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dimanche 15 février 2015

Reichenbach Falls

Parce que mon petit doigt me dit qu'un album est en préparation (ce cher petit doigt ne mire pas une boule de cristal mais a simplement eu l'honneur d'écouter deux nouveaux titres qui sont en cours d'enregistrement), je vais d'abord parler de Reports of Snow, ce premier magnifique album d'Abraham Davies alias Reichenbach Falls. Son nom d'artiste vient, comme les amateurs de Sherlock Holmes l'auront reconnu, de l'épisode où Sherlock met en scène sa mort pour échapper à Moriarty. Ce choix de nom n'est probablement pas un hasard car Abraham, appelé Abe, écrit essentiellement sur l'amour, les déceptions et mésaventures auxquelles il tente de réchapper. L'artiste est un auteur-compositeur canadien, qui vit désormais à Oxford où il a fini d'écrire une poignée de chansons pour Reports of Snow, ayant déjà 6 titres dans sa besace au moment de son installation en Angleterre. Pour peaufiner le travail en studio, il s'entoure et invite une jolie clique de musiciens : Richard Neuberg (mandoline, guitare) et Robert McHardy (guitare) du groupe Viarosa, Ben Walker (clavier) dans les groupes Candy Says et Little Fish, Joe Bennett (basse et guitare) de The Dreaming Spires et Co-Pilgrim, Nick Simms (batterie) qui joue dans Viarosa et Cornershop, Rufus Thurston (choeurs, clavier et percussions). Il y a aussi Mike de Albuquerque (basse, guitare et clavier) dont le papa était bassiste de Electric Light Orchestra, qui est accompagné de son épouse, danseuse, sur la très belle vidéo de Risky.

Abe aime Josh Rouse, Elliott Smith dont il reprend Needle in the Hay, Ryan Adams, Bill Callahan, et écrivain, amoureux de littérature, ses influences nourrissent et impactent joliment ses compositions. Comme Drink & Drive dont le piano et la guitare nous plongent d'emblée dans son univers intimiste et délicat que je classe aux côtés de Mark Kozelek et de Eels. Sa poésie et son profil littéraire son présents dans ses textes métaphoriques qui nous offrent des couleurs, des paysages, des saisons, des époques. Sur The Best i Could, le gris de novembre est dessiné par le glockenspiel et le temps qui passe, le futur par les guitares groovy, sensuelles. Avec Stay home, Elizabeth Abe emprunte les sentiers sensibles de la séparation en parlant élégamment d'étoiles, d'anges et de la magie de noel pour décrire le schéma sado-masochiste d'une relation qui apporte autant qu'elle peut amputer quand elle se termine. Les arrangements alternatifs se marient à la perfection aux chansons, variées, mais homogènes et équilibrées pour entrer dans le cadre du concept album. In The Wreckage au chant voluptueux, au texte extrêmement touchant dont le décor hivernal est dans un décembre pluvieux est porté par les guitares et une mélodie émouvante qui séduira ceux qui fondent à l'écoute de Lloyd Cole. La batterie voltige pour accentuer la nostalgie et la mélancolie, expression retrouvée avec le piano de Under Their Feet où les voix sont spectrales. Puis Risky sort le tempo et la voix écorchée, envoûtante d'Abe faisant son effet en jouant avec les gammes et fluctuant sur la rythmique qui monte en puissance pour décrire une relation amoureuse à deux temps. Quand The Closed Colleges propose une once d'americana, là aussi les lobes d'oreilles frétillent et dansent sur l'orchestration brillante des claviers et des voix alliés. Blinded By The Flash invite à une balade sous l'orage, la pluie, la neige et dans la mémoire dévoilée par le climat . Sur Blessed Blush, l'esprit charmeur et romantique d'Abe réapparait via l'accompagnement de guitares habitées. Candles & Thread de 37 secondes précède le pénétrant In The Woods, puissant dans sa construction impressionnante, voix, guitare, piano et l'accordéon de Trevor Allan Davies, imagé par les mots et l'instrumentation, qui parcourent les côtes canadiennes, les landes écossaises où Abes a vécu et l'élégant sud de l'Angleterre, est représentatif de l'ensemble splendide de Reports Of Snow.
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