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mercredi 21 février 2018

Scott Gagner

Je l'écoute depuis qu'il est paru en octobre 2017 et je demeure sur mon avis de fan pas objective: Pins & Needles est un des meilleurs albums de l'année. Troisième album du californien Scott Gagner, il est orné de pop, de soul, de lignes de guitares rock et folk avec un tambourin et des choeurs sixties à empourprer les lobs d'oreille. Scott invite en studio pour peaufiner ses chansons raffinées et tempétueuses, des pointures au don ardent, Ken Stringfellow (The Posies, Big Star, R.E.M.), Michael Urbano (Todd Rundgren, Sheryl Crow, Paul Westerberg), Pete Thomas (Elvis Costello, Ron Sexsmith, Matthew Sweet) dont Tom Waits dit de lui qu'il est « l'un des meilleurs batteurs de rock encore en vie », Arnie Kim, Jason Weinheimer, Omega Rae, Courtney Browne, Joel Kustka, Chris Michaels, Mark Calderon.

'Scott Gagner est un auteur-compositeur qui à San Francisco évolue depuis des années sur scène en gagnant une belle renommée et une estime des musiciens en les accompagnant à la batterie. Il se lance en solo en 2007 avec l'EP de 5 titres, Cartographer puis continue son aventure en 2011 signant l'opus Rhapsody in Blonde, rock, pop coloré et varié mariant le psychédélisme et la power sur des mélodies fabuleuses . En janvier 2014, le musicien opère un bien bel album plein de sensualité et de sucreries sonores nommé Rise & Shine.' ScottGagnerPiggledyPop2014



Someone ouvre ce bal de mélodies avec guitares, batterie, clap-hands, clavier sensuel et funky sur des paroles amoureuses qui illico attirent et séduisent . Ken, auteur-compositeur et guitariste est aussi un batteur qui a d'antan fait ses preuves aux baguettes avec Jayhawks et The Replacements. Il dépose sur Heart Attack une rythmique à défier les dieux de la batterie. Tandis que le précèdent album Rise & Shine était essentiellement dédié à la naissance de sa fille, Pins & Needles revient sur son expérience et ses influences. Heart Attack qui parle d'une 'victim of love' est suivi de El Rancho Inn qui décrit une histoire de culpabilité sur tempo musclé. L'ambiance power-pop ensoleillée poursuit sur la ballade envoûtante The Ghost of Me & You, véritable joyau joyeux pop qui trace un bilan sur ses choix de vie.

Le style taquin, délicieusement acerbe et sarcastique continue sur les harmonies de How Low Can You Go? avec ses arrangements de voix lumineux pour lesquels Scott utilise trois pistes de vocoder différentes et Ken Stringfellow gère les harmonies vocales. La chanson à l'humour noir est venue à l'esprit de Scott dans sa période obsessionnelle Warren Zevon, autre auteur-compositeur américain, connu pour son franc parler et son second degré. Scott :  “I was inspired by his use of pitch-black humor and non-autobiographical subject matter (...) In this case, the character is continually wondering how far they’ll fall, eventually ending up in an armed standoff with the police at a liquor store.”



Suit la douceur rafraichissante de By the Waters of Minnetonka, suave, au profil duveteux et psychédélique dessiné par des bruits de torrents, de vent dans les pins et d'envols d'oiseaux sur un sifflement de cow-boy. La même ambiance poursuit sur Lazy Afternoon avec sa section de rythmiques onctueuse sur la voix cuivrée de Scott, impeccable et vibrante. La cavalcade de guitares reprend du service sur Strawberry Hill à la rythmique galopante et alternative et ses effets de voix flamboyants comme sur la grandiose You Don't Know, solidement dansante. Même le grain de voix devient brut, comme la batterie qui fait culminer le son mature et expérimenté sur les cimes rock'n roll. Place in This World est plus grave, évoquant le suicide, sur un piano délicat, violon et violoncelle, qui donnent de la profondeur au titre. Quand le picking de la guitare acoustique vient frotter son bois au piano, aux voix en chorale pour finir de manière gracieuse, Scott Gagner rend hommage à son Amérique, grande et belle, avec America the Beautiful.
Pins & Needles est un voyage pop magnifique à savourer!
ScottGagner



mardi 20 février 2018

Last Leaves

Last Leaves est un groupe de Melbourne et pas des moindres. Il contient quatre musiciens que l'indie connait très bien et dont la scène pop australienne pourrait difficilement se passer. Last Leaves est l'ancienne formation des Lucksmiths, comptant Marty Donald au chant et à la guitare, Louis Richter à la guitare et Mark Monnone à la basse, accueillant Noah Symons à la batterie. En Octobre 2017, les amis signent un génial Other Towns Than Ours, écrit et composé par Marty, débordant de mélodies rehaussées par son chant soyeux et abondant d'élégance. Cette réunion des Last Leaves depuis la fin des Lucksmiths est une réussite. Other Towns Than Ours débute avec une rythmique propre aux musiciens, reconnaissable à la tension de la peau de la caisse tendue avec excellence par Noah. Pour les fans dont je suis, c'est une signature chaleureuse qui manquait depuis toutes ces années.



