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mercredi 12 février 2014

Richard Lewis

Auteur-compositeur anglais exilé à Paris depuis cinq années, Richard Lewis offre deux albums en 2011 Postcard et Untitled dont nos compatriotes de la butte montmartroise devraient être fiers. Les deux disques sont des carnets de voyage du musicien qui a traverser l'Asie et a posé ses bagages dans différents points du globe. En 2012, il compose et écrit le très inspiré et sculptural album You are Here, accrocheur et attirant joué dans une veine pop, folk, ou jazzy et habillé de violons, de banjo, de basse, flûte et trombone, et toujours l'union réussie de la guitare et du piano. Richard Lewis lance son propre label Louba Reve Records et y signe deux autres projets que les siens comme ceux de Brian Wilshere, compositeur classique qui propose Music for Percussion and Piano en 2013 puis récemment, Chamber Music, travail génial de musique classique contemporaine. 

Les morceaux de Richard Lewis sont variés, colorés comme son Postcard qu'il décrit ainsi dans une interview "En m'installant en France, j'ai trouvé qu'il existait une carte postale de ma propre maison à Montmartre. J'avais envie de l'envoyer à mes proches en Angleterre. Mais il n'y a pas la place sur une carte postale pour exprimer tout ce que je ressentais à ce moment. Le projet s'est donc étalé un peu. En même temps, je suis fasciné par la capacité des gens de ne pas dire tout ce qu'il y a à dire. Même quand tout dépend de ça. J'ai donc fouillé dans ma boîte à trésors et j'ai rassemblé les passages les plus banals des cartes postales que j'aurais reçues, au fil des années, des gens que j'aime. J'ai ensuite filmé mon quartier. Même en multimédia, ce "postcard" n'a toujours pas la hauteur de mon sentiment. La carte que j'envoie dans la vidéo, elle est arrivée finalement chez un ami anglais, en exil aux Etats-Unis et quelque peu perdu. Il a tout compris."

Sur Postcard, la plume de Richard Lewis vole au vent de La chanson d'antan, légère, dont l'accordéon nous berce dans une ambiance nostalgique et dont le texte touchant pourrait faire office de bande-son du film Amélie Poulain. Le coup de force de l'artiste anglais est que sa vie parisienne transperce élégamment ses textes comme s'il était né à Paris, ville qu'il connait sur le bout des doigts et sait ranimer dans ses chansons. Montmartre, les marches, la basilique et ses ruelles vivaces flottent sur les mots en français et en anglais. L'écriture est sans défaut dans les deux langues, ce qui n'est pas évident chez les auteurs français qui tentent d'écrire en anglais. L'accent délicieux de Richard Lewis rappelle le chant de Kevin Ayers dans Puis-je, de l'irlandais Perry Blake dans Tant de belles choses ou Stuart Staples qui entonne Plus de liaisions. Le superbe Postcard et l'instrumental Vers st-Rémi précèdant le duo émouvant de Rue Berthe " tu étais mon bateau, dont les voiles m'éffleuraient, et j'aurais tant voulu avec toi naviguer, vers de nouveaux paysages, pleins de gens vigoureux, tropicaux ou sauvages, bronzés et bienheureux" sont des cartes postales sonores qui nous convient au voyage. Suit le splendide when the heart gives in chanté par Nancy Wallace et joué au piano, comme l'instrumental suivant Louba Reve accompagné d'un accordéon envoûtant.

La valse des bas quartiers entre en scène, virevoltante et poétique avec son 4 temps valsant et le grain de voix de Richard Lewis cabotin comme il l'écrit " je t'apporterai, une valse des bas quartiers, un poème, une rue du vingtième, le clignotement des néons mouillés", suivi du tempo bossa et langoureux de Just Like the song qui parle de départ. La notion de séparation et de manque est aussi dans L'autre bout du monde où l'auteur s'adresse à son aimée qui est loin, avec un accordéon mélancolique et une guitare délicate qui se marrient parfaitement à l'atmosphère. L'effet est renforcé  par le titre La Bercée, instrumentale géniale avec son piano souverain, l'accordéon taquin et sa clarinette, flûte, arrangées par Jude Rees. La mélopée d'amour déçu Quand tu viens est aussi somptueuse que le dernier titre instrumental Rungis, le 13 juin qui boucle ce moment magique nourri de l'univers de Richard Lewis, qui séduira les amateurs de la musique de Yann Tiersen. Signé en Mars 2011, Postcard est accompagné le même mois d'une autre signature que je conseille d'écouter à tout prix, l'album Untitled avec des titres qui titillent et accrochent l'oreille comme Furieux Pays, White Tulips, ou Secrets. Richard Lewis compose des airs pop minimalistes ou pop symphoniques ornés de trombone, violoncelle, violon, piano orchestrés avec des arrangements parfois jazzy, fins et ficelés avec classe et un talent infini.
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