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dimanche 15 juin 2014

Lloyd Cole

Il y a un an, le 21 juin 2013, Lloyd Cole offre Standards, le dixième album signé de son nom car l'auteur- compositeur interprète anglais, écossais et américain, se fait connaitre en commençant sa carrière en 1984 avec les Commotions. Né en 1961 dans le Derbyshire, il entend à la naissance de son frère Adam pour la première fois les Beatles, puis Bowie et T-Rex. Plus tard, ses parents deviennent Steward d'un club de golf où le jeune Lloyd parfait son swing au point, des années plus tard, d'élever son niveau à l'handicap 6 parcourant les tournois internationaux. L'adolescent de 13 ans, passionné de golf, lit de la science fiction, découvre le punk, pique un raining-coat à sa mère qu'il ruinera en le trouant de pins. A 16 ans, il joue de la basse et chante dans le premier groupe punk rock qu'il fonde au lycée et suit en 1979 ses parents qui déménagent à Glasgow. Là il découvre le Velvet Underground et étant brillant en littérature, il est accepté à l'université de droit de Londres où il part à 19 ans pour finalement réaliser que le droit n'est pas aussi attirant que le cosmopolite "london", les cigarettes menthol, les petites copines italiennes et les concerts où il passe tout son temps. Ian Curtis meurt et le jeune Lloyd est inspiré, écrit plein de chansons, se produit seul dans des bars où il n'y a pas de public mais il n'en a cure et poursuit à 20 ans des études de philo à Glasgow en écoutant Al Green et Orange Juice. C'est à cette époque qu'il rencontre son ami Blair Cowan, avec qui il jouera en duo dans des bars à nouveau des mélodies dans la veine de Soft Cell avant de mettre en place leur groupe The Casuals. Les deux musiciens rencontrent alors en 1982 le guitariste Neil Clark et l'aventure Lloyd Cole & The Commotions démarre sur les chapeaux de roue avec Are you ready to be heartbroken? L'été 1983, Blair et Lloyd quittent l'université pour tenter la musique de manière professionnelle et l'hiver 1983 sortent Perfect Skin et Forest Fire. Lloyd au chant, composition, écriture et à la guitare est entouré des Commotions, Blair Cowan aux claviers, Neil Clark à la guitare, Lawrence Donegan à la basse et Stephen Irvine à la batterie quand il signe en 1984 chez Polydor Records l'opus Rattlesnakes, qui sera disque d'or.


Fan fidèle, j'ai vu Lloyd Cole en concert maintes fois, qu'il vente qu'il neige, qu'il y ait des grèves, j'y vais en avion, avec l'Eurostar, en taxi avec toit ouvrant les jours de pluie écossaise, biensur. Avec les Commotions il y aura 3 albums avant leur séparation en 1989, Rattlesnakes donc, Easy Pieces et Mainstream, produit par Ian Stanley, le clavieriste de Tears for fears. Le groupe split mais reste immuable et lié, comme il le prouve (et j'y étais!) en jouant en 2004 pour fêter les 20 ans de Rattlesnakes au Hammersmith Apollo de Londres. Lloyd décide d'arrêter et part à l'automne 1988 s'installer à New-York où il laisse pousser ses cheveux, ne se rase plus, joue au poker et au billard, vit la nuit..jusqu'à ce qu'il rencontre Elizabeth Lewis qu'il épouse un an plus tard et avec qui il aura deux bambins, William né en 1992 qui suit les traces de son père en jouant de la guitare sur Standards, mais aussi en lançant à New-York son propre groupe en 2013 nommé BFA (bachelors of fine art) et son deuxième fils Franck nait en 1999.

Lloyd Cole continue d'écrire en 1990 et 1991, parfois avec Blair Cowan, et signe son opus éponyme, puis le pop orchestrale Don't Get Weird on Me, Babe, arrangé par Paul Buckmaster qui travaille avec les Rolling Stones et Elton John. Lloyd fait aussi appel à Adam Peters, violoncelliste et pianiste, qui mixe l'album et arrange Butterfly ou encore Bad Vibes de 1993. Lloyd Cole établit un studio chez lui, travaille énormément à ses chansons et ses poèmes, signe en 1995 Love Story avec son titre Like Lovers Do qui se classe premier du Top of the Pops. En 2000 il y aura la jolie collaboration avec The Negatives, et Jill Sobule. Lloyd, qui apprécie le travail en équipe, poursuit la belle aventure en s'entourant en studio de Adam Schlesinger des Fountains of Wayne et Ivy, de Michael Kotch, Jill Sobule, et le producteur des Smiths, Kaiser Chiefs et de Blur, Stephen Street. Côté commercial, Lloyd se lie d'amitié avec Aimee Mann et Michael Penn pour lancer "United Musicians", une cooperative de e-commerce, une plateforme alternative pour vendre leur musique. Lloyd signe deux albums magnifiques cette même année Plastic Wood et Etc. En 2003, c'est la parution du génial Music In A Foreign Language. L'artiste évoquait déjà sa passion de la littérature avec les Commotions, mais se dévoile également en tant que poète en solo. Le gentleman de la pop est un passionné. Ses passions sont belles et exigentes, le golf, la musique, la peinture, la poésie, le cinéma, la littérature et ses écrivains, et nomme souvent ces références dans ses textes, Simone de Beauvoir, Norman Mailer, Eva Marie Saint, Joan Didion, Flannery O’Connor, Kazan, Jarmush. Presque sur chaque album, le très cultivé rockeur s'offre une reprise de musiciens qui l'inspirent, Bob Dylan, Leonard Cohen, Nick Cave, Television, Kraftwerk, Burt Bacharach, M.Ward, Marc Bolan, Moby Grape, Lou Reed, Beatles, Kinks, Pet Shop Boys, Human League, et même ACDC.

