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dimanche 14 octobre 2018

Halloween

Halloween n'est pas spécialement un rituel français, se fêtant principalement dans les pays anglo-saxons mais a pourtant sa légitimité dans l'hexagone. Halloween nait sur les îles anglo-celtes. Dans l’année celtique protohistorique, il y a quatre grandes fêtes, celle-ci célébrée en début d'automne est la première. Comme un nouvel an, elle marque la transition d'une année à l'autre. La fête de Samain, nom gaélique est placée sous l’autorité de la classe sacerdotale des druides est souvent mentionnée dans les récits épiques irlandais mais aussi en Gaule où les Celtes la fête pendant le mois de Novembre appelé le mois de Samonios. La fête religieuse dure trois jours, banquets, assemblées, les Gaels honorent ce changement d'année, symbole de l'ouverture vers l’Autre Monde, celui des dieux.

Ce sont les irlandais qui ont maintenu la tradition, les rites et la mythologie de la 'race irlandaise', décrite par la mère d'Oscar Wilde, Lady Jane Francesca Wilde, poétesse, écrivain, journaliste, militante de la cause nationale irlandaise qui publie Ancient legends, mystic charms, and superstitions of Ireland en 1887. Au milieu du XIXème siècle, la masse d'irlandais et d'écossais arrivés aux Etats-Unis introduit la tradition qui devient populaire au début du XXème siècle. Halloween permet alors de parler aux défunts, de chatouiller les âmes de l'au-delà, de partager des sucreries avec les fantômes, les sorcières et les vampires. Le terme paien qui est accolé à la fête d'Halloween est 'moderne'. Le paganisme nait au VIIème siècle, le terme péjoratif et ironique désigne le paysan (paganus) qui n'est pas chrétien et la fête sera dite païenne en l’an 610 par le Pape Boniface IV. Halloween est antérieur, la fête de Samain date de 500 avant J.C et les celtes qui formaient une société très homogène et cultivée, menaient une vie fort rythmée par la religion.

Les celtes de la Gaule fêtaient le Tri nox Samoni (les trois nuits de Samain) donc, chers Français, comme les cousins d'outre Manche, vous pouvez légitimement attraper les petites cuillères et creuser la citrouille sans peur du mauvais sort, allez duper les esprits malicieux, gobez 3kg de fraises tagada et si vous voulez voir une sorcière, mettez vos vêtements à l'envers, laissez pendre vos poches et marchez à reculons!

Alpha Whale - Dine With Satan

Warren Zevon - werewolves of london

Lily Fayol - Le fantôme écossais

Alialujah Choir - A House, A Home

Jeremy Messersmith - A Girl, a Boy, and a Graveyard

Aldo - Good Morning Pumpkin

Dead Man's Bones - Dead Hearts

mercredi 10 octobre 2018

Gentle Hen

Henning fait partie des artistes que j'admire et qui a désormais comme une place d'abonné sur Piggledy Pop. J'écris sur l'artiste dès 2012 et récemment pour son projet Gentle Hen : "Henning Ohlenbusch grandit dans le Massachussetts en prenant des cours de piano et de guitare. Plus tard à l’université sa personnalité artistique s’accentue et il étudie la musicologie tout en commençant à composer ses chansons. D’une mère danoise et d’un père allemand, ses influences culturelles et musicales sont vastes. Dès les années 90 il se produit seul avec sa guitare à des open-mic , dans les années 2000 constitue un groupe et forme School for the Dead, puis The Fawns, comptant quasiment les mêmes musiciens qui partent en tournée sur tout le territoire américain. Parallèlement, Henning Ohlenbusch joue de la basse sur scène pour d’autres musiciens comme Chris Collingwood des Fountains of Wayne ou encore Lloyd Cole. Il travaille en même temps en tant que producteur et arrangeur aux côtés de Bourgeois Heroes, de son ami Mark Mulcahy (auteur-compositeur à qui Thom Yorke, Frank Black, Vic Chesnutt, The National, Josh Rouse, Dinosaur Jr., Michael Stipe, Mercury Rev etc, rendent hommage sur la compilation de reprises de Mulcahy, Ciao My Morning Star (...) Rythmés, mélodiques, habillés de riffs de guitares, percussions, piano et choeurs enthousiastes, les textes réalistes, concis et plein d’humour de Henning deviennent sa griffe."
La suite est par là : HenningOhlenbuschPiggledyPop2012



En 2008, Henning signe de son propre nom un album en solo en assurant tous les instruments, un travail pas piqué des hannetons pour ce génial multi-instrumentiste. En même temps et de façon hautement prolifique, il continue avec ses autres groupes School For The Dead, Sitting Next To Brian, The Fawns, Bourgeois Heroes, Goldwater et Gentle Hen signant l'album Sneaking up on the Moon dont je parle ici en 2016 : "Etant fan depuis des années, quand j'ai reçu la semaine dernière ce nouvel album, j'étais en 'lévitation' déjà accrochée aux branches. Je le trouve meilleur d'écoute en écoute. Henning écrit depuis des années, a acquis une solide expérience de la scène et des studios et ayant une belle aisance dans la composition, il se permet de la saupoudrer d'un esprit amusé, radieux, délicatement mordant et adorablement sarcastique."
La suite est ici : GentleHenPiggledyPop2016

C'est avec Gentle Hen qu'Henning Ohlenbusch nous revient cette année et fera paraitre le 19 octobre prochain l'album Be Nice to Everyone dont j'aime l'ampleur musicale depuis quelques semaines. Avec ses amis musiciens, les mêmes camarades de studio et de scène depuis toujours, Max Germer à la basse, Brian Marchese à la batterie et aux percussions, Ken Maiuri aux guitares et claviers, Henning chante, joue de la guitare et du piano sur onze magiques titres qui donnent de l'entrain, du fuel, du sourire et de la sérénité. Henning est un artiste qui comme beaucoup crée de la musique pour son plaisir mais songe aussi au plaisir de l'auditeur "We dove into the songs like starving animals, giving in to the parts of our brains that thrive on creating and exploring and making sense of chaos. I’d written the eleven songs during this year of upheaval, there were no oldies being revisited. This was all new territory... The listener might not find specifics in the lyrics to justify the album title, but I’m hoping that the overall feel of the collection is human, friendly, introspective, and caring".



Le bonbon de Gentle Hen commence avec les guitares de We've Got the Goods, qui actionnent l'écoute illico. La voix posée et assurée d'Henning suit magnifique l'instrumentation du même bois. Composée de lignes pop fermes, la mélodie et ses cordes tendues, les mots mêlés de candeur et d'âpreté forme un titre convaincant. La rythmique se confirme sur la ballade She's Got it bad, où 'Jenny emulates a retro charm' écoute les Pixies avec la guitare électrique et la batterie qui se chahutent gaiement, faisant frémir l'épiderme de tout bon amateur de pop qui se respecte quand Knock Knock Knock l'agrippe plus franchement avec son allure rock'n roll. Virevoltant, entêtant, le titre fait gigoter sur la batterie et les claviers psychédéliques endiablés, typés border mods des sixties où Henning brille, inébranlable. Le clavier se fait facétieux sur les cordes de guitares scintillantes de This Could Only Happen to You, alternative et offrant une mélodie flamboyante. Puis A Few More Lifetimes offre un air gorgé de cordes voluptueuses et un texte poétique vibrant, très émouvant en ce milieu d'album.



Le tempo reprend enfiévré, mutin, pour un There's a World in the World et sa tonalité drôle, dans les arrangements de notes sautillantes et les paroles tonitruantes comme Henning sait si bien les concocter. Le rock audacieux et solide poursuit l'énergie ambiante sur Lean, Then Catch Your Fall en guise d'avertisseur à ceux qui croient leur pouvoir en expansion et risquent fort de vite goûter au schlague. La légèreté avec le brin d'esprit et d'humour habituel reprend sur le fabuleux They Know, They Know, où on zigzague entre les gammes, les accords euphoriques pendant deux minutes de bonheur pop. Les claviers, la batterie et les guitares donnent la charge sur le grandiose Ancient Bones où toutes les voix s'allient pour dessiner un titre puissant, frontal avant le délibéré offensif You Can't Take It Back, musclé de notes rock, de voix aiguisées, de claviers qui s'embrasent sur la voix d'Henning, qui en conclusion, énervée et mordante, donne l'estocade. Be Nice to Everyone contient de la fibre, du feu et des mélodies indie-pop variées qui fourmillent de rythmes, de musicalité et de sens ; Gentle Hen offre comme à son accoutumée de l'élévation et de l'émotion sur les onze titres radieux, à savourer dans quelques jours.
GentleHenPiggledyPop2016



dimanche 7 octobre 2018

Theatre Royal

Theatre Royal, originaire du Kent, différentes villes, différents châteaux, fait briller sa pop depuis 2009 avec à son actif quatre splendides albums From rubble rises​.​.​. en 2010, At The End Of A River, The Sea​.​.​. en 2012, We Don't Know Where We Are en 2014 et .​.​.​and then it fell out of my head en 2017, agrémentés de plusieurs EP et singles. Les quatre musiciens Oliver Burgess et Robbie Wilkinson qui se partagent la composition, le chant et les guitares, Brendan Esmonde est à la basse et Jon Gibbs à la batterie jouent une pop vive et dévorante dans la manière de l'interpréter au chant et dans l'instrumentation fièrement nourrie de britpop. Les influences vont du Velvet Underground, aux Beatles, The Pale Fountains, Blur et New Order et le quatuor retranscrit avec sa veine cette jolie sève artistique. La musique irradie d'harmonies, avec une belle immédiateté et spontanéité. Porteur de l'âme indiepop et armé de courage pour enregistrer la plupart du temps en direct par manque de budget, le résultat sonne frais et naturel, pas alambiqué ni prétentieux. Les titres en gagnent une belle énergie et une valeur certaine. Theatre Royal, constant, a en bonus, une pléaide de mélodies efficaces dans son escarcelle.



