo avec le suédois Erik Hanspers, The Young Tradition, et l'excellent album Northern Drive de 2005.
Kenji compose et signe l'album This Is Farewell en 2004 pour son autre monitor The Fairways, tout en travaillant des chansons pour d'autres groupes comme Aislers Set et Three Berry Icecream avec qui il coopère sur l'EP Permanent Vacation de 2001 et le récent titre Three Cheers de 2017. En 2007, tandis que Kenji quitte son San Francisco natal par amour, il rejoint l'Allemagne et y retrouve en chemin un ami finlandais de longue date, Andrew Leavitt, pour former The Clay Hips.



L'installation en Bavière se traduit par l'écriture prolifique pour son nouveau projet Golden Eaves. Le single No Other sort en 2015, suivi d'une nouvelle collaboration avec Heiko, et le single magnifique Madeleine (When It Rains) parait en 2016. Ce qui me séduit beaucoup et me fait succomber c'est Friedrich Sunlight où Kenji expose tout son talent de composition en osant des paroles en allemand, réussites, éclatantes d'esprit pop. Le musicien à la voix de velours n'arrête pas. Son univers musical sunshine pop, dans la veine de Burt Bacharach et des Beach Boys, est délivré d'abord sur le single vinyle Nicht ans Meer en 2016 via le label d'Ausbourg Kleine Untergrund Schallplatten (KUS). Le talentueux propriétaire de KUS, Ronny Pinkau, y oeuvre en équipe avec Frederik Jehle et notre ami Kenji qui gère le design. L'autre excellent label de Hambourg Tapete Records accueille aussi Friedrich Sunlight. Ce single est déjà épuisé, il s'est très vite vendu.
Friedrich Sunlight retourne en studio cette année 2016 pour enregistrer l'album du même nom. Kenji est un auteur inspiré et brillant, qui harmonise, arrange avec son oreille absolue des airs fabuleux et s'allie aux excellents Bernd Maier et Thomas Riederer pour les textes pleins de références et de poésie.



Je suis fan de Friedrich Sunlight. Le travail fort complet, fort pop de Kenji qui chante la langue allemande de manière fascinante parlera aux amateurs du genre qui pourront l'écouter allongés sous un ciel bleu et imaginer Roger Nichols batifoler avec Claudine Longet. Le bijou sunshine-pop est enregistré durant l'été à Brême aux côtés du producteur Andy Lewis (Spearmint, John Howard, Paul Weller, etc). Dans les murs, il y a Bernd Maier au piano et à l'orgue, Florian Meya à la guitare électrique qui accompagne Kenji Kitahama à la guitare acoustique, Marc Frank à la batterie, Thomas Riederer à la basse et un quator à cordes.
Le galop dans le soleil prend forme dès l'entrée de Bahnsteig A et son rythme de haute volée lyrique. Evidemment, le thème du voyage est de mise, au tempo du bahn qui roule sur le piano taquin, les guitares fondantes et le chant dynamique de Kenji qui sur Melody fait des bonds périlleux avec humour en entonnant "Es tut mir leid, dass ich es sagte, Dass ich so unverhohlen fragte, Erkennen Sie die Melodie? Und was sagen sie: Fuck off!, Ein Klang, schön wie nie, Wie konkrete Poesie, Wie eine Oper von Russolo, laut und schroff". De manière logique Spuren suit solaire pour illuminer n'importe quel dimanche pluvieux avec son mariage batterie-basse sublime. Le tempo diablotin de Hiddensee alterne entre la cavalcade et le langoureux. Ses choeurs à la Randy Newman et son piano sophistiqué sur la voix déroulent un tapis de notes multicolores. Gütersloh fait un appel du pied à Friedrich Eickhoff, professeur puis recteur, organiste dans la ville de Gütersloh en 1860 et auteur de chansons entrainantes destinées aux enfants de sa paroisse. Le titre commence par des 'papapa' pour décrire avec esprit et drôlerie la vie d'un de ses habitants qui s'y ennuie et finalement apporte un aspect sympathique à la petite ville très connue en Allemagne. Dôme du Goûter offre une mélodie sensuelle grâce au jeu grandiose de la basse. L'écho dans les guitares emmène dans un moment lancinant, suave et dandy au sein d'un café douillet où les acrobaties de voix mellow réussissent leur effet.



Le claphands reprend du service sur Sommer Samstag Abend, véritable merveille sunshine-pop avant la musicalité en apesanteur sixties et douce de Limousine. Quand Drei nach zehn fait chavirer dans une ambiance de soirée sur ses notes futées, alternées, la mélodie ciselée rythm'n blues nous mène jusqu'au petit matin consommé, encore trouble. Les 'houhou' des voix sont vertigineusement dansants. L'orgue entre royal sur Mann mit Hut avec ses harmonies imparables. Kenji est troublant de charme avec ses 'papapa', son sifflement de rossignol sur son jeu de guitare enchanteur. Le tendre boogie de Nochmal von vorn, aérien, procure un plaisir certain. Les envolées de cordes de guitares électriques sur le piano et la batterie, tissées en dentelle, forment un écrin pop précieux. La basse de Nicht ans Meer trottine le nez au vent dans les rues de la ville en rêvant de la plage et les arrangements accompagnent la voix rayonnante, magnifiquement rythmée de Kenji. L'album Friedrich Sunlight est addictif, souriant, admirablement interprété par Kenji Kitahama. Même si l'allemand n'est pas sa langue maternelle il parvient parfaitement à la faire glisser sur la platine comme une sucrerie à la saveur pastorale. Somptueux, Friedrich Sunlight est assurément classé dans le panthéon des disques Piggledy Pop.