Love and the World Well Lost est d'ailleurs en introduction un titre flash-back qui se rapporte au passé du groupe. Ce clin d'oeil est puissamment construit sur la montée des lignes de guitares qui offrent un sacré frisson. La pop sautillante fait son entrée avec Other Rivers et la basse magnifique de Mark, la guitare électrique en zigzag délicieux, la voix enflammée de Marty déclinant les saisons, les mois, un départ pour un voyage. Puis le tempo devient langoureux sur le romantique The Nights You Drove Me Home, ses tourbillons de notes avec la guitare intense et acrobatique de Louis. Thin Air et son style narratif, s'adapte aux paysages que Marty a sous les yeux 'These were the first songs I wrote after moving to the hills just outside Melbourne a few years ago, in my studio overlooking the treetops and rooftops of the valley below, so I guess it’s not surprising that they largely forsake my familiar inner-suburban milieu for the open spaces beyond — for coastal hamlets, country highways and mountainside motels'. La mélodie entêtante et dansante accompagne un texte magnifique sur la nature et le ciel, rond de sérénité et de pureté. Third Thoughts donne de la matière avec son carrousel de cordes harmonieuses, son rythme optimiste résonnant qui devient rock'n roll sur The World We Had. Les mots amoureux sont aussi solides que les montagnes environnantes et la force vocale pop de Marty se marie à la perfection à la guitare pleine de vivacité quand la mélancolie devient saisissante sur les accords voluptueux de The Last of the Light.



Something Falls galope, joyeux, sur des paroles pourtant fortes en émotion, rappelant un drame cruel qui se passe plusieurs mois auparavant dans une ville très loin et auquel Marty rend hommage. La mémoire poursuit son exercice, la nostalgie sa trajectoire sur l'air jangle pop brillant de Hinterland. Le chant resplendit, touchant, et la guitare électrique sur la basse majestueuse s'allient à la batterie énergique pour accueillir le dernier titre Where I Lived and What I Lived For. Celui-ci, à l'image de l'esprit des Last Leaves, sentimental et guerrier à la fois, montre dans les arpèges, les mots et la voix beaucoup de sensibilité et d'intelligence. Le temps y est égrené, les jours, les mois, les années pour s'envoler avec les cordes de la guitare échauffée et grandiose qui gagne tout l'espace, se retournant sur le titre choisi de l'album Other Towns Than Ours. Je tire mon chapeau à Gareth Parton et son travail d'ingénieur, producteur de The Go! Team, Foals et des Breeders ainsi qu'aux deux labels que j'aime les australiens Lost And Lonesome conduit par Mark Monnone et les américains Matinée Recordings qui firent leur tout premier concert en 1999 sur un bateau, à Paris. Le monde de l'indie-pop, déployé aux quatre coins du monde, est petit mais magique.
LucksmithsPiggledyPop2008
FredAstereoPiggledyPop2008
Math&PhysicsClubPiggledyPop2018
Lost&LonesomePiggledyPop2010


lundi 19 février 2018

Paul Hogan / Frances

Frances est un groupe new-yorkais mené par l'auteur-compositeur multi-instrumentiste Paul Hogan depuis 2005 et qui aujourd'hui est sorti des radars. Le premier album en solo est un petit chef d'oeuvre pop d'orfèvre avec neuf titres fantastiques garnis de guitare, piano, banjo, harmonica et batterie. La voix de Paul y resplendit. L'EP Night Light fourmillant de mélodies grandioses, orné d'instruments à vent et cordes est suivi en 2008 de l'album All the While. Sunshine, orchestral pop, l'album magnifique de Frances est garni d'une instrumentation virevoltante intemporelle. Paul au piano, clavecin, clavier et chant est accompagné de son ami Brian Betancourt à la guitare, Stephanie Skaff aux choeurs, Nick Anderson à la basse et Tlacael Esparza à la batterie. Avec eux, il y a Mike McGinnis à la clarinette, flûte, Rob Mosher à l'oboe et cor, Justin Mullens à la trompette, Louis Schwadron au cor, Max Seigel au trombone et tuba, Jonathan Chu au violon, Benjamin Geller à l'alto. Comme l'opus solo, les chansons 'cartes postales' pop font voyager des phares du bord de mer de la côte Est vers dans les rues de Brooklyn. Paul Hogan nous embarque dans des histoires d'un autre temps d'une manière élégante, gracieuse, glorieuse et symphonique.



L'orchestration est arrangée avec délicatesse, chaque instrument y a une place pour envelopper les textes intimes et timides et les transformer en titres symphoniques comme Telephone, Tomorrow Gold et Locket qui donne envie de gambader et de faire des pas de Madison survoltés. All the While est signé chez Gigantic, label de The Walkmen et de Kevin Ayers entre autres.
La chamber-pop de Frances brille de mille éclats sur l'EP de 2010 Celebration Station et les deux titres inédits B-sides de 2013. A l'écoute de Between Us, la sophistication de l'instrumentation chatoyante et la finesse de la mélodie plairont aux amateurs de pop souriante et dansante qui fait prendre des coups de soleil sous le casque comme à l'écoute de Lawn Party. Good Fortune fleure bon les sixties, inspiré, décidé, il séduit et charme comme le psychédélique et alternatif Olden Times, ode à la pop musique. La guitare électrique se déguste sans modération, le chant et l'harmonium de Paul se lient façon Brian Wilson pour sculpter un trésor pop qui gagne toute mon admiration.




