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dimanche 18 février 2018

Butterbeer

Le petit bijou dream pop Obliviate de Butterbeer m'a été offert en décembre dernier, signé chez le label chinois Boring Productions situé à Shenzhen, je le savoure depuis sans me lasser. Je pense qu'il aura aussi l'appréciation des lecteurs sensibles à la 'bedroom pop'. Je chouchoute d'autant plus mon 8ème exemplaire que le disque est épuisé (il reste des versions vinyle et cassette). L'univers du groupe féminin est aussi doux et chaud qu'une couverture de mélodies, qu'une bouillotte pop déposée par la voix cristalline de Rye, chanteuse de Atta Girl (nom d'un titre de Heavenly) et la guitariste, chanteuse Jovi du groupe Chestnut Bakery pour qui Rye écrit les textes. A leur écoute, on revisite la maison d'Emma des Field Mice, au bras de St-Christopher sous la voûte des Trembling Blue Stars. Savamment dosés, les arrangements fins et langoureux de claviers mêlés aux guitares font frémir. L'esthétique rétro nineties et l'élégance de l'orchestration font fondre. Les titres vaporeux sont dessinés au fusain, rappelant avec nostalgie un brin de naiveté et de pureté, amplifiés par l'exactitude des notes et l'utilisation d'instruments lo-fi alternatifs qui cueillent l'émotion. Obliviate est pop jusqu'au bouts des mots, des notes jouées, chantées, des harmonies et de la pochette montrant la photo du Petit Zinc, restaurant rue des Saints-Pères à Paris.



Le disque commence avec Secret, titre en chinois, habillé par le chant somptueux de Rye 'someday i will be a part of your diaries, when you read the lines about me...' et la texture musicale de Jovi dont la fragilité typée Sarah Records fait son effet. Le titre suivant, Platform, également en chinois, est aussi cousu de fil twee, niché dans une énergie lancinante avant Distance qui étend sa mélodie souple et élastique entre la terre ferme et le ciel. A la lumière de la bougie, les pensées voyagent sur les cordes de guitare, sur la rythmique trottinante qui prend son essor et s'envole. A ce moment de l'album, la guitare électrique de qualité mêlée à la voix délicate, intime, persuade que Butterbeer réussit surement et avec talent à redonner de la valeur au genre dreamy presque évaporé depuis quelques années. Introspective et hypnotique, Darkening Sky In Your Room est nimbée de lumière,  quand les filles déroulent les notes maitrisées montrant leur expérience et technique tout comme sur Phoebe's Oatmeal Cookies avec ses guitares saturées, puissantes et insistantes qui fusionnent pour convertir aux frissons. La luminosité ne quitte pas les harmonies ni les mots sur To The Stars qui effeuille les thèmes colorés du feu d'artifice, des fleurs, de la palette du peintre, des papillons pour une balade amoureuse. Le magnifique titre Listening To Another Sunny Day Makes Me Forget You qui fait inévitablement référence au grand groupe indie Another Sunny Day nous emmène pendant deux minutes dans un rêve pop habité par Harvey Williams. Le duo annonce ses influences, ses goûts colorés et salés de pop musique, terminant avec l'instrumental *Retrospective mélodique, mélancolique, qui étreint l'épiderme. Les Butterbeer envoûtent, savent écrire des chansons qui, je le précise pour les néophytes, ne sont ni tristes ni pour déprimés mais sur Obliviate, bien montées dans la sensualité à écouter en solitaire ou à deux, c'est encore mieux.

ButterBeer

Boring Productions distribue aussi nos amis russes les fabuleux Malish Kamu МалышКамюPiggledyPop2017





samedi 17 février 2018

Piggledy Pop : 10 ans

Voilà dix ans que je poste des chroniques sur Piggledy Pop. Vous êtes de plus en plus nombreux à lire le blog rédigé en français et lu partout dans le monde. Un Grand Merci !!! Les artistes en sont honorés. C'est mon objectif. Je suis largement comblée et cet anniversaire, je le partage avec vous tous. Happy Piggledy Pop Birthday to you !

2008 Piggledy Pop n'est pas le fruit du hasard. J'ai déjà fait mes armes depuis une décennie dans et pour l'indie-pop. Je continue d'encourager les musiciens via mes billets, et décide de ne pas perdre de temps à écrire négativement sur ceux qui n'en valent pas la peine. L'exercice serait trop facile. Aujourd'hui, pour cette chronique anniversaire, je choisis deux albums des décennies 1968, 1978, 1988, 1998, 2008 qui auront marqué l'indie-pop, tirés de ma discographie personnelle et de celle des groupes dont je parle ici depuis une décennie. In fine, il y aura 10 titres que j'aime. 

Jane Birkin meets The Beatles 1968


1968 sortie du White Album des Beatles, sortie de scène aussi du génie Syd Barrett qui est jeté par dessus bord du navire Pink Floyd bien que le groupe connaisse le succès grâce à lui. Il y Tommy des Who, les Doors. Une année riche avec Nico qui intègre le Velvet Underground. Johnny Cash joue devant des prisonniers. Il y a Joe Cocker, Donovan, l'arrivée de Nick Drake, la Mrs. Robinson de Simon & Garfunkel, les the Yardbirds se muent en Led Zeppelin, Jumpin' Jack Flash des Rolling Stones, les Aphrodite's Child déboulent avec Rain and Tears, Peter, Paul and Mary, Neil Young, The Left Banke. Tom Jones avec ses chemises col pelle à tarte tombe la ménagère. Il reste encore un peu des Beach Boys quand Serge Gainsbourg rencontre Jane Birkin. Bob Dylan, ni enlevé par les extra-terrestres ni par la CIA réapparait avec son onctueux John Wesley Harding. Burt Bacharach se penche avec Hal David sur Raindrops Keep Fallin' on My Head, Forever Changes de Love gagne en renommée, Itchycoo Park des Small Faces atteint le continent américain, Kevin Ayers fonde les Soft Machine avec Robert Wyatt et Mike Ratledge. Puis, il y a aussi et surtout, à mes oreilles l'artiste exquis : Harry Nilsson et son Aerial Ballet . Sonny and Cher resplendissent, on chausse les bottes avec Nancy Sinatra et Lee Hazelwood. Il y a les Bee-Gees, leur grandiose Horizontal. Un jeune irlandais, orné d'une casquette, Gilbert O'Sullivan arrive, fringant.





