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samedi 16 février 2019

Fujiya & Miyagi

Fujiya & Miyagi ne sont ni des pokemons, ni des centrales nucléaires posées sur des zones hautement sismiques. C’est un groupe de Brighton crée en 2000 par Steve Lewis (chant et clavier) et David Best (chant et guitare), rejoints par Matt Hainsby ( basse) et Lee Adams (batterie). Leur style bien griffé et reconnaissable est composé d’électronique sur fond de Krautrock, leurs influences étant Can et Neu. Depuis leur premier album Electro Karaoke, le quatuor ne cesse de se produire en concert, dans les festivals, de passer sur les radios et gagne en renommée.
Le titre Collarbone, apparaissant dans une série de MTV et pour des publicités, sort en vinyle en 2005 et fait décoller la notoriété de Fujiya & Miyagi qui présente le deuxième album Transparent Things un an plus tard. Suit Lightbulbs en 2008 et le fabuleux Ventriloquizzing en janvier 2011.



Les Fujiya & Miyagi dont le nom vient d'un personnage de Karaté Kid signent des morceaux electro-pop efficaces, entêtants, qui siéent aux pubs et aux séries (pub pour Jaguar, bande-son de Breaking Bad), leur notoriété dans les médias grandit depuis et s'amplifie depuis l'album de 2014 Artificial Sweeteners. Comme de coutume, Steve Lewis signe un album dansant en pulvérisant le son de synthétiseur. Son panache électro rappelle la vague de Manchester dans les années 85 faisant de son univers musical un laboratoire expérimental digne de Factory Records. Avec humour et un sacré tempo, des mots enfiévrés, répétitifs, qui est désormais leur signature, ils mettent en scène cet effet labo dans la vidéo d'Artificial Sweeteners.



Les anglais reviennent en 2017 avec et somptueux sixième album Fujiya & Miyagi qui attaque dès les premières notes de Serotonin Rushes sur un rythme envahissant, hypnotisant et fort énergique. Comprenant des EP sortis depuis 2016 ils sont disposés ici en album et de manière hétérogène. Les frissons saisissent avec To The Last Beat Of My Heart. Suit Freudian Slips qui dégaine une ambiance cold et kraut animée de l'âme des Joy Division usant d'une basse démoniaque, de guitares, de synthétiseurs mis en exergue par une production léchée et intelligente. Magnesium Flares confirme l'atmosphère de recherche médicale évoquée sur Serotonin en jouant de la rythmique séquentielle persévérante. La pop ne quitte pas les arrangements sur Outstripping (The Speed Of Light). Le titre se rapproche du son synthétique excellent des New-Order et on succombe à l'écoute de l'obstiné R.S.I. suivi de Swoon, palette de couleur sur une mélodie captivante et stylée Warehouse.
Extended Dance Mix parle des consommateurs de musique qui insufflent via internet l'effet du couperet à la création artistique, usant du lexique du corps humain qui tranche et fait mouche avant que la pop de Solitaire fasse souffler un air amoureux, plein de beats ajustés et galbés. Puis Synthetic Symphonies fait sonner les guitares et la basse, les claviers cordiaux 'indus' proches de l'univers de Cure pour finir en puissante production avec le romantique et sensuel Impossible Objects of Desire et ses machines métalliques rutilantes new-wave qui pulsent à rendre dingue le métronome.



Les talentueux Fujiya & Miyagi réitèrent ce mois de mars 2018 avec SUBLIMINAL CUTS, titre single qui présage un album à venir aussi délicieux en illuminant le genre électronique cold-pop de modernité technologique mêlé à un renouveau romantique. Ils ont toujours un coup d'avance sur les autres comme l'ont fait leurs pairs Bauhaus, Cure, Joy Division, Depeche Mode etc. J'étais fan des Fujiya & Miyagi dès 2010 et au fil du temps, je reste aussi friande de leur son addictif, aux contours sucrés et acides, si solidement pop.
Fujiya&Miyagi
Fujiya&MiyagiPiggledyPop2011





dimanche 10 février 2019

Saint-Valentin, Amour versus Haine

Mon billet Saint-Valentin sera inspiré d'une phrase ramasse-miettes du président français du moment qui se gargarise de la révolte qui saigne la France depuis 13 semaines : "Quand il y a de la haine, c'est qu'il y a aussi une demande d'amour" (Le Figaro, 9 décembre 2018)
J'ai donc sélectionné une série de chansons pleines de haine et donc pleines d'amour. Si le 14 février vous êtes en 'demande d'amour', prenez une batte de base-ball ou un cocktail Molotov mais sachez que vous êtes trop fleur bleue !

















Mike Gale / Co-pilgrim

Je connais et adore le musicien Mike Gale depuis 2014 quiet il est à mes yeux un des meilleurs auteurs-compositeurs et interprète anglais actuels : "Apparu en 2000 avec des mélopées pop plein sa besace, Mike Gale monte le groupe Black Nielson à Winchester.""Leur première signature en 2001 comprenant 11 titres fait partie des splendeurs de l'année, riche en productions indie-pop. L'opus Still Life Hear Me qui offre la présence de Joe Bennett au violon, à la trompette et Robin Bennett à l'orgue, tous deux producteurs du disque est suivi de The Seahorse Boe en 2003, tout aussi rock et pop, abouti et lardé d'harmonies. Les guitares, le piano, la basse et la batterie s'allient sur les compositions de Mike Gale qui chante comme un rossignol des Cornouailles."