Depuis sont parus les EPs Locked Together on the Lines / All I Need All fall en septembre 2017 puis Forward / Better say goodbye cet été 2018. J'avoue qu'à l'écoute de l'album .​.​.​and then it fell out of my head, mon attention était happée. Cette année, on m'y plongeant de temps en temps, leurs mélopées me semblent encore meilleures à chaque écoute, ce qui leur confère un point en commun avec les grands noms qui les influencent ; L'art de savoir écrire une chanson qui passe la frontière du temps et des modes.

.​.​.​and then it fell out of my head s'ouvre sur Port Bou et ses lignes gaillardes de guitares vertigineuses avec la voix qui se marie au tempo dansant. La mélodie offre des nuances et des contrastes qui s'entendent aussi dans les paroles. La rythmique hardie s'allie à l'harmonica vitaminé sur What has become of me? qui est un air indiepop de deux minutes parfait, intemporel et attachant. Il y est question d'amour, tout comme sur Locked Together On The Lines où le chant, guitares et batterie invincibles façonnent des harmonies qui envoûtent en symbiose avec le thème plein d'émotion et de conviction. Theatre Royal chatouille et titille nos oreilles parce qu'il y a dans ses arrangements du glorieux Television Personnalities, Primal Scream, Paul Weller, Byrds, Beatles, Echo & The Bunnymen. Les mélodies galopent, condensées, cadencées et traversent le disque comme des épopées pop.



Cette impression tient toujours sur Is that for you? avec ses violons rock, ses guitares dandy et souriantes, ses 'ho ho ho' en chorale qui remplissent l'espace comme les deux voix qui se répondent sur le sublime poppeux Borrowed Pen. Les thèmes du ciel, du passé, de la mémoire se font souvent écho dans les paroles et sont l'essence du titre Teardrop où même si la mélodie s'adonne au langoureux, la tonalité reste tranchante sur des accords de guitares enrichis de basse, de violon et d'une performance vocale. Le mouvement reprend les rênes et la batterie incisive relance la machinerie britpop sur Tune Out où les guitares forment un arsenal et offrent une belle émulation avant la ballade sucrée sublime Where The Land Meets The Sky. L'electro-acoustique et la basse trottinent et sautillent sur les arrangement renforcés par les 'pa pa pa' des choeurs. C'est le tour je pense de mes deux titres préférés, Will somebody please write me a song? avec sa structure entrainante, alternant de trompette qui met les oreilles en fête et de guitares brillantes qui poussent à se dandiner suivie de la puissante And then it fell out of my head... portée par le chant d'Oliver et de Robbie débordant d'enthousiasme. Le titre est garni de texture musicale, variée, riche, résolument rock et pop . Les métaphores du ciel, de l'eau prennent leur envol dans le bouquet final Staring Into The Void où le questionnement, le doute, la transparence des idées et des actes en leitmotiv rappellent l'humilité et l'intelligence des auteurs-compositeurs. Theatre Royal transporte dans ses harmonies pop fulgurantes de qualité et .​.​.​and then it fell out of my head est un album au son clair qui fait simplement honneur au genre indie-pop, gagnant sa place dans la discographie Piggledy Pop.
TheatreRoyal





Reverse Play : C86 re(dis)covered

Je parle d' Estella Rosa et de son blog au printemps dernier dans mon billet sur le projet Nah... "Nah... est un duo jangle-dream-pop constitué de Sebastian Voss, auteur-compositeur et guitariste allemand et de la chanteuse néerlandaise Estella Rosa, également chroniqueuse sur son blog d'indie-pop Fadeawayradiate." Le blog devenu label propose depuis le 26 aout 2018 une superbe compilation qui est disponible sur une très belle cassette audio pailletée transparente pleine de glamour. Comme le format, le contenu est un hommage plein de l'âme et de l'esprit indie pop de la grande époque C86. Pour les non-initiés, C86 était à l'origine le nom de la cassette compilation que publiait NME de façon hebdomadaire dans l'année 1986. S'y retrouvent pêle-mêle des reprises de House of Love, BMX Bandits, Primal Scream etc assurées par des groupes actuels qui irriguent avec brio de leur sang neuf des classiques twee. Estella Rosa, alliée à Dane Di Piero, réussissent un joli tour de force et de goût avec une certaine passion pour promouvoir les musiciens et distribuer de l'énergie délicate comme des pétales pop au gré du vent.
Nah...PiggledyPop2018



Ce bijou de compilation Reverse Play : C86 re(dis)covered s'ouvre sur le Emma's House des Field Mice honoré par un groupe que j'aime beaucoup, The Catherines crée par Heiko Schneider, auteur-compositeur amoureux de l'indie-pop, des Smiths et de la french Nouvelle Vague nommant son projet ainsi en hommage à Catherine Deneuve. Le titre revisité est beau, restitue l'esprit des Field Mice par l'instrumentation tout en lui donnant du peps. Puis le duo américain Whimsical reprend avec talent le Crash de The Primitives, déjà paru sur leur compilation hommage Brought to Light Volume 2. Quant aux formidables londoniens The Death of Pop et leur reprise décomplexée Kill Kill Kill Kill de McCarthy, leur travail somptueux sonne à mes oreilles et me parle, y ajoutant leur propre style et beaucoup de talent. The Arctic Flow explorent un If You Need Someone des Field Mice proche de l'original, pour de manière aimable apprécier l'influence vivace des cultes Mice avant d'enchainer sur un Nothing To Be Done des Pastels revu par Pia Fraus, excellent groupe d'Estonie qui compose une dream-pop fleurissante et percutante depuis 1998. La nostalgie dansante et lumineuse continue avec les anglais Softer Still qui reprennent I Don't Think It Matters de Brighter dans les règles de l'art C86 avant le fabuleux The Center of my Little World d'Another Sunny Day revisité par le californien Sun Kin qui saupoudre la reprise de notes sunshine et groovy. Les UV apportent encore du feu sacré grâce aux néerlandais Okama Flannel Boy jouant un Groovy Good Luck Friend des BMX Bandits avec un tempo bossa allouant à la fibre écossaise originelle un contour tropical savoureux. Le groupe anglais Dayflower donne une allure libre et magnifique au jangle Pristine Christine des Sea Urchins ; L'exercice de la reprise ici est une réussite et on admire le titre sous toutes ses formes.



Puis c'est au tour symbolique de nos amis Nah... où Estella apporte sa pierre aux atours précieux formant avec Sebastian Voss (Alles Gute zum Geburtstag Herr Von Stisass!) un tout unique. Ensemble ils parviennent à donner au As Years Go By de Friends de la matière pop allègre et brillante. Le disque poursuit avec la reprise de Destroy The Heart des House of Love, sublimement arrangé par les américains de Virginie Distant Creatures qui restituent le décor twee avec un son de guitares lo-fi typique. Des cordes de guitares tendues, il en pleut des majestueuses sur Unfair Kinda Fame des Pastels revu par Lancaster qui nous convie sur cinq minutes à redécouvrir la chanson en l'assaisonnant d'une basse vibrante, d'écho, de cor et de violon. La compilation s'achemine vers la fin avec l'endiablé et groovy Dalliance des Wedding Present signé ici de Sebastian Voss et son projet parallèle The Fisherman and His Soul. Sebastian transforme le titre avec des guitares et des claviers divins ornés de son chant harmonieux, admirable. Enfin, se découvre aussi la force du magicien multi-instrumentiste Gregory James alias The Skating Party qui reprend Hello Rain des Softies avec une inspiration fertile offrant au morceau beaucoup de musicalité et d'aura. Le londonien Ed Ling s'offre Velocity Girl des Primal Scream pour un final en délicatesse, habillé de cordes pincées, de touches de piano caressées et d'une voix à la respiration tangible des plus charmantes.