David Bowie by Lord Snowdon 1978

1978, on bouge son corps sur Saturday Night Fever. Les Sex Pistols rendent le tablier, les chanteurs à piano, Elton John, Billy Joel, Kenny Rogers, Kenny Loggins (des kenny à gogo) font pleurer dans les chaumières. La clique de Manchester révolutionne et dégage le disco, le punk, le rock, fait se lever un vent cold à déraciner les cheveux : Joy Divion joue pour la première en janvier 1978 et la Factory Recordings voit le jour. Débarquent des noms comme Happy Mondays, The Sisters of Mercy, the Fall, Buzzcocks, Ramones, Madness, Big Star. The Go-Betweens signe son premier single Lee Remick. La belle et tranchante épidémie s'étend jusqu'à Blondie. Se forment Depeche Mode. The Jam peaufine un superbe All Mod Cons. Les allemands de Scorpions deviennent plus chevelus et metalleux. XTC signe le génial White Album, Kate Bush le splendide The Kick Inside. Lou Reed se dandine en solo comme Paul Mc Cartney. Marquee Moon de Television accoste l'Europe, les Ramones deviennent pop et Barry White fait une bataille de barbichette avec les Village People. Midnight Oil met le feu quand les Pretenders sont plus déprimés que jamais. Pendant ce temps s'épanouit Jonathan Richman avec ses Modern Lovers. Queen reste en marge des Blues Brothers quand ACDC montre ses genoux en culotte courte. Avec le recul, c'était un beau foutoir. Dois-je ajouter Toto? En 1978, on ne sait plus sur quel pied danser. Les musiciens de metal et de punk s'arment de calvities. Abba, connait en 1978 un succès époustouflant avec son film bio-pic ABBA-The Movie en guise de chant du cygne quand un drôle oiseau du nom de David Byrne déploie ses ailes avec ses Talking Heads. Septembre, Heart of Glass de Blondie souffle un air new-yorkais post-punk sexy, rock et disco, qui touche l'Europe. Les Clash sont déchainés. 1978, deux groupes se forment : le premier en 1976 à Crawley dans le Sussex avec un certain Robert au chant et écriture, un certain Simon à la basse, The Cure, suivi de Orchestral Manoeuvre in the Dark, qui ne reste pas dans le noir signant son opus Electricity chez Factory. 







1988, le disque compact entre dans les foyers de façon rapide. Apparu en 1980, il est adopté très vite. Les labels se remplissent les poches. L'objet devient presque le symbole de l'aboutissement pour les musiciens. On voit apparaitre des labels résistants à la grande industrie du disque qui se développait déjà avec le vinyle. Ces petits labels de rock alternatif underground américains et anglais se lancent dans l'aventure. Des groupes comme Another Sunny Day ont même le chic de signer chez Sarah Records leur premier album Anorak City sur flexi. Aujourd'hui encore on en parle avec du vague à l’âme, Sarah Records, Rough trade, Sub Pop, Cherry Red, la scène C86 et Madchester signent des groupes comme Orange Juice, Les Smiths, Felt, Dinosaur Jr., Charlatans, St-Christopher, Brighter, Shop Assistants, The Flatmates, The Chesterfields, Talulah Gosh, Vaselines, Sonic Youth, Pixies, The Stone Roses, Teenage Fanclub, The Boo Radleys, Guided by Voices, Saint-Etienne, The Jesus and Mary Chain, Primal Scream, The Pastels, The Pale Fountains, Duran Duran, REM, Talk Talk, XTC, The Jam, The Wedding Present, Human League, Morrissey, The Communards, Bowie, New Order, A-Ah, They Might Be Giants, The Stooges, Crowded House, Ride, The Church, The Smashing Pumpkins, Nirvana, BMX Bandits, The Sea-Urchins, Bauhaus devenu Love and Rockets conduits par l'excellent David J. Les Housemartins changent de peau et muent en Beautiful South . De 1985 et 1990, c'est le walkman, les cassettes, les concerts, le cd, le graveur de cd. Les BO de films cartonnent. Les best-of de Depeche Mode, Pink Floyd, OMD, et Cure dégainent leurs lazers. Ce qui colle à 1988 comme la cire brulante sur son cachet, c'est le Blue Monday de New Order. En France, on aime Etienne Daho. Talk Talk finit cette fin de siècle en trombe et The Pale Fountains se mirent dans Shack qui signe Zilch. Les écossais Lloyd cole and the Commotions marquent les esprits pop dès le premier album Rattlesnakes. 1988, There She Goes des La's est chanté dans les rues de Liverpool et restera dans l'histoire de la pop musique.






Le monde rock est perturbé en 1998. L'industrie du disque fait la bougie parce que le mp3 arrive sur la pointe des orteils, gentiment mais surement. Elle ne peut plus se reposer sur ses lauriers, dos au mur.  Les musiciens ne vendent plus de disques. Les labels de taille moyenne ne tiennent pas et se font avaler par les gros, qui de surcroit se retrouvent à ramper chez les deux gros labels qui tirent les ficelles. Ce monopole malsain a comme résonance le réveil et la réaction de l'indie, limitée dans les années 80 mais gonflée et grandie dans les années 90. L'indie-pop et la britpop fleurissent de plus belle pour signer des Teenage Fanclub, Divine Comedy, Marine Research, Tender Trap, Saint-Etienne, Oasis, Edwyn Collins, Cinerama, Divine Comedy du grand Neil Hannon, White Stripes, Strokes, Blur, Elliott Smith, Trembling Blue Stars, Blueboy, National, Tullycraft, Minders, The Field Mice, The Brian Jonestown Massacre, The Dandy Warhols, Radiohead, Yo La Tengo, Pulp, The Church, Sparklehorse, Hefner, The Lucksmiths, The Magnetic Fields, Josh Rouse, Camera Obscura. Les français, Air signent un Moon Safari de rêve. Les Guppyboy se muent en Essex Green. Débarquent les Softies, The Aislers Set. Des labels, comme le suédois Labrador avec Sambassadeur, Club 8, Acid House Kings, Irene, The Radio Dept., l'américain de The Elephant 6 Recording Company conduit par Robert Schneider des Apples in Stereo avec Of Montreal, Elf Power, Dressy Bessy, The Ladybug Transistor, Neutral Milk Hotel, The Olivia Tremor Control nous gâtent. Les anglais de Jeepster s'activent avec Snow Patrol, Belle and Sebastian, Salako et sculptent le son indie-pop des nineties. Luke Haines revêt sa veste de The Auteurs pour Baader Meinhof et le non commun Jarvis continue de nous éblouir avec Pulp. 1998 c'est avant tout le XO d'Elliott Smith qui se donnera la mort cinq ans plus tard, laissant derrière lui, toute une génération d'orphelins.






Depuis le second millénaire, l'indie brille de mille feux. Des signatures de qualité pleuvent et pourtant internet crée une sorte de chaos, fourmillant de mp3, de vidéos, des plateformes... Les oreilles se collent de la musique sans plus savoir à quel saint se vouer. La presse rock, les sites et blogs musicaux fleurissent rapidement, de toute part et se fanent, disparaissent aussi vite. La presse en général prend le coup de bambou, la presse rock n'est pas exemptée du soufflet. L'industrie du disque prend l'eau mais pas la musique. Les musiciens sont et seront toujours là. En 2008, ils sont inspirés, motivés pour se distinguer du flot d'âneries musicales en self service sur le net. On retourne donc au vinyle, aux cassettes audio, au concert old-school proche du public, à la guerre comme à la guerre. L'analogique est usé jusqu'à la corde par le numérique. Cette période de grand foutoir de tous genres tend à développer une musique populaire avec davantage d'identité. Les albums de groupes indie parus ces dix dernières années sont listés sur Piggledy Pop où je continue de partager mes impressions, mon avis. 2018 c'est parti pour un nouveau tour de lecture, de découvertes, d'émotions et de pas de danse !

