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mardi 24 novembre 2015

Darwin Deez

Musicien new-yorkais, Darwin véhicule l'âme de Brooklyn avec sa singularité, son humeur et son groove. Ayant tâté le hip-hop quand il était jeune étudiant dans la fameuse Wesleyan University où sont passés les MGMT, l'artiste explore tous les styles musicaux et s'axe essentiellement sur l'electro-pop au beat endiablé. L'univers musical 'dance' de monsieur Deez se rapproche de celui de Phoenix. Son groove dynamite la scène indie-pop en 2010 offrant le single Constellations qui emballe tous les amateurs du genre à l'échelle planétaire. Le succès est fulgurant et le label Lucky Number peaufine le projet en magnifiques vinyles.



Pour mémoire, j'écrivais en 2010 : "Avec sa voix de crooner, pleine de charme, Darwin Deez débarque comme un extraterrestre. Musicien accompli, jouant de la guitare et composant depuis l'adolescence, il est de manière claire une valeur sûre de l'electro-pop. Il compose et enregistre les 13 titres de son album Darwin Deez chez lui sur ordinateur et micro. Il y a de quoi donner la chair de poule aux groupes qui pensent que le passage en studio d'enregistrement leur garantit une qualité supérieure et un disque de pro à la clé. Entouré de ses amis sur scène, Darwin Deez est excellent, efficace et méningé.

Ultra dansants, les titres se succèdent sans fautes, homogènes et ébarbés. Ce jeune new-yorkais est un phénomène cinglant d'humour, une sorte de comète qui balance des beats ignés comme sur par exemple Constellations et Radar Detector. Sa personnalité atypique et drôle m'a semblé évidente en flashant sur la pochette du disque. En l'écoutant, le lascar lumineux surprend, séduit, et cette dimension exceptionnelle se confirme. Il y a du Chemical Brothers, Phoenix, Adam Green, Ben Kweller et un peu même de Radiohead qui vient à l'esprit bien que son charisme munificent apporte une nouvelle (anti)matière au genre pop lo-fi."

La suite là : DarwinDeezPiggledyPop

Après Constellations, Darwin sort un deuxième single, tout aussi efficace, une petite bombe pop dansante qui lui offre l'opportunité de faire une tournée en Angleterre où sa renommée s'envole. Radar Detector ouvre la marche au troisième single Up In The Clouds qui annonce l'album Darwin Deez. L'artiste part assurer une tournée en Australie en 2011, suivie d'une américaine et une européenne. De retour à New-York, il compose en 2013 Songs For Imaginative People et annonce en septembre 2015 la sortie de son troisième album Double Down que je trouve excellent.



Difficile de rebondir après le soudain et immense succès de 2010. Il y a eu une période de flottement, de questionnement et ce que l'on attendait est enfin arrivé ; Darwin Smith alias Darwin Deez est inspiré, fertile, à nouveau spontané en proposant ce nouvel objet furieusement brillant. S'y retrouve son profil d'ado geek de jeux, de clopes, de skate. Son âme de gamin resplendit dans le tempo et les riffs de guitares parsemés de tendresse et de maturité amoureuse  Son style est toujours solide, sa personnalité illumine les thèmes et les mélodies comme sur Last cigarette où la légèreté flotte tel un nuage de fumée. La métaphore de la cigarette pour évoquer la dépendance amoureuse est énergique, vitaminée. L'auteur est à l'origine de tous les instruments, guitare, rythmiques, synthétiseurs, mixant et arrangeant ses mélopées. Son chant voltige, sensuel, donnant du beat en spirales lyriques. The Mess she Made en forme d'aveu de faiblesse est swinguant, sautillant, finalement plein de force et d'enthousiaste. Le style Deez, instantané et pétillant donne envie de monter aux arbres, de claquer des doigts comme sur la guitare rock savamment dévergondée de Lover où le musicien dégaine les mots, offensif et impatient. L'univers citadin et moderne, empreint de manies adulescentes, profilé bande-dessinée et jeux vidéo, revient fringant sur Time Machine dédié aux amis, orné d'un chouette rythme à la Beastie Boys.

Puis Bag of Tricks déroule des notes boogie, percutantes et suaves à la fois, superbement réalisées. Dans la foulée, Darwin enchaine avec Rated R, aux guitares électriques affûtées, au texte tranchant évoquant le cinéma violent 'I'm 15, I'm 15, You are Rated R, You're bad for me, but I'm happy, Holding hands, While the killer climbs a fence, With a gun between his teeth'. La chaleur revient illico avec la basse et les guitares polissonnes sur Melange Mining Co. Suit l'étincelant Kill your Attitude dansant, conjuguant énergie pop et arrangements sophistiqués des synthés. The Other Side garde le rythme de croisière au beat virevoltant, dans une ambiance sentimentale langoureuse, envoûtante comme sur Right when it Rains, réjouissante et fraiche. The Missing i wanna Do, romantique, stellaire et printaniere, termine l'écoute avec une basse sublime, mélodique, et la voix de Darwin pleine de grâce harmonique. L'album est rodé, fruit d'un travail fin de compositeur et d'arrangeur, d'inspiration touchante. Même si la pop y paraît synthétique, Double Down reste un album humain, vivant et vibrant. Darwin, égal à lui-même, apporte ses réconfortantes et habituelles pommes et étoiles, pour le plaisir des fans que nous sommes. Les mélomanes qui vivent à San Francisco peuvent aller se faire chouchouter les oreilles avec Darwin Deez ce soir, qui poursuit la tournée aux USA quotidiennement jusqu'au 13 décembre... Veinards!

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