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mercredi 15 août 2018

Jean-Charles Foucrier - La stratégie de la déstruction

Le Transportation Plan est mis en lumière par l'historien Jean-Charles Foucrier dans son livre La stratégie de la déstruction - Bombardements alliés en France, 1944. Il est paru chez l'éditeur Vendémiaire en décembre 2016 à la suite de la soutenance de thèse de doctorat de son auteur en novembre 2015. Comme décrit au dos de l'ouvrage, "ses recherches portent sur la stratégie militaire, la propagande, l'opinion publique et l'historiographie des bombardements aériens sur la France durant la Seconde Guerre mondiale."
"Le scientifique britannique Solly Zuckerman a en effet, depuis 1940, conçu un vaste plan d'attaques aériennes dont le système ferroviaire français est la cible privilégiée : gare de triage, centres de maintenance, centres de stockage du matériel roulant...Il s'agit de paralyser les mouvements de l'ennemi en prévision du Débarquement."



Ce 'vaste plan' se nomme Transportation Plan. Il est mis en place par Solly Zuckerman, éminent biologiste, expert ès-endocrinologie et physiologie de la reproduction chez les primates. Reconnu et admiré, respecté, il publie en 1932 son premier livre La vie sexuelle et sociale des singes, puis un autre en 1933 sur le même domaine avant de partir un an à Yale poursuivre ses recherches. Cela ne laisse pas présager au prime abord de le retrouver dès 1939 au sommet de la hiérarchie du commandement allié. Il rentre donc à Oxford en 1934 pour enseigner et sera professeur d'université jusqu'en 1939. Avant son séjour aux Etats-Unis il avait crée un club qu'il renouvelle à son retour sur l'île. Ce club de gentlemen 'politisés' s'appelle The Tots and Quots et compte dans ses membres des scientifiques, économistes et autres universitaires. Parmi eux, une figure notable dans la genèse du Transportation Plan : Frederick Lindemann surnommé 'prof', futur Lord, vicomte Cherwell qui deviendra un proche conseiller de Churchill
1938, suite aux accords de Munich, Zuckerman et Bernal, un ami scientifique, rédigent un memorandum qui souligne le rôle de la recherche scientifique vers la production de guerre, la défense contre les attaques aériennes et l'aide aux victimes des bombardements. Ces pages sont publiées et le livre Science in War parait en 1940. D'abord anonyme et confidentiel, ce petit livre édité chez Penguin, amorce l'idée du Transportation Plan.

Zuckerman veut s'impliquer. Bernal travaille alors au Ministry of Home Security. Ensemble ils étudient les effets des bombardements sur primates et tandis que l'Angleterre subit les attaques de la Luftwaffe cette année 1940, le rapport de Zuckerman et de Bernal intéresse les grandes instances de l'armée britannique. Leur ami du club, Lord Cherwell, plaide auprès de Churchill pour poursuivre l'étude de Zuckerman en lui communiquant une minute du rapport sur les impacts des bombardements sur les civils et les constructions.



Alors que Molotov scelle avec Churchill l'alliance anglo-russe, en 1942, un accord suit avec les Etats-Unis. Roosevelt veut attaquer au plus vite. En Angleterre, le Bomber Command avec Harris aux commandes et des milliers d'avions bombardiers sont prêts. Cette même année, Eisenhower est élu commandant en chef des forces américaines en Europe (SHAEF) qui devra préparer l'Overlord.  Eisenhower à la tête du SHAEF doit compter sur le répondant d'autres 'fortes' têtes comme celle du général de Gaulle, celle de Montgomery et celle de l'adjoint d'Eisenhower, Tedder, qui deviendra un solide ami du baron Solly Zuckerman. Celui-ci soutiendra contre vents et marées le Transportation Plan auquel il s'attèle dès 1942 en étudiant les bombardements sur la Sicile en 43 et de ses observations, trace les grandes lignes du Plan dressé afin d'augmenter les chances de réussite du Débarquement sur les plages de Normandie le 6 juin 1944. Pour assurer le bon déroulement d'Overlord, Zuckerman établit qu'il faut paralyser le système ferroviaire français, affaiblir la mobilité de l'armée allemande par opérations aériennes de bombardements.



Le Transportation Plan ne rencontrera pas que des transports de joie. Zuckerman doit s'armer de patience, essuiera quelques revers de ses détracteurs et ils sont nombreux, maréchaux et généraux, certains sont au SHAEF, à la direction des opérations du Bomber Command, au Committee of Four, au MEW, à l'EOU, au Joint Technical Warfare Committee ou au Joint Intelligence Committee. Zuckerman doit redoubler d'efforts pour convaincre après des nuits de délibérations et de polémiques, souvent stériles, organisées par Churchill réunissant ce 'monde' susceptible et ambitieux qui se repose sur des analyses et expertises inexactes ou trafiquées. Des missions de bombardement autres, en parallèle , comme les road-blocks sont menées, par l'AEAF et son commandant Leigh-Mallory. Les pour-parlers s'éternisent autour de la précaution officielle : la limitation du nombre de victimes. Mais officieusement, il est bien question de politique. Car depuis 1942, le Bomber Command de la RAF (royal air force) et l'US Air Force ne travaillent pas de concert mais sont en compétition. Dans cet esprit, ils procèdent à l'Area Bombing, un bombardement peu délicat souvent à l'aveuglette, sans précision. Celui sur Hambourg fera 40 000 victimes civiles. Le Transportation Plan doit effectuer des prédictions du total de victimes et Zuckerman sera celui aussi que l'on désignera pour vérifier et recenser le nombre de victimes l'été 44.

Finalement, Roosevelt tranche après des semaines de querelles, justement nommée par Jean-Charles Foucrier 'La guerre des Lords'. Le Transportation Plan commence bel et bien au printemps 1944, le 6 mars, trois mois jour pour jour avant le Jour J. L'opération est de désintégrer le système ferroviaire français, et pendant un mois et demie, le plan cible les hangars de locomotives, les gares de triage (reléguées au second plan, seule erreur évidente de Zuckerman), les voies de communication et ateliers de réparations, 80 centres ferroviaires soit 71 000 tonnes de bombes larguées. Il y a 20 000 morts normands en un mois et demie, 156 000 soldats alliés victimes des combats en Normandie, 4560 pertes de l'aviation alliée, 60 000 victimes françaises, Nantes, Rouen, Boulogne, le Havre, Saint-Etienne, Caen, Lisieux, allonge la triste liste de 12 000 à 15 000 tués ajoutés aux normands. Le terrible chiffre de morts chez les aviateurs, sur 125 000 membres d’équipage du Bomber Command on dénombre 55 000 morts côté anglais et 30 000 tués côté américain.



