Translate

dimanche 27 août 2017

Colorama

Je suis une fan absolue de Colorama conduit par Carwyn Ellis et de son projet parallèle Bendith. A chaque réception d'album, je suis mordue. Le gallois travaille depuis un an sur Some Things Just Take Time, magnifique nouvel album qui paraitra vendredi prochain, le 1er septembre 2017.

J'écrivais sur Bendith cet hiver et sur Colorama l'an dernier.
"Le Pays de Galles regorge de précieux artistes et Colorama, de Cardiff, y dépose sa pierre pop psychédélique depuis 2008 avec un premier album Cookie Zoo. (...) Entouré sur scène et en studio d'une brillante bande de musiciens, Colorama marque les esprits des poppeux dès cet opus trouvant un public de plus en plus solide au fil des concerts comme celui de Glastonbury en juin 2009 quand son meilleur ami et bassiste avec qui il fonde le groupe, David Fletcher, meurt. Un deuxième album suit en septembre 2009 ; Magic Lantern Show offre des titres en anglais et en gallois, dont Dere Mewn devenu depuis un hymne contemporain pour les gallois. "




"Colorama signe le troisième album Box qui lui vaudra d'être nominé aux Welsh Music Prize et d'imposer le langage gallois au grand public notamment via le quatrième album Llyfr Lliwio écrit à 100% dans sa langue. Carwyn Ellis qui apprend la clarinette en école de musique à 8 ans, complète son éducation familiale musicale avec le basson à 11 ans et plus tard joue de l'orgue, de la guitare et du piano, accompagnant sur scène Oasis, Paul Weller, Shane MacGowan, Edwyn Collins, Van Morrison, Neil Young, Ryan Adams, Stereophonics et Proud Mary."
ColoramaPiggledyPop2016
BendithPiggledyPop2017



Carwyn Ellis, auteur-compositeur, est aussi multi-instrumentiste et producteur, diplômé de la Royal Academy of Music garde son âme d'artisan et cela fait un effet éclatant sur disque. La qualité sonore exigée et cadrée qui parcoure les sillons de Some Things Just Take Time mêlée à l'humilité et à la sincérité offre un résultat émouvant. Colorama marie l'intimité au récit, l'art de composer des mélodies divines pour accompagner des paroles presque cinématographiques. Les décors sont plantés, les lumières ajustées, les personnages présentés et sans prévenir les harmonies surgissent discrètement ou passionnément. Carwyn est un génie pour créer du rêve. J'entends dans ce bijou pop différents styles et des atmosphères variées. Mais surtout j'entends sa mémoire, sa musique et les couleurs de Nashville, l'âme de Johnny Cash, Bing Crosby, Burt Bacarach, Calc, Lee Hazlewood et Glen Campbel. Carwyn est un artiste poète qui se nourrit des voyages, globe-trotter du XXIème siècle tel un écrivain de la beat-generation, il contemple ce qui l'entoure, l'aspire et s'en inspire. Il mémorise et retranscrit sa conscience, joliment ornée, sur partition.

Some Things Just Take Time c'est l'Amérique et son folklore qui l'inspire, celle qu'il foule du pied en 2000 en se rendant dans les studios de Memphis pour enregistrer avec le groupe d'amis the North Mississippi Allstars. Le sentiment qu'il éprouve lors de ce séjour est décrit sur Halcyon Days qui commence le disque. Les titres écrits ont beaucoup de substance comme sauvegardés en l'état d'enregistrement direct pour coller au mieux l'ambiance des concerts live. Le titre Some Things Just Take Time en dévient fort touchant quand la guitare guillerette comme un mustang qui trottine le long du mississippi s'allie au chant subtil de Carwyn.