"En 2005 Black Nielson splitte et Mike se remet en selle seul avec l'alias Co-Pilgrim signant dès 2007 le sublime album Pucker Up Buttercup qui crée la surprise. Le rossignol se chrysalide en voix pop puissante et brillante, compose à la guitare des airs somptueux aux sonorités dont la mélancolie sucrée et rythmée de piano, de basse et guitares voltigeantes, s'approche aussi de Ben and Jason, Badly Drawn Boy, ou même Nick Drake avec des choeurs beach boysiens. Intemporel, un album aussi bien arrangé, écrit et interprété, est une pièce rare aujourd'hui et Pucker Up Buttercup se savoure à volonté, tout comme A Fairer Sea de 2012, génialement pop et orné de balades exquises colorées de cordes, d'orgues psychédéliques ou de guitare acoustique. Les créations de Mike Gale respirent la poésie, la sensibilité et toutes ses influences qui vont de The Jam, à Bill Callahan (...) Fairer Sea évoque l'histoire personnelle de Mike qui part rejoindre son amie américaine à New- York, relation amoureuse qui s'effrite avec la distance. 
Le nouvel album de 2014 Plumes est derechef une ode au romantisme, à l'amour en général avec ses déconvenues, 2013 ayant été une année difficile pour Mike avec le décès de son père."



Les harmonies pop que signe Mike Gale sont pop-folk, chaudement boisées avec un style qui lui est bien particulier. De son vécu en Australie et de ses vertes et iodées terres anglaises, son inspiration est aussi nourrie de l'histoire des amérindiens ou encore des étoiles, parfois personnifiées, se dévoilant sensuelles et amoureuses. Ses dernières signatures évoquent les planètes, leur attraction, leur magie sur des arrangements plus synthétiques exécutés au clavier tout en gardant la garniture feutrée d'instruments traditionnels et toujours son grain de voix, voluptueux et cosmique. Depuis 2014, toujours créatif et prolifique, l'artiste signe de son nom Finger Bone From Swan Wing, Another Planet, Dream Pool puis en janvier 2018, le renversant Beachhead Galaxy. Avec ses acolytes des Co-Pilgrim, la famille Bennett Joe et sa femme Claire aux choeurs, le bassiste Andy Reaney et le batteur Mike Monaghan, Slows to go parait en 2015 suivi en 2017 du génial Moon Lagoon.



Moon Lagoon s'ouvre sur le puissant Turn It Around,  ses guitares électriques font des étincelles rock qui décollent telle une fusée, arrosées d'une basse flamboyante. D'emblée la mélodie captive, la voix brulante propulse illico dans les oreilles le thème du disque 'I'm feeling more and more like a helium balloon, Lighter than the air, floating to the moon lagoon'. Mike Gale assène à coups de riffs talentueux les cinq minutes faisant de la guitare la reine du titre. Puis le fantastique You'll look pretty as a picture when the acid rain hits ya, à la rythmique panachée, dégaine de la critique et du reproche sur des sonorités lumineuses alternatives jouées au synthétiseur ornées de 'papapa' pop dansants. La poésie de Co-Pilgrim se retrouve autant dans les mots que dans les harmonieux loopings de Cylindrical Fire Escapes où les sentiments portent un impact sensationnel sur le titre electro-pop, satellite de l'album. Les touches de clavier sont synchronisées au tempo de la guitare electro-acoustique, de la caisse claire qui bat la chamade sur le chant irrésistible pour créer une mélodie ascensionnelle, magnifiquement planante.



L'atmosphère pop-rock de Moon lagoon frappe de son aplomb et par son profil aussi fluide que volcanique ; Les frissons gagnent l'épiderme. Le violon et le piano de Joe Bennett sur Thank my Stars vont comme un gant au charisme de Mike Gale à la guitare qui touche beaucoup sur ce morceau délicat et intimiste, habité des âmes de Leonard Cohen et de John Lennon. Puis les harmonies rythmées et menées par une salve de cordes sur I'm not a wallflower, I'm the wall renvoient dans une sphère pop crépitante et brodent une composition solide, parsemée de poudre d'étoiles avant de fondre sous le soleil éclatant de Digging holes in the whites of your eyes où les instruments fusionnent et tourbillonnent sur les notes synthétiques et magiques. Wouldn't you like to dance? avec son tempo calibré et les percussions souriantes de Mike boucle l'album. La chanson saisit et enchante quand le tableau mélodique coloré accueille trompette, basse mariée au chant sucré, délicieusement soul montrant toute l'étendue technique du groupe et la personnalité créative et récréative de Mike Gale.
L'équipe Co-Pilgrim offre un Moon Lagoon persistant de qualité, poursuivant sa trajectoire bardée de musicalité pop absorbante et brasillante pour garder sa place au zénith de l'indie-pop britannique.
MikeGale
MikeGale-CoPilgrimPiggledyPop2014



mercredi 6 février 2019

The Monkees

The Monkees est un groupe phare sur le terrain de la pop sixties, actif entre 1965 et 1970 avec neuf albums, il réapparait en 1987 avec Pool it! puis Justus en 1996. Formé autour du chanteur anglais Davy Jones, le groupe comptant trois autres membres, les américains Peter Tork, Micky Dolenz et Michael Nesmith, continuera de jouer, de tourner, jusqu'à la mort de Jones en 2012. 