En 2013, Frances prend le nom de Paul Damian Hogan the Third pour signer l'album House. Paul Hogan à la composition, chant, piano et basse s'entoure de Matthew Meade à la guitare, Kyle Olson à la batterie et toute une troupe de musiciens assurant violon, saxophone et clarinette. En 2017, sieur Hogan signe une bande originale dédiée au film Birders, de Jeffrey Kimball sur les oiseaux de Central Park. Les 19 morceaux nous embarquent de manière mirifique et splendide au coeur du parc de Manhattan pour une balade fascinante atmosphérique, pleine d'instrumentaux magiques, nommé au News and Docs Emmy Award pour la meilleure musique et sons. L'artiste poursuit l'exercice en signant la bande son du documentaire Shored Up en 2017 de Ben Kalina sur la vie des habitants de la côte, leur rapport à la mer, du nord de la Caroline au New Jersey balayant tous profils, des surfers, politiciens, scientifiques au simple résident.



Parallèlement aux films et documentaires, Paul Hogan est fort demandé pour concocter des musiques de publicités et récemment, appelé par le cinéma pour composer la musique du film Approaching the Unknown de Mark Elijah Rosenberg sur les écrans en 2016. Le new-yorkais n'arrête pas. Fertile et enthousiaste, il nous offre des inédits grandioses pour les fêtes comme son Jingle Bells swing et soul ou encore les titres qui rendent hommage à son New-York, à la nature, à la danse et aux gens qu'il aime. A découvrir absolument.
PaulDamianHogan





dimanche 18 février 2018

Butterbeer

Le petit bijou dream pop Obliviate de Butterbeer m'a été offert en décembre dernier, signé chez le label chinois Boring Productions situé à Shenzhen, je le savoure depuis sans me lasser. Je pense qu'il aura aussi l'appréciation des lecteurs sensibles à la 'bedroom pop'. Je chouchoute d'autant plus mon 8ème exemplaire que le disque est épuisé (il reste des versions vinyle et cassette). L'univers du groupe féminin est aussi doux et chaud qu'une couverture de mélodies, qu'une bouillotte pop déposée par la voix cristalline de Rye, chanteuse de Atta Girl (nom d'un titre de Heavenly) et la guitariste, chanteuse Jovi du groupe Chestnut Bakery pour qui Rye écrit les textes. A leur écoute, on revisite la maison d'Emma des Field Mice, au bras de St-Christopher sous la voûte des Trembling Blue Stars. Savamment dosés, les arrangements fins et langoureux de claviers mêlés aux guitares font frémir. L'esthétique rétro nineties et l'élégance de l'orchestration font fondre. Les titres vaporeux sont dessinés au fusain, rappelant avec nostalgie un brin de naiveté et de pureté, amplifiés par l'exactitude des notes et l'utilisation d'instruments lo-fi alternatifs qui cueillent l'émotion. Obliviate est pop jusqu'au bouts des mots, des notes jouées, chantées, des harmonies et de la pochette montrant la photo du Petit Zinc, restaurant rue des Saints-Pères à Paris.



Le disque commence avec Secret, titre en chinois, habillé par le chant somptueux de Rye 'someday i will be a part of your diaries, when you read the lines about me...' et la texture musicale de Jovi dont la fragilité typée Sarah Records fait son effet. Le titre suivant, Platform, également en chinois, est aussi cousu de fil twee, niché dans une énergie lancinante avant Distance qui étend sa mélodie souple et élastique entre la terre ferme et le ciel. A la lumière de la bougie, les pensées voyagent sur les cordes de guitare, sur la rythmique trottinante qui prend son essor et s'envole. A ce moment de l'album, la guitare électrique de qualité mêlée à la voix délicate, intime, persuade que Butterbeer réussit surement et avec talent à redonner de la valeur au genre dreamy presque évaporé depuis quelques années. Introspective et hypnotique, Darkening Sky In Your Room est nimbée de lumière,  quand les filles déroulent les notes maitrisées montrant leur expérience et technique tout comme sur Phoebe's Oatmeal Cookies avec ses guitares saturées, puissantes et insistantes qui fusionnent pour convertir aux frissons. La luminosité ne quitte pas les harmonies ni les mots sur To The Stars qui effeuille les thèmes colorés du feu d'artifice, des fleurs, de la palette du peintre, des papillons pour une balade amoureuse. Le magnifique titre Listening To Another Sunny Day Makes Me Forget You qui fait inévitablement référence au grand groupe indie Another Sunny Day nous emmène pendant deux minutes dans un rêve pop habité par Harvey Williams. Le duo annonce ses influences, ses goûts colorés et salés de pop musique, terminant avec l'instrumental *Retrospective mélodique, mélancolique, qui étreint l'épiderme. Les Butterbeer envoûtent, savent écrire des chansons qui, je le précise pour les néophytes, ne sont ni tristes ni pour déprimés mais sur Obliviate, bien montées dans la sensualité à écouter en solitaire ou à deux, c'est encore mieux.

ButterBeer

Boring Productions distribue aussi nos amis russes les fabuleux Malish Kamu МалышКамюPiggledyPop2017





samedi 17 février 2018

Piggledy Pop : 10 ans

Voilà dix ans que je poste des chroniques sur Piggledy Pop. Vous êtes de plus en plus nombreux à lire le blog rédigé en français et lu partout dans le monde. Un Grand Merci !!! Les artistes en sont honorés. C'est mon objectif. Je suis largement comblée et cet anniversaire, je le partage avec vous tous. Happy Piggledy Pop Birthday to you !