La ballade stylée pop sixties So so Long, riche de rythmiques où le marteau du piano vient se joindre à la fête, est exquise. En mouvance, tournoyante sur le coffre de la guitare acoustique, la mélodie virevolte et enivre. Les excellents arrangements sont aussi peaufinés grâce à la participation en studio de fabuleux musiciens. Il y a Cody et Luther Dickinson de North Mississippi Allstars aux guitares, piano et percussion, avec Rob et James Walbourne de The Rails, The Pretenders et The Pogues à la guitare, mandoline, dobro et percussions. BJ Cole ajoute sa touche à la guitare et Jason Wilson de The James Hunter 6 à la basse. L'enregistrement compte aussi les batteurs Luca Nieri et Rupert Brown, ainsi que la violoniste Emma Smith de Seamus Fogarty, Meilyr Jones et Hot Chip. It's Not You est une mélopée savoureuse, solide et belle qui est mon coup de coeur parmi les onze trésors. Avec ce titre plein de douceur, on s'abandonne aisément à ses notes brillantes et harmonieuses. L'effet est le même avec la somptueuse guitare et les choeurs délicats de In Your Memory qui relate une lettre écrite par un mineur piégé à sa femme. L'americana entre en piste sur Special Way et sa guitare pedal steel qui fait résonner l'âme du bayou pour évoquer un soutien sentimental positif et fleurissant. Quand Colorama joue Give it a Miss, le piano perpétue un air rétro de l'Amérique des années 30 qui souffle sur le violon. La voix séduisante de Carwyn fait des merveilles. La contrebasse croone chaleureuse et jazzy pour de nouveau nous inviter au dépaysement sur le romantique But of course qui précède l'amoureux I Owe It All To You et ses frissons garantis. La guitare acoustique est magique, ensorcelante, comme sur Long Haired Doney au blues envoûtant et vibrant, au son du rain-stick et des cordes de guitare enregistrées en 2010 à Londres au studio d'Edwyn Collins West Heath Yard Studios et au studio Toerag Studio de Liam Watson qui a travaillé avec les White Stripes. Colorama a finement rajouté un parfum british aux harmonies folk traditionnelles américaines.



L'album se boucle sur la grandiose Baby don't Go, reprise de Sonny & Cher avec une mandoline rayonnante, des envolées de cordes dont parle Carwyn "“I'm a big fan of Sonny Bono's songs and arrangements with their baroque flourishes, always delivered with gusto by the Wrecking Crew. This tune has been in Colorama's live sets ever since we started doing shows back in 2008, and we’ve always looked forward to playing and singing it. And now, I've finally come round to recording it with my very own wrecking crew!”

En attendant la sortie de ce bijou dans quatre jours, un autre très bel objet est à savourer. Le mini-album Avocet Revisited paru ce mois d'août 2017 est un hommage au guitariste écossais Bert Jansch concocté par ses compatriotes Alasdair Roberts,Trembling Bells, Modern Studies et Edwyn Collins qui a invité son fidèle ami Carwyn Ellis à participer. Un des albums majeurs de Colorama, Some Things Just Take Time est évidemment dans mon top 10 de 2017 mais surtout sur ma table de nuit (et de jour). Les instrumentations pleines d'intensité et les arrangements sont parfaitement géniaux. Colorama sait se renouveler et l'album plaira beaucoup sur le continent américain où peut-être l'oiseau lyrique de Cardiff s'envolera un jour.
Colorama



dimanche 20 août 2017

Gentle Hen

Les 14 titres de Sneaking up on the Moon signés de Gentle Hen ont tapé la mesure de mon été 2017. Quelle joie d'apprendre la sortie de l'album le 10 septembre prochain et de pouvoir le découvrir sans attendre, portée au centuple! C'est le génial auteur-compositeur new-yorkais Henning Ohlenbusch qui porte le projet Gentle Hen depuis 2016. Prolifique, inspiré, on ne manque pas de gazoil pop avec le musicien. Il nous transporte dans son monde comme par magie, en claquant des doigts sur sa guitare et en délivrant une sacrée belle énergie. Je suis toujours en lévitation quand j'écoute le 'peter pan' de la pop.




" Henning Ohlenbusch grandit dans le Massachussetts en prenant des cours de piano et de guitare. Plus tard à l’université sa personnalité artistique s’accentue et il étudie la musicologie tout en commençant à composer ses chansons. D’une mère danoise et d’un père allemand, ses influences culturelles et musicales sont vastes. Dès les années 90 il se produit seul avec sa guitare à des open-mic , dans les années 2000 constitue un groupe et forme School for the Dead, puis The Fawns, comptant quasiment les mêmes musiciens qui partent en tournée sur tout le territoire américain. "

" Henning joue également dans d'autres formations comme The Fawns, Sitting Next To Brian, Bourgeois Heroes, Goldwater, dans le passé Humbert, The Aloha Steamtrain, The Greenbergs ou encore a accompagné Winterpills, Spouse, Chris Collingwood, Polaris et Mark Mulcahy. Il y a aussi le projet alt-country The Gay Potatoes où Henning écrit des chansons et joue de la basse entouré de Chris Collingwood, Lloyd Cole, Philip Price et Brian Marchese (...) Depuis il enregistre ses chansons, produit d'autres groupes dans son propre studio à Northampton. Il signe de multiples disques en solo, dont le stellaire Looks Like I'm Tall en 2006, Henning Goes to the Movies en 2011, réunissant de façon originale des chansons parlant de films comme le titre Amélie et son mellotron dévergondé, ou le magnifique single de 2014 Maybe I'm Not Meant To Do Anything Remarkable After All."

