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lundi 19 octobre 2015

Bitmap

'Bitmap' dans le domaine informatique, fait référence à la matrice de points qui constitue une image. Magnetic Fields, matrice de mélodies, de notes magiques et de rythmes fougueux est le nouvel album de Luke Barwell alias Bitmap. A sa première écoute, j'ai pris, comme on dit dans les journaux de rock du siècle dernier, une 'baffe'. Je suis une admiratrice du travail de sieur Barwell depuis des années, Musicality de Salako (son premier groupe) étant classé dans les disques favoris de ma discographie depuis 1999. J'aime les compositions de Luke Barwell parce qu'elles sont surprenantes, inspirées, toujours en avance sur l'époque et très mélodieuses. Le musicien a bien sûr des références, qu'il remodèle, malaxe avec son propre style, singulier et reconnaissable depuis 20 ans. Pour couronner son talent d'auteur-compositeur interprète, il est généreux, actif, fertile en partageant son savoir en tant qu'arrangeur et producteur d'autres artistes. Après Salako, l'artiste anglais signe sous le nom Black Dots et Bitmap.
Pour en savoir plus, vous pouvez vous télétransporter là : SalakoPiggledyPop
ou encore là : LukeBarwellPiggledyPop



Luke est avant-gardiste. Il mêle le breakdance, la pop sixties, le psychédélisme, la 'gentle electric', le hip-hop, la sunshine pop au son du 'computer', mot et idée qui reviennent en leitmotiv dans ses créations depuis 2002. Sans taper dans le style dithyrambique, je le glisse au même niveau d'ingéniosité et d'excellence dans la composition et la pratique musicale que Damon Albarn (Blur. Gorillaz. The Good, the Bad and the Queen) saupoudré du génie psychédélique de Syd Barret.
La fan que je suis depuis 15 ans est donc aux anges, privilégiée (certes pas rajeunie) quand je reçois le somptueux Magnetic Fields de Bitmap avant sa sortie officielle (pour bientôt!). Derechef, je suis séduite. Magnetic Fields est  un chef d'oeuvre pop, un coup de maitre joué en avance sur les autres, comprenant du dynamisme, de l'inspiration, de l'esprit contemporain et une musicalité en or. Car avec le son électronique qui personnalise Bitmap, on retrouve systématiquement en arrière plan des instruments, le son de la guitare, de la basse, du piano de Luke. Le bois vient systématiquement se marier au plastique. Ce parallèle intemporel se retrouve de manière fine et élégante également dans les textes que Luke écrit toujours avec brio.



Ce schéma est aussitôt traité dans le premier titre A long Time ago, qui commence par des notes synthétiques et se poursuit sur une pluie de guitares exaltantes et une rythmique mirifique. La voix, parfaite, en solo et en choeurs, nous emmène d'emblée sur les sentiers pop psyché qu'on poursuit en dansant sur Back To The Start, en se trémoussant sur ce groove dans les guitares électriques et dans l'harmonica endiablé façon Psychotic Reaction de Count Five. Saisissant, l'introduction lyrique de Captian, Won't You Help Me?, son accordéon et ses cordes majestueuses nous hissent dans des hauteurs pop psychédéliques hors d'un navire qui sombre, nous emmènent en voyage à dos de cygne sauvage survoler des océans mystérieux. Une cavalcade de cymbales fait groover l'atmosphère et propager de la soul, quand arrive le bijou Diamonds In The Fields qui électrise l'épiderme. Guitares, claviers, chant subtil et noble de Luke Barwell, ajoutés aux distorsions de l'harmonica offrent un instant de magie vaporeuse. Les effets 'cinquième dimension' continuent, galopants sur le fabuleux Hypnotize. La voix de cyborg sautille sur un moog disco qui ne calme pas l'envie de remuer et de décroiser tous les ligaments. Cette énergie se poursuit sur I Made a Big Mistake, au tempo bouillant qui accompagne des riffs de guitares gaillardes, des flûtes solides, une mélodie entêtante fort bien menée. I Threw My Life into the Sea, aux tambourins magnifiques, à la structure beatlesienne, enfièvre l'écoute. Les synthétiseurs se dévergondent avec une âme sixties dans les choeurs et la forme alternative.
Les harmonies incroyables montrent l'expérience et la maîtrise de Bitmap dans le genre psych-electro qui plaira aux amateurs de Jim Noir. Les textes tirés à quatre épingles, ornés de métaphores, sont romantiques, mutins, pleins de sens et de finesse comme sur I Will Show You The Door, magnétique et scotchant. L'oreille reste aimantée par la modernité de Let Me Spell It Out, puissant de guitares, de notes synthétiques, de tempo groovy, qui se mélangent et montent en puissance electro-rock. Memory Hole, orchestrée avec des cuivres, est un diamant psychédélique qui transporte dans une ère cosmique quand Misery Pot, aux clap-hands vigoureux et aux claviers stellaires, fait état d'un amour asséché et toujours de la mémoire à chérir, à conserver précieusement. This Stinking World entraine dans une spirale positive et optimiste quant aux sentiments amoureux, sous des rythmes chaloupés, une batterie offensive et des guitares qui partent à l'assaut. Wanna Make Time est solaire, farandole funky remplie de voix en montagnes russes qui précédent le joyeux son de clavecin et les choeurs turbulents ajustés aux cordes de You Cannot Steal My Heart qui conclut l'écoute majestueusement. Magnetic Fields est un album soigné de compositions et d'écriture où Bitmap offre des arrangements et des instrumentations malicieux et accrocheurs, à se procurer absolument dès sa sortie.
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