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vendredi 19 octobre 2012

Jeremy Messersmith

Jeremy Messersmith est un auteur-compositeur qui plaira aux orphelins de Elliott Smith, dont je fais partie. Originaire de l'Etat de Washington, Jeremy joue très jeune de la trompette et puis découvre les instruments à cordes. Multi-instrumentiste, ses amis de la faculté de Minneapolis où il vit désormais avec son épouse Vanessa, ébahis par son charisme et son style, lui conseillent d'enregistrer un disque. Ce qu'il fait. Chez lui, il compose, écrit, enregistre dans son home-studio et fait circuler son disque empaqueté dans du papier "paper-bag". L'originalité de sa démarche attire l'attention du label Princess Records qui signera en 2006, le premier album The Alcatraz Kid.



A l'image des pochettes de ses disques, élégantes et naïves, Jeremy Messersmith compose de la pop minimaliste. Il saupoudre ses touchantes paroles de cor, de trompette, mélodica, glockenspiel, de guitare électrique et acoustique. Si The Alcatraz Kid est un bijou symphonique absolu, The Siver City, sorti en septembre 2008 frappe encore plus fort. Les 11 titres de l'album sont magnifiques. Ceux qui ont la chance d'avoir déjà vu Messersmith sur scène disent qu'il est impressionnant. Enroulé de câbles, immergé dans ses processeurs, il jongle avec les sons, fait des effets acoustiques de haute-voltige; réservé et discret, il attire l'attention et aimante son public. Le titre de l'album The Silver City annonce un ensemble de chansons dédiées à Minneapolis et ses gratte-ciel ( la pochette du disque et son château médiéval sont un clin d'oeil). Il nous y accueille avec Welcome to Suburbia et nous emmène en balade dans sa voiture avec The Commuter, au travers de Franklin Avenue. Si nous sommes accueillis pour une visite guidée de la ville, nous sommes aussi cueillis par le son du violoncelle de Skyway et la voix émouvante de Jeremy dans Virginia "the only state for broken hearts and lovers, the only place for starting over". Jeremy Messersmith signe un second album brillant et mémorable. 


Après avoir travaillé avec le producteur Dan Wilson, membre de Semisonic, Jeremy Messersmith revient le 4 mai 2010 avec son album The Reluctant Graveyard qui suit The Alcatraz Kid et The Silver City; L’artiste définit ce troisième chapitre comme la « life-cycle trilogy ». Le disque toujours signé chez Princess Records est excellent, chaque titre est béni des dieux de la pop. S’y trouvent des instruments variés, ses compositions griffées du son de Dylan avec de l’harmonica, des rythmes beatlesiens avec des cuivres, du tempo à la Kinks avec du tambourins et flûtes sur Repo Man, l’aura d’Elliott Smith illuminant les arpèges de guitares dans Tomorrow, des claviers et chœurs beach-boysiens comme sur Violet ou sur Deathbed Salesman. Les 11 titres de l’album sont différents, certains sont orchestrés de manière symphonique sans batterie, d’autres sont rock, pop, acoustiques; La surprise est complète. La voix délicate de Jeremy Messersmith déroule le tapis rouge aux thèmes évoqués dans les deux premiers albums, qui, avec logique et constance, sont ici développés comme dans un roman. Messersmith parle de littérature et du Pulitzer Prize dans Dillinger Eyes, de la mort cavalière et colorée dans Lazy Bones, Toussaint Grey First In Life And Death, A Girl A Boy And A Grave yard. Sans que ce soit déprimant le sujet de la mort est soulevé de manière épique pour devenir émouvant et beau. Jeremy Messersmith, prolixe, progresse dans l’univers mythique qu’il crée dans ces trois albums conceptuels, tel un Tolkien de la pop qui détient les codes. Oyé Chevaliers aux casques stéréo ! Jeremy Messersmith qui entre dans la légende avec The Reluctant Graveyard, pièce maîtresse à classer dans votre forteresse de CDs, ouvre un nouveau chapitre le 25 septembre 2012 avec Paper Moon, un ep de 6 titres. 



Jeremy le définit moins pop et plus instrumental, pas un cri et mais un murmure, à écouter chez soi telle une bande originale de film «for stargazing, falling asleep, making out, flying a kite, reading, slow dancing, cubicle farming, relaxing, or washing the dishes». Les six pièces de Paper Moon sont célestes, avec très peu de chant, dans un processus expérimental que Jeremy Messersmith voulait explorer pour titiller son mode de création. C’est réussi. Avec Grant Cutler au mixage et Dan Lawonn au violoncelle, les titres qui portent simplement leurs numeros, font valser des antiennes majestueux et s’avancent noblement, progressent en intensité pour réhausser la splendeur des deux derniers morceaux. Y mêlant de l’âme et de l’imagination, Paper Moon est composé de pures harmonies et mélodies. Là encore l’étendue de ses talents de musicien est éloquente. En 2011 il participe au projet The Minnesota Beatle Project, album de reprises des Beatles dont les ventes ont été reversées aux écoles de musique du Minnesota. Jeremy Messersmith se montre élégant, disponible avec toujours cette manière originale de progresser dans ses compositions, enregistrant en studio à la manière des Beatles, aimant écouter les Belle & Sebastian, Dr Dog, pour écrire in fine Tatooine, une ode à Star Wars.