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samedi 5 décembre 2015

Michael Knight

Michael Knight est un pseudo. Cela tombe bien car nous n'avons pas affaire à un ange. Son vrai nom est Richard Murphy et avec ce patronyme vous devinez surement d'où nous vient cet énergumène, ce troubadour extra-terrestre. Richie a transporté son excentricité irlandaise à Berlin où il vit depuis des années. Il s'est inspiré de façon noble du Michael Knight interprété par David Hasselhoff dans la série américaine K2000.
Avec des textes très imagés et follement drôles, usant comme il le dit de l'humour noir de Vladimir Nabokov, Richard Murphy est un auteur-compositeur explosif tant la qualité de ses titres coupe le souffle. Ses compositions sont habillées d'une pop irisée de bossa, de pop sixties à la Burt Bacharach, de twee, de sunshine pop, un cocktail proche de Cats on Fire, Pelle Carlberg, Jonathan Richman. Les harmonies magnifiques sont construites, pensées et finalisées avec des musiciens à la pointe, contrebasse, cor, violoncelle, tuba, trompette, guitares, violons, basse et batterie.
Entre orchestrale pop et pop de chambre, ses premières chansons sur l'EP de cinq titres, Greatest Hits (for the Temporally Challenged) sont prometteuses. Le nom choisi de ce premier disque est déjà drôle, mais en plus sur le bandcamp du groupe, son enregistrement est daté en l'an 1902. Ses cinq chansons jettent illico le voile et on découvre un esprit délicieusement frivole et insolent d'espièglerie. Ma préférée est You People Are Idiots, un sacré morceau qui si on tend l'oreille offre une phrase en français, de quoi se gonfler d'honneur tout en souriant. Richard écrit, compose, chante et joue du piano, de la guitare et est accompagné par deux magnifiques voix, Edel Coffey qui joue aussi de la basse et Lynn Millar à la batterie.



Puis Michael Knight, un siècle plus tard, vers 2005, après l'EP de 2003, No More Lonely Knights, nous offre le premier album Youth is Wasted on the Young, titre qui va évidemment comme un gant à un artiste centenaire.
La manière totalement décomplexée qu'a Richie de chanter me fait fondre. Il rend sa voix parfois tendre, mélodramatique et peut tout aussi bien crooner que roucouler. Le chant ni fardé ni lissé, sur des thèmes loufoques et hilarants, sonne pur et honnête. L'oreille comme apaisée par les intentions franches de l'interprète, il n'y a plus qu'à se laisser rire sur son travail d'auteur et transporter par son talent de compositeur. Dès l'introduction du poppeux Foals, se révèle un album qui va être croustillant d'amusement et riche d'harmonies, de mélodies. Suit Waves to the Shore qui fait sautiller puis The Lights Go On and Off qui lui, fait bondir avec son tempo digne des Pogues.
Crown of Thorns continue la poésie, le bon esprit, avec ses sifflements enjoués avant les pépites pop qui rappellent les Beach Boys, Leaving Town et Lead me Down. Quand la balade Success arrive, les frissons sont garantis avec l'orgue et la basse majestueux, délivrant une mélodie et un texte impressionnants. L'envoûtement persiste sur No Second Best, fantastique chanson, pleine d'émotions. Le tour de passe-passe se poursuit en changeant de chanteur sur Youth is Wasted on the Young, habit assuré par Patrick Freyne au chant pop sixties époustouflant, accompagné de guitare, basse, piano, batterie et de choeurs magiques (Edel Coffey). Bright Eye, Seasons, I Did it Biff's Way virevoltent de notes sunshine pop et rock dansantes, au tempo endiablé, impossible à lâcher ou à oublier.



Réapparait en 2008 le fricotin de la pop avec son deuxième coup de force, I'm Not Entirely Clear How I Ended Up Like This. Dumbshow ouvre la marche, avec une atmosphère digne d'un Morricone transporté en Irlande, faisant des ricochets sur le Shannon. Puis le style western continue sur Coronation Street, pour laisser place à un style plus orchestré, tout aussi chevaleresque et onirique sur un ensemble de cordes et un accordéon dans And the Party Was MY Idea où le chant devient lyrique. Sorry to Bother You Again, But... poursuit sur un schéma old-scool de cabaret, avec des envolées de choeurs psychédéliques. La batterie mitraille, les voix décollent quand arrive une des mélopées que j'aime beaucoup, parue sur l'EP du siècle dernier, You People Are Idiots.