HenningOhlenbuschPiggledyPop2012
GentleHenPiggledyPop2016



Une des qualités d'Henning est sa manière de glisser son humour dans ses chansons, son optimisme sans manquer d'être parfois tranchant et sarcastique. The Hold Out ouvre le bal de Sneaking up on the Moon. D'emblée les guitares sont au galop, jouées par Hen et par le génial Ken Maiuri, suivies de la basse assurée avec brio par Max Germer et la batterie tenue par le talentueux Brian Marchese. Puis We're All Stars enchaine avec son tempo aussi vigoureux, ses paroles souriantes, candides qui rendent heureux et décomplexent pour chanter en sautillant comme une teenager. Il ne faut pas se fier à la rythmique vitaminée de We Didn't See Them Until We Did qui offre un texte offensif, dévoilant un ennemi avec des mots mêlés de lucidité et d'exaspération touchante. L'espérance ne nous lâche pas pour autant et Made up Stars l'amplifie avec sa mélodie pop agrémentée de choeurs qui montent et s'élèvent dans les 'stars'. Life of Leisure ramène aux Beatles, avec son orchestration dynamique et joyeuse comme sur Exploding the Past qui étire le sourire béat jusqu'aux oreilles. Le morceau magnifique alterne sur cinq minutes, entraine dans une spirale pop vivifiante. Je pense que certaines cordes de guitares ont dû aussi exploser pendant l'enregistrement. Les étoiles et le cosmos viennent nous envelopper grâce la duveteuse mélodie et harmonies à fleur de peau de Sneaking up on the Moon. Le moment de douceur continue avec California Brown où la voix de Henning somptueuse resplendit sur la guitare pleine de l'âme americana du grand ouest. Sit on Roofs, éclatant de rythmiques et de guitares endiablées nous invite à prendre place sur le toit puis à descendre en rappel gaiment de façon jungle pop ravissante et naive sur A Northern Lake (Erin). College Town offre une mélodie stylée pop sixties dodue qui fait dodeliner la tête bêtement quand Willing to Be Forgiven vient caresser les oreilles avec son air nostalgique et tendre. Puis Misdirection Octopus rappellera aux amateurs de rock psychédélique l'hommage que Henning rend quand passé vient refermer l'album avec le positif The Best News of Our Lives et son tambourin royal.

Sneaking up on the Moon est un album construit comme une bande-dessiné à l'esthétique des Peanuts sur des harmonies pop sixties colorées qui même picorées dans le désordre, sont tellement expressives dans l'instrumentation comme dans le sens qu'elles happent l'attention aussitôt. Il y a chez Gentle Hen, une écriture imagée charmante, des harmonies revigorantes faites de guitares en cascades ou de picking-cords. Les amateurs de Paul Simon et d'Hefner seront séduits.
GentleHen





samedi 19 août 2017

Hales Corner

Hales Corner est originaire de Bloomington dans l'Indiana et formé en 2015, il signe dès le mois de mai 2016 son premier album. Arrivée lors d'une déambulation hasardeuse sur un des titres, je suis restée accrochée sur l'album Garden View. Je l'écoute, en boucle, l'appréciant davantage à chaque fois. En général c'est l'inverse qui se produit. Alors je le grignote dans tous les sens et rien ne me lasse, même pas la très jolie pochette. Leur style est décrit comme 'malaise sunshine rock' et j'entends dans leur style du Tindersticks, Cousteau, Nick Cave, Scott Walker, Mark Kozelek.
C'est Caleb Adams à la guitare et Wesley Cook à la guitare, chant et clavier qui écrivent et s'accordent pour les arrangements accompagnés de Ben Craig à la batterie, basse et clavier. Le trio enregistre et gère le mixage des dix chansons incroyablement matures, sophistiquées et harmonieuses dans la maison de Wesley à Bloomington et accueille depuis un quatrième musicien à la basse, Ryan Boyce.