FriedrichSunlight
GoldenEavesPiggledyPop2016

KleineUntergrundSchallplatten
TapeteRecords



samedi 24 mars 2018

Nah...

Nah... est un duo jangle-dream-pop constitué de Sebastian Voss, auteur-compositeur et guitariste allemand et de la chanteuse néerlandaise Estella Rosa, également chroniqueuse sur son blog d'indie-pop Fadeawayradiate. Sebastian est inspiré, fertile à souhait, sur la scène depuis 1992 avec son premier groupe Stars Play Music, suivi de The Grindcore Poppies en 2000 crée avec son ami et complice musicien André Bosse. Viendra le groupe The Delicious en 2002 où Sebastian assure de façon fantastique les instruments. A côté de tout cela, il est aussi bassiste et batteur pour Lancaster, dans le sillage des Wedding Present et Pastels. Il met en place son superbe projet synth-pop The Fisherman and his Soul et offre le dernier album en date A Certain Kind of Hug en 2017. 
Sur un des quatre titres de l'EP Summer's Failing de Nah..., sculpté pop estivale, qui paraitra le 30 mars 2018, Kenji Kitahama vient prêter sa voix . Kenji est un musicien californien maestro dandy de la pop, prolifique, connu pour ses groupes Fairways, Skypark, Clay Hips, Golden Eaves et Friedrich Sunlight. GoldenEaves



Le premier titre Summer's Failing qui ne peut que faire gigoter tout fan d'indie qui se respecte est suivi de la reprise de Birdie, Linus. Ballade magnifique, on sautille sur la grosse caisse et la guitare électrique qui entrent animées et vivifiées d'une mélodie sensuelle. Les houhouhou qu'Estella entonne avec grâce donnent une envie irrépressible de chanter en choeur. Puis le tempo de Annie saisit instinctivement, avec ses harmonies pop gouteuses et joufflues. Sa construction psyché sur la mélodie dansante est efficace. L'envie de danser est encore plus vivace sur This Light Will Always Shine avec le mastering brillant de Greg Wislon et le mixage de Tobias Mennemeyer qui travaille aussi avec Sebastian pour The Fisherman and his Soul.
Nah... est une très belle collaboration de divers talents sous la houlette de Sebastian Voss brillant, époustouflant d'âme indie qui j'espère nous comblera bientôt d'un album aussi doré et dansant.
Nah





dimanche 18 mars 2018

Wednesday Campanella

Bricolage électronique alternatif haut de gamme, avec du piano, de la veine garage J-pop, des violons, j'accroche vraiment au style . Une fois n'est pas coutûme et dans ce cas ci, il n'est pas besoin de prendre des pilules, se mettre en transe, pour l'apprécier. Wednesday Campanella est un groupe japonais qui offre un univers kaléidoscope drôle en proposant de la légèreté autant sonore que visuelle. Remède qui va aider à patienter en attendant la coupe du monde de rugby 2019 au Japon.
Wednesday Campanella nait en 2011 de la volonté de Dir.F, leader du label Tsubasa Records qui souhaite mettre en place un projet musical avec le producteur de musique electro-pop Hidefumi Kenmochi. Le musicien, producteur, compositeur, s'occupe des arrangements et écrit essentiellement sur des personnages, des événements historiques. Ils rencontrent KOM I en 2012 et Wednesday Campanella est très vite à l'oeuvre avec un premier mini-album en 2013 Crawl to Saka Agari suivi par Rashomon puis Cinema Jack en 2014. Cette même année parait le quatrième mini-album Watashi wo Onigashima ni Tsuretette qui annonce l'EP Triathlon de 2015. En 2016 le groupe est invité au festival américain SXSW et profite de cette occasion pour lancer l'album UMA.



