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dimanche 15 juillet 2018

Nungesser et Coli

A 5h du matin, le 8 mai 1927, les deux aviateurs Nungesser et Coli décollent du Bourget à bord de l'Oiseau Blanc pour New-York. Le 9 mai, les deux pionniers de l'aviation disparaissent. Volatilisés.

Charles Eugène Jules Marie Nungesser est né le 15 mars 1892 à Paris (Xème). Il grandit à Valenciennes où il vit avec sa mère, fait l'Ecole des Arts et Métiers de Valenciennes, part à l'âge de 15 ans pour l'Amérique du sud où à la manière de la Beat Generation de Kerouac mais avec un demi-siècle d'avance, il vivote de petits métiers comme boxeur, cow-boy et pilote de course automobile. Le jeune homme est doué pour le dessin, la mécanique, l'équitation, il est agile, débrouillard et passionné. L'aviation est en train de naître et il veut devenir pilote.
Charles Nungesser est déjà un personnage.



1913, il rentre en France...ou plus exactement il est rappelé en France. Il est incorporé au 2ème régiment de hussards grâce à son habilité équestre et très vite, commence ses exploits. La guerre n'est pas encore commencée qu'il est envoyé en territoire ennemi pour une reconnaissance. A un passage à niveau, il piège une automobile mors et abat ses occupants, 4 officiers allemands, avant de subtiliser le véhicule dans lequel se trouvent les plans de l’Etat Major ennemi, et rapporte le tout à son quartier général.
Tandis que le Baron Rouge sévit outre-Rhin, la France peut compter sur son Hussard de la Mors surnommé ainsi par son Général qui lui offrira d'ailleurs la fameuse voiture et l'intégration à Dunkerque de l'escadrille VB 106. 1915, après avoir abattu un biplace allemand, il intègre l'escadrille de chasse N 65 basée à Nancy.



Charles Nungesser devient un des plus brillants pilotes de l'armée de France, avec ses missions accomplies, réussies en combat aérien, l''as des as' malgré son manque de discipline, est classé 3ème meilleur pilote français de la Première Guerre mondiale après René Fonck et Georges Guynemer. Ses sanctions sont vite levées par ses faits d'armes. Ses exploits lors de la bataille de Verdun lui valent de pouvoir peindre sa propre insigne 'coeur noir couronné d'une tête de mort surmontée d’un cercueil et deux chandeliers' sur son Nieuport 17 pour la Somme. En 1918 Nungesser comptabilise 43 victoires, une belle liste de décorations : La Légion d’honneur, La Médaille militaire, La Croix de Guerre avec vingt-huit palmes et deux étoiles, La Military Cross (Royaume-Uni), L’Ordre de Léopold et la Croix de guerre 1914-1918 (Belgique), La Distinguished Service Cross (États-Unis), mais aussi une multitude de blessures.


Né en 1881 d'une famille de marins corses, François Coli intègre l'École nationale de la Marine marchande. 1905, à 24 ans, il fait du cabotage en Amérique du Sud, entre le Chili et l’Argentine, il obtient son brevet supérieur de capitaine au long cours avant d'être lui aussi...rappelé en France.

Arrivé dans l’Infanterie mais inapte au combat à cause de deux blessures, il demande sa mutation dans l’aviation en 1916. Il obtient son brevet de pilote en quatre mois et rejoint l'escadrille n°62, surnommée l'escadrille des Coqs dont il aura le commandement dès 1917. En juin, son avion s'écrase, il est blessé et sera le 14 juillet nommé chevalier de la Légion d'honneur. Le général Pétain remettra à l'unité la fourragère aux couleurs de la Croix de guerre 1914-1918. François Coli repart au feu, abat 19 avions ennemis en 63 combats jusqu'à 1918 où un autre crash lui vaudra de perdre un oeil. Malgré tout, il continue de voler, de se battre jusqu'à la fin de la guerre où il sera nommé capitaine d’escadrille, décoré de la Croix de guerre et officier de la Légion d'honneur.
1919, il bat le record de distance en ligne droite et effectue la double traversée de la Méditerranée avec son copilote Roget. Après guerre, le temps de l'aviation est aux records aériens, aux exploits glorieux.



Charles Nungesseur et François Coli s'associent au constructeur Levasseur qui conçoit le biplan l'Oiseau Blanc, doté d'un fuselage marin pour amerrir sur l'Hudson. Le défi est de traverser l'Atlantique. Il y a des témoignages en Normandie, en Irlande et à Terre Neuve d'habitants qui voient l'Oiseau Blanc en vol. La foule réunie à New-York pour accueillir Nungesser-Coli ne verra jamais les aviateurs atterrir.

Bernard Decré, qui est le créateur du Tour de France à la voile, aidé par des mécènes, décide via son association L'Oiseau Blanc d'enquêter sur la 'disparition' des aviateurs. Entêté, le français veut prouver que la gloire de cette première traversée revient légitimement à la France et petit à petit, récupère des éléments aux archives nationales de Washington signalant que les deux ailes de l'avion ont été retrouvées à 300 km de New York et 800 km de Saint-Pierre-et-Miquelon. Jusqu'alors l'enquête aidée par la NASA et la US Air Force donnait des résultats peu convaincants, certains témoins parlaient de l'avion écrasé dans la Manche, d'autres dans le Maine. Dans les années 80, l'enquête conclue que l'Oiseau Blanc s'est écrasé sur l'île de Saint-Pierre-et-Miquelon, où Bernard Decré se rend en 2010 . Il y découvre que l'avion ne s'est pas écrasé mais que Nungesser et Coli ont été victimes de tirs. Les ailes de l'Oiseau Blanc sont criblées de balles. A l'époque, la colonie française est une plaque tournante pour le trafic d'alcool, utilisée par la mafia notamment qui contourne la prohibition américaine. L'Oiseau Blanc a été abattu. Douze jours plus tard, le 21 mai 1927, Lindberg fait la même traversée dans le sens inverse et restera pendant neuf décennies celui qui réussit l'exploit.



Cette nuit du 8 mai 1927 dans le hangar militaire du 34e régiment d'aviation du Bourget, Nungesser et Coli, gentlemen séducteurs, reçoivent de leur médecin une piqûre de caféine, dose de cheval, pour tenir éveillés. L'ambiance est à la fête quand ils revêtent leurs combinaisons en cuir doublée de soie, l'un avec un peigne dans sa poche, l'autre avec son bandeau sur l'oeil. Les deux baroudeurs sont entourés d'amis, de la famille et d'admirateurs quand ils montent à bord du biplan orné d'une tête de mort sur les flancs. Le lieutenant Nungesser est connu à Paris. Il accueille le tout-Paris souvent dans son hôtel particulier sur les Champs-Elysées qu'il descend quotidiennement dans sa Rolls Royce. Le bouche-à-oreille circule cette nuit là et tous les noceurs viennent finir leur nuit blanche dans ce hangar du Bourget où sont présents Maurice Chevalier et Mistinguett, le boxeur Georges Carpentier, l'auteur Tristan Bernard et des politiques comme Edouard Daladier. Le duo d'aventuriers y déboule, cigarette aux lèvres et fend la foule à bord d'une torpedo décapotable. Nunge, surnommé le corsaire, a l'oeil rieur mais ému, cache sa peur avec son éternel humour "Si les Américains nous demandent notre passeport, je fais demi-tour!"

 
Bernard Decré raconte : "Un petit monsieur de la vénérable maison parisienne Prunier leur remet une boîte de caviar Malossol et les invite à la déguster au pied de la statue de la Liberté". Certains lancent des roses, on se bouscule pour des autographes, avant que les deux héros des années folles, installés à bord, font décoller les cinq tonnes de l'Oiseau Blanc qui file à l'horizon pour toujours.

Winston Churchill : "Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur"



L'association L'Oiseau Blanc de Bernard Decré est ce mois de juin 2018 sur le point de finir son enquête, avec l'aide étroite et vigilante du PDG du groupe Safran et du petit-fils de Lindberg, Erik Lindberg, mais a encore besoin d'aide financière. Des morceaux d’ailes ont été remontés par les US Coast Guards, et il doit faire une dernière recherche sous marine près de Portland Maine où le fuselage et sans doute le bloc moteur pourraient être. Bernard Decré : "On peut dire aujourd’hui qu’il est clair que les acteurs de la prohibition furent les vrais responsables de la 'disparition' de l’Oiseau Blanc, et que Nungesser et Coli ont bien traversé les premiers l’Atlantique d’est en ouest les 8 et 9 mai 1927".
OiseauBlanc



En France, ils ont été aperçus la dernière fois à Etretat où un monument est élevé à la mémoire des aviateurs, détruit en 1942 par l'armée d'occupation allemande. En 1963, Charles de Gaulle y fera bâtir un nouveau monument haut de 24 mètres, à sa place d'origine.
Je rends hommage par cette chronique au jeune pilote le lieutenant Alexandre Arnaud, du 3e Régiment d’Hélicoptères de Combat (RHC) d’Étain mort aux commandes de son hélicoptère Gazelle en Côte d’Ivoire, le 10 juillet 2018. 

dimanche 8 juillet 2018

Essex Green

Je suis fan des Essex Green : Jeff Baron, Sasha Bell et Chris Ziter. Depuis les débuts, j'en ai parlé moult fois sur d'autres sites de musique où je prêtais ma plume et les ai diffusé aussi à foison dans mon émission de radio. J'en parle ici naturellement en 2011. Les Essex Green m'animent. Cela ne s'explique pas, c'est l'effet magique que produit la musique. EssexGreenPiggledyPop2011


Le groupe de New-York était sorti des radars depuis de longues années, depuis Cannibal Sea de 2006. Il avait fait paraitre trois albums auparavant, Everything Is Green et The Essex Green en 1999, à tomber par terre, et The Long Goodbye en 2003, à se rouler par terre, tant qu'on y est mais avec la crainte secrète que le titre soit significatif. Les aficionados connaissent les excellents projets antérieurs à Essex Green comme Guppy Boy de Jeff Baron et Saturnine monté avec sa soeur Jennifer Baron. Jennifer a eu la gentillesse de répondre à mes questions sur Piggledy Pop il y a cinq ans au sujet de son projet Garment District : JenniferBaronInterviewPiggledyPop2013



Les Essex Green ont leur style, leur âme et sont des créateurs de chansons pop mélodieuses, alternatives, tout en liant des accords soit psyché sixties soit folk. Leur panache tient du feu contemporain qui les habite, des références musicales, classiques, sixties et seventies qu'ils tiennent parfaitement du bout des doigts pour les remodeler en mélopées délicates ou effrontées, très actuelles.
Comme nous l'avions deviné, The Long Goodbye et Cannibal Sea annonçaient effectivement un long Au revoir qui s'étirera sur douze années. Ce 29 juin 2018, Essex Green revient avec un Hardly Electronic pour nous combler de joie. Son titre, toutefois, nous guide sur une piste comme le groupe le fait toujours. Matures, sereins, dans la même veine musicale énergique et dansante, les thèmes creusent les sillons du bilan, du constat avec la fibre élégante et poétique qui les personnifie.



Dès les premières notes de Sloane Ranger les oreilles frétillent auréolées des guitares de Chris Ziter et de Jeff Baron alliées à l'orgue de Sacha Bell, le mélange essentiel, si particulier aux Essex Green. Le tambourin et la télécaster brillent de mille feux et les voix en chorale qui accompagnent le chant somptueux et vitaminé de Chris, galopent joyeusement pour imager un départ vers une belle aventure. Puis Sacha prend les rênes sur 710 à l'instrumentation fleurie de son grain de voix singulier, du claphands et de sunshine-pop. Les amateurs de pop ne s'y tromperont pas et reconnaitront les premières notes de basse sur Don't Leave It in Our Hands, dont l'oeil flirte avec un certain Cannonball des Breeders. Plus offensif, le titre au tempo rock et énervé tranche dans son instrumentation et dans son texte. Le merveilleux alternatif In the Key of Me offre une section de cuivres, une orchestration profilée rétro sixties superbe, façon Harry Nilsson et Burt Bacharach. Modern Rain vient mettre sur la table des arrangements électriques qui nous ramènent au nom de l'album, idem pour Slanted by Six en plage 11. Délicieusement typée Beatles, la mélodie conduite par les violons seventies et les distorsions de guitares est mariée à un texte métaphorique merveilleusement incisif. Catatonic avec la fraicheur féminine de Sacha offre de jolies paroles quotidiennes avant d'enchainer sur le sublime Patsy Desmond qui laisse filtrer un message touchant et avec lequel on prend de la hauteur. Les cieux y sont déchirés, l'air d'acier est allégé par l'alchimie mélancolique des mots, le jeu de guitare divin de Jeff et le chant de Chris, duo irrésistible.



L'âme de cowboys des Essex Green revient au galop sur la country Bye Bye Crow. Le titre ponctue l'écoute avec une virée dans la verte et mystique dame nature, tout comme Waikiki qui nous berce de son atmosphère maritime ensoleillée. Banjo et basse se mêlent sur le génial January Says pour dessiner une ballade toute en nuances, composée d'harmonies vocales volcaniques tout en destituant la fameuse 'January' de ses fonctions d'enjôleuse. Derechef, on repart au rythme de la batterie qui canonne vivace sur l'orgue et la trompette et sur les deux voix de Sacha et Chris pour mener la troupe sur les rails pop. Another Story semble guider vers la fin de l'album lentement, avec un texte âpre et une histoire privée mais qui laisse vite la place à un magnifique Bristol Sky, avec pour finir, une mélodie, une véritable douceur dans la voix qui mérite et enveloppe l'attention. Avec son univers musical énigmatique, Hardly Electronic des Essex Green nous ramène avec ses envolées de voix vaporeuses, elfiques et ses arrangements de guitares poignants, à une tendre fusion entre le passé et le futur, à l'union des pôles du mysticisme et de la poésie .
EssexGreen

samedi 7 juillet 2018

North Atlantic Explorers

North Atlantic Explorers est un des projets pop contemporains qui me tient le plus à coeur. Conduit par l'auteur-compositeur canadien Glenn D’Cruze, les chansons sont pour ses premiers albums essentiellement inspirées par ses racines familiales britanniques, la mer, le voyage. Sa noblesse d'âme est fournie de sa passion pour la musique. Le magicien multi-instrumentiste qui aspire systématiquement mon attention et la chavire revient cet automne avec un album. Il nous annonce ce mois de juin 2018 la nouvelle en présentant un de ses titres The Sky Ain’t Ever Been So Blue.



Je présente North Atlantic Explorers sur Piggledy Pop en 2015 : NorthAtlanticExplorersPiggledyPop2015

"Glenn D’Cruze de Vancouver est un artiste multiple, auteur-compositeur et multi-instrumentiste qui commence par faire ses armes en accompagnant d'autres groupes à la batterie. Cette première expérience l'a emmené sur les routes où les tournées, festivals, américains et européens étaient partagés avec Neil Young, The Velvet Underground, Lemonheads, Sonic Youth etc. Puis quittant un temps la batterie, il s'est mis à écrire des chansons à la guitare et l'idée du travail en solo à germé. Perfectionniste, il décide de se lancer dans la création en ayant en tête un objet élaboré et réfléchi. North Atlantic Explorers, le nom qu'il choisit comme alias ne tient pas du hasard. Il est passionné de cartes géographiques, subjugué par l'Atlantique, l'Arctique, la magie de sa froideur et de ses brumes où son père a fait toute sa carrière en mer au sein de la British Merchant Navy. A ses côtés, il y a son ami co-producteur Jonathan Anderson qui peaufine le travail de composition signé à 100% par Glenn D'Cruze qui seul à bord, part pour l'aventure en 2005 avec l'opus de 15 titres Skylines.



En Octobre 2014, North Atlantic Explorers signe un album concept magistral, surement la meilleure production et inspiration de l'année nommé My Father Was A Sailor. Comme son nom l'indique, le disque rend hommage au père de Glenn, William D'Cruze qui est tragiquement décédé quand l'album était en cours de création. L'album a donc connu un déroulement non prévu, modifié en son coeur, il présente des chansons écrites avant et celles tristement conçues après ce départ qui évoquent la mer, la vie de son père et sa "seconde vie" de manière poétique. Evidemment, les chansons sont poignantes et fort touchantes. Sur le plan de la composition, My Father Was A Sailor est un petit chef d'oeuvre pop orchestré avec des instruments à vent, à cordes, toujours co-produit avec Jonathan Anderson, enregistré avec une chorale de 14 personnes, et Glenn lui-même y assure les guitares, batterie, piano et basse. C'est à l'écoute de Yo La Tengo que le capitaine Glenn est pris de l'envie d'écrire sa propre musique et ce fan de Wilco, Hayden, Sufjan Stevens, Lloyd Cole, Teenage Fanclub, Josh Rouse, Burt Bacharach, Mark Kozelek, Amor de Días, Belle & Sebastian ne peut que kidnapper mes oreilles. Les mélodies royales de My Father Was A Sailor sont agrémentées de textes lus par son ami écossais Stuart David du groupe Belle & Sebastian et de la reprise magnifique South signée des Pipas. "



The Sky Ain't Ever Been So Blue me retourne à chaque écoute et je ne les compte plus. Harmonium, tambourin, cymbales, trompettes, chorale et voix de Glenn sur un tempo estival et une mélodie frétillante forment le cocktail North Atlantic Explorers que j'aime tant. Le titre donne sacrément envie de découvrir l'album à venir et en attendant, je ne saurais que trop vous recommander l'écoute du grandiose Skylines de 2005 sur lequel apparait la reprise, qui gagne toutes mes amitiés, de la chanson de Lloyd Cole I Will Not Leave You Alone et de My Father Was A Sailor, le double projet de 2014 et 2015. J'ai le privilège d'avoir ces beaux objets qui de surcroît comblent et troublent par leur caractère foisonnant et leurs orchestrations prégnantes ; Légitimement dans le panthéon Piggledy Pop.
NorthAtlanticExplorers



dimanche 1 juillet 2018

Paul McCartney

Sir Paul McCartney frappe encore et frappe fort. Qu'il soit éternel, personne n'en doute. Mais son dix-septième album Egypt Station dont la sortie officielle est annoncée pour le 7 septembre prochain dévoile un McCartney encore plus jeune, offensif, avec une voix fabuleuse et une inspiration sans faille. C'est un évènement en soit car le musicien n'avait pas fait paraitre de chansons originales depuis 2013. L'attente fébrile ou décidée, valait amplement le coup.

Depuis le 20 juin 2018, le public peut savourer deux singles qui je pense vont passer sur les ondes tout l'été. Le rythmé Come On to Me qui sous sa cape métaphorique romantique, contient un message sublimement ficelé et I Don't Know, plus blasé mais du même bois et terriblement émouvant. Egypt Station dont le nom est issu d'une peinture de McCartney datant de 1988 est enregistré entre Londres, Los Angeles et le Sussex, produit par Greg Kurstin et Ryan Tedder pour un titre. Comprenant 16 titres dont deux instrumentaux, le disque se déroule comme un film, chaque piste représentant une station, un endroit peint des sentiments qu'il inspire. Paul McCartney: "I liked the words 'Egypt Station.' It reminded me of the 'album' albums we used to make... 'Egypt Station' starts off at the station on the first song and then each song is like a different station. So it gave us some idea to base all the songs around that. I think of it as a dream location that the music emanates from."



Ce qui affleure de l'écoute c'est le style des arrangements qui se rapprochent le plus de ceux des Beatles . McCartney avoue que de travailler sur le disque anniversaire des 50 ans de Sgt Pepper en même temps qu'il enregistrait Egypt Station a fortement influencé sur les harmonies de piano. Les ambiances sont variées, allant de Happy With You, joué en acoustique avec l'admirable et solaire Linda qui revient à l'esprit, ou Despite Repeated Warnings dont les 7 minutes font pleuvoir des notes éloquentes qui nous ramènent à la mémoire le magnifique A Day In The Life. Cette atmosphère de voyage au long cours et la pléthore de lieux qui forment les chansons sont à l'image de la toile originale de McCartney et son train sous la pyramide qui s'engouffre dans un tunnel. La surprise est de taille, le mystique et le mystérieux font équipe sur Egypt Station qui plaira à une large et diverse audience. Avec cet album incroyablement beau et l'ardeur intarissable de Macca lors de son concert surprise le 9 juin dernier au Liverpool’s Philharmonic Pub, le prestigieux et souverain fab'four annonce d'ores et déjà des concerts en juillet à noter sur les cartons.
PaulMcCartney

En attendant le 7 septembre, les lecteurs de Piggledy Pop peuvent apprécier le travail du fiston James McCartney par ici : JamesMcCartneyPiggledyPop





Daniel Carlson

Daniel Carlson fait partie des musiciens auxquels je suis particulièrement attachée. Son univers musical est orné de différentes influences. La première est certainement la pop sixties, celle de Burt Bucharach, des Beatles et des Beach Boys mais aussi celle de The Aluminum Group, Kahimi Karie, Phoenix etc. Son âme d'artiste est aussi nourrie par les endroits où il vit avec son épouse qui est peintre. Le couple vit six mois à New-York, le reste de l'année à Amsterdam où il a aménagé un studio mixte, pour la musique et la peinture. Je parle de son travail il y a quatre ans : DanielCarlsonPiggledyPop2014



"Daniel Carlson est un auteur-compositeur, multi-instrumentiste également arrangeur qui pourrait bien être le fils spirituel de John Lennon, McCartney ou Brian Wilson. Ce natif de Chicago où il grandit, part s'installer à New-York dès les années 90 (...) Ses titres pop, sunshine, psychédéliques, se dévoilent en 2001 avec un premier EP Somnar, puis en 2004, Now, tous deux enregistrés avec les amis qu'on retrouve dix ans plus tard toujours à ses côtés, les producteurs Ken Sluitter et Chris Bruce aussi guitariste, l'ingénieur et pianiste Mark Greenberg qui travaille avec Real Estate, Low, Wilco, Andrew Bird , et le multi-instrumentiste Jonny Polonsky, proche collaborateur et ami de Franck Black, Donovan, Johnny Cash, Neil Diamond. Daniel Carlson enfant, est entouré de bons disques à la maison, sa mère qui une grande amatrice de musique, l'inscrira à des cours de batterie. Il découvre tôt les Beatles et les Mamas & the Papas. Adolescent, laissant la batterie, il passe à la guitare, la basse et un peu le clavier, puis découvre les Carpenters, Burt Bacharach ce qui déclenche une fascination et une passion pour la pop orchestrée et arrangée. Depuis, Daniel qui se replonge dans l'écoute des Beatles, XTC, High Llamas, Stereolab, The Divine Comedy, compose lui-même de la chamber pop stylée sixties, ornée de mellotron, de moog, de cor et trompettes avec des arrangements riches aussi de son seventies. "



Faisant suite au délicieux Me You You Me de 2014, le dernier album de Daniel, Not a Drawing, est un véritable bijou pop qui évoque l'art pictural, la musique et le voyage comme sur le fabuleux Cloudy People. Ce titre est à mes oreilles de l'or pop brut qui m'a animée ces mois derniers. Daniel crée un essaim musical atmosphérique harmonieux en déposant délicatement du Moog et de la flûte. Les instruments flottent sur son chant vaste et noble. Quand arrive I see You There, on est déjà en apesanteur et l'auteur-compositeur qui se dépense à poursuivre le moindre détail et qui a voulu un album homogène obtient ce résultat à la perfection. Home, concocté avec autant de méticulosité, poursuit cette notion de mouvement grâce aux claviers, piano, tambourin et aux mots qui oscillent entre le présent, le passé, la distance parcourue jusqu'au 'home'. Puis All in Display sans transition, avec ses arrangements cosmiques, l'écho dans la voix, offre une splendeur éthérée psychédélique et une production sophistiquée rappelant l'ambiance du Dark Side of the Moon de Pink Floyd. L'hommage à New-York, à ses habitants, sur Just Like Nothing a une signification particulière pour Daniel et devient éminemment touchante. De manière logique, l'âme de la Big Apple vient survoler le génial Problems où guitare, piano brillent de mille feux sur le chant étincelant de l'américain. Le sublime Everybody's Dump About You qui reprend les thèmes du temps, de l'espace, offre une synthpop aérienne presque minimaliste qui devient opulente tellement son allure est distinguée. On repart sur la route sunshine-pop en zigzagant sur la basse, la guitare électrique et le Moog magique du dernier titre Farther, Faster, Safer. Jusqu'aux dernières notes, ultime moment solennel de plus de 7 minutes, l'addiction persiste et on voudrait que l'exploration mélodique de Not A Drawing continue. Stellaire.

DanielCarlson



samedi 30 juin 2018

Linus of Hollywood

Linus Of Hollywood est le nom de plume de Kevin Dotson . Son univers musical pop est huppé et panaché. Actif depuis 1995, l'artiste est toujours aussi inspiré et frais dans sa création de chansons en signant l'album Cabin Life ce mois de mars 2018. Son style sunshine est bien ancré dans ses productions. Le multi-instrumentiste, producteur, est né en 1973 et a grandi en Floride où il apprend à jouer de la guitare, du piano, de la basse et de la batterie. Entreprenant, il crée adolescent son premier groupe et file à vingt ans en direction de Hollywood où il fait ses armes au sein du groupe Size 14. Son titre Claire Danes Poster est un succès et Kevin s'envole en solo sous le monitor Linus of Hollywood, nom qui lui vient de son amour pour Snoopy & les Peanuts et son personnage Linus Van Pelt. Sa musique fleure bon le soleil de la côte ouest et l'air plus cristallin de la montagne californienne de Lake Arrowhead où il aime s'exiler. A son inspiration solaire, s'ajoute son admiration pour Margo Guryan avec qui il travaille. Il collabore et produit d'autres projets, d'autres groupes, Bowling For Soup, The Smashing Pumpkins, The Charlatans par exemple.



C'est en 1999 que parait son opus Your Favorite Record qu'il signe à la maison, créant son propre label, son studio, appelé Franklin Castle Recordings. J'aime beaucoup cet album qui avec ses vingt ans d'existence n'a pas pris une ride. Margo vient jouer du piano, offrant deux de ses titres Sunday Morning et Shine en guise de reprises. La qualité des arrangements de cordes est magnifique, faisant voltiger des bulles chamber pop, sunshine et orchestral dans la digne lignée des Beach Boys.
Linus of Hollywood enchaine dès 2001 avec Let Yourself Be Happy, Triangle en 2006, Reheat & Serve en 2008, Something Good en 2014 et ce sublime dernier Cabin Life.
Les titres varient du rock, à la bossa en passant par le classique et la pop minimaliste grâce à des instrumentations denses et lumineuses qui nous traversent et nous soulèvent. L'artiste, prophète pop, inonde son album de poésie contemplative pour l'endroit qui l'inspire et d'amour pour sa famille, ses enfants et ses amis. Kevin Dotson y joue tous les instruments sauf la batterie, assurée par Reade Pryor, violon et alto par Kiara Perico et le violoncelle par Peggy Baldwin. Cabin Life ouvre le bal avec élégance sur les éléments naturels, l'essentiel se retrouve dans le chant des oiseaux, le son de la guitare et la voix de Linus, toujours aussi énergique et mélodieuse.



Le thème de At All traite d'une séparation amère pour l'amoureux déçu sur un rythme malgré tout entrainant où dominent les guitares et la batterie. Même si le petit coeur fragile de Linus est en lambeau, il semble regonflé sur Wasted où le tempo entérine l'ambiance dansante et estivale. Les accords de guitare acoustique et classique flirtent sur les violons, éclatants de charme, ainsi que sur le Moog langoureux de I can't Sleep. Puis les oreilles sont saisies par la superbe de Summer On Your Shoulders, bossa et ensoleillée, véhémente et optimiste dans les mots et dans la beauté des arrangements. Un souffle de sensualité parvient à l'écoute du piano mutin, de la flûte bondissante de Green Valley Lake, bijou pop enfiévré et enivrant avant de faire baisser la température avec le sucré Snow Day. Le profil de la ballade, orchestrée avec les instruments à cordes, est coloré, ouvrant sur un ciel mélodique ardoisé ou bleuté mais jamais voilé. La finesse d'esprit de l'auteur américain, autant dans l'action que dans la sensibilité, remplit toutes les harmonies rock de Won't Let It Get Me Down qui sautillent et virevoltent joyeusement. Le même air vitaminé et rythmé entre sur Until You Said Goodbye qui évoque les regrets, les sentiments déclenchés par l'absence comme sur It Was You. Les violons planent et les guitares scintillent sur la mélodie qui radoube délicatement l'émotion pour clore Cabin Life. Si Linus of Hollywood commence sa discographie avec Your Favorite Record, l'âme pop habille toujours ses titres aujourd'hui avec ses paroles et entre les lignes, le thème délectable de la musique qui lui donnent des ailes.

LinusOfHollywood





dimanche 24 juin 2018

Sam Evian

Sam Evian ne bulle pas. Après son fabuleux Premium de l'an passé, l'artiste originaire de Caroline du Nord mais intégré de façon heureuse à Brooklyn depuis des années, fait resplendir ses guitares, ses cuivres et ses tambours depuis le 1er juin 2018 sur You, Forever. Le disque est magnifique, une ode à l'amour, langoureux, intime et élégant. A son écoute et sous les harmonies cristallines ajustées par Sam, on fond de plaisir. Le thème de l'amour vogue gracieux sur un autre thème fort et omniprésent, celui du mouvement, du départ, de l'exil avec son bithume à consentir, tout comme sa propre conscience. Sam Evian : "This is you, forever: deal with yourself". "It’s about accepting that you are responsible, that you are in charge of your actions. Everything that happens to you is because of you; no matter what happens, go there and learn from it".
C'est sur la route en tournée pour partager Premium que Sam écrit et compose ce sublime You, Forever où son ami Chris Cohen, déjà présent sur le précèdent, revient chahuter nos oreilles avec son talent immuable au service des arrangements .



Memento : mes billets sur Sam Evian et Chris Cohen :
SamEvianPiggledyPop2017
ChrisCohenPiggledyPop2015

"Avec sa pochette aux couleurs eighties, son tempo funky, son saxo boogie, sa voix seventies, ses riffs de guitares sixties, l'album Premium de Sam Evian se boit comme du petit lait. Efficace, il donne envie de danser et de rester en sa compagnie. Paru en septembre 2016, son auteur-compositeur new-yorkais fait résonner dans ses chansons toute l'âme de la big Apple. Auparavant dans une autre formation, pas né de la dernière pluie, Sam Owens,  sort désormais l'artillerie en solo, enregistre ce bijou à Brooklyn et signe des arrangements griffés de nostalgie, jouant avec des harmonies incroyables dans la voix, pétillante et limpide, déjà brillants dans les singles Cherry Tree en janvier 2016 et Sleep Easy en juin dernier."

Dès l'ouverture de IDGAF, son champ lexical routier en guise de métaphore pour l'insomnie, la ballade lumineuse que l'auteur écrit lors d'une nuit blanche, commence savamment. La promenade continue sur Where did you go, où batterie, basse, tambourin et le délicieux clavier sont en osmose avec le chant de Sam qui susurre à l'oreille de manière troublante. La guitare électrique lance des missiles, riffs alliés à la batterie, au clap-hands énergique et au saxophone déluré, énervé, sur la psyché Health Machine. Le titre parle de l'état de fatigue des musiciens lors des tournées, brulant physique et mental en dormant sur la route, se nourrissant sur le pouce pour trouver le soir venu un sursaut de santé sur scène. Anybody suit, évoquant un exil provoqué par un mal-être dans un pays  'This land has no sympathy, No one to help you fight''And I have a heart to give, And hands to make it fight, And now I'm out here on my own'.



La guitare electro-acoustique d'Apple est somptueuse sur la voix de Sam en clair-obscur simplement majestueuse. Dans la foulée, l'ambiance délicate et douce continue avec la sautillante Country qui serpente sur la route, fraiche et libre sous un ciel anonyme mais toujours bleu. Les harmonies langoureuses font le point sur Next to You où l'auteur mélancolique se sent déraciné 'I'll never have words to explain what is going on, Guns are pointed at everyone, But together we're better off'. Le départ nécessaire pour une renaissance, souligné sur Summer Day est déposé sur des partitions de guitares captivantes et des notes de claviers brillantes qui me rappellent autant Paul Simon qu'Elliott Smith et Jon Brion. Les dualités du jour/nuit et de la station/action prennent un autre tournant funky sur Now I Feel It complétant la brochette de compositions panoramiques. Créatif et inspiré, Sam Evian largue les amarres et les guitares scintillent, pleines de musicalité et d'électricité sur You, Forever. Puis les balais viennent se frotter à la peau sur Katie's Rhodes, soyeux et capiteux, pour une fin d'album où la symbolique 'dark dark night', fait ritournelle, émouvante. Sam Evian, musicien magicien, signe un album à écouter jour et nuit, verticalement et horizontalement. L'artiste qui n'est pas du genre 'rond de serviette' sait tempérer sa nostalgie de l'éloignement en concoctant des mélodies soyeuses et accrocheuses pour accompagner sa belle odyssée mélodique. You, Forever, enregistré au Figure 8 Recording et produit par Samuel Griffin Owens lui-même, est en tous sens, une pérégrination, une rêverie musicale à explorer.
SamEvian





dimanche 17 juin 2018

Adam Ficek

De nouveau je risque fort de ne pas être objective au sujet d'Adam Ficek que j'admire depuis des années. Je parle de lui et de son alias Roses Kings Castles ici en 2008. L'artiste offre ce mois de mars 2018 un EP marquant, efficace, blindé de finesse et d'harmonies. Grignoté depuis sa sortie plus qu'à son tour, Adam Ficek EP1, est délicieux à chaque écoute. L'anglais n'est pas seulement une 'rock star', il est diplômé d'un Masters degree du London College of Music et continue, à côté de ses activités artistiques à se munir de diplômes, étant récemment devenu psychothérapeute. 


"From my work as both a musician and a therapist, I think the most impactful resource we all have is connection. To be able to connect deeply and authentically with another, to feel truly heard, is the most potent thing we have."



RosesKingsCastlesPiggledyPop2008
"Voilà un très joli projet d'Adam Ficek alias Roses Kings Castles, batteur des Babyshambles depuis 2005. Sa renommée n'est plus à faire, il enseigne la batterie dans différentes écoles mais est aussi un brillant pianiste et guitariste, la guitare étant l'instrument de prédilection depuis son adolescence. Ficek écrit des chansons et décide d'enregistrer ses démos de manière "old-school", en acoustique. C'est un choix. Il ne veut pas faire comme tout le monde et fonctionne avec une boite postale pour l'achat de ses disques. Puriste dans l'âme, il compose un style de musique pastorale entre le genre pop des Belle & Sebastian et le genre quixotic-pop de Syd Barrett, les musiciens qui l'influencent le plus, avec les Housemartins et les Smiths.
Quand on écoute ses titres, on comprend tout de la pop. Adam Ficek n'a guère besoin de moyens sophistiqués pour rendre des mélodies jouées à la guitare scotchantes. Elles vous reviennent en tête comme des boomerangs et collent l'envie de les fredonner en boucle. En plus des maracas, du piano, des arpèges pincées et grattées de sa guitare, sa voix vient se poser délicatement et avec beaucoup de justesse."



Adam Ficek forme avec ses acolytes Patrick Walden et Pete Doherty les Babyshambles et connait un succès fulgurant dès 2005. Avec Patrick, Adam fait ses premières armes avec un autre groupe nommé The White Sport qui offre l'album Songs the postman can whistle en 2004 puis c'est l'aventure Babyshambles et le grandiose Down in Albion de 2005 qui commence. Continuellement, même pendant les tournées, il écrit ses propres chansons qu'il ne tarde pas à offrir au public sous le pseudonyme Kings Roses Castles dès 2008 avec l'album Roses Kings Castles (The Sycamore club). Suivra un chapelet de signatures, toutes aussi somptueuses les unes que les autres : Apples & Engines Ep en 2009, Suburban Timebomb, Roses Kings Cassettes en 2010, l'album British Plastic en 2011, B​-​Sides & Demos en 2014 et enfin Adam Ficek EP1 pour lequel l'artiste reprend son patronyme.



J'aime Adam Ficek EP1 parce que l'anglais y concocte des mélodies acoustiques riches de rythmes et de sens. Les paroles de Black Eye sont accompagnées d'une guitare pailletée de cordes pincées et tapées comme il se doit, poursuivant le thème. Ce premier mouvement acoustique excellemment tendu et résolu est suivi du magnifique French Pull, fourni de notes subtiles, dont le pragmatisme, la lucidité, la froideur détachée et la sensibilité chaleureuse donnent froid dans le dos. Le splendide Interlude de presque deux minutes qui suit déploie fleurs et couronnes de délicatesse et d'inspiration. Jigsaw continue clairement guerrier, offre un duo guitare-voix qui monte la garde et ressuscite notre esprit véhément. Me fait entrer les claviers et tambourin sur la mélodie pop dansante et entrainante. Adam Ficek chante avec sa belle énergie et grâce sur tous les titres qui rivalisent d'invention, de sujets passionnés et de saveurs pour conclure avec élégance sur celui de l'amour. Sun décline une mélodie fascinante, un chant tempéré mais puissant orné d'une rythmique boisée qui scelle cette collection de 6 titres et mon avis sur le talent d'auteur-compositeur, inné et absolu, d'Adam Ficek. Adam Ficek EP1 est un régal mélodique qui mêle réalité et rêve, le coeur à l'espoir. AdamFicek



samedi 16 juin 2018

Mobvibe

Les quatre musiciens de Londres Mobvibe font résonner dans les salles de concerts de la capitale anglaise, mais aussi à Théssalonique où sont leurs racines, leur passion pour les sixties. Chris Roditis au chant, guitare électrique et synthétiseurs, George Cassadrian au chant et guitare acoustique, George Katsanos à la basse, Panos Kofou à la batterie apparaissent en 2010 avec le single Take A Look Around suivi du génial What A Day en 2012 et de Desire en 2013. Le groupe signe le 28 mai 2018 le premier album de quatre titres The NuSixties Invasion Part 1 dont Desire, revu et corrigé, qui grattouille la platine vinyle avec son tempo galopin.





Puis 20th Century Girl suit, avec son parfum d'été, ses rythmes endiablés sous leurs meilleurs aspects traditionnels sixties sauce Beatles. Mobvibe a le bon goût d'augmenter le plaisir en enregistrant de nouveau Chelsea. Une succession de sonorités électroniques et rock progressent le long du titre jusqu'au magique Take A Look Around, avec sa patine lumineuse et chaude. Depuis la version originale, Mobvibe y parsème des samples décomplexés et à la hauteur des attentes suscitées. Les anglais ne se glorifient pas que du passé et revisitent de manière moderne et aboutie des titres que je ne connaissais qu'en version acoustique. Si vous suivez le beau Nusixties Invasion de façon linéaire, le coup de soleil aux oreilles est incontournable. Mobvibe



samedi 9 juin 2018

Jonathan Bree

Pour ses nombreux fans dont je fais partie, l'événement est de taille. Jonathan Bree fait paraitre ce 8 juin 2018 son troisième album nommé Sleepwalking. Les cordes que l'artiste néo-zélandais tend sur son arc sont en nylon, en fer et en or. Ses talents multi-facettes font de lui une pierre précieuse de la pop. Fondateur du label Lil'chief Records, le troubadour compose des mélodies pop qu'il arrange et produit avec dextérité. Sa signature réside dans son univers musical plein d'âme et d'identité, inquiétant, psychédélique et soyeux à frémir.



JonathanBreePiggledyPop2014

"J'écoute Jonathan Bree depuis des années. Ce que j'aime chez l'artiste c'est sa personnalité qui rayonne dans sa musique, ses paroles et sa voix. Peu pliable, son tempérament intègre me séduit. Originaire d'Auckland, il découvre jeune le milieu de la pop indépendante grâce à son cousin Mark Lyons membre du groupe The Nudie Suits. Il crée dès 1998 son premier groupe The Brunettes avec Heather Mansfield qui assure le chant. L'EP Mars loves Venus sort cette même année, puis en 2002 avec son ami musicien Scott Mannion, Jonathan Bree crée le désormais fameux label Lil'Chief Records que j'évoque souvent sur Piggledy Pop. (...) Jonathan continue de créer, de jouer en offrant l'EP Boyracer en 2003 et signe dans le même temps l'excellent album Songbook de The Nudie Suits. En 2004, le label enchaine les signatures dont les californiens de The Ruby Suns exilés à Auckland. Lil'Chief compte dès 2005 une communauté de musiciens notables (...) Edmund Cake, Lawrence Arabia, Little Pictures, The Eversons, Princess Chelsea (autre projet de Jonathan) etc.
Jonathan parallèlement à son label poursuit son écriture et la composition, attaché au style sixties des Beatles, des Beach Boys et surtout à celui de Jonathan Richman dont il est fan depuis qu'il a 10 ans via Modern Lovers. Avec The Brunettes qui accueille dès 2004 Ryan McPhun des Ruby Suns, il signera 9 albums en une décennie."



Avec ce nouveau rendez-vous Sleepwalking, Jonathan ne fait pas de quartier et dégaine des compositions fleuries de basse, son instrument de prédilection, de guitare et de claviers. Brûlants et intenses en sonorités, les arrangements de Jonathan Bree aux commandes sont purement excellents. Les cordes font flotter une tension, son chant profond, invincible perturbe et trouble dès l'ouverture de Sleepwalking. Outre l'utilisation souveraine de la basse, Jonathan manie si bien le thème de la sensualité qu'il crée un alliage musique-voix efficace. Les voix font des loopings troublants sur Boombox Serenade avec son orgue, son tempo langoureux qui de manière alternative nous mène dans un état latent. Cet effet ne dure pas, le titre stoppe brutalement et judicieusement pour enchainer sur la rythmique offensive de You're So Cool. Jonathan fait sa cour, et à ce stade, pose ses jalons en passant à la vitesse supérieure. La voix suprême déclame avec volupté et intimité un texte outrageusement séduisant où l'assaillant est pris dans les mailles du filet de la dame: "I play the devoted butler, Morning coffees by the bed, While all hard fought endeavours, Bring in diminished returns, You're so cool, it's true, You're my kind of girl, Keep you 'till the end". Tandis que la cour assidue fait ricochet sur la servitude et la dévotion, la belle vient répondre sur le charnel Say You Love Me Too avec la présence de Clara Viñals au chant.
Puis le fondant et impressionnant Characters vient accrocher et aspirer l'esprit. Sa construction d'abord pop orchestrale prend la forme de confession amoureuse émouvante, sur des écho de voix divins et la basse, toujours et encore, qui finit d'engloutir l'attention.



Roller Disco poursuit dans la subtilité et la furieuse force mélodique. Les harmonies dans les guitares électriques et les percussions sont véloces et voraces, continuant de perturber les sens sur Valentine et son violon taquin voire funky. En plongeant dans le contexte aussi spirituel que tangible, on passe du rêve au charnel avec la mélodie envoûtante de Static qui précède la tumultueuse Plucking Petals où  Princess Chelsea fait une apparition. Les voix lointaines fantasmagoriques, les guitares en reverb chevaleresques, nous ramènent au titre d'album Sleepwalking avec à son collier des perles mélodiques avant-gardistes singulières. Cette sensation se poursuit sur les cuivres délectables de Coke où là aussi le lexique de gentlemen et de perte de sens, orné de la voix de Jonathan qui croone et vibre, est en symbiose avec l'éloquence des arrangements. Le feu ne s'éteint pas avec le titre qui clôt l'album, Fuck It, aux allures synth-pop cold-wave surprenantes mais bien senties. Jonathan Bree a le don de balancer entre l'ancien et le moderne, mettant en valeur l'orchestration des cordes, des claviers, de batterie typée années 50 et de sa voix magique pour un ensemble qui sonne réel, une acoustique non hybride ni modulée. Le résultat stylé, plein d'âme pop, est une réussite, qui touche et me donne envie de défendre le bastion Jonathan Bree avec ardeur.
En 2014 son premier album solo The Primrose Path est 'album de l'année' sur Piggledy Pop ; Mon point de vue ne change pas et je classe Sleepwalking meilleur album 2018 tant la qualité de l'écriture et de l'exécution est précieuse et rare.
JonathanBree