Il m'est impossible de choisir parmi les groupes chroniqués sur Piggledy Pop, parce que je les aime tous sincèrement, sinon, je n'en parlerais pas. Je choisis donc deux figures de l'indie-pop, mes madeleines de Proust, qui m'accompagnent depuis au moins dix ans.





samedi 10 février 2018

BV's

J'aime les BV's depuis que je les ai découvert au printemps dernier. Le nouvel EP que le groupe offre sur un plateau d'argent est derechef un régal soyeux indie-pop. INTERPUNKTION est sorti hier le 9 février 2018 et déjà, il est épuisé, vendu. J'ai la chance d'avoir mon exemplaire et l'impression que nos amis germano-anglais de Augsburg et de Falsmouth vont poursuivre leur délicat et excellent parcours musical comme il a commencé. Il émane de leur univers autant de passion que de stabilité, une inspiration fertile mis en avant par leur très beau label Kleine Untergrund Schallplatten et le fort sympathique Ronny Pinkau à ses rênes.
Je suis sensible à l'âme underground allemande, qui vibre, belle et fragile dans tout le pays, recélant de joyaux indie pour lesquels j'ai une inclinaison particulière. Quand en bonus elle est alliée à l'anglaise, le résultat est plus que probant.



J'évoquais les BV's en mars dernier " A la première écoute des BV's, mon coeur a sautillé comme un poulain dans les prés. Le duo germano-anglais a enregistré d'un jet dans sa maison, une habitation partagée en Angleterre transformée en studio, le temps de ce somptueux Speaking from a Distance. Josh Turner du groupe Planet Jazz rencontre à Falmouth Frederik Jehle du groupe Endlich Blüte. Les deux ne se connaissent pas encore et découvre des goûts musicaux communs en s'installant dans cette maison pour six mois. Vite, ils comprennent qu'ils doivent jouer ensemble. Ce génial album, spontané, sincère qui dévoile le talent certain des deux musiciens sort façon 'lapin du chapeau' comme un cocktail hybride d'Ultimate painting, New Order, Smiths, C86 avec de longues oreilles. "
BVsPiggledyPop2017



BV's composent des airs divinement pop qui nous ramènent à C86, bien sûr, mais aussi aux Pale Saints, Television, Field Mouse. Ces influences entrelacées offrent un premier titre de l'EP, Be Enough, blindé de nostalgie sans faille. La rythmique lancée au galop survole le carrousel de guitares poppeuses et gaillardes. Le chant de Fred, vif et sincère, activé et temporisé par celui de Josh sur le refrain est un magnifique fleuron pop. Dazed Hair poursuit savamment la balade indie grâce au beau travail de production fait au studio de Cologne par Robin van der klooster puis au mastering de Moritz Illner. La reverb dans les cordes de guitares fait déferler une ambiance shoegaze réussite qui continue en dégoupillant le splendide instrumental »»»»»»»»» où la mélodie fluette devient hypnotique et absorbante. Entêtante. Dans le même esprit flirtant avec la cold-wave, le titre `´`´`´`´`´ éclatant et inquiétant est un trésor d'inventivité twee construit de strates 'popificantes'. Le dernier titre B../ emmène sur presque 9 minutes d'où se dégage une essence créative qui se laisse déguster comme une guimauve, laissant le temps de savourer et d'apprécier ce INTERPUNKTION et ses ponctuations pop alléchantes.
BVs



dimanche 4 février 2018

This Is My Street / Kinks songs

Le 16 février 2018 sortira la fabuleuse compilation hommage aux Kinks nommée This Is My Street sous l'égide du label gallois Daytrip Records. 13 groupes d'indie-pop offrent une reprise des chansons écrites par Sir Raymond Douglas Davies. Chaque groupe apporte son style, son univers aux titres tellement vénérés et respectés que l'exercice pourrait se révéler périlleux. Le résultat est réussi et les Kinks, le groupe le plus british de tous les groupes anglais, y sont fêtés avec honneur et beaucoup d'âme.
Ils apparaissent en 1963 dans le nord de Londres. Les deux frères Davies, Dave et Ray, composent ensemble. Ray chante et écrit les paroles et Dave, guitariste hors-norme, chante aussi et se charge essentiellement des arrangements. Avec eux il y aura plusieurs bassistes, Pete Quaife, John Dalton de 69 à 76 puis Jim Rodford et il y a Mick Avory, batteur pour les Rolling Stones de 62 à 1965 quand il intègre les Kinks jusqu'en 1984, remplacé par Jim Rodford fondateur du groupe Argent. Tout le monde connait les Kinks, rien de nouveau sous le soleil hormis le mauvais sort lancé par les américains sur le groupe qui renforcera son inspiration, sa folle envie de continuer la musique malgré les bâtons dans les roues. Dave et Ray ont tendance à se disputer en studio mais la tension est plus importante entre Dave et Mick qui se battent un jour lors d'un concert aux USA ; ce qui leur vaudra quatre ans d'interdiction de jouer sur le sol américain, interdiction dégainée en 1965 par la Fédération Américaine des Musiciens.



Ce coup de puritanisme nous offrira un esprit brit renforcé dans les chansons des anglais qui décident de continuer d'écrire sur leur pays, leur culture. Se sentant victimes d'une injustice et dans l'incompréhension totale (étant un des rares groupes à l'époque à ne pas consommer de drogues), les Kinks ne jettent pas l'éponge, même si le marché américain est primordial pour gagner une audience plus large et gagner sa vie. Pour planter le décor, en 1965 les Kinks font partie des Big Four, mouvement anglais comprenant Beatles, Rolling Stones, Kinks et Who. Les uns et les autres, loin de la concurrence s'apprécient, sont amis, ils forment le bloc British Invasion.