Les thèmes vont de Marie-Antoinette à Superman en passant par Jeanne d'Arc, Napoleon et Genghis Khan et l'interprète Kom I y ajoute sa belle humeur. Son rythme et son sourire accompagnent ses shows sur scène parodiant des situations aux allures de karaoké ou d'hommage à Audrey Hepburn.
Les instrumentations électroniques sont mariées à des arrangements de piano, de flûte et de voix offrant un style pop japonais et tropical magnétique, extrêmement dansant. L'univers de Wednesday Campanella est en bonus habillé d'humour, ce qui laisse une belle impression d'humilité et de décalage. L'album Superman sort le 8 février 2017 et dès les premières notes de Sakamoto Ryoma, l'envie de danser saisit. Le sujet est d'ores et déjà enivrant puisque Sakamoto est un héro pour les japonais, célébré et fêté, ce chef mythique guerrier de la fin du XIXeme siècle, as du sabre, bataille pour rendre le pouvoir à l'empereur en chassant les étrangers, les barbares. La mélopée est festive, la rythmique entrainante comme celle de Ikkyu-San qui évoque le personnage d'une bande dessinée nationale, un garçon qui s'entraine pour devenir moine. La basse funky réussit un beau tour de force sur la voix énergique de Kom I qui oscille entre la douceur et la fermeté. Puis Genghis Khan semble surgir de ses montagnes sauvages avec les instruments traditionnels mongols mélangés avec dextérité au piano et au synthétiseur. Les arrangements toujours finement alternatifs sont formidablement orchestrés et rendent l'écoute addictive. L'histoire et la tradition mongoles sont de nouveau judicieusement honorées sur le morceau Melos sorti en mai dernier. Fort d'une vidéo comprenant 100 enfants mongols, 100 magnifiques chevaux, Wednesday Campanella avec son titre participe à l'élaboration du Japan Derby main dans la main avec le JRA (Japan Racing Association), avec au passage, un élégant clin d'oeil à la Mongolie du XIIIème siècle.



L'album poursuit avec son tempo virevoltant et Chaplin, qui au prime abord ne me séduisait pas et me semble plus précieux et abouti à chaque écoute. Son mysticisme me laisse imaginer les français Air ou Phoenix déguisés en pokémon, idée qui finit de me transformer en une fan samourai décidée comme les membres du club WedCamp. Suit Audrey qui retrace sur une mélodie dancepop la filmographie d'Hepburn. De manière surprenante, toujours décalée, apposant des univers qui s'entrechoquent, l'instrumentation est aux antipodes du thème souligné. Kamehameha the Great cocktail de sonorités rafraichissantes, où Kom I avance princière avec son chant aérien et vitaminé, parle d'un souverain hawaien et nous donne envie de gigoter, de jouer au lasso armé d'un lei (collier de fleurs hawaïen). La performance du chant est belle sur Zeami, solidement rythmé par les violons et le piano pour parler de l'auteur de noh évoquant le voyage, le rêve, sur un tempo excité et envoûtant. L'alternance d'instruments, de rythmes et de tonalités de voix sont brillantes et efficaces sur Ame-no-Uzume, emblème du shitoïsme. L'ensemble est mis en exergue par Kenmochi, qui se révèle un compositeur hors norme d'electro-pop. Superman est si bien brodé et bricolé, contenant de la dance, de la samba, du funk, de la pop garage, et surtout de l'âme japonaise grandiose qu'il sonne immédiat mais aussi savoureux à reprendre pour le mastiquer dans tous les sens. Wednesday Campanella est un projet inclassable et attention aux oreilles fragiles, c'est un piège captivant auquel Piggledy Pop prête déjà allégeance.
WednesdayCampanella



samedi 17 mars 2018

Nick Batterham

Je suis fan de l'australien Nick Batterham depuis des années. Le maestro de la pop signe ce 14 mars 2018 un album puissant et marquant, qui ne lâche pas mes oreilles : Golden Boy. Avec la fidèle complicité de son label Popboomerang et le talent de son créateur Scott Thurling, je découvre 14 titres somptueux, orchestrés subtilement, aux harmonies lumineuses sur la voix de Nick qui insuffle du charme poétique dans chaque mot.

J'en parle ici en 2014 "Nick Batterham originaire de Melbourne est un auteur-compositeur qui est actif dans son domaine depuis plus de 20 ans. Et ce domaine artistique est large et étendu, va des studios à la scène, à l'accompagnement et arrangement pour d'autres groupes à la création de musique de films et de sons pour la télévision qui lui valent d'être nominé en 2009 au AFI award. Guitariste et pianiste, il est dès 1991 leader du groupe Blindside qui part en tournée avec les Smashing Pumpkins. Puis il intègre des formations sur scène comme INX, Teenage Fanclub ou les Lemonheads, puis forme les Earthmen en 1993. Après avoir concocté avec ces derniers deux albums, il participe au chant de l'EP From the Wrestling Chair to the Sea des Steinbecks, en 1996 conduit le groupe Cordrazine qui se sépare en 1998 et se reforme en 2009, joue de la guitare sur l'album One Eyed Man de Mark Seymour, enregistre, mixe et joue de l'harmonica sur l'album des Summer Cats Songs for Tuesdays en 2009 et assure le violoncelle, les claviers, la production de l'album éponyme des Blackchords la même année. Fort de son expérience, il se plonge corps et âme dans son projet solo 20 ans après les Earthmen avec un opus magnifique signé en 2010, Second Lovers." "Son travail personnel et intime dont les textes dessinent un bilan de son expérience passée est un aboutissement superbe après tant d'années et continue tout en splendeur avec le second disque de 2013, Closing Time At Yah Yah’s." Il sera suivi en 2014 par Lucky Cat puis Self Inflicted, No Sympathy en 2015.

