Translate

dimanche 17 septembre 2017

Pete Fij and Terry Bickers

Le sublime album de Pete Fij and Terry Bickers, We Are Millionaires, paru en juillet 2017 m'accompagne depuis le printemps et plus je l'écoute, plus il me touche, devenant presque familier et surement addictif. Les deux musiciens ne sont pas des débutants et j'en fais un billet il y a trois ans quand parait leur premier album Broken Heart Surgery que je classe au top des albums Piggledy Pop.



"Pete Fij utilise son nom Piotr Fijalkowski en 1991 à Coventry pour former Adorable qui signera deux albums avant de splitter, puis suit le nom Pete Fijalkowski pour le projet Polak qui signera deux fabuleux albums en 2000 et 2002, formation dans laquelle joue aussi son frère Krzysztof Fijalkowski du groupe The Bardots. Apparaissant parfois avec House of Love, étant ami de longue date de Terry Bickers, en 2008 Pete avec une poignée de nouvelles chansons est prêt à entrer en studio quand un festival l'invite à venir jouer sur scène, il appelle son complice pour l'accompagner. L'idée de travailler ensemble fait son chemin et en 2013, Pete Fij/Terry Bickers édite un premier single, puis plusieurs, qui aboutiront sur Broken Heart Surgery le 7 juillet 2014. Une première version acoustique précède l'album comprenant les reprises réussies, Homeboy de Adorable et Love Vigilantes de New-Order. Quant à Terry Bickers, avec la création de House Of Love en 1986, il ne sait pas encore qu'il entre dans l'histoire de la britpop, de la pop, simplement, et en deviendra un acteur incontournable au mêmes titres que Felt, The Pastels, Teenage Fanclub, The Jesus and Mary Chain, My Bloody Valentine etc."
PeteFij&TerryBickersPiggledyPop2014



Dès l'amorce du disque avec Let's Get Lost Together, on plonge dans l'univers pop autant romantique que rock, poétique et épidermique, où rôde éternellement l'âme de Lou Reed. Les deux artistes réunis sont au sommet de la mélodie, inspirée, efficace, et de la pratique technique. L'introduction de We are Millionaires presse le jus qui va arroser tout le disque de vitamines, de parfums et de notes sucrées. Les guitares aux cordes tendues et gaillardes s'allient élégantes au chant de Pete et de Terry qui en osmose, se répondent et s'accompagnent donnant forme à leur belle et unique amitié.
Pete : "I was interested in having a song that had two males having a ‘bromantic’ moment. I couldn’t really think of anyone else who had done that. We are very different people, and work in different ways, but we’ve learned to deal with each other’s quirks. I quite enjoy the singularity and purity of a duo: there is only us two to hone and discuss the music, and there’s no band politics to work through." "There’s a genuine friendship between us which is very rewarding. I love Terry, and find him exasperating and exhilarating in equal measure, and I sense the feeling is mutual"

La batterie de If The World Is All We Have sort délicatement les balais pour laisser champ libre au clapfingers et à la basse . Les voix subjuguent dans un jeu d'écho pour imager un sentiment amoureux plein d'espoir qui devient délicieusement insistant sur Love's Going To Get You. Là aussi le grain de voix qui joue sur les arpèges en croonant façon Lee Hazlewood réussit à attraper les oreilles sur le tempo langoureux. La romance prend forme sous forme de métaphores, souvent proches du cinéma et de personnages de fiction avec un rythme permanent, hypnotique, qui nous capte et nous cueille. Le bouquet de notes offert, le vigoureux tapis de cordes de guitares sur We Are Millionaires de toute beauté laisse clairement place au désir "We both love downbeat movies (...) Inhabit a monochrome world, where the beat-up hero never seems to get the girl". Puis le réalisme toujours présent entre les lignes se mêle joliment à la poésie de Waking Up où les yeux, le regard sous les cils de velours battent la mesure. L'écriture est classieuse, l'interprétation de Pete qui susurre, charme et mordille est enchanteresse.