Ray décrit son sentiment face à la sanction 'Vous savez, les groupes, ce sont avant tout des équipes de guerriers. On fait de la musique mais l’esprit combatif et l’énergie sont essentiels. Si nous n’avions pas partagé cet état d’esprit, nous ne serions jamais retournés en Amérique' 'La vérité, c’est que nous les Kinks, nous avons toujours chanté avec l’accent anglais, contrairement aux autres. Nous avons conservé notre culture britannique' ce qui sera interprété comme une provocation sur le continent américain. 'Comme on avait été chassés d’Amérique, il fallait bien se replier sur ce qu’on connaissait, les petits villages anglais. L’album n’a pas très bien marché commercialement, d’autant qu’il était en réaction au reste du monde et à contretemps avec l’Amérique, qui était en plein mouvement de protestation contre la guerre du Vietnam. Or, ce disque ne contenait aucune colère, il parlait de la gentillesse, des gens intéressants, de marginaux…' Au sujet de Village Green de 1968, manifeste anti-mondialisation avant l'heure 'Mon propos était de dire: si vous voulez nous rejoindre à notre fête, vous êtes les bienvenus, partagez notre monde… mais nous n’irons pas vers vous. Ma musique était plus intimiste, elle n’était pas tournée vers les masses populaires…'



En 1969, c'est la levée de l'interdiction, les Kinks pourront rejoignent leurs fans américains. C'est aussi l'année où parait le magique Arthur (Or the Decline and Fall of the British Empire), qui suit l'album de génie The Kinks Are the Village Green Preservation Society. L'Album, carte postale pastorale qui vante le charme de l'Angleterre, émoi national, est un chef d'oeuvre.
Ray Davies " Je chante pour les gens sensibles, des auditeurs qui peuvent être émus par de belles rimes" "Mes premières chansons ne parlaient que de mon quartier du nord de Londres, de là où nous sommes assis en ce moment même. J’écrivais sur les gens que je connaissais et que je croisais dans la rue, et tout à coup, j’ai été propulsé dans l’univers des tournées mondiales. C’est sans doute arrivé trop tôt. Même si j’étais déjà assez équilibré pour éviter le piège des drogues." "Je pense que c’est ce qui a perturbé pas mal de gens en Amérique, le fait que les Kinks abordaient des thèmes sensibles."



Pour cet hommage, le disque s'appelle très justement This Is My Street et les 13 groupes délivrent avec beaucoup de talent toute l'admiration qu'ils portent aux kings Kinks. La compilation commence avec un groupe du nord de Londres, né en 2009, Cosines, mené par Simon Nelson et Alice Hubley qui reprennent Somebody Stole My Car avec leur touche noisy pop délicieuse. Puis arrangé twee krautrock les Los Bonsáis, espagnols qui brillent sur la scène indie-pop actuelle, revisitent Todo El Día Y Toda La Noche (All Day And All Of The Night) quand arrive l'énergique et tonitruant Picture Book revu et corrigé par The Just Joans qui font resplendir leur esprit drôle et révolté depuis leur naissance en 2005 à Glasgow. Après l' Ecosse c'est au tour du Pays de Galles et The School de semer des particules cristallines et dansantes sur le magnifique Animal Farm.



Le défilé de reprises poursuit dans l'enchantement avec The Sweet Nothings, groupe de Sheffield, conduit par Pete Green, qui vit et vibre pour la pop depuis 2009 et met cette passion au service du très touchant I'm Not Like Everybody Else, tout comme Darren Hayman, maestro pop de l'Essex, leader de Hefner dès 1995, qui avec son style adorable met en exergue Come Dancing. DarrenHaymanPiggledyPop

Eux Autres, duo américain composé des soeur et frère Heather et Nicholas Larimer, reprend A Long Way From Home avant le singulier No Return joué au synthétiseur et au piano par Stephen Todd doté de son style proche de Kevin Ayers. Suit la très belle cover de Autumn Almanac assurée par Little My, collectif de Cardiff comptant The School et Sweet Baboo mené par Harri Davidson dont l'univers minimaliste pop vaut le détour avec d'autres reprises sur son bandcamp, Debaser psyché des Pixies ou le surprenant AM180 de Grandaddy.SweetBabooPiggledyPop

The Wendy Darlings, groupe indie-pop de Clermont-Ferrand, signent une très belle reprise de Stop Your Sobbing, qui avait déjà fait l'objet d'une reprise dans les années 80 par Chrissie Hynde la chanteuse et guitariste des Pretenders qui deviendra l'épouse de Ray Davies en 1983. Malgré la naissance de leur fille en 1984, le couple se sépare en 1986. Suit la reprise qui est ma favorite de la compilation parce qu'elle marie Simon Love que j'admire et le titre formidable Till Death Us Do Part issu de l'album de 1973 The Great Lost Kinks Album mais écrite en 1968, inédite, au charme suranné émouvant, auréolée d'amour sincère et de poésie passionnée. SimonLovePiggledyPop



Laura K chanteuse et musicienne londonienne vient griffer Victoria de brio, avec ukulele et guitare électrique s'élançant au galop sur une cover fraiche, réussie et accrocheuse. The Catenary Wires, groupe mythique anglais apparu depuis 1986 chez Sarah Records boucle la compilation, opérant avec magie et émotion sur le merveilleux Waterloo Sunset. TheCatenaryWiresPiggledyPop

This Is My Street est un hommage marquant qui sera disponible le 16 février prochain, idéal pour la saint-valentin, surtout pour les amoureux de l'indie-pop et des Kinks.
DaytripRecords



David Bowie : " I’ve never heard a Kinks song that I didn’t like. Of course, from their noisy and brash beginnings, The Kinks have come to stand for some of the most enduring and heart-clutching pop of all time. They are in the gut of every British songwriter who followed them and are indisputably a cornerstone of everything pop and rock. I love ’em. The world loves ’em."

Ray Davies manque de mourir en 2004 victime d'un tir à la Nouvelle-Orléans, il reçoit une balle. Il quitte les USA et rentre en Angleterre où la reine Elisabeth II lui remet le titre de Commandeur de l'Ordre de l'Empire britannique, suivi de Chevalier de l'Ordre de l'Empire britannique remis par le prince Charles en 2017. A lire, l'autobiographie de Ray Davies, Americana, accompagnée de l'album soundtrack, éponyme, de 2017.



samedi 3 février 2018

O Emperor

Groupe irlandais, O Emperor est sensible à la qualité d'exécution, inspiré et généreux. Les cinq musiciens qui se rencontrent au lycée jouent d'abord dans les pubs et gagnent en technique au fil des années. Plus tard, à la faculté, ils continuent à se produire devant le public de Cork pour signer un premier album, Hither Thither, nominé au Choir Music Prize comme meilleur album irlandais de 2010. Suivra le second sublime Vitreous en 2013 enregistré dans leur propre studio qu'ils construisent pierre par pierre pour y jouer, répéter, et y installer toute l'administration de leur label Big Skin qu'ils créent et gèrent. Avec cet esprit autonome, peaufinant le détail, les O Emperor écrivent et composent. Un style musical architectural envahit les chansons et l'auditeur se régale de tapisseries post-rock ornée de pop psychédélique et d'une trame classique. A l'écoute des titres, on se promène, découvrant une atmosphère pleine de surprises, de couleurs, de sonorités, de personnages, de paysages, mettant efficacement les sensations en éveil.