Reverse Play: C86 re​(​dis​)​covered est un retour dans le passé réussi, solide, jonché d'exploits d'artistes qui rendent un bien bel hommage à cette génération C86 regrettée. Les groupes ont cherché à marquer de leur propre style des chansons sacrées, presque intouchables et le défi est relevé avec aisance. On se laisse bercer par le flot de notes pop, engloutir par les arrangements qui bourdonnent et touchent. Estella Rosa et ses aspirations pop, sa générosité, met en avant ce bouquet de jeunes groupes, qui forment une belle couronne que nous vous invitons main dans la main avec Piggledy Pop à découvrir. ReversePlayC86Rediscovered





dimanche 30 septembre 2018

Paddy Hanna

J'aime l'irlandais Paddy Hanna, j'en parle en 2015 et l'an passé pour sa participation "au magnifique projet associatif My Lovely Horse Rescue aux côtés de Duke Special, Neil Hannon, We Cut Corners, The Late David Turpin, No Monster Club, Sissy et Gar Cox, toute la joyeuse équipe du collectif de musiciens dublinois, le label Popical Island. Pour apporter leur aide, les artistes signent l'EP de sept chansons, My Lovely, dont le fruit de la vente est totalement reversé à l'association irlandaise qui protège et soigne les chevaux, poneys, ânes, abandonnés ou négligés."

J'admire tellement son travail que quand Paddy Hanna lève le petit doigt, le téléphone rouge PiggledyPop sonne. Il y a eu "les sublimes disques Join the Army de 2013, Leafy Stiletto de 2014, les singles Austria et Underprotected de mars et décembre 2015." "Paddy Hanna fait partie de ces artistes prolifiques et complets, auteur-compositeur et interprète au coeur de quatre projets, il joue de la guitare, du clavier, de la batterie et aime la scène où il est comme un poisson dans l'eau. Basé à Dublin, l'irlandais est actif au sein des groupes Grand Pocket Orchestra, Skelocrats, Ginnels et No Monster Club. Il n'arrête jamais"
PaddyHannaPiggledypop2015
PaddyHannaPiggledypop2017



Ce mois de mars 2018, l'artiste offre l'album Frankly, I Mutate qui ne fait pas pousser la table du salon pour danser mais fait sauter dessus pour des déhanchés fous de sioux. L'univers du musicien compte tout pour me plaire : l'humour, la qualité mélodique et technique, son inspiration colorée infinie, les références littéraires, musicales, cinématographiques ou picturales. Paddy Hanna fournit des mélopées pleines d'harmonies, d'originalité dans l'interprétation, formidable, de fantaisie et de sensibilité. Cette année, l'inspiration est tropicale au point de dégainer les castagnettes. Le disque s'ouvre de manière surprenante, et au royaume des surprises, Hanna est sur le trône. I Saw The Man Part 2 est un instrumental qui semble être idéal en conclusion, un morceau que nombre d'artistes auraient mis en final et que l'irlandais insondable, imperturbable, décide de placer en introduction. J'ai déjà le sourire quand arrive le fantastique Bad Boys avec ses balais de batterie qui cristallisent l'art de la pop. Le tempo galope, basse et piano se répondent fructueux sur le chant de Paddy merveilleusement vif pour incarner le thème à la perfection. L'envie de bouger est immédiate et on ne déroge pas à ce toc quand bataille la grosse caisse de Ida, alliée aux castagnettes irrévérencieuses tenant les zygomatiques en alerte ; Le titre est dédié à sa grand-mère. Les mélodies sont splendides, habillées de surréalisme, de psychédélisme, garnies de son brut des bois, du timbre de voix spontané, empreintes mêmes de l'artiste qui sort la cavalerie de cordes et d'archets pour le valsant et swinguant All I Can Say Is I Love You. Derechef, le moulin de notes pop tournoie. La palette de paroles rayonne de vivacité et d'émotion sur Mario Lanza qui évoque la maladie de son papa sur une rythmique fulgurante et des guitares optimistes. L'élégance des sentiments continue sur Reverends Grave qui est un titre ancien que Paddy ressort des fagots, arrangé superbement avec la harpe et les voix du duo féminin irlandais culte, les Saint Sister.



Avec sa pudeur galante, il compose un Toulouse The Kisser virevoltant de piano, de guitares et cette voix incroyable, impulsive et excellente. Puis arrive un morceau de presque cinq minutes, rareté de format, avec un titre qui finalement met la puce à l'oreille : Spanish Smoke et son solo de guitare amende la déclaration d'amour insinuée dans les harmonies soul, le chant sensuel et les cordes autant hypnotiques que percutantes, qui enchaine, logique, sur Sunday Milkshake. Paddy Hanna saupoudre d'esprit des thèmes sérieux, impose des airs qui gambadent et trottinent dissimulant l'émotif et le tragique avec dextérité et inventivité. Son territoire artistique est une citadelle de laquelle il lance des flèches pop pénétrantes comme Local Strangers, psyché, sculpté avec sa folie créatrice, son interprétation efficace, idéal pour le retour à la chorégraphie indienne sur la table. Low Voices porte son parfum de fragilité sur des arrangements de cordes dirigés par Ena Brennan, créant une splendide atmosphère proche de Syd Barrett ou de Kevin Ayers. Illico, la vulnérabilité fait place à la combativité avec Frankly, I Mutate et son orchestration pop lumineuse où Paddy Hanna termine le disque en absolue beauté, 'i've learned to laugh in the face of death...and light a candle'  avec la batterie grandiose et la voix de Paddy Hanna, puissante et unique. Tout en rangeant les plumes, flèches et tipi, je classe Frankly, I Mutate dans le top 10 des albums 2018 Piggledy Pop.
PaddyHanna



Michael Head

Je l'ai reçu au moment de sa sortie il y a un an, en octobre 2017 et le savoure depuis, toujours avec son doux parfum de pain chaud sans pouvoir m'en détacher. Adiós Señor Pussycat signé de Michael Head & The Red Elastic Band n'avait pas vraiment besoin de chronique ici, ayant déjà tous les médias spécialistes à ses genoux. Mais les disques irrésistibles comme celui-là, ces coups de triomphe d'arrogance mélodique sont intemporels et passent les mois, les années, demeurant majeurs.

Je reviens sur Michael Head pour ceux qui ne le connaissent pas. L'artiste au charisme et au talent grandioses fait partie des meilleurs auteurs-compositeurs anglais du XXème et du XXIème siècle. C'est en 1980 que Michael avec son frère John Head forme le groupe mythique The Pale Fountains qui sort Pacific Street en 1984 et From Across the Kitchen Table en 1985.



Ces deux albums sont sacrés pour les amateurs de pop. Les deux frères Head changent de nom de formation en 1987. Shack nait et comptera dans ses rangs divers musiciens. Originaires de Liverpool, les deux frères guitaristes se complètent parfaitement et nous offrent Zilch en 1988, Waterpistol en 1995. Les Shack assurent une tournée internationale avec leur héros, le groupe Love et les frères Head repartent en studio en 1997 pour un nouveau projet, Michael Head introducing The Strands pour le nouvel album The Magical World of the Strands. Shack revient en 1999 avec le fantastique H.M.S. Fable, suivi en 2003 de ... Here's Tom With the Weather et On the Corner of Miles and Gil en 2006.



Puis il y aura ce hiatus, long, long, très long pour les mordus dont je suis. Il nous faudra attendre 2013 pour que Michael qui crée son propre label au joli nom de Violette refasse surface dans le monde de la pop avec son nouveau groupe Michael Head & The Red Elastic Band pour concocter un EP qui promet un retour scintillant. Le double titre Velvets In The Dark / Koala Bears apparait en 2015 et enfin en 2017, l'album tant désiré, Adiós Señor Pussycat. Recueillant tous les éloges de la presse, le disque est véritablement, objectivement somptueux. C'est l'album le plus amoureux orné de maturité, de sincérité, d'espièglerie mêlée à la poésie écrit de la plume Michael Head. Le romantisme y est chaud, chaleureux, porté par des mélodies considérablement belles. La variété des instrumentations est fine, parsemées de l'âme indie du Nord anglais, si particulière, mais aussi de notes sixties, de préciosité pop qui rappelle Shack et le pouvoir entêté de Head dans l'art de la composition.



Le charme s'ennoblit au fur et à mesure que les notes de Pablo Picasso se déploient. Le texte évoque un second foyer à Paris, où par amour il suit sa muse. Le titre est magique, avec cette mélancolie qui camoufle un désir ardent d'un homme passionné qui ne lâche rien. La ballade est menée par la guitare féconde, frétillante, avec le violon et le saxophone qui ajoutent du rétro savoureux et de l'élégance. Dores-et-déjà en proie au charme de la voix de Michael Head, de ses mots, de son interprétation, Overjoyed réitère la séduction. Le titre touche car il parle du groupe qui revient dans sa ville, avec comme orchestration judicieuse le choix puriste 'indie' qui offre le mariage guitares, basse et batterie. L'enregistrement se concrétise dans le studio de Steve Powell, qui joue de la guitare aux côtés de Michael et brille aux arrangements, avec également son fils Tom Powell à la basse, Simon James au saxophone, et pour la trompette, Martin Smith, et Andy Diagram des Pales Fountains.

