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samedi 8 octobre 2016

Russian Tour

Je vais être claire : la compilation Russian Tour est au classement Piggledy Pop le meilleur disque de l'année 2016 tant par l'esprit qu'il véhicule que par sa qualité et la joie que son écoute me procure. Depuis la magistrale baffe prise devant Motorama, groupe de Rostov, c'était dans un bar parisien en 2011, j'ai le sentiment que la slav'pop s'aiguise et s'affûte d'année en année. Je parle de groupes russes de plus en plus souvent, comme des fabuleux Malishkamu ou de White Wishes. Russian Tour me comble derechef avec 11 groupes géniaux alliés et alignés avec justesse sur la compilation façonnée avec talent par Belka Records.

La compilation est en marche depuis le 27 septembre 2016. Elle contient tout ce que les chercheurs d'or pop rêvent ; de la cold wave, de la dance, de la twee, de la dream, de la jangle, du post punk, de l'indie dans toute sa splendeur, en anglais et en russe. L'âme slave est présente sur chacun des morceaux qui s'emboitent comme des poupées russes. Il y a du romantisme, du caractère, du rock qui donne envie de pousser les enceintes à fond dans la datcha, des notes mélancoliques, des rythmes dansants, virevoltants, qui donnent chaud sous la chapka. Comme l'annonce si joliment le bandcamp de Belka Records, "Bringing the Eastern Sound ... to Western Ears", Russian Tour rappelle l'excellence musicale de la culture occidentale.



Et le tour commence avec le brio de The Parks, Squares and Alleys sur We're Not Just Friends dont je parle par ici TheParksSquaresAndAlleys , puis enchaine une série de groupes et artistes dont j'ignorais l'existence et impossible à départager. Ils ont tous une valeur et un style fort séduisant. Avec Buerak, Sovetskiy Parfyum, je fonds. Les guitares roucoulent sur une batterie énergique et un chant en langue russe qui rebondit et fait penser à Cure, Joy Division, Sisters of Mercy, après une cure de jouvence. Puis la dance pop du superbe OneGin Please sur QSEX, ne décourage pas cette envie de gigoter bêtement qui s'accentue même sur le timbre de voix hypnotisant, les guitares qui se trémoussent, de Gruppa "TIGRY" et son Kotik palpitant. Puis les tambourins magnifiques de FPRF entrent en piste sur Parks et nous cueillent. Impossible de se démobiliser de la compilation dont le rythme accélère avec un choix de titres fin et intelligent. Quand la pop excitante de Hut et Hate Me débarque avec sa basse à couper le souffle, ce n'est pas le verre qu'on a envie de jeter par dessus l'épaule mais toute la vaisselle.



L'atmosphère au tempo flamboyant poursuit avec Bumazhnye Tigry qui dès qu'il entonne Chantage en russe là, c'est un missile pop qui arrive aux oreilles. En guise de petite bombe dansante, il y aussi Esthetix et le titre sévèrement funky, aux guitares puissantes, Promised Land qui scotche le casque à la tête. L'electro-pop resplendit de mille feux grâce à Seed Of Freedom et leur morceau Time Machine qui fait paraitre la touchante mélancolie slave en offrant une rythmique, vitaminée, enivrante sur arrangements lumineux et une voix cristalline. Chernikovskaya Hata, avec Nochnoe Randevu chanté en russe nous lance une pépite pop qui propulse sur une montagne russe cold-wave. Cette grandiose ondulation glaçante qui fait écho à Ian Curtis poursuit avec Kholodnaia Luna de Okolo Poludnya qui encourage cette envie de pogoter au fond du Caucase tant ses guitares, ses claviers, sa basse, rock et pas farouches, ont une énergie contagieuse. Russian Tour est un cadeau pop qui décline une ribambelle de groupes, aux univers pop incroyables, offrant leurs identités, leurs mélodies efficaces, leurs mondes indie avec un sens certain de l'esthétisme. La compilation coûte seulement 4 euros, en vaut beaucoup plus tant elle est belle et fait exister la musique, celle qui touche les oreilles et le coeur .
BelkaRecords