Le disque commence sur Pale Light et un son de guitare puissant, lumineux. La mélodie pop alterne et zigzague joyeusement entre les gammes et le tempo de la batterie. Le texte sautillant nous dessine le décor : Le personnage décrit ce qui l'entoure, une vue sur l'extérieur de sa chambre et l'odyssée musicale est sublime. Garden view avec son oeil affûté nous invite à suivre la vision de l'auteur humble et optimiste sur la basse groovy et la voix de Wesley, magnifique. L'air réussi nous invite à danser et à chanter le refrain 'That’s all right, might as well stay, A smallish one bedroom, but there’s a garden view'. Puis le regard, toujours lucide, arpente le quotidien peu souriant et se demande Why Aren't You Laughing sur la basse jazzy et boogie quand le génial Futility In Motion arrive avec son air virevoltant et lancinant à l'image des mots moqueurs et sarcastiques sur quelqu'un qui réussit dans la vie et se contente de son état de planqué. Puis Joseph K telle une parabole pop ensoleillée, sur le chant de Wesley si beau et les guitares taquines qui tournent comme des roues nous balade en évoquant le thème de la justice, du réalisme. Hand Me Down, habité et résonnant, offre un schéma alternatif en symbiose avec les paroles oniriques. L'harmonie de If You Come Around continue d'envoûter avec sensualité mise en forme par le tempo langoureux, la voix chaleureuse et le clavier voluptueux. De nouveau, Joseph K Theme nous renvoie au rêve avec sa guitare subtile qui arpente doucement la mélodie pour subjuguer et dématérialiser les pensées avant Return et ses arrangements de guitares, basse, clavier, batterie contemplatifs et perspicaces. C'est un virage à 180 degrés dans le temps et dans l'espace. Le soleil fait une réapparition sur Sundress après avoir brillé sur d'autres titres et Garden View se termine sur un bijou solidement écrit et joué. L'album qui émerge d'une chambre est en perpétuel mouvement et progression et composé à la perfection, il me laisse croire à une fort belle suite des Hales Corner.
HalesCorner

jeudi 17 août 2017

The Proper Ornaments

Les londoniens sont très bien ancrés dans le style pop qui nous anime depuis des décennies. Ce cocktail magique et essentiel des The Proper Ornaments est blindé de mélodies, des voix lo-fi, des instrumentations sans artifice analogique, avec des curseurs sixties comme les Byrds, Beatles, Love, seventies avec les Carpenters, Harry Nilsson, eighties avec les Smiths, Cure, The Field Mice, nineties avec Mercury Rev, Paul Stewart, The Auteurs et 2000 avec Mac Demarco, Ultimate Painting, the Clientele et Elliott Smith.

Ils sont anglais, ils sont quatre, cela vous rappelle quelqu'un?
Le premier single Recalling parait en 2010, feuillu, solide, fort saisissant avec ses distorsions dans les guitares et son chant. Fichtrement bien cousu, son tempo extasiant, tend à danser comme un siou, avec ou sans plumes. Novembre 2011, The Proper Ornaments recharge le fusil et le carquois pour délivrer le somptueux EP Taking the Gamble out of Buying où guitares, basse et batterie sont affranchies ornées de voix profanes qui honorent cette pop naïve raffinée qui, sous cape, est tout un monde underground sensuel .



Aux commandes il y a un artiste qui plus le temps passe, se distingue et devient le parrain du milieu indie. James Hoare écrit sans anicroche des pépites pop, les interprètes avec sa guitare et son grain de voix en nous mettant à genoux. Le génie de James resplendit dans d'autres projets qu'il mène d'une main de velour dans un gant de fer, Veronica Falls et Ultimate Painting. Pour ceux qui ne sont pas amateurs de pop, je précise qu'aujourd'hui, The proper Ornaments, Ultimate Painting, Mazes sont 'the place to be' et surtout 'the bands to see'. James est accompagné de Max Oscarnold du groupe Toy, autre maestro, qui écrit et compose tout en formant l'axe central du groupe. Avec eux, Daniel Nellis joue de la basse et Robert Syme assure la batterie, tels des dieux de la mythologie pop. 2014 annonce le premier album Wooden Head et ses 14 titres néo-psychédéliques fabuleux. 

Cette année 2017, The Proper Ornaments sont de retour avec un disque incroyable comme si le stress et le complexe de faire encore mieux après un succès devenait une légende. Non seulement, ils tapent fort, encore, mais en plus de la maison, enregistré dans le home-studio de James. Travaillant sur piano dans un premier temps, Max et James, multi-instrumentistes, peaufinent les 11 titres, les façonnent à leur guise sans contrainte de temps ni d'argent. Foxhole prend forme!