La lecture de la Stratégie de la destruction est passionnante. Jean-Charles Foucrier avec son travail fouillé et impressionnant permet aux non-initiés comme je le suis de comprendre en plongeant dans la logique militaire d'une part et d'autre part, l'ambiance de l'époque, particulière. De son état de gestation à sa structure et sa mise en oeuvre, son enjeu et ses résultats, le Transportation Plan fait froid dans le dos parce qu'il noue l'humanité et la psychopathie. Décortiqué et expliqué par l'historien qui compose ses écrits de références, d'annexes, de photographies, de graphiques, ce plan nous cueille par ces deux facettes, l'absence absolue d'empathie et l'enjeu de la Libération. Ce balancement de sentiments ou pas nous absorbe. Les attaques aériennes anglo-américaines aux objectifs stratégiques ou économiques ne laissent pas de marbre.

L'analyse et l'étude de Jean-Charles Foucrier apporte au récit une logique et un raisonnement applicable à toute époque. Le Transportation Plan destiné à bombarder la France dévoile l'impunité d'Eisenhower qui fait face à l'intransigeance et l'opiniâtreté du général de Gaulle qui démonte l'AMGOT sous l'oeil cruel et rieur de Churchill. Le Transportation Plan, dans les mois qui suivent la Libération de la France, sera appliqué à Allemagne, avec un nombre de morts civils inhumain et in fine, deviendra une zone d'occupation américaine. Du 13 au 15 Février 1945, les alliés bombardent Dresde en Allemagne, 3900 tonnes de bombes larguées, bilan humain 25 000 morts.







L'utilité et la nécessité du Transportation Plan sont décrits avec une grande qualité et ingéniosité par Jean-Charles Foucrier qui invite à la réflexion. Selon le suédois Niklas Zetterling, les alliés avaient 'surestimé la capacité de renforcement adverse' au moment où commence le Transportation Plan et d'après son étude minutieuse, démontre que les chiffres étaient 'extrêmement éloignés de la réalité'. Le polonais Mierzejewski quant à lui conforte l'efficacité du plan. Zuckerman lui-même un demi-siècle plus tard, cherchera 'une preuve nette de l'efficacité du Transportation Plan'.

L'étude du plan, de la stratégie des anglo-américains laisse entrevoir en toile de fond l'action de l'Ultra et ses révélations sur la faiblesse des armées allemandes avant et après l'Overlord, jamais prises en compte par les alliés, qui feront fi de la Résistance française et l'action du général de Gaulle, méticuleusement et systématiquement tenus à l'écart. Avec ses nuances fines coupées de délicieux secrets, de la délivrance de vérités, de témoignages surprenants et émouvants, Jean-Charles Foucrier mentionne sans concession ce qu'était le dessein du plan. La lecture de La stratégie de la déstruction - Bombardements alliés en France, 1944 est absorbante, captivante et éclatante.
LaStrategiedelaDestruction-BombardementsAlliésenFrance1944





mardi 14 août 2018

Dent May

Je parle de l'artiste en 2009 : "je me délecte du titre de Dent May, God loves you Michael Chang. Il est issu du délicieux album The good feeling music of dent may & his magnificent ukulélé sorti en Février 2009. L’ambiance qui règne dans cette chanson est prompt au style du tennisman et démontre que Dent May est un artiste ovni craboté d’un extra-terrestre de la pop, apparu un jour de 2008 sur les berges du Mississippi". "L’artiste a surement du sang de Tom Sawyer dans les veines. Sa personnalité pousserait volontiers les premiers de classe à faire l’école buissonnière (...) Subtilement comique, charismatique, il se distingue par le ukulélé, comme cité dans le titre d’album. Un peu crooner, roi de l’auto-dérision, il chante comme un équilibriste sur son vibrato et ses cordes vocales des années 50, un collier de fleur hawaien autour du cou. Il y a chez lui le swing et la sensibilité de Serge Gainsbourg et de Lee Hazelwood, ses deux références.



Peu étonnant de lire dans sa biographie qu’il a étudié à la NYU Film School. Chacun de ses titres forme une sorte de court-métrage avec des paroles très imagées qui se lient à la musique habillées de cordes et de cor (...) Dent May est un romantique loufoque et charmant doté d’un talent phénoménal de composition et d’interprétation."

DentMayPiggledyPop2009

Le gentleman pop, dandy sous tous rapports, déménage en 2011 d'oxford dans le Mississippi pour poser ses bagages en Californie. C'est à Los Angeles que Dent May signe le single Fun la même année, puis l'album amoureux Do Things en 2012, sunshine, disco, saccharine pop, toujours blindé d'humour et d'harmonies sixties ciselées. Suit en 2013 l'autre pièce majeure Warm Blanket, composée et interprétée par le multi-instrumentiste américain. En 2016, le missile pop Face Down In The Gutter Of Your Love parait et montre un Dent May haut en couleurs, se donnant dans la composition, l'instrumentation et le chant.



Il y a un an, le sublime Across the Multiverse parait comprenant tout le talent rayonnant de l'artiste. La veine de Harry Nilsson et de Brian Wilson, ajoutée à l'esprit drôle, aux paroles imagées et aux harmonies de cordes et de cuivres est un pur moment de grâce pop. Avec ses titres dignes de coups de projecteur sur ce que l'inconscient du bipède à tendance à enfouir par manque de lucidité et surtout de courage, je savoure cette franchise et spontanéité davantage. L'entrée de l'antique grand piano sur Hello Cruel World comme introduction me semble brillamment choisi. Le tempo funky accompagne des paroles sarcastiques évoquant les écrans de télévision, de cinéma et le reflet surnaturel qui caresse l'égo. Puis la basse et la guitare alliées aux violons et aux trompettes jouent une Across the multiverse sensuelle et vitaminée ornée de la voix de Frankie Cosmos, chanteuse dont le nom inspire manifestement l'auteur-compositeur qui joue de la métaphore 'Light years away from your planet Out here alone I was stranded, Beyond space and time, Your cosmic devotion materialized'. Le mouvement et la rythmique de Dream 4 Me sautille gaiment sur le thème de l'amour irradiant la guitare d'un funky détonnant ; Idem pour le groove de Take Me To Heaven aux gammes chaleureuses et croustillantes.




90210 et son tempo croonant évoque l'adaptation de Dent May fraichement arrivé en Californie, qui se rend à une soirée 'caviar, champagne, piscine, palmiers et chirurgie esthétique' avec ses vêtements bon-marché et son bon esprit. La rythmique vitaminée, l'instrumentation de cuivres et de claviers electro-pop de Face Down In The Gutter Of Your Love pousse, avec son enthousiaste thème de l'adultère, à danser. Puis le boogie mélodieux de A Little Bit Goes A Long Way offre une mélopée superbement construite pour parler de l'amour à distance, porté par des images d'espace et de temps. Les guitares et basse scintillent majestueuses sur le titre plein du chant somptueux de Dent May qui enchaine sur un Don't let Them grandiose, arrangé de piano, violons et guitares et les thèmes leitmotiv de la galaxie, des étoiles et de la lumière, qui siéent à merveille aux instrumentations. L'esprit piquant et excentrique reprend du service sur I'm Gonna Live Forever Until I'm Dead, ou l'humour et humilité intraséques au personnage swinguent et virevoltent via les claviers, donnant une fibre joliment distinguée et charismatique à contrario des soirées chloroformées et plastifiées "I'm doing all that I can, Just me and my guitar and a little piano, I've got a new song, Won't you sing along?"

