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dimanche 26 octobre 2014

Jean-Louis Murat / Babel

Autant Piggledy Pop oeuvre pour faire découvrir de nouveaux groupes, autant le blog peut évoquer des astres, des maitres absolus de la composition et de l'écriture comme Jean-Louis Murat. Mes conseillers particuliers, dont l'un a l'ADN auvergnate, autant dire que les émotions de son "siège", surement les plus réelles, les plus pures de toute l'assistance ont dû la survoler et atteindre la scène, sont allés le voir à l'Olympia le 23 septembre dernier me vantant le charisme impressionnant de Monsieur Murat. Leur avis extrêmement enthousiaste, mon souhait de faire un billet sur l'artiste depuis un moment et la sortie le 13 octobre 2014 du bijou Babel, m'amènent à prendre la plume. Connaissant très bien les truites des grands moulins, les myrtilles du Sancy, la poudreuse de Chamablanc, les loups légendaires des bois de Murat, ma plume ne trempera pas dans le sentimentalisme mais sera très certainement imprégnée de sincérité. Car pour ceux qui ont la chance d'être là-bas, les 20 titres de Babel sont un cadeau. Pour les autres, c'est un chef d'oeuvre de finesse d'écriture, de poésie, de lyrisme et de rock à découvrir absolument. Jean-Louis Murat est l'auteur compositeur français qui domine les autres depuis des années tant ses mélodies majestueuses, ses textes littéraires, sa musicalité poétique et sa voix, incroyablement ronde de subtilité, émouvante et finement maitrisée le distinguent du misérable imbroglio musical français, essentiellement proposé par les gros labels (gros et gras d'esprit avec un maigre sens des valeurs esthétiques) soutenus souvent, ça va de pair, par de médiocres médias. La jolie rebelion de Murat face au système économique de la musique gangréné depuis les années 80, lui a valu une renommée qui avec le recul était malséante. Aujourd'hui, il est évident qu'il avait raison de batailler au détriment quelquefois de sa carrière. Cette belle intégrité s'entend dans sa musique, à la fois constante par sa qualité au travers des décennies mais aussi riche de sa parole, de son tempérament d'acier qui protège une âme de poète. Cette personnalité solide et ce coeur tendre se retrouvent intraséquement sur Babel. Je ne reviens pas sur ses tueries d'albums passés signés par cet enfant du musée de la Toinette qui grandit en taillant du salers avec son laguiole, mordant à pleine dent le pounti, et me consacre qu'au récent sublime Babel, dont le titre vient du petit village Saint-Babel, qui vivifie l'album du maestro bourboulien d'une veine autobiographique.

Ouvrant Babel l'offensif Chacun vendrait des grives et sa volée d'instruments, est orchestré avec la présence de The Delano Orchestra. La guitare électrique et la batterie au galop, pourraient accompagner un départ en croisade magnifié par les trompettes, le banjo et les choeurs. The Delano Orchestra est un groupe clermontois qui par sa présence à l'enregistrement, aux arrangements et aux côtés de Jean-Louis Murat sur scène, accentue le profil très intime, originel et personnel du disque. Leur alliance naturelle, viscérale, de leur amour commun pour l'Auvergne offre un résultat mélodique grandiose. L'ensemble de musiciens The Delano Orchestra est composé d'Alexandre Rochon (guitare, banjo), Julien Quinet (trompette), Guillaume Bongiraud (violoncelle), Matthieu Lopez (guitare électrique), Christophe Pie (batterie), Thomas Dupré (basse), signe un premier album en 2008 chez Alienor dont je parle dans mon billet sur Pierre Bondu, puis signera depuis quatre albums choyés par le label auvergnat unique en son genre en France par son apanage, Kütu Folks Records. Toujours pour rester local, Chant Soviet offre la présence de deux personnalité : la chanteuse de Cocoon, Morgane Imbeaud, qui a déjà travaillé avec Murat sur l'album Charles et Leo, textes de Baudelaire, musique de Léo Ferré et un ami de Murat qui lui rend souvent visite au coeur des monts auvergnats, le compositeur et guitariste d'Elysian Fields, Oren Bloedow qui vient jouer sur le titre dansant, dont les rythmes chauds des cuivres, des guitares et de la basse, contrebalancent avec le froid de l'Arctique et de la Taiga. Puis j'ai fréquenté la beauté dont la vidéo a été réalisée par Alexandre des Delano, débarque avec ses couleurs, ses animaux, ses parfums, ses frissons sur la route de la Tour avec un Jean-Louis Murat dont la voix cristalline danse le menuet et prend autant de courbes et de lacets. Ces virages mélodieux continuent dans le chant sur Blues du cygne et sont subtiles, groovy, sensuels sur les trompettes friponnes, une orchestration délicieusement bluesy, fleurie de clap hands et des arrangements divins de Christophe Pie. Dans la direction du Crest, chevaleresque et langoureux offre une mélodie touchante sur un texte plein de métaphores que seul Murat réussit en personnifiant les lieux, la nature, leur donnant de l'"hémoglobine" qui coulerait, jusqu'à Saint-Léger, si on y touchait.