Les musiciens sont aux manettes de Foxhole du début à la fin. Ils sont ingénieurs, mixeurs, producteurs, toutes ces casquettes ont le mérite d'offrir un bijou pure, sans intervention extérieure, qui sonne comme ils le voulaient, au son minimal avec une production allégée avec des moments de silence, de respiration entre les instruments. Cela offre un résultat soyeux, plein de fraicheur, similaire aux premiers albums de Lennon en solo et d'Imagine dont le groupe est fan.



Le disque commence avec force et beauté en laissant entrer les notes grâcieuses de Back Pages. La guitare envoûtante lance une mélodie rythmée qui s'enroule autour de la batterie et des mots langoureux. L'immédiateté et la spontanéité de Cremated (Blown Away) avancent hardies et vivantes, en ritournelle sage qui alterne avec l'espièglerie quand le piano vibrant de Memories joue de la douceur en demi-teinte dans les mots et l'interprétation aussi fine qu'un rayon de soleil. Le contraste apparait aussi dans la composition et le jeu, décidé et ferme, qui se frotte aux thèmes romantiques et poétiques. Just a Dream poursuit la perfection musicale avec ses inclinaisons et ses changements d'arpèges où l'âme d'Elliott Smith vient planer. Emotion. L'ambiance se retourne avec le titre 69 qui fait des loopings polissons psychédéliques entre les guitares, la basse, le synthétiseur et le piano. The Frozen Stare se glisse dans le sillage des Pink Floyd. Le morceau magnifique est habillé par la batterie qui martèle avec élégance la mélodie, guidant avec audace le chant et les guitares. 
L'endurance des Proper Ornaments ne faiblit pas avec le magique Jeremy's Song qui donne l'impression de sentir la chaleur aux bouts des doigts de chacune des cordes de guitare. Le refrain entêtant offre une instrumentation grandiose et insistante 'keep your head down in the Foxhole'.
Les guitares alternent légères sur When We Were Young pour reprendre la main, entreprenantes, sur les harmonies pop de Bridge By A Tunnel où on se surprend à chanter sur la mélodie. I Know You Know sous ses airs sinueux propose un texte offensif et sarcastique. De façon là encore délibérée, la pudeur des notes coiffée du style Velvet Underground sur The Devils balance entre l'amour et la haine avec poésie offrant ce contre-jour, ce spectre lumineux persistant sur Foxhole.
L'album entier est une réussite! La magie de l'enregistrement à la maison sur un 8 pistes agit et le disque sculpté dans l'or brut, sans artifice, illico envahit les oreilles, tout l'espace et domine les émotions. L'effet épidermique se mêle au psychique. Les cordes de piano surgissent, le bois des guitares craque, le corps de la basse grésille et la peau de batterie se fendille pour créer une entité sonore soignée et intemporelle.
TheProperOrnaments



mercredi 16 août 2017

The Crayon Set

The Crayon Set est un groupe irlandais qui dépose brillamment sa culture, tempéraments, traditions, croyances et beauté de l'âme des habitants du pays dans les mélopées. J'aime et suis le travail de Robert Baker depuis presque cinq ans quand parait le premier EP, I wanted You en 2012, peaufiné par Nick Brine, producteur des Stone Roses, Arctic Monkeys, Super Furry Animals et des Teenage Fanclub.

Pour leur premier album en 2013, je partage mon avis ici "nouvel album monumental qui est, à mes yeux, une des meilleures productions indie-pop de l’année 2013" "Dans la veine pop des Camera Obscura, l’album est irrésistiblement ludique, charmant, coloré de mélodies destinées à l’intemporalité. The Crayon Set réussit un coup de maitre en faisant briller le genre orchestral pop qui fait danser depuis des lustres et le dépoussière par la qualité des compositions ornées d’un violon à l’âme irlandaise. La délicatesse constante qui émane des morceaux, l’intelligence des instrumentations, le talent dans les arrangements de voix, tiennent de la performance parfaite. Les dublinois (...) font rayonner l’élégance de la pop sur scène et au travers de l’album The Crayon Set, en promettant une belle persistance contemporaine à l’indie- pop."