Cette différence, cette distance semble préservée par le musicien authentique qui termine sur le poétique et cadencé Distance To The Moon, en écho au premier titre de l'album Hello Cruel World. "The atmosphere can be an awful place I spread my wings until they make me burn and break, This hopeless planet don't got much for me no more", "And so I'll build a great big ladder up to you, my love, And I will climb and climb and climb until I hold you in my arms, Yet I keep on falling back to Earth"

Dent May signe un album qui balance entre l'amour éperdu et le désarroi, le chaud et le froid, sur une trame cosmique comme pour échapper à la réalité qui à son sens est délétère. L'esprit taquin et réjouissant qui cache des angoisses habille ses harmonies avec brio. La finesse resplendit dans les accords travaillés, les mots imagés et l'interprétation émouvante. Le constant et brillant Dent May offre un Across the Multiverse affirmé et solide ; Une pure merveille.
DentMay



samedi 11 août 2018

Video Age

Leur son marqué et typé, leur style rétro eighties moqueur des Daft Punk et consorts forment un cocktail de délices. Depuis 2016 et l'album opus Living Alone, Video Age offre des chansons électro-pop addictives qui surfent légères et dansantes sur de véritables mélodies. Les deux compères américains Ross Farbe et Ray Micarelli expérimentent leurs synthétiseurs avec magie pour offrir un résultat vintage qui rappelle le doux son du vinyle, feutré et velours, bien que les instruments soient synthétiques. Les titres au tempo diablement prononcé s'enchainent avec un panache notable, une vivacité estivale grâce à l'instrumentation, au chant magnifique qui donne du cachet et aux textes, fripons, malins et efficaces. Avec les deux Video Age, maestro de retrosynthpop qui assurent toute l'instrumentation et la composition, il y a sur certains titres la présence de Duncan Troast aux synthétiseurs, Nick Corson à la basse et Jordan Odom à la guitare. Les harmonies funky, disco, sont cultivées, intelligemment dosées. Les paroles sont savoureuses d'esprit drôle et mordant dans lesquelles on se réfugie avec joie.



Cette âme artistique finement proposée sur l'album Pop Therapy sorti le 15 juin 2018 chez InflatedRecords s'étend et s'entend sur chaque morceau. On se laisse porter dès les premières notes de Lover Surreal, souriantes et anachroniques. Le plongeon dans les eighties est immédiat avec les claviers lounge et si on tend l'oreille, on entend même une flûte soprano. Les dès de l'humour sont jetés sur ce single fulgurant qui est suivi de l'autre bijou pop du même gabarit, Pop Therapy. L'ombre des Daft Punk vient planer pour une élégante moquerie qui tend le sourire jusqu'aux oreilles. Les claviers sont délicatement imprégnés d'une voix robotisée, de funk parodique et paradisiaque. La taquinerie qui se mélange à l'hommage se poursuit sur Days to Remember avec sa basse et ses guitares fantastiques. Le style vintage est exploité dans les paroles, et l'effet est accentué par le génial wah compressé des synthétiseurs. La soul entre en piste, voltigeante, fustigeant un downtempo sensuel sur le sentimental Hold On (I Was Wrong). Car de l'amour, il en est fort question dans ces superbes mélopées de Video Age, mettant du boogie suranné sur l'instrumental User Patterns qui ouvre un chemin romantique et old-school au magnifique Paris to the Moon.



Tandis que la synth-pop funky est à son avènement, la virée rythmée et sucrée continue, insufflant un No Tomorrow à l'esthétique époustouflante. Les claviers et la guitare gambadent joyeusement. Les douces vibrations et sensations poursuivent sur Echo Chamber grâce au tempo percutant et aux effets de voix absorbants. La saveur et l'originalité des Video Age est dans l'utilisation modérée et harmonieuse des claviers, soutenus par la basse et la guitare. Cette fine instrumentation rehausse l'écrin synth-pop de soul sur Scenic Highway. Puis le romantique, terriblement séduisant Is It Her? nous rappelle la naissance de la basse Fender, du Moog Clavinet, et surtout de la funkadelic dérivée du jazz-funk, née à la Nouvelle-Orléans, berceau des Video Age.
Cette rythmique extensible et modulable à volonté se retrouve sur le dernier titre Dare to Dream, clin d'oeil rieur avec la voix façonnée robot pour un ultime et subtil moment de groove. La recherche de style dans le son, le chic dans la composition nostalgique donnent un ensemble de titres raffinés, follement attirants. Pop Therapy de Video Age en guise de thérapie soigne bel et bien mes petites oreilles et me plait tant qu'il se hisse facilement dans le panthéon de Piggledy Pop. A suivre...
VideoAge





mercredi 8 août 2018

Songs. Bond Songs : The music of 007

Songs. Bond Songs : The music of 007 revisite les piliers musicaux qui comptent pour beaucoup dans le succès des James Bond au cinéma. L'album et ses 26 titres propose un éventail de titres phares comme Goldfinger, From Russia With Love, We Have All The Time In The World, Die Another Day, Skyfall, Diamonds Are Forever, You Only Live Twice, Tomorrow Never Dies etc. Les groupes américains y reprennent ces classiques avec style et pilotent les airs avec dextérité. Variées et alternatives, les ambiances dégainent de la fibre, de la veine qui rappellent parfaitement la grande classe de l'espion 007. Ian Fleming, auteur, journaliste et officier de Naval Intelligence (division de la British Admiralty) lui donne forme (le dessine) et le rend mouvant dès la parution en 1952 du roman Casino Royale

dessin-concept de Ian Fleming


De 1962 à aujourd'hui, de James Bond 007 contre Dr No à Bond 25 qui sortira en novembre 2019, les bandes originales sont cruciales et en communion avec la saga. Le  sculpté et solide Songs. Bond Songs fait resplendir cet esprit bondien grâce à l'humour, le talent, une touche de dandisme. L'interprétation qui croone peut y être aussi romantique que drôle, les arrangements sont rock, bossa, pop aussi facétieux qu'audacieux.