Ils sont indépendants et s'épanouissent dans ce confort de création et de production “I think that because we’ve done it on our own we’re still underdogs so we’ve nothing to lose. We’re excited about that, that we can just go and push it. We can go to the UK and Europe if we want and we have options to do that. No one is telling us otherwise or advising us (...) Even if you’re dealing with smaller numbers it feels better because you’re doing it yourself.” Voici comment O Emperor décrit sa chevauchée fantastique. Le club des cinq au complet compte Paul Savage, Alan Comerford, Phil Christie, Brendan Fennessy et Richie Walsh qui subjuguent à la guitare électrique, guitare électro-acoustique, à la batterie, basse, aux voix, au trombone, aux violons, piano, synthétiseur et mélodium baroque qui ferait frémir Van Dyke Parks.



Vitreous est un album idéal pour se faire une image de l'univers O Emperor. L'album lance la cavalcade psyché-rock avec la romantique et mélodieuse Grandmother Mountain. Les amateurs de Divine Comedy, Hal, Gilbert O'Sullivan, Nash & Young, Wings et Pink Floyd pourront y trouver leur compte. Les arrangements y sont tantôt symphoniques, tantôt minimalistes, où se mêlent des influences sixties et une griffe electro contemporaine comme proposés sur Holy Fool. Synthétiseurs et violons batifolent et flirtent sur une batterie conquérante. Les guitares s'associent aux voix en chorale pour lâcher des distorsions puissantes comme sur le génial Whitener (Part 1). Les pistes alternent, zigzaguent, époustouflent de savoir-faire. Les textes, comme celui de Brainchild, séduisent par le style introspectif sentimental qui évoque les montagnes, les arbres, la mer dans une style poétique qui colle aux harmonies et allonge l'effet lyrique. L'album kaleidoscope offre de la soul, du rock, du baroque, de la pop et le chant époustouflant de Phil et de Paul délivre de l'énergie. Contact propose toute cette sophistication dotée du mixage en fer forgé aux facettes solides pour poursuivre sur le magnifique Menuet qui de construction alternative décline un texte voluptueux, blindé d'émotions. Le charmant et entêtant Land of the Living invite à se dandiner gaiment, au milieu des violons, de la rythmique sautillante et de la basse indie de Richie sur le thème du temps qui passe et du départ inévitable. Soft in the Head nous emmène le temps de la mélopée dans une époque plus élégante et courtoise avec l'exquis falsetto de Paul typé début de siècle qui se marie à la perfection au piano magique, subtilement arrangé. Enchaine le grandiose This is It avec la batterie scintillante de Brendan, les notes de guitares incroyablement stellaires de Paul et Alan.



O Emperor est de retour cette année et signe le 29 janvier 2018 le tout nouveau single Make It Rain à leur image, surprenant et plein de caractère. Funk, mature, énervé et impeccable on le passe en boucle en faisant des incantations pour faire cesser la pluie. Aux frontières du disco, le son maitrisé et les choeurs dynamiques donnent au single un air intemporel charmant et réussi.
OEmperor





dimanche 28 janvier 2018

Adieu Gary Cooper

Adieu Gary Cooper est un groupe sacrément addictif. Groupe suisse de Genève ; Par adoption pour l'auteur-compositeur et chanteur Nicolas qui français, arrive à Lausanne il y a 10 ans peaufiner son doctorat en mathématiques et algorithmes. Les mélopées qu'il signe depuis la sortie du premier album de 2014 Bleu Bizarre sont pop rock, garage, post-punk, electro, montrant la panoplie complète des cordes à son arc. Il y en a de toutes couleurs, de toutes tailles, mais elles ont en commun d'être puissantes et aiguisées et cet opus pop folk fourni d'humour est excellent. Le trio offre une énergie contemporaine, lucide, un univers artistique singulier. Il est mis en valeur par les textes en français, une prise de risque qui prouve que la langue est tout autant poétique que musclée, aussi mélodieuse que rebelle, allant comme un gant (de boxe) à la tonalité révoltée des Adieu Gary Cooper. Au printemps dernier parait le grandiose album Outsiders qui attrape mon attention illico. Le style dansant, les arrangements réussis et le jeu de guitare de Paul Becquelin, de Perrine Berger, les harmonies au synthétiseur de Nicolas Scaringella avec la patte de Vincent Hänggi à la batterie, à la basse pour l'enregistrement dans son studio, tout séduit et s'accorde à la perfection. Les amateurs de french-pop, d'Eli et Jacno, Bijou, Lilidrop, des nouveaux groupes underground de New-York ou de Berlin peuvent se délecter.


La belle révolte d'Adieu Gary Cooper dont le nom vient du roman de Romain Gary est décrite dans la bio du groupe 'Entre opium et helium, Adieu Gary Cooper a gardé son odeur de couloir d’hôpital, sa dynamique d'aire d’autoroute américaine où les fantômes de John Fante et de Jim Harrison désespèrent du monde moderne.' On retrouve dans les chansons de l'esprit de la Beat Generation mais aussi du style incisif, bref, insolent avec un peu d'anticonformisme classe et percutant à l'image de la pochette du disque. Outsiders commence avec Il commence à faire noir, où batterie, basse et guitares s'élancent sur un tempo endiablé et du fin sarcasme très plaisant, décongestionnant. La mélodie nous emmène dans un train de notes, fait sautiller sur un quai de gare où l'envie de danser comme un apache à la mesure du tambourin, saisit. Les couleurs métaphoriques envoûtantes nous entrainent dans la mélopée de Solitaire volontaire avec son synthétiseur qui enveloppe l'attention. Puis Docteur (donnez moi quelque chose) continue sur un tempo enthousiaste et immédiat. Les mots chantés en français claquent, sonnent sincèrement rock et se fondent à la mélodie entêtante. Sur le ring pop, on lâche l'éponge à l'écoute du langoureux Travailler c'est mal payé qui délivre toutes les influences des Gary Cooper comme le Velvet Underground avec ce constant décalage entre le tempo et le sens des mots ; Idem sur Les doigts dans la prise de Bleu Bizarre où l'harmonica taquin accompagne un texte psychédélique. La plume acerbe et nécessaire, de manière intemporelle, glisse somptueusement.