Genèse : Bob Rafelson et Bert Schneider créent en 1962 une série musicale appelée The Monkees qui nécessite un groupe de pop composé à la fois de musiciens-acteurs. Ces producteurs remarquent un jeune chanteur et acteur anglais qui reçoit un Tony Award en 1963 pour sa performance dans la comédie musicale Oliver! présentée à Broadway. Ils ont leur star et ne manque plus qu'à auditionner d'autres musiciens pour créer un groupe. Parmi 437 candidats, se distinguent Nesmith, Tork et  Dolenz qui avec Jones doivent dans la précipitation écrire, composer et chanter pour que le tournage de la série puisse commencer. S'ensuit un joyeux foutoir.



Personne ne sera prêt dans les temps mais la série est lancée dans un magma d'allers et venues de producteurs et associés, escrocs à la petite semaine qui voulant changer de chanteur leader, passer de Jones à Tork en essayant Nesmith et Dolenz... seront aussi vite embauchés et virés, pratique courante de cette époque, pour qu'enfin la sage décision de laisser le groupe maître de ses choix soit adoptée. C'est ainsi qu'en 1966, The Monkees, moins tiraillés par de viles petits investisseurs, écrivent et composent en chantant tour à tour dans une ambiance saine et amicale.

2016, à l'occasion du 50ème anniversaire du groupe, les amis se réunissent en studio pour enregistrer le sublime et évocateur Good Times! Ce sont Adam Schlesinger de Fountains of Wayne, musicien et producteur en compagnie de Andrew Sandoval, journaliste, musicien, producteur et écrivain, qui sont aux manettes. Quant à l'écriture, la composition, des figures du milieu indie-pop participent à la création aux côtés des grands Monkees Nesmiths, Dolenz et Tork.



Le premier titre Good Times! est une chanson écrite par Harry Nilsson dont la voix enregistrée en 1969 est rétablie à titre posthume dans le titre pour in fine former un duo avec Micky Dolenz. La chanson initiale est à peine retouchée, fortement respectée et le jeu de Nilsson au piano fait son effet. Elle est suivie de You Bring the Summer écrite par Andy Partridge, co-fondateur des XTC. Le titre est pour moi digne d'un sucre d'orge pop. Il est doté d'harmonies ensoleillées, d'un texte charmant qui ranime les sixties, de partitions de guitares qui comptent Jody Porter et Mike Viola, et les fabuleux Monkees à l'oeuvre, Tork à l'orgue, Nesmiths à la guitare et Dolenz au chant. Schlesinger en plus de la production, assure la basse sur l'ensemble des titres tout comme l'excellent Brian Young qui brille à la batterie pour faire virevolter le tempo de She Makes Me Laugh écrite par Rivers Cuomo de Weezer. Le délice continue avec la pépite pop dansante Our Own World écrite par Schlesinger qui resplendit à la basse et à l'orgue toujours allié aux trois Monkees. Le rock garage, mods et power pop, entre avec la sublime Gotta Give It Time qui prête à se dandiner sévèrement sur le tambourin déluré avant Me & Magdalena écrite par Ben Gibbard de Death Cab For Cutie, douce splendeur mélodique qui double le plaisir.



Le duo admirable Boyce & Hart compose Whatever's Right, superbement stylée sixties avec son clavier psychédélique, Viola à la guitare et des paroles irrésistibles qui vont comme un gant à l'ambiance rock vintage qui poursuit sur la sensationnelle Love to Love griffée de Neil Diamond et admirablement chantée par Tork à la voix épique et énergique qui nous comble de son charisme sur Little Girl, qu'il écrit, interprète et enlumine de sa guitare.
Le régal se perpétue avec Birth Of An Accidental Hipster écrite à quatre mains par Noel Gallagher et Paul Weller chantée par Nesmith et Dolenz accompagné de sa soeur Coco Dolenz. Mike Viola à la guitare avec Adam Schlesinger au piano et à la basse font du titre, déjà solide et musclé, une merveille. 

L'enchantement ne s'arrête pas quand Wasn't Born To Follow délivre sa mélodie magiquement jazzy ornée de clavecin, composée par Gerry Goffin et Carole King. L'album se ferme sur deux morceaux d'une beauté infinie, I Know What I Know de Nesmiths, touchante par son humilité, par le tempo du piano et du clavier Chamberlain qui martèle les notes émouvantes avant l'explosive I Was There (And I'm Told I Had A Good Time), au boogie qui enflamme les cordes de la guitare de Viola et le chant de Dolenz. Cette dernière mélopée est signée de Schlesinger qui réussit avec brio le mariage de l'esprit Monkees avec des arrangements pleins de panache, cohérents dans la myriade d'artistes qui contribuent à l'album anniversaire. Les colossaux Monkees ont offert le tout récent disque Christmas Party ce mois de décembre 2018, et semblent plus ardents, plus engageants que jamais!
MonkeesGoodTimes



