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jeudi 24 juillet 2014

The Shilohs

J'ai eu un coup de coeur pour The Shilohs en écoutant leur premier single de 2012 Private Lives où piano, chant, texte, tambourin, batterie et guitares sont un régal de sons. Les harmonies dosées, les mélodies en béton, l'interprétation chevronnée et la poésie en filigrane me séduisent autant que les Hal ou Bigstar. The Shilohs est un quator de Vancouver qui sonne équilibré dans le chant et ses choeurs sixties, techniquement solide et artistiquement inspiré, armé de guitares et claviers. La rythmique rutilante est assurée par Ben Frey. Les trois autres, Mike Komaszczuk au piano, guitare, Dan Colussi à la basse et guitare, Johnny Payne à l'orgue, piano et guitare, chantent et se partagent l'écriture. A leurs côtés, une armada d'amis vient participer aux enregistrements des deux albums So Wild de février 2013 et The Shilohs, croustillant dehors, moelleux dedans, sorti de la presse le 13 mai 2014.

Pour So Wild, c'est Mike Komaszczuk et Johnny Payne qui sont à la composition et écriture avec Adam Horn qui vient jouer du piano sur les titres Man of the Times, LA, et This Is Vancouver Music accueillant aussi le saxophoniste Aaron Cumming. Un autre saxo est invité sur International Appeal tenu par Noah Becker. Quand Get Ready Now et son tempo endiablé, dansant arrive aux oreilles, c'est un dancefloor années 60 qui vient à l'esprit et des paroles pleines de références de l'époque "The table kept turning round, But listen to Dylan Clark, It's an old, old, old lovers' song." L'influence des Beatles y est vive. Sister Rose confirme cette impression, chaloupé et flottant, impressionnant dans les arrangements sixties, avec une basse fulgurante, une guitare mordante, des tambourins qui taquinent drôlement. La composition alternative continue avec le piano de Adam sur le swing de Man of the times, bijou signé par Komaszczuk qui nous emmène au pays des merveilles pop. Puis Payne griffe son groove sur TV Action Jazz avec son chant langoureux, qui alterne avec des notes rock et jazz rugissantes quand LA déboule en évoquant le départ, le voyage sur les voix de Mike et John qui co-écrivent cette pépite digne des Kinks avec une maitrise de la production et l'art d'écrire une chanson, en adéquation. Little Valentine, virevoletant précède les guitares electriques et le chant stylé, offensivement charmant de Airliner Man avec Soderberg aux arrangements et à l'écriture. Puis le puissant The Place where Nobody knows I Go sort batterie, guitares éclatantes et le clavier profilé sixties, aussi déluré que l'harmonica pour une déclaration d'amour enchainant sur le langoureux Over and Over au boogie sentimental. International Appeal remet en scène le tempo et les guitares rock energiques, le saxo de Becker, souverain. So Wild finit dans l'intimité soft du tambourin caressé de You Don't Call Me Darling Anymore.

L'imagination fertile et le Lennon dans la voix de Johnny Payne et de Mike Komaszczuk reviennent sur The Shilohs sorti il y a deux mois qui attaque avec Student of Nature. Le décor est planté avec le style pop, la présence de violons avec Michael Fraser, Stephanie Chatman, Elliot Vaughan, Adrienne LaBelle et du violoncelle de Michelle Faehrmann, les choeurs fleuris cette fois de voix féminines, Olivia Fetherstonhaugh, Larissa Loyva et Caitlin Gilroy. On devine une cascade d'amis venant participer à l'enregistrement du bébé. Les esprits des Byrds visitent les musiciens dans la création. Les textes qui égrènent l'amour, les relations romantiques, le voyage, roulent et zigzaguent en osmose avec les harmonies. Le moins que l'on puisse dire est que le label Light Organ Records a eu un sacré flair. Ordinary People signé Mike Komaszczuk est habité, tout comme la précèdente écrite par Johnny Payne quand surgit Champagne Days, réelle merveille pop composée et écrite par le bassiste Daniel Colussi qui n'hésite pas à balancer de joyeux "pa pa pa pa" sur l'orgue vigoureux aux manettes de sa soeur Anya Colussi (membre du groupe Spoon River) et de la batterie bondissante de Matt Skillings.

Puis Payne nous offre un titre excellent et évident avec ses inflexions de voix sensuelles qu'il ressert dans Strange Connections. Les rythmiques tambourinent sur les guitares incisives à souhait, là aussi groove et boogie s'invitent sur des choeurs sixties fougueux. Toujours du même auteur qui brille à la guitare, Folks on Trains poursuit la balade romantique musicale où Matt Skillings à la batterie mène la danse, accompagné du saxo de Haig Morrison et du piano d'Adam Horn. Puis le style décoiffant de Michael Komaszczuk revient au galop avec Palm Readers qui crée avec son envergure, sa personnalité une nouvelle ambiance plus granuleuse et typée. Les deux talents de compositeurs de Michael et de Johnny, de guitaristes, unis à Daniel Colussi et Ben Frey forment un patchwork Shilohs à l'image de la pochette d'album, exquise. Cette variété, complémentarité et échange d'inspirations se marient parfaitement à Porch Light, écrite elle de la main de Christopher Gaudet. Bless Those Boys, stellaire et planante, sort le mellow et les violons avec dextérité. Les harmonies sont ficelées et arrangées finement comme sur Down at the Bottom of Bottomland, là encore, pépite de Daniel Colussi avec sa guitare poppeuse qui ne décroche pas de l'oreille accompagné par Anya. Queen Light Queen Dark dévoile un Johnny à l'univers proche de Dylan et de Lou Reed, une énergie dans le ton et le thème qui donne des frissons. Michael Komaszczuk offre violons et guitares stylées REM pour le dernier magnifique titre, Days of Wine. Avec une production de qualité, l'album The Shilohs qui mêle talents et mélodies volcaniques est à classer dans sa discographie.
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