Les arrangements rock et pop de Coupe les gaz sont explosifs s'alliant à une invitation spontanée romantique. Le musclé Outsider aussi efficace et fichtrement bien construit arrive avec son tempo et son 'resiste, ne te désiste pas' 'en garde' qui prévient qu'il ne vaut mieux pas poser un genoux à terre. La profusion de notes dansantes est belle, imparable, la batterie et le synthétiseur poppeux à couper le souffle. Le titre bouillonne d'énergie avant le groove élastique de Ligue B qui offre une guitare électrique tendue, magnifique sur la voix de Nicolas libre et gracieuse, merveilleusement obstinée qui porte du psychédélisme et de la matière éloquente. Facultatif déploie ses ailes folk en écho pour évoquer un éloignement, des sentiments qui prennent l'eau, via une volute pop aux reverbs progressives splendides. A l'image du boxeur, du footeux, du sportif qui demeure un outsider, La solitude du coureur de fond continue sur le thème de l'effort, de l'adversité qu'Adieu Gary Cooper insuffle, comme une allégorie, sur tout l'album. Là encore les cordes des guitares transpercent le titre solide et entrainant,  nous fait chanter en choeur les 'papapadada' sur la verve mélodique tonique. L'harmonica boucle le très acidulé album Outsiders qui est à mes oreilles une des meilleures surprises et créations pop de 2017. Quand je serai mort termine l'odyssée pop en douceur et fulgurance à la fois qui correspond à l'univers musical des Adieu Gary Cooper, plein de sensibilité écorchée, décidée, pollinisée de rock et de mélodies obsessives accrocheuses. Le lumineux et coloré Outsiders est signé chez Cheptel Records, label de Nicolas Scaringella et de Robin Girod, à découvrir.
AdieuGaryCooper
CheptelRecords




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vendredi 26 janvier 2018

Pale Lights

Pale Lights est un groupe d'indie-pop américain conduit par Phil Sutton, un anglais exilé à New-York, un favori dans ma collection avec son univers en point de repère qui correspond à ma recherche d'émotions. Je les adore parce qu'ils ont des références artistiques, littéraires, cinématographiques, bien sûr musicales et qu'elles apparaissent furtivement, comme pour un jeu pisté sur partitions. Le leader Philip Sutton, amoureux des livres, travaille au quotidien pour The New York Public Library, passionné d'histoire et d'histoires. Il compose des mélodies pop lumineuses pour refléter ses paroles qu'il puise délicatement dans ces diverses influences culturelles. J'évoque les productions de Pale Lights en 2014 sur Piggledy Pop : "Musicien, chanteur, compositeur et arrangeur, il fait ses armes au sein de multiples groupes Kicker, The Projects, Velocette, The Soft City et récemment son nouveau projet, Pale Lights.



Avec Kicker, Phil Sutton signe deux albums chez Track & Field entre 1999 et 2002. Puis l'anglais s'exile à New-York où il met en place The Soft City avec des membres de Kicker, de Comet Gain et des Ladybug Transistor, un premier EP en 2007 sur Cloudberry Records, puis un autre en 2008 qui aboutissent à un album éponyme en 2010 signé chez Plastilina Records, enfin un autre EP en 2012 Four Stories. Entièrement composés, écrits par Phil Sutton, ils sont tous enregistrés dans le fameux studio à Brooklyn de Gary Olson. Les poppeux de The Soft City offrent des mélopées rythmées, joyeuses et dansantes à l'âme sixties que je conseille chaleureusement." "En 2011 Phil Sutton s'allie à Lisa Goldstein, pour peaufiner un sublime EP sous le nom de Pale Lights qui ravira le club des fans de Lloyd Cole et qui comprend Andy Adler, bassiste dans Crystal Stilts."
PaleLightsPiggledyPop2014



En 2014 Pale Lights offre l'album Before There Were Pictures, sublime et épuisé, il s'est vendu formidablement comme un petit pain et le groupe persiste en novembre de la même année avec l'EP Fourteen Stories Tall suivi au printemps 2016 de l'EP Seance for Something. Le magique titre Jean, Bring the Flowers apparait en novembre dernier pour annoncer le tout nouvel album de décembre 2017 The Stars Seemed Brighter ; j'ai de la veine d'avoir mon exemplaire vinyle issu des 300 parus signés chez le précieux et esthète label allemand Kleine Untergrund Schallplatten, enregistré et mixé chez et par Gary Olson, producteur et leader du groupe Ladybug Transistor dans son studio Marlborough Farms Brooklyn.

La féerie commence avec 100 years qui ouvre l'album dans sa valse de cordes de guitares jouées par Phil et Andy Adler, de basse avec Maria Pace, dotées du synthétiseur avec Kyle Forester ornées de la batterie romanesque de Lisa Goldstein. Le texte romantique, presque old-school fait danser sur ses sujets qui effleurent la mémoire et l'amour. Son auteur la décrit ainsi : "The title is a reference to a line in a biography I read about the poet and artist William Blake, whom I love. The biographer was writing about London at the time of Blake’s birth. He said something like '-250 years ago the stars over London would have been more visible, the night sky would have seemed much brighter-' "
L'envie de danser nous prend quand le tumultueux et irrésistible Mother Cries arrive aux oreilles avec ses arrangements rock garage, solidement tendus pour se marier au tambourin d'Hamish Kilgour. Phil nous invite à son bras pour swinguer le beau moment de I Will Not Pray où il entonne magnifiquement les notes fleuries d'âme pop avec le solo de guitare d'Andy pour offrir sa main à une mystérieuse muse prénommée 'Mary'.



Les guitares poursuivent leur scintillement avec la fantastique mélodie You Were My Sweetheart et toujours la voix de Phil Sutton, somptueuse sur le saxophone assuré par Gary Olson. Suit le métaphorique Jean, Bring The Flowers qui représente un temps passé quand l'art représentait la beauté mais aussi une sorte de critique politique, adaptable selon le côté où l'on se trouve "Jean bring the flowers into the room, Jean bring the flowers into the room, We’ll be lifted by those blooms, Bring the sunlight into our darks lives". Le côté de Phil est celui du pacifiste comme décrit dans The Army Game, titre cristallin avec un soupçon vintage sur fond néo-romantique où Phil évoque sa longue lignée de militaires de la british army et des vétérans en général qui n'ont pas toujours la reconnaissance méritée à leur retour de combat. La gracieuse qualité de la composition et la myriade de notes virevoltantes sont percutantes dans Poor Old Ruby Ellen ; La guitare électrique de douze cordes qu'Andy accompagne parfaitement les harmonies vocales alliées de Phil et de Suzanne Nienaber. Le thème leitmotiv qui revient flotter sur les paroles de Pale Lights est le rêve qui gagne toute sa splendeur sur The Sounds via son clin d'oeil à la Jean-Luc Godard. La saisonnale Coming Up For Air est pour moi le petit bijou de l'album. Comme un voyage initial, un retour aux valeurs, décrivant les sensations, les paysages, comme dans un des romans d'Orwell où le protagoniste revient dans son village natal du Oxfordshire, le même que Phil, faisant vibrer le morceau de vérité et de vécu. Goodnight ferme le pas, d'une allure vive et poétique, avec des attaques claires et franches de guitares et une rythmique, des arrangements à la finesse pop pertinente. Pale Lights offre du rêve comme d'habitude, de la lumière et de la romance avec le chant de Philip tantôt chaleureux tantôt fiévreux qui fait son effet sur The Stars Seemed Brighter, à se procurer.
PaleLights





samedi 20 janvier 2018

Kidd

Je suis toujours fan de l'écossais Stuart Kidd quand un de ses disques m'arrive aux oreilles, toute ma colonne vertébrale se met à vibrer. L'auteur-compositeur de génie, le maestro Kidd signe le 15 décembre 2017 un nouvel album au nom souriant Where are the Strange People? 
Extrait du billet de 2014 que j'écris sur le multi-instrumentiste et interprète de talent "Stuart Kidd est à mes yeux un des meilleurs musiciens écossais de l'indie-pop et la compétition est de haut niveau. Originaire de Glasgow, le ménestrel est professeur de musique dans la vie, maestro pop sur la scène. Multi- instrumentiste, il commence à bruler les planches au sein des BMX Bandits en jouant de la guitare, mandoline, batterie, glockenspiel, percussion, flûte et en chantant aux côtés de Duglas T Stewart qui dit "Stuart Kidd seems to play with more Scottish groups today than possibly any other musician"