Comme ses compatriotes de Duke Special, Michael Knight devient un personnage de roman et dessine son album avec une plume poétique et théâtrale, comme le démontrent Scenes after a Hard Day's Work et Reading Old Diary Entries aux arrangements griffés 19ème siècle sur le piano et violon. Ascending and...Ascending fait entrer les guitares électriques et le don de composition, de création d'ambiances devient évident sur When Will You Collect Your Boxes?, au romantisme infini. She Sounded Friendly When She Called décore davantage l'écoute d'une ambiance proustienne délicieuse avant le final I'm Not Entirely Clear How I Ended Up Like This, victorien et victorieux avec ses trompettes, où Richard entonne 'victory is mine' avec délicatesse. Ce deuxième album rayonne de sentiments. La composition aux reflets classiques emporte dans une autre époque aux usages précieux, au caractère raffiné. Mon ressenti à la fin de l'écoute tourne autour du sujet du déracinement, du manque et de la nostalgie du pays, peut-être l'objet d'inspiration du génial I'm Not Entirely Clear How I Ended Up Like This?



Je reçois la semaine dernière le troisième album de notre ami irlandais devenu berlinois. Il porte le nom de Physics Is Out To Get Me et propose une pochette éloquente. A son écoute, et sur le champ, je constate que Michael Knight est toujours aussi chevaleresque.

Il y a du Kinks, Beach Boys, Harry Nilsson, Bacharach bien sûr dans l'ouverture Physics is Out to Get Me. Il y a cet esprit musical omniprésent, cette pop orchestrée avec finesse, actuelle et intemporelle. Des guitares format Dick Dale gambadent parmi les violoncelles et la basse gaillarde sur Clichés. Le chant arrangé formidablement avec les voix d'Andrea Augustin, Michael Cleare, Timothy Lalonde, Elisabeth Wood, Hannah Permanetter et Ambika Thompson, narre l'histoire d'un garçon plein de volonté pour visiter son psy. Le piano soft sur l'émouvante voix de Richie calme le rythme avec Blugh avant que reprennent les galops prestissimo sur Life Hacks #36 and #37, alternatif et approchant du psychédélisme. L'interlude Being and Snowthingness évoque la perte de conscience, de lucidité ; les harmonies laissent penser que Ritchie a écouté Syd Barrett. L'orchestration est de nouveau joliment à l'oeuvre sur Fright at the Museum dont l'interprétation est sincèrement écorchée, pleine de sensibilité, comme sur A Switch in Time, Leporine.



Puis on remonte en selle pop avec Miss Anthropy en faisant même des pirouettes, sur les arrangements ravissants et voltigeants ornés du saxo d'Anja Schiebold, du violoncelle de Hui-Chun Lin, du violon de Monta Wermann, du trombone de Robbin Langer et de la trompette de Steffen Zimmer. Enchainant avec Sure, Call Over!, les harmonies plairont aux amateurs d'Antony Rochester quand celles de Hang On, I Need to Count the Stops Again, au profil sixties efficace, séduiront les fans des Beach Boys grâce notamment au brillant Martin Petersdorf qui règne à la batterie sur tout l'album. L'interlude de douceur Goodnight Children est joué sur un piano gracieux, le même qui enchaine sur A Stoppard Fop is Right Half the Time, dansant, rond de fraicheur dans les notes et la mélodie agrémentée de tambourins. The Shit of Sisyphus termine ce magnifique Physics Is Out To Get Me avec un piano cabotin et romantique, la voix de Richie, touchante et mouvante. Richard Murphy égrène son savoir, son inspiration, tout le long de ses mélopées audacieuses où pour le projet Michael Knight il assure le piano, la guitare et la basse, compose, écrit, arrange et chante avec un charisme certain. D'une qualité incroyable, offrant des mélodies splendides, ce nouveau disque du 20 novembre figure dans le top 10 des chroniques 2015 sur Piggledy Pop.

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