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dimanche 12 mars 2017

Mauves

Mauves est un groupe que j'apprécie particulièrement parce qu'il offre depuis son opus de 2011 des chansons galbées de mélodies inspirées et de textes en français, métaphoriques et réfléchis. Les groupes francophones qui savent allier les deux efforts ne courent pas les rues.
Je parlais de ces excellents joyeux drilles en 2013 " Mauves est un groupe canadien, de Québec, qui compose des mélodies dansantes, fourmillantes d’instruments et sait y déposer des paroles pop en français, élégantes et poétiques. L’âme des sixties plane sur leur premier album Cinéma Plymouth, sorti en octobre 2011. Jean-Christophe Bédard-Rubin, Cédric Martel, Alexandre Martel et Julien Déry offrent des airs pop garnis d’harmonica, de tambourins, flûte, de banjo, saxophone (Comme un loir), guitares, violons, batterie, trompette (le Bal) faisant communier le rock, la pop et le folk. Les constructions mélodiques délicieuses rappellent les Beatles et Beach Boys, avec du Paul McCartney dans La maison de Johnny, une once de Burt Bacharach et de Brian Wilson dans le chant en chorale des quatre artistes."
MauvesPiggledyPop2013



2008, Alexandre forme un duo guitare-batterie qu'il nomme Jaune avec Jean-Christophe quand Julien vient les rejoindre à la basse puis Cédric (frère d'Alexandre). Le quartet découvre via de vieux vinyles de leurs parents, notamment les Beatles, Zombies, Kings, Monkeys, l'immensité d'influences que comporte la pop : du rock, du jazz, de la bossa, du classique.
Julien dit que 'c’est devenu un défi stimulant d’éprouver l’écriture francophone sur notre musique à sonorité anglo-saxonne'. Du Jaune, on passe au Mauves dès 2010 et depuis Cinéma Plymouth de 2011, le quatre titres Rebrousser les Indes de 2013 et son grandiose Beetle ou T-Bird suivi de l'album Le Faux du soir la même année, le groupe nous propose un très beau Coco en octobre 2016.



Avec Coco, les géniaux musiciens frappent fort dès J'ai tout essayé. Les guitares qui répondent à la batterie du nouveau venu Charles Blondeau visitent les partitions psychédéliques de claviers. L'esprit taquin et chatouilleur de Mauves se régale comme à l'accoutumée avec des choeurs qui susurrent des 'oh non' pour finir par des 'oh oui' coquins. Le décor est planté, les textes ultra sensuels et sexy comblent de bonheur avec ses métaphores romantiques. La pop voltige sur Vélomoteurs, et pour imager un moment amoureux, les thèmes du feu, du petit jour, de la mort reviennent caresser Longtemps avec la rythmique endiablée du tambourin d'Emmanuel Ethier également aux synthé et aux congos de Jean-Étienne Collin-Marcoux. Le somptueux Les mots de gare est une invitation croustillante à l'amour où les mots glissent doucement en jouant avec l'espace et le temps. La poésie de Mauves touche sans scrupule et enveloppe complétement lors du moment de grâce joué au basson par Marie-Renée Sheridan. On se brûle de nouveau sur La carte des feux et sa guitare folk où l'image du brasier, de la mort, ravivent les sens et résonnent d'autant plus avec la voix enregistrée en acoustique.



Le tempo reprend des couleurs chaudes, voire électriques, quand Parc du Portugal délivre sa mélodie dansante accentuée par le saxophone de Christophe Lamarche-Ledoux. Le voyage se poursuit sur le bondissant En Nouvelle-Calédonie, où les guitares des frères Martel, claviers et la basse de Julien Déry resplendissent et font perdre la tête sautant de Hong-Kong à Bologne en passant par Amsterdam, Oslo, Chicago, San Antonio, tout en mangeant des piments et des hot-dogs. L'ambiance torride et sensuelle revient sur Eh fille comblée de mellow dandy et psyché, d'un blues enragé, où l'absence de morale tend à faire rougir les genoux sur un prie-dieu. Les arrangements ronronnent vaillants sur XXIe orné de choeurs et d'une guitare électrique rebelle pour évoquer la prétention de l'homme et son ignorance qui assombrissent notre époque. Le petit jour pointe pour conclure l'écoute tout comme cette idée ouvrait le disque de façon intelligente. La voix d'Alexandre qui écrit ces dix morceaux avec un talent infini est suivie par les choeurs (Sam Eloi, Catherine St-Jean, Francis Baumans) avec bien sûr les voix angéliques des quatre Mauves qui touchent en chantant "Je connais la mort, je l’étais déjà, Alléluia, Je connais la vie, le mythe de l’amour, Reviens à moi". Mauves, égal à lui-même, orne son chemin pop et rock psyché d'un Coco énorme de qualité. Tout amateur du genre devrait se mettre en chasse pour l'avoir.
Pour les chanceux qui sont à Quebec, le groupe s'y produit plusieurs fois en mars.
Mauves