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samedi 18 novembre 2017

Morrissey

Morrissey grandit de jour en jour et devient un des seigneurs d'Angleterre en musique pop. Son nouvel album Low In High School sort hier le 17 novembre 2017. En citant une des répliques du film 500-Days-In-Summer, je dirais 'I love The Smiths'.
Morrissey dit 'Moz' nait en 1959 à Manchester et fonde le groupe The Smiths en 1982. Du haut de ses 23 ans, l'auteur-compositeur impose sa griffe. Avec Johnny Marr, immense autre seigneur de la pop avec qui il mène The Smiths jusqu'en 1988, ils ne cessent depuis presque 40 ans de chatouiller l'excellence. Amoureux de Jack Kerouac, Byron, Oscar Wilde, Moz est un des derniers artistes à écrire des chansons intelligentes, brillantes et touchantes. Rebelle élégant et sensuel, le romantique rock'n roll, le hooligan de la pop, écrit sa biographie en 2013 pour laquelle les fans feront la queue pendant 30 heures le jour de sa parution . Le film biopic England is Mine vient de sortir avec un prix au Edinburgh International Film Festival.



Avec sa renommée internationale, sa carrière magnifique, Morrissey ne désarme pas et poursuit parce qu'il aime la scène, ils aiment ses fans, il ne peut pas vivre sans écrire des chansons. Peu me chaut si certains clament que Morrissey sans Johnny Marr n'atteind pas le niveau exemplaire de la discographie des Smiths, je deviens de plus en plus fan de Morrissey. Je le découvre tardivement, le vois toucher les cimes en matière de composition et de chant. Enigme, légende, guide, référence, leader, tous les adjectifs sont dégainés et quand j'écoute Low In High School, onzième album en solo, j'entends une analyse philosophico-politique, un point de vue sur l'actualité auquel j'adhère. Moz déroule sa clair-voyance et son caractère avant-gardiste sur 12 titres. Ils commencent par le grandiose My Love, I'd Do Anything For You qui pose le décor 'Teach your kids to recognize and to despise all the propaganda, Filtered down by the dead echelons mainstream media'. Les guitares électriques, les trompettes et trombone sonnent pour alerter sur ce qui nous pend au nez. L'album est enregistré à cheval entre Paris et Rome avec à la production, le remarquable Joe Chiccarelli. I Wish You Lonely est aussi combattante et rythmée. Les synthétiseurs sont éclatants sur Jacky's Only Happy When She's Up On The Stage. La mélodie y est révoltée, alimentée par des samples et une batterie haletante. Trompette et guitares sont de la partie pour accompagner le chant plein et solide. La fermeté et la fragilité se rencontrent sur Home Is A Question Mark, où Moz cherche toujours son endroit, son 'home' après des années passées loin de Manchester vivant entre Los Angeles et Rome.



Les claviers rivalisent sur Spent The Day In Bed où l'anglais préconise d'arrêter de regarder les news à la télé. Morrissey ne lâche donc rien. Il n'aime pas la bêtise, les idiots, qui nourrissent les médias et les gouvernants, une entité qui cherche le chaos. Son bel entêtement glissé dans des métaphores resplendit aussi dans le tempo. Les arrangements ficelés rock continuent sur le sarcastique I Bury The Living où les cordent électrisent la basse sur le grain de voix puissant et offensif. Ce titre est magnifiquement soutenu, alternatif, interprété avec un talent inoui. Ca balance et donne du mordant sur le piano et les échos inquiétants de In Your Lap où le sens critique de Moz apparait fort lucide, courageux. "The Arab Spring called us all, The people win when the dictators fall, I heard a bang and an almighty crack, And I just want my face in your lap, The people sing when the warlords all burn, Do not feel sad, it's simply their turn, They tried to wipe us clean off the map, And I just want my face in your lap". De manière logique, le titre The Girl From Tel-Aviv Who Wouldn't Kneel suit, typé tango où la danse évoque l'étrange insouciance et légèreté d'un pays qui vit entouré de pays amis qui distribuent du pétrole. Puis la pop fleurit sur la rythmique virevoltante, les guitares monumentales de All The Young People Must Fall In Love, splendide titre incisif et musclé d'ironie 'à la Moz'.



Quand When You Open Your Legs joue son air oriental c'est pour repartir à Tel-Aviv avec des violons qui ornent une instrumentation formidable. Le titre fulgurant Who Will Protect Us From The Police? poursuit dans l'orchestration animée de synthétiseurs, de cuivres, de guitares pour former une chanson incroyablement énergique grâce à un Morrissey plus passionné que jamais. Israel termine l'album d'une façon troublante et belle. Le texte beau, blindé de symboliques, est à comprendre absolument. Une fois le sens saisi, on ne peut que dire merci à Monsieur Morrissey pour sa finesse d'esprit, sa mélodie jouée au piano pour plus de solennité, de responsabilité et pour sa voix. Les dernières notes offrent en arrière plan, très lointain, un chant liturgique chrétien pour conclure Low in High School ; Un retour aux racines. Le grand Morrissey émeut, par sa force, son charisme, sa musicalité et sa résistance flamboyantes.
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