Rod Skipp, Helen Tonge et Dewi Tudor Jones appuient avec leur ensemble de cordes le fabuleux Picklock, perle de l'album, qui marque par son impétuosité dans le mouvement électrique des guitares et sa détermination dans la voix. Michael Head compose avec Winter turns to Spring un monument, une pépite lumineuse qui contient des influences comme Burt Bacharach, Velvet Underground et Scott Walker en guise d'invitation dans son intimité, son émouvante et joyeuse renaissance. Cette effet de lueur règne aussi sur Workin' Family qui date de vingt-cinq ans et n'avait jamais été enregistré. Tom Powell excelle à la basse et transporte par son tempo diablement habile tandis que l'interprétation de Michael forme un volcan pop en or. 4 & 4 Still Makes 8 montre le caractère enflammé de l'auteur, armé de son tambourin et fait sensation, partant en croisade amoureuse qui se poursuit sur Queen of All Saints. Si Michael Head aime lire Coleridge, Burroughs ou Huxley, inspiré depuis des années pour écrire et faire danser sur ses harmonies, il sait aussi fendre l'armure avec honnêteté et troubler par ses mots abondants de franchise.



La mélodie de Josephine, flambeau pop, offre des envolées élégantes de fiddle, de guitares, de choeurs qui comptent Joanne Head sa soeur, Phil Murphy et Steve Powell avant le Lavender Way qui avance comme un songe tiède sur la guitare hispanique, venant peindre des adieux comme le souligne le nom d'album. Adiós Señor Pussycat vient d'un épisode de Tom & Jerry, qu'affectionne Michael, partageant cette passion pour les vieux dessins animés hollywoodiens avec son fils. La famille et son entourage sont fruits d'inspiration pour Michael qui signe un album hanté de départs mais dans Rumer ses proches sont à ses côtés, aux instruments et aux voix, créant un titre fourni de 'pa pa pa', de guitares à foison et d'harmonies pop brillantes. La reprise, divine, de Wild Mountain Thyme, chanson traditionnelle écossaise ne fait que renforcer l'aura de Michael Head accompagné de Joanne au chant. Puis le sublime What's the Difference, avec sa mélodie qui balance majestueuse entre ses cuivres et ses guitares dans le sillage de Love, donne un conseil affectueux avant la confession follement indiepop Adios Amigo qui est fleuri de la batterie ingénieuse de Phil Murphy, basse, guitares, de cordes à l'envi et une chorale qui accueille la fidèle amie Mary McCombs. Comme pour respecter l'éthique indépendante, le disque est façonné avec un petit budget mais beaucoup de grâce et de talents. Il y a dans Adiós Señor Pussycat - grasse place dans le panthéon PiggledyPop - du son de guitare des Byrds marié à la poésie de John Keats avec cette griffe personnelle de Michael Head qui marque et crée une réelle émotion...comme avant et comme toujours.

MichaelHead





samedi 29 septembre 2018

The Ego Ritual

J'écoute Chakra Maraca depuis une semaine. Au sujet du symbolisme, je ne sais pas sur quel pied danser, ni si c'est du lard ou du cochon. Mais avec de telles harmonies accrocheuses, ces lignes de guitares et l'énergie qui émane du titre, mes deux pieds dansent et je me régale (car tout est bon dans le cochon). L'ep de The Ego Ritual est en route ces jours-ci, peaufiné en studio sous la maitrise et l'influence de l'auteur-compositeur interprète James Styring. Le groupe compte trois musiciens de Lincoln en Angleterre, des experts ès-pop, présents dans les projets The Popdogs depuis 2010 et B-Leaguers en 2016. L'essence de The Ritual Ego est powerpop, avec des nuances punk, rock, de la pure britpop. Ce qui est magique avec le trio, James Styring au chant, William James Ward à la guitare et Gaz Wilde à la batterie, c'est qu'il n'est pas nécessaire de fumer de la 'weed' pour ressentir son champ spatio-temporel étendu et élastique. Il y a dans sa veine artistique du mordant mods, stylé sixties et du rock seventies solide. Chakra Maraca est ondulant, pétulant, flamboyant de rythmes, de notes et sur la voix de James, je succombe. La presse les compare, avec raison, au groupe de Glasgow Astrid et à REM mais renseignement pris, c'est bien Elvis, Johnny Cash, Lennon et McCartney les influences principales. En attendant la parution de l'EP bientôt chez le label américain Kool Kat, je me délecte avec Chakra Maraca et sa mélodie brillante, psychédélique et pop jusqu'au bout de ses sept chakras, symbole de pouvoir, et celui-ci est envisageable pour les Ego Ritual.
TheEgoRitual



samedi 22 septembre 2018

Simon Love

Je présente le magistral et attachant trublion pop Simon Love ici il y a trois ans et parce qu'il signe ce mois de juillet 2018 un chef d'oeuvre pop et parce que je l'adore, je reviens le brosser et le vernir un coup : SimonLovePiggledypop2015
"Simon Love vient de faire paraitre un premier album mais n'est pourtant pas un débutant. Dans le domaine, le gallois excelle depuis 2000 lorsqu'il se fait connaitre avec son groupe The Loves qui se séparent en 2011 après quatre albums fleurant bon la pop psychédélique sixties. Pour les curieux, j'écrivais en 2008 sur The Loves. TheLovesPiggledypop2008
Simon intègre ensuite Knickers et signe un EP chez Elefant en 2012. Présent depuis sur quelques compilations, il se lance sous son propre nom (enfin presque) en 2014 pour nous concocter un album fabuleux, hautement musical et écrit, excentrique, mélodique, un kaléidoscope de chansons toutes achevées et parfaites. It Seemed Like a Good Idea at the Time du 7 août 2015 offre une orchestration pop magnifique qui s'étoffe au fur et à mesure de l'écoute."



"L'artiste de Cardiff travaille ces dix dernières années avec notamment Fortuna Pop, label avec qui il signe son tout récent album, et joue amicalement également avec des groupes comme The School, Darren Hayman, Pocketbooks, etc.Ses références principales sont les Beatles, Velvet Underground, Harry Nilsson. Il reprend d'ailleurs Cold Turkey de Lennon en 2002 et Dear Boy de Paul (& Linda) McCartney qu'il sort en 2014 en guise de single, présent sur It Seemed Like a Good Idea at the Time. Le compositeur génial de sunshine pop, signant des arrangements très sixties et seventies, inspirés et variés, est accompagné sur l'album de deux figures assez originales, l'acteur Stewart Lee, chroniqueur pop-rock à ses heures perdues pour le Sunday Times et l'un des plus grands pirates de la radio anglaise dans les années soixante, le DJ Emperor Rosko. ( se reporter à mon article Radio Caroline si le coeur vous en dit" : RadioCarolinePiggledypop2O12



Depuis le 6 juillet 2018, Simon Love signe son deuxième album au nom sucré Sincerely, S. Love x. C'est chez le fameux label allemand dont je parle souvent, Tapete Records, nom non moins sucré, que Simon pose ses jalons et sa jaquette. Cet album est grandiose et les écoutes en boucle sont un délice. Le musicien est connu pour son humour. On ne sourit pas l'écoutant, on rit. Son joli brin de folie so british vient d'un esprit aiguisé, brillant et sa personnalité formidable dont je suis fan. Son écriture est flamboyante, se comparant sans coup fourré à celle de Spector, Kevin Ayers, Kinks et caetera. Ses compositions pop sont orchestrées avec maitrise impressionnante du genre. Il y a la fulgurance des mots, la rutilance des partitions de cuivres et de cordes, le chant volcanique, les lignes de guitares vivaces et coriaces. 0n plonge tête la première dans l'album photo musical qui retrace les aventures de Simon Love de son berceau, à ce qu'il est aujourd'hui, le plus touchant des artistes pop dandy du moment. Le disque, panaché de références comme Joey Ramone ou les Pixies à qui Simon rend hommage, commence avec God Bless The Dick Who Let You Go, déclaration chevaleresque psychédélique ornée de piano, violon, trompette, clap-hands et glockenspiel au tempo fougueux. Simon comme de coutume parade, riposte et trompe le monde sous une cape débonnaire et conciliante en portant le coup, en allongeant son chant précis, ses mots coupants et tranchants.