samedi 2 février 2019

Martha Ffion

Avec ce fameux nom que j'adore, qui aura d'emblée attiré mon attention, j'écris en 2015 sur Martha Ffion au sujet de son EP Go! signé en 2014 suivi de son single No Applause.
"Véritable petit bijou pop, élancé et modelé avec idée, le sublime EP Go! signé de Martha Ffion en 2014 chez nos amis écossais du label Lost Map Records situé à Isle of Eigg est suivi cette année par le single No Applause. A l'écoute de titres comme Sugar Coat, on revisite les sixties en claquant des doigts, tricotant des orteils, pensant aux groupes de filles (musiciennes) des années 60, les biker girls garage-pop, comme les Gingerbreads, Mam'selles, The Belles ou les The Shangri-Las. Les textes fins et délicats, interprétés avec justesse et musicalité, nous parlent d'amitiés, parfois superficielles comme sur Sugar Coat, d'amour déçu comme sur Go et sur Punch Drunk Love qui sous sa forme romantique démontre une certaine force de caractère de son auteur. Martha de son vrai nom Claire Martha Ffion McKay compose, joue de la guitare et chante, entourée de Craig Angus à la guitare, Gavin Redford à la batterie, Richard Stratton à la basse et Matthew Scott à l'harmonium."



L'artiste irlandaise qui a posé ses bagages à Glasgow depuis des années, revient en mars 2018 avec un premier album réussi et aussi gouteux qu'une barre glacée pop, Sunday Best, idéal comme cadeau pour les célibataires à la Saint-valentin. Le disque magnifique offre un pensée positive pour ceux qui ont perdu un amour en chemin et des options optimistes sur des partitions pop entêtantes, dansantes et enjouées. Le don d'auteur-compositeur de mademoiselle Ffion est éclatant. Son producteur et arrangeur Jamie Savage y fait un travail d'orfèvre et autour de Martha à la guitare, clavecin, clavier et chant, ses musiciens Lewis Orr à la batterie, Craig Angus à la guitare, Niall Morris à la basse mettent du coeur flamboyant à l'ouvrage. Celui-ci s'ouvre sur Missing You, subtilement porté par la guitare et le clavier discret rehaussé du chant filtré et fluide en guise d'hors-d'oeuvre délicat. Le tempo juteux démarre sur la mélodie pop de Real Love avec ses guitares jangle façon fifties. Cette ambiance surf-pop se poursuit sur Take your Name qui comme la précédente lance le symbole du mariage dans la mare aux canards ou plutôt, prévient des inconvénients et se déshabille du romantisme. Les guitares au profil bal des années 60 suivent la batterie épatante qui roule ses baguettes comme une tige de barbe à papa dans son nuage de sucre quand Punch Drunk plaque les oreilles au casque, solidement rythmé, alternant entre les riffs de guitares et les choeurs alignés puissants. Les harmonies dansantes ne cessent pas avec le rock garage de Record Sleeves, au regard tendu dans le rétroviseur, orné d'une batterie énergique qui à bâtons rompus continue de cavaler sur No Applause.



Entre rock et shoegaze, guitares électriques aiguisées et rythmique prestigieuse, les paroles piquées d'humour font resplendir les âmes irlandaises et écossaises mêlées, comme sur l'optimiste et voltigeant Lead Balloon aux harmonies animées et inspirées de Jamie Savage à la guitare. Le langoureux piano de We Make Do accompagne une mélodie sifflée qui trottine légère sur un texte saupoudré de sarcasmes bien pesés pour laisser place au soleil et au ton estival yéyé de Beach qui entraine à Baltimore pour boucler l'album. Cette fin contient beaucoup de finesse, de féminité gracieuse et d'arrangements à quatre temps magnifiques d'harmonium, de guitares folk et d'une basse de caractère. Le charme de Sunday Best fait son effet, tout l'album est réjouissant tant il est plein et enchaine les titres de qualité drapés de la personnalité rayonnante de Martha Ffion. Sunday Best est un voyage sentimental sucré aux mélodies solides et à l'interprétation irrésistible. Aux amateurs de Catholic Action dont je fais partie, l'excellent leader Chris McCrory apparait avec Martha Ffion dans la vidéo Take Your Name et le régal se fait pérenne en dégustant le single Kennedy Hair paru ce 22 janvier 2019.
MarthaFfionLostMapRecords
MarthaFfionPiggledyPop2015





dimanche 27 janvier 2019

Michel Legrand

Michel Legrand n'est plus, il s'est éteint hier mais sa lumière reste. Les compositeurs de musiques de films et de comédies musicales français ne sont pas nombreux, je devrais dire n'étaient, parce qu'il emporte avec lui ce 26 janvier 2018, son destin romanesque certainement inégalé. Le musicien à la belle âme, à l'oeil rieur dirigeant un royaume de partitions dorées, me laisse cette triste semaine doublement orpheline.

Ascenseur pour l'échafaud, A bout de souffle, Le cave se rebiffe, Une femme est une femme, Cléo de 5 à 7, Les quatre cents coups, Bande à part...la nouvelle vague, Godard, Henri Verneuil, Marcel Carné... et un jeune compositeur pour mettre ces oeuvres en exergue dont le nom apparait de plus en plus souvent, Michel Legrand. Le timide jeune homme au sens insensé pour le swing, revisite, réinvente le jazz avec des contrepoints, brode autour du style pour y ajouter du romantisme bien français, et dirige de manière assurée et élégante son orchestre pour formuler une chanson. Magicien mélomane, maestro mélancolique, son goût pour les comédies musicales américaines marié à sa culture française agrémenté de son charme et de son instinct lyrique sophistiqué 'frenchy' lui seront vite enviés outre-atlantique.