La mélodie de Mary Celeste m'émeut avec son mouvement typé Velvet Underground et son personnage mystérieux, qui se dévoile par touches comme un puzzle. Trottant dignement comme dans un film en noir et blanc, un peu ambigüe, d'espionnage ou d'amour, ou des deux, Over You délivre une impression de bande-son cinématographique. En guise de sniper positif, Pete déclame doucement et fermement ses mots mélodieux sur la guitare acoustique. Les arrangements soyeux et inspirés, sa palette d'émotions, sont magnifiques sur I love You . Le chant sensuel aussi tendre que passionné fonctionne à merveille sur les harmonies de guitares ingénieuses. Sous une veste mélancolique, Sometimes Soon dessine tout le positivisme de Pete et le génie de Terry à la guitare qui brille sur tout l'album. Le titre clôt en beauté les neufs titres tout en pensant à la suite. Le duo offre des mélodies et des orchestrations subtiles s'accordant aux thèmes d'une splendeur romantique. We are Millionaires se transforme en voûte artistique emplie d'étoiles. (Coup de coeur pour la pochette d'album signée de la photographe Rosanne De Lange.)
PeteFij&TerryBickers



Bunny

Bunny est le nom du projet et de l'album qui parait en août 2017 signé par quatre excellents musiciens de Toronto. C'est le premier album du groupe mais pas une première expérience, les compères canadiens se connaissent depuis sept ans et jouent dans d'autres formations : Drew Smith à la composition, guitare et chant (Grapes Godly, The Bicycles), Jordan Howard à la guitare (The Magic, I Am Robot and Proud), Andrew Scott à la basse (Biblical, The Bicycles, Sebastian Grainger), Dan Werb aux claviers (Grapes Godly, Woodhands) et Jay Anderson à la batterie (Grapes Godly, Biblical, Comet Control). J'évoquais il y a quatre ans le talent de Drew et ses amis en parlant de The Bicycles par ici : TheBicyclesPiggledyPop2013

Pour compléter le délice sonore, il y a l'album de 2010 Gadzooks signé par un l'autre alias de Drew, Doctor Ew, accompagné d'Andrew Scott et Matt Beckett. Cet album est une véritable pépite pop psychédélique qui surfe sur le sillage Brian Wilson, arrangé avec une fibre pop sixties orchestrale. Les 14 titres sont bigrement beaux et addictifs. Je conseille cette petite bombe précieuse intemporelle qui rappelle l'univers d'Harry Nilsson, tout simplement grandiose. DoctorEwBandcamp




A l'écoute des premières notes de l'album Bunny et son opus Aloo Lemmi Noyoo, la pop funk agrémentée de soul vient caresser les oreilles dressées. En bonus du régal dansant et rythmé, la vidéo croustillante offre de l'humour grâce à l'inspiration riante des réalisateurs Allison Johnston et Henry Samson. La basse virevoltante et l'esprit rythm&blues de Dracula's Blues montrent tout le talent de compositeur de Drew Smith qui offre un chant sucré et très mélodique. Les arrangements seventies glissent langoureux comme sur le fabuleux Castle et sa guitare rayonnante, ses cuivres rutilants, ses violons vibrants. If Only In A Dream propose une balade indie-pop sautillante et légère chantée par une invitée à la voix cristalline, Isla Craig. La pop est à l'honneur sur Soda Pop qui fait résonner le génie d'écriture de Drew comme sur One Less Heart avec ses synthétiseurs à la qualité époustouflante.



L'âme sixties vient s'immiscer sur la galopante If You Wanna Be My Boy, You Gotta Be Cool honorée par une autre invitée, Meighan Duffin, qui vient prêter sa voix. Le boogie de Memory Curator attrape l'attention avec son tempo délicat et ses choeurs qui raniment l'esprit des Beach Boys. Suit le prodigieux Daydrunk duveteux et lyrique rappelant la fibre de Randy Newman avant le funky Face Your Own et ses harmonies de saxophone et de synthétiseurs triomphantes. La guitare majestueuse ouvre Distracting Myself, suivie par les cuivres, la flûte et la voix sublime de Drew Smith qui sait habiller ses compositions de fraicheur pétillante comme sur The Memory's A Cold One . Puis Robes avec ses accords alternatifs boogie resplendit, petite merveille swing avant le dernier titre Hunny qui rend l'atmosphère empreinte de rêverie autant que de nostalgie pour une promenade où on se laisse porter comme une plume. Bunny, au charme infini avec ses mélodies offertes par Drew et portées par son interprétation transie de classe, livre des frissons garantis. Bunny