2008 Piggledy Pop n'est pas le fruit du hasard. J'ai déjà fait mes armes depuis une décennie dans et pour l'indie-pop. Je continue d'encourager les musiciens via mes billets, et décide de ne pas perdre de temps à écrire négativement sur ceux qui n'en valent pas la peine. L'exercice serait trop facile. Aujourd'hui, pour cette chronique anniversaire, je choisis deux albums des décennies 1968, 1978, 1988, 1998, 2008 qui auront marqué l'indie-pop, tirés de ma discographie personnelle et de celle des groupes dont je parle ici depuis une décennie. In fine, il y aura 10 titres que j'aime. 

Jane Birkin meets The Beatles 1968


1968 sortie du White Album des Beatles, sortie de scène aussi du génie Syd Barrett qui est jeté par dessus bord du navire Pink Floyd bien que le groupe connaisse le succès grâce à lui. Il y Tommy des Who, les Doors. Une année riche avec Nico qui intègre le Velvet Underground. Johnny Cash joue devant des prisonniers. Il y a Joe Cocker, Donovan, l'arrivée de Nick Drake, la Mrs. Robinson de Simon & Garfunkel, les the Yardbirds se muent en Led Zeppelin, Jumpin' Jack Flash des Rolling Stones, les Aphrodite's Child déboulent avec Rain and Tears, Peter, Paul and Mary, Neil Young, The Left Banke. Tom Jones avec ses chemises col pelle à tarte tombe la ménagère. Il reste encore un peu des Beach Boys quand Serge Gainsbourg rencontre Jane Birkin. Bob Dylan, ni enlevé par les extra-terrestres ni par la CIA réapparait avec son onctueux John Wesley Harding. Burt Bacharach se penche avec Hal David sur Raindrops Keep Fallin' on My Head, Forever Changes de Love gagne en renommée, Itchycoo Park des Small Faces atteint le continent américain, Kevin Ayers fonde les Soft Machine avec Robert Wyatt et Mike Ratledge. Puis, il y a aussi et surtout, à mes oreilles l'artiste exquis : Harry Nilsson et son Aerial Ballet . Sonny and Cher resplendissent, on chausse les bottes avec Nancy Sinatra et Lee Hazelwood. Il y a les Bee-Gees, leur grandiose Horizontal. Un jeune irlandais, orné d'une casquette, Gilbert O'Sullivan arrive, fringant.





David Bowie by Lord Snowdon 1978

1978, on bouge son corps sur Saturday Night Fever. Les Sex Pistols rendent le tablier, les chanteurs à piano, Elton John, Billy Joel, Kenny Rogers, Kenny Loggins (des kenny à gogo) font pleurer dans les chaumières. La clique de Manchester révolutionne et dégage le disco, le punk, le rock, fait se lever un vent cold à déraciner les cheveux : Joy Divion joue pour la première fois en janvier 1978 et la Factory Recordings voit le jour. Débarquent des noms comme Happy Mondays, The Sisters of Mercy, the Fall, Buzzcocks, Ramones, Madness, Big Star. The Go-Betweens signe son premier single Lee Remick. La belle et tranchante épidémie s'étend jusqu'à Blondie. Se forment Depeche Mode. The Jam peaufine un superbe All Mod Cons. Les allemands de Scorpions deviennent plus chevelus et metalleux. XTC signe le génial White Album, Kate Bush le splendide The Kick Inside. Lou Reed se dandine en solo comme Paul Mc Cartney. Marquee Moon de Television accoste l'Europe, les Ramones deviennent pop et Barry White fait une bataille de barbichette avec les Village People. Midnight Oil met le feu quand les Pretenders sont plus déprimés que jamais. Pendant ce temps s'épanouit Jonathan Richman avec ses Modern Lovers. Queen reste en marge des Blues Brothers quand ACDC montre ses genoux en culotte courte. Avec le recul, c'était un beau foutoir. Dois-je ajouter Toto? En 1978, on ne sait plus sur quel pied danser. Les musiciens de metal et de punk s'arment de calvities. Abba, connait en 1978 un succès époustouflant avec son film bio-pic ABBA-The Movie en guise de chant du cygne quand un drôle oiseau du nom de David Byrne déploie ses ailes avec ses Talking Heads. Septembre, Heart of Glass de Blondie souffle un air new-yorkais post-punk sexy, rock et disco, qui touche l'Europe. Les Clash sont déchainés. 1978, deux groupes se forment : le premier en 1976 à Crawley dans le Sussex avec un certain Robert au chant et écriture, un certain Simon à la basse, The Cure, suivi de Orchestral Manoeuvre in the Dark, qui ne reste pas dans le noir signant son opus Electricity chez Factory. 