Quand le single Attack parait en 2014, je reprends ma plume "Quand on entend The Crayon Set entonner "OK explose, let's attack", mieux vaut ne pas être dans le champ de tir des celtes. Le groupe offre une fraicheur rock'n roll dont certains groupes de pop orchestrale ou symphonique savent faire preuve avec brio. Ici, les musiciens qui artistiquement viennent d'horizons variés, jazz, rock ou classique, le montrent avec vigueur et réussite. Prolifiques, les irlandais ont encore une quinzaine de chansons dans leur besace et songent à un double album, tout en assurant une tournée au Royaume-Uni, ce qui ne nous laissera surement pas sans de belles nouvelles avant 2015. Piggledy Pop est No 1 Fan de The Crayon Set !"
TheCrayonSetPiggledyPop2013

J'ai une sacrée veine de recevoir le tout dernier bijou Lost Languages à paraître le 10 octobre 2017 prochain. Sa découverte m'invite à un état de pop-syncope. En lisant l'Irish Times, je constate que je ne suis pas la seule à flatter les irlandais, méritants : "The Crayon Set are as catchy as a virus". "If you're looking for the kind of purity in indie-pop that you thought had gone missing far too many years ago, then their debut album will see you so right you'll never be wrong again".



Lost Languages annonce la couleur pop avec Are You Ready. Son défilé de guitares, son tempo vivant mené au galop est ceint de paroles frondeuses qui avancent à découvert "are you ready for the Lord, are you climbing up the walls...but don't come too near, don't stray too far". La mélodie danse, fait des ressacs entrainants où les métaphores bibliques délicieusement offensives partent en croisade. Down About It poursuit la cavalcade de guitares sur la voix habitée de Robert Baker, reconnaissable avec cette manière d'épingler chaque mot à la façon feutrée d'un autre Robert nommé Dylan. Avec son timbre de voix profond comparable à Thurston Moore, il rehausse ses chansons, qui à mes yeux, quand leurs auteurs les naviguent font davantage d'effet et chavirer. L'instrumentation merveilleusement arrangée de Yesterday Man, offre une allure langoureuse celte. Mais l'allègement ne dure qu'un moment avec les Crayon Set qui relancent les guitares en première ligne et regagnent du terrain avec Attack. Les violons, les claviers et les guitares rock'n roll font corps et l'envie de danser est amorcée. Closed Lines écrite par George Guilfoyle nous immerge avec grâce dans le mystère irlandais avec un extrait de 'The Sleeping Beauty' de Lord Alfred Tennyson. Ses mythes et légendes gaéliques, la beauté de la mélodie, les voix envoûtantes nous font suivre les sirènes dans les eaux sombres juste avant de reprendre de la hauteur et des particules d'oxygène avec Aeroplane. L'orchestration limpide et solide avec sa guitare électrique planante est magnifique suit les décollages et atterrissages d'une femme insaisissable.



The Crayon Set, autour de Robert sont George Guilfoyle à la basse, harmonium, Sean Finn aux synthétiseurs, clarinette et guitare, Ben White aux guitares, basse, batterie et trompette, Phil Casey aux percussions, guitare, batterie, Kate Dineen au chant, et Gavin Glass qui tient les rênes de Orphan Recordings et produit Lost Languages avec beaucoup de talent, de savoir-faire pour les arrangement de cordes et de claviers qui signent sa renommée au royaume-uni. La pop festive de Regional Tennis séduira les amateurs du sport qui connaissent le stress du service foiré et du coup droit trop mou les jours 'sans'...désespérant. Le clavier psychédélique répand la bonne humeur et jongle avec la rythmique sur un texte souriant perlé d'humour qui redonne le sourire et titres de noblesse au sport régional. The Crayon Set offre un I Can't Say No comme une machine à remonter le temps magique avec sa basse à l'âme pop sixties et sa guitare seventies sur un harmonica qui fait des échappées rafraîchissantes. L'ambiance virevoltante poursuit avec le grandiose Hand-surfing et ses images qui sautillent entre la pluie, le cerf, l'arc-en-ciel, les nuages qui font voyager enveloppées par les harmonies gaillardes réjouissantes. L'atmosphère se fait plus grave et revêt l'écharpe de confession, d'erreurs et de pardon sur le piano, la guitare, la batterie qui forment la sacro-sainte trinité pour sauver l'irlandais de ses penchants sur O'Connell Street.

