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dimanche 3 septembre 2017

Waitress for the Bees

Waitress for the Bees est le nom qu'offre Emma Hooper à son petit chef d'oeuvre musical pour lequel j'ai un énorme coup de coeur. A l'écoute de sa musique, de ses textes, de sa voix je suis conquise. Canadienne de naissance, c'est en Angleterre qu'elle étudie la littérature et la musique et qu'elle vit depuis. Enseignante à l'université de Bath, la jeune femme est une artiste jusqu'aux bouts des doigts, et ceux là sont en or. En plus de jouer dans diverses formations musicales, de monter son projet solo Waitress for the Bees, Emma Hooper est écrivain. Son premier roman Etta et Otto (et Russell et James) récolte des critiques élogieuses et brillantes de la presse internationale. Emma travaille actuellement au second, Our Homesick Songs qui paraitra au printemps 2018.

Quand elle n'écrit pas, elle compose et se produit sur scène avec son quatuor à cordes le Red Carousel ou bien assure ses concerts en solo, chantant et jouant du violon, violoncelle, accordéon, du luth, du glockenspiel et une multitudes d'autres instruments. C'est une femme orchestre qui a la tête sur les épaules ou dans les nuages, une voix posée et envoûtante, des mots réfléchis et enfantins à la fois. En bonus, la musicienne a de l'humour. Ses chansons balaient des sujets stupéfiants allant des dinosaures aux abeilles sur des arrangements classiques mariés à des harmonies indiepop. Emma Hooper est un sacré personnage, une femme qui préserve son âme d'enfant tout en délivrant son inspiration, sa sensibilité et son savoir artistique avec expérimentation et détermination.



'I wrote my first album about dinosaurs as an homage to the dusty bones of home. I wrote the album in Finland and England, but all the songs are named for dinosaurs from Alberta [Canada], where I’m from. Dinosaurs carry with them the cultural idea of long, deep history, and that’s what I was looking to explore, both on a literal and metaphoric, personal level.'

Après son premier incroyable et surprenant album Albertosaurus en 2010, elle signe la bande originale du film SingSmash en 2012 et revient en 2015 avec CICADANTHEM, plein d'histoires truculentes autour des insectes et des végétaux. Avec Emma à la composition, chant et violon, il y a Pete Gibbs à la basse, James King à la batterie, Jay Chakravorty aux percussions, Charlie Williams au piano qui ouvre le disque sur Phasmida. La chanson contient absolument tous les éléments pour sourire, danser et savourer les métaphores que tous ceux qui sont passés par l'étude du phasme pendant leur scolarité comprendront (délicieuse expérience que celle de décoller tout le lierre sur les murets des voisins pour rapporter le déjeuner des phasmes qui se reproduisent à la vitesse lumière et mangent comme des voraces avant de craquer, de s'en débarrasser et les balancer in fine directement chez les voisins). La vidéo signée de l'excellent photographe et réalisateur Owen Benson est aussi fournie d'humour. 'Starring: Alex, Alfred, Amity, Aubrey, Dylan, Emma, Holly, James, Madeline, Mireille and Reuben'



Suit le magnifique morceau Drone Bee qui voltige majestueux sur les notes du Prélude de Bach, rappelant qu'Emma maitrise la musique classique. Elle papillonne, légère et subtile, entre les accords pour ériger une mélopée fleurie et parfumée d'images qui évoquent le rôle limité, la vie pas marrante de l'abeille mâle, autrement appelé faux-bourdon. Puis les sautillants et vibrants violons de Cordyceps nous content comment ce champignon parasite prend possession des insectes qui viennent le grignoter. Les araignées et fourmis infectées ont leur esprit totalement contrôlé par le parasite qui peut les manipuler à son gré, leur faire faire des mouvements inconsidérés, conduites comme des zombies pendant trois semaines, tuées à petit feu, le champignon se reforme dans les carcasse. La batterie et les cordes pincées sur Drosophila sont flamboyantes et sautillantes pour imaginer la mouche à l'allure de petite abeille aux ailes cristallines qui ne se nourrit que de fruits. Les cueilleurs et marmitons qui font des confitures maison les connaissent bien et pourront chanter cet air frétillant l'été prochain en swinguant dans leurs bocaux.



Le piano joue délicatement l'avancée du Mosquito qu'Emma Hooper fait parler avec un esprit rieur et succulent. Le violon aussi doux que la rosée du matin et les voix en chorale qui s'épanouissent lui apportent un air presque humain et sympathique. L'aventure musicale se poursuit avec The Queen où le chant intime d'Emma est somptueusement touchant. Son jeu avec les cordes pincées et taquinées semble suivre l'envol sublime de la reine de la ruche. Cicadanthem termine l'album avec un tempo discopop, entrainant plusieurs instruments en balade joyeuse, comme le spectacle exceptionnel du monde des insectes qui sur l'archet d'Emma Hooper prennent une allure folle et passionnante. Surement une des plus belles découvertes de ces dernières années, je la poursuivrai en lisant les romans de la musicienne. Waitress for the Bees est bien la reine pour composer des mélodies et tricoter des histoires d'insectes fabuleuses dignes de contes de fées.
EmmaHooper