1988, le disque compact entre dans les foyers de façon rapide. Apparu en 1980, il est adopté très vite. Les labels se remplissent les poches. L'objet devient presque le symbole de l'aboutissement pour les musiciens. On voit apparaitre des labels résistants à la grande industrie du disque qui se développait déjà avec le vinyle. Ces petits labels de rock alternatif underground américains et anglais se lancent dans l'aventure. Des groupes comme Another Sunny Day ont même le chic de signer chez Sarah Records leur premier album Anorak City sur flexi. Aujourd'hui encore on en parle avec du vague à l’âme, Sarah Records, Rough trade, Sub Pop, Cherry Red, la scène C86 et Madchester signent des groupes comme Orange Juice, Les Smiths, Felt, Dinosaur Jr., Charlatans, St-Christopher, Brighter, Shop Assistants, The Flatmates, The Chesterfields, Talulah Gosh, Vaselines, Sonic Youth, Pixies, The Stone Roses, Teenage Fanclub, The Boo Radleys, Guided by Voices, Saint-Etienne, The Jesus and Mary Chain, Primal Scream, The Pastels, The Pale Fountains, Duran Duran, REM, Talk Talk, XTC, The Jam, The Wedding Present, Human League, Morrissey, The Communards, Bowie, New Order, A-Ah, They Might Be Giants, The Stooges, Crowded House, Ride, The Church, The Smashing Pumpkins, Nirvana, BMX Bandits, The Sea-Urchins, Bauhaus devenu Love and Rockets conduits par l'excellent David J. Les Housemartins changent de peau et muent en Beautiful South . De 1985 et 1990, c'est le walkman, les cassettes, les concerts, le cd, le graveur de cd. Les BO de films cartonnent. Les best-of de Depeche Mode, Pink Floyd, OMD, et Cure dégainent leurs lazers. Ce qui colle à 1988 comme la cire brulante sur son cachet, c'est le Blue Monday de New Order. En France, on aime Etienne Daho. Talk Talk finit cette fin de siècle en trombe et The Pale Fountains se mirent dans Shack qui signe Zilch. Les écossais Lloyd cole and the Commotions marquent les esprits pop dès le premier album Rattlesnakes. 1988, There She Goes des La's est chanté dans les rues de Liverpool et restera dans l'histoire de la pop musique.






Le monde rock est perturbé en 1998. L'industrie du disque fait la bougie parce que le mp3 arrive sur la pointe des orteils, gentiment mais surement. Elle ne peut plus se reposer sur ses lauriers, dos au mur.  Les musiciens ne vendent plus de disques. Les labels de taille moyenne ne tiennent pas et se font avaler par les gros, qui de surcroit se retrouvent à ramper chez les deux gros labels qui tirent les ficelles. Ce monopole malsain a comme résonance le réveil et la réaction de l'indie, limitée dans les années 80 mais gonflée et grandie dans les années 90. L'indie-pop et la britpop fleurissent de plus belle pour signer des Teenage Fanclub, Divine Comedy, Marine Research, Tender Trap, Saint-Etienne, Oasis, Edwyn Collins, Cinerama, Divine Comedy du grand Neil Hannon, White Stripes, Strokes, Blur, Elliott Smith, Trembling Blue Stars, Blueboy, National, Tullycraft, Minders, The Field Mice, The Brian Jonestown Massacre, The Dandy Warhols, Radiohead, Yo La Tengo, Pulp, The Church, Sparklehorse, Hefner, The Lucksmiths, The Magnetic Fields, Josh Rouse, Camera Obscura. Les français, Air signent un Moon Safari de rêve. Les Guppyboy se muent en Essex Green. Débarquent les Softies, The Aislers Set. Des labels, comme le suédois Labrador avec Sambassadeur, Club 8, Acid House Kings, Irene, The Radio Dept., l'américain de The Elephant 6 Recording Company conduit par Robert Schneider des Apples in Stereo avec Of Montreal, Elf Power, Dressy Bessy, The Ladybug Transistor, Neutral Milk Hotel, The Olivia Tremor Control nous gâtent. Les anglais de Jeepster s'activent avec Snow Patrol, Belle and Sebastian, Salako et sculptent le son indie-pop des nineties. Luke Haines revêt sa veste de The Auteurs pour Baader Meinhof et le non commun Jarvis continue de nous éblouir avec Pulp. 1998 c'est avant tout le XO d'Elliott Smith qui se donnera la mort cinq ans plus tard, laissant derrière lui, toute une génération d'orphelins.






Depuis le second millénaire, l'indie brille de mille feux. Des signatures de qualité pleuvent et pourtant internet crée une sorte de chaos, fourmillant de mp3, de vidéos, des plateformes... Les oreilles se collent de la musique sans plus savoir à quel saint se vouer. La presse rock, les sites et blogs musicaux fleurissent rapidement, de toute part et se fanent, disparaissent aussi vite. La presse en général prend le coup de bambou, la presse rock n'est pas exemptée du soufflet. L'industrie du disque prend l'eau mais pas la musique. Les musiciens sont et seront toujours là. En 2008, ils sont inspirés, motivés pour se distinguer du flot d'âneries musicales en self service sur le net. On retourne donc au vinyle, aux cassettes audio, au concert old-school proche du public, à la guerre comme à la guerre. L'analogique est usé jusqu'à la corde par le numérique. Cette période de grand foutoir de tous genres tend à développer une musique populaire avec davantage d'identité. Les albums de groupes indie parus ces dix dernières années sont listés sur Piggledy Pop où je continue de partager mes impressions, mon avis. 2018 c'est parti pour un nouveau tour de lecture, de découvertes, d'émotions et de pas de danse !