NickBatterham
TheEarthmen



Golden Boy est donc le cinquième volet de Nick Batterham et la poésie, le beau dans l'indiepop atteint ici des sommets. L'enchantement commence dès les premières notes jouées au piano de Golden Boy découvrant le chant cristallin de Nick qui déroule de l'élégance, ornée et cuivrée d'une instrumentation délicate. Le titre phare ouvre magnifiquement l'album qui enchaine sur les guitares dansantes de Nothing Lasts et les paroles 'sing me a song' qui capturent l'attention et les émotions grâce aux arrangements de cordes et ses choeurs entrainants. Arrive No Excuses, intime et romantique, le picking joué à la guitare, forme une ritournelle ronde à l'impact efficace. Il y a dans ce titre autant de sensualité à la 'Sunday Morning du Velvet Underground' que de poésie tellement douce qu'elle devient brute, révoltée, à la 'Baader Meinhof de Luke Haines'. L'écriture de Nick Batterham est à mon avis, actuellement, une des meilleures sur la scène indie internationale. L'auteur-compositeur et multi-instrumentiste continue d'exceller avec la mélopée Never Write A Love Song offrant deux minutes de pureté mélodique. Medals impose une rythmique vibrante au fil du titre qui tisse des liens harmonieux avec violons, cuivres, guitare et la voix de Nick qui envahit et continue de subjuguer sur Perfect Cloud. Véritable bijou voix-piano qui laisse entrer petit à petit basse et cornet, le morceau introduit le rayon de soleil entre les persiennes lyriques de Impossible, déclaration d'amour d'une beauté singulière qui empêche simplement d'alunir.




On reste en apesanteur à l'écoute de Could You Look After Me, aux accords éblouissants, menés de manière alternative pour nourrir la matrice d'harmonies, de mélodies magiques. Lost enchaine aussi agréable et somptueux avant le métaphorique The Prince Of Pascoe Vale. Le musicien crée les passerelles entre le passé et aujourd'hui sur un mélange guitare-voix dosé, émouvant, avant les envolées de cordes de Threadbare où l'ambiance clandestine cimentée par l'écho de la voix, des guitares et la grosse caisse montre la virtuosité de Nick Batterham. Set Things Right dégaine une ode langoureuse, une fable sentimentale impeccable sur un piano caressant et une guitare pleine d'aura. L'âme 'ricaine' de l'harmonica sur Lost In L.A. nous éloigne du rivage brit-pop, nous exile dans une délectation mélodique pour nous ramener à l'élémentaire avec I Know I'm Home. Ce dernier morceau confère à l'album une unité familière et chaleureuse, la volonté décomplexée de parler d'amour et de l'offrir. Nick Batterham écrit et décrit ses sentiments, sombres ou lumineux, les met en musique comme un orfèvre, arrange et harmonise tel un sculpteur. Golden Boy est épithélial, authentique, s'inscrit dans l'intime, enlace et devient un monument de délicatesse .
NickBatterhamGoldenBoy



dimanche 11 mars 2018

Parks Squares and Alleys

J'écris sur le projet de Sergey Khavro en 2016 :"Parks, Squares and Alleys apparait en 2013 avec sa nouvelle cape et un premier ep qui porte bien son nom, Youth, aux traits electro-pop contemporains. Suit le single Forest puis l'album en 2015 Against Illusions and Reality qui dévoile des mélodies originales, sculptées, un peu plus matures et vraiment réussies. Aux manettes du projet c'est le musicien Sergey Khavro qui opère seul enregistrant ses mélopées lo-fi dans son home studio. Inspiré, ses titres sont chaloupés et arrangés avec idée et technicité. J'ai eu un coup de coeur pour Soft Clouds notamment et Bicycle, qui s'inscrivent dans le paysage magnifique que Sergey a sous les yeux, les plaines de Khabarovsk dans l'Est de la Russie."
ParksSquaresAndAlleysPiggledyPop2016



Le jeune artiste déploie ses ailes de compositeur pour offrir un nouvel album ce mois de janvier 2018. Parks Squares and Alleys signe Cold Blood Magic orné de 11 titres dansants et solides. Il est aussi coloré en mélodies, en thèmes qu'en arrangements que Serguey peaufine et orchestre lui-même. La sensation de maturité et de débit d'inspiration saute aux oreilles. Il décrit avec finesse une jeunesse libre, audacieuse en quête d'absolu qui se consume de façon fulgurante sur le premier titre Cold Blood Magic aux sonorités fantasmagoriques avec l'écho grandiose dans les voix et les guitares. L'entrée en matière est symphonique, piano et basse donnent de la consistance avant l'arrivée du clavier et de la batterie psychédéliques de Marmelade Man dont les métaphores faites d'épée en sucre, de peuple confiture, de chateau d'oignons, cavalent pour donner de la noblesse à l'écriture. Le boogie tisse sa toile sur Crayons qui décrit l'idée de conformité sur des harmonies fondantes qui font balancer les oreilles jusqu'à ce que le rythme décolle sur Disco Girl qui fait déménager les meubles. Le baladin russe devient amoureusement intrépide. Les arrangements bondissants propulsent des notes de basse et des riffs de guitares funky. L'ensoleillé et bouillant In Your House conduit par ses guitares s'envole, aérien et cristallin. Man in the Sky, continue dans l'ascension et gravite autour du sujet de l'aveuglement, d'un esprit collectif ignorant qui agit par dévotion crétine.