dimanche 10 septembre 2017

Kumisolo

Kumisolo de son vrai nom Kumi Okamoto est une artiste japonaise qui vit à Paris et fait ses premiers pas en studio en 2009 pour signer en cavalier seule l'album de 15 titres furieusement pop My Love For You Is A Cheap Pop Song. Kumi écrit et compose des mélodies ritournelles dansantes et rebondies qu'elle interprète à cheval entre le français et le japonais. Cet opus est fabuleux, une suite de chansons différentes, arrangées avec beaucoup de finesse et d'instruments, claviers, cuivres et cordes . Suit en 2012 l'album Coeur Frag de 5 titres puis en 2013 La femme japonaise comportant aussi 5 titres dont Transports en commun qui dévoile alors l'esprit drôlissime de la musicienne et son univers plein de fraicheur, comme dessiné avec les traits naïfs et colorés d'un manga. Le génial La Chapardeuse est partagé avec Ricky Hollywood dont je parle là : RickyHollywoodPiggledyPop



Kumisolo vient de nous offrir au printemps 2017 un superbe nouvel album appelé Kabuki Femme Fatale. L'album est arrangé par le leader du groupe suédois de pop bossa et tropicale Joe Davolaz, avec qui elle partage le titre bossa nova Cha Cha André en 2015. Cette collaboration s'entend dans Kabuki Femme Fatale, mélange de twee, de pop bubblegum, de bossa, de pop sucrée sixties qui rappelle les influences de Kumi comme Françoise Hardy et Martin Denny, mariées au savoir-faire et à l'ingéniosité de Joe. Ce cocktail ensoleillé harmonieux ne tarde pas dès les premières notes de flûtes sur Voyage jouées par Kumi. Le texte, qui chanté en français avec grâce et un petit accent délicieux, s'y met aussi décrivant un paysage urbain doux et souriant. Les trémolos dans les cordes de guitares pop-garage fifties sur la basse grandiose sont fort réussis. L'ambiance sixties revient sur Pop Girl et ses trompettes, ses cornets rutilants ornée d'une rythmique tambourinante et joyeuse . Kumi nous emmène avec elle dans ses découvertes et ses étonnements, ses mirages, ses reflets avec des mots toujours élégants et merveilleux. Jungle Lady continue dans l'amusement et la légèreté qui fait simplement du bien et même rire. Le rythme envoûte et le rêve se poursuit dans la jungle où la Lady se libère sur les saxophones plein de charme.



La production d'une finesse absolue accroche l'attention et Kung-Fu Boy hypnotise sur le tempo pop-electro de la flûte de pan. La demoiselle concocte des mélodies alternatives, riches d'images, et parvient à nous transporter dans un tourbillon de notes galopantes soutenues par les choeurs. La pop griffée sucre d'orge décomplexée et arrangées avec flûtes, claviers et guitares irrésistibles est en symbiose parfaite avec les mots fondants et parfumés aux effluves yé-yé. L'esprit robotique apparait dans Pico Pico Robot Woman et ses harmonies psychédéliques géniales quand Kabuki Femme Fatale, chanté en japonais, vient orner le tout de noblesse. Kumi l'interprète avec un talent assuré et une vivacité flamboyante y glissant son âme aventureuse et sa culture. Automne Joli propose un synthétiseur cosmique sur le chant enfantin et sautillant pour une déclaration d'amour ravissante. L'ambiance rétro romantique venue de la touche excellente suédoise est très rafraichissante quand Ping Pong Machine et sa télécaster infernale ranime l'esprit sophistiqué japonais. Le dernier titre, Tous les jours, dédié à son enfant est précieusement touchant. Il sonne comme la dernière touche du pinceau sur le tableau Kakubi Femme Fatale montrant une femme qui voyage, s'intègre à un pays, avec des moments de nostalgie et poursuit sa route épanouissante. Je classe l'album de Kumisolo, fabuleuse auteur-compositeur, dans le panthéon de disques pop.
Kumisolo



samedi 9 septembre 2017

The Simple Carnival

Derrière le nom The Simple Carnival se trouve l'excellent musicien et auteur-compositeur Jeff Boller. Touche-a-tout, magicien de la pop, il se déclare volontiers admirateur des Beach Boys, Todd Rundgren, Steely Dan, Fleetwood Mac, Harry Nilsson, Burt Bacharach, Electric Light Orchestra. Il brode, joue et produit des harmonies brillantes chez lui à Pittsburg depuis la signature de son premier bijou de 11 titres Menlo Park EP. Je classe ce premier galop dans la veine easy-listening et le second, Sonic Rescue League Vol 1, comprenant 20 morceaux, davantage dans celle de la sunshine-pop tout comme Girls Aliens Food et ses 12 titres plein de la riche pop soyeuse des sixties. Ces trois albums fabuleux paraissent dans l'année 2015 et je les recommande chaleureusement. Comme le dit notre chère amie Margo Guryan "YAY! Looks like good music is coming back!"