Il m'est impossible de choisir parmi les groupes chroniqués sur Piggledy Pop, parce que je les aime tous sincèrement, sinon, je n'en parlerais pas. Je choisis donc deux figures de l'indie-pop, mes madeleines de Proust, qui m'accompagnent depuis au moins dix ans.





samedi 10 février 2018

BV's

J'aime les BV's depuis que je les ai découvert au printemps dernier. Le nouvel EP que le groupe offre sur un plateau d'argent est derechef un régal soyeux indie-pop. INTERPUNKTION est sorti hier le 9 février 2018 et déjà, il est épuisé, vendu. J'ai la chance d'avoir mon exemplaire et l'impression que nos amis germano-anglais de Augsburg et de Falsmouth vont poursuivre leur délicat et excellent parcours musical comme il a commencé. Il émane de leur univers autant de passion que de stabilité, une inspiration fertile mis en avant par leur très beau label Kleine Untergrund Schallplatten et le fort sympathique Ronny Pinkau à ses rênes.
Je suis sensible à l'âme underground allemande, qui vibre, belle et fragile dans tout le pays, recélant de joyaux indie pour lesquels j'ai une inclinaison particulière. Quand en bonus elle est alliée à l'anglaise, le résultat est plus que probant.



J'évoquais les BV's en mars dernier " A la première écoute des BV's, mon coeur a sautillé comme un poulain dans les prés. Le duo germano-anglais a enregistré d'un jet dans sa maison, une habitation partagée en Angleterre transformée en studio, le temps de ce somptueux Speaking from a Distance. Josh Turner du groupe Planet Jazz rencontre à Falmouth Frederik Jehle du groupe Endlich Blüte. Les deux ne se connaissent pas encore et découvre des goûts musicaux communs en s'installant dans cette maison pour six mois. Vite, ils comprennent qu'ils doivent jouer ensemble. Ce génial album, spontané, sincère qui dévoile le talent certain des deux musiciens sort façon 'lapin du chapeau' comme un cocktail hybride d'Ultimate painting, New Order, Smiths, C86 avec de longues oreilles. "
BVsPiggledyPop2017



BV's composent des airs divinement pop qui nous ramènent à C86, bien sûr, mais aussi aux Pale Saints, Television, Field Mouse. Ces influences entrelacées offrent un premier titre de l'EP, Be Enough, blindé de nostalgie sans faille. La rythmique lancée au galop survole le carrousel de guitares poppeuses et gaillardes. Le chant de Fred, vif et sincère, activé et temporisé par celui de Josh sur le refrain est un magnifique fleuron pop. Dazed Hair poursuit savamment la balade indie grâce au beau travail de production fait au studio de Cologne par Robin van der klooster puis au mastering de Moritz Illner. La reverb dans les cordes de guitares fait déferler une ambiance shoegaze réussite qui continue en dégoupillant le splendide instrumental »»»»»»»»» où la mélodie fluette devient hypnotique et absorbante. Entêtante. Dans le même esprit flirtant avec la cold-wave, le titre `´`´`´`´`´ éclatant et inquiétant est un trésor d'inventivité twee construit de strates 'popificantes'. Le dernier titre B../ emmène sur presque 9 minutes d'où se dégage une essence créative qui se laisse déguster comme une guimauve, laissant le temps de savourer et d'apprécier ce INTERPUNKTION et ses ponctuations pop alléchantes.
BVs



dimanche 4 février 2018

This Is My Street / Kinks songs

Le 16 février 2018 sortira la fabuleuse compilation hommage aux Kinks nommée This Is My Street sous l'égide du label gallois Daytrip Records. 13 groupes d'indie-pop offrent une reprise des chansons écrites par Sir Raymond Douglas Davies. Chaque groupe apporte son style, son univers aux titres tellement vénérés et respectés que l'exercice pourrait se révéler périlleux. Le résultat est réussi et les Kinks, le groupe le plus british de tous les groupes anglais, y sont fêtés avec honneur et beaucoup d'âme.
Ils apparaissent en 1963 dans le nord de Londres. Les deux frères Davies, Dave et Ray, composent ensemble. Ray chante et écrit les paroles et Dave, guitariste hors-norme, chante aussi et se charge essentiellement des arrangements. Avec eux il y aura plusieurs bassistes, Pete Quaife, John Dalton de 69 à 76 puis Jim Rodford et il y a Mick Avory, batteur pour les Rolling Stones de 62 à 1965 quand il intègre les Kinks jusqu'en 1984, remplacé par Jim Rodford fondateur du groupe Argent. Tout le monde connait les Kinks, rien de nouveau sous le soleil hormis le mauvais sort lancé par les américains sur le groupe qui renforcera son inspiration, sa folle envie de continuer la musique malgré les bâtons dans les roues. Dave et Ray ont tendance à se disputer en studio mais la tension est plus importante entre Dave et Mick qui se battent un jour lors d'un concert aux USA ; ce qui leur vaudra quatre ans d'interdiction de jouer sur le sol américain, interdiction dégainée en 1965 par la Fédération Américaine des Musiciens.



Ce coup de puritanisme nous offrira un esprit brit renforcé dans les chansons des anglais qui décident de continuer d'écrire sur leur pays, leur culture. Se sentant victimes d'une injustice et dans l'incompréhension totale (étant un des rares groupes à l'époque à ne pas consommer de drogues), les Kinks ne jettent pas l'éponge, même si le marché américain est primordial pour gagner une audience plus large et gagner sa vie. Pour planter le décor, en 1965 les Kinks font partie des Big Four, mouvement anglais comprenant Beatles, Rolling Stones, Kinks et Who. Les uns et les autres, loin de la concurrence s'apprécient, sont amis, ils forment le bloc British Invasion.