"L'écossais joue aussi avec ses compatriotes, St-Deluxe et le groupe Jonny avant de joindre Snowgoose en 2012 pour l'album Harmony Springs, qui comprend les musiciens d'Isobel Campbell, Jim McCulloch, Dave McGown, la chanteuse Shirley Collins, Raymond McGinley des Teenage Fanclub et Stuart Kidd qui écrit, compose, chante et assure la batterie. Le prodige Kidd fait également partie de Cineplexx, Pearlfishers, accompagne Nick Garrie, Stevie Jackson." "...un garçon génial multi-instrumentiste qui assure la batterie pour Euros Childs, crée le groupe The Wellgreen aux côtés de son ami Marco Rea, avec qui il joue également dans le projet solo de Stevie Jackson. Toute la troupe de copains, avec Roy Moller, aussi talentueux les uns que les autres, ont monté le label Barne Society, basé à Glasgow, que je conseille." A noter et à découvrir absolument, son autre mais pas des moindres projet Dr Cosmo's Tape Lab !
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Je ne taris jamais sur les groupes de indie-pop écossais parce qu'ils sont eux-mêmes inépuisables de qualité et parce qu'ils sont naturellement pop comme indépendants. La liste est longue... les artistes écossais doués, tenaces, inspirés (comme nos rugbymen au chardon) : The Vaselines, Belle and Sebastian, Franz Ferdinand, Aidan Moffat (Arab Strap), Mogwai, The Delgados, Travis, Cocteau Twins, The Jesus And Mary Chain, Primal Scream, Boards of Canada, Texas, Eurythmics, Simple Minds, Wet Wet Wet, Emma Pollock, Idlewild, King Creosote, Teenage Fanclub, BMX Bandits, Camera Obscura, David Byrne, Del Amitri, Isobel Campbell, Calvin Harris, The Incredible String Band, The Orchids, The Pastels, The poems, Alasdair Roberts, Trash Can Sinatras, Stevie Jackson, Ed Muirhead, Lonely tourist, Chris Rea (Wellgreen), Roy Moller, TeenCanteen, Joe McAlinden, Edwyn Collins, Orange Juice, Norman Blake...et en y regardant de près, on s'aperçoit que Stuart a travaillé avec une grande partie de ceux-là.

Il y a chez Kidd un don inné pour la composition de mélodies et du savoir-faire pour les mettre en mouvement, en relief. Petit prince de l'harmonie comme Brian Wilson, Gruff Rhys, Donovan, il signe des titres sunshine, mêlés de pop psychédélique, baroque, scindée dans une volupté sixties mais bien contemporaine côté arrangements, samples et paroles. Souvent Kidd dépose dans ses textes, les petits bonheurs quotidiens, l'appréciation de la nature et sa beauté, les sentiments touchants pour ses proches. D'ailleurs, Where are the Strange People? commence avec la gracieuse Little Flower d'abord concoctée mélodiquement sur un synthétiseur Arturia avec lequel Stuart s'amuse à dénicher des sons pour être peaufinée des années plus tard en bijou. Guitare, rythmiques, petit piano acheté à Stirling en se produisant à Tolbooth, lieu historique et réputé en Ecosse pour ses concerts et exhibitions artistiques animent An Afternoon in April.



Suit la magnifique Cyan Seren qui se réfère à la disparition d'une amie et à l'étoile qu'il achète en sa mémoire. La ballade mélancolique emmène délicatement et intelligemment dans une atmosphère astrale. L'envoûtement pop cosmique continue avec le chant somptueux de Stuart, qui porte sa voix dans l'évocation et jamais la démonstration provocatrice sur Independence Day, titre au tempo chaloupé signé de l'artiste irlandais Ian Thistlethwaite avec qui Kidd travaille. L'amusant titre suivant, Satellites, avec ses samples raffinés et amplifiés nous livre l'histoire imagée d'un type que Stuart rencontre dans un avion pour New-York et qui travaille dans une compagnie spatiale à vérifier les trajectoires de satellites. L'orchestration est digne d'un voyage interstellaire avec un alunissage en douceur sur la stratocaster. Dans le même esprit Callisto, troisième lune du système solaire, satellite naturel de Jupiter, arrive avec ses cordes et son enregistrement initial sur un 4 pistes pour un instrumental en orbite avec le leitmotiv. Le musicien offre un superbe Modified Radio Birdsong doté d'une recherche harmonique d'orfèvre, orné de loops et de sa voix remixée au vocoder. Quand Baby Bird joue ses notes ensoleillées au rythme des cordes boisées et de la grosse caisse, l'inspiration de l'auteur est nourrie par la photographie du nouveau-né d'amis. Misty's Golden Years offre des notes et des arrangements de casio sautillants pour évoquer le destin pas joyeux d'une femme célibataire serveuse dans un café avant le politique Looking For The Way Out qui porte sur le Brexit. Sur le plan mélodique, et malgré mon petit désaccord sur le sujet, ce titre me plait beaucoup, tant il m'apparait comme une véritable pépite pop ; Intemporelle, excellente, comme Little Lucy sur HOTCHPOTCH, dédiée à sa fille naissante que je peux écouter en boucle encore pendant des siècles. C'est l'instrumental Where Are The Strange People? stylé atmosphérique et psychédélique qui ferme l'album. Le titre montre l’imagination fertile de Kidd, tout son terroir musical, son talent inné pour nous embarquer avec lui au fil d'une escapade intérieure où il nous plonge au gré de ses humeurs. Stuart Kidd signe, après Junk Museum de 2010, Last Chance Balloon de 2011, HOTCHPOTCH de 2015, le récent album-récit Twinkle And The Big Whoosh de décembre 2017, un magnifique Where are the Strange People? chatoyant de musicalité et de sensibilité qui garde au chaud sa place dans la supernova Piggledy Pop.
Kidd