Cyril Pansal

Michel nait dans le XXème arrondissement de Paris en 1932. Il grandit en lisant Aragon ou Blondin et en se réfugiant dans la musique très tôt parce que ses parents, séparés et peu enclins à la tendresse, ne lui offrent guère de chaleur. 1955 son aventure musicale commence avec le court métrage Visages de Paris signé François Reichenbach, suivront jusqu'en 1963 plus d'une vingtaine de films jusqu'à La Baie des anges et Les Parapluies de Cherbourg en 1964 qui lui vaudra une nomination aux oscars, année où il signe également la musique de Bande à part. Les succès s'enchainent alors avec Les Demoiselles de Rochefort en 1967 et il part en Californie décrocher un oscar pour L'Affaire Thomas Crown et sa mémorable chanson Les moulins de mon coeur. 1968 et 1969 il honore les bandes originales de L'Homme à la Buick (Grangier) et La Piscine (Deray). 1970, son nom s'impose dans le cinéma où il reçoit un deuxième oscar pour Un été 42 et son titre The Summer Knows qui sera interprété par Frank Sinatra, Sarah Vaughan, Andy Williams, Scott Walker, George Benson et Barbara Streisand que Michel Legrand connait bien pour lui avoir concocter le magnifique album Je m'appelle Barbra en 1965 et la comédie musicale Yentl en 1983, troisième oscar. Cette même année l'amène à griffer la bande son de Never Say Never Again, le James Bond avec Sean Connery qui marque sa carrière. Son oeuvre pour le cinéma comptabilise plus de deux cents musiques.

Cyril Pansal


Le pianiste de renommée internationale se produit avec des orchestres de Saint-Petersbourg à Montréal et composera de manière exaltée, compulsive pour une pleiade d'interprètes des musiques d'albums : Henri Salvador, Charles Aznavour, Frank Sinatra, Sarah Vaughan, Ella Fitzgerald, Claude Nougaro, Jessye Norman, Barbra Streisand, Nana Mouskouri, etc... 





Je vais simplement lister les trésors que j'aime pour rendre hommage à l'éternel compositeur et arrangeur, l'impatient, le joueur, l'exceptionnel chef d'orchestre, le pianiste au sourire mutin, le chanteur à la voix captivante et émouvante. Le créateur légendaire de la musique de Peau d'âne sera la voix chantée d'un jeune comédien nommé Michel Colucci qui y joue un garçon de ferme, première apparition à l'écran de Coluche.
Ce sont les fugues de Peau d'Ane que Michel Legrand qui vient d'obtenir son brevet de pilote en 1970, chantonne dans le cockpit, accompagné de son ami Jacques Demy, en faisant des piqués sur les tours du château de Chambord. Cette âme d'enfant, cet adulte dont l'enfance aura été selon ses mots 'fort grise', taquine, ébranle, percute, empoigne la musicalité, l'élégance et la poésie pour nous mettre en état de grâce. Notre timide et merveilleux Michel Legrand continuera d'exprimer ses émotions dans ses notes et ses mots parce que celui qui aimait tant s'amuser en composant est entré hier dans l'histoire de la musique.


Un grand merci à mon complice dans les plus beaux 'méfaits' comme dans les pires 'bonnes actions', Cyril, pour les images collées et montées avec magie, pour ta présence dans ce billet hommage à Michel Legrand que nous aimons tant tous les deux.



















samedi 26 janvier 2019

Half Cousin

Half Cousin est un groupe de derrière les fagots, qui se conserve et prend de l'ampleur avec le temps. C'est sous l'impulsion des deux écossais Kevin Cormack, auteur-compositeur multi-instrumentiste et la complicité de l'ingénieur du son et multi-instrumentiste Jimmy Hogarth que nait le projet il y a 15 ans. Les deux amis sont des Orkney, les Orcades étant archipel subarctique de 67 iles situé au nord de l'Écosse à 16 km de la côte de Caithness, annexé par le royaume d'Ecosse au XIIIème siècle qui compte désormais 20 000 habitants.



C'est là, dans les iles Orkney, que les deux amis grandissent, apprennent la guitare à 10 ans et au lieu de télévision, font de la musique et se tiennent chaud en jouant Deep Purple et Iron Maiden dans un premier groupe qu'ils forment alors âgés de 16 ans. Puis ils partent faire des études à Glasgow où ils continuent de se produire dans les bars. Leur particularité est l'utilisation d'objets recyclés, boites en fer, sonnette de vélo, rythmique faite avec les pierres des côtes nord écossaises, mais aussi de la clarinette, de l'accordéon, de la guitare et du piano. Dans les mélopées des Half Cousin rôde l'âme de Syd Barrett, brodant des mélodies lyriques qui m'envoûtent, des textes poétiques chantés avec une grâce rock et pop divine, le tout arrangé de manière psychédélique et alternative fort intelligente. Cette finesse et leur inspiration sont remarquables sur la première production de cinq titres, l'EP German qui parait en 2004.



Peu étonnant de connaitre le parcours brillant et renommé des deux musiciens depuis à Londres, devenus producteurs dans leur studio londonien de Queens Park où ils signent des groupes qu'ils encadrent artistiquement et techniquement comme par exemple Sia, James Blunt, Suzanne Vega, KT Tunstall, Amy Winehouse etc.