Ray décrit son sentiment face à la sanction 'Vous savez, les groupes, ce sont avant tout des équipes de guerriers. On fait de la musique mais l’esprit combatif et l’énergie sont essentiels. Si nous n’avions pas partagé cet état d’esprit, nous ne serions jamais retournés en Amérique' 'La vérité, c’est que nous les Kinks, nous avons toujours chanté avec l’accent anglais, contrairement aux autres. Nous avons conservé notre culture britannique' ce qui sera interprété comme une provocation sur le continent américain. 'Comme on avait été chassés d’Amérique, il fallait bien se replier sur ce qu’on connaissait, les petits villages anglais. L’album n’a pas très bien marché commercialement, d’autant qu’il était en réaction au reste du monde et à contretemps avec l’Amérique, qui était en plein mouvement de protestation contre la guerre du Vietnam. Or, ce disque ne contenait aucune colère, il parlait de la gentillesse, des gens intéressants, de marginaux…' Au sujet de Village Green de 1968, manifeste anti-mondialisation avant l'heure 'Mon propos était de dire: si vous voulez nous rejoindre à notre fête, vous êtes les bienvenus, partagez notre monde… mais nous n’irons pas vers vous. Ma musique était plus intimiste, elle n’était pas tournée vers les masses populaires…'



En 1969, c'est la levée de l'interdiction, les Kinks pourront rejoignent leurs fans américains. C'est aussi l'année où parait le magique Arthur (Or the Decline and Fall of the British Empire), qui suit l'album de génie The Kinks Are the Village Green Preservation Society. L'Album, carte postale pastorale qui vante le charme de l'Angleterre, émoi national, est un chef d'oeuvre.
Ray Davies " Je chante pour les gens sensibles, des auditeurs qui peuvent être émus par de belles rimes" "Mes premières chansons ne parlaient que de mon quartier du nord de Londres, de là où nous sommes assis en ce moment même. J’écrivais sur les gens que je connaissais et que je croisais dans la rue, et tout à coup, j’ai été propulsé dans l’univers des tournées mondiales. C’est sans doute arrivé trop tôt. Même si j’étais déjà assez équilibré pour éviter le piège des drogues." "Je pense que c’est ce qui a perturbé pas mal de gens en Amérique, le fait que les Kinks abordaient des thèmes sensibles."



Pour cet hommage, le disque s'appelle très justement This Is My Street et les 13 groupes délivrent avec beaucoup de talent toute l'admiration qu'ils portent aux kings Kinks. La compilation commence avec un groupe du nord de Londres, né en 2009, Cosines, mené par Simon Nelson et Alice Hubley qui reprennent Somebody Stole My Car avec leur touche noisy pop délicieuse. Puis arrangé twee krautrock les Los Bonsáis, espagnols qui brillent sur la scène indie-pop actuelle, revisitent Todo El Día Y Toda La Noche (All Day And All Of The Night) quand arrive l'énergique et tonitruant Picture Book revu et corrigé par The Just Joans qui font resplendir leur esprit drôle et révolté depuis leur naissance en 2005 à Glasgow. Après l' Ecosse c'est au tour du Pays de Galles et The School de semer des particules cristallines et dansantes sur le magnifique Animal Farm.



Le défilé de reprises poursuit dans l'enchantement avec The Sweet Nothings, groupe de Sheffield, conduit par Pete Green, qui vit et vibre pour la pop depuis 2009 et met cette passion au service du très touchant I'm Not Like Everybody Else, tout comme Darren Hayman, maestro pop de l'Essex, leader de Hefner dès 1995, qui avec son style adorable met en exergue Come Dancing. DarrenHaymanPiggledyPop

Eux Autres, duo américain composé des soeur et frère Heather et Nicholas Larimer, reprend A Long Way From Home avant le singulier No Return joué au synthétiseur et au piano par Stephen Todd doté de son style proche de Kevin Ayers. Suit la très belle cover de Autumn Almanac assurée par Little My, collectif de Cardiff comptant The School et Sweet Baboo mené par Harri Davidson dont l'univers minimaliste pop vaut le détour avec d'autres reprises sur son bandcamp, Debaser psyché des Pixies ou le surprenant AM180 de Grandaddy.SweetBabooPiggledyPop

The Wendy Darlings, groupe indie-pop de Clermont-Ferrand, signent une très belle reprise de Stop Your Sobbing, qui avait déjà fait l'objet d'une reprise dans les années 80 par Chrissie Hynde la chanteuse et guitariste des Pretenders qui deviendra l'épouse de Ray Davies en 1983. Malgré la naissance de leur fille en 1984, le couple se sépare en 1986. Suit la reprise qui est ma favorite de la compilation parce qu'elle marie Simon Love que j'admire et le titre formidable Till Death Us Do Part issu de l'album de 1973 The Great Lost Kinks Album mais écrite en 1968, inédite, au charme suranné émouvant, auréolée d'amour sincère et de poésie passionnée. SimonLovePiggledyPop



Laura K chanteuse et musicienne londonienne vient griffer Victoria de brio, avec ukulele et guitare électrique s'élançant au galop sur une cover fraiche, réussie et accrocheuse. The Catenary Wires, groupe mythique anglais apparu depuis 1986 chez Sarah Records boucle la compilation, opérant avec magie et émotion sur le merveilleux Waterloo Sunset. TheCatenaryWiresPiggledyPop

This Is My Street est un hommage marquant qui sera disponible le 16 février prochain, idéal pour la saint-valentin, surtout pour les amoureux de l'indie-pop et des Kinks.
DaytripRecords



David Bowie : " I’ve never heard a Kinks song that I didn’t like. Of course, from their noisy and brash beginnings, The Kinks have come to stand for some of the most enduring and heart-clutching pop of all time. They are in the gut of every British songwriter who followed them and are indisputably a cornerstone of everything pop and rock. I love ’em. The world loves ’em."