Puis le tempo s'accélère au rythme d'un coeur vif sur le romantique We're Not Just Friends suivi du battement par minute qui galope guilleret sur Parasites, single de 2016 : "Le titre excellent arrive d'un pas assuré, avec ses rythmiques, sa basse et sa guitare voltigeantes et la voix de Serguey d'une justesse convaincante, très mélodique quand il déclame "Can you see it? That’s the world of parasites. All the people I’ve tried to avoid (I see them around), All the voices I’ve tried to ignore (I hear them so loud)". Le discernement et la lucidité du musicien brille de mille feux dans les harmonies, dans son chant solide, dans les mots et dans l'avancée de Cold Blood Magic. Sa force presque froide devient brulante et passionnée sur le titre qui boucle l'écoute Mist on the River. La rythmique lointaine, au flegme élégant, planant et synthétique est efficace comme répondant au premier titre pour garantir un effet d'homogénéité intelligente à l'album. Cold Blood Magic est une sucrerie pop aussi 'burning' que 'cold' avec un Parks Squares and Alleys plein d'âme, de jardins secrets dont le talent en évolution constante titille et charme assurément. Spasiba, спасибо monsieur Khavro.
ParksSquaresAndAlleys



samedi 10 mars 2018

George Michel

George Michel (1763-1843) est surnommé 'le Ruysdael de Montmartre'. L'artiste peintre, façonné, inspiré par les grands peintres du Siècle d'or hollandais, n'a eu de cesse de reproduire les paysages parisiens et les alentours. Méconnu du grand public, il est le peintre parisien par excellence ayant été le seul à fournir autant de toiles et dessins sur la ville de Paris. Quelques jours avant de mourir il a encore quelques 1000 toiles à vendre. Peut-être trop en avance sur ses contemporains, sa technique et son oeil ne lui apporteront pas la reconnaissance méritée de son vivant ni d'ailleurs de manière posthume. George Michel inspiré par Rembrandt influence Van Gogh qu'il appelle Maître Michel.

Les toiles de George Michel exposées à la Fondation Custodia, parmi quelques quatre-vingts peintures et dessins de collections publiques et privées françaises, viennent essentiellement de Fritz Lugt. Elle se tient au 121 rue de Lille dans le 7ème arrondissement au sein des hôtels Turgot et Lévis-Mirepoix dont la cour s'ouvre sur la rue de Bourbon (renommée en 1792 rue de Lille). 



Construit en 1743 par Anne Robert Jacques Turgot, homme politique et économiste français, ministre de Louis XVI, le bâtiment en fond de cour plein de charme offrait côté rue un premier bâtiment contenant une écurie pour quinze chevaux, quatre remises de carrosses et grenier à foin qui furent remodelés par l'occupant suivant en 1836 la famille Crillon et leurs descendants, les Lévis-Mirepoix. Le comte de Lévis-Mirepoix en 1895 change les anciens communs côté rue en immeuble de cinq étages. Il s'y installe et y vit jusqu'à sa vente à la duchesse d’Estissac de La Rochefoucauld en 1928 qui le vendra au collectionneur et historien d’art Fritz Lugt (1884-1970) qui achète les deux hôtels en 1953.



L'exposition de qualité, rare et exceptionnelle revient au mérite de deux hommes : Fritz Lugt et dans son sillage, Ger Luijten. Fritz Lugt, né en 1884 à Amsterdam est un historien de l'art et un collectionneur dont la singularité sera de consacrer sa vie à inventorier les dessins flamands et néerlandais du musée du Louvre, de la Bibliothèque nationale de France, de l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris où il vit et meurt en 1970 et surtout, de la vouer à collectionner les peintures de George Michel. Sans chercher à s'enrichir, ce passionné au goût aiguisé constitue sur des années une collection unique de dessins, de gravures, lettres d'artistes, de peintures et de livres anciens. Après la guerre, en 1947 il crée la Fondation Custodia, dépose toute sa collection en 1953 dans l'hôtel Turgot qui devient musée. Il créera également à Paris l'Institut Néerlandais. 



Cette passion sera transmise des années plus tard à Ger Luijten, actuel directeur de la Fondation Custodia (qui veut dire 'bonne garde' en latin), d'abord conservateur au musée Boijmans de Rotterdam puis au Rijksmuseum (musée national néerlandais) d'Amsterdam. Il dédie toute son énergie et sa vocation, son expérience d'historien de l'art pour délivrer de grandes peintures au public et rendre les archives accessibles via la bibliothèque qui contient 130 000 volumes sur l'art, livres et périodiques, consultables sur place. Ger Luijten prend la tête de la fondation en 2010 et depuis n'a de cesse d'émerveiller les visiteurs du musée. Le 26 janvier a débuté l'exposition des peintures de George Michel en association avec le monastère royal de Brou.