The Ballad of Simon Love, tendu, rythmé et drôle continue la formule alternative, boogie, orchestrée avec des cuivres sautillants, des guitares explosives, fondu dans le style mods et sunshine pop des Beach Boys. La chanson grandiose est dores et déjà dans le top 10 de la décennie Piggledypop. La classe et le style tiennent le mouvement sur le tambourin et le saxophone de Joey Ramone où Simon entonne avec prestige 'first time i heard your voice'. La narration poursuit avec Stephen Timothy West, immédiat, spontané et dansant tout en étant symphoniquement pop, un gemme sonore puissant. Le journal personnel, saga rock'n roll continue et la page se tourne sur I fucking Love You. Le message est compris! A l'écoute du titre au romantisme confondant, solide et merveilleux, i fucking love Simon Love! Tout est là pour construire le taxon pop, les harmonies de cuivres et de cordes forment l'alliance d'une mélodie ascensionnelle et enlevée qui donnent envie de danser. Tennis Fan délivre des guitares, du piano, du tambourin, une voix minutieuse, débordante de tendresse sous ses habits décalés et pétulants qui rappellent l'élégance aristocratique d'autrefois comme sur Golden Boy. Les ballets frottés délicatement à la caisse, le clavecin marié à l'harmonium rappellent que Simon Love est une pierre de touche de la pop psychédélique. L'exploration mélodique poursuit avec (Why'd You Get That) Tattoo Girl? fusion feuillée funky, au peps frissonnant de la voix et de l'instrumentation. Le renversant morceau All This Dicking Around (Is Bringing Me Down) est composé avec brio, alignant des arrangements de guitares, d'alto et de trompette émouvants sur des effets de voix en chorale à l'âme sixties ardente avant le dernier Not If I See You First, sa batterie qui caracole, sa basse dandinante excellente sur un chant débordant de charisme. Sincerely, S. Love x. est un havre de pop, un album somptueux du début à la fin, enfiévré, qui donne envie de danser et fait du bien, simplement. Simon Love est un personnage envoûtant, un maestro de la pop au catalogue brillant, gorgé de mélodies, d'arrangements fournis, lyriques et supérieurs, au rendez-vous sur Sincerely, S. Love x. , classé évidemment dans le panthéon des albums PiggledyPop !
SimonLove



dimanche 16 septembre 2018

Nick Frater

La fin d'année approche et même s'il y a encore trois mois pour gonfler les chroniques de coups de coeurs, Goodbye Kayfabe de Nick Frater entre dans la cour du top 10 des albums 2018 Piggledy Pop. L'artiste est fabuleux, multi-instrumentiste et producteur, de son studio à Croydon il concocte des bijoux pop qui font rayonner son assurance, son rôle et sa passion. Nick Frater aime la musique, la fabriquer et son plaisir s'entend. Inspiré par les années seventies et sixties, il sait solliciter nos frissons et notre envie de gigoter bêtement en rythme sur ses mélopées. Son univers spontané, son âme frénétique pop, son oreille absolue infaillible dotée d'une humilité rayonnante, le place sur mon chevet.
Les sept titres de Goodbye Kayfabe sont des trésors, dansants, remplis d'instruments qui se répondent intelligemment, riches d'harmonies et d'arrangements surprenants, mais logiques et façonnés avec finesse. La vague de notes pop déferle dès le début de Built to Last avec la folle équipée de guitares électriques qui se mêlent à la batterie, aux cymbales et aux cloches à l'airain exalté.



Le tempo rock accapare l'attention et les hanches quand joue les accords rayonnants de Paperchase, son clavier sixties au groove efficace, et son chant exact, extatique qui s'empare définitivement des émotions. Cette sensation se poursuit sur le juteux Fruit Punches, romantiquement vitaminé et tropical avec son air bossa . La mélopée chaloupée, pleine d'aménité pop, de clavecin taquin, est un régal sunshine paré de références que les amateurs du genre reconnaitront sans nul doute. Quand More Than This fait entrer les cuivres, le tempo enhardi et les guitares indie martelant les arpèges endiablés, les pieds et la tête coptent sans contrôle. La voix de Nick Frater se fait sensuelle et manoeuvre au carrousel de notes fantastiques sur Hold On, Caroline stylé seventies, offrant une ballade pailletée d'une orchestration condensée d'énergie funky. Remoaner (A Song For Europe) est une ode à l'Europe et rappelle la séparation de l'Angleterre avec le gouvernement de Bruxelles sur une cavalerie de guitares électriques rock'n roll et de paroles qui démasquent les opinions politiques de l'artiste. Puis le dernier titre vient adoucir l'ambiance avec son mellow somptueux, son piano tendre qui contre-balance finement entre la gauche et la droite, comme un métronome amoureux qui perd la tête et conclut l'album délicatement. L'enchanteur Goodbye Kayfabe est une collection de chansons pop exquises, un troisième album majeur de Nick Frater qui est un musicien brillant, membre insatiable, d'une compagnie de production, enregistrement et création appelée Great Sheiks qui regroupe d'autres noms fameux de l'indie pop, d'autres groupes dans lesquels il joue aussi.
NickFrater
GreatSheiks



samedi 15 septembre 2018

Adrian Whitehead

Adrian Whitehead, dès la première écoute ce sont des mélodies, du chant, des orchestrations qui forment un élégant mariage à l'évidence d'une grande sensibilité et d'un talent du même bois. L'album Nerd From The Suburbs parait en mars 2018 sur le label australien Popboomerang Records dont le choix de signatures est toujours constant en qualité. L'auteur-compositeur multi-instrumentiste de Melbourne est un enfant prodige de la composition, d'instrumentations fournies, fruitées et absorbantes. Adrian conte des histoires, charmantes ou sérieusement touchantes, utilisant sa voix magnétique et un choix d'instruments subtiles pour ces cartes postales sonores, où s'accordent piano, guitares, batterie et basse qu'il joue lui-même. Viennent d'autres musiciens en studio pour participer à l'album sur certains titres, Shane O’Mara à la guitare électrique et également à la production, Jacob Cole et Jethro Pickett aux guitares électriques, Tim Keegan et Jak Housden à la basse, Sam Young et Terepia Richmond à la batterie, Ellie Lamb au trombone, Amy Lowe au tuba et Joe Tobias à la trompette.



L'écriture de l'artiste est arrondie et son vocabulaire le rappelle d'ailleurs, avec du 'turning' 'circle' 'round' comme commence ce superbe album sur le premier titre Folie A Deux "I traded my life for a ride on a merry-go-round". D'emblée, on tient le bras d'Adrian et on le suit. La ballade solide est galbée, stylée, panachée de guitares folk et un chant somptueux amoureux . Puis le keepsake s'ouvre sur l'épique histoire d'Adam et Eve, Blaming The Snake, avec une instrumentation souriante qui utilise des sons d'antan pour une ambiance rétro, un tempo savoureux et des cuivres rutilants avant le grandiose Sigmund Freud. D'abord la guitare acoustique annonce l'ensemble de cuivres, kalimba, rythmiques diverses, basse, piano révolté et guitare électrique tendue pour un titre chrysalide de six minutes psychédéliques magiques qui illustrent un rêve. Tandis que Sigmund Freud offre un moment délicieux de rock psyché qui accroche entièrement l'attention, l'émotion saisit aux premières notes de piano de Shades Of Grey qui suit avec son texte, si juste et exact, écrit avec ses rondeurs délicates, son profil irisé fort troublant.



L'atmosphère intime poursuit sur la guitare acoustique de First World Solutions avec son schéma doux, tout en retenue, qui néanmoins tire sur la bride avec des mots bruts pour illustrer une relation rompue. Dreams, fait office de virgule chorale à la façon Brian Wilson et Elliott Smith, deux figures qui semblent présentes dans les influences de l'australien. On pense aussi aux Beatles à l'écoute du fantastique Gilded Cage et son Moog, ses lignes de guitares, son chant lumineux, sa mélodie radieuse et volontaire pour combattre le mensonge et les 'faux semblants'. La pop alternative et psychédélique de Blank Page prend de la hauteur et continue de faire des looping entre le piano et les guitares pour boucler la boucle sur Nerd From The Suburbs, avec ses reflets britpop, son tempo merveilleux et ses mots qui reflètent l'esprit de l'album, porteur d'ondes positives. True South conclut avec grâce et panache sur une harmonie d'instruments, d'effets de voix, pour rappeler à la mémoire ce moment spécial partagé avec un père comme la lecture des étoiles "We don’t like to smile in photos, we don’t like to make mistakes, We’re just the same, I’ve got your nose I’ve got your name, You know we’re just the same". Nerd From The Suburbs est le miroir de l'humilité et de la lucidité, blindé de riches mélodies et de la merveilleuse voix d'Adrian Whitehead qui se frotte facilement aux cîmes Harry Nilsson et Randy Newman. Le récit intime, amoureux, philosophique, Nerd From The Suburbs et sa power-pop nourrie de seventies et de sixties, composé avec maturité, brio et excellence fait suite au premier album de 2008 One Small Stepping Man, une introduction à l'univers artistique d'Adrian Whitehead, que je conseille chaleureusement.
AdrianWhitehead





dimanche 9 septembre 2018

Teleman

Est paru ce 7 septembre 2018 le troisième album de Teleman, Family of Aliens. Groupe de Londres formé en 2012, il renait des cendres du fameux groupe Pete and the Pirates. La particularité de Teleman tient dans le talent d'écriture de Thomas Sanders, son interprétation fluide et gracieuse, du tempo dansant et énergique donnée par son frère au synthétiseur, Jonny Sanders, par Pete Cattermoul à la basse et Hiro Amamiya à la batterie.
Dès 2014, la sortie du premier album Breakfast est un phénomène et emmène le quartet sur les scènes d'Europe et des USA qu'ils partagent avec Franz Ferdinand, Suede, Metronomy, Maximo Park, Kaiser Chiefs et Belle and Sebastian. Pendant ce temps, ils ne lésinent ni ne lézardent, mais préparent le deuxième album Brilliant Sanity. L'album est éffectivement brillant autant que le premier, offrant sa touche personnelle, ce don pour dessiner des paroles métaphoriques, éloquentes, clinquantes qui fusionnent à la perfection avec la rythmique. Les sons qui émanent des instruments et de la voix sont abondants, tout comme les mots suggestifs. Leur indie pop est flamboyante, colorée, moderne dans l'instrumentation avec des paroles stylées rétro romantiques pour évoquer des thèmes actuels, sexualité, consommation, et aliénation qui vont de concert, mais aussi des sujets qui les animent comme le rock et l'amour avec des nuances érotiques plutôt charmantes.