La chèvre alpestre propose une rythmique taquine pour raconter l'histoire d'un homme qui a perdu sa chèvre avec toute la moquerie et badinerie du poète qui nous emmène et on le suit. Le tempo marqué et calibré mitraille des cuivres rock'n roll sur Qu'est-ce qu'au fond du coeur, les oreilles bondissent, plongent, complétement immergées par la basse, la batterie et le clavier psychédélique d'Alexandre qui "livrent toujours bataille". Puis Les Ronces commençant par les paroles de la ronde enfantine écrite en 1753 par Madame de Pompadour, "Nous n'irons plus au bois" rappelle avec la suite des paroles le lien fort qu'unissait Jean-Louis Murat à ses grand-parents, évoquant le loup à pister sur la neige, le ruisseau des grands moulins, le sioule, le vendeix, le passé, les allemands...et les souvenirs qui prennent la forme de poison, de ronces. Mujade ribe, voluptueux et charnel, monte en puissance avec l'orchestration qui ondule pour évoquer "la Dordogne qui remonte" comme celle qui traverse le Mont-Dore, longe le Puy de Sancy et si bien mise en musique par Murat qui manie les mots en les déposant délicatement sur les notes, tel un magicien. Vallée des merveilles est une ballade dansante, à l'ambiance légère menée par un tempo suave, pour parler de fruits, d'animaux, de la fameuse hirondelle si chérie par l'auteur pour être divinement tranchant en décrivant les dérives humaines. Le jour se lève sur Chamablanc ramène si joliment les souvenirs du petit Jean-Louis Murat au vendeix où le blé était à faucher, aux genets, à la rhubarbe à couper, Martin et 'le Pierrot' sur le violoncelle subliment mélancolique et le clavier habité pour un thème qui brille de souvenirs. Neige et pluie au Sancy est une cavalcade de sons un peu country avec le banjo pour essuyer quelques boutades de la part du climat. Ici le tempo guerrier va comme un gant à la plaine brulée qui peut être rugueuse et brutale, ce qui constitue toute sa grandeur et sa beauté. Col de Diane poursuit sur le thème de la mystique Auvergne, avec les voix qui se lient à la trompette et au violoncelle pour décrire la chasse, le diable, le chateau de Murat..."faut pas y compter", avec son auteur qui lance des particules de notes en jouant avec les mots, les triturant, les caressant pour nous délivrer un texte là encore, princier. Noyade au Chambon, émouvant avec son château, les guitares, la batterie, les sujets fluides évoqués avec classe et orchestrés avec élégance, pour dépeindre une noble ambiance volcanique. Tout m'attire est une chanson marquante qui reste en tête sur un sujet amoureux, une rythmique et des cymbales éfficaces. Frelons d'Asie enroulée par le chant sublime de Murat, accompagné par Morgane, avec les arrangements de cuivres et de cordes de The Delano Orchestra qui tournoient sur un texte métaphorique parlant joliment de la décadence, est suivi de Long John qui nous embarque sur les eaux, en ballade sur un navire avec la guitare acoustique splendide, le chant de Morgan tel celui d'une sirène allié au violoncelle et à la mélodie prodigieuse. Les instruments se déchainent sur la voix superbe et dansante de Murat qui offre un texte magnifique, romantique, poétique, rempli de tendresse, de lait, de violettes. C'est empli de cette Auvergne si belle et majestueuse, de la complicité émouvante entre Jean-Louis Murat et ses grand-parents que se termine Babel sur le swing guilleret de la basse, de l'orgue, de la trompette voltigeants pour finir au Camping à la Ferme qui est savamment mordant ...Enfin et quelle belle inspiration, le vingtième titre Passions tristes, boogie avec ses flûtes, son style alternatif de génie où toute la joyeuse clique auvergnate chante en choeur pour conclure un Babel taquin, canin, flamboyant et dansant, hautement rythmé par les Delano Orchestra et par les mots griffés Jean-Louis Murat qui nous compose là un album qui fleure bon le Pays. Merci !
JeanLouisMurat