Le bijou Lost Languages se termine sur la ritournelle somptueuse More Love dont l'énergie spontanée et amoureuse se propage sur les instruments qui déploient leurs gammes et leurs ailes. L'ensemble des chansons, exquises et étourdissantes, pour évoquer la difficulté de trouver les mots quand l'amour nous échappe et disparait, laisse une éclaircie et une chance à un nouvel amour naissant. The Crayon Set signe un album passionné, émouvant, avec cette perfection dans la composition délicatement ourlée et ouatée et l'interprétation élégamment sincère. Le langage des dublinois me trouve et ne me quitte plus en cette fin d'année. Je classe Lost Languages dans mon top 10 des albums 2017.
TheCrayonSet

lundi 14 août 2017

The Lemon Twigs

Les deux frères new-yorkais Michael et Brian D'Addario mènent le projet The Lemon Twigs depuis 2015 en offrant l'EP fantastique What we know et le premier album de génie, Do Hollywood en 2016. Ils sont accompagnés par Megan Zeankowski à la basse et Danny Ayala au piano et claviers. Les deux musiciens de 18 et 20 ans respectivement ont la particularité d'être tous les deux guitaristes et batteurs ; Ils s'échangent les instruments tour à tour sur scène en fonction des chansons. Leur style pop théâtral ressemble à l'univers de la scène rock underground new-yorkaise des années 70. Ce que j'aime chez eux est ce style, ce sens inné de la composition et cette autonomie magnifique qui montre leur personnalité. Produits pour Do Hollywood par Jonathan Rado, les new-yorkais décident de rester à la maison, enregistrent sur leur 8 pistes les six titres du deuxième EP, Brothers of Destruction, qui paraitra le 22 septembre 2017 prochain.



Le grandiose psychédélique et alternatif Night Song apparait en guise de single ces jours ci et m'impressionne tant il est solide, plein de l'âme et de la douce folie créatrice de Syd Barrett. Michael et Brian sont fondus des Beatles et des Beach Boys ce qui s'entend dans les arrangements mais aussi dans leur manière de créer qui est un travail de scientifique 'borderline savant fou', aux frontières du baroque des Zombies et des Kinks. The Lemon Twigs ont de l'humour, de l'énergie et véhiculent un monde imagé avec eux qui montre un sens artistique inné et une sensibilité créatrice à tout épreuve. Les frères D'Addario montent cet été sur les grandes scènes internationales, à Austin, Glastonbury, Lollapalooza etc où de leur enfance nourrie des disques de leur père musicien, auteur-compositeur, ils offrent au public des reprises d'artistes qu'ils aiment comme John Prine et Jonathan Richman.

Brian, 20 ans, chante, joue de la basse, de la guitare, du piano, de la batterie, du violon et de la trompette. Michael, 18 ans, chante, joue de la basse, de la guitare, du piano et de la batterie. Cela semble simple à priori écrit noir sur blanc, mais les deux jeunes hommes passionnés et inspirés travaillent aussi énormément. Sur Do Hollywood, ils ont complété l'instrumentation de violoncelle, xylophone, violoncelle et de cuivres. L'album commence sur un I wanna prove to you romantico-psyché, où l'on décèle déjà un humour second degré puissant. La mélodie au tempo mellow emmène illico nos petites oreilles tendues dans cette ambiance barbapapa et sucrée bubblepop fifties menée par les voix en chorale et les guitares vibrantes.



Le titre Those Days Is Comin' Soon suit avec sa fraicheur dans la rythmique pop qui trottine sur les cuivres langoureux et amoureux. Haroomata arrive somptueuse avec sa structure en zigzague, bondissante et duveteuse, souriante et sentimentale. Batteurs, pianistes et guitaristes, Michael et Brian composent et offrent des mélodies qui mettent autant en exergue le rythme que les notes de piano et les arpèges de guitare. Chaque instrument y a sa place comme sur Baby Baby, groovy et rebel qui illustre une relation en forme de glaçon d'amertume qui plonge dans une menthe à l'eau et dont la qualité me sidère et m'évoque McCartney & the Wings. Les titres s'enchainent, aussi beaux et bons, avec le magistral These Words au Moog boogie et aux trompettes polissonnes, à couper le souffle. L'amour emplit chaque plage avec une lumière délicate et une chaleur espiègle, et As Long as We're Together ne déroge pas à la règle. Sa rythmique qui joue avec la peau du tambour et les harmonies aussi voluptueuses que friponnes est efficace. Les images défilent dans les paroles avec des métaphores animales 'spider', 'owl', un schéma que l'on retrouve dans le dernier titre A great Snake. How Lucky Am I est une pièce mélodique qui donne des frissons avec le chant harmonieux saisissant, ainsi vont Hi+Lo, ses notes de claviers délicatement intimistes et Franck, resplendissant de maturité nostalgique tendue et lyrique. Après ce moment prestigieux de douceur qui emmène vers la fin de l'écoute, The Lemon Twigs terminent sur A Great Snake, révolté et rock'n roll et qui tel un coup de fouet, persuade que la musique pop rock alternative a encore de beaux jours devant elle. Après une virée européenne dont Paris au printemps 2017, The Lemon Twigs sillonnent les scènes internationales avec brio et une belle humeur excentrique communicative. Je suis fan!
TheLemonTwigs



samedi 12 août 2017

Severin Bells

Un vent du nord parfumé à la tulipe vient battre et faire danser mes oreilles. Le combo flamand-hollandais Severin Bells déménage et rend fou l'organe de Corti. Le groupe d'Amsterdam griffe des mélopées au tempo rock alternatif dont la qualité acoustique, mélodique et la réverbération dans les cordes fait un bien du diable!