Cette même année 2004, les deux Half Cousin nés en 1974 signent le premier album The Function Room, magnifique, intemporel, une pièce pop suprême. Tout l'album est somptueux. Il est inspiré d'un roman de Janet Frame. La romancière de Nouvelle-Zélande est une muse pour beaucoup d'artistes, laissant derrière elle 11 romans et cinq recueils de nouvelles, dont An Angel At My Table, adapté en 1990 au cinéma par Jane Campion. Grande poétesse, écrivain grandiose, Frame, inclassable, rebelle, connaitra le même sort que Lou Reed, internement dans un asile à la fin de son adolescence pendant huit ans et deux cents électrochocs, échappant in extremis à une lobotomie avant que le psychiatre qui la soignait pour schizophrénie soit déclaré incompétent. Elle se remettra à vivre grâce à la littérature, l'écriture et The Function Room est une ode à ce courage, blindé d'une instrumentation fine, délicate, de textes irisés, fragmentés, extraits de la plume de Kevin, piquante d'esprit et bordée de l'âme sensible écossaise. En 2007, suit le génial album Iodine grandement inspiré lui par les iles Orcades où plus que jamais, la voix de Cormack resplendit d'excellence sur des harmonies électroniques et folk traditionnelles. Absentee, remixée par le duo de Londres Fujiya & Miyagi, aussi poppeux que Jim's Crash Memory, est accompagné des tumultueux Big Chief, Police Torch, des expérimentaux Charity et Rat Pack Dad, des touchants Abide, Home Help et évidemment de Your Name. On peut également se délecter du mini album de 2012, Fantasy Belt, aussi succulent et marqué de l'empreinte folktronica. Une future réunion des Half Cousin serait un cadeau splendide et en y rêvant pour l'instant on peut choyer leurs deux albums d'une qualité qui passe le temps et les modes.
HalfCousin





jeudi 24 janvier 2019

Bart & The Bedazzled

Bart & The Bedazzled est l'ensemble que forment Bart Davenport, auteur-compositeur, guitariste, chanteur et ses musiciens, Jessica Espeleta à la basse, Wayne Faler à la guitare et Andres Renteria à la batterie. J'écris en 2013 sur le musicien californien qui fait rayonner l'indie-pop depuis le début du second millénaire.
"Ce brillant auteur-compositeur californien aurait pu écrire le Da Capo de Love dans une autre vie. La voix de Bart Davenport rayonne de sensualité sur ses compositions velvetiennes, folk, pop, bossa teintée de lounge. Prolifique, inspiré, ses débuts sont des bolides et il signe sur des chapeaux de roue 3 albums en 3 ans : son opus éponyme de 2002 signé sur le label Paris Caramel, le génial Game Preserve de 2003, album sucre d’orge pour l’été puis en 2005, Maroon Cocoon, grandiose, tous deux signés chez Antenna Farm Records. Cette collaboration permet de pérenniser le travail d’orfèvre de Bart avec l’excellent Palaces qui parait par la suite. Les mélodies qu’il griffe de sons influencés des Beatles, The Incredible String Band et Donovan, sont une tapisserie d’harmonies qui rendent hommage aux sixties et aux seventies.



Bart Davenport commence la guitare à 8 ans et compose très tôt , travaille aux arrangements de cordes et des rythmiques pour ses albums et part à la conquête des scènes en solo au travers des Etats-Unis jusqu’en Europe. Esthète de la pop musique, compositeur et interprète, arrangeur et producteur de ses albums, il devient en bonus un parfait showman lors de ses concerts. Bart n’est pas un débutant car il brûle les planches depuis les années 90 tout d’abord au sein du groupe de San Francisco The Loved Ones où il joue de la guitare et chante, puis dans The Kinetics qu’il met en place avec son ami d’enfance Xan McCurdy, membre de Cake.
En 2000, tandis qu’il officie comme bassiste pour les Persephone’s Bees, il présente en simultané ses compositions lors de lives partagés avec d’autres amis, Eric Shea et Devendra Banhart. C’est alors qu’il entre en studio, enregistre ses premiers albums et repart sur les routes, recevant Peter Bjorn and John en Californie, allant jusqu’en Espagne et en Allemagne pour la première partie des Kings of Convenience. En 2006, ce Mozart de la pop à la voix suave de baryton qui rappelle Bert Jansch dont il est fan, intègre la formation The Honeycut en tant que chanteur et compositeur et signe l’opus The Day I Turned to Glass en 2006 qui remportera illico un franc succès. Les festivals et les médias internationaux accueillent la tournée des Honeycut ce qui pour autant ne détourne pas Bart Davenport de l’écriture en solo de Palaces signé en 2008.



L’artiste qui connait bien l’Europe sillonne l’Espagne où désormais un groupe de musiciens l’accompagne, les Biscuit, ainsi que l’Allemagne où il retrouve son deuxième label de Hambourg Tapete Records ( Lloyd Cole, Lacrosse, Nom de Guerre, Next Stop: Horizon etc). Il continue d’écrire sans relâche pour un autre projet nommé Incarnations en chantant et composant l’album With All Due Respect en 2011, puis toujours pour Honeycut, sortant un deuxième album en 2012, Comedians."

L'artiste s'offre l'album de reprises Searching for Bart Davenport en 2011 puis signe de sa patte pop en 2014 l'album grandiose Physical World. Depuis quatre ans, l'ami Davenport manquait fortement mais c'était pour mieux revenir au printemps 2018 avec son nouveau disque, fraichement iodé, vitaminé, solaire et amoureux, l'excellent Blue Motel. Comme de coutumes, on retrouve l'immarcescible et classieux son des eighties tant aimé par le groupe, typé Prefab Sprout.



