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mercredi 2 mai 2012

The Boat that Rocked

The boat that rocked est sorti en salle en mai 2009 et le DVD est désormais en vente. Son titre original est devenu Good Morning England en français, Pirate Radio côté américain, Radio Rock pour les allemands. Pétillant, savoureusement drôle et émouvant grâce à une flopée d’excellents acteurs qui campent l’humour et l’excentricité anglaise, c’est une ode aux radios pirates des années 60 qui réussissaient à pervertir les âmes britanniques les plus prudes en diffusant du rock’n roll 24h/24. Le réalisateur, Richard Curtis, sait toucher le grand public en signant des comédies à succès, 4 mariages et 1 enterrement, Coup de foudre à Notting Hill, Bridget Jones, Love Actually, etc. En réalisant The boat that rocked, il se fait un plaisir personnel ; depuis l’adolescence et les bancs de la faculté d’Oxford il est le meilleur ami de Rowan Atkinson avec qui il crée le personnage Mr Bean. Pour l’anecdote, Richard Curtis est aussi marié à la petite fille de Sigmund Freud. Cela rend son profil d’ami et de mari plutôt Rock’n Roll. 


Richard Curtis nous propose donc un film touchant et amusant relatant une période musicale riche d’une Angleterre qui se voulait chaste et où la pop, le Rock venaient débourrer les oreilles les plus pures du Royaume-Uni; et ce thème ne pouvait être tourné que par le très loyal sujet de sa majesté, Richard Curtis. Il maitrise les pépites populaires britanniques et lui seul pouvait prétendre légitimement à relater pour le 7ème art cette période mythique où le rock dit «pour les délurés » à l’après guerre entrait dans tous les foyers, sans distinction. La distribution est aussi colorée que le scénario. On y retrouve Nick Frost, Emma Thompson, Philip Seymour Hoffman, Bill Nighty, Rhys Ifans et le grand Kenneth Branagh. L’histoire se déroule sur un bateau ancré au large des côtes anglaises. Sur sa coque apparait son nom : Radio Rock. A bord, il y a le capitaine, Quentin, le patron de la radio et du rafiot, plus dandy que marin et il y a sa clique de DJ aussi extravagants les uns que les autres, différents les uns des autres qui cohabitent dans l’exubérance avec un point en commun : la passion pour la musique, follement amoureux de la radio qu’ils animent du fond des cales. Se jouent des histoires d’amour avec le mariage de Simon et Eleonore, et familiales énigmatiques avec le jeune Carl, filleul de Quentin, renvoyé de son lycée, dont la garde est remise à son oncle. Carl élevé par sa mère apprend par celle-ci que son père biologique se trouve parmi les occupants du bateau. 


Le film nous invite à suivre la vie tumultueuse des DJ à bord de Radio Rock, voltigeant entre drogue, sexe, rock’n roll et le vent de liberté qui souffle dans les voiles. La révolution que déclenche la programmation musicale de la radio pirate s’étend sur tout le continent. Radio Rock est tout au long du film poursuivie par les autorités et le gouvernement britannique qui veut réduire la radio en pièces. Le ministre Dormandy, incarné par Kenneth Branagh, féroce conservateur ne supporte pas l’influence que gagne la radio sur des millions de personnes et fait voter une loi qui finalement signera la fin de l’épopée de Radio Rock dans ce film et des radios pirates dans la réalité. En opposition à l’image du conservatisme glacial, guindé et grinçant du conseil des ministres au profil morbide et aigri, défilent les tubes succulents des années 60 qui à l’époque étaient des nouveautés. Le monde découvrait les Rolling Stones, les Beatles, du rock et de la pop à gogo qui nourrissent la BO du film, dominante, puissante à l’image des DJ mordus et passionnés. 


La musique est omniprésente dans cette comédie. Le choix des morceaux et des titres est très fin, les titres et leur thème ont un rapport avec les images et vont de paire avec le déroulement de l’histoire. La recherche du père parmi les DJ pour le personnage de Carl n’est pas cruciale dans le film, elle est là pour alimenter le scénario et imager symboliquement les moeurs qui se libéraient. D’ailleurs Carl est plus préoccupé par la cour assidue qu’il fait à la jolie Marianne. Ce n’est pas un film dramatique ni psychologique. C’est une comédie rock’n roll, où le swing, le groove, les couleurs et les sons virevoltent comme en 1967 quand on se prêtait davantage à la recherche de LSD qu’à la recherche d’ADN. Où la fiction rejoint aussi la réalité est dans le naufrage symbolique du bateau qui dans l’histoire rappelle les vraies radios pirates (Radio Caroline a vraiment sombré) qui émettaient depuis des bateaux au large des côtes anglaises pour faire danser des millions de britanniques, mais aussi les hollandais, les belges, les français (Nord, Pas de Calais, Bretagne, Normandie). Curtis leur rend hommage avec une scène magnifique quand Quentin, les DJ le Comte, Gavin, Dave, Simon, Angus, le beau et sexy Mark, le mystérieux matinal Bob qui plonge au moment fatidique pour sauver ses 33 tours de la noyade, dont le Incredible String Band. A travers cette fiction, Richard Curtis relate l’histoire vraie de cette radio qu’il a vu naître un jour de 1964, sous le nom de Radio Caroline et qui sera sommée de couper ses programmes le 14 Août 1967 à 15h, à la fin du titre A day in the life des Beatles.