Sur Family of Aliens, titre qui ouvre l'album du même nom, la fibre synth-pop qui semble dominer est finement dosée, laissant place à des lignes de guitares et une orchestration limpide qui donne un aspect spontané et simultané efficace. L'envie de danser saisit d'emblée bien que le titre dresse un portrait mordant de la situation actuelle utilisant le thème des aliens qui parviennent à être heureux dans le noir et le vide 'Is it ever enough without love, Without alcohol, dreams and other drugs, Everybody is shot through with worries, But it won’t be long, it can’t be long until the next time'. Puis le voltigeant Cactus avec ses effets électroniques fonctionne à merveille. Le rythme endiablé va comme un gant au thème du superficiel et nombriliste menant à la solitude. Song For A Seagull continue la valse de mélodies, de notes virevoltantes pour évoquer les effets de drogues stimulantes qui, quand la descente est amorcée, font aller dans le mur du ridicule.
Teleman, élégamment utilise l'image de la mouette qui vole, avec ses plumes blanches dans le haut ciel bleu mais qui ne rêve qu'en noir et blanc.



La pop voluptueuse prend son envol sur Between the Rain avec son piano lumineux et sa basse splendide, à l'unisson. Les éléments naturels, oiseaux, pluie, habillent un texte amère qui parle d'un coeur en plastique avant le somptueux et poétique Always Dreaming, langoureux, secret et intime. Le chant de Thomas Sanders resplendit sur le titre, devenant touchant au fil des mots étoilés d'émotions. La basse groovy de Submarine Life poursuit, en taquinant ses cordes et en ouvrant la marche à une suite d'instruments, claviers mutins, fantastique guitare acoustique, batterie rayonnante sur les effets de voix robotiques créant un cocktail sonore réussi. Twisted Heart poursuit ce tempo déchainé et magnifique appuyé par les guitares électriques pour imager un garçon qui se torture l'esprit parce qu'incompris mais qui devrait se moquer de ce monde au cerveau creux, à l'esprit gélatineux. Ce conseil est continué sur le subtil et mélodique Somebody's Island où la voix de Sanders convaincante s'élance aussi magique sur Sea of Wine, invitation métaphorique au voyage et à la perte de contrôle sur des partitions de piano grandioses. L'ambiance synth-pop eighties resurgit, ensoleillée et vitaminée sur Fun Destruction, en opposition aux mots qui dénoncent un mental étriqué qui ne tient ni poids ni pression. Le tempo electro dégaine des rythmes solides pour finir sur le génial Starlight qui résume l'ambiance cosmique, l'environnement spatial, l'excellence des compositions qui gravitent autour du disque. Teleman prend de l'altitude et propulse des titres qui accrochent, font rêver et collent des étoiles au coeur. L'année 2018 compte désormais dans son top 10 Piggledy Pop le captivant Family of Aliens de Teleman.
Teleman





samedi 1 septembre 2018

Champagne Brunel

La famille Brunel est propriétaire à Jouy-les-Reims. Les vendanges 2018 sont commencées. Les rois du sécateur récoltent les fruits de leur labeur pour nous concocter le meilleur Champagne français que je connaisse, le Champagne Brunel. C'est mon avis et celui de nombreux autres, des connaisseurs et amateurs, tous s'accordent pour dire que le 'Brunel' est exceptionnel. Depuis une dizaine d'années, Jean-François Brunel reprend le flambeau de ses parents avec l'aide précieuse de son épouse, l'adorable Sophie. Heureux parents, la lignée est assurée par leurs jeunes pousses, désormais familiarisés à l'art de la taille, du liage, du palissage et de la récolte. Situé sur la petite montagne de Reims, leur terroir est classé en grand cru de Champagne. Sur les vertes pentes de la montagne, des parcelles se bousculent joyeusement et de ce promontoire ancestral, cette terre de France fait surgir de ses racines profondes chaque année en septembre un éminent trio de cépages : du Pinot Meunier, Pinot Noir et Chardonnay. Ces lieux enveloppés de grâce, Jean-François et Sophie y tiennent ardemment et mettent du coeur à l'ouvrage comme le faisaient les grand-parents de Jean-François puis ses parents et sa soeur Clothilde avec qui ils se partagent les hectares. Le travail familial n'est pas uniquement sur le papier, l'ambiance familiale y est douce, simple et très chaleureuse...musicale aussi!



Jean-François est organiste et pianiste, il joue dans un groupe de pop. Sophie grande cavalière est aussi férue de pop, de blues, capable de danser comme personne et de groover dans ses bottes au coeur des ceps. Tous les deux sont chevronnés de musique allant du rock au classique, des comédies musicales à la French Touch. Ils affectionnent la famille, le travail, les arts, et leur Champagne contient tout cet amour. Le Champagne Brunel est divin parce par sa couleur dorée et par son parfum envoûtant qui soulève et emmène illico au sein des coteaux ensoleillés. Ses bulles et son arôme sont fins et élancés, en harmonie, et donnent envie de sourire, de chanter. Le déguster est un vrai bonheur, simple et réel, qui inspire le respect. Il donne aussi envie de saluer l'ampleur de leur travail et des sacrifices tout au long de l'année pour arriver à ce résultat, incomparable. 

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération. Mais quand on partage ce magique moment des vendanges, sur le pont dès 6 heures du matin, le croissant trempé dans le verre de champagne à 10 heures du matin pour une pause, c'est royal. On se sent alors chanceux d'avoir sous les yeux émus, ces lignes historiques de vignes, majestueuses et infinies.
Pour commander l'élixir Champagne Brunel, superbement étiqueté, et se faire livrer à la maison ou sans frais de port, chez les dépositaires, à Paris, en Normandie, à Dijon, à Rennes, et autres, c'est par ici : ChampagneBrunel



lundi 27 août 2018

Eoin Dolan


Je présente Eoin Dolan l'an passé sur Piggledy Pop : "Eoin apparait avec le majestueux EP Placid Ocean en 2014. Suivi de singles qui annoncent le second EP Something Good, solide et entêtant (...) En 2016, l'album Eoin Dolan arrive avec ses 9 titres somptueux, qui proposent aussi une ballade romantique iodée qui part des côtes irlandaises et largue les amarres en compagnie d'Ocean Girl pour aboutir à Spain. Les singles suivent avec Rockefeller Christmas Address et I can make you hurt at will en 2016, One Girl et Good human being en 2017 (...) le 22 septembre 2017 est paru le sublime album Ubique. Eoin Dolan signe les 11 titres, chante, joue guitare et claviers, Conor Deasy est à la guitare et aux voix, James Casserly à la batterie et Adam Sheeran à la basse (...) Eoin Dolan est un perfectionniste dans ses orchestrations, excelle dans la production pop kaléidoscope gratifiée d'une écriture élaborée."



Ce 23 juillet 2018, il nous offre l'EP somptueux Superior Fiction. Une armée de claviers et de guitares conduits par Eoin également au chant, suivie par ses fidèles compagnons, Adam Sheeran à la basse, James Casserly aux percussions et à la batterie et Conor Deasy au chant et à la guitare. L'épopée psychédélique commence sur un Roman Voice et son orgue de bon ton qui rappelle l'ambiance romane mêlée à une ambiance pop sixties, sur les mots sublimement chantés qui titillent intensément sur deux minutes et deux références, la mémoire et la culture artistique. Ici comme sur ses autres albums, les thèmes du son, de la chanson et de la littérature sont récurrents dans l'univers de l'auteur-compositeur irlandais. Le tempo des guitares et de la basse groove sur Superior Fiction qui déroule une mélodie pop sautillante et souriante. Elle parle pourtant d'un sujet sérieux comme la façon dont on réceptionne une information, en faisant un tri soigneux, voire en s'aveuglant, se dédouanant de la réalité gênante qui entacherait notre petit confort, préférant dans la facile lâcheté.