14 février 2017, The Simple Carnival prend son envol avec le magnifique Smitten dont les 11 titres m'impressionnent. Tous les éléments pour séduire sont là : inspiration et instrumentation de qualité avec une interprétation touchante et amusante. Le chant de Jeff est aussi romantique qu'efficace, cristallin à souhait. Ses textes sont délicats, colorés, comme si un gramophone projetait des images sur écran par son pavillon. Les méthodes cinématographiques sont au coeur de l'album, l'essence des chansons et présentes dans les vidéos en 3D qui nécessitent une belle paire de lunettes rouge et bleu. Pour cette méthode adoptée, The Simple Carnival et son équipe récolte en 2016 le prix de la meilleure video du National Stereoscopic Association convention (3D-Con) pour le titre The Problem with Friends.

C'est le sensuel et amoureux Smitten qui entre en piste à l'ouverture de l'album du même nom. Les choeurs roucoulent, la voix de Jeff glisse sensuelle sur le moog langoureux et funky. D'emblée l'auteur américain se distingue et s'illustre comme un maitre de la pop harmonique. Les arrangements délicieux peuvent parfois nous ramener par les bretelles à l'époque jambières fluo et vestes à épaulettes des eighties . Les notes dansantes de Lunch for Dinner et le wah-wah de la guitare entrainent dans un tourbillon de 'hooo hooo haaa haaa' jusqu'au rythme joyeux et virevoltant de la géniale Elizabeth's House. On suit l'aventure du protagoniste qui s'apprête à faire la cour à la dite Elizabeth en se rendant chez elle sur le tempo enjoué. L'ambiance prête furieusement à danser jusqu'au sucré et doux Everything that Grownups Know. Jeff Boller qui assure tous les instruments sauf la batterie menée par Chris Belin, transcende les compositions en remplissant l’espace de sa voix et sous sa cape de designer, transcende ses vidéos en remplissant l'espace de son crayon.



Les line-up de guitares solides et classes resplendissent sur la batterie et la basse sautillantes de Go Away I Like You Too Much quand la ballade A Geek Like Me, au tempo alternatif jouissif pousse à chanter des 'nananana' en choeur avec le maestro Boller. La disco-pop de Kiss Her You Dummy fait hésiter à sortir les boules disco du placard (parce qu'on a déjà pousser la table basse qui bloque l'accès). La mélodie fleurie groovy et sacrément funky se déploie forte et racée. L'ambiance pop poursuit sa course avec le délicieux The Problem with Friends et fait sensation. L'étude des harmonies et arrangements continue éloquente et élegante sur Tornado, dédié aux jeunes parents, voulu sans batterie qui ne manque pas son retour glorieux et rieur sur That Thing We Got, bonbon sonore où la guitare électrique vient s'amuser à la façon Believer des Monkees ou Sugar Sugar des Archies. Les voix qui comptent la participation de Heidi Engel s'envolent guillerettes en chorale avec des yeah yeah qui balancent des vibrations et un feeling ultra positif. Pour finir aussi savoureusement, c'est une version instrumentale de Smitten qui clôt ce disque sublime, empli de hits, impossibles à départager. The Simple Carnival prolifique et inspiré concocte ses chansons comme le maitre actuel incontestable du genre pop 100% disco sunshine et Smitten est une merveille pop ;  cadeau idéal de saint-valentin.
SimpleCarnival




dimanche 3 septembre 2017

Layne Greene

Il y a chez Layne Greene une douce ambiance pop-folk orchestrale qui m'évoque un peu les univers artistiques des Kings of Convenience, Sufjan Stevens, Josh Ritter, Paul Simon tant il nous invite au voyage, à la contemplation au travers des saisons. Le Moog, les guitares et la flûte se mêlent au tempo ajusté par Dale Murray à la batterie également producteur. Avec Layne qui compose, chante, joue du clavier et de la guitare, il y a Alex Lank à la rythmique et au clavier, le guitariste Bryan MacDonald, Fleur Mainville à la flûte et aux choeurs Devon Greene, Adam Johnson et Christina Martin. Cette belle équipe d'excellents musiciens se réunit avec Layne Greene à New Glasgow en Nova Scotia au printemps 2015 pour l'enregistrement de l'opus Everywhere Around Here.