Peintre qui influencera Van Gogh, George Michel est un peintre de plein air et mettra ses pinceaux au service de Paris, des Buttes-Chaumont, de Montmartre avec ses vignes, ses moulins, ses champs dorés, jusqu'à Chartres, la Normandie, avec des huiles sur toile, sur papier, des estampes et fusains. Il est le peintre qui joue avec les gris et transforme les ciels de tempête, d'orage et de pluie en oeuvres sublimes. Sublime, rêve et merveilleux sont les leitmotivs qui décrivent les toiles de George Michel. On est conquis devant ses paysages et ses ciels passionnés, fièrement irisés de nuages préromantiques dont le blanc par touches en relief offre de la matière. Une touche finale en guise certainement de signature. Ses lignes d'horizons sont aussi magiques et lumineuses. Ses arbres fougueux aux feuilles vives, ses paysans aux champs mouvementés déposés sous ce ciel orageux sont aussi une signature. Précurseur de l'école de Barbizon, le 'Ruisdael de Montmartre', le paysagiste énigmatique, exposé au Louvre, musée d'Orsay, Carnavalet, au Metropolitan Museum of Art de New-York, à La Haye, et Cardiff est un peintre d'émotion avant-gardiste et non académique qui nous invite à l'émotion et à l'admiration.
FondationCustodia



George Michel Du 27 janvier au 29 avril 2018 Fondation Custodia / Collection Frits Lugt 121 rue de Lille 75007 Paris



dimanche 4 mars 2018

Pigmy

Pigmy est l'alias de Vicente Maciá né en 1975, artiste maestro de la pop, qui apparait en 1997 à Barcelone avec son premier groupe Carrots. En 1998, il signe une reprise qui parait sur la compilation Unloved Again: Tribute to Forever Changes. Le musicien d'entrée de scène montre ses références. Le groupe enchaine sur 3 albums Saving Chocolate Coins en 1999, Sunshine en 2002 et All It Takes Is a Little Confidence! en 2004. Vicente, auteur-compositeur, chante, joue de la guitare, de la basse, guitare électrique, synthétiseur, orgue, harmonium et déjà, propose une haute dose de mélodies ensoleillées et galbées sunshine-pop sixties de grande qualité.



Vicente Maciá avec sa personnalité, son génie pour la composition et son talent de technicien apparait en solo sous le nom de Pigmy en 2005. Il signe l'album Miniaturas en 2007 suivi du gigantesque Hamsterdam en 2014 qui est pour mes oreilles et sur Piggledy Pop classé comme une oeuvre pop majeure. Il y a sur ce double album addictif, intemporel, du Kevin Ayers, Kinks, Fairport Convention, Syd Barrett, Beatles, des influences magnifiques sous la plume incroyable de Vicente qui offre des textes en granit catalan sur ses harmonies intransigeantes. Pigmy s'entoure d'une pléthore de musiciens en studio pour l'album concept, opéra-pop. Hamsterdam est une cathédrale, un temple pop. Du minimaliste, au style pop naif sixties, les arrangements deviennent seventies, comme une pièce montée mélodique illustrée par le titre qui ouvre le disque, Abriendo el retablo.

Hamsterdam narre les aventures de la souris Tomas qui se met en quête d'un environnement idéal dans la ville d'Hamsterdam. Le disque offre un plan détaillé de la cité à l'intérieur de la pochette, rendant hommage aux peintures espagnoles du XV et XVIème siècle. Hamsterdam est conçu par Vicente, arrangeur et maitre d'oeuvre puisqu'il joue guitare électrique et acoustique, basse, piano, clavecin, percussions, ukulélé, mandoline, harmonium. Sous couvert du personnage Tomas, Vicente concocte un album intime, qui nous parle de ses épreuves personnelles mais sans égocentrisme larmoyant ni dépressif, au contraire, avec une pudeur émouvante, joyeusement, en portant des particules positives.




Hamsterdam poursuit avec A.M qui s'ouvre sur le son pink floydien de la guitare électrique et des claviers tendus, stellaires qui rappellent l'ouverture Abriendo el retablo (ouvrir le retable) où Tomas la souris, né en février comme son auteur, lâche des soupirs qui se joignent poétiquement aux étoiles. Ces deux chansons magiques sont suivies de Pan y música (pain et musique), air pop minimaliste qui est arrangé simplement à l'image du petit personnage Tomas qui sent son coeur palpiter au rythme des notes, se découvre le don de transformer les âmes en musique alors qu'il doit traverser son adolescence seul parce que sa mère meurt, drame que connait également Vicente. Le hautbois swingue sur le grandiose Pastor et ses envolées de cordes, de cuivres, sur la voix absorbante et touchante de Vicente. Arrive la fabuleuse Cajas de música (boîte à musique) armée de choeurs, tambourins et mandoline pour annoncer le vitaminé Buscador de oro (chercheur d'or). Son clavecin revigorant, ses violons, ses altos et son cor pénétrants nous montrent un protagoniste qui peine à trouver son chemin dans la ville parsemée de déchets mais parvient toujours, enthousiaste, à tracer sa route, à échapper à ceux qui 'puisent le miel dans l'amertume'. La guitare et la basse s'allient princières sur Me enamoré de una perra (je suis tombé amoureux d'une chienne), plein de romantisme et d'arrangements de flûtes qui galopent sur les archets de violons, l'harmonium et la batterie passionnément entrainante. Puis on s'éprend du piano de No qui accompagne majestueux la flûte traversière, et une pléiade d'instruments pour nous mener aveuglément au coeur de la mélodie et fermer délicatement le premier volet d'Hamsterdam.