L'instrumentation magnifique surf et psych-pop dans le sillage des Beach Boys, The Coral, et l'esprit critique dans les paroles toujours justes et blindées de panache façon Kinks s'allient au délicieux sarcasme. L'imagination et l'inspiration d'Eoin, nourries par ses lectures comme celles de Philip K.Dick dessine une âme avant-gardiste et Brose poursuit dans l'anticipation, mariant les éléments naturels, terrestres, cosmiques, l'histoire et les découvertes, les expéditions. Il réussit à donner une fort belle ampleur à la musique, de l'élasticité dans les harmonies et dans le chant. Cette impression de perspective est accentuée par l'écho accolé à Lunar Drift, sensuel via ses lignes de basses en rondeur, ses deux guitares électriques en apesanteur, et fondant avec sa mélodie modelée dans le granit Syd Barrett, figure admirée par Eoin Dolan. Superior Fiction est à l'image de son créateur, précurseur, harmonieux, imaginatif, figuratif dans l'interprétation et on se régale de l'essence d'Eoin Dolan, musicien au talent inné et impressionnant.

EoinDolan
EoinDolanPiggledyPop2017

vendredi 24 août 2018

Caper Clowns

Sacre bleu! J'aime Caper Clowns! Sous ce joli blason se cache une joyeuse troupe de musiciens d'Odense au Danemark qui travaille actuellement à son deuxième disque, A Salty Taste To The Lake. J'ai la chance de pouvoir l'écouter en amont et je m'en délecte. Il sortira le 5 octobre 2018. A ce jour, deux singles issus de l'album sont parus et le troisième, Paper Trail, est en chemin, prévu pour le 28 septembre. Le groupe signe son premier album The Buca Bus en 2016. Au Danemark c'est un succès, et depuis que les singles du prochain disque passent sur les ondes danoises et internationales leur renommée grandit de plus belle. Piggledy Pop est là pour en parler et suis honorée de le faire car les Caper Clowns sont d'enthousiasmants ambassadeurs de pop de bon aloi. Avec quelques 300 concerts à leur actif, ils sont invités à nombre de festivals depuis 2010. Autant dire qu'user leurs semelles sur les scènes ne modifie en rien leur motivation, leur dynamisme et inspiration. Rick Kingo, Peter Højgaard, Christian Højgaard, et Henrik Krogh rendent un bien bel hommage à la France qu'ils aiment et la dépeignent avec drôlerie et courtoisie sur le single Sacré Bleu. La rythmique dansante et intense suit des harmonies de guitares pop rafraichissantes et vivifiantes, sur le thème de l'emblématique France, avec ses clichés racés qui nous vont bien. La chanson ferait presque rougir de fierté et d'orgueil!



La promenade sur A Salty Taste To The Lake commence élégamment avec The Way I Dream. Blindée de poésie positive, elle gonfle les coeurs, souffle un air scandinave solide et une mélodie pop lumineuse ornée de la magie de Lone Kingo à la flûte. Avec ses harmonies splendides, la musicalité se trouve à la croisée des Beatles et de Crowded House, mariant la brit-pop à l'indie pop folk. Leur style reste joliment scandinave laissant filtrer sur les partitions l'âme lumineuse nordique d'Hans Christian Andersen mêlée à la tradition musicale étendard du couple royal, le prince Henrik et la reine Margrethe, passion chèrement cultivée par les danois. L'envie de taper du pied ne nous quitte pas quand l'odyssée poursuit avec Lifeline, si rock et conquérante qu'on imagine les hussards de la garde faire le tour du Groenland à cloche-pied, entrainés par le tempo effréné. L'énergique batteur Søren Daugaard Jensen fait voltiger ses baguettes et les guitares électriques forment gaillardes, une 'line' exaltante de notes. La guitare acoustique se fait duveteuse sur Kissing Daylight avec son chant amoureux, intime, où le narrateur amoureux, la nuit, raconte à sa dulcinée une histoire 'de dragons chassés par les rois'. La ballade langoureuse brille et s'éveille sur les couleurs matinales, menée par les guitares, la basse et le bodhrán délicat de David Needham, avant d'accélérer la cavalcade pop avec Second to None qui fait mouche évoquant la prétention de quelqu'un qui descend vite de son piédestal. Le fantastique Sacre Bleu arrive, frais et tellement rempli de fleurs, tellement pavé de bonnes intentions à l'égard des français qu'on ne peut qu'adouber les Caper Clowns.



L'aventure rythmée, furieusement dansante, continue d'enchanter avec Pretty & Underwear qui fait entrer un piano taquin et coquin sur la batterie virevoltante de Alexander Storm alias Skipper. L'atmosphère joviale se ressent aussi dans le travail des musiciens qui tour à tour, composent et chantent. Puis Loops, magistrale, magnifiquement écrite zigzague entre romantisme et philosophie avec une instrumentation en spirale qui avale l'attention. Paper Trail gambade sur une rythmique offerte par Soren où les guitares alliées aux voix en chorale déroule du bonheur pour enchainer sur l'irish bouzouki, la guitare acoustique, l'harmonium de What If, nostalgique et émouvant. La mémoire et la mélodie se donnent la main sur le titre sentimental qui en devient poignant. Puis le tempo revient ambitieux fortifié par le piano qui martèle l'air de Me For A Friend, coudoyant les guitares et le chant qui grimpent les côtes sans manquer d'oxygène en guise de règlement de compte amoureux. A tête ouverte, les mots aussi charnels que poétiques, voltigent sur As Long As She Is Around Me, chanson savoureuse pour terminer ce somptueux et onctueux album. Pour l'esprit sympathique qui émane des Caper Clowns, plein d'entrain, qui travaillent en famille à tous les étages du projet, doublé de leur qualité de musiciens et d'auteurs-compositeurs, A Salty Taste To The Lake rejoint les autres disques du panthéon Piggledy Pop.
CaperClowns



jeudi 23 août 2018

Grasscourt

Signés chez Lost Map, l'excellent label écossais basé sur l'Isle Of Eigg, tenu d'une main de maître par Johnny Lynch et qui concentre des artistes de haute qualité comme Randolph's Leap, Martha Ffion, Firestations, Alabaster Deplume, Savage Mansion, Monoganon, Seamus Fogarty, Kid Canaveral (King Creosote) etc, Grasscourt rejoint cette liste prestigieuse.

Grasscourt, duo composé de Tom Percival, également auteur et illustrateur de livres pour enfants, et de Matthew Lacey qui apparait au sein du groupe de Bristol, OLO Worms, signe l'EP Come Alive/ Stones Upon My Chest ce mois de juin 2018. Evidemment l'éminent Steve Lamacq les remarque et diffuse Come Alive dans son émission sur la BBC. Les deux musiciens ont enregistré deux titres magiques. Ils jouent eux-mêmes tous les instruments et pour les concerts, ils invitent Anneliesa, épouse de Matthew, pour assurer le synthétiseur. Car Grasscourt a une besace garnie de chansons à jouer comme Connect, Go Again et Begin to Change, à déguster sur leur soundcloud.



Ce qui attire mon oreille au prime abord c'est le style alternatif de l'instrumentation, doté d'un doigt de psychédélisme et d'une goutte d'humour. Ensuite, l'attention portée par le tempo dynamique plonge dans les mots. Leur sens, saupoudré d'un trait d'esprit, est mordant, musclé, déterminé. La dichotomie me séduit. Elle est maligne. Elle est clinquante entre les deux titres, l'un évoque la vie, l'autre la mort. La sensation de ramification se glisse aussi dans leurs personnalités qui rayonnent dans les notes, l'humour so british, sophistiqué qui tend parfois vers le sarcasme et la noirceur. Le chaud-froid souffle sur les deux morceaux où les mélodies merveilles indie pop se font écho et se relayent. Come Alive, rebondit et s'envole à la hauteur des mélopées de Of Montreal, Neutral Milk Hotel, XTC, et Gorky's Zygotic Mynci. Les instruments vibrent et vivent, tambourinent et craquent les amplis sous les tapes rythmées et offensives. Les deux Grasscourt montrent leur agilité pour jongler avec les harmonies, tout comme sur Stones Upon My Chest qui avance dans le sillon rock trip-hop des Beta Band. Le titre charme, par ses guitares, ses claviers, ses voix essentielles en mouvement qui donnent chair à l'orchestration synth-pop. J'ai hâte de découvrir la suite, surement pleine d'énergie, d'inspiration et d'ardeur musicale.

GrasscourtLostMap
RandolphsLeapPiggledyPop2012
MarthaFfionPiggledyPop2015



Isle of Eigg

mercredi 15 août 2018

Jean-Charles Foucrier - La stratégie de la déstruction

Le Transportation Plan est mis en lumière par l'historien Jean-Charles Foucrier dans son livre La stratégie de la déstruction - Bombardements alliés en France, 1944. Il est paru chez l'éditeur Vendémiaire en décembre 2016 à la suite de la soutenance de thèse de doctorat de son auteur en novembre 2015. Comme décrit au dos de l'ouvrage, "ses recherches portent sur la stratégie militaire, la propagande, l'opinion publique et l'historiographie des bombardements aériens sur la France durant la Seconde Guerre mondiale."
"Le scientifique britannique Solly Zuckerman a en effet, depuis 1940, conçu un vaste plan d'attaques aériennes dont le système ferroviaire français est la cible privilégiée : gare de triage, centres de maintenance, centres de stockage du matériel roulant...Il s'agit de paralyser les mouvements de l'ennemi en prévision du Débarquement."