Keepsake de chansons en guise de panoramique pop, l'ambiance dans les villes locales, les couleurs du paysage, l'imagination fertile de ses habitants sorte de chercheurs d'or à la mémoire vive sont déclinées. Le bois des guitares est omniprésent apportant une touche de chaleur brute à l'album. La guitare electro-acoustique y est royale, les voix parfaitement accordées pour offrir un résultat à l'âme aventurière, mêlant la notion de courage des canadiens de la région maritime et rurale à la poésie qu'inspire ces gigantesques paysages aux climats musclés comme le souligne le titre Burdens 'Your God, is hiding in the mountains. My luck, dried up with the fountains. White dove, hiding from the storm. Shadowed from the sun and from the warmth." 
Tandis que Better Ways déroule une mélodie pop sautillante et positive qui parle de musique, d'un ou d'une musicienne qui se trouve dans une quête infinie d'un endroit idéal, le relief de Iron Town se fait plus duveteux. We built this town, on iron waters. We wear ourselves down, With ropes and shovels. La batterie et ses balais caressants accompagnent le violon, le piano et les voix somptueuses.



Le mouvement continue avec le vent dans les arbres et surtout dans les regards animés. Les yeux sont les acteurs majeurs, ce sont eux qui nourrissent les textes et les sentiments exprimés avec la guitare alliée. Small Towns enchaine plein d'essence, en progression allant de l'acoustique à la balade pop en chorale où s'amusent guillerets glockenspiel, piano, guitare et la majestueuse basse 'Old friends are golden, the best we’ll ever know, They’re right before our eyes. Strangers will come and go, we’ll never see the end Of them.' Quiet Places qui suit parle de sommeil tout en nous promenant à la manière de Josh Rouse, parsemant la mélodie solide de pop groovy qui réveille les terminaisons nerveuses. Strangers reprend le thème du titre d'album avec finesse et des harmonies, des rythmiques soyeuses. Les voix en symbiose transportent avec le duo guitare-piano savamment dosé pour reprendre du rythme sur Burdens puis sur l'énervé Mindset où entre la guitare électrique surélevée par la batterie. All We Need This Time résume l'album avec beaucoup de sens. La chanson magnifique pourrait aller comme un gant comme bande originale d'un roman de Benjamin Constant ou de Dorian Gray. Concluant sur son adolescence, ses rêves, ses visions pour passer à l'âge adulte, Layne Greene semble effectivement tourner une page en présentant le 1er mars 2017 son nouvel EP de quatre titres géniaux nommé August. Les guitares sont affûtées, rock'n roll, la batterie chevaleresque, la voix libérée, les thèmes plein de maturité portent des chansons vitaminées et ensoleillées à écouter et à savourer en boucle. Piggledy Pop suivra à l'avenir et au pas le musicien de 24 ans dans ses 'blue mountains' s'il le faut.
LayneGreene



Waitress for the Bees

Waitress for the Bees est le nom qu'offre Emma Hooper à son petit chef d'oeuvre musical pour lequel j'ai un énorme coup de coeur. A l'écoute de sa musique, de ses textes, de sa voix je suis conquise. Canadienne de naissance, c'est en Angleterre qu'elle étudie la littérature et la musique et qu'elle vit depuis. Enseignante à l'université de Bath, la jeune femme est une artiste jusqu'aux bouts des doigts, et ceux là sont en or. En plus de jouer dans diverses formations musicales, de monter son projet solo Waitress for the Bees, Emma Hooper est écrivain. Son premier roman Etta et Otto (et Russell et James) récolte des critiques élogieuses et brillantes de la presse internationale. Emma travaille actuellement au second, Our Homesick Songs qui paraitra au printemps 2018.