Le deuxième disque s'ouvre sur la rythmique riche d'Hamsterdam qu'explore Tomas. La beauté et l'enchantement continuent avec la voix de Vicente divinement pop accompagnée de la trompette magistrale et gracieusement tumultueuse. Les tribulations courageuses du combatif souriceau sont époustouflantes et laisseront une trace dans la postérité. On le suit sur Martillo al dedo (marteau au doigt) où Tomas bien que forgé d'acier reste d'une douceur infinie sur les arpèges délicates et indéboulonnables. Vicente resplendit à la mandoline et à la guitare. Tomas amoureux emmène sa mie (la chienne) en voyage romantique dans une forêt au sud de la ville pour aller cueillir des champignons, escapade imagée par des arrangements fervents de vielle et cascade de cordes sur (le hibou) El búho . Le couple est confronté à des obstacles et des prédateurs mais Tomas n'en a cure 'tu veux être un serpent tu n'es qu'une ficelle' . Les arrangements immuablement pop rythment les orchestrations qui alternent et surprennent comme la dansante La rueda (la roue). Boogie, sunshine, les harmonies du piano et la basse vivace sont pleines de notes enjouées mettant en musique l'avancée, pas après pas, dans ce voyage mouvementé mais où la belle du souriceau est la 'Reine dans ce grand échiquier'.



Le clocher de l'église carillonne sur la mélodie psychédélique de El gato y el ratón (le chat et la souris), où l'orchestration somptueuse est garnie de vielle, de sitar, harpe, mandoline entremêlées sur le chant vigoureux de Vicente, son texte scintillant qui dit que même traqué, personne n'a jamais réussi à mettre le souriceau sous cloche. L'image de cette pugnacité continue avec Soldadito de plomo (soldat de plomb), son tempo solide, ses choeurs pétulants, ses percussions en cascade, son melotron exquis pour conclure sur la dignité imperturbable de notre petit Tomas fort de ses expériences qui le soir tombé dit '' pour repartir gonflé et heureux vers d'autres aventures. Le double album concept Hamsterdam se referme sur la mélodie merveilleusement élégante et douce de , où Vicente trouble avec sa voix pleine d'âme et de musicalité chantant 'pour trouver, d'abord, vous devez perdre' donnant inévitablement envie de reprendre le disque à son début.

Hamsterdam est fourni, rempli d'instruments qui servent des mélodies magiques, orné d'une histoire fantastique ronde de tendresse et de coeur. Les émotions circulent et voyagent au gré des aventures de Tomas qui cache les traits de Vicente Maciá et délivre un album concept intime mais aussi ouvert, transmettant à l'auditeur sa force et son espoir. Pièce incroyablement pop de 15 titres, Hamsterdam de Pigmy est un disque extraordinaire que je place forcément dans le panthéon des disques Piggledy Pop. Pigmyland apparait sur la carte de Piggledyland. 


(A ses côtés, pour orner ses partitions magiques on retrouve son éternel ami Angel None à la guitare, voix, harmonica. Les violonistes Jordi Montero, Asier Suberbiola, Ramsès Puente, Tania Mesa, Laura Gaya avec Felipe Escalada et Aroa García à l'alto. Aux violoncelles il y a Martín Meléndez et Cèlia Torres, Robert Castellanos à la contrebasse, Cari García au hautbois, Irene Sansalvadó et Jéssica Rizo à la flûte, Jaume Peña et Jorge Sanjuás à la trompette, Tito Suarez au trombone, María Puertas au tuba, Sergi Franch au saxophone, Esteban García, cor, piano, clavecin et orgue, Freddy Forner au piano, Enrique Forner et Pep Nula à la batterie et percussions, Nathan Vilafranca et Mikel Vázquez à la basse, Paco Loco à l'orgue Hammond, Xavi Pastor à l'orgue, Dani Artacho au vibraphone, Adrià Grandia à la vielle à roue et les voix d'Alondra Bentley, Eli Martín et de Mónica Escrig.)