Ce 'vaste plan' se nomme Transportation Plan. Il est mis en place par Solly Zuckerman, éminent biologiste, expert ès-endocrinologie et physiologie de la reproduction chez les primates. Reconnu et admiré, respecté, il publie en 1932 son premier livre La vie sexuelle et sociale des singes, puis un autre en 1933 sur le même domaine avant de partir un an à Yale poursuivre ses recherches. Cela ne laisse pas présager au prime abord de le retrouver dès 1939 au sommet de la hiérarchie du commandement allié. Il rentre donc à Oxford en 1934 pour enseigner et sera professeur d'université jusqu'en 1939. Avant son séjour aux Etats-Unis il avait crée un club qu'il renouvelle à son retour sur l'île. Ce club de gentlemen 'politisés' s'appelle The Tots and Quots et compte dans ses membres des scientifiques, économistes et autres universitaires. Parmi eux, une figure notable dans la genèse du Transportation Plan : Frederick Lindemann surnommé 'prof', futur Lord, vicomte Cherwell qui deviendra un proche conseiller de Churchill
1938, suite aux accords de Munich, Zuckerman et Bernal, un ami scientifique, rédigent un memorandum qui souligne le rôle de la recherche scientifique vers la production de guerre, la défense contre les attaques aériennes et l'aide aux victimes des bombardements. Ces pages sont publiées et le livre Science in War parait en 1940. D'abord anonyme et confidentiel, ce petit livre édité chez Penguin, amorce l'idée du Transportation Plan.

Zuckerman veut s'impliquer. Bernal travaille alors au Ministry of Home Security. Ensemble ils étudient les effets des bombardements sur primates et tandis que l'Angleterre subit les attaques de la Luftwaffe cette année 1940, le rapport de Zuckerman et de Bernal intéresse les grandes instances de l'armée britannique. Leur ami du club, Lord Cherwell, plaide auprès de Churchill pour poursuivre l'étude de Zuckerman en lui communiquant une minute du rapport sur les impacts des bombardements sur les civils et les constructions.



Alors que Molotov scelle avec Churchill l'alliance anglo-russe, en 1942, un accord suit avec les Etats-Unis. Roosevelt veut attaquer au plus vite. En Angleterre, le Bomber Command avec Harris aux commandes et des milliers d'avions bombardiers sont prêts. Cette même année, Eisenhower est élu commandant en chef des forces américaines en Europe (SHAEF) qui devra préparer l'Overlord.  Eisenhower à la tête du SHAEF doit compter sur le répondant d'autres 'fortes' têtes comme celle du général de Gaulle, celle de Montgomery et celle de l'adjoint d'Eisenhower, Tedder, qui deviendra un solide ami du baron Solly Zuckerman. Celui-ci soutiendra contre vents et marées le Transportation Plan auquel il s'attèle dès 1942 en étudiant les bombardements sur la Sicile en 43 et de ses observations, trace les grandes lignes du Plan dressé afin d'augmenter les chances de réussite du Débarquement sur les plages de Normandie le 6 juin 1944. Pour assurer le bon déroulement d'Overlord, Zuckerman établit qu'il faut paralyser le système ferroviaire français, affaiblir la mobilité de l'armée allemande par opérations aériennes de bombardements.



Le Transportation Plan ne rencontrera pas que des transports de joie. Zuckerman doit s'armer de patience, essuiera quelques revers de ses détracteurs et ils sont nombreux, maréchaux et généraux, certains sont au SHAEF, à la direction des opérations du Bomber Command, au Committee of Four, au MEW, à l'EOU, au Joint Technical Warfare Committee ou au Joint Intelligence Committee. Zuckerman doit redoubler d'efforts pour convaincre après des nuits de délibérations et de polémiques, souvent stériles, organisées par Churchill réunissant ce 'monde' susceptible et ambitieux qui se repose sur des analyses et expertises inexactes ou trafiquées. Des missions de bombardement autres, en parallèle , comme les road-blocks sont menées, par l'AEAF et son commandant Leigh-Mallory. Les pour-parlers s'éternisent autour de la précaution officielle : la limitation du nombre de victimes. Mais officieusement, il est bien question de politique. Car depuis 1942, le Bomber Command de la RAF (royal air force) et l'US Air Force ne travaillent pas de concert mais sont en compétition. Dans cet esprit, ils procèdent à l'Area Bombing, un bombardement peu délicat souvent à l'aveuglette, sans précision. Celui sur Hambourg fera 40 000 victimes civiles. Le Transportation Plan doit effectuer des prédictions du total de victimes et Zuckerman sera celui aussi que l'on désignera pour vérifier et recenser le nombre de victimes l'été 44.

Finalement, Roosevelt tranche après des semaines de querelles, justement nommée par Jean-Charles Foucrier 'La guerre des Lords'. Le Transportation Plan commence bel et bien au printemps 1944, le 6 mars, trois mois jour pour jour avant le Jour J. L'opération est de désintégrer le système ferroviaire français, et pendant un mois et demie, le plan cible les hangars de locomotives, les gares de triage (reléguées au second plan, seule erreur évidente de Zuckerman), les voies de communication et ateliers de réparations, 80 centres ferroviaires soit 71 000 tonnes de bombes larguées. Il y a 20 000 morts normands en un mois et demie, 156 000 soldats alliés victimes des combats en Normandie, 4560 pertes de l'aviation alliée, 60 000 victimes françaises, Nantes, Rouen, Boulogne, le Havre, Saint-Etienne, Caen, Lisieux, allonge la triste liste de 12 000 à 15 000 tués ajoutés aux normands. Le terrible chiffre de morts chez les aviateurs, sur 125 000 membres d’équipage du Bomber Command on dénombre 55 000 morts côté anglais et 30 000 tués côté américain.



La lecture de la Stratégie de la destruction est passionnante. Jean-Charles Foucrier avec son travail fouillé et impressionnant permet aux non-initiés comme je le suis de comprendre en plongeant dans la logique militaire d'une part et d'autre part, l'ambiance de l'époque, particulière. De son état de gestation à sa structure et sa mise en oeuvre, son enjeu et ses résultats, le Transportation Plan fait froid dans le dos parce qu'il noue l'humanité et la psychopathie. Décortiqué et expliqué par l'historien qui compose ses écrits de références, d'annexes, de photographies, de graphiques, ce plan nous cueille par ces deux facettes, l'absence absolue d'empathie et l'enjeu de la Libération. Ce balancement de sentiments ou pas nous absorbe. Les attaques aériennes anglo-américaines aux objectifs stratégiques ou économiques ne laissent pas de marbre.

L'analyse et l'étude de Jean-Charles Foucrier apporte au récit une logique et un raisonnement applicable à toute époque. Le Transportation Plan destiné à bombarder la France dévoile l'impunité d'Eisenhower qui fait face à l'intransigeance et l'opiniâtreté du général de Gaulle qui démonte l'AMGOT sous l'oeil cruel et rieur de Churchill. Le Transportation Plan, dans les mois qui suivent la Libération de la France, sera appliqué à Allemagne, avec un nombre de morts civils inhumain et in fine, deviendra une zone d'occupation américaine. Du 13 au 15 Février 1945, les alliés bombardent Dresde en Allemagne, 3900 tonnes de bombes larguées, bilan humain 25 000 morts.







L'utilité et la nécessité du Transportation Plan sont décrits avec une grande qualité et ingéniosité par Jean-Charles Foucrier qui invite à la réflexion. Selon le suédois Niklas Zetterling, les alliés avaient 'surestimé la capacité de renforcement adverse' au moment où commence le Transportation Plan et d'après son étude minutieuse, démontre que les chiffres étaient 'extrêmement éloignés de la réalité'. Le polonais Mierzejewski quant à lui conforte l'efficacité du plan. Zuckerman lui-même un demi-siècle plus tard, cherchera 'une preuve nette de l'efficacité du Transportation Plan'.

L'étude du plan, de la stratégie des anglo-américains laisse entrevoir en toile de fond l'action de l'Ultra et ses révélations sur la faiblesse des armées allemandes avant et après l'Overlord, jamais prises en compte par les alliés, qui feront fi de la Résistance française et l'action du général de Gaulle, méticuleusement et systématiquement tenus à l'écart. Avec ses nuances fines coupées de délicieux secrets, de la délivrance de vérités, de témoignages surprenants et émouvants, Jean-Charles Foucrier mentionne sans concession ce qu'était le dessein du plan. La lecture de La stratégie de la déstruction - Bombardements alliés en France, 1944 est absorbante, captivante et éclatante.
LaStrategiedelaDestruction-BombardementsAlliésenFrance1944