Quand elle n'écrit pas, elle compose et se produit sur scène avec son quatuor à cordes le Red Carousel ou bien assure ses concerts en solo, chantant et jouant du violon, violoncelle, accordéon, du luth, du glockenspiel et une multitudes d'autres instruments. C'est une femme orchestre qui a la tête sur les épaules ou dans les nuages, une voix posée et envoûtante, des mots réfléchis et enfantins à la fois. En bonus, la musicienne a de l'humour. Ses chansons balaient des sujets stupéfiants allant des dinosaures aux abeilles sur des arrangements classiques mariés à des harmonies indiepop. Emma Hooper est un sacré personnage, une femme qui préserve son âme d'enfant tout en délivrant son inspiration, sa sensibilité et son savoir artistique avec expérimentation et détermination.



'I wrote my first album about dinosaurs as an homage to the dusty bones of home. I wrote the album in Finland and England, but all the songs are named for dinosaurs from Alberta [Canada], where I’m from. Dinosaurs carry with them the cultural idea of long, deep history, and that’s what I was looking to explore, both on a literal and metaphoric, personal level.'

Après son premier incroyable et surprenant album Albertosaurus en 2010, elle signe la bande originale du film SingSmash en 2012 et revient en 2015 avec CICADANTHEM, plein d'histoires truculentes autour des insectes et des végétaux. Avec Emma à la composition, chant et violon, il y a Pete Gibbs à la basse, James King à la batterie, Jay Chakravorty aux percussions, Charlie Williams au piano qui ouvre le disque sur Phasmida. La chanson contient absolument tous les éléments pour sourire, danser et savourer les métaphores que tous ceux qui sont passés par l'étude du phasme pendant leur scolarité comprendront (délicieuse expérience que celle de décoller tout le lierre sur les murets des voisins pour rapporter le déjeuner des phasmes qui se reproduisent à la vitesse lumière et mangent comme des voraces avant de craquer, de s'en débarrasser et les balancer in fine directement chez les voisins). La vidéo signée de l'excellent photographe et réalisateur Owen Benson est aussi fournie d'humour. 'Starring: Alex, Alfred, Amity, Aubrey, Dylan, Emma, Holly, James, Madeline, Mireille and Reuben'



Suit le magnifique morceau Drone Bee qui voltige majestueux sur les notes du Prélude de Bach, rappelant qu'Emma maitrise la musique classique. Elle papillonne, légère et subtile, entre les accords pour ériger une mélopée fleurie et parfumée d'images qui évoquent le rôle limité, la vie pas marrante de l'abeille mâle, autrement appelé faux-bourdon. Puis les sautillants et vibrants violons de Cordyceps nous content comment ce champignon parasite prend possession des insectes qui viennent le grignoter. Les araignées et fourmis infectées ont leur esprit totalement contrôlé par le parasite qui peut les manipuler à son gré, leur faire faire des mouvements inconsidérés, conduites comme des zombies pendant trois semaines, tuées à petit feu, le champignon se reforme dans les carcasse. La batterie et les cordes pincées sur Drosophila sont flamboyantes et sautillantes pour imaginer la mouche à l'allure de petite abeille aux ailes cristallines qui ne se nourrit que de fruits. Les cueilleurs et marmitons qui font des confitures maison les connaissent bien et pourront chanter cet air frétillant l'été prochain en swinguant dans leurs bocaux.



Le piano joue délicatement l'avancée du Mosquito qu'Emma Hooper fait parler avec un esprit rieur et succulent. Le violon aussi doux que la rosée du matin et les voix en chorale qui s'épanouissent lui apportent un air presque humain et sympathique. L'aventure musicale se poursuit avec The Queen où le chant intime d'Emma est somptueusement touchant. Son jeu avec les cordes pincées et taquinées semble suivre l'envol sublime de la reine de la ruche. Cicadanthem termine l'album avec un tempo discopop, entrainant plusieurs instruments en balade joyeuse, comme le spectacle exceptionnel du monde des insectes qui sur l'archet d'Emma Hooper prennent une allure folle et passionnante. Surement une des plus belles découvertes de ces dernières années, je la poursuivrai en lisant les romans de la musicienne. Waitress for the Bees est bien la reine pour composer des mélodies et tricoter des histoires d'insectes fabuleuses dignes de contes de fées.
EmmaHooper