En novembre 2015 Pigmy signe un single évidemment sublime Villancicos, fleuri de chansons aux allures médiévales qui parlent de la nature, des planètes du système solaire, de lavandières aux sons des tambourins, qui j'espère sera suivi d'un album bientôt.
Pigmy
PigmyHamsterdam





samedi 3 mars 2018

Sister John

Oyé aux amateurs de Mazzy Star, des Cowboy Junkies et à ceux qui rêveraient d'un Velvet Underground agrémenté d'un style celtique écossais. Basé à Glasgow, Sister John est un groupe qui comme nombre de ses compatriotes nous compte une histoire de voyage, d'allers et retours sur des terres romantiques avec une grâce et une poésie singulière. En plus d'être composé de musiciens de scène au talent charismatique, Sister John offre une écriture raffinée et sublime, une composition inspirée et ciselée. Ce travail de création est conduit par Amanda McKeown, magique à la guitare, qui en bonus offre son grain de voix qui souffle le chaud, le froid, le tendre et le brut. Elle compose des mélodies vivaces, écrit des paroles imagées, portées par la basse et le piano de Jonathan Lilley, le violon de Heather Phillips, la batterie et alto de Sophie Pragnell.





Le magnifique premier album Returned From Sea parait le 15 septembre 2017 sur le label Last Night from Glasgow et gagne depuis, grâce aux concerts et aux chroniqueurs enchantés, aux radios indépendantes, une jolie renommée. Amanda ne se qualifie pas de songwriter "My musical world is about harmony, instrumentation and melody, that’s what I love. I don’t feel the need to write words, it’s just a pleasure to bring something, a texture, to these songs". Les musiciens qui l'entourent, multi-instrumentistes, sont impressionnés par la vitesse à laquelle elle écrit ses chansons et apprécient la liberté qu'elle leur offre dans les arrangements. Il y a une symbiose de groupe qui s'entend et se savoure sur l'album tout comme la fraicheur des mélodies, qui sonnent spontanées et instinctives. Amanda McKeown: "Imagery is a big thing for me, I was always interested in my brother’s record collection growing up and people like Dylan and Cohen, people who had used imagery in a really vivid way. It all comes back to that initial thought and how you match sounds to the images they convey to arrive back at that original single feeling. I write quite quickly and I think that’s because I’m trying to arrive back at the thought or feeling before it goes away."



L'album et les textes sont nourris par le pays, la terre, la mer, les rivières, l'air, les couleurs et la notion du passé qui s'implique dans le présent et nos origines qui modèlent ce que nous sommes. Thinner Air ouvre l'album avec la douceur de la voix, la sensualité de la basse et des rythmiques sur la mélodie de la guitare. On respire l'air cristallin, on admire la rivière limpide, le cou reposé sur un tronc d'arbre, et l'imagination vagabonde là-bas, couchée dans la verdure écossaise enveloppée par les notes pop du violon. Sweetest Moment poursuit dans le même esprit, duveteux et mélodieux. On dodeline du chef au fur et à mesure de la mélopée, on se contente du moment présent, où le temps et l'espace instantané sont dégustés avec plaisir et simplicité. Rider on the Hill comme son nom l'indique emmène, fait voyager dans un décor jaune ou vert pour une chevauchée sensuelle et luxuriante sur des arpèges délicats et paisibles. Les arrangement de voix en chorale donne un aspect magique typé naïades, avec les violons et le piano qui papillonnent et se rejoignent vivement sur Backstreet Swimmers. L'univers pastoral et pop psychédélique langoureux de Try to be Good est sublimement construit grâce aux partitions de claviers et de guitares qui s'entremêlent en symbiose. Le centre de Returned From Sea est le moment choisi pour See You Again qui s'écoute en long, en large, dans sa diagonale suave, touchante, durant 2.50 minutes de tact amoureux. Son style me rappelle Mary Lou Lord - Elliott Smith, ce qui décuple l'émotion. Puis on repart en croisade pop folk sur Sister John's Dream et son tempo entrainant, sa guitare fabuleusement volontaire et sa batterie en embuscade quand arrive Swallowed the Moon qui m'aura accrochée à la première écoute.



La mélodie caressante accompagne des mots épidermiques qui font vibrer le coffre de la guitare sur la voix pigmentée d'Amanda. Véritable bijou harmonieux ornée du clavier et de la basse, il est aussi tempétueux qu'inondé d'onctuosité lyrique comme la poésie qui émerge de Hot Water et sa guitare acoustique magnifique. Le thème épistolier y est décliné, dessiné de lettres et de cartes postales pour ériger l'histoire qui nous mène dans une vieille maison du bord de mer. Friends continue de charmer et de toucher avec son lexique de mots chauds plein d'âme sur une pluie de cordes et de voix qui alternent, se croisent et se cognent, en osmose, pour un résultat élégant. S'acheminant vers la fin de l'album Gone annonce qu'un départ est déjà amorcé. La délectation sonore se conclut en beauté avec la passionnée et passionnante He Came Down, ferme comme la glace et le fer mais ondulante sur une mélodie fervente et brulante. Returned from Sea est un album plein de matières, de couleurs et sa maturité met nos sensations en éveil du début à la fin. Sister John signe un premier galop extrêmement travaillé, imprégné d'harmonies dont la cohérence est une invitation à la sérénité. SisterJohn