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mardi 6 octobre 2015

Hafdis Huld

Tout comme ses compatriotes Benni Hemm Hemm, l'artiste Hafdis Huld, devenue récemment maman, tantôt brune tantôt blonde, nous offre un univers islandais à travers ses compositions qu'elle qualifie de 'cosy'. Principalement écrites avec sa guitare et son ukulele, accompagnés de piano, la rythmique n'est pas souvent dans la basse ou la batterie, mais dans la structure des chansons, les harmonies et l'interprétation. Dans cette atmosphère essentiellement acoustique, elle réussit à saupoudrer ses titres d'excentricité, de sourires et de fraicheur tout en revenant dans ses textes sur ses expériences passées. Née en 1979, elle intègre à 16 ans le milieu de la musique avec le groupe pop-electro GusGus. Quittant l'aventure en 1999 pour se consacrer à son projet solo, elle signe un premier album en 2006. Dirty Paper Cup, qui comporte 13 titres dont une cover du Velvet Underground Who Loves the Sun, est récompensé dans la foulée avec l'award islandais du meilleur album pop de l'année.

Hafdis part sur les routes européennes et américaines présenter son album. Présente sur les principaux festivals, Glastonbury, The Secret Garden Party (UK), Airwaves (Icelande), Hultsfred (Suède), Europavox, Les femmes s'en mêlent (France), Midnight Sun (République Tchèque), Spot Festival (Danemark), South by Southwest (USA), elle forme un groupe de musiciens qui l'accompagne sur scène : Sarah Croft, Alisdair Wright (son mari) et Steve Ling. Contrairement aux grosses cavaleries qui fabriquent du bruit, la troupe resplendit sur les plateaux devant des milliers de personnes avec seulement une guitare, un ukulele, un clavier, un banjo et un xylophone. Aimant faire des reprises de Lou Reed, Sam Brown avec Stop! et Creep de Radiohead, Hafdis Huld a un réel don pour la composition. Douée pour nous dévoiler son univers personnel avec pudeur et poésie, elle dissimule sa grande sensibilité et les évènements tristes de sa vie derrière un sens de l'humour croustillant et une espièglerie adorable. Cet esprit se retrouve dans ses mots, son chant et ses tenues, aussi colorées que son tempérament. En 2009, elle signe son deuxième album Synchronised Swimmers, qui gagne un beau succès. Le thème du sport y est décrit avec beaucoup de drôlerie, comme dans Kongolo, qui signifie 'araignée' en islandais et parle d'Alain Robert, le grimpeur français qui escalade montagnes et buildings.

Le troisième volet Vögguvísur sort en 2012, année de naissance de sa fille. L'album est composé de berceuses, de mélodies pour les enfants. Puis Home, ce somptueux quatrième album voit le jour en 2014. Après des albums de pop bondissante aussi fantaisiste dans le textes que délicate et faussement naive comme Ski Jumper ou Action Man, Homemade Lemonade, I Almost Know a Criminal, Robot Robot, ou encore Sumri Hallar, Hafdis nous propose un Home intime, avec un peu de tristesse, de nostalgie mêlées toujours à son caractère optimiste et rayonnant. Home est enregistré avec son mari musicien-compositeur Alisdair Wright, près de Reykjavik dans un endroit magnifique au milieu des montagnes, un chalet en bois qu'Hafdis décrit tel "un lieu magique et parfait pour écrire, enregistrer de la musique, cuisiner des gâteaux et élever une petite fille". L'album parle de ses expériences avec retenue et classe, sur des arpèges pop folk plein de charme et de tendresse, y évoquant surtout l'amour . Les participations d'autres musiciens montrent que la maison pour l'enregistrement de Home était joliment remplie. La composition signée du couple amoureux Hafdis et Alisdair est aussi partagée avec d'autres auteurs pour certains morceaux. La beauté musicale prend forme sur Sunrise, première mélopée écrite avec Ed Harcourt, aux touches de piano et cordes de guitare caressées avec douceur et finesse.



Queen Bee décrit un environnement très naturel, voire paradisiaque, où les arbres protègent les humains, avec cet homme qui met en place une armée d'abeilles et qui se trouve être en réalité le voisin protecteur d'Hafdis, un homme semble t-il adorable qui lui a fait cadeau d'un chien. La pluie de métaphores sur le paysage préservé est mis en exergue par la pureté du jeu et la limpidité du grain de voix. Le folkeux et trottinant Lucky composé par Hafdis et Tim Gordine précède le somptueux alternatif Home, composé avec Calum MacColl également producteur de l'album, grand musicien et fils d'Ewan MacColl et de Peggy Seeger. Home est inspiré d'un voyage en avion quand Hafdis en route pour rentrer chez elle, un peu malade parce qu'enceinte de quatre mois était pressée de retrouver Alisdair. Suit l'intime Wolf co-écrit ici avec l'artiste anglais Boo Hewerdine ex-The Bible, qui narre un mauvais souvenir, une vile rencontre imagée par le 'loup' sur un tempo marqué par le banjo. Treasures derechef avec la patte de Calum MacColl en collaboration avec Hafdis et Alisdair, parle aussi d'un moment difficile, celui de la perte d'un frère, le regret qui nous étreint quand on perd quelqu'un qu'on aime sans avoir su ni eu le temps de lui dire tout son amour. Empty eyes, magnifique balade qui monte en puissance souligne l'évolution des sentiments du bonheur à la colère avant un moment acoustique délicieux, presque enfantin, quand Little Light déroule ses notes de ukulele. Arrive le sautillant Pop Song co-écrit avec l'anglais Nik Kershaw, qui désormais se consacre à des chansons plus folk que ses succès des années 80 et cette reconversion lui réussit grandement. Never needed You, est une balade sublime qui sous une forme réservée dans arrangements humbles, un chant gracieux, mitraille des sarcasmes à l'attention d'un amour du passé. Puis Miss the rain composé avec Boo Hewerdine conclut avec une légèreté chatoyante et une particule d'humour qui laisse une impression très positive en fin d'écoute de Home ; Complet, magnifiquement écrit, arrangé avec une parfaite harmonie dans les instrumentations, les ambiances et l'interprétation fantastique d'Hafdis Huld. Je conseille vivement cet univers artistique, touchant et authentique que nous permet de découvrir le label new-yorkais Ok! Good Records.
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