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samedi 14 mai 2011

Julien Baer

Julien Baer, frère d’Edouard, est un musicien qui mérite d’être plus connu du public et qui , même s’il n’a pas d'actualités, vaut que l’on parle de son travail au détour d’une chronique. Intemporelles, ses chansons restent sur la table de chevet sans prendre la poussière, réécoutées épisodiquement au même titre que Ces petits riens de Gainsbourg ou Big Trombone des Skatalites.
L’univers musical de Julien Baer est réprésenté (jusqu’alors) par quatre magnifiques albums : Julien Baer en 1997, Cherchell en 1999, Notre dame des limites en 2005 et Le La en 2009.

On entre dans l’univers de Julien Baer comme dans un roman. D’abord parce qu’il utilise joliment la langue française pour finaliser des textes qui ont du sens, de la poésie, du rythme et des couleurs. Parce que les artistes français qui s’appliquent à chérir les mots autant que la musique dans leurs chansons sont rares, parce qu’il est gavant de subir des revendications, des provocations, des textes à deux sous de pseudo poètes maudits de la scène française, Julien Baer est une oasis, une bouffée d’air frais.
Ses albums se savourent, proposent des ambiances différentes les unes des autres, laissent entrevoir un véritable don de composition et d’écriture, de l'humour, une curiosité, et une sensibilité sincère. Quoi de plus périlleux et courageux aujourd’hui pour un auteur-compositeur que de faire fi des considérations commerciales et rester fidèle à ses convictions artistiques?
Au fil des titres de l’album Julien Baer, l’intégrité de L’économie des mots, Le monde s’écroule, touche, la rythmique bossa réchauffe, les mélodies agrémentées de cloches et d’harmonica dans Marie pense à moi, Juillet 66, ornées de flûte, de harpe dans Vie sur Mars ou de violons sur Folie Douce, groovent et donnent envie de danser.




Cherchell plante le décor. On tourne une page et l’auteur se découvre encore un peu plus, via quelques bribes de sa vie parisienne et son désir de fuite, de changement. Toujours aussi pop que le premier, Cherchell explore des instrumentations orchestrales, des rythmiques et des samples qui apparaissent sur deux titres avec la complicité de l’expert dans le domaine, Philippe Zdar. La contrebasse jazzy de Liberté Chérie resplendit sur l’harmonica bluesy. Les trompettes dansent, les synthés swinguent sur Ecrit à la main. Le piano, la basse et la guitare mêlés aux violons émeuvent bouclant le chapitre voyage et laisse entrevoir le sujet de la cassure sentimentale. 

Rebondissant, somptueusement funky, Notre Dame des Limites fait virevolter les mots dès le premier titre : le Roi de l’Underground. Le protagoniste est offensif, persuasif, les chansons pop dévalent les pentes, délivrent un chapitre intime, dont le thème est la rupture ; l’espace et le temps, le départ, l’évasion sont évoqués avec des notes romantiques qui font décidément partie de son univers. L’album entier est une réelle réussite, d’une absolue fibre pop. Les mélodies fleuries et intemporelles en font un disque de chevet favori, qui se réécoute avec délice.

Le La fait le bilan. Julien Baer a passé un peu de temps à Bamako, est parti de Paris pour y revenir inspiré de superbes mélopées évoquant la capitale dans L’immobilier, Cité, Tant besoin de toi. Les textes romanesques, les rythmiques riches d’instruments qui battent la mesure, complètent le voyage musical ; Les chansons solidement bâties, le maniement du langage divertissant, l’ensemble fait feu de tout bois et crée un grand régal de sons. Les titres sont diaprés de guitares, de synthés groovy, de xylophone, d’harmonica, d’accordéon, étayés de peaux frottées et claquées, drapés de violons. La voix de Julien Baer si fine est d’une clarté sensuelle.

Les quatre chapitres signés Julien Baer sont prodigieux et espèrant qu’il y aura bientôt une suite à ces aventures musicales, je vous conseille de vous les procurer, absolument. 

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