La mission musicale commence avec Lannie Flowers, guitariste américain qui compose de la power pop depuis des décennies et reprend ici avec fougue le James Bond Theme (John Barry et Monty Norman) avant qu'arrive aux oreilles le fantastique From Russia With Love (Lionel Bart) de The Stereo Twins, projet des deux frères Huseman, Brandt et Matt, connu pour leur inventivité dans les arrangements. Jason Berk continue de ruser sur Goldfinger (Barry, Shirley Bassey), avec claviers et guitares qui apportent une touche garage-pop discrète, élégante et éclatante vue la difficulté de l'exercice. Puis le compositeur, acteur punchy Jaret Reddick et son Thunderball (Barry, Tom Jones) électrique intervient très rock avant le minimaliste et magnifiquement typé eighties The Look Of Love (Hal David, Burt Bacharach) revu par Wyatt Funderburk qui brille par ses compositions depuis les années 90. Les notes de You Only Live Twice (Barry, Nancy Sinatra) jouées et chantées par le rocker new-yorkais Jeff Litman et Andi Rae Healy accrochent inévitablement l'attention. L'excellent Ryan Hamilton adapte We Have All The Time In The World (Barry, Louis Armstrong) avec un don de persuasion et une inspiration riche d'humour avant le délicieux et dansant Diamonds Are Forever (Barry, Shirley Bassey) des The Corner Laughers.




Les Popdudes sèment des graines seventies sur le titre Live And Let Die (Paul et Linda McCartney) et communiquent avec brio leur motivation pour le thème. Les californiens sont talentueux, Michael Simmons chante, joue tous les instruments accompagné de son camarade John Borack à la batterie. L'ambiance fait volte-face avec la pop psyché et rock de Lisa Mychols sur The Man With The Golden Gun (John Barry, Don Black) quand l'intelligence du compositeur Mike Viola ( Fountains of Wayne, Semisonic, They Might Be Giants) alliée aux Red Bank Catholic concocte un Nobody Does It Better (Marvin Hamlisch, Carly Simon) au tempo soul somptueux et séduisant. Les cuivres langoureux et chatoyants de Moonraker (John Barry, Hal David) vont de concert avec le chant de Gary Frenay qui assure lui-même le trombone, le cor, les guitares, la basse et clavier. Freedy Johnston, un des meilleurs auteurs-compositeurs américains vient orner de sa patte folk le superbe For Your Eyes Only (Sheena Easton), suivi d'une autre pointure sunshine-pop Zach Jones qui remet à son tempo groovy All Time High (Rita Coolidge). Never Say Never Again ( Michel Legrand, Alan Bergman) est adapté par Minky Starshine qui crée une ambiance funky fort réussie et résistante avant la persévérante A View To A Kill (Duran-Duran) dont Jay Gonzalez envisage une version bossa fabuleuse. L'électro-pop entre avec les Cirrone qui signent un profil musclé de The Living Daylights (a-ha), véritable petit exploit pop accompli jusqu'à l'affûté profil soul de License To Kill (Gladys Knight) grâce au coffre puissant de Durga McBroom (chanteuse des Pink Floyd), et de Fernando Perdomo, musicien et arrangeur de haut vol. Identical Suns mitraille un Goldeneye (Bono U2, Tina Turner) rock et électrique pour enchainer sur un Tomorrow Never Dies (David Arnold) approchée par Brandon Schott et Jake Gideon avec des sonorités aussi exotiques que british, conquérantes et périlleuses, à l'image de l'espion fictionnel.



Ian Fleming


L'univers bondien reprend une forme galante avec le suave The World Is Not Enough (David Arnold, Garbage) amené avec charme et talent par Look Park pour introduire les brillants Big-Box Store, les frères Joe et Dan Seiders que l'on connait sous le nom de The New Pornographers et qui révisent magnifiquement Die Another Day (Madonna). Les guitares voltigent ensoleillées sur You Know My Name (Chris Cornell) reinterprété par Phil Ajjarapu au don power-pop garage splendide pour dériver sur une atmosphère plus punk rock des californiens Ballzy Tomorrow, de fort bon aloi et légitime pour donner une allure téméraire à Another Way To Die (Jack White). Le récent Skyfall (Adele) est ici revu par Gretchen's Wheel autrement dit, Lindsay Murray avec Ken Stringfellow et le solide Donny Brown à la batterie. Le challenge semble vraiment réussi quand l'album se ferme avec Cliff Hillis qui redonne des ailes au magique Writing's On The Wall (Sam Smith).



Sous l'impulsion toujours aussi passionnée d'Andrew Curry qui est le producteur et exécuteur de Songs, Bond Songs, j'avais évoqué en 2015 ce travail, partie apparente de l'iceberg Curry Cuts son label, dans mon billet sur la compilation Here Comes the Reign Again. Les artistes et groupes présents pour rendre hommage à James Bond étaient aussi volontaires pour rendre hommage au rock anglais des années 80, "invasion passionnante avec à la proue du mouvement Cure, Pulp, Joy Division, Duran Duran, Tears For Fears, Eurythmics, Culture Club, Frankie goes to Hollywood, Soft Cell etc". Songs. Bond Songs: The Music Of 007 est si beau, si complet qu'il ranime l'envie de visionner la série entière des James Bond. Tout comme la précédente compilation, Songs. Bond Songs : The music of 007 est à avoir absolument dans sa discographie!

HereComesTheReignAgainPiggledyPop2015



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lundi 6 août 2018

Satellite Jockey

Véritable sucrerie pop addictive, je fais volontiers exploser mon taux de glycémie à l'écoute de Modern Life Vol.2 signé Satellite Jockey, paru ce 19 avril 2018. Je parle des musiciens lyonnais l'an passé : "Satellite Jockey est un groupe français basé à Lyon né sous l'impulsion et l'écriture de Rémi Richarme en 2010 (chant, basse, guitares, sitar, banjo) . Il crée le groupe à Brest où il fait ses études d'ingénieur du son et c'est là qu'il rencontre les musiciens Thibaut Le Hénaff (guitare, trompette), Clément Sbaffe (guitare, violon) et Antoine Nouel (guitare). En ajoutant le batteur et la chanteuse, le groupe signe l'opus Trembling in the night en 2011. Les influences, multiples et belles, sautent aux oreilles. Le rock et la pop des années 60 et 70 se glissent joyeusement dans les chansons qui sont malgré tout singulières et véhiculent un style propre alternatif et peu commun. La particularité première de Rémi est de créer la surprise dans ses compositions faisant montre d'une richesse de références musicales, garage, baroque, new wave, psyché. Le nom du groupe vient du groupe anglais des années 60 Nirvana et de leur chanson Satellite Jockey. (...)
Après l'album Falling de 2015, au printemps 2017, Satellite Jockey offre l'album Modern Life vol​.​1 avec comme pochette une très belle estampe colorée. Le décalage avec la vie moderne démarre sur les chapeaux de roue dans le premier titre ingénieux Copernicus. Dès l'attaque des accords de guitares, c'est un plongeon pop sur des harmonies de voix sixties avec des loopings délicieux dans les gammes de la basse grandiose. On songe aux Beatles, Kinks, The Incredible String Band, Syd Barrett, Small Faces, Animals et Yardbirds."
SatelliteJockeyPiggledyPop2017



Ce deuxième volet est ficelé, peaufiné, musicalement si pop et ardent qu'il provoque une réelle dilection. Dans le sillage du premier volet, la pop psyché est ornée de soul, de rock, de garage et comme un cavalier pousse sa monture, Rémi Richarme y ajoute du panache dans les arrangements. Les mélodies riches et dansantes sont nourries d'instrumentations à la cadence magnifique. Le disque génial accompagné par le label de Saint-Etienne et Saint-Just-En-Chevalet, ABrecords, commence avec Comfort. Les instruments, le chant, le tempo arrivent joyeusement aux oreilles comme on ouvre une vieille malle qui recèle d'objets précieux, surprenants et touchants . L'équipe autour de Rémi Richarme qui compose, chante, joue de la basse, guitares, sitar et banjo, fait un travail plein d'entrain et de talent; Florian Adrien à la batterie, Antoine Nouel à la guitare électrique, Pauline Le Caignec à l'orgue, piano, clavecin, chant, Thibaut Le Hénaff à la guitare électrique, trompette, Clément Sbaffe à la guitare acoustique, violon, sont accompagnés du Satellite Orchestra pour le clavecin, flûte à bec, Marimba, ehru, trombone et contrebasse.



You Home, rythmé et virevoltant, manoeuvre une sorte de règlement de compte agrémenté d'un doux braiment d'âne avant d'enchainer sur les cuivres et cordes psychédéliques de Particle. Dans un esprit filial, la délicieuse A Peculiar Feeling et ses fins sarcasmes poursuit le régal musical sixties sur un clavecin majestueux. Puis, les guitares électriques de Good Side déroulent des harmonies et des arrangements habiles habillés de flûtes, de clavecin, de violons et d'un texte aussi rigoureux que poétique. La cavalcade de notes continue sur l'instrumental V^V^V^ qui annonce le tumultueux et impérieux Reloaded, cravachant un air sixties fougueux avant le somptueux The Suggestion que j'écoute en boucle. Son audace pop me séduit implacablement. L'alternance d'ambiances et d'accords apporte un aspect fantaisiste et sensuel, tout comme sur Golden Tears typé Love avec son tempo maintenu par l'écho des cuivres, la basse, l'orgue, la guitare, l'orchestration de cordes et les effets de voix. Le mystère se mêle au dynamisme sur la surprenante Waves qui martèle une mélodie langoureuse façon Pink Floyd avec ses tensions et distensions associées à la basse magique. L'ambiance ésotérique portée par la sitar conclut le morceau pour se remettre en selle pop sur Novembre et sa batterie sixties aérienne, ses cloches dorées et admirables qui ferment le volet Modern Life Vol.2.
Les français Satellite Jockey signent un cocktail de mélodies, intimistes, expansives, balayant des générations de références musicales, d'explorations instrumentales, un régal. Modern Life Vol.2 est digne d'une saga qui se grignote, se déguste et finit par piéger et envelopper l'attention. Bien que les textes soient uniquement en anglais, j'aime leur style, le charisme de Rémi Richarme qui orne ses mélopées de sa personnalité, d'un tourbillon d'instruments, pour un résultat fin et brillant.
SatelliteJockey

dimanche 22 juillet 2018

VedeTT

Autrefois groupe, ayant signé les EP en 2010 et 2012, VedeTT et EP2, le désormais projet en solo VedeTT est diablement bien porté par son fondateur Nerlov Amish. L'auteur-compositeur, interprète d'Angers se produit sur les scènes françaises depuis la sortie de son premier album en 2015, Tuer les gens.
Dark pop, cold-wave pop, sa musique et son univers sont très indie et électroniques tout en restant boisés et mélodieux. Nerlov qui est batteur, bassiste et guitariste écrit des textes mélancoliques bien sentis et pointus qu'il caresse de son grain de voix. Les arrangements électroniques planants sont délicatement enveloppés d'instruments comme la guitare, la basse, le piano ou l'orgue ce qui crée un aspect chaleureux et intimiste. Cette alternance fait que l'écoute de ses chansons passe à une vitesse vertigineuse. La fibre indie, l'instrumentation solide cold et les textes figuratifs pleins de texture se tiennent de manière homogène et hypnotique avec sur les 10 titres, Tuer les gens, l'unique titre chanté en français, mais qui fait la part belle, insolite et émouvante.



Fade Away nous emmène par la pointe du cil dans un univers fantomatique mais aussi vivant et mouvant par l'orchestration des guitares. Loin d'être transparente, la musicalité autant opaque qu'aérienne de Little Plane remplit joliment l'espace et transforme le temps béni à jamais disparu tangible. La chanson évoque le départ, talentueusement construite. Free Chicken, pop, voltigeante, donne envie de danser et de bouger. La rythmique cavale blindée de notes dandinantes dans le clavier et la basse. Le rythme ondule et accélère sur Fried avec son orgue tendu et le chant de Nerlov ondoyant et conquérant. Quand Friday Morning arrive dans les oreilles sous sa ligne de guitare magistrale, l'émotion gagne du terrain et remue les sens. Le style eighties de Long Way Homie est savoureux avec son orgue, sa basse et sa guitare exaltés qui maintiennent tout de même la tension et la pression. C'est idem sur Backing Friends profilé cold wave où les voix en écho sont magnifiquement magnétiques. La pop ressurgit vigoureuse sur I Don't Care avec sa fibre french pop typée Gamine. Puis Tuer les gens suit, intense avec son caractère urgent dans son rythme, son clavier étiré et son texte froid. Le disque se termine sur Tourist, avec ses envolées de voix, guitare et batterie, apaisées et lumineuses qui offrent pour conclure de la distance et du territoire à explorer 'encore et encore', les derniers jolis mots de Tuer les gens avant le titre caché et somptueux, From Earth.

VedeTT et la voix tourbillonnante de Nerlov Amish est entouré à la composition de Simon Garnier, Stw et François L'Haridon, pour peaufiner le dernier EP en date de décembre 2017, Losing all, avec son sublime Eyes, sculpté de cuivres, saxophone, trombone et trompette et le génial It Seems To Be Natural. VedeTT





Hands and Arms

Il y a un an ouvrait ses portes un lieu magique à Paris : le magasin de disques Hands and Arms. C'est à l'initiative de Yves Plouhinec, chevalier de l'indie pop que l'endroit qui regorge de disques vinyles, de cds et de cassettes nait en juillet 2017. Connu et apprécié, Yves est une référence pour nombre d'entre nous, acteurs de la musique indépendante. Notre disquaire parisien n'est pas qu'un commerçant, c'est une personnalité très renommée, respectée des musiciens, des labels et des médias. Il est autant actif et réactif dans son antre musical ouvert tous les jours, même le dimanche, que sur son site internet qui contient des milliers de disques éclectiques, précieux. Yves est au taquet, incollable sur ce qui se fait en musique, productions, collaborations, concerts et défend bec et ongles sa fort belle collection.





Sieur Hands and Arms est respecté partout, de la Scandinavie à l'Amérique du sud pour sa disponibilité et son tempérament passionné. Il n'arrête pas. D'abord distributeur, vantant le travail de labels des quatre coins du monde et vendant leurs disques via son site internet en faisant connaitre des groupes, des trésors cachés, au public français, il devient disquaire à l'heure où la profession devient une perle rare. Yves est devenu au fil du temps la pierre angulaire du milieu pop underground contemporain, une figure. Son panache et son toupet le pousse à développer son activité il y a un an physiquement en achetant ses murs pour y ranger, classer et pouponner ses disques. La marchandise que propose Yves est actuelle autant qu'ancienne, un luxe qui ne se retrouve que chez les disquaires indépendants et résistants comme Hands and Arms. Il décide seul de ses commandes sans aucune pression de distributeurs ou labels et le résultat est brillant.





Yves en esthète exigeant et clairvoyant, a un goût affûté, divers et varié, et son achalandage ne peut que séduire un public large. Se côtoient des nouveautés et des occasions, des vinyles et des cds, du Marvin Gaye, Françoise Hardy, Cash, Bob Dylan, Even As We Speak, Red Sleeping Beauty, Clay Hips, Breeders, Blueboy, Club 8, Pale Lights, The Very Most, Martha, Simon Love, Pixies, Neil Young, Bowie, Velvet Underground, Doors, Monochrome Set, Nirvana, Belle and Sebastian, Stooges, Blondie, Kevin Ayers, Sonic Youth, West Side Story, et même Marie Dauphin avec son 'Bebe Phoque' se frotte aux Television Personnalities. La qualité de la sélection, du service professionnel qu'offre Yves avec ses connaissances étendues et sa gentillesse doublée d'humour n'attend plus que vous. Si le Smiths que vous cherchez n'est pas en boutique, Yves l'aura en stock inévitablement. Son officine compte des milliers de disques et il sait sur le bout des doigts ce qu'elle contient. Votre Graal, commandé en boutique ou en ligne, arrivera en deux jours avec gratuité du port pour la France au delà de 40,01 euros. En bonus, pour nous tenir éveillés, informés, mais aussi faire des découvertes il y a l'incontournable blog Hands and Arms.


Amis de Paris ou ceux de passage, passionnés ou amateurs qui cherchez une idée de cadeau, qui aimez le rock, la pop, le punk, la soul, le jazz, le folk, le garage, la twee, la french pop et musiques de films, c'est chez Hands And Arms, à deux pas du marché Aligre dans le XIIème que vous trouverez votre bonheur. Grand Merci et Joyeux anniversaire Hands And Arms !
Hands and Arms, 72 Rue Crozatier, 75012 Paris. M° Ledru-Rollin. 06 48 36 62 07.
HandAndArms







samedi 21 juillet 2018

Young Scum

Je les présentais il y a 3 ans comme des héritiers indiepop de C86, Teenage Fanclub et Ride. Les Young Scum reviennent ce 6 juillet 2018 avec un très beau cadeau estival, l'album Young Scum. "Young Scum est un jeune groupe de Richmond en Virginie qui signe le 7 août 2015 chez Dufflecoat Records son deuxième EP Reporters. Il y a quatre titres, différents, colorés, proposant une atmosphère pop, dream, twee, construite et efficace. La solidité des titres est dans les mélodies, le jeu, le chant et l'ambiance générale qui déroule un mini film indiepop citadin, au son moderne et aux textes ramenant à l'adolescence. Taylor Haag à la batterie mène le rythme des chansons avec dextérité, quand Brian Dove resplendit à la basse, Ben Medcalf semble faire de la magie avec ses cordes de guitare comme Chris Smith qui également très talentueux à la guitare, chante avec une fibre indie pleine de promesse."
YoungScumPiggledyPop2015



Précieux, mélancolique mais tout autant musclé et vitaminé, le disque Young Scum offre 8 titres qui bahutent une belle âme indie à la 'peter pan'. Wasting Time s'ouvre sur des prémices de guitares qui nous rappellent illico les grandioses Field Mice. L'ambiance pop est insufflée directement, donnant d'emblée l'envie de gigoter et de se trémousser. Le texte évoque le temps perdu, le passé, sur une rythmique galopante tout comme sur Freak Out, mélopée ronde de sentiments amoureux qui semblent restaurer la confiance. Les guitares, la batterie et le chant de Chris forment un ensemble powerpop sur Sloth, où la distorsion est reine et le tempo furieux. La rythmique endiablée poursuit sur la flamboyante Dirt qui séduit, par le thème, par le chant et par sa construction alternative absorbante. Itchy Sweater scintille de sonorités jangle grâce à la basse de Brian Dove, la batterie de Caleb Knight et les guitares électriques majestueuses toujours assurées par Chris Smith et Ben Medcalf. Ben est aussi doué et inspiré sur son projet solo que je conseille BuddyList



La nostalgie est de mise sur Young Scum avec toujours ce fond jovial, joueur, comme sur le dynamique et jubilatoire Tonight. Les américains jouent la carte des nineties sur Crying at Work, jangle, power pop et plein de vigueur. Les hoo hoo en chorale sont ensoleillés et annoncent déjà le dernier morceau Hard solidement mélodique, à l'image de l'alchimie entre les musiciens, du talent de Chris Smith à la composition et à l'écriture qui déclare sa flamme dans ce dernier élan : "You just can't forget the way we looked when we first met. When you touched my arm. A library koozie, dancing to “in too deep”. Couldn't sleep for a week." 
Young Scum signe un album d'un acabit indiepop supérieur que je conseille fortement, comme les autres disques missiles pop à déguster dont l'excellent split Young Scum/Reporters, autre génial groupe de Notthingham. Leur label Pretty Olivia Records s'active actuellement a presser de très beaux vinyles et en attendant, les cassettes audio sont disponibles chez Citrus City Records.
YoungScum
YoungScumReporters/HandsAndArms

dimanche 15 juillet 2018

Nungesser et Coli

A 5h du matin, le 8 mai 1927, les deux aviateurs Nungesser et Coli décollent du Bourget à bord de l'Oiseau Blanc pour New-York. Le 9 mai, les deux pionniers de l'aviation disparaissent. Volatilisés.

Charles Eugène Jules Marie Nungesser est né le 15 mars 1892 à Paris (Xème). Il grandit à Valenciennes où il vit avec sa mère, fait l'Ecole des Arts et Métiers de Valenciennes, part à l'âge de 15 ans pour l'Amérique du sud où à la manière de la Beat Generation de Kerouac mais avec un demi-siècle d'avance, il vivote de petits métiers comme boxeur, cow-boy et pilote de course automobile. Le jeune homme est doué pour le dessin, la mécanique, l'équitation, il est agile, débrouillard et passionné. L'aviation est en train de naître et il veut devenir pilote.
Charles Nungesser est déjà un personnage.



1913, il rentre en France...ou plus exactement il est rappelé en France. Il est incorporé au 2ème régiment de hussards grâce à son habilité équestre et très vite, commence ses exploits. La guerre n'est pas encore commencée qu'il est envoyé en territoire ennemi pour une reconnaissance. A un passage à niveau, il piège une automobile mors et abat ses occupants, 4 officiers allemands, avant de subtiliser le véhicule dans lequel se trouvent les plans de l’Etat Major ennemi, et rapporte le tout à son quartier général.
Tandis que le Baron Rouge sévit outre-Rhin, la France peut compter sur son Hussard de la Mors surnommé ainsi par son Général qui lui offrira d'ailleurs la fameuse voiture et l'intégration à Dunkerque de l'escadrille VB 106. 1915, après avoir abattu un biplace allemand, il intègre l'escadrille de chasse N 65 basée à Nancy.



Charles Nungesser devient un des plus brillants pilotes de l'armée de France, avec ses missions accomplies, réussies en combat aérien, l''as des as' malgré son manque de discipline, est classé 3ème meilleur pilote français de la Première Guerre mondiale après René Fonck et Georges Guynemer. Ses sanctions sont vite levées par ses faits d'armes. Ses exploits lors de la bataille de Verdun lui valent de pouvoir peindre sa propre insigne 'coeur noir couronné d'une tête de mort surmontée d’un cercueil et deux chandeliers' sur son Nieuport 17 pour la Somme. En 1918 Nungesser comptabilise 43 victoires, une belle liste de décorations : La Légion d’honneur, La Médaille militaire, La Croix de Guerre avec vingt-huit palmes et deux étoiles, La Military Cross (Royaume-Uni), L’Ordre de Léopold et la Croix de guerre 1914-1918 (Belgique), La Distinguished Service Cross (États-Unis), mais aussi une multitude de blessures.


Né en 1881 d'une famille de marins corses, François Coli intègre l'École nationale de la Marine marchande. 1905, à 24 ans, il fait du cabotage en Amérique du Sud, entre le Chili et l’Argentine, il obtient son brevet supérieur de capitaine au long cours avant d'être lui aussi...rappelé en France.

Arrivé dans l’Infanterie mais inapte au combat à cause de deux blessures, il demande sa mutation dans l’aviation en 1916. Il obtient son brevet de pilote en quatre mois et rejoint l'escadrille n°62, surnommée l'escadrille des Coqs dont il aura le commandement dès 1917. En juin, son avion s'écrase, il est blessé et sera le 14 juillet nommé chevalier de la Légion d'honneur. Le général Pétain remettra à l'unité la fourragère aux couleurs de la Croix de guerre 1914-1918. François Coli repart au feu, abat 19 avions ennemis en 63 combats jusqu'à 1918 où un autre crash lui vaudra de perdre un oeil. Malgré tout, il continue de voler, de se battre jusqu'à la fin de la guerre où il sera nommé capitaine d’escadrille, décoré de la Croix de guerre et officier de la Légion d'honneur.
1919, il bat le record de distance en ligne droite et effectue la double traversée de la Méditerranée avec son copilote Roget. Après guerre, le temps de l'aviation est aux records aériens, aux exploits glorieux.



Charles Nungesseur et François Coli s'associent au constructeur Levasseur qui conçoit le biplan l'Oiseau Blanc, doté d'un fuselage marin pour amerrir sur l'Hudson. Le défi est de traverser l'Atlantique. Il y a des témoignages en Normandie, en Irlande et à Terre Neuve d'habitants qui voient l'Oiseau Blanc en vol. La foule réunie à New-York pour accueillir Nungesser-Coli ne verra jamais les aviateurs atterrir.

Bernard Decré, qui est le créateur du Tour de France à la voile, aidé par des mécènes, décide via son association L'Oiseau Blanc d'enquêter sur la 'disparition' des aviateurs. Entêté, le français veut prouver que la gloire de cette première traversée revient légitimement à la France et petit à petit, récupère des éléments aux archives nationales de Washington signalant que les deux ailes de l'avion ont été retrouvées à 300 km de New York et 800 km de Saint-Pierre-et-Miquelon. Jusqu'alors l'enquête aidée par la NASA et la US Air Force donnait des résultats peu convaincants, certains témoins parlaient de l'avion écrasé dans la Manche, d'autres dans le Maine. Dans les années 80, l'enquête conclue que l'Oiseau Blanc s'est écrasé sur l'île de Saint-Pierre-et-Miquelon, où Bernard Decré se rend en 2010 . Il y découvre que l'avion ne s'est pas écrasé mais que Nungesser et Coli ont été victimes de tirs. Les ailes de l'Oiseau Blanc sont criblées de balles. A l'époque, la colonie française est une plaque tournante pour le trafic d'alcool, utilisée par la mafia notamment qui contourne la prohibition américaine. L'Oiseau Blanc a été abattu. Douze jours plus tard, le 21 mai 1927, Lindberg fait la même traversée dans le sens inverse et restera pendant neuf décennies celui qui réussit l'exploit.



Cette nuit du 8 mai 1927 dans le hangar militaire du 34e régiment d'aviation du Bourget, Nungesser et Coli, gentlemen séducteurs, reçoivent de leur médecin une piqûre de caféine, dose de cheval, pour tenir éveillés. L'ambiance est à la fête quand ils revêtent leurs combinaisons en cuir doublée de soie, l'un avec un peigne dans sa poche, l'autre avec son bandeau sur l'oeil. Les deux baroudeurs sont entourés d'amis, de la famille et d'admirateurs quand ils montent à bord du biplan orné d'une tête de mort sur les flancs. Le lieutenant Nungesser est connu à Paris. Il accueille le tout-Paris souvent dans son hôtel particulier sur les Champs-Elysées qu'il descend quotidiennement dans sa Rolls Royce. Le bouche-à-oreille circule cette nuit là et tous les noceurs viennent finir leur nuit blanche dans ce hangar du Bourget où sont présents Maurice Chevalier et Mistinguett, le boxeur Georges Carpentier, l'auteur Tristan Bernard et des politiques comme Edouard Daladier. Le duo d'aventuriers y déboule, cigarette aux lèvres et fend la foule à bord d'une torpedo décapotable. Nunge, surnommé le corsaire, a l'oeil rieur mais ému, cache sa peur avec son éternel humour "Si les Américains nous demandent notre passeport, je fais demi-tour!"

 
Bernard Decré raconte : "Un petit monsieur de la vénérable maison parisienne Prunier leur remet une boîte de caviar Malossol et les invite à la déguster au pied de la statue de la Liberté". Certains lancent des roses, on se bouscule pour des autographes, avant que les deux héros des années folles, installés à bord, fassent décoller les cinq tonnes de l'Oiseau Blanc qui file à l'horizon pour toujours.

Winston Churchill : "Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur"



L'association L'Oiseau Blanc de Bernard Decré est ce mois de juin 2018 sur le point de finir son enquête, avec l'aide étroite et vigilante du PDG du groupe Safran et du petit-fils de Lindberg, Erik Lindberg, mais a encore besoin d'aide financière. Des morceaux d’ailes ont été remontés par les US Coast Guards, et il doit faire une dernière recherche sous marine près de Portland Maine où le fuselage et sans doute le bloc moteur pourraient être. Bernard Decré : "On peut dire aujourd’hui qu’il est clair que les acteurs de la prohibition furent les vrais responsables de la 'disparition' de l’Oiseau Blanc, et que Nungesser et Coli ont bien traversé les premiers l’Atlantique d’est en ouest les 8 et 9 mai 1927".
OiseauBlanc



En France, ils ont été aperçus la dernière fois à Etretat où un monument est élevé à la mémoire des aviateurs, détruit en 1942 par l'armée d'occupation allemande. En 1963, Charles de Gaulle y fera bâtir un nouveau monument haut de 24 mètres, à sa place d'origine.
Je rends hommage par cette chronique au jeune pilote le lieutenant Alexandre Arnaud, du 3e Régiment d’Hélicoptères de Combat (RHC) d’Étain mort aux commandes de son hélicoptère Gazelle en Côte d’Ivoire, le 10 juillet 2018. 

dimanche 8 juillet 2018

Essex Green

Je suis fan des Essex Green : Jeff Baron, Sasha Bell et Chris Ziter. Depuis les débuts, j'en ai parlé moult fois sur d'autres sites de musique où je prêtais ma plume et les ai diffusé aussi à foison dans mon émission de radio. J'en parle ici naturellement en 2011. Les Essex Green m'animent. Cela ne s'explique pas, c'est l'effet magique que produit la musique. EssexGreenPiggledyPop2011


Le groupe de New-York était sorti des radars depuis de longues années, depuis Cannibal Sea de 2006. Il avait fait paraitre trois albums auparavant, Everything Is Green et The Essex Green en 1999, à tomber par terre, et The Long Goodbye en 2003, à se rouler par terre, tant qu'on y est mais avec la crainte secrète que le titre soit significatif. Les aficionados connaissent les excellents projets antérieurs à Essex Green comme Guppy Boy de Jeff Baron et Saturnine monté avec sa soeur Jennifer Baron. Jennifer a eu la gentillesse de répondre à mes questions sur Piggledy Pop il y a cinq ans au sujet de son projet Garment District : JenniferBaronInterviewPiggledyPop2013



Les Essex Green ont leur style, leur âme et sont des créateurs de chansons pop mélodieuses, alternatives, tout en liant des accords soit psyché sixties soit folk. Leur panache tient du feu contemporain qui les habite, des références musicales, classiques, sixties et seventies qu'ils tiennent parfaitement du bout des doigts pour les remodeler en mélopées délicates ou effrontées, très actuelles.
Comme nous l'avions deviné, The Long Goodbye et Cannibal Sea annonçaient effectivement un long Au revoir qui s'étirera sur douze années. Ce 29 juin 2018, Essex Green revient avec un Hardly Electronic pour nous combler de joie. Son titre, toutefois, nous guide sur une piste comme le groupe le fait toujours. Matures, sereins, dans la même veine musicale énergique et dansante, les thèmes creusent les sillons du bilan, du constat avec la fibre élégante et poétique qui les personnifie.



Dès les premières notes de Sloane Ranger les oreilles frétillent auréolées des guitares de Chris Ziter et de Jeff Baron alliées à l'orgue de Sacha Bell, le mélange essentiel, si particulier aux Essex Green. Le tambourin et la télécaster brillent de mille feux et les voix en chorale qui accompagnent le chant somptueux et vitaminé de Chris, galopent joyeusement pour imager un départ vers une belle aventure. Puis Sacha prend les rênes sur 710 à l'instrumentation fleurie de son grain de voix singulier, du claphands et de sunshine-pop. Les amateurs de pop ne s'y tromperont pas et reconnaitront les premières notes de basse sur Don't Leave It in Our Hands, dont l'oeil flirte avec un certain Cannonball des Breeders. Plus offensif, le titre au tempo rock et énervé tranche dans son instrumentation et dans son texte. Le merveilleux alternatif In the Key of Me offre une section de cuivres, une orchestration profilée rétro sixties superbe, façon Harry Nilsson et Burt Bacharach. Modern Rain vient mettre sur la table des arrangements électriques qui nous ramènent au nom de l'album, idem pour Slanted by Six en plage 11. Délicieusement typée Beatles, la mélodie conduite par les violons seventies et les distorsions de guitares est mariée à un texte métaphorique merveilleusement incisif. Catatonic avec la fraicheur féminine de Sacha offre de jolies paroles quotidiennes avant d'enchainer sur le sublime Patsy Desmond qui laisse filtrer un message touchant et avec lequel on prend de la hauteur. Les cieux y sont déchirés, l'air d'acier est allégé par l'alchimie mélancolique des mots, le jeu de guitare divin de Jeff et le chant de Chris, duo irrésistible.



L'âme de cowboys des Essex Green revient au galop sur la country Bye Bye Crow. Le titre ponctue l'écoute avec une virée dans la verte et mystique dame nature, tout comme Waikiki qui nous berce de son atmosphère maritime ensoleillée. Banjo et basse se mêlent sur le génial January Says pour dessiner une ballade toute en nuances, composée d'harmonies vocales volcaniques tout en destituant la fameuse 'January' de ses fonctions d'enjôleuse. Derechef, on repart au rythme de la batterie qui canonne vivace sur l'orgue et la trompette et sur les deux voix de Sacha et Chris pour mener la troupe sur les rails pop. Another Story semble guider vers la fin de l'album lentement, avec un texte âpre et une histoire privée mais qui laisse vite la place à un magnifique Bristol Sky, avec pour finir, une mélodie, une véritable douceur dans la voix qui mérite et enveloppe l'attention. Avec son univers musical énigmatique, Hardly Electronic des Essex Green nous ramène avec ses envolées de voix vaporeuses, elfiques et ses arrangements de guitares poignants, à une tendre fusion entre le passé et le futur, à l'union des pôles du mysticisme et de la poésie .
EssexGreen