Math And Physics Club

Math and Physics Club, groupe américain originaire de Seattle, qui signe le 26 janvier prochain son quatrième album. Il fait partie de ceux qui comblent mon chevet depuis 2005 et que je glissais volontiers dans mon émission de radio. Je décris ici en 2011 puis en 2014 ma madeleine de Proust pop : "Math and Physics Club, trio pop américain de Seattle, fait partie des 10 groupes privilégiés, rares et précieux, de Piggledy Pop; parmi ceux-ci, il y a aussi les Lucksmiths et Fred Astereo avec qui les Math and Physics Club partagent la scène à maintes reprises. Signés en 2004 sur l’excellent label Matinée Recordings, leur premier EP, Weekends Away ne tarde pas à être remarqué par les amateurs du genre, à être chouchouté par les radios indépendantes. Suit en 2005, Movie Ending Romance, EP de quatre titres, chacun étant brillant et efficace. Après une tournée aux côtés des Lucksmiths, une compilation comprenant les Acid House Kings, Loveninjas, et les Sambassadeur, Math and physics Club sort en 2006 son premier album éponyme. En 2007, le EP Baby i’m Yours permet d’aider à patienter ces trois années pour enfin pouvoir savourer ce superbe deuxième album, I Shouldn’t Look as Good as I do, paru en juin 2010." "En novembre 2013, le groupe amoureux des Smiths et de Tullycraft revient avec l'album Our Hearts Beat Out Loud"
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Nos amis poppeux sont donc de retour en 2018 avec le magnifique album amoureux et dansant Lived Here Before qui s'ouvre sur un jangle et joyeux Threadbare à l'image de l'éternel profil gentleman et l'esprit positif de Charles Bert chanteur et guitariste. Bondissante et chaleureuse, sa voix est comme un phare lumineux dans la tempête de guitares et tambourins déferlant depuis un lustre sur les compositions des Math and Physics Club. D'emblée, l'ambiance romantique nous guide dans une tour de tendresse où le coeur bat par anticipation comme un 'orchestra starting to tune'. Les métaphores musicales qui habillent les textes s'enchainent comme les mélodies voltigeantes façon sucre glace et Marblemouth, gourmande en guitares décrit une nuit partagée au parfum de nostalgie. Broadcasting Waves se dessine aventureuse et audacieuse, souhaitant passer à l'étape suivante 'I built a radio tower to signal your heart, broadcasting waves across the sea in the dark' sur un rythme entreprenant, offert par la basse taquine de Ethan Jones et la caisse cavalière conduite par Kevin Emerson.



Le charme opère sur les accords aériens et langoureux de The Pull of The Tides où tous les sens sont en éveil, engagés et entretenus par l'attente et le désir. Math and Physics Club revient sur la scène avec des titres solides comme Like Cinnamon avec une montée d'arrangements, une mélodie qui gonfle et s'élance majestueuse sur des choeurs, des tambourins velours, une écriture fine aux émotions attisées. Puis prend place l'instrumental Falling for It qui me fait penser de façon attendrie à Jonathan Richman. La guitare acoustique mariée à l'électrique sur la magnifique Dear Madeline offre un moment de nostalgie qui me touche beaucoup - montrant aussi le charisme allié de guitaristes de James Werle et Charles Bert. Ethan quitte sa basse pour jouer l'air enjoué au piano de Take a Number, chanson sur-mesure aux allures country qui laisse galoper la rythmique et s'étoffer l'instrumentation. Past and in Between, impressionnante de qualité, arrive avec son tempo sixties pop garage pétillant, son clavier ébouriffé qui convoque notre attention. La guitare y est aussi impétueuse que grandiose pour une épopée de 3 minutes. L'efficacité des artistes américains se pose sur All the Mains are Down comme s'ils disposaient du talent de composer un air pop sur un claquement de doigts. Les mélodies immédiates entrainent et font danser illico comme Drive to You qui ferme l'album, mêlant la musique et les sentiments, 'i've been in my car, drive to you, i turn on my radio, but i can't seem to find the song that reflects what i'm feeling...closer i get, the faster i drive to you'. Lived Here Before est une leçon ultra-mélodique tirée du passé est bien ancrée dans le présent, avec le persistant talent des Math and Physics Club, tels des courtisans délicats qui conduisent de manière affective au voyage pop ardent et constant.
MathAndPhysicsClub



Tullycraft's Superboy & Supergirl by Math and Physics Club


dimanche 14 janvier 2018

Super Besse

J'adore Super Besse, groupe biélorusse de pop post-punk veinée cold wave, et ce, pour de multiples raisons. Primo, le nom. Secundo, leur esprit, pas politiquement correct. Tertio, leurs titres sont chantés en russe. Au dessus du chapeau, il y a la qualité mélodique et technique qui inonde les chansons et leurs prestations en live. Comme leurs compatriotes Motorama, il émerge de leur univers toute l'âme slave difficile de mettre à terre, suivant le sillage de grands comme Joy Division, The Cure et Bauhaus. Basés à Minsk, le trio signe en 2015 son premier album nommé 63610 qui est le code postal de la station Super Besse en Auvergne et part le présenter au public en Allemagne, en Russie, dans les pays baltes, France, Italie, et sera au festival Eurosonic aux Pays-Bas le 17 janvier 2018. En octobre 2017, le groupe signe son deuxième album appelé La Nuit et sans surprise, les neuf titres sont des joyaux.





Les efficaces et inspirés Super Besse sont Maksim Kulsha au chant et à la guitare, Aleksandr Sinica à la basse et rythmiques, Pavel Mikhalok aux synthétiseurs. Le sublime La Nuit attaque, dégaine le menaçant et solide Predlogenie qui a la subtilité de vouloir dire 'suggestion'. Le tempo endiablé est autant mené par la boite à rythmes que par le jeu de basse, le chant et le synthé. Le titre suivant, Yunost, enchaine sans pause et l'effet est à couper le souffle, hypnotisant et bondissant. Les notes virevoltent sur le thème de la jeunesse évoqué, mis en beauté par la guitare électrique. Les voix en écho ornent l'ensemble pour cristalliser et renforcer l'effet glacial réussi quand Vsega reprend le thème du 'temps' en jouant sa mélodie nerveuse et éclaboussante. Omut suit en happant et paralysant l'attention, comme une spirale psyché qui abolit toute résistance. Le titre parle d'un bain tourbillonnant ; Son tempo révolté ferait devenir punk tout le peuple de Sibérie. Net Nichego poursuit la magie cold avec ses arrangements vitaminés et le chant de Maksim ensorcelant. Les cloches de Noch immobilisent nos oreilles dans une ascèse parfaite. Leur carillon plonge dans un romantisme froid absolu qui commence à fondre pour in fine s'embraser sur Krug et son synthétiseur au tempo tendu, incessant. L'excellence et le somptueux esthétisme sonore continuent avec Strah qui parle de peur. A armes égales, les cordes et claviers scintillent. La rythmique binaire, comme des pulsations cardiaques sur le chant plein de charme, forment un ensemble homogène et donne de l'impulsion sur le dernier titre Doroga Domoi d'une beauté concise totale.
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