Ray Davies manque de mourir en 2004 victime d'un tir à la Nouvelle-Orléans, il reçoit une balle. Il quitte les USA et rentre en Angleterre où la reine Elisabeth II lui remet le titre de Commandeur de l'Ordre de l'Empire britannique, suivi de Chevalier de l'Ordre de l'Empire britannique remis par le prince Charles en 2017. A lire, l'autobiographie de Ray Davies, Americana, accompagnée de l'album soundtrack, éponyme, de 2017.



samedi 3 février 2018

O Emperor

Groupe irlandais, O Emperor est sensible à la qualité d'exécution, inspiré et généreux. Les cinq musiciens qui se rencontrent au lycée jouent d'abord dans les pubs et gagnent en technique au fil des années. Plus tard, à la faculté, ils continuent à se produire devant le public de Cork pour signer un premier album, Hither Thither, nominé au Choir Music Prize comme meilleur album irlandais de 2010. Suivra le second sublime Vitreous en 2013 enregistré dans leur propre studio qu'ils construisent pierre par pierre pour y jouer, répéter, et y installer toute l'administration de leur label Big Skin qu'ils créent et gèrent. Avec cet esprit autonome, peaufinant le détail, les O Emperor écrivent et composent. Un style musical architectural envahit les chansons et l'auditeur se régale de tapisseries post-rock ornée de pop psychédélique et d'une trame classique. A l'écoute des titres, on se promène, découvrant une atmosphère pleine de surprises, de couleurs, de sonorités, de personnages, de paysages, mettant efficacement les sensations en éveil.



Ils sont indépendants et s'épanouissent dans ce confort de création et de production “I think that because we’ve done it on our own we’re still underdogs so we’ve nothing to lose. We’re excited about that, that we can just go and push it. We can go to the UK and Europe if we want and we have options to do that. No one is telling us otherwise or advising us (...) Even if you’re dealing with smaller numbers it feels better because you’re doing it yourself.” Voici comment O Emperor décrit sa chevauchée fantastique. Le club des cinq au complet compte Paul Savage, Alan Comerford, Phil Christie, Brendan Fennessy et Richie Walsh qui subjuguent à la guitare électrique, guitare électro-acoustique, à la batterie, basse, aux voix, au trombone, aux violons, piano, synthétiseur et mélodium baroque qui ferait frémir Van Dyke Parks.



Vitreous est un album idéal pour se faire une image de l'univers O Emperor. L'album lance la cavalcade psyché-rock avec la romantique et mélodieuse Grandmother Mountain. Les amateurs de Divine Comedy, Hal, Gilbert O'Sullivan, Nash & Young, Wings et Pink Floyd pourront y trouver leur compte. Les arrangements y sont tantôt symphoniques, tantôt minimalistes, où se mêlent des influences sixties et une griffe electro contemporaine comme proposés sur Holy Fool. Synthétiseurs et violons batifolent et flirtent sur une batterie conquérante. Les guitares s'associent aux voix en chorale pour lâcher des distorsions puissantes comme sur le génial Whitener (Part 1). Les pistes alternent, zigzaguent, époustouflent de savoir-faire. Les textes, comme celui de Brainchild, séduisent par le style introspectif sentimental qui évoque les montagnes, les arbres, la mer dans une style poétique qui colle aux harmonies et allonge l'effet lyrique. L'album kaleidoscope offre de la soul, du rock, du baroque, de la pop et le chant époustouflant de Phil et de Paul délivre de l'énergie. Contact propose toute cette sophistication dotée du mixage en fer forgé aux facettes solides pour poursuivre sur le magnifique Menuet qui de construction alternative décline un texte voluptueux, blindé d'émotions. Le charmant et entêtant Land of the Living invite à se dandiner gaiment, au milieu des violons, de la rythmique sautillante et de la basse indie de Richie sur le thème du temps qui passe et du départ inévitable. Soft in the Head nous emmène le temps de la mélopée dans une époque plus élégante et courtoise avec l'exquis falsetto de Paul typé début de siècle qui se marie à la perfection au piano magique, subtilement arrangé. Enchaine le grandiose This is It avec la batterie scintillante de Brendan, les notes de guitares incroyablement stellaires de Paul et Alan.



O Emperor est de retour cette année et signe le 29 janvier 2018 le tout nouveau single Make It Rain à leur image, surprenant et plein de caractère. Funk, mature, énervé et impeccable on le passe en boucle en faisant des incantations pour faire cesser la pluie. Aux frontières du disco, le son maitrisé et les choeurs dynamiques donnent au single un air intemporel charmant et réussi.
OEmperor