Après Antidepressant de 2006 et Broken Record de 2010, l'élégant Lloyd Cole revient en 2013 avec sa constance dans l'écriture, sa ferveur dans la création de mélodies, de ritournelles pleines de guitares éléctriques jouées par Lloyd et William Cole qui participe à l'album familial. Standards ressemble en tous points au travail de son auteur ces trente années, romantique, rock, nostalgique et convaincant. Son ami d'université, co-auteur et clavieriste Blair Cowan est derechef de l'aventure. California Earthquake, reprise de John Hartford, musicien et compositeur américain mythique qui joue avec les Byrds, Glen Campbell, et sur la BO de O'brother des frères Cohen qui lui vaudra un Grammy, ouvre le bal avec ses guitares aiguisées. La rythmique rock assurée par les compagnons des Commotions qui font partie de la famille, le batteur Fred Maher et le bassiste Matthew Sweet, continue sur le dansant Women's Studies qui évoque la jeunesse "I'm drinking tea, Taking unpaid leave from my Women's Studies, uh huh Hiding up here in the library, With The Great Wall Of China, If Josef K was from Edinburgh And Fast Product from Prague, That could have been kind of funny, Or maybe not that funny at all. We were young and we were stupid And it was fine while it lasted, To complete my education, I had to wake up in your bathtub".

L'ambiance nostalgique se poursuit sur Period Piece où papa Cole est avec son fiston William, qui apparait dans la vidéo du titre et en plus d'être lui aussi musicien, d'aimer lire des comics, sa ressemblance avec son père arrivant à New-York il y a 25 ans est frappante. Puis Myrtle and Rose, mélodique et poétique vient se poser légère comme une plume sur le disque, parlant d'un rendez-vous amoureux comme sait si bien décrire Lloyd Cole. Son amie Joan Wasser alias Joan as Policewoman qui vient jouer de la guitare et chanter sur Broken Records, avec qui Lloyd fait partie du collectif Grammercy Arms (j'en parle là: GramercyArms) est de l'équipage Standards en jouant au piano. No Truck enchaine avec ce délicieux sens du sarcasme et de la délicate ironie, nous emmène en balade, sur les routes, dans les montagnes, à la mer, pour chanter l'amour facile des motels, asséché d'émotions. L'excellent Blue Like Mars, offensif, puissant de rythmiques, écrit dans la veine de Kerouac ou de Camus, expose les êtres sans scrupules "freedmen and glorioles", "How could a god create a beast so low", "Brokers and lawyers in the back rooms, Briefcases filled with profane sums", est arrangé avec une certaine amplitude dans les guitares affûtées et tranchantes, à l'image de l'esprit pétillant du musicien. Lloyd chante avec la même fougue et le même entrain, sa voix sagace et énergique décrit un amour impossible sur Opposites Day. Silver Lake, où Lloyd écrit "I don't have a second heart to break" est velvetienne, voluptueuse, tout comme sur le folk It's late, dont le thème est l'amour futile, le bonheur de coin de rue "I went looking for the devil's daughter, Found you sitting in this old saloon, Just exactly where the hotel porter told me, If you're looking for trouble, tonight" synonyme de solitude "It's late and I don't want to be alone". Le style introspectif de Kids Today tend à penser que Lloyd Cole fait un bilan de sa fureur de vivre juvénile d'il y a 30 ans et se moque des vieux aigris d'aujourd'hui qui se plaignent des jeunes "We're juvenile delinquent wrecks, I know With our Heavy Metal comic books, And our rock'n'roll We wear red leatherette, We'll be burning churches next...With their safety pins and nihilism...What is this noise? And how are we to tell the girls from boys? We've got amplified guitars...There is nothing wrong with kids today Queens Of The Stone Age, I love your Vivienne Westwood shirt, Why won't you let me wear it?". Le mitraillant, le pugnace Diminished Ex avec ses guitares éfficaces et son chant expressif, conclut l'écoute dans un style proche de celui de Bob Dylan qui, via son décomplexé Tempest, inspire Lloyd Cole dans la création de Standards. L'album est brillant de tendresse et montre un père qui passe le relai à son fils, parlant avec lucidité de sa jeunesse sur des compositions arrangées et orchestrées dans le sillage des Commotions, rock, pop, amoureux, poétique et émouvant, toujours du grand Lloyd Cole !
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