Je les écoute assez fort et en boucle depuis quelques jours en pensant au Velvet Underground et à Wilco, au son rock puissant, glorieusement énervé dans les seventies à New-York amené sur des riffs et des arrangements pop qui me séduisent hautement. Mick van het Nederend à la guitare, Bo Meskers à la batterie, Christophe Brabanders à la guitare et chant, tous les deux membres des Twin Shades et Willem Oostendorp à la basse ont comme jolies influences Kurt Vile, Nick Cave, Bob Dylan et bien sûr Lou Reed. Severin Bells participe le 31 mars 2017 avec une demi-douzaine de groupes à la soirée organisée à Amsterdam pour la sortie du livre de Peter Bruyn The Velvet Underground & Nico et les 50 ans du groupe américain. En même temps il entre en studio pour enregistrer ses premières chansons avec l'aide du producteur Thijs van der Klugt. J'en reparlerai certainement quand le disque arrivera. En attendant, les deux titres fougueux, furieux et solides One Two Combo et Older aident à patienter!

Nota bene : Severin Bells vient de la chanson de Lou Reed Venus in Furs "Severin, your servant comes in bells, please don't forsake him, Strike, dear mistress, and cure his heart".
SeverinBells

Marc Corrigan

Vive l'Irlande! La grande nation verte, orange et blanche nous comble depuis des siècles d'artistes ambassadeurs de courage et de lyrisme. Marc Corrigan en fait partie. Dessinateur, peintre, graphiste, réalisateur, il est autant poète et musicien. Son univers pictural néo-impressioniste est nourri de musique pop.
Les traits doux et caressants qui émergent de son crayon sont aussi éclatants de vivacité. Son travail qui marie et mélange le réalisme romantique d'Edward Hopper, la délicatesse de Sempé, du normand Daniel Authouart, la naïveté arrondie de Folon, du breton Bernard Morinay, la nostalgie pop de Sam Brown avec son Exploding Dog, me touche beaucoup.





Seuls ces artistes des pays nordiques où le soleil pudique s'amuse à se cacher pour laisser la pluie verdir les contrées ou tendre par surprise un rayon qui vient blanchir les falaises, savent doser l'eau et la matière de leurs aquarelles et de leurs huiles. Comme chez les poètes, Marc dépose de la mélancolie et de l'évasion dans ses croquis et ses illustrations. S'y retrouvent mêlés le passé avec ses brulures et ses grandeurs, Verdun 1918 mais aussi les années 40, les sixties, le voyage, de Rome à Phoenix en passant par Vienne, les saisons avec la neige resplendissante et la pluie qu'il dessine avec un charme et talent infini pour la rendre instantanée. Marc Corrigan excelle dans les films et vidéos dans lesquels je l'ai découvert. Depuis 2010, l'artiste signe des vidéos pour des musiciens avec énormément de tact et de finesse. Il a le don de dénicher le scénario parfait qui se greffe à l'histoire de la chanson.



Pour ceux qui sont amoureux des détails, l'artiste pop diplômé en 2002 du Galway Institute of Technology remplit toujours les blancs avec élégance. Il dirige les vidéos de groupes irlandais comme Ham sandwicH, Biggles fly again, Cat Dowling et internationaux comme I’m from Barcelona, Junior Doctor et Billy Bragg. En dirigeant la vidéo Ants pour Ham sandwicH Marc gagne l'award Best Animated Video du Sound Silver Awards de New-York et conduit en 2014 la campagne Music Matters commandée par l'Irish Music Rights Organisation.
Marc Corrigan offre des expositions à Dublin, chronique dans le Irish Times, tel le prophète pop du photoshop, évoque sous son crayon à papier puis son pinceau les événements qui le marquent et traversent notre actualité. L'artiste continue de nous enchanter avec ses balades irlandaises sous les orangers et ses sentiers fleuris de musique, à suivre...
MarcCorrigan