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samedi 31 janvier 2015

The Charlatans

Immense groupe de pop rock indépendante, The Charlatans fait parler de lui dans les West Midlands, de Manchester à Birmingham, dès 1989 en signant le single Indian Rope dont le titre The Only One I Know entre dans les dix premiers titres des charts anglais en 1990. Avec un style s'approchant de leurs collègues Dexys Midnight Runners, Happy Mondays ou de Blur c'est le bassiste Martin Blunt qui recrute le guitariste, chanteur Tim Burgess, le claviériste Rob Collins, le guitariste Jon Day qui sera suivi de Mark Collins et le batteur Jon Brookes pour signer l'opus Some Friendly en 1990. Dans une veine délicieusement garage, soul et R&B, la pop de pointure et de précision jouée par les anglais n'a depuis pas pris un poil de ride. D'ailleurs les groupes actuels qui s'échinent à faire le même genre de pop en ne réussissant qu'à obtenir qu'un dixième de son comparable prêtent à sourire. Après 25 ans de carrière, tumultueux, vraiment rock'n roll, parfois dramatiques, The Charlatans est là et bien là encore avec Modern Nature paru le 26 Janvier 2015.

Mark Collins intègre la formation en 1991. En 1992 sort le deuxième bijou, Between 10th And 11th, ici encore fort contemporain, psyché et détonnant de rythmes, de guitares et claviers sensuels qui pourtant ne connait pas le succès mérité. Cette période est un peu tendue pour le groupe, dont le claviériste Rob Collins sera emprisonné 4 mois pour complicité de cambriolage et détention d'arme illégale. L'histoire dit que Collins aurait attendu le cambrioleur dans la voiture pendant l'attaque sans savoir ce que son ami s'apprêtait à faire. Ne restant pas fixés sur les chiffres de vente du second album, Collins ayant purgé sa peine, les musiciens reviennent en 1994 avec Up to Our Hips. Cette fois, le public accueille dignement le disque qui de nouveau apparait en tête des charts et passe en boucle sur les radios toute l'année 1995. Cette reconnaissance booste The Charlatans qui repart en studio pour enregistrer Tellin' Stories. Un terrible et tragique accident de voiture emporte Rob Collins âgé de 33 ans en juillet 1996 alors que le groupe termine l'enregistrement . Il avait contribué à presque la totalité des chansons, enregistrant ses parties magiques, modernes voire avant-gardistes de claviers, orgue, mellotron et choeurs qui seront présents de manière posthume sur Tellin' Stories à sa parution en Avril 1997. Les Charlatans sont choqués. Martin Duffy, des Primal Scream qu'ils connaissent depuis des années vient aider pour finaliser l'enregistrement et sur scène pour les accompagner dans leur tournée comme pour le concert de Knebworth avec Oasis, prévu une semaine après la disparition de Rob. Le groupe assure son show et même traumatisé, y brille aidé chaleureusement de 100000 personnes qui les acclament. Martin le bassiste dira après ce concert "Nothing was dedicated to Rob Collins because everything would be dedicated to him".

The Charlatans sont plus inspirés que jamais et continuent d'écrire, signent Us and Us Only en 1999, plus folk et country sous l'influence de l'admiration que porte Tim à Bob Dylan et Wonderland en 2000. Ils jouent au Royaume-Uni, dans le reste de l'Europe et aux USA, gagnent en renommée et les disques d'or abondent. En 2004 Up at the Lake ne remporte pas trop de succès et ne paraitra d'ailleurs jamais aux Etats-Unis. Tony Rodgers aux claviers (depuis 1997), Tim Burgess au chant, guitare, harmonica, et melodica, Mark Collins à la guitare, Martin Blunt à la basse et Jon Brookes à la batterie opèrent un changement de style en 2006 avec Simpatico, plus dub et reggae. Pendant l'année 2007, The Charlatans est présent sur scène pour une flopée de concerts, partageant l'affiche avec les Who et Rolling Stones jusqu'à la sortie du dixième album, et pas des moindres, en 2008, You Cross My Path. Avec brio, le groupe offre un album moderne, plein de sonorités, riche en arrangements et sublime sur le plan de la composition qui groove avec ampleur. Le chant de Tim Burgess est toujours impeccable, sa voix inchangée est toujours là, puissante. En 2010, parait le flamboyant Who We Touch, encore plus groove, pop psychédélique à souhait, arrangé de violons, de claviers délurés et de la basse resplendissante de Blunt. Comme un mauvais sort qui s'abat sur eux, Jon Brookes en Septembre 2010 s'évanouit sur scène lors d'un concert, le diagnostic annonce une tumeur au cerveau. Il décède le 14 Août 2013 quand The Charlatans s'apprêtent à enregistrer Modern Nature en laissant comme remarque sur leur site "How to stay motivated in the middle of a cold, damp Cheshire February, in a building full of memories, with no record label, and just a few sketches of songs from aborted recording sessions the year before? The Charlatans did what they always do. They dug deep, and searched for soul." En octobre dernier était offert un concert au Royal Albert Hall en mémoire de Jon Brookes, live touchant de ses amis Johnny Marr, New Order, The Vaccines, The Chemical Brother, Liam Gallagher.

De l'âme, il y en a à ras bord sur Modern Nature qui est pour ce début d'année l'écoute qui me parcourt l'épiderme de frissons. The Charlatans et leurs 25 années de bonheur, de tragédies, ne peuvent pas être meilleurs que sur ce nouvel album. On y trouve la maturité, leur esprit novateur, la sagesse, la folie, un foutu groove, orné de psychédélisme et d'une pop, solide et performante. Talking in Tones ouvre le bal avec une rythmique suave, un clavier splendide, la basse magnifiquement inquiétante, la voix de Tim superbement froide, dans l'esprit du thème de la chanson. Puis So Oh et la guitare de Collins, l'orgue et le chant posé, sur un rythmique percutante offre un bouquet de notes pop accrocheuses qui rappellent les mélodies britpop des 90's. Les arrangements et la mélodie de Come Home Baby qui sonnent immédiats et spontanés sont progressifs, étudiés faisant fusionner du shoegaze, de la soul et de la pop. L'absence d'un ami est évoquée sur le mélancolique Keep Enough, poignant, avec ses paroles qui évoquent le passé pour rebondir et avancer "Remember where you were yesterday", tout comme sur In The Tall Grass "Felt free in the tall grass, Letting go of the past" mis en beauté par l'élégance de Tony Rodgers qui excelle à l'orgue et aux choeurs. Le psychédélisme sensuel, la rêverie comme le chante Burgess sont aussi superbement présents sur Emilie, mélopée qui bombe le torse avec les guitares beatlesiennes et la voix de Burgess, parfaite. Puis Let The Good Times Be Never Ending, morceau incroyable, vient nous cueillir pendant 6 minutes, dédié à l'ami Brookes, émouvante, groovy et dansante. I need you to know, où l'on sent là aussi la douleur et le chagrin ne tombe pas pour autant dans la complainte ou la sentimentalité. Courageux, The Charlatans regarde le futur en jouant les nuances dans les guitares qui se frottent à la batterie mutine, volontaire comme sur Lean In, rock et jubilatoire dont les choeurs intarissables entonnent "just because we know where we're going". La production y est étincelante, rien n'est à jeter, les titres qui s'enchainent sont beaux. Le groove de Trouble Understanding qui est dans la veine d'un Primal Scream ou d'un Blur, démontre encore une fois l'inventivité, l'inspiration des Charlatans, qui balance de réelle petites bombes dans un montage orchestré aérien fort stylé. Pourtant derrière une mélodie optimiste, la fragilité de la vie est soulignée avec délicatesse "Another minute, And it could be, A different ending, Another second, And it’s gone". Lot to say, ballade qui virevolte et laisse des questions en suspens se pose logiquement comme dernier titre de l'album, homogène, sublime. The Charlatans a la reconnaissance et la presse dans son camp pour Modern Nature qui incontestablement, est un album abouti, émouvant, artistiquement remarquable dont la qualité est évidente.
Je conseille aussi l'écoute de l'album solo de Tim Burgess Oh No I Love You, dont les textes sont signés Kurt Wagner des Lambshop et qui est concocté avec R. Stevie Moore avec aussi les musiciens de Factory Floor et My Morning Jacket.
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