Dès l'arrivée de Blue Motel aux oreilles, la rythmique attrape l'attention, le chant limpide et vif s'unit aux guitares pour une tocade ensoleillée pop suprême. La basse dansante et joyeuse marque le joli tempo avec la batterie et le clavier géré par Aaron M. Olson, autre larron de talent qui participe aux arrangements de l'album. D'emblée la palette de couleurs comme le titre l'indique, crée sur la mélodie énergique une vivacité supplémentaire, avec du bleu, du gris, du doré, sur le lever du soleil au coucher, en ayant froid ou chaud. La ballade dans l'hôtel est réussie. Suivant la même idée, le nostalgique Halloween By The Sea fait voguer sa ritournelle jouée à la guitare électrique à l'effet envoûtant et velouté avant le trépidant What's Your Secret (Cleo), véritable petite pierre précieuse pop au coeur du disque où l'auteur évoque celle qui l'inspire en y ajoutant du beat et de la sensualité via la partition ingénieuse de saxophone assuré par Billy McShane.



Suit le langoureux et mélodieux Life Under Water avant les arrangements généreusement groovy de The Amateurs et ses guitares qui brillent de mille feux pour décrire des amoureux amateurs, licencieux et bêtement malsains. Les cordes foisonnent, le don de mélodiste de Bart Davenport est éclatant sur Your Sorrow qui reprend le même thème de la perdition dans les bars pour noyer un manque de personnalité avec le clavier somptueux de Robin MacMillan ; Idem pour The House That Built Itself avec sa cavalcade de guitares pour tenir la tonalité ironique et acerbe. Les harmonies soyeuses et élaborées de notes synthétiques appuyées par les guitares de Time Machine For Two vont comme un gant à la métaphore spatio-temporelle d'un voyage amoureux malicieux . L'ambiance voluptueuse se poursuit avec la pause instrumentale de saxophone Single Life. Le panache pop revient fougueux sur Grownups qui déroule des accords de guitares savoureux, dansants, sur la voix de Davenport puissamment mélodieuse qui s'achemine sensuelle et intime dans Vampire pour terminer le disque en douceur et optimisme sur le mot 'future'. Blue Motel est beau, galbé de sonorités seventies ou eighties, arrangé avec brio, parsemé de la voix de Nedelle Torrisi (Asthmatic Kitty). Bart & The Bedazzled apportent une jolie force émotionnelle aux onze titres raffinés et sophistiqués que je range fidèlement dans le panthéon Piggledy Pop.
A ceux qui ne le connaisse pas encore, je conseille l'écoute de Maroon Cocoon de 2005, un album 'pop' phare dans ma discographie.
Bart&TheDazzled
BartDavenportPiggledyPop2013





dimanche 20 janvier 2019

Crepes

Qui n'aime pas les crêpes? Les français les aiment, suzette, chocolat, miel, confiture...au sucre mais aussi salées au sarrasin ou façon pancakes nord-américains avec du mapple syrup. Les premières galettes sont préparées en Bretagne au XIIIème siècle et la tradition culinaire a, depuis, voyager. Car il y a aussi les Crepes australiennes et j'en parle en 2016 quand parait leur premier EP Deaf Ambitions que j'estime être la meilleure découverte de 2015, suivi du cinq titres Cold Summers en 2016 puis en 2017 de l'album Channel Four.



"Originaires d'Australie, le groupe est conduit par son auteur-compositeur Tim Karmouche, au chant et à la guitare, accompagné par Nick Robbins à la batterie, son frère Pat Robbins à la basse, Jackson Dahlenburg aux claviers et Sam Cooper aux guitares. En 2009, Tim écoute une foule de groupes et inspiré, doué, se met à écrire des mélodies pop incroyablement belles et cintrées, dans la veine de Eels, The National, aux arrangements parfois psyché qui évoquent tantôt les MGMT tantôt Super Furry Animals. Après un premier groupe Hollow Everdaze, c'est la formation Crepes qui voit le jour en 2015 pour signer en avril le splendide EP Deaf Ambitions."
CrepesPiggledyPop2016



Le 23 octobre 2018, les Crepes font crépiter le nouvel album In Cahoots. L'album frôle les cimes de l'excellence avec ses mélodies pop psychédéliques subtiles et brillantes. La rythmique envoûte émanant des caisses de batterie et du synthétiseur, des guitares, de la basse et du chant calamistré. 'To be in cahoots' signifie être de mèche et cette pépite fait résonner une nouvelle fois l'entente parfaite qui règne au sein du groupe qui, après leurs journées d'enregistrement au studio Phaedra de Coburg, file piquer une tête dans la piscine du quartier pour se détendre, rire en écoutant les Kinks et Kevin Ayers. As You Go ouvre le bal avec un piano à queue en bonus dans l'orchestration dirigée par les producteurs talentueux John Lee et Zach Schneider à qui appartient le studio, multi-instrumentiste également membre de Totally Mild et Great Outdoors. Le groove du titre transporte, envahit, entête et fait opiner du chef fébrilement. Les guitares taquinent doucement les notes en offrant un délicieux moment de pickings de cordes et de tambourin légèrement excentriques. Puis la basse au taquet de Dark Demons annonce la couleur et sort l'artillerie des claviers pop psyché sixties et des guitares électrisées. Les effets chorale surfpop suivent les vibrations indie-rock de la voix de Tim Karmouche, impressionnante, qui tout en étant posée réussit à exalter.



Les pédales wah-wah sur High-time chantée par Sam Cooper offre un esprit soul à l'harmonie disco-pop seventies qui passe au rock plus noisy sur The Drag, saupoudré de synthétiseurs panachés de son eighties et d'une batterie qui a bu la potion magique. Après avoir resserrer les vis des cymbales, I Was A Kid déroule une mélodie pop savamment arrangée, idem avec Bicycle man qui suit, les deux se classant au top des titres de l'album. Comme chez leurs illustres pairs, The Lucksmiths ou Twerps, on y retrouve du charisme et de la délicatesse dans l'interprétation et dans les paroles. Le titre Life is Fast détend la mesure, offre une atmosphère mellow paradoxale et ironique sur des mots soulignant la vitesse et la précipitation des modes de vie contemporains. La ballade On My Own, intimiste, voluptueuse, reprend le thème des relations amicales ou amoureuses, sur les ondulations puissantes de la mélodie portées par la guitare. The World Ain't Too Far Away poursuit efficace et percutant montrant la dextérité et le talent infini de Karmouche. Les notes scintillent, les harmonies dans les voix font des loopings, la rythmique d'inspiration sixties sautille sur les touches de piano pour former un ensemble savamment pop. Le titre Grey Sea conclut avec les claviers atmosphériques, un texte nostalgique détenant un profil psyché façon Syd Barrett. In Cahoots est solide, d'une qualité sonore fournie de goût et de style, qui désormais place les Crepes dans la pile des dix meilleurs groupes indie-pop australiens.
Crepes

dimanche 13 janvier 2019

The Bascinets

Les Bassinets sont au XIVeme et XVeme siècle des casques en fer à visière, dérivés du grand heaume et protègent toute la tête. Les Bascinets, Nick Wellman, Nick Shew, Tristan Huygen, Trevor Joellenbeck, sont des troubadours pop qui font tourner la tête. Originaires de Columbus, ils se rencontrent au lycée en 2014, forment un groupe et signent un premier EP en 2016. Dans la foulée, ils enregistrent leur album Always Want to Be Your Friend en 2017 et depuis, continuent l'aventure avec 3 EPs parus en 2018 dont 378 Vol. 2 garni de cinq titres en septembre dernier. Leurs influences sont The Smiths, The Cure, The Fall, The Beatles, The Velvet Underground, Television et ils définissent leur musique comme de la pop jangly, post-punky guitar power et indie rock en s'appropriant par exemple Yo La Tengo, via la reprise de Cherry Chapstick. Elliott Smith et John Lennon sont nommés dans la chanson La La La, au même titre que Jean-Paul Sartre, Kierkegaard et Nietzsche.



En savourant Always Want to Be Your Friend, qui évoque les relations humaines, l'amitié, je découvre le talent inné de Nick Wellman pour l'écriture et la composition. Habité, enflammé, ayant cherché à se procurer un véritable bassinet avant de nommer son groupe ainsi, le jeune musicien fait rayonner dans ses mélopées une belle maturité. Ses arrangements sont subtils, fleuris, spontanés et ses mots clinquants, efficaces, jouant avec une palette de couleurs, avec du Royal blue et du blanc comme sur Glass Boy en ouverture d'album. Les guitares festives nous emmènent sur les routes quand le tempo de Marble Step marqué de l'empreinte de Lloyd Cole et Bob Dylan, déroule des notes structurées et enveloppées de poésie. Inspiré, Wellman donne de la substance littéraire et ses accords pop dévalent les partitions, les guitares et la basse battent la campagne sur la batterie chevaleresque de Over the Sidewalk. Sa voix contient une énergie formidable, pleine de mobilité faisant des volte-face mutines. Elle donne du relief comme de l'ampleur à Some Time on My Own, qui dépeint une amitié fragile tout en donnant une merveilleuse envie de battre la mesure.



Cet effet se poursuit sur le jubilatoire et jangle Corporate Pop qui parle d'une rencontre intimidante avec des notes enjouées pleines d'une intensité pop qui ne désarme pas jusqu'au texte badin de Organ Song, voluptueux d'esprit et de drôlerie sur une mélodie alternative grandiose et des voix espiègles. Puis l'indie pop s'offre vive, fulgurante et conquérante sur Scissor Things aux cordes élancées et aussi tendues sur Ooh Song aux contours doux mais pourtant abandonnés au sang froid 'I'm breaking up and changing my ways'. Les clins d'oeil souriants habillent Lalala, chanson passionnante, analysant le coeur humain avec délicatesse et une désinvolture simulée. Lorenzo Always continue d'hautement me plaire puisque Nick Wellman glisse deux phrases en français, avec un accent charmant et des harmonies denses, ornées de clavier psyché, basse, guitares, batterie endiablées et d'un chant triomphant. Always Want to Be Your Friend est à mes oreilles une pièce majeure dans les production indie-pop, pertinente et sémillante ; The Bascinets est un coup de coeur que j'écoute en boucle et qui se faufile aisément dans le panthéon des disques Piggledy Pop.
TheBascinets