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mardi 16 février 2016

David Grumel


Mes oreilles vibrent depuis l'écoute d'Utopia et après une étude plus détaillée, je m'aperçois que son auteur est un stakanoviste de la musique. (définition sur wiki du stakanovisme : "faisant l'apologie d'un travailleur très productif et dévoué à son travail.")
Ce féru de musique et de travail s'appelle David Grumel. L'artiste mi-personnage de fiction, mi-oreille absolue, n'est pas seulement un technicien extraordinaire, c'est aussi et surtout, un créateur à la tête bien fleurie d'imagination, bien ficelée sur ses épaules pour mettre ses idées en pratique.
Apparu il y a une dizaine d'années du haut de ses alpages, le musicien gravit les marches une à une. D'abord enfant, à 6 ans, il s'imprègne du piano, puis adolescent, écrit des chansons pour monter son premier groupe à 11 ans et un autre à 15 ans. Le jeune musicien est non seulement surdoué, il est aussi précoce et a, systématiquement, un temps d'avance sur les autres. Cette maturité et cet avantage s'entend dans ses compositions avant-gardistes.




Puriste de la mélodie, du son, il se perfectionne au piano et à 18 ans, réapparait avec le groupe State of Soul juste avant sa première production en solo en 2000 avec le single Lifestyle, puis Revolution Beat / David Versus David qui en quelques semaines devient n°1 des téléchargements en France, puis en Europe.
L'oiseau s'envole, le phoenix barbote dans les cendres et le montagnard décolle sur ses skis, là-bas, sur les hauteurs d'Annecy. Je rappelle qu'en 2000 le téléchargement n'était pas aussi commun qu'aujourd'hui... Là encore, David s'impose, malgré lui, comme un précurseur et coiffe, dans ce domaine, tout le monde au poteau.


2001, parait le génial single Linoleum Love. L'auteur-compositeur, aussi ingénieur du son, fan de Billie Holliday et de David Bowie, signe des productions qui offrent du groove, du beat, du jazz, de l'electropop, du rock, du classique, du folk, de l'expérimental, du dreampop, des notes sixties proches des univers cinématographiques d'Ennio Morricone, Roubaix, Bari etc. Cette année 2001, David signe chez Naive et le titre savoureux Brand New Pop Song apparait orné du soin précieux de Thorvaldur B. Thorvaldsson aux arrangements de cordes, qui sera suivi en 2005 par un premier album au nom qui rappelle son territoire et ses racines, Beaurivage.



L'album grandiose est co-produit avec Bardi Johannsson, musicien islandais du groupe Bang Gang, producteur de Lady & Bird, et créateur du groupe Starwalker avec Jean-Benoit Dunckel de Air. Beaurivage compte aussi la présence de Brian Reitzell, batteur de renom, réalisateur de la BO Lost in Translation, proche de Turin Brakes et de Beck. Aux côtés de David, il y a l'irlandais Brian Mc Partlin qui écrit et chante avec lui sur Overground (1971). L'album comporte tous les aspects musicaux que David Grumel maitrise : la soul, la pop, le trip-hop, le jazz, et le classique avec l'Orchestre philharmonique de Reykjavik.

Depuis 10 ans, David, "le travailleur très productif et dévoué à son travail" qui vit la musique comme un plaisir avant tout, s'attèle à produire et arranger les projets d'autres groupes, d'autres musiciens, Caspian Pool, Loren Lopez, Davis, Neeskens, Pirouettes etc, et participe à l'écriture de bandes-son pour la télévision, pour les publicitaires, sans s'essouffler.
Cette année il se concentre sur ses 9 titres, pour lui et pour nous ! Utopia, son deuxième album, sort ce 9 février 2016 et c'est un chef d'oeuvre. Le compositeur explique le choix du nom Utopia dans une interview : "Cela veut dire littéralement « qui n’est en aucun lieu », ce qui correspond bien au côté planant, voyage immobile et hors du temps de l’album. Ensuite, il y a un passage sur l’utopie dans « Éloge de la fuite » d’Henri Laborit, que j’ai adoré. C’est également un clin d’œil à une magnifique chanson du premier album de Goldfrapp".



Cette jolie habitude d'accueillir chez lui, sous son aile, d'autres as de la musique pour l'accompagner occasionne la présence de son ami irlandais Mc Partlin qui co-écrit trois chansons, The Good The Evil, Western Soul et Little Stones et son acolyte, compagnon de composition, le guitariste et bassiste Jérémy Rassat. A Starry Night qui ouvre l'album, co-écrit avec Loren Lopez, est un titre somptueux. Le violoncelle d'Olivier Koundouno, le cor de Charles Pierron et la batterie de Cédric Gerfaud s'allient à tous les autres instruments joués par David qui chante magnifiquement avec Neeskens dans les choeurs. L'émerveillement poursuit sa volupté grâce à Le Manoir, céleste, envoûtant. Cascadeur prête sa voix qui glisse et s'enroule à la basse, magistrale. Le piano époustouflant et la guitare sublime de Franck Hédin captivent l'attention, quand The Good, The Evil souffle un vent de liberté dans le chant en écho, la rythmique, enveloppée par le virevoltant violoncelle. Les influences cinématographiques titillent les notes sur Bari/Roubaix au son electropop sixties Moriconnien et où David joue du santoor, de l'orgue et du solina comme sur Western Soul, moderne et aérien avec ses percussions. Le travail de mélodiste impressionnant se coordonne à la fabuleuse basse de Aleksander Angelov. Nino' theme hypnotise par la qualité de l'orchestration, de la symbiose de la basse avec le cymbalum, le piano démontrant le talent d'instrumentaliste de David qui joue à caresser les cordes comme un artisan sculpte et ponce. Little Stones suit avec cet esprit 'Utopia', du mouvement, de la fuite, du retour aux sources avec ses mots splendides, le chant subtil qui se marie délicatement au piano féerique. L'instrumentale Beautiful Sorrow subjugue, sensuel et rythmé, avec David et Jérémy qui brillent aux guitares. Le Korg et le piano, atmosphériques, développent une mélodie stellaire qui annonce le dernier mouvement, Azur, aux notes de piano émouvantes et fort vivantes. Utopia est une ode au romantisme, à la musique et à la passion. Chaque ambiance, chaque note, créent des panoramas et on suit volontiers David Grumel dans les entrelacs de